AccueilFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez|

Flashback: Il était une fois la soupe de cailloux [Isaure Indya]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
MessageAuteur
MessageSujet: Flashback: Il était une fois la soupe de cailloux [Isaure Indya] Dim 16 Jan - 23:05

Il était une fois.
Peux-tu t’en souvenir au moins?
Cela est si lointain.
Le pays où tout est enfantin.



Patience, il s’agit d’une réminiscence. Ferme les yeux et tends tes lèvres au goût de miel. Va t’abreuver au puits de la mélancolie.

L’Aube paraissait dans le ciel innocent du pays des enfants, évitant soigneusement de se baigner trop longtemps dans l’eau pestilentielle de la crique aux pirates puants. Elle alla de ses doigts rosés, caresser les cieux, entre collines et plaines encore assoupies, peignant les nuages de pudicité. Et le tableau rosissant s’étirait nu, sa courbe suivant l’horizon jusqu’aux branches biscornues de l’Arbre aux pendus. Entre ses racines nouées, gardiennes du secret d’éternité, se prélassait une crevasse invisible aux désillusionnés. Sous terre, ainsi désorganisé, le monde s’éveillait. A peine faisait-il jour, que Perdition était déjà en effervescence. Les passerelles entamaient leur chant, crissant sous le poids de quelques uns se précipitant.
Au fond de la cabane numéro XVI, phonétiquement désignée comme la [igzvi]ème après le pont de la seconde échelle, au troisième étage face à la racine nommée « Pendouillante », Ethan restait immobile, enroulé dans ses couvertures comme une chenille bienheureuse dans son douillet cocon. Seules émergeaient du tas informe, des mèches de cheveux emmêlées, dont certaines se soulevaient, soufflées par les soupirs de l’enfant se reposant. S’il ne faisait plus nuit au dehors, l’obscurité respectait les tardifs rêveurs, les enveloppant de son étouffante noirceur.


-« Ethan…Ethan…E… »

Une voix parvenait jusqu’au petit, qui geignit doucement, grinçant des dents tout en se trémoussant sous ses draps blancs. Il délia ses membres, faisant frétiller ses doigts de pied qui dépassèrent soudain de la masse difforme.

-« Mmmh… »

Sa tête encore alourdie de songes roula à coté de l’oreiller et alla heurter le sol dans un bruit sourd. Entrouvrant les yeux, il grogna, les protégeant alors de ses mains, avant de les frotter énergiquement. S’appuyant sur ses coudes, il se redressa, baillant à s’en décrocher la mâchoire tout en balançant sa tête avec contentement, faisant virevolter ses épis d’un coté, puis de l’autre de son crâne anesthésié. Lorsqu’il fut certain de s’être bel et bien assis, il laissa tomber ses bras sur ses genoux, encore tout amolli par le sommeil. Des menottes vinrent se coller à son visage, il esquissa un faible sourire, encore trop comateux pour le faire franc. Il les laissa courir sur son corps même, amusé par le jeu habituel auquel s’adonnait l’enfant sourd couleur d’or dont les yeux, dans le noir ne pouvaient lire sur les lèvres.

-« Tu ne dis rien Ethan ? murmura Zuip inquiet, tu as encore fait ce rêve ? Tes traits sont tirés, je sais que tu es angoissé…à moi, tu ne peux pas me mentir. »

Ethan resta silencieux. Le silence en tant que plus belle marque de compréhension. Pouvoir s’entendre au deçà des mots. Le jeune conteur attrapa son ami et l’attira contre lui, glissant le long de son bras jusqu’à rencontrer la frêle paume. Il souleva son maillot pour plaquer sur sa poitrine les doigts puérils, là, tout près de son cœur. Ils restèrent immobiles quelques instants, peut-être toute une vie, unis dans leur infirmité. Le déni de parole. Les deux ombres se séparèrent lentement, d’un commun accord, ils se détachèrent doucement.

L'un déglutit, l'autre soupira, surpris par le crieur officiel depuis qu’il s’était imposé comme le meilleur imitateur de coq: Bouboule.

-« Bouboule vient de sonner l’heure du rassemblement » annonça Ethan à voix haute. Le hamac de la mezzanine d’en face vacilla, et les jumeaux en tombèrent dans un vacarme assourdissant, quoique habituel finalement.

-« El’…
-« Oui Ed’ ?
-« Bouge tes grosses miches, tu m’écrases.

Ethan rit, leur lançant un coussin tout en se levant brusquement, entraînant Zuip à sa suite, déboussolé, ne laissant pas au duo infernal le temps de continuer les hostilités. Les rayons du soleil formaient des taches disparates sur l’ensemble du royaume de Peter Pan. Il courrait hilare, Zuip le suivant, sautillant vivement sur les ponts instables, les passerelles et les échelles grinçantes. Sur une plate forme, ils saluèrent Kekête à l’air, occupé à pêcher, ou plutôt, à remonter le goûter de Boule de bec, qu’il avait suspendu au bout de son fil de pêche subtilisé tantôt à un pirate ivre mort et de ce fait, potentiellement capturable, bien qu’ils ne l’aient pas torturé, simplement dépouillé et peinturluré.

-« Où qu’est-ce que vous allez comme ça encore en pyjama? Hurla- t’il vainement, regardant les deux s’éloigner. Il tira brusquement sur la corde, attrapant d’une main le panier et laissant traîner derrière lui la canne encore accrochée pour s’élancer le long des cordages de Perdition, ses petites fesses rebondies disparaissant au tournant où il avait vu les autres s’élancer.

« Allée de la peinture zaune », IX [igz] cabane près de la source d’eau pluvieuse, dix pas à droite, après les racines effilochées. Zuip passa le pas de la porte, se faufila à travers la pièce et constata qu’il n’y avait plus qu’une seule et unique personne qui se prélassait dans son lit tendant à manquer à l’appel du regroupement matinal des enfants perdus. Il fit signe à Ethan de le rejoindre, les deux se tinrent au dessus du retardataire, amusés tout autant qu’essoufflés. Ethan colla son nez contre celui de son frère d’infortune qui ressemblait à la Belle au bois dormant, touchant presque sa bouche pendant un court instant. L’autre se retourna, le petit sourd se retint d’exploser de rire, regardant son ami de ses petits yeux étincelants de malice. Toute la chambre se mit à trembler, Kêkete à l’air poursuivit par Boule de bec obligé de ramasser ses friandises, expulsées du panier dans la course de l'enfant en tenu d'Adam, débarquèrent, sans se soucier de l’endormi, Boule de bec grognant comme un rhinocéros prêt à charger.


-« Non mais tu ne te rends pas compte Kêkete ! Mes berlingots et mes marshmallows, mes carambars et mes malabars !

-« Mais ze voudrais voir les-autres aussi moi pour…pour zouer…

Ils n’eurent tous pas le temps de se retourner vers leur frère qui commençait à se découvrir, ses boucles ruisselant sur son coussin encadrées par ses longs bras blancs ; que les jumeaux furieux s’invitèrent eux aussi, lançant quantités d’oreillers et de polochons qu’ils avaient amassés dans leur périple jusqu’à la petite cabane désormais trop exiguë pour accueillir tout ce beau monde.

-« Ennemis repérés Ed’ !
-« Lance tes projectiles El’ !
-« Eden, Eluard, Non, pensez à mes bonbo…

Boule de bec fut la première victime de la première bataille de la journée, mais certainement pas la dernière, quoiqu’il pourrait très bien être la dernière victime de la dernière bataille de la journée, tout bien considéré. Le polochon, telle une flèche lui écrasant le nez avant de s’enrouler autour de son visage, le déséquilibra, et sa chute produisit un tremblement de terre. Ses compagnons s’armaient en conséquence, bientôt, les cris et les rires insouciants emplirent la pièce, tout comme les plumes et les cadavres d’oreillers qui, majestueux une fois projetés dans les airs, retombaient, exténués, vaincus et piteux.

Ainsi commençaient les jours à Neverland. ~
avatar
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas

Flashback: Il était une fois la soupe de cailloux [Isaure Indya]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» Il était une fois... Carrefour!» Il était une fois Sophie la girafe» Il était une fois la légion [DVDRiP]Guerre» Il était une fois, une jeune fille nommée Katharina....» Il était une fois... La petite souris
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Perdition-
Sauter vers: