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Dans la forêt lointaine, on entend le ...

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MessageSujet: Dans la forêt lointaine, on entend le ... Mer 2 Mar - 20:04

« Au pays des crustacés, on fait comme les crevettes. Autrement le moins éclairé des vampires vous prend pour une gousse d'ail. »

Froncement de sourcil.
Les mots dansent dans sa bouche et dans ses yeux.
Elle ne comprend pas.
N'est pas certaine qu'il y ait matière à comprendre.
Elle passe son tour.

« Et enfin, la purée. »

Un axiome des plus simples.
Des plus impénétrables.
Presque un gout de sel...
Elle le sent, là, caché entre deux mots.
Mais à nouveau elle ne comprend pas.

Certains philosophes candylandiens avaient marqué leur époque, laissant des sillons profonds dans la terre encore innocente et vierge qu'était le cerveau de leurs concitoyens. Ainsi, certaines citations étaient devenues parole biblique. A peine mieux considérés que le plus humble des laboureurs, comme eux, dans la peine et l'ardeur, ils avaient écrit dans la terre nourricière l'avenir de sa progéniture ingrate. C'était une fort belle chose, et fort noble, sans doute. Mais le traducteur avait été perdu. Tout comme le dictionnaire ou la raison. Le cerveau. Le sens. Le sens de la vie et des mots et du dire.

A quoi bon parler, s'exprimer, tempêtait l'un. A quoi bon se taire répondait l'autre. Et Flake lisait, paisible, amusée, interpelée, de temps à autres. Flake s'instruisait. Cela faisait bien, dans le monde, de pouvoir sortir quelques citations...

Mais consulter l'un de leurs recueils de citation restait une expérience hors du commun, ainsi que le découvrait la jeune fille, assise sous un arbre, un bâton de réglisse coincé entre les dents.

« Si profondément farfelus... »

Avec un léger rire, elle replia le feuillet, le glissa dans son sac, ses doux effleurant au passage un doux pelage qui lui tira l'ombre d'un sourire. A travers le couvert des arbres, l'on ne pouvait distinguer que les minuscules paillettes claires du ciel.

La forêt absurde...

Se relevant, elle jeta un oeil autour d'elle. Alors que ses pas dansaient entre racines et ronces, ses pensées avaient pris un tour nouveau. Absurde, vraiment? Le mot était galvaudé... Quoi de plus normal en ces terres que quelques fantaisies végétales, quelques caprices des sentiers, quelques cabrioles animales?

Et pourquoi pas « Le bois de l'ennui »?

La forêt portait fort mal son nom et Flake s'en amusait, ainsi que, souvent, elle se réjouissait de la bêtise de ses contemporains: était-ce la force des superstitions, des habitudes? Etroitesse confondante de certains cerveau? « la forêt absurde »... à peine la banalité confondante d'un pays farfelu, ou rien en vous surprenait plus, pas de quoi fouetter un gobelin masochiste. Ni une mouche cyclope. Ni un rat bipède.

Si tant est qu'il y ait des mouches cyclopes.

Pour le reste, le contenu de son sac à main cramoisi pouvait en témoigner, il était simple de rendre bipède un rongeur, qu'il soit consentant ou nom. Mais Flake avait quelque peu oublié l'occupant dudit accessoire.

Hédonisme? Un mot bien étrange, peut-être exagéré... Mais sans doute, n'eut été le poids des masques, ainsi aurait pu être décrite son existence. Son premier souci n'était-il pas le plaisir et savourer le moindre instant? Si elle ne le faisait pas ouvertement, ce n'était que pour mieux en jouir. Altérité des préoccupations extérieures, des besoins immédiats et des fleurs tendues par une existence riche en rebond, altérité des mensonges, des apparences, des vérités. Des amitiés.

Son pas dansait sur la terre durcie, sa silhouette s'effaçait, parfois, derrière un arbre, pour mieux ressurgir un peu plus loin. Elle avançait sans but précis, ayant coincé sous son bras le mince ouvrage à la couverture brochée, ayant presque oublié le but de sa venue et la douceur froide et molle, là, sous le cramoisi d'un cuir, à son épaule. Sous les frondaisons, il était si aisé de se laisser envahir par des pensées trop calmes, trop gentillettes, trop frivoles.

Trop... elle.

Se penchant vers le sol, elle ramassa une feuille morte dont l'éclat mordoré avait attiré son regard et se complut un moment dans une admiration cynique. Tant de beauté dans la mort, vraiment... Tant de choses ne pouvaient atteindre la perfection que par cette étape de délivrance que c'en devenait pitoyable.
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MessageSujet: Re: Dans la forêt lointaine, on entend le ... Mer 2 Mar - 20:46

Le temps était diablement humide. Beaucoup trop humide. Et dieu-poulpe savait à quel point le pauvre Redford abhorrait au plus haut point l'humidité; c'était comme si la voûte céleste s'acharnait sur ses épaules, l'intimidant comme on peut insulter des êtres inférieurs. Mais par la barbe d'un calamar chauve, si il détestait tant l'humidité, pour quelles ridicules raisons avait-il décidé de se rendre jusqu'ici? Les affaires, très cher, les affaires. Que ne ferait-on pas pour une misérable poignée de yubas? Certains pourraient mettre en jeu leur propre existence pour une somme d'argent risible : honteusement, Redford faisait partie de ceux-là.

En effet, Redford avait récemment été interloqué par la demande d'un client. Le consommateur, un vieillard ridé comme il ne s'en faisait plus à Nerverland, était venu calmement à la boutique de Redford et avait demandé s'il avait en stock des calamars des forêts. « De vraies bêtes de combat » avait simplement divulgué le vieil homme. Il ajouta également qu'il serait prêt à payer une petite fortune pour se procurer un calamar de cette espèce. Redford avait fait donc mine d'aller à l'arrière-boutique, revêtit en trombe son manteau et se dirigea prestement dans la Forêt absurde. Une très belle histoire, n'est-ce pas? Eh bien, réjouissez-vous car elle est bien loin d'être terminée!

Cette introduction nous amène au sujet principal : Alors que l'humidité commençait déjà à l'affaiblir, Redford perpétuait son chemin vers l'horizon, ne sachant pas exactement où aller. Bien qu'adapté à sa paralysie partielle, il avait une certaine difficulté à déambuler dans cette région sylvestre : les quelques sentiers naturels étaient beaucoup trop étroits, et le chemin était constamment semé d'embûches. Sa démarche plus que claudiquante lui donnait un air cinglé, comme s'il venait de recevoir un violent coup entre les deux yeux. Quoi qu'il en soit, étant la recherche d'un plan d'eau plus ou moins profond, Redford continuait sa route, en espérant arriver à destination rapidement. Sa jambe droite commençait à le faire souffrir atrocement...

L'humidité se faisait de plus en plus intense, ce qui laissa présager qu'il s'approchait d'une étendue d'eau quelconque. Encouragé par l'appât du gain, il accéléra la cadence, perdant l'équilibre à plusieurs reprises. Plus il avançait, plus il sentait qu'il s'approchait du but, ce qui le stimulait. Et alors que l'objectif était encore plus prêt, son regard fut interpellé par une silhouette au loin qui gambadait presque trop joyeusement. Intrigué, il en oublia presque son calamar des forêts et se dirigea nonchalamment mais subtilement de l'ombre fine qui dansait : le corps d'une femme! pensa-t-il lorsqu'il fut à une distance raisonnable de la cible.

« Ce n'est pas dangereux pour une si jeune femme d'errer dans ces bois? »

Son ton était clairement brisé par une claire nervosité. Il n'avait pas l'habitude d'entamer la conversation avec des inconnus, et encore moins avec des inconnues. Mais voyant le visage de la juvénile, il distingua aussitôt des visages très fins, très délicats, comme ceux d'une jeune adolescente. Bien que la Forêt absurde n'était pas l'endroit le plus redouté de Wonderland, certaines créatures sauvages qui gambadaient dans les bois semblaient beaucoup trop... sauvages. D'autant plus que selon ce qu'il avait entendu à travers les branches, cette zone forestière était l'hôte de plusieurs personnages les plus détraqués les uns les autres. Il ne pouvait donc se résigner à laisser une gente demoiselle seule en plein cœur de cette forêt.

Mais son interlocutrice ne répondit pas à sa première réplique. Elle semblait être dans sa bulle, continuant de gambader à travers les arbres et les larges racines. Voulant attirer son attention, Redford éternua bruyamment à plusieurs reprises, mais en vain. Maladroit, il s'agenouilla et empoigna une petite roche qui traînait innocemment par-là, avant de se rendre compte qu'il s'agissait d'un insecte. Par dégoût, il laissa tomber la bestiole sur le sol et prit d'une main hésitante une autre pierre. Ne se rendant pas compte de la stupidité de son éventuel geste, l'éleveur de calamars lança doucement la roche en direction de la demoiselle, qui fut atteinte là où le dos perd son nom. Forcément, cette dernière sursauta et une quiétude incomparable envahit la Forêt absurde. Agissant comme un mythomane, Redford enclencha de nouveau le conversation :

« Vous voyez, c'est très dangereux. Une roche vient d'atterrir sur vous sans crier garde. Vous auriez pu être blessée, ou pire encore, tuée sauvagement. »

À la limite de l'exagération et du ridicule, Redford se grattouilla quelques secondes le front. Brisant le silence, il continua donc, d'un ton qui laissa transparaître une certaine gêne :

« Vous devriez partir d'ici. Une bête pourrait vous manger toute crue.

Comme si la nature voulait infirmer les dires de Redford, de petites boules poilues roses entrèrent en scène à la file indienne, fredonnant joyeusement une symphonie synchronisée. Les petites bêtes portaient toutes une jolie boucle dorée, qui était légèrement dissimulée par une abondance de pilosité. À cette distance, les boules poilues semblaient câlines, et ô combien douces.

« Bon... Vous ne pourriez peut-être pas être mangée par des bêtes, mais quand même... »

Redford enfonça honteusement sa tête dans le creux de ses mains.
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MessageSujet: Re: Dans la forêt lointaine, on entend le ... Jeu 3 Mar - 18:29

Une racine, là! Hop... Elle avait bien tenté de se soulever et de lui jouer un tour, vile qu'elle était, mais Flake connaissait les trucs éculés des arbres sacripants. D'un saut, gracieux, léger, elle avait évité l'obstacle, posant ses chaussures de fin daim gris sur la mousse verte du sous-bois. Un peu plus loin, sans doute, elle pourrait récolter quelques trèfles sombres, elle pouvait déjà sentir l'odeur de douce moisissure qu'ils exsudaient. Ils pourraient être utiles, une fois séchés, dans certaines tisanes. Et puis certains prétendaient qu'ils attiraient le mauvais oeil, et elle connaissait quelques aimables voisines qui en profiteraient grandement.

Une chose, soudain,rude,aiguë, violente, vint s'abattre sur le mince tissu de sa robe, allant, dans un accès d'impudence, jusqu'à imprimer sa trace sur sa chair, et la tendre demoiselle s'immobilisa. La douleur était négligeable, le choc minime, restait l'attente: avait-elle été attaquée par quelque malicieux végétal, qui, sans doute, ne tarderait pas à revenir la taquiner? Pouvait-elle entendre le cri moqueur d'un animal arboricole? Certains étaient célèbres de par leurs facéties, plus ou moins heureuses. Mais en lieu et place de cela, ce fut une voix humaine qui vint ponctuer cette attaque imprévue.


« Vous voyez, c'est très dangereux. Une roche vient d'atterrir sur vous sans crier garde. Vous auriez pu être blessée, ou pire encore, tuée sauvagement...Vous devriez partir d'ici. Une bête pourrait vous manger toute crue. »

Une.. Roche... Une roche qu'il avait vue? Bien sur...
Crédible, petit.
Mais peut-être ne cherchait-il pas à l'être.

Moue innocente, regard blessé, angoissé... Sourcil haussés, lèvres roses, en un ô silencieux.

Se mordant la lèvre, joues pâles et gestes vifs, nerveux, Flake , une main frottant ses reins - comme si la douleur, encore présente, la gênait réellement - pivota sur ses talons, en direction de la voix inconnue, posant un regard teinté d'inquiétude sur la silhouette qui se découpait entre les pieux sombres des troncs...

Elle s'apprêtait à poser une question anxieuse, porteuse de toutes ses inquiétudes imaginaires, mais une étrange mélopée interrompit ses pensées et elle jeta un regard étonné à la file indienne de ponpons roses et or qui se frayait un chemin entre les arbres. Prudente, elle recula d'un pas, jetant un regard attentifs aux plus jeunes de la troupe, qui, souvent, se révélaient encore impétueux, là où leurs parents assagis avaient appris à ne plus chasser l'humain. L'instinct était un puissant moteur chez les bestiaux.

Lorsque la horde se fut un peu éloignée d'elle, en direction de l'autre énergumène, là, qui s'adressait à elle comme s'ils se connaissaient déjà, elle haussa un peu les épaules
.

« Je ne suis pas fort comestible, je crois. »

Il tentait de dissimuler son visage entre ses mains, sans doute, se dit-elle, pour lui épargner la vision d'un physique rebutant. Etrangement, malgré la magie qui régnait en ces terres, moult indigènes se révélaient d'une laideur qui l'indignait. Elle avait parfois songé que, eut-elle été en position de pouvoir, elle aurait instauré une mesure contre la disgrâce. Puis, aussitôt, elle se dédisait: comment, sans la laideur, se saurait-elle si jolie?

Mais...
C'était humain...
Face à l'inhumain
Face au laid
Face au moche
face au difforme
Elle se sentait mal...
Malade
Mal à l'aise
Mal au poil
.

« Attention... Ils viennent vers vous. »

Sa voix, flutée, douce et teintée d'inquiétude s'éleva alors que la colonne rose duveteuse disparaissait entre deux broussailles, uniquement détectable à leur innocent chant. Une chance, vraiment, qu'ils soient d'humeur joyeuse.

« Avez-vous besoin d'aide? » demanda-t-elle, serviable, ainsi qu'elle l'était si souvent, et s'effrayant un chemin vers l'inconnu, en décrivant un large arc de cercle. Au passage, elle se pencha et saisit un bâton sur le sol, s'en armant, prête, au besoin, à feindre tenter de frapper les charmantes mais voraces bestioles: qui aurait voulu perdre l'occasion de venir en aide à son prochain? Et ce ne serait pas vraiment sa faute si elle visait mal. Très mal.
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MessageSujet: Re: Dans la forêt lointaine, on entend le ... Jeu 3 Mar - 22:55

« Je ne suis pas fort comestible, je crois. »

Cette phrase fut emportée par une bourrasque violente, n'atterrissant jamais dans les conduits auditifs de Redford. Visage innocemment dissimulé derrière sa main gauche, on ne pouvait connaître l'étendue de ses pensées : cachait-il par appréhension du rejet son visage qui, ma foi, n'a jamais attiré le regard d'une jolie demoiselle? Ou bloquait-il tout simplement sa vision pour éviter de croiser le regard de son interlocutrice? Même lui n'en savait affreusement rien, mais il resta positionné durant quelques secondes, comme s'il avait oublié que sa main était placée ainsi.

« Attention... Ils viennent vers vous. »

Le chant aigu mais ô combien mélodieux des créatures s'intensifiaient au fil des secondes, comme si les boules de poil s'approchaient de Redford. Ce dernier n'en porta néanmoins pas attention, et finit par retirer sa main gauche de son visage. Pour la première fois depuis son arrivée, il put enfin réellement distinguer la silhouette de la jouvencelle. Il la fixa quelques secondes - la dévisageant presque -, en la contemplant de la tête jusqu'aux bouts de ses pieds. Le regard concentré de Redford lui octroyait probablement un aspect de pédophile, mais dans le feu de l'action, il s'en contrefichait. Ce fut la voix presque envoutante de son interlocutrice qui le ramena à la réalité : par les sourcils d'un calamar-coiffeur, cette jeune femme avait un regard pour le moins perçant!

« Avez-vous besoin d'aide? »

Redford détourna le regard et balaya la Forêt absurde du regard. Après quelques instants de fouille visuelle, il parvint à discerner la petite horde des bêtes duveteuses qui gambadait innocemment vers lui. Bien évidemment, l'éleveur de calamars ne put empêcher de s'esclaffer bruyamment : comment des créatures aussi... aussi... aussi minuscules pouvaient être dangereuses? Comment son intégrité physique ou psychologique pouvaient être atteintes par de pareilles stupidités? D'un ton gras et impoli, il rigola ainsi durant deux longues minutes. Après s'être partiellement calmé, il prononça d'une voix qui laissait paraître son amusement :

« Non, je ne crois pas avoir besoin de votre aide pour me défendre contre ses vilaines et sanguinaires créatures... Je suis un homme fort et puissant, vous savez! »

Afin de démontrer à son interlocutrice que la meute de poil ne pouvait causer aucun danger, Redford s'agenouilla près d'une petite boule et débuta à la câliner tendrement. Étrangement, cette dernière ne semblait pas vouloir coopérer, et commença à se gigoter dans tous les sens. Son poil blanc et pur comme neige s'obscurcit tranquillement, et ses yeux ébènes innocents s'enflammèrent. Redford, n'ayant pas conscience de la métamorphose imminente, continuait de cajoler insouciamment l'animal. Lorsqu'il se retourna pour observer la bête duveteuse, sa stupéfaction fut telle qu'il resta médusé sur place pendant un moment. Interpellé par le danger de la situation, il recula promptement de quelques mètres et empoigna la première pierre qui se trouvait à ses côtés. D'un geste désespéré, il la lança violemment sur la créature. Alors qu'il croyait qu'elle allait se calmer et devenir aussi joyeuse qu'au départ, la colère de la bête se décupla et cette dernière bondit bestialement sur Redford.

En deux temps trois mouvements, toute la meute s'était élancée sur leur assaillant, et l'éleveur de calamars était recouverts de plaies et d'écorchures sur l'intégralité de son corps. Il tentait de se sauver de cette situation fâcheuse et terriblement humiliante en attaquant les bêtes poilues avec tout ce qu'il trouvait autour de lui, mais ces dernières ne semblaient pas du tout vouloir lâcher leur prise. Redford faisait mine de gérer la situation, étouffant par le fait-même des cris et des gémissements de douleur. Car oui, aussi mignonnes qu'elles paraissaient être, ces animaux pour le moins absurdes étaient de véritables machines à tuer. À plusieurs reprises, Redford voulut implorer l'aide de son interlocutrice, mais sa dignité déjà mince ne pouvait subir une honte encore plus profonde. Interpellé par son instinct de mâle alpha, il se résigna donc au silence.

Mais la jouvencelle ne semblait pas réagir, ou du moins, ses tentatives d'assistance se résumaient toutes à des échecs flagrants. Alors que l'épuisement avait complètement envahi le cœur, le corps et l'âme de Redford, celui-ci essaya une dernière tactique avant d'abandonner officiellement. Il se donc remit sur pieds et plongea violemment sur le sol. Certaines boules de poil s'éloignèrent, blessées, mais d'autres, plus persistantes, perpétuaient leur lutte acharnée. Tristement exténué et lourdement exaspéré, Redford soupira et arrêta de se débattre. Nom d'un poulpe poilu à deux bosses à trois yeux, il espérait silencieusement que la juvénile fasse quelque chose pour le sauver.

Jamais il n'aurait dû mettre le pied dans cette stupide forêt, et il le savait.

Jamais il n'aurait dû s'approcher de cette demoiselle, et il le savait.

Jamais il n'aurait dû cajoler cette boule de poil idiote, et il le savait.

Bon dieu, il réfléchira à deux fois avant d'agir la prochaine fois...
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MessageSujet: Re: Dans la forêt lointaine, on entend le ... Ven 4 Mar - 20:08

Première constatation: on pouvait survivre de nombreuses années sans aucune connaissance de la faune des lieux.

Deuxième constatation: on pouvait même décider de gambader dans la forêt absurde armé de ces lacunes pourtant dangereuses.

Troisième constatation: on pouvait naître laid et bête et ne pas voir son existence fauchée dès ses plus tendres prémices.

CQFD. La nature parfois se trompait. Parfois la douce mère créatrice commettait des erreurs et oubliait de les corriger. Enfin, la pauvre devait être débordée, au vu de la multiplicité de ses créations et de leur comportement des plus chaotiques. Bouche bée, Snow White observait l'inconnu cajoler une créature, ignorant visiblement non seulement sa nature versatile et dangereuse mais les signes d'énervement croissant de ladite bestiole.

Il n'allait pas... non! Tout de même... oh... Oui! Oui! encore un peu! Un peu plus à droite, là, oui, bien! Plus fort!

Plaquant une main sur ses lèvres, la jeune fille eut quelque peine à contenir un couinement joyeux, venant saluer le spectacle qui s'annonçait inévitable. Jamais encore elle n'avait pu assister à une attaque de peluches mélomanes, mais, comme bien des enfants, elle en avait entendu parler via les légendes que lui racontait son père au moment du coucher. Avec chaque caresse, chaque grattouille, chaque seconde augmentait son excitation: joues roses, souffle court, regard brillant, pupille dilatée et coeur battant, elle attendait, frémissant à chaque mouvement.

Et enfin, ce fut l'assaut tant attendu. L'idiot du village lançait une pierre au mélomane et... Aaaah... Son coeur cessait de battre, un instant, elle oubliait de respirer. Ses genoux faiblissaient sous son poids...

Ses mains moites se resserrèrent sur le bâton qu'elle tenait, le plantant dans le sol pour soutenir sa silhouette chancelante. Une attaque en règle... Se mordant la lèvre, elle resta quelques secondes immobiles, admirant l'ingéniosité des créatures et leur comportement vicieusement intelligent. Le spectacle était grandiose, si beau qu'elle en avait la gorge serrée, se délectant de l'odeur de la colère, des sifflements furieux, des gestes désordonnés de la victime et des traces de son sang qui peu à peu faisaient jour.

Se poussant à intervenir, Flake prit une inspiration tremblante, saisissait fermement le manche de bois qui allait lui servir de prétexte et s'avançant vers la horde et sa cible. Inspirer. Expirer. Profondément. Contrôler le tremblement de ses genoux et les battements fous de son coeur. Lever le bâton. Haut. Très haut. L'abattre. Violemment. Dans le tas. Sur la tête. La tête de l'idiot. Recommencer. L'épaule, cette fois. Eviter les peluches. Ne pas s'attirer leur colère. Frapper. Comme pour le défendre. Avec des excuses, ça et là.


« Oups! »

Tchaaaak!!!!

« ...Désolée »

Sbaf!

« Je l'aurai, cette fois! »

Tchkkkkkk

« Zut! »

PAAAF

« Nom d'un calamar! »

BAAAAAAF!!!!

« Ils sont vifs... »

...

Bâton levé, elle était prête à trouver une nouvelle cible. Les côtes, peut-être? Elle ne les avait pas encore touchées... Mh... Cela semblait une bonne idée.


« Cessez de gigoter, je ne parviens pas à viser! »

Mais soudain, déjouant ses plans, le gueux se jeta à même le sol, manquant d'écraser quelques sympathiques créatures qui se dispersèrent dans des couinements affolés, alors que d'autres de leurs congénères ne se laissaient pas si vite impressionner. Mais enfin il avait le bon sang de cesser de se débattre, ce qui lui tira un soupir de soulagement: elle toucherait enfin sa cible à coup sûr.

« Restez bien là... je vais vous sauver... ne bougez surtout pas! »

Et approchant de quelques centimètres, elle abattit la branche de noisetier dans le creux de ses reins, à quelques poils de deux animaux qui jugèrent plus prudent de battre en retraite.

« Ca marche! »

Oh... le bruit sec de la rencontre du bois et du corps... et ce son qui avait échappé à sa gorge! Deux autres coups, rapides, à hauteur des épaules, découragèrent les créatures restantes, ce qui la dépita quelque peu. Ou était donc la légendaire ténacité de la horde sauvage?

Elle avait le souffle court lorsqu'elle lâcha son arme, posant les paumes sur ses genoux fléchis et laissant la lassitude s'afficher clairement sur ses traits alors qu'elle tentait de reprendre le court d'une respiration apaisée. Sa chevelure sombre, en rideau, dissimulait ses traits aux regards peut-être inquisiteurs qui pouvaient lui être lancés, et la rougeur sanglante qui était montée à ses joues et animait ses traits enchanteurs.

Ce ne fut que lorsqu'elle sut qu'elle pouvait présenter à l'inconnu un visage meurtri et désolé qu'elle releva vers lui un regard tragique, d'un bleu pétale-froissé, triste, désolé:


« Je suis maladroite, n'est-ce pas? Excusez-moi... »

Et se précipitant, souffle encore un peu court, à ses côtés, elle s'agenouilla sur sa silhouette encore allongée, posant une main fine et pâle sur l'épaule la plus proche, légère, tendre, presque.

« Je suis désolée, vraiment, désolée... que puis-je faire pour être pardonnée? Puis-je vous aider de quelque façon? »
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MessageSujet: Re: Dans la forêt lointaine, on entend le ... Ven 4 Mar - 21:31

Et bam! un coup violent dans les reins.

La précarité apparente de la jouvencelle ne semblait être qu'un vulgaire mirage; une misérable illusion. Le coup porté sur les hanches de Redford avait été brutal, à un tel point que le sol s'était presque mis à vibrer sous son corps à demi inerte. Nécessairement, sa respiration s'accéléra; s'intensifia; se complexifia. Le pauvre éleveur de calamars se débattait de moins en moins, mais un combat intérieur se poursuivait. Il cherchait ardemment son souffle, comme un poisson hors de l'eau. Puis vint une douleur incroyable qui traversa tout son corps tel un frisson qui vous parcourt le dos. Mais heureusement, les maintes tentatives de son interlocutrice semblaient tranquillement porter fruit : la chorale duveteuse battait graduellement en retraite, en très piteux état.

Et pouf! un coup brutal dans les épaules.

Alors que sa vision se flouait au fil des secondes, sa tête se mit à tourner incroyablement. Les dernières petites bêtes poilues se retirèrent finalement du combat, sauvagement battues par la juvénile. Redford tenta à plusieurs reprises de se relever, mais ses jambes ne semblaient pas vouloir lui obéir. Il avait beau essayé, imploré les cieux et réessayé, mais rien ne semblait vouloir fonctionner pour lui. Qui aurait pu croire une seconde qu'il allait être battu de plein fouet par de si innocentes bêtes? Pas lui en tout cas. Résultat : son visage était à présent recouvert de divers plaies, et quelques gouttes de sang perlaient par-ci ou par-là. Ses vêtements, quant à eux, étaient partiellement déchirés à certains endroits, lui donnant l'apparence d'un tueur en série. Mais le pire dans tout cela, c'était sa dignité : ses blessures physiques ne pouvaient égaler ce que cette histoire avait fait à son orgueil...

Alors qu'il sentait qu'il allait bientôt sombrer, le fin visage de son interlocutrice fit son apparition dans son faible champ de vision. Cette dernière semblait dire quelque chose, mais Redford était beaucoup trop assommé pour entendre quoi que ce soit. Puis la jouvencelle posa délicatement sa main sur son épaule, ce qui ramena imparfaitement l'éleveur de calamars sur terre. Sa vision s'éclaircit tranquillement, ses membres semblèrent se dégourdir et sa respiration se calma. Cette demoiselle avait-elle des dons de guérisseur? Il n'en savait absolument rien. Mais faculté de soigneur ou pas, elle lui avait probablement sauvé la vie.

« Je suis désolée, vraiment, désolée... que puis-je faire pour être pardonnée? Puis-je vous aider de quelque façon? »

Redford voulut répondre, mais il ne réussit qu'à relâcher des soupirs maladroits et des marmonnements presque inaudibles. Il réessaya une deuxième fois, et voyant que tout cela se résumait à des échecs, il tenta plutôt de se relever. Il plia difficilement son genou gauche, et posa tranquillement son pied sur le sol. Empoignant fermement une branche de bois qui traînait par là, il posa son deuxième pied sur la terre instable. De toutes ses forces, il parvint à se remettre debout. Il fit quelques pas vers l'avant, mais perdit l'équilibre et passa à peu de se retrouver face contre terre. Heureusement, il put éviter le pire en se retenant sur un vieux chêne. Mais ses jambes tremblaient ardemment, et une migraine incomparable le faisait souffrir. Ne pouvant rester dans cette position, il se laissa lentement tomber sur les racines du chêne. Il respira bruyamment, puis affirma :

« Ne soyez pas désolée pour quelque chose dont vous n'êtes pas en cause. »

En effet, si Redford s'était retrouvé dans ces position, c'est de sa faute et uniquement de sa faute. S'il n'avait pas fait à sa tête, et s'il s'était écouté, il n'aurait jamais eu la malchance d'être sauvagement attaqué par une bande de peluches en colère. Et en plus, la jeune demoiselle avait sérieusement tenté de sauver la peau de l'éleveur de calamars, ce qui témoignait d'une certaine volonté. Redford ne pouvait donc pas lui en vouloir, et loin de là. Il devait plutôt la remercier pour sa réaction prompte et efficace, alors que dans cette situation, d'autres auraient bêtement resté sur place à prier pour que quelque chose arrive.

« Je vous remercie pour votre aide, mais je crois que vous en avez assez fait à présent. Je vous ai mis dans une position fâcheuse, et vous auriez pu être blessée dans toute cette histoire. Je n'oserais demander encore de votre temps. »

Ayant regagné de l'énergie, Redford se sentait d'aise à se remettre sur pied une bonne fois pour toutes. En se servant de l'arbre comme appui, il parvint à verticaliser son corps en moins de deux. Sa tête tournait encore légèrement, et sa vision n'était pas encore idéale, mais il sentait qu'il pouvait marcher seul pendant quelques temps encore. Il se mit donc à claudiquer avec gaucherie vers l'horizon, sans savoir réellement dans quel pétrin il pourrait encore une fois tomber. Il salua d'une main faible son interlocutrice, la remercia solennellement pour la seconde fois et se remit à cheminer.

Il marcha ainsi quelques mètres, mais il sentait qu'il allait de nouveau fléchir. Il ne voulait cependant pas s'écrouler devant les yeux de la jouvencelle, en croyant qu'elle se sentirait obligée de l'aider à nouveau. Il prit donc l'initiative de ralentir le rythme de sa balade déséquilibrée, mais en vain. Beaucoup trop faibles, ses jambes ne pouvaient supporter le poids de tout son corps. Il fit donc un demi-tour sur lui-même, distingua la plus grand arbre dans l'assemblée sylvestre et marcha vers lui. Il se laissa tomber derrière ledit arbre, en espérant que la juvénile croit à son départ. Pour la deuxième fois depuis son arrivée ici, il enfonça honteusement sa tête au creux de sa main gauche et se mit à penser à haute-voix.

« Nom d'un calamar dans la cale dans la mare... »

Redford avait honte de lui-même. Jamais durant toute son existence il avait abandonné à une vitesse aussi flagrante. Que lui arrivait-il? Il crut tout d'abord qu'il était atteint d'une maladie, mais oublia promptement cette idée en pensant qu'elle était complètement ridicule... Et si ce manque de volonté était justement dû à un manque? Voilà qui lui serait fort probable. Avec sa Mare aux Calamars, il pouvait bien se vanter pendant des lustres qu'il amassait annuellement de petites fortunes, mais que pouvait-il bien dire à propos de lui-même? Redford n'avait officiellement pas d'amis, ni de famille présente. Il était donc condamné à discuter avec ses calamars à longueur de journée. Triste existence, n'est-ce pas?

Quoi qu'il en soit, Redford était toujours inconfortablement posé entre les deux racines de l'imposant arbre, à attendre que l'énergie lui revienne miraculeusement. En patientant, il décida de se retourner et de voir si la juvénile était toujours dans les parages : ainsi, si elle n'était pas présente, il pourrait peut-être ramper un peu en espérant que sa vigueur d'esprit se régénère graduellement. Mais comble de malheur, elle était toujours là. Furibond, Redford pesta contre les cieux, contre lui-même et contre la vie :

« Je suis pitoyable. Clairement pitoyable. »
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MessageSujet: Re: Dans la forêt lointaine, on entend le ... Sam 5 Mar - 21:06

Il avait eu tant de mal à se lever, à marcher, devant prendre appui, se reposer... Lèvre mordue, elle avait laissé son regard clair le suivre, avec une attention scrupuleuse, appuyant ici sur un boitillement, là, sur la tentation, évité à grand peine, de trébucher. Elle aurait voulu le soutenir, le suivre, suivre ses pas et calquer à sa démarche la sienne. Profiter, honteusement, de sa douleur et de son statut, à présent visible, de handicapé. Toujours ce mélange étrange de fascination et de répulsion, si fort qu'il menaçait de la submerger, de l'emporter et qui collait ses yeux et son souffle à sa pénible claudication.

Elle s'était relevée, avait, malgré tout, fait quelques pas, pour le suivre, mais avait perçu, rapidement, non seulement sa solitude mais la faiblesse qui le tenaillait: son regard dévorait le moindre signe de faiblesse que lui cédait sa victime. Bientôt... oh oui, bientôt il cèderait. Il ne pourrait aller bien loin, quoi qu'il en pense, et, patiente, elle attendait, percevant que seule sa crainte de l'humiliation, de lui montrer sa faiblesse, le faisait encore avancer.

Paupières papillonnante, un instant, elle fixa le sol, concentrant ses pensées sur les craquelures de la terre sèche. Ne pas laisser l'émotion lui écraser la gorge, ainsi, oh non... c'était une mauvaise idée. Si mauvaise... Elle inspira profondément, à nouveau, avant de relever les yeux, à la recherche de la démarche claudicante du blessé. Mais elle échappait à ses recherche, cette silhouette tangante, boiteuse, elle lui dérobait sa difformité enchantante.

Se redressant avec brusquerie, Flake tournoya un instant sur elle-même, à la recherche d'un indice: il ne pouvait, pourtant, avoir fui bien loin. Peut-être s'était-il évanoui? Il devait reposer, quelque part, au milieu des végétaux et des feuilles mortes. Mort, peut-être, même. Où combattant pour conserver la lucidité et ne pas glisser dans les bras de Morphée. Enfin... la faiblesse avait refermé sur lui ses cruelles griffes...

Un tressaillement la saisit tout entière, la secoua, elle sentit sur sa nuque se dresser quelques petits cheveux. Les odeurs des sous bois soudain, se faisaient plus présentes, enveloppantes... caressante. Humidité, champignons, branches et feuilles pourrissantes... verdure et parfums légers des fleurs... Et sans doute, quelque part, au milieu de tout cela, le sang et la douleur... la faiblesse, la honte, la peur.


« Monsieur? »

Sa voix s'éleva, hésitante.

« Monsieur?... Où êtes-vous? »

Le jeu commençait... recommençait. Et elle sentait l'excitation couler en elle comme le sang, avec chaque battement de coeur. Jouer, à nouveau, à l'innocente, et tromper le monde? Quoi de plus jouissif?

« Vous... Je ne vous vois plus... »

Elle avançait, lentement, vers le dernier endroit où elle avait vu l'imprudent boiteux, savourant chaque pas, et chaque regard qu'elle lançait autour d'elle, l'espérant évanoui, à sa merci, et honteux à son réveil. Mais, malgré tout, elle l'appelait: pour le jeu, sa savoir, et au cas où. Toujours, il fallait se soucier de sauver les apparences, savait-elle, et se spas dansants ne parvenaient pas à étouffer la note inquiète de sa voix.

« Allez-vous bien?... répondez... »

Mais nulle réponse, et... oh... comme son coeur battait, comme il s'emballait et voulait rompre ses chaines. Et comme elle devait combattre pour l'assagir!

Toujours aucune trace de l'étrange oiseau, s'était-il envolé? S'était-il dérobé? Avait-il trouvé une voie de sortie, une échappatoire? Avait-il feint la faiblesse? Une étrange angoisse montait en elle, pour ajouter au tintamarre de ses organes. Non, il ne pouvait pas... il ne devait pa sla priver ainsi de cette joie, de cette euphorie qu'il lui avait promise.

Et enfin, un son attira son attention: pivotant, elle trouva enfin la silhouette qu'elle avait recherchée et avec un cri de soulagement, qu'elle n'avait pas cherché à retenir, elle se précipitait vers elle. Pourquoi s'était-il caché ainsi, derrière le tronc sombre d'un arbre? Pourquoi cette volonté des bêtes blessée de souffrir en silence et loin des regards alors qu'ils pouvaient si simplement ravir son être?

Pourquoi un tel égoïsme?


« Avez-vous idée de l'inquiétude que vous m'avez causée? » s'énerva-t-elle, lui lançant un regard blessé, furibond. « Avez-vous seulement réfléchi une seconde avant de vous cacher? J'ai cru... »

Et aussi brusquement qu'elle avait élevé la voix, elle se taisait, soudain, refermant des lèvres pâles sur les mots qui auraient pu accabler encore un peu l'homme, l'inconnu. Une main tremblante venait écarter les mèches folles de sa chevelure, pour tenter de les ranger, nerveusement, faiblement, s'accrochant dans les boucles, maladroites et bouleversées.

« J'ai vraiment eu peur... »


Et sa voix était basse, triste, douce. Elle hésitait un peu, comme retenue par l'embarras.

« Je m'en voudrais tant si... Laissez-moi vous aider... Vous êtes blessé, et couvert de sang... »

Et avec toute la grâce de l'innocence, elle se laissait choir à ses côtés et tirait de son sac à main un mouchoir immaculé, qu'elle prenait à la main, hésitant encore, visiblement, à l'élever vers le visage pour en éponger les quelques plaies.
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