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Folies orangées [Jack O' Lantern]

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MessageSujet: Folies orangées [Jack O' Lantern] Ven 10 Juil - 19:35


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Pearl était revenue d’errance, des pralines et des enthousiasmes plein ses besaces. Elle chantonnait doucement, la rôtisseuse, et semait ses notes sur l chemin, comme les gamins perdus sèment leurs cailloux. Entre les croches et double-croches imaginaires qui jonchaient sa route, elle n’aperçut pas la moindre trace, pas le moindre petit gravier, pas le moindre oiseau repu de mie de pain. Pas d’appétissants égarés, aujourd’hui, alors ? Elle fit son petit air désappointé. Si le monde eût été doté d’une conscience, pour sûr qu’elle aurait tenté de l’attendrir, histoire de dénicher quelques nourrissons potelés et quelques petites filles à ruban. Les premiers constitueraient un apéritif des plus gouleyants une fois rôtis et doucement relevés par un peu de piment. Les secondes, une fois délaissées de leurs parures à reflets et accompagnées de quelques abricots et pommes rôties, feraient un plat principal particulièrement doux. Quant au dessert, elle songea avec délices au fondant chocolat qui l’attendait déjà, sagement, sur la table de la cuisine. Recouvert d’un chiffon blanc-rouge. Elle comptait bien le décorer des sourires roses de quelques pralines … A moins que … Pearl se posa la question, distraitement. Avait-elle songé à sceller les fenêtres, au moins ? Un instant, une ombre de contrariété passa sur son visage. Il allait sans doute falloir choisir. Se contenter d’une chose, faute de pouvoir assouvir tous ses appétits …

Elle suivit les routes sinueuses, chemins couleur caramel, des allées du bois Griotte. Gagna la demeure de pain d’épices, y rôda, le sourire aux lèvres. Un bruit de porcelaine brisée attira alors son attention et elle poussa doucement la petite porte restée entrouverte. Dans son séjour, des traces de pas – boue chocolatée. Elle chercha des yeux l’origine de ce fracas. Devant la table, une petite silhouette la tête baissée, un doigt sur la bouche. Une figure barbouillée, poisseuse de sucre. Dans l’autre main, quelques miettes, derniers vestiges d’une œuvre d’art. Le plat gisait en morceaux, devant la petite silhouette – envolé, le chiffon ! Sale engeance, gloutons insensés, qui ne savent rien respecter ! Elle jeta un œil vers la cuisine attenante. Il ne semblait pas encore y avoir porté ses pas. Alors qu’intérieurement, la rôtisseuse déchaînait ses foudres, elle esquissa un sourire rassurant.


- Bonjour, toi ! Il semble que tu aies eu une petite faim …

Niaiserie des expressions. Le gamin releva la tête – jeune, un peu frêle, transportable. Ses yeux d’une douce couleur noisette brillaient, prélude à une symphonie de larmes. Pearl enchaîna en se baissant pour être à la hauteur de son petit interlocuteur.

- Voyons, ce n’est pas grave. Ça se nettoie tout ça. Mais …

Elle effleura son menton du doigt, faisant mine de réfléchir. Elle théâtralisait son affection, tout en jaugeant le gamin. Donner confiance, c’était là le plus important. Un enfant apeuré a un goût infect. Tout le monde sait qu’une viande stressée, c’est mauvais comme tout.

- Tu as peut-être encore un peu faim ? Il doit me rester quelques macarons à la framboise, et des petits gâteaux à la cuisine … Tu peux, si tu le souhaites, t’installer là et terminer ton goûter. Pendant ce temps, je vais aller ranger tout ça, et ensuite, je préparerai un excellent dîner pour toi.

Elle lui fit un large sourire, le conduisit doucement à la cuisine, l’aida à s’asseoir sur un haut tabouret – s’il en tombait ou s’il en descendait, elle le saurait à temps, et courut chercher dans un placard ses macarons à la framboise et à la poudre de pavot, ainsi que ses muffins somnifères. Elle les installa devant lui, l’encouragea à se faire plaisir et s’éclipsa en chantonnant. Légère et tentée, la rôtisseuse. Elle jeta un regard de regret au gâteau qui gisait par terre, douloureusement. Dommage, tout de même.
La gourmandise est un vilain défaut. Il y avait quelque chose qui lui arrachait le cœur dans la vue de ce gâteau, préparé avec amour, piétiné, éventré aussi sauvagement. Rien que pour ça, elle ne pouvait qu’exécrer les enfants. Il y avait tant d’impulsivité, tant de sauvagerie dans cette façon de déchiqueter la pâte, dans cette façon de semer au vent les miettes et les pépites chocolatées … Comme si ce n’était rien … Oh, celui qui était capable d’un tel massacre ne pouvait être qu’un monstre …

Boum. La gourmandise est un vilain défaut. Elle s’avança prudemment vers la cuisine. L’enfant avait chu. Il demeurait allongé par terre, les paupières closes. Assommé et sous somnifères. C’était parfait. La jeune femme regarda l’heure sur la pendule polie qui lui indiquait toujours l’heure aussi diligemment que possible. Oh, il était bien tôt encore, pour se lancer dans des confections culinaires. Elle réfléchit un instant. Que pouvait-elle … ? Puis l’illumination. Elle pouvait faire un tour par le champ de citrouilles … Jack lui avait dit qu’il traînerait sans doute dans les parages. Ce serait l’occasion de s’entretenir avec lui de ses derniers déboires, et peut-être, qui sait ? Trouver un invité, ou un compagnon de virée. Elle gloussa doucement en songeant à Jack. Il y avait quelque chose de délicieusement beau dans les lumières vives des bûchers qu’il allumait … Toute guillerette à cette idée, elle saisit sa besace, et s’apprêta à sortir. Une hésitation cependant … Et sa jolie proie ?

Elle jeta un œil à l’enfant, se mordant les lèvres. Elle ne pouvait le laisser là, c’eût été trop imprudent. Elle n’avait qu’à trop tarder, il se réveillerait, appellerait à l’aide. Soit une âme inélégante passait et le libérait – et les ennuis recommençaient. Soit c’étaient ces rustres de nains cannibales qui allaient se servir. Perspectives bien peu réjouissantes. La jeune femme jaugea l’enfant. Transportable, avait-elle pensé. Alors après tout … Puis ça amuserait peut-être Jack ; il aurait, le connaissant, quelques idées sympathiques à exercer. Pearl haussa les épaules, saisit l’enfant et sortit, une nouvelle fois, verrouillant les issues. Dans sa besace, le chant cadencé de la boîte à pralines.

Elle sortit du bois Griotte, le nez en l’air. Elle commençait à se sentir essoufflée … C’est qu’il pesait tout de même son poids, le gamin. Alors qu’elle s’approchait du champ de citrouilles, elle crut voir une fumée grise s’élever, au loin. Sourit, intriguée, et hâta le pas. Il n’y a pas de fumée sans Jack. Au fur et à mesure qu’elle avançait, une odeur des plus singulières parvint à ses narines. N’était-ce pas … ? Elle hésitait. Quelques effluves de citrouille et, surtout, une odeur de brûlé. Elle raffermit sa prise sur le petit endormi, coincé sous son bras et s’avança encore. Puis il lui apparut, plus blanc encore entouré de couleurs vives. Près de l’épouvantail, il était penché sur une petite marmite de laquelle s’échappaient des volutes d’une odeur et d’une couleur relativement … Elle fronça le nez. Suspectes.
Elle s’avança vers son ami, et lança alors, d’un ton espiègle :


- Jack, Jack … Il me semblait bien que j’avais senti une drôle d’odeur ! Je rêve ou tu t’essaies à la cuisine ?

Elle déposa le gamin, sa besace et libre de ses mouvements, papillonna jusqu’à son ami. Elle fit une petite moue désolée :

- J’ai amené un petit monstre avec moi, de peur qu’il ne soit capturé par les nains cannibales – les sales bêtes ! – pendant mon absence. J’espère que tu n’y vois pas d’inconvénients ?

Et, au beau milieu des cucurbitacées, nimbée des couleurs orangées du crépuscule (et des légumes), la rôtisseuse sourit au maitre d’Halloween.


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MessageSujet: Re: Folies orangées [Jack O' Lantern] Sam 11 Juil - 14:43

Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles.


Au final, la cuisine n’était vraiment pas faîte pour Jack. A moins que ce ne soit l’inverse. Voilà une heure qu’il s’épuisait à essayer de couper correctement cette citrouille, en vain. Une heure qu’il se retenait de la prendre à deux bras - parce qu’elle était protubérante cette chose mine de rien ! - pour la lancer dans une hasardeuse direction où elle s’écraserait contre ces congénères… Ou bien, tout simplement, la piétiner rageusement sur le sol. Il avait beau pester, jurer, il n’arrivait pas à grand chose… D’autant plus que ça l’énervait d’être énervé. Résultat, il était encore plus énervé. Néanmoins, après avoir sué comme un diable, il avait finalement obtenu satisfaction. La citrouille était entièrement dépecée et coupée en petits morceaux. Restait plus qu’à tout mettre dans le bouillon et à ajouter de-ci de-là des herbes, des baies, des fruits, du sucre. Bref, tout ce qu’il aimait ou qu’il désirait ajouter. Voyez, Jack o’Lantern n’est pas vraiment habitué à réfléchir lorsqu’il s’agit d’une discipline qu’il n’a jamais exercée. Auriez-vous eu l’idée, vous, de mélanger jasmin, framboise, sucre et citrouille* ? Mais lui pensait que du moment que tous ces ingrédients étaient bons, le résultat serait excellent. Ou pas. Même l’odeur qui se dégageait maintenant du bouillon ne lui fit pas prendre conscience que quelque chose n’allait pas dans sa recette.
Pauvre Jack, sérieusement, pourquoi avoir voulu cuisiner ? Une pulsion culinaire de la part du maître d’Halloween, c’est ça ? Et bien…gagné. Ce matin, alors que le soleil commençait à peine à émerger de son sommeil, il eu soudainement la - pas si - brillante idée de vouloir se mettre aux fourneaux. Ainsi, pendant toute la fin de la matinée et une bonne partie de la journée, il avait réfléchi à ce qu’il allait bien pouvoir cuisiner, cherchant livres de recettes dans différentes boutiques. Les gens sur son chemin l’avait reconnu sans peine et d’ordinaire, cela aurait fait glousser Jack de plaisir. Observer la peur sur le visage d’autrui était une chose qui l’émerveillait. Or aujourd’hui, il n’y a pas prêté attention. Même légèrement. Obnubilé par son futur repas, il avait avancé dans pas rapide, questionnant les commerçants d’une voix sérieuse où il pouvait dénicher un livre de cuisine. Lorsque son bonheur fut trouvé, dans une petite boutique remplis d’ustensiles de cuisine, il avait fouillé dans tous les livres une quelconque recette qu’il appréciera mettre en pratique. Hélas pour lui, rien ne lui convenu. Ainsi, il était parti rageusement, décidant qu’il allait inventé lui-même une recette à base de citrouille !

Le voilà donc, penché au dessus de sa petite marmite qu’il avait récupéré dans une maison maintenant complètement brûlée - forcément si Jack est passé par là -. Son potage arborait maintenant une triste couleur entre le gris et l’orage accompagnée d’une odeur pour la moins suspecte.

- La prochaine fois je demanderai à Pearl de venir me le faire, bougonna Jack.

On aurait dit un gamin. Un pauvre petit enfant qui était déçu de ne pas avoir réussi à fabriquer ou réparer son jouet. Jack o’Lantern se surprit à faire une moue enfantine ce qui le fit éclater de rire. Cette grimace de gamin, il la connaissait du bout des doigts. Combien de fois en a-t-il usé pour qu’on lui cède ses caprices ? Que ce soit face à ses parents lorsqu’il était enfant ou à Big Bad Wolf.

- Ouais, Pearl elle n’aurait eu aucune difficulté
, murmura l’Épouvanteur.

Oh oui, cette chère sorcière. Celle qui aimait un peu trop les enfants. A cette pensée, Jack sourit. C’est vrai qu’elle les aimait vraiment beaucoup, voire un peu trop. Il gloussa. Les enfants, lui, il les préférait calcinés. C’était trop bruyants, trop petits, trop stupides. D’un côté, la Sorcière les cuisaient aussi…Non, mieux que ça, elle les cuisinaient ! Chose que Jack ne savait pas faire, comme vous pouvez agréablement le constater…

Se redressant légèrement, ce n’est qu’en voulant humer la senteur - horreur - de son bouillon qu’il respira à la place une odeur de sang, d’enfant et de praline. Quand on parle du loup - on en voit la queue -. Il se retourna au moment où Pearl, cette adorable Sorcière, commença à parler. Jack lui tira la langue, moqueur.

- On ne peut pas être doué en tout ma chérie. Je suis sûre que toi, tu n’es même pas capable d’allumer un feu rien qu’en claquant des doigts !


Le maître d’Halloween sourit des toutes ses dents à son amie. Sourire accueillant, sourire charmant. Puis son regard se posa sur le gosse qu’elle venait de déposer à terre. Jack gloussa derrière sa main.

- Délicate attention et je n’y vois aucuns inconvénients penses-tu !


Il n’était pas vraiment habitué à manger de la chair humaine, même si en compagnie de Pearl il en avait déjà goûté - il avait vu ça comme une tradition -. Mais pourquoi pas découper les meilleurs morceaux pour les rajouter dans le ragoût ? Ou alors tout simplement faire une gigantesque bûcher puis aller chercher quelques bestioles et pourquoi pas quelques nains pour tous les brûler ! Le maître d’Halloween pouffa, pauvre gosse, se retrouver avec Pearl et lui était vraiment la pire des choses - quoiqu’il aurait connu une triste fin avec le Louveteau -. Mais bon, le côté positif c’est que Jack et la Sorcière allait passer une excellente soirée !




* c’est peut-être mangeable hein…
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MessageSujet: Re: Folies orangées [Jack O' Lantern] Mer 22 Juil - 15:44


Pour toute réponse, il lui tira la langue. Elle crut voir, un instant, un gamin pris en faute. Même une grimace enfantine lui apparaissait bien plus jolie lorsqu’elle s’épanouissait sur le visage blafard de Jack que lorsqu’elle apparaissait sur la face d’un de ces êtres-humains-miniatures-et-gluants. Mais quand c’était Jack … C’était mignon, en quelque sorte – presque attendrissant ! Pearl souriait de toute son âme devant cette rencontre opportune. C’est qu’elle l’aimait beaucoup, son maître d’Halloween ! Elle le trouvait avant tout … Amusant. Qu’il était agréable de courir à ses côtés et de perpétrer tout un tas de méfaits ! Elle avait trouvé un comparse rôtisseur, curieux, créatif, farceur – de cette légèreté qu’elle aimait tant, et qu’elle tentait toujours de s’approprier pour elle-même. Quand il lui répondit, les yeux de la jeune femme brillèrent de convoitise. Allumer un feu rien qu’en claquant des doigts … C’est ce que cela pourrait être pratique, véritablement. Elle se surprit d’ailleurs à songer qu’elle n’utiliserait pas forcément un tel don de la même manière que son ami. Il y avait parfois, dans ses brasiers quelque chose de trop … Enthousiaste, voyez-vous. Trop de démesure, en quelque sorte. Puis elle se reprocha cette pensée. C’était Jack, il était comme ça, et c’était ce qui faisait son charme. Il la gratifia d’un joli sourire, qui acheva de réveiller sa bonne humeur et sa folie passagère. En jaugeant le chargement qu’elle venait de déposer, il pouffa, levant une main. Rire à demi-dissimulé. Charmant.


- Délicate attention et je n’y vois aucun inconvénient penses-tu !

Elle battit des mains, la sautillante sorcière, heureuse de voir son ami approuver son initiative. Même parmi les Epouvanteurs, il y en avait que ses pratiques et ses lubies gênaient, même s’ils savaient qu’il valait mieux garder pour eux cette impression, quitte à subir des monologues incessants et insensés. Avec en prime ce petit air effronté qui avait un je-ne-sais-quoi d’exaspérant. Pire encore : il y avait ceux que ça indifférait. Jack au moins témoignait d’une gracieuse et scientifique curiosité pour ses expérimentations. On ne faisait pas meilleur interlocuteur en la matière ! C’était pour cela, en partie, qu’elle y était autant attachée. De son côté, elle le suivait toujours, quelles que soient ses entreprises, le regard brillant, et le sourire aux lèvres. Et alors que les campagnes frémissaient d’un long hurlement, ils en riaient, les deux amis … A gorge déployée.

Au-dessus de leur tête, un coassement rauque retentit. Elle leva les yeux et vit un corbeau déplumé, posé sur le bras de l’épouvantail, qui les regardait d’un œil torve. Sinistre, dites-vous ? Allons bon ! Il y avait quelque chose de passablement grotesque dans la mise dépareillée de ce vieil oiseau. Elle pouffa quand elle le vit déployer les ailes, et battre l’air, immobile, comme cloué à son perchoir. Quelques plumes voletèrent et elle les regarda avec horreur atterrir dans l’étrange bouillon de son compagnon. L’eau frémit, et la fumée noircit davantage. Quel gâchis … Elle prit une profonde inspiration, s’empêchant de froncer le nez devant l’odeur nauséabonde de la décoction de citrouille, se remonta les manches et s’approcha prudemment du chaudron. Après tout, on ne savait jamais. Surtout avec Jack. Il était capable de faire exploser la préparation, sous son nez. Volontairement ou non, on ne savait jamais trop.


- Bon bon … Voyons s’il est possible d’arranger ça …

Son sourire avait disparu pour laisser place à une expression soucieuse. On ne plaisantait pas avec ces choses-là. Elle tourna autour du chaudron, comme exerçant un rituel. Saisit sans un mot la louche qui était restée posée là. Etouffa un cri et porta ses petits doigts fins à sa bouche. Jack étouffa un rire et, sans s’offusquer, elle haussa les épaules, et retenta de saisir l’objet, protégeant ses mains en les dissimulant dans ses longues manches, trop grandes pour elle. Tourna doucement la louche, observant les reflets dorés du potage. Écarquilla les yeux quand elle vit quelques pousses de jasmin réapparaître, dans le chaos orangé. Avait-on idée … Les fleurs flétries continuaient à tournoyer, lentement, de plus en plus vite. Enfin, elle releva la louche et, doucement, prudemment, la porta à ses lèvres. Quand elle goûta la mixture, elle ne fit pas la grimace. C’était … Curieux. Pas fondamentalement mauvais. Curieux. Elle regarda son ami qui trépignait, dans un silence religieux, à quelques pas. Son doux sourire – celui des bons jours, celui des jours à faire peur – réapparut.

- Je vois là plutôt un défaut de méthode qu’un défaut de composition, en réalité.

Elle jeta un regard à son propre sac qui trônait, non loin de là, à côté de l’enfant endormi. Ce dernier justement eut un hoquet et se mit à ronfler légèrement. Elle lui accorda une grimace de mépris avant de reporter toute son attention sur son ami.

- Au final, il y a sûrement moyen d’arranger ça ! Il faut juste savoir, avant de commencer, où l’on veut aller.

Elle se mit à faire les cent pas, et ses mains réapparurent, les frêles oiseaux, pour venir, doucement, accompagner ses propos. Quand elle commençait à s’agiter ainsi, toute à sa passion, c’était très bon signe. Ou très mauvais. Question de perspective.

- La cuisine, vois-tu, c’est comme l’art de concocter des potions magiques. Il s’agit de respecter une méthode. Si tout ce que tu as pu jeter dans ce chaudron est bon, pris indépendamment, il s’agit de trouver un ordre, une manière de faire.

Ses prunelles scintillèrent d’un étrange éclat.

- Une sorte de rituel, si tu veux. Il y a quelque chose de proprement … magique dans l’art culinaire. Ce serait un peu comme …

S’il tentait d’éteindre un feu avant de l’avoir allumé ? Elle hésita devant sa comparaison, se mordant la lèvre. Puis elle leva une main, écarta d’un geste les idées importunes qui lui flottaient autour de la tête, et se tourna vers Jack, le regard avide.

- Je te propose, une fois que tu sauras ce que tu souhaites … Plat sucré-salé ? Dessert ? Arranger ça à ma manière. Le ventre plein, nous aurons bien des choses à entreprendre … Qu'en dirais-tu … ?

La rôtisseuse entendit un mouvement dans son dos. Elle gratifia son interlocuteur d’un clin d’œil sucré. Alors que le corbeau battait des ailes, dans un délicat froufrou qui rappelait celui des robes de taffetas et du vent s'engouffrant dans les rideaux de soie, la lune baignait d'une lueur blafarde le vaste champ de citrouilles. La soirée promettait d'être belle.


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MessageSujet: Re: Folies orangées [Jack O' Lantern] Jeu 27 Aoû - 19:17

    Il avait esquissé un sourire lorsque Pearl avait hésité à pencher son joli petit nez au dessus de son bouillon. Mais il n’avait pas relevé. Trop fasciné maintenant par les paroles que lui déversait son amie. Au final, Jack n’avait pas tout à faire tort : il était bien possible de foutre dans une marmite tout ce qu’on aimait et de mélanger. Certes l’ordre de composition et la dose ajoutée jouaient un rôle, mais qu’importe, il était resté sur le fait qu’il avait raison, parce que vous savez, Jack n’a jamais eu tort dans sa vie, enfin, faut voir déjà de quoi je veux parler. Voyez-vous, il n’a pas eu tort lorsqu’il a brûlé la maison familiale et ses occupants à l’intérieur, parce qu’après tout, son père et sa mère désiraient être incinérés. Il n’a fait qu’accélérer les choses. Et puis, ses victimes, toutes celles qu’il viole puis qu’il crame, ce n’est que pour un but purement distrayant. S’il avait fait ça pour chasser l’ennui, il aurait eu tort. Vous saisissez ? Mettre le feu, c’est ce que Jack sait faire. Personne ne sait mieux danser que ses flammes. On dit qu’il faut vivre sa vie à fond et travailler le don qu’on a bien voulu vous offrir à votre naissance. Jack o’Lantern le fait…ardemment et plutôt efficacement.

    - Une sorte de rituel, si tu veux. Il y a quelque chose de proprement … magique dans l’art culinaire. Ce serait un peu comme …

    « Hum ? »
    Perdu dans ses pensées, il avait relevé la tête, attendant la fin de cette phrase. Comme ? Comme cuire une pizza sans pizza ? Comme boire un verre de lait sans lait ? Il avait ouvert la bouche, prêt à lui déverser ces bêtises mais devant la mine hésitante de Pearl, il l’avait refermé aussi subitement qu’il l’avait ouverte. Ne cherchons pas à comprendre c’est ça ? Réfrénant sa curiosité habituelle sans pour autant étaler une moue boudeuse sur son visage, Jack n’insista pas, se promettant tout de même de lui demander le fin fond de cette phrase….un jour ou l’autre. Car pour l’instant, son amie la rôtisseuse lui lançait des tonnes de questions à la tronche. Voyons… Sucré ? Salé ? Dessert ? Qu’est ce qu’il en disait ?

    Lente hésitation. Puis un large sourire s’étala sur ses lèvres.

    - Sucré ! Oui, sucré !Et il faut que ce soit de couleur orange ! Comme les citrouilles ! Oh, s’il te plaît Pearl, fais ça pour moi !

    Il lui avait pris les mains et s’évertuait à la secouer -certes peut-être un peu brutalement- pour être certain qu’elle l’entende. Pauvre Pearl… Si ses oreilles ne sont pas en feu, ce sera son crâne qui gagnera une belle migraine. Il avait supplié Jack, comme un enfant. Au fond, c’est ce qu’il était. Mais bizarrement, Pearl l’appréciait quand même et il trouvait ça très étrange sans pour autant s’en déplaire. Néanmoins, il fallait l’admettre, Jack o’Lantern pouvait être très agaçant quand il s’y mettait. Et même Pearl, sa chère et tendre compagne rôtisseuse le remettait en place quelque fois. Elle n’avait pas tort et Jack répliquait souvent par un éclat de rire, il ne se rendait pas compte de son comportement…comme un enfant.

    - Au fait... murmura l'Épouvanteur.

    Changement radical. Jack le lunatique fronça les sourcils et d’une voix calme et sérieuse, continua:

    - Que se passe-t-il avec Chester ? J’ai entendu dire qu’il y avait eu un...différent, entre le Louveteau et lui.


    Il gloussa. C’est que les ragots vont de bon train au seins du QG des Épouvanteurs ! Et même si Jack n’y prête pas une véritable attention, il n’empêche qu’il entend parfois quelques bribes de conversations au détour d’un couloir.
    Il semblerait donc que le Chat ait eu un quelconque problème avec Big Bad Wolf et que notre chère rôtisseuse soit au courant de quelque chose. Le pyromane n’avait pas plus d’informations que ça, il n’était pas ami avec le minou et n’ayons pas peur de le dire : s’en foutait totalement. Mais il restait un Lieutenant n'est-ce pas ? Et le maître d'Halloween se devait -ou pas- de rester au courant quant aux scoops de ses collègues.
    Ainsi, Jack tendit l’oreille, attendant une quelconque réponse de la part de son amie non sans un sourire flotteur aux lèvres. Parce que Jack reste Jack.




[ désolé de ce petit post et de ce retard , je me rattraperai ; j'espère aussi que ça te convient ! ]


Dernière édition par Jack o'Lantern le Mer 28 Oct - 16:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Folies orangées [Jack O' Lantern] Sam 29 Aoû - 22:17


« Hum ? »

Perplexe, le maître d’Halloween. Pearl se faufila entre les citrouilles, équilibriste en devenir, sautillant d’un endroit à l’autre – comme si elle évoluait sur une marelle gigantesque, entre la terre brune et le monde céleste des grands cucurbitacées … L’idée lui sembla drôle et elle lui sourit dans ses rêves. Elle fut tirée de son jeu par la voix retentissante de Jack qui lui réclamait une préparation sucrée – de la couleur des citrouilles. En la secouant, comme un prunier. Pearl se dégagea sans rien dire, et l’éloigna un peu. Puis elle hocha la tête, lentement, et se dirigea vers le chaudron qui bouillonnait, de l’air de quelqu’un convaincu de sa propre importance. Au grand dam de Jack, elle le retira du feu, et sans les éteindre, endormit un peu les flammes.

- Tu m’en vois navrée, Jack, mais en cuisine, ce n’est pas comme dans nos virées … Il faut faire attention à ne pas faire de trop belles flammes …

Tout en coupant une ou deux citrouilles avoisinantes avec sa dague ouvragée, elle imagina un instant son ami danser de joie devant un pudding que l’on faisait flamber, regardant avec amour les flammèches bleues qui s’élevaient du gâteau … Sans vouloir tout arrêter. Pourtant, il le fallait. Au final, elle comprenait son amour pour les grands bûchers, même si elle ne le partageait pas. Tous deux, à leur manière, transformaient leurs victimes, cherchant une beauté quelconque, ou une saveur nouvelle. Et tous deux se retrouvaient avec les mêmes ultimes preuves : quelques os noircis, et des cendres grises. Ils ne se l’étaient jamais dit – ils ne se parlaient jamais longtemps avec sérieux, s’étaient encore moins confiés l’un à l’autre. Ce qui importait, pour eux, c’était de faire preuve de fantaisie, et de s’amuser, autant qu’il était possible. Si l’inconséquence de Jack avait quelque chose de fatiguant, parfois, c’était aussi une évasion, un moyen comme un autre d’oublier. Et de rester la charmante sorcière au sourire enjôleur, qu’on avait toujours connu.

- Au fait …

Elle fut tirée de ses rêveries par un murmure. L’avait-il entendue, dans ses rêveries ? C’est d’une voix calme et posée qu’il lui parla. Pearl, sans cesser de couper en morceau ses citrouilles, lui jeta un regard intrigué par-dessus son épaule.

- Que se passe-t-il avec Chester ? J’ai entendu dire qu’il y avait eu un...différent, entre le Louveteau et lui.

Elle l’entendit glousser et admira son incapacité à rester sérieux plus d’une minute. Avant de s’esclaffer, à son tour, gagnée par la bonne humeur de ce lunatique interlocuteur, qui changeait d’humeur, d’une phrase à l’autre.

- Tiens donc … Je ne te savais pas au courant …

Elle l’observa, curieuse. C’était le genre de sujets sensibles à propos desquels il était parfois indélicat – imprudent – de plaisanter. On ne prend pas à la légère les déviances du Loup, et on ne rit que de loin de ses accès de colère. Pearl avait eu la chance de ne pas y avoir été confrontée – pas encore, lui murmurait un pessimisme malvenu.

- Tu sais, je n'ai été qu'une messagère, dans cette affaire ...

Elle jeta les morceaux de citrouille dans le bouillon, et souleva, lentement, le chaudron pour le redéposer sur le feu. Vacilla sous son poids, renversa quelques gouttes orangées sur le sol, qui répandirent une douce fragrance sucrée. C’était tout de même une drôle d’histoire, la disparition de Chester ... Elle, elle n’avait fait que suivre les instruction du Loup, qui avait magnifiquement contrefait ses airs soucieux. Sans chercher à en savoir davantage. Il était vrai que disparition de Chester l’arrangeait. C’était gênant de le constater, quand on était un lieutenant des Epouvanteurs, mais le félin squelettique l’avait toujours mise mal à l’aise ... L’effrayait d’une certaine façon. Il était trop monstrueux, d’apparence, pour lui inspirer confiance. Si Pearl s’était laissée entraîner dans la clique des Epouvanteurs c'était notamment parce que celui qui la dirigeait, parce que celui qu’elle y avait remarqué, étaient pleins de distinction et de savoir-vivre à son égard. Et qu’elle cherchait, avant tout, élégance et beauté, tout en préservant ses moralités légendaires et ses châtiments culinaires. Il n’y avait qu’eux qui avaient pu lui offrir ça. Quand elle courrait le monde aux côté du grand méchant Loup, elle pouvait croire encore à son air innocent de jolie sorcière. Pas quand elle faisait face au sourire inquiétant de Chester. Pour le confort de ses illusions, pour l’état de son orgueil, elle était donc bien aise de l’avoir vu disparaître. Et d’en avoir été une des actrices, bien qu’elle n’aie joué en fait que les figurantes, pour les besoins du décor.Elle reprit, l'air de rien.

- Je n’ai juste pas jugé bon de l’informer de ce qui l’attendait réellement au Quartier Général.

Chantante, désinvolte, elle sortit de sa besace quelques boîtes à épices et pétales de rose. Saupoudra de douceurs le liquide frémissant. Un rictus couleur de crépuscule à la commissure des lèvres.

- J’ai toujours pensé qu’il fallait vivre en allant de surprises en surprises. Je me suis dit qu'il était plus intéressant que Chester ne découvre qu'au dernier moment la raison de cette entrevue ...

Mais n'était-ce pas lui offrir quelques instants de plus, quelques minutes d’inconscience heureuse ? Pearl soupira, dans le doute. Peupler sa vie d’imprévus … Peut-être lui avait-elle rendu service, au final ... Il avait été pris au piège grâce à elle, mais au moins s’était-il rendu là-bas la fierté au cœur …

- Enfin ... Je suppose que tu seras d’accord avec moi …

Distraite, elle ne regardait plus Jack mais le contenu du chaudron, qui brillait d’une étrange lueur orangée. Il y avait dans cette potion nouvelle un petit quelque chose de ses talents de sorcière, et tout son amour pour les bonnes choses. Elle sourit à Jack.

- Voilà … Des saveurs à boire - citrouille sucrée, parfumée aux fleurs et aux baies. J’espère avoir réussi à rattraper tes tentatives avec ça …

Déjà loin, les préoccupations sérieuses. Elle chercha des yeux une timbale, un verre, quelque chose pour servir joliment le tout, agrémenté de ses précieuses pralines. Rien ne comptait plus que leurs folies orangées – projets de crépuscule et douceurs sucrées.


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MessageSujet: Re: Folies orangées [Jack O' Lantern] Mer 28 Oct - 16:44


    BURN ! BURN AS A ROTTEN PUMPKIN !

    C’était joli. Mais tout était joli n’est-ce pas ? Que ce soit un cadavre fumant, un gamin éventré, un drogué en manque ou un couple d’amoureux … Eh oui, même l’amour, pour Jack, c’était joli. Certes ça puait les mots doux, les bisous sucrés, la moiteur des mains restées trop enlacées, les sourires niais, et surtout … la dépendance. Mais c’était joli. Jack le pensait vraiment. Néanmoins, mettons les choses aux clairs : il n’aimait pas ça. L'amoureux dévoué à sa femme. L'amoureux gentil. L'amoureux fidèle. L'amoureux sage. L'amoureux tout court. Évidemment que ça n’était pas fait pour lui. Ces couples qui se tiennent par la main sur les grands boulevards en souriant hypocritement aux passants. Non. C'est trop beau. Trop faux. Trop simple. Trop facile. Ceux qui se disent je t'aime les yeux dans les yeux, face au grand monde, en se jurant de s'aimer pour la vie toute entière. Bonheur factice. Non. Pas cet amour là. Jack lui, préférait la passion, la haine, brutal amour, amour violent. Une idylle différente, c’est cela.. Mais pas ces vieux clichés.
    En outre, quand il dit qu’il aime l’amour, Jack le pense. Dans chacune des personnes qu’il connaît, l’Épouvanteur aime une facette bien distincte. Chez Pearl, il adorait le fait qu’elle lui soit à ce point similaire. Les mêmes jeux, les mêmes envies. C’est joli, ça pétille, ça fait sourire. Avec la sorcière, il sourit souvent. Si ce n’est tout le temps. Toujours amusé à sautiller en gloussant en écoutant les histoires rocambolesques de son amie. Oh oui, il l’aimait. C’était une de ses plus anciennes connaissances, celle qu’il connaissait avant même de l’avoir rencontrée ! Avant que Roastie ne devienne Lieutenant, elle était souvent à la une des journaux. ‘Une nouvelle disparition’ écrivait le torchon, et puis ‘La sorcière a fait une nouvelle victime’ le lendemain. Jack o’Lantern s’était intéressé à elle. Qui était cette femme qui faisait autant parler d’elle ? Quand il avait appris qu’elle kidnappait les enfants, de jour comme de nuit, puis qu’elle les cuisinait, l’Épouvanteur l’avait tout de suite aimée. Son sourire enjôleur, ses yeux rieurs. C’était ce qu’il préférait. Il lui pardonnait tout. Quand elle ne l’écoutait pas, quand elle était distraite, quand elle n’était pas d’humeur, quand elle était occupée, quand elle l’envoyait balader. Oh, mais rassurez-vous, pour Jack o’Lantern, c’était un bel amour, un amour de gosse. Un amour innocent. Pas celui qui se termine dans un lit. Il l’aimait sans arrière-pensée. Et croyez-moi, c’était bien rare. Elle était bien la seule, en plus des enfants -et puis Alice aussi … parce qu’au fond, c’était encore une gosse elle aussi. Pourtant, l’on eut dit, que de temps en temps, il la dévorait des yeux, la sorcière. Jack avait souvent reçu ce genre de remarques de la part de ses confrères. Il en était resté perplexe, soucieux. Était-ce vrai ? Or, il n’en était rien. Le sourire qu’il adressait à sa rôtisseuse préférée était de ceux qu’on offrait à une sœur complice. Une lueur dans les yeux suffisait parfois à remplacer un sourire. Pearl comprenait, du moins, il en était persuadé. Elle était la meilleure personne pour comprendre cette relation ambiguë.

    Mais le silence régnait à présent. Jack o’Lantern n’avait prêté aucune attention aux explications de son amie à propos de Chester. Quelle importance ? Il avait déjà oublié qu’il lui avait posé une telle question. Jack se pencha au dessus de la marmite, légèrement suspicieux, même s’il savait qu’il n’y avait aucune raison. Il avait entièrement confiance aux talents culinaires de Roastie. Mais c’était pour la forme, histoire de paraître sérieux quelques instants -il adorait ce jeux.

    - Voilà … Des saveurs à boire - citrouille sucrée, parfumée aux fleurs et aux baies. J’espère avoir réussi à rattraper tes tentatives avec ça …

    Un large sourire s’étira sur les lèvres de l’Épouvanteur. A peine surpris. C’était comme si Pearl réalisait l’impossible. A chaque repas passés ensemble, il avait fini par comprendre qu’elle pouvait tout cuisiner, même si l’ingrédient de base était de la bave de gnome, elle pouvait en résulter un plat fabuleux et exquis. A croire que son don n’était pas celui de contrôler les émotions d’autrui, mais de cuisiner comme une Reine.

    - Dis moi comment tu fais ? Comment tu fais ça ? Quoique … non. Non, non, je ne veux pas le savoir. Déjà … parce que, parce que je suis sûr que je n’y arriverais pas ! Tu as bien vu mon désastre ! Et puis parce que ça doit rester ton secret !

    Voilà qu’il partait dans des élucubrations insensées. Jack reprit sa respiration et fixa Roastie, une moue boudeuse dessinée sur son visage blafard.

    - Tricheuse, j’ai l’impression que tu es douée en tout. Je ne veux pas manger ça.

    Qu’il était jaloux Jack o’Lantern ! Il regretta dans l'instant ses paroles. Il se reprocha quelque peu le ton cassant qu’il venait d’employer et tourna le dos à Pearl -étrange façon de vouloir s’excuser. Il décida tout bêtement de changer de sujet.

    - J’aurais bien voulu aller écumer Wonderland aujourd’hui. Mais vois-tu ce matin, je me sentais un peu trop flemmard -pire que d’ordinaire. Alors j’ai vagué à quelques ingrates occupations, comme par exemple, brûler les citrouilles pourries qui s’étaient accumulées dans le champ. Hélas, ça m’a pris peu de temps, tu t’en doutes bien.

    Jack o’Lantern, gloussa, sa main devant sa bouche et continua :

    - Puis, comme je te l’ai dit tout à l’heure, j’ai eu une pulsion culinaire. C’était la première fois que ça m’arrivait tu comprends. Alors je n’ai pas réfléchi et je me suis mis tout de suite au travail. Mais qu’est-ce que ça m’a énervé ! Ah, je ne sais pas comment tu fais ma belle, tu dois avoir beaucoup de patience … !

    En effet oui, elle devait beaucoup en avoir pour supporter Jack et ses monologues. Il parlait beaucoup trop vite pour espérer le couper dans son élan. Elle n’avait pas du tout le temps de répondre. Mais le maître d’Halloween ne s’en rendait même pas compte, pour être honnête.
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MessageSujet: Re: Folies orangées [Jack O' Lantern] Mar 1 Déc - 12:43


C’est le cœur battant que Pearl guetta sa réaction, battant des cils, dans l'ébauche d'un sourire. Pas un regard vers sa propre soucoupe, où le liquide orangé vacillait, entre deux reflets : tout ce qui comptait, c’était l’avis de son ami. Au fond, elle ne cherchait rien d’autre qu’un de ces plaisirs simples et si doux : une satisfaction d’orgueil, une preuve parmi d’autres qu’elle faisait bien d’être là … C’était cela, aussi, qu’elle aimait dans la cuisine. On goûtait vos créations, en toute insouciance, en vous plaisantant un peu - après tout, c’était plutôt facile de ne pas trop rater une recette, c’était donné à tout le monde … Et puis, une fois que l’on goûtait, le regard changeait, le sourire s’estompait. Point d’angoisse cependant : il y avait une lueur particulière dans les yeux de ceux qui riaient encore de vous voilà un instant, et qui disait, bien malgré eux, qu’il y avait eu charme et envoûtement. Si vous n'êtes pas capables d'un peu de sorcellerie, ce n'est pas la peine de vous mêler de cuisine, n’est-ce pas ? Pendant ces moments-là, rien ne comptait plus que l’assiette, et vous disparaissiez un peu … Ce n’est qu’une fois les derniers reliefs du plat disparus que l’on se tournait vers vous, les félicitations aux bords des lèvres, et là, vous existiez, de nouveau, et beaucoup plus fort. Pearl acceptait de se faire oublier, joli femme discrète, à sourire derrière son tablier, si c’était pour qu’on la regarde ensuite avec ses yeux-là. Elle n’avait de cesse de tester de nouvelles recettes et d’inviter ses collègues à venir s’attabler chez elle – et grappiller par-là un peu d’importance. Et elle s’enorgueulissait déjà du sourire ravi qui était apparu sur les lèvres de Jack.

- Dis moi comment tu fais ? Comment tu fais ça ? Quoique … non. Non, non, je ne veux pas le savoir. Déjà … parce que, parce que je suis sûr que je n’y arriverais pas ! Tu as bien vu mon désastre ! Et puis parce que ça doit rester ton secret !

Elle rit doucement, et se rengorgeait déjà, fière de son effet. Mais Jack reprit, tout aussitôt :

- Tricheuse, j’ai l’impression que tu es douée en tout. Je ne veux pas manger ça.

Le sourire de Pearl s’évanouit tout aussi vite, passant derrière un nuage. La coupelle lui échappa des mains et alla rouler entre les citrouilles, avec un éclat vengeur. Jack pouvait rire d’elle, la taquiner, la provoquer sur tous les sujets imaginables – et même lui parler de ses amours contrariées. Mais il n’avait pas le droit de renier sa cuisine. Certes, ce n’était là qu’un rattrapage, un petit rien du tout, fait sur le pouce, mais … Ça comptait, malgré tout. Et maintenant qu’il lui tournait le dos, elle ne savait que choisir entre la rage de son orgueil blessé et la crainte d’avoir vexé cet ami fidèle.

- J’aurais bien voulu aller écumer Wonderland aujourd’hui …

Elle l’entendait, mais elle ne l’écoutait plus. C’est le regard vague qu’elle songeait à ces courts instants, où un mot plus haut que l’autre lui échappait, au maître d'Halloween, pour lui griffer le cœur, avant de repartir tout aussitôt dans sa boîte de polichinelle. Jack ne lui en voulait plus, elle le savait bien. Et pourtant, il lui fallait quelques instants pour réunir une contenance, et se rappeler qu’en fait, il était comme ça, et qu’elle l’aimait bien pour ça, aussi, pour cette irresponsabilité latente qui ne songe point aux conséquences, pour cette humeur lunaire et cette joie d’emprunt, qu’il alternait, sans crises de conscience. Alors, tentant de reprendre ses esprits, d’ignorer le coup presqu’involontaire qu’on lui avait porté, elle hochait la tête doucement, recherchant au plus profond d’elle-même les mécanismes du sourire. Jack parlait, sans lui laisser le temps de souffler, de réfléchir, de répondre … Elle attendait que le flot cesse, attrapant quelques mots au passage, et recollant les morceaux. Quand le sourire reviendrait, tout serait fini …

- Mais qu’est-ce que ça m’a énervé ! Ah, je ne sais pas comment tu fais ma belle, tu dois avoir beaucoup de patience … !

Il l'avait gagnée, une fois de plus - sans doute était-ce facile. Elle haussa les épaules, simplement, sans rien dire, mais la lueur malicieuse qui habitait son regard s’était ravivée. Elle aimait qu’il l’appelle comme ça … Elle se sentait alors aimée – et ça valait toutes les blessures du monde. Elle s’approcha du chaudron où l’orange mixture s’était endormie – silence, plus de clapotis. La cuillère reposait, inutile et vaine, sur le rebord. Elle s’apprêtait à la saisir, saisie de curiosité : après tout, elle n’avait finalement pas goûté et elle souhaitait savoir … Elle portait déjà la cuillière à ses lèvres, fermait les yeux ...

- Aaaarg ! Au secooooooooooooooooouuuuuuuuuuuurrrrs !

Elle releva la tête, stupéfaite, et ne vit qu'un Jack hilare qui montrait du doigt une petite silhouette zigzaguant un peu plus loin, entre les citrouilles.

- Que ... Qu'est-ce qui s'passe ... ?!

Pour toute réponse, il rit de plus belle. Elle balaya du regard leurs effets, un peu éparpillés. Et c'est là que le cri fit sens. Elle s'exclama, déjà partie :

- L'enfaaaannnt ! Oh, Jack, excuse-moi, je reviens !

Elle ne revint pas. Elle partit à sa poursuite, courant derrière lui par monts et pas vaux, et une fois que ce fut fini, elle préféra rentrer chez elle ... Non pas qu'elle fût si vexée que cela, mais l'enfant l'avait entraînée bien loin - c'est que ça courait vite, ces bestioles-là, quand ça comprenait le danger ... La rôtisseuse s'en était voulu, à plusieurs reprises pour avoir laissé chez elle son balai volant, et pour avoir dû courir, à en perdre haleine, après une proie qui n'en valait peut-être pas la peine. Elle retourna à sa maison de pains d'épices épuisée et bredouille, et elle se disait qu'elle l'avait laissé s'échapper. Pas d'humeur à retourner aux fourneaux, se disait-elle. Au moins, ce ferait une proie pour les nains cannibales, qui la laisseraient sans doute tranquille un moment. Elle fit mine d'ignorer les beuglements qui saluaient chacune de ses arrivées nocturnes, savoura un thé avec sa Mademoiselle, et se lova dans l'imposant fauteuil de son salon. Entourée d'objets magiques, vivants et parfois bavards, elle regretta pourtant l'agréable soirée qu'elle aurait pu passer en compagnie de Jack, s'il n'y avait eu cette intervention regrettable du hasard.


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