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Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?!

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MessageSujet: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Ven 24 Juil - 17:25

Lundi. Calme au Tourmaline Castle. Quel genre de calme ? Paisible. Ce n’était pas parce qu’un spectre y résidait que tout devait nécessairement se rattacher à l’outre-tombe ! Non mais. Pour une des rares fois qu’elle pouvait feindre la pensée humaine ; quel joli soleil, ce matin, les oiseaux chantent, la vie est belle ! Vous savez, on s’abaissait à toutes sortes d’insanités intérieures pour oublier un tant soit peu les tourments qui ne cessaient de rugir dans un esprit vide d’âme. C’était présentement le cas d’Awrigha qui, entre deux pleines lunes, très tôt dans la journée, subissait l’inactivité, l’absence de personnes à protéger. Victimes de son cri, celui de Morrigan, capable, disait-on, de réveiller les morts. Et non pas victimes des épouvanteurs. Des imbéciles qui croyaient l’acheter, elle en recevait tous les jours. Seulement, la plupart n’alignait jamais assez de yubas pour espérer éveiller l’intérêt capricieux et exigeant du spectre. Beaucoup en étaient venus à attendre son hurlement avec impatience : trois jours de vacances au moins ! Non mais vous y croyez, franchement ? Le pire, c’était que personne ne prenait la peine de payer pour trois jours supplémentaires – dans l’optique ‘vacances’ – avant de choisir l’annulation de la malédiction. Tout en se demandant bien pourquoi – trop radins, sans doute – elle s’en réjouissait. Ainsi, point de risque de voir sa couverture s’effriter. Enfin, risque présent seulement si le client n’avait pas respecté la clause de confidentialité. Autrement, d’autres se chargeaient à sa place d’évincer tout gêneur potentiel. On n’est jamais mieux servi que par soi-même ? N’importe quoi, d’abord.

Des coups frappés à la porte résonnèrent contres les boiseries du grand bureau.
“Qu’est-ce que c’est, encore ?!”
Son expression placide ne varia pas d’un iota. Ses yeux papillotèrent avec une lenteur calculée. Impossible de soupçonner son agacement, sinon par l’intonation – cristal grinçant – de sa voix qu’elle aurait voulu faire celle d’un camionneur.
“Le gestionnaire de tâches, madame.
Ah, c’est vrai, murmura-t-elle. Entrez !

Le gestionnaire de tâche était, tout comme elle, un golem créé par Lachésis. Seulement, il avait l’apparence d’un bête robot, trous à la place des yeux, trait en guise de bouche, métal doré, articulations sans subtilité… Cette médiocrité voulue par son créateur – qui, ne l’oublions pas, était un génie – servait à fixer sa fonction sans ambigüité, soit membre du personnel domestique. Tout le contraire d’Awrigha, quoi.

“Pour informer madame qu’une visite est à faire au cimetière de Woollyland. Le défunt client de madame, tué par un épouvanteur il y a de cela…
Oui, bon, assez, l’interrompit Awrigha en battant l’air de sa main d’acier. Merci, je m’y rends de ce pas. Vous pouvez disposer.
— Bien, madame.”

Une révérence, et le golem disparaissait derrière la porte. Awrigha savait ce qu’elle devait faire. Comme souvent : rendre visite à celui qu’elle n’avait pu protéger. On la connaissait bien, au cimetière. Femme d’argent, certes, mais pleine de compassion pure ! Naturellement, ce n’était en réalité qu’un prétexte pour se mettre en scène et faire valoir auprès des citoyens de Malkins son immense bonté d’âme – ha ha ! Elle en serait sortie complètement hilare, si elle l’avait pu. Braves gens.
Souplement, mais sans pouvoir empêcher le boucan de sa robe et de ses bottines, Awrigha quitta son siège, dévoilant le joyau bleuté – jusqu’alors dissimulé par le bureau – qui renfermait son spectre. Ses longs cheveux blancs, lourdement ornés, vinrent de nouveau peser dans son dos, crissant contre le squelette métallique qui courait presque macabrement sur le cuir de ses vêtements. En marchant jusqu’à la double-porte, elle prit soin de ne pas déchirer ses précieux collants.

“Madame désirera-t-elle une escorte ?
Inutile, dit-elle en terminant de traverser le long corridor menant au hall de réception.”
Que pourrait-on bien lui faire avant qu’elle n’eût fui à toute allure ? Vous l’aurez compris, Awrigha n’était pas encore assez complète spirituellement pour tirer des leçons de son ancienne vie. Pas assez complète spirituellement, donc, pour prendre conscience et se soucier de ce défaut. Bah !

“Et la hache de madame ?
Avec un manche de plus d’un mètre, vous en ferez bon usage, j’en suis certai… Oh ! Vous parliez de… Pardon, ma hache. Bien sûr, ma hache ! Mais vous savez bien que je n’ai pas de tête. Non pas que je m’en plaigne, loin de moi cette idée, mais… Bref. Je pars en parfaite pacifiste, mon gaillard.
— Madame en est-elle certaine ?
C’est drôle, voilà bientôt un siècle que je n’avais pas eu à me répéter auprès des golems de ce château…
— Que madame m’en excuse. Je souhaite une excellente route à madame, ainsi qu’un devoir point trop fastidieux à accomplir.
Soyez entendu, mon brave bonhomme, soyez entendu !

Sur ce bel échange, Awrigha, officieusement Morrigan la banshee – hélas peu disposée à se foutre son fléau là où la majorité le pensait – dépassa l’entrée du château et dévala les nombreuses marches de pierre qui donnaient sur une route difficilement franchissable, semée d’herbes assez hautes pour dissuader quiconque de s’y aventurer. L’escorte servait généralement à porter les nombreux clients à bon port, voyez-vous. Mais elle, golem de perfection, n’en avait pas besoin.
L’appui de ses jambes augmenta considérablement, laissant de profondes empreintes de talons dans le sol terreux. Ses mains, sans douceur, écartèrent les hautes herbes et ainsi se fraya-t-elle un passage jusqu’à la petite forêt qui masquait le Tourmaline Castle à quiconque n’avait pas de raison d’en connaître la présence – oui parce que si on pouvait éviter les imbéciles de gosses qui aimaient les parties de château hanté…
Quelques accrochages et branches cassées plus tard, Awrigha foulait les pavés du cimetière de Woollyland. Ses vêtements n’avaient toutefois pas souffert la longue escapade, dotés d’une résistance à toute épreuve. Lachésis n’entreprenait jamais les choses à moitié.
Après avoir lancé un avenant “Salut, les gars !” aux vigiles du cimetière – changer de langage, c’était bien pour mettre les gens en confiance (ou pas) – Awrigha s’enfonça entre les pierres tombales, cherchant des yeux le mort qu’elle était si aimâââblement venue voir.
… Elle n’avait pas oublié quelque chose, là ?

Merde, les conneries fleuries…

Effectivement, la vulgarité s’ancrait parfois. C’était difficile, la vie de spectre. Incapable de soupirer, elle se contenta de tourner les talons, projetant d’acheter des fleurs pour ce bouseux d’huissier le septième huissier des Lullaby. C’était sans compter un étrange bruit de grattement, venant de… sous terre ?!!

Hmm… ?
Awrigha s’arrêta et pivota, les yeux attirés par une tombe dont elle ne prit pas la peine de lire la mention, trop intriguée – même si ça ne se voyait pas – par le sol qui semblait menacer de s’ouvrir. Allons ? Elle s’approcha, le bruit enflant de plus en plus. Jusqu’à ce que deux doigts ne déchirassent subitement la terre.

Par les couilles de Merlin !

Si elle n’avait été ni spectre ni golem, Awrigha aurait très certainement sursauté, serait même morte sous l’assaut de la frayeur. Elle se contenta de garder bêtement la bouche ouverte, ayant oublié de la refermer – comme on oubliait de respirer, vous savez. Stupeur, oui, mais ce n’était pas tout. Elle s’interrogeait, tandis que la main gagnait du terrain sur l’air libre. Que faire ? L’écraser ! Elle allait laisser tomber son pied d’acier contre les pauvres doigts innocents, supposons, lorsqu’elle suspendit soudainement sa jambe. Mais pourquoi, d’abord ? Parce qu’il s’agissait d’un mort ! Qu’elle avait sans doute réveillé en criant !
… Non, impossible.
Awrigha s’écarta donc, songeant que, premièrement, elle n’avait pas crié depuis une quinzaine de jours, et que deuxièmement, son cri en guise de réveille-matin pour les morts, ce n’était qu’un mythe idiot inventé par elle ne savait qui. Par conséquent, non. Mais alors quoi ? Une malheureuse personne enterrée vivante ? Elle se pencha de nouveau, laissant la main salie par la terre battre l’air.

Hé, je veux bien vous aider, chuchota-t-elle pour que les éventuels passants ne l’entendissent pas. Mais si vous pouviez d’abord me dire combien vaut votre assurance vie ??

On n'a jamais rien sans rien, mes amis.

[Sol' ^^ !]
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Ven 24 Juil - 19:35

Une fois quelqu’un, un de ceux qui connaissaient l'histoire de Solomon Grundy- si on pouvait appeler ça une histoire vu qu’elle ne durait chaque fois qu’une semaine - lui avait demandé ce qu’il ressentait quand il était mort.
Un de ces curieux qui auraient bien aimé savoir s’il y avait une vie après la mort, ou un truc, un tunnel tout brillant, un monde où le vin coulerait à flot, un univers pleins de jolies filles à poitrines énormes. En fait il n’y avait rien de tout ça, pas de vieux barbu qui vous ouvrait une grande porte pour une petite place toute fraiche au paradis, d’ailleurs pas de paradis, pas d’autre monde, pas d’autre vie, rien. Juste du noir, du vide, une sorte de néant, le silence.

Du moins c’était le souvenir que Sol en gardait.
Et puis peut-être que cette impression d’inexistence avant le lundi était dût à sa condition bizarre. Mais s’il s’était posé la question les premiers temps, aujourd’hui cela lui était aussi égal que le reste.

Lundi matin donc. Silence mortel, calme, nuit. Puis soudain cette voix cristalline, qui résonne comme dans un rêve, et peut-être qu’elle n’est qu’un rêve. Elle l’appelle, il n’entend pas, elle l’appelle plus fort.



Il ouvre les yeux.
Naitre n’est jamais agréable, même pour les bébés. Du moins c’est-ce qu’il suppose puisque les enfants se mettent à pleurer une fois à l’air libre. Mais naitre pour lui était pire que tout. Chaque fois il se retrouvait enterré - bon il mentait, pour la première fois il avait eut un répit, étant né à l’air libre, mais c’était bien l’unique exception.
Heureusement la plupart du temps, son corps se retrouvait sous la terre du cimetière, celle-ci avait été si remué que gratter pour s’en sortir n’était pas si compliqué. Et puis c’était aussi une question d’habitude.
Mais parfois, il lui arrivait de manquer de chance, par exemple la fois où on l’avait mis dans un cercueil avant de l’enterrer, ce lundi là avait été un enfer, il l’avait passé à essayer de ce dépêtrer de sa prison, et heureusement qu’Hugo ne le voyant pas arriver était partit à sa recherche - et que ses dents étaient si aiguisé que bouffer le bois pour lui n’était pas un problème - sinon Solomon y serait encore.
Pas étonnant que ce jour là il soit toujours de mauvaise humeur, n’importe qui se réveillant enterré vivant passerait certainement la journée à râler aussi.

Solomon en ce lundi creusait donc la terre, à l’aide de ses seules mains, l’habitude le faisait travailler méthodiquement et rapidement, ce qui permettait une petite touche d’ironie : on aurait dit qu’il avait fait ça toute sa vie.
Bientôt sa première mimine atteignit la surface, battant l’air, cherchant prise. Il continuait de gratter la terre avec ses autres doigts encore coincés sous le sol quand une chose imprévue se passa alors, quelqu’un commença à lui parler.
D’habitude le lundi, Sol était seul, livré à lui-même, le cimetière était loin d’être un lieu visité, à part peut-être par quelques fantômes errants, et donc on ne lui avait jamais proposé d’aide. Et voilà que cela arrivait.

- Mais si vous pouviez d’abord me dire combien vaut votre assurance vie ??

Une assurance vie? Il n’en avait pas, aucun assureur n’aurait été assez fou pour lui en proposer une d’ailleurs, cela les aurait ruiné avant même d’avoir eut le temps de plumer un crocodile.
Puis bon de la terre pleins le visage, Sol ne pouvait pas bien répondre, aussi continua-t-il de creuser sans se préoccuper de tout ça. De toute façon de l’aide il n’en avait pas besoin, il se débrouillait très bien tout seul, en plus il n’avait pas envie d’être redevable. Surtout si le prix à payer était son mariage du mercredi, il se méfiait toujours de la corde au cou.
De toute façon le lundi il se méfiait de tout.

Ronchonnant intérieurement contre la personne qui assistait à son exhumation, il réussit bientôt à libérer son autre main. De là il gratta à toute vitesse au dessus de son visage et pu enfin respirer à l’air libre. Ensuite il lui suffit d’appuyer ses coudes sur le sol pour libérer le reste de son corps. Il se leva et sortit de sa tombe, secoua ses cheveux pour en libérer la terre et s’épousseta avec des gestes lents, qui semblaient pourtant énervé.
Enfin il releva la tête vers « sa demande d’aide qui n’était jamais venu ». Une femme, jeune, mais qui avait déjà des cheveux blancs. D’habitude Sol se serait contenté de l’ignorer et serait aller voir si Hugo ne crevait pas de faim, ou n’était pas entrain de dévorer un gamin de passage, mais voilà aujourd’hui on était lundi et en plus il venait juste de sortir du sous-sol. Donc de mauvaise humeur il donna des petits coups dans la terre pour remettre « sa tombe » en place. Après tout en tant que gardien de cimetière, il se devait de prendre soin de chaque caveau, même le sien - et peu importe qu’il n’y ait plus personne en dessous.

Il ne faisait pas son boulot par envie, encore moins par passion, juste qu’il était né là la première fois et que depuis le cimetière était devenu son monde. Il en connaissait les moindres recoins, les noms écris sur chaque pierre tombale, et bientôt les dates, parfois il arpentait l’endroit au côté de Hugo, profitant du silence des morts, évitant les quelques humains trop geignards qui venaient rendre visite à leur disparu.

Après avoir finit sa besogne, il décida enfin de parler, fixant de nouveau son regard vide sur la dame.

- Toujours là vous? Vous n’avez donc que ça à faire que de regarder un gardien de cimetière faire son travail?

Si ses paroles étaient loin d’être douces, sa voix, elle, par contre restait calme, pas dans le sens de « serein », mais plutôt dans celui « d’éteinte ». Lente aussi, d'une lenteur grinçante, comme s'il prenait tout son temps pour articuler chaque mot, et pourtant malgré les apparences il se plaignait.
Et Solomon venait de trouver quelqu’un pour déverser ses plaintes du lundi.

- Un cimetière normalement c’est pour les morts, mais on finit toujours par croiser des ribambelles de vivants chouinant dans leur mouchoir.

Puis vérifiant bien le visage sans larmes de la femme il ajouta :

- Mais il semblerait que vous n’en ayez pas besoin. Vous êtes venu rendre visite à quelqu’un? Vous pensez qu’il va vous répondre?

Puis il se tut enfin.
Le lundi le rendait plus bavard qu’à l’accoutumé, mais il fallait bien qu’il cause s’il voulait faire entendre ses jérémiades.
Et puis en plus cela ne le rendait pas plus agréable, bien au contraire, se faire insulter par une voix monocorde n’était pas des plus joyeux, et beaucoup l’ayant croisé un lundi avait finit déprimé pour le reste du mois. Voire de l’année.

Solomon Grundy était comme ça, déprimant.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Sam 25 Juil - 21:49

Et alors, ça venait ? Elle n’allait pas aider quelqu’un qui ne valait rien ! Absurde ! Aucun intérêt – et pour cause ! Naturellement, Awrigha comprit bien vite qu’elle n’aurait à accomplir aucun effort, sinon celui de patienter. Elle aussi pouvait passer son chemin comme si de rien n’était, partir acheter des fleurs pour le débile qui avait failli compromettre sa carrière. Mais non. Parce qu’une tombe retournée, ce n’était pas si commun, même à Malkins, où il y avait de tout : morts, personnes enterrées vivantes et probablement morts-vivants ! Puis ces mains semblaient posséder assez de hargne pour se dépêtrer toutes seules, encore plus intriguant ! Un instinct de survie démesuré, peut-être ? Non. Assurément, il y avait un mort là-dessous. Mais loin d’elle l’idée de s’écrier « Copain !! » pour percer le silence morne du cimetière. Et puis quoi encore ? La discrétion avant tout. Il y avait là une chance de mettre la main sur un mort-vivant, peut-être riche malgré ce qu’il en disait – rien, en fait.

Bras ballants, le golem attendait, toujours aussi faussement paisible. Si elle avait peur ? Pour quoi faire ? Les seules craintes qu’elle était à même d’éprouver concernaient son âme et son commerce, alors vous savez, un corps qui sortait de terre… Un divertissement, tout au plus. Effectivement, il fut particulièrement amusant de voir apparaître progressivement une deuxième main, puis une tête, puis un buste, et enfin un jeune homme tout entier, habillé de surcroît – trop aimable. Elle le laissa se dépoussiérer sans l’interrompre, en profitant pour le détailler d’un œil qui ne trahissait aucune arrière-pensée. Pas très grand, plutôt chétif. Beau garçon ? Elle ne savait pas. Elle ne se souvenait plus trop des critères de beauté. Encore une chose à récupérer pour reconstituer la normalité qui était la sienne autrefois. Elle sut pourtant reconnaître une certaine originalité dans le masque à gaz qui pendait à son cou, ainsi que dans les lunettes rouges nichant dans ses cheveux noirs. Bah, la jeunesse ! Tout cela pour dire qu’elle… ne l’avait jamais vu. Elle n’était pas non plus une visiteuse assidue, aussi restait-elle loin de soupçonner que se trouvait devant elle le gardien du cimetière. Rassurez-vous, la connaissance de ce détail n’aurait rien changé.

Perdue, ou presque, dans ses tourments intérieurs – ahem – Awrigha, psychiquement, s’éloigna un peu de la scène, soit un mort-vivant qui arrangeait son lit de mort. Si bien qu’effectivement, elle demeura là, désœuvrée, sans jamais songer à quitter les lieux, jusqu’à s’écraser lamentablement contre la réalité lorsqu’on l’interpella. Mais… Qu’est-ce que c’était que cette chose ? Un mort dépressif ! Un mort blasé !

Votre travail paie si mal que ça ? Riposta-t-elle aussitôt. Menteur ! Je suis certaine que vous êtes mort, en réalité ! Autrement vous ne sortiriez pas de terre !

Gna gna gna, et je geins, je geins, je geins.
Pas la moindre trace de colère sur les traits d’Awrigha. Mais si la voix de son interlocuteur était calme, la sienne s’était doublée de crissements dignes des vieilles dames les plus séniles.

Bah ! C’est bien le lot des âmes au repos de pouvoir se plaindre !
Quoique. Âme au repos, c’était vite dit. Si un mort revenait, c’était qu’il devait subir tout sauf le repos. Néanmoins…
Qu’est-ce que vous croyez ? Vous me répondez bien, vous ! Et pour un soi-disant gardien de cimetière, vous devriez savoir qui je viens voir !

Awrigha était vraisemblablement convaincue de faire face à un mort. Premier indice : sa courtoisie douteuse. Mais il avait lui-même donné le ton. Peut-être se sentait-elle aussi jalouse, inconsciemment, de ne pouvoir se plaindre, de ne pouvoir gémir avec autant de liberté. Ce jeune défunt exhalait à puissance mille les ondes négatives, tandis qu’elle devait entasser des milliards et des milliards de tourments dans son seul esprit fragmenté. Et ce n’était pas parce qu’il était fragmenté que les tourments concernés en profitaient pour passer à travers les fissures. Trop facile, sinon. Mais c’était injuste, hein ? … Hein ?
Un pas, puis deux. Elle s’avança, silencieuse également, mais pas pour longtemps. Elle allait parler, très bientôt. Ca se voyait, car elle semblait établir un second examen, jaugeant le mort de haut en bas. Et finalement, son visage de femmelette débonnaire se stabilisa, ses lèvres remuèrent, laissant à nouveau filtrer la voix nasillarde.

Voyons, quel genre de mauvais tour avons-nous là… Mains derrière le dos, elle s’avança et tourna lentement autour de lui, cherchant encore. Comment êtes-vous mort, mon p’tit ? Et pourquoi ne reposez-vous pas tranquillement dans votre tombe plutôt que de faire chi… plutôt que de vous plaindre ? Est-ce que je me plains, moi ? Non, bien sûr que non je ne me plains pas ! Quelle idée ! Alors ?

… Alors ?
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Sam 25 Juil - 23:15

Etre Solomon Grundy avait des avantages. Par exemple…
Par exemple… Et bien par exemple il…
Enfin pour les avantages nous y reviendrons plus tard.
Etre Solomon Grundy avait aussi des inconvénients. Mourir par exemple en était un pas mal, mais s’il n’y avait que ça. Non en plus il devait : naître sous terre, se retrouver avec un boulet au pied le mercredi, et puis il finissait toujours pas se chopper une maladie de m… une maudite maladie qui le clouait au lit. Bref rien que des trucs joyeux, la vie de rêve – ou plutôt la semaine, dirons-nous.

Parfois des gens le reconnaissaient, « tiens j’ai déjà vu sa tête à celui là, ça serait pas Week ? le type qui vit qu’une semaine ». Si c’est lui monsieur, vous avez bien reconnu. Le reste du temps les gens y faisaient pas attention, il y avait tout de même plus grave dans le monde : Big Bad Wolf, ou les petits cochons entrain de cuire dans le four, sans parler du mauvais temps, bien sûr.

Bref madame faisait partie des personnes qui ne le connaissaient pas, et aussi des inconvénients. Non seulement elle ne le laissait pas geindre en paix, mais voilà qu’en plus de ça elle le prenait pour un mort. Avait-il l’air d’un mort ? Alors qu’on était lundi et qu’il était là bien vivant, avec son petit cœur qui bat et tout et tout.
Oui certes, quelques mauvaises langues trouveraient à dire que vu son manque de réaction parfois il a tout à fait l’air d’un zombie, mais ceux là ne sont que des jaloux qui ne comprennent pas l’art de l’apathie. Après tout, quand on est mort tant de fois, plus rien ne peut surprendre.
Surtout pas une enquiquineuse curieuse.

- Oui, certes il se peut que vous veniez voir votre fils assassiné lâchement par un fouet, ou votre arrière grand oncle mort au combat contre une fraise géante, mais cela m’est complètement égal en fait.


Pour résumer dans un langage plus châtié, les pensés de Solomon Grundy était : « Rien à cirer de ce que tu fais là vieille peau, va voir ailleurs parce que j’y suis pas ».

Puis voilà qu’au lieu de lire dans ses pensés et de déguerpir, elle se mettait à lui tourner autour. Un peu comme un amateur d’art devant un tableau. En plus elle se permettait de lui poser des questions, et lui reprochait de se plaindre.
Il se plaignait s’il voulait d’abord, on était lundi.

- Pour tout vous dire, cette fois-ci je suis mort en avalant de travers.


Mort particulièrement stupide quand on y réfléchit, mais il avait l’habitude, ce n’était pas pire que la fois où il avait trébuché et s’était brisé le cou en tombant sur une pierre tombale. Il annonça donc dans un marmonnement :

- Je l’avais encore jamais faites celle là d’ailleurs.


Un décès comique de plus à ajouter dans sa liste. Liste comportant toutes sortes de disparitions, de la plus tragique à la plus délirante, en passant par la plus banale.
Quand certains tenaient des journaux de vie, le garçon, lui, se contentait de noter ses morts.
Et parfois aussi ses mariages, quand ceux-ci lui paraissaient assez tirés par les cheveux pour valoir la peine qu'on les raconte.

Se souvenant qu’il n’était pas seul, et que par conséquent ce n’était pas le moment de penser à ses trépas, il reprit la parole.

- Et si je ne me repose pas c’est parce qu’on est lundi, que je viens de naître, et que j’ai du boulot.


Après cette interjection… Si on pouvait utiliser ce mot quand le seul ton qu’il employait était tout aussi morne que le sermon d’un curé, il croisa les bras, attendant que la femme daigne le laisser faire son travail.
Il n’était bien sûr pas pressé de garder le cimetière, cela lui était tout aussi égal que le reste, juste qu’aujourd’hui tout l’énervait, et donc madame en faisait partie.

- Je crois que votre cousine germaine vous attends, je sais qu’elle a bien le temps, mais ne tardez pas trop, on ne sait jamais.


La preuve avec lui-même, il arrivait parfois que les morts ne restent pas en place…
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Lun 27 Juil - 13:27

Fils lâchement assassiné par un fouet ? Non, son fils, c’était elle qui l’avait tué, selon sa mémoire défaillante, en invoquant malencontreusement une centaine de chats aux griffes acérées. Notez, cela pouvait faire office de fouet, mais Awrigha ne s’attarderait pas, pour éviter de croire que le mort devant elle connaissait toute la vérité sur son compte. Encore une prise de risque ? Et vos oignons, vous les arrosez bien ? Elle se rappelait d’ailleurs que son « arrière- grand-oncle », à défaut d’avoir été tué dans un combat contre une fraise géante, raffolait des oignons. Il en avait mis partout au cours de sa longue vie, dans ses plats, sur l’encadrement des portes, sous le matelas, et même autour de son cou, prétextant l’odeur enivrante et raffinée. Jusqu’à ce qu’un suceur de sang ne vînt le choisir pour se remplir la panse, lui permettant de comprendre par la même occasion qu’il avait, durant plusieurs siècles, confondu l’oignon avec la gousse d’ail – proprement inutile également, mais cela, il n’eut pas l’opportunité de l’apprendre. Déjà qu’accorder le savoir aux futurs morts était sujet à polémique, si on plus on prétendait tout leur dire… Ah, pauvre arrière-grand-oncle. Comment s’était-il appelé, déjà ? Buffus, si elle se rappelait bien – mal. Une phobie délirante des vampires, mais la famille n’en avait jamais rien su jusqu’à sa mort.
Enfin. Comme le zombie le disait si bien : on en n’a rien à faire !
Awrigha s’était vivement redressée puis immobilisée devant lui, mains sur les hanches. Le respect envers les personnes plus âgées, ça ne s’inculquait pas aux mangeoires pour vers de terre ?? En plus, en plus, elle était plus grande que lui.
Rapidement, l’idée qu’il fût gardien de ce cimetière s’éloignait, en revanche, qu’il fût mort était désormais une évidence. Mais… Son bonheur étant de pouvoir se plaindre – contrairement à elle – quelle était alors sa malédiction ? Elle eut d’abord du mal à saisir, puis, progressivement, comprit quel genre de défunt se trouvait devant elle. Un défunt salement maudit ! Les cheveux attachés par une boucle funeste ! Mwahaha. Le spectre se mit à rire. Ce n’était pas tellement de l’hilarité, mais de la méchanceté, de la moquerie mauvaise. Elle l’avait toujours su, les jérémiades, ce n’était jamais gratuit. Seul un son nasillard filtrait hors de sa bouche, sans secouer ses épaules ni la dérider. Ses paupières s’étaient simplement abaissées, et elle riait sans éclat, ignorant son interlocuteur qui tentait de l’envoyer paître. Non, non, elle n’en avait pas terminé.
D’abord, il faudrait rattraper les choses, et ce fut après s’être calmée qu’elle s’y employa.

Je ne pense pas m’en aller tout de suite, mon p’tit. Je suis Awrigha Tourmaline-Dagger, négociante en banshees – ha ha ! – mais permettez-moi d’attendre avant de me prétendre enchantée.

La mauvaise langue s’était radicalement transformée, maintenant presque mielleuse, douteuse commerçante, arnaqueuse sans scrupules. Pourquoi ce revirement ? Parce qu’elle ne voulait finalement pas mettre à mal les nerfs d’un mort déjà bien loti en matière de malchance. Point de pitié, c’était bien fait pour lui. Une telle malédiction ne pouvait être gratuite, il l’avait sans doute méritée un jour, non ? Et puis, qu’importait, il était temps d’en savoir davantage sur lui. A ce qu’il disait, il ne se contentait pas d’être mort, considérant ses sorties de terre comme tout autant de naissances. Il naissait chaque lundi ? La boucle se trouvait donc à l’échelle d’une semaine. Mon pauv’ gars. Enfin non, surtout pas.

J’ai décidé que ma cousine germaine, ce serait vous pour aujourd’hui, mon p’tit. Coopérez, et je vous laisserai tranquille. Selon votre bonne volonté, nous pouvons en avoir pour une heure comme pour toute la journée.

Menace ? Mais noooon ! Arrêtez de tout prendre de travers. Awrigha, croyez-le ou non, se montrait très avenante. Elle s’engageait très sincèrement à déguerpir s’il acceptait de satisfaire sa curiosité – qu’elle présenterait sous peu – en lui donnant en prime, à la place d’une épouse, une très chouette cousine germaine. Naturellement, c’était juste ce qui paraissait. La parole d’Awrigha ne valait comme l’or qu’une fois son intérêt jugé servi. Autant dire que Solomon n’avait pas encore gagné sa tranquillité. Le golem qu’elle était la rendait capable de lourdement insister, mais cela, son interlocuteur n’était pas censé le savoir. Peut-être le découvrirait-il, du reste ? Elle était prête à le suivre dans tout le cimetière. De toute façon, il n’y avait encore personne sinon les vigiles à l’entrée. Au pire, on la chasserait, et elle menacerait de ne pas calmer les ardeurs de la banshee. Alors, les clients s’offusqueraient, porteraient plainte contre le cimetière – foutant en l’air la clause de confidentialité, et ce serait la fin du monde. Bref, vous voyez – ou pas.

Croisant les bras, elle considéra le défunt singulier. Blasé comme il était, il devait vivre avec son fardeau depuis pas mal de temps, n'est-ce pas ? Elle reprit la parole.

Quel jour mourez-vous ? Le dimanche ? Ou c’est déjà repos, le dimanche ?” Les morts, tous des feignasses. “Pour me faire partir, il faudra me raconter en détails trois de vos décès : le plus agréable, le plus horrible, et le plus ridicule – excepté celui ou vous avez avalé de travers, puisque je le connais déjà . Votre tranquillité en échange, c’est une belle offre, non ?

Sol’, raconte-nous une histoire ! Même deux histoires ! Même trois histoires ! … Même quatre ? Commercer avec Awrigha, c’était comme signer un pacte avec le diable.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Lun 27 Juil - 21:14

Bon madame ne voulait pas partir, et en plus de ça elle semblait se moquer de la condition de Solomon. Qu’elle fasse, peu lui importait. Des enfants chantaient déjà une jolie comptine sur lui, alors qu’une bonne femme débarquant dans le cimetière au mauvais moment, lui tienne la jambe, et rigole de Sol, ça lui faisait ni chaud, ni froid. Cessons de se répéter, puisque je l’ai déjà dit plus d’une dizaine de fois déjà : Solomon Grundy se fiche de tout.

Au moins maintenant il pouvait poser un nom sur elle, Awrigha Tourmaline-Dagger. Une négociante en banshees. Si Sol n’avait pas oublié comment rire, il aurait sûrement pouffé jusqu’à s’en faire mal aux côtes. Il ne se souvenait pas avoir jamais entendu une blague aussi drôle, mais il faut dire qu’il ne se souvenait pas de tout non plus. Peut-être qu’un jour AVANT ça, il était un joyeux lurons qui s’étaient fais piégé par un vilain sorcier, ou quelque chose dans ce style, il n’en savait rien, donc inutile d’en causer.

Les banshees n’étaient-elles pas celles qui annonçaient la mort en criant ? Si jamais il en croisait une, elle en aurait du boulot, peut-être même une extinction de voix. Au pire il s’en serait tiré avec des jolies cheveux blancs, et comme il ne faisait aucunement attention à son physique, ça n’aurait pas tant changé sa « vie ». Solomon ne savait pas ce que Awrigha voulait négocier dans cette histoire, mais il n’allait pas tarder à l'apprendre puisqu’elle avait l’air avoir envie d’en causer.

Si le ton changeant de la femme ne marqua pas vraiment Week, ses paroles l’énervèrent de plus belle.

- Qui vous dis que j’ai envie d’être votre cousine germaine ? Et puis s’il vous plaît de me coller, allez-y, il se peut bien que mercredi on se retrouve marié sans que vous ne le désiriez non plus, et à ce moment là vous regretterez de me connaître.

Le chantage n’était pas très efficace avec Sol, surtout ce genre de chantage. Oh ! Bien sûr, jusqu’au lundi soir elle l’énerverait, puis il finirait par s’y habituer, et passerait sa vie à ses côtés sans même y prêter attention, sans même remarquer sa présence, ou alors s’en servirait pour déposer ses plaintes. Libre à elle de choisir ce genre de vie après tout, Solomon n’en n’était pas le maître, ni de celle d’Awrigha, ni de la sienne.
Seulement les paroles suivantes lui firent changer d’avis, en gros elle lui permettait de geindre et de raconter ses déboires, ça n’allait pas déranger Week, il était assez énervé pour lui raconter dix semaines d’affilées si elle le désirait.

- Si vous voulez tout savoir, il faudra me suivre. J’ai un iguane affamé qui doit m’attendre. Et s’il n’est pas entrain de m’attendre c’est qu’il est sûrement entrain de dévorer un visiteur et que donc j’ai du boulot, un enterrement ça se fait pas tout seul.

Il lui fit signe de le suivre et commença à s’éloigner en traînant les pieds, marchant à une lenteur épouvantable. Tout en s’avançant il commença à raconter, tout aussi doucement qu’il cheminait.

- Pour commencer, je m’appelle Solomon Grundy. Mais ça amuse quelques petits rigolos de m’appeler Week. Appelez moi comme vous voudrez, ou ne m’appelez pas ça sera encore mieux.

Il fit une pause dans son récit qui n’avait pas encore commencer pour remettre en place un bouquet de fleurs qui empiétait sur le chemin.
Abominable personnage frustrant, capable de se taire pour rien, même quand parfois ça devenait intéressant – fait rare mais qui arrivait.

- Comme vous avez déjà commencé à le comprendre je ne vis qu’une semaine. Solomon Grundy, né un lundi, baptisé un mardi, marié un mercredi, malade un jeudi, au pire un vendredi, mort un samedi, enterré un dimanche. Mais ce n’est pas ainsi que finis Solomon Grundy, puisque je renais le lundi et ainsi de suite… Jusqu’à… En fait j’en sais rien, peut-être l’éternité.

Il soupira un bon coup tout en laissant tomber sa tête dans un signe d’ennui profond. Il connaissait cette histoire par cœur, et plus encore, pour l’avoir racontée maintes et maintes fois à un peu tout le monde et n’importe qui. Qu’on l’écoute, ou qu’on ne l’écoute pas d’ailleurs, au début c’était avec passion puis au fur à mesure des semaines avec dénie, et aujourd’hui sans motivation, sans plus rien.

- Me demandez pas pourquoi. J’en sais à peu près autant que vous sur la chose, c'est-à-dire : rien.


Ensuite il y eut une minute de silence, puis deux, puis dix, où Sol marchait sans même vérifié qu’il était toujours suivie ou non, listant ce qu’il allait raconter par la suite. Trois de ces décès. Le plus agréable, le plus horrible et le plus ridicule. Les deux derniers étaient simples à trouver, le premier plus compliqué. Il fallait voir dans quelle mesure un décès pourrait paraître agréable.

Bientôt, sans s’en rendre compte, il arriva devant chez lui. Oubliant totalement Awrigha il entra dans la maison, aussitôt un énorme iguane vint lui monter sur le dos en grognant.

- Désolé Hugo, je t’ai fais attendre, c’est pas ma faute, il y avait une dame vraiment ennuyante.


Qu’elle soit là ou qu’elle n’y soit plus, il semblait que Solomon avait en tout cas complètement zappé la femme, gratouillant sous le cou de Hugo, puis allant ouvrir un énorme frigo et sortant un gros jambon, il le tendit à l'animal.

- Tiens ! Mange ça.


L’iguane ne se le fit pas dire deux fois et engloutit la nourriture, l’emportant avec lui dans un coin de la maisonnée.
Puis soudain, se rappelant de quelque chose, il leva le doigt, geste souple mais néanmoins tout aussi lent que les autres.

- Je me souviens d’une mort agréable.


Et enfin il se tourna vers la porte pour voir si son « invitée » était toujours là.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Jeu 30 Juil - 16:58

La condition de Solomon. Il y avait de quoi se poser des questions. Awrigha, naturellement, s’était attardée sur cette mort qui en plus d’être irrévocable comme toutes les autres – du moins théoriquement – était aussi hebdomadaire. Il ne pouvait pas mourir… un autre jour – ha ha ? En entendant son cri, par exemple. La nature voudrait donc qu’il fût immunisé contre toute mort prématurée ? Drôle. Ce p’tit… pouvait foutre des râteaux à la mort !! Du jamais vu. Heureusement qu’il n’y en avait qu’un… N’est-ce pas ? Hein qu’il n’y en avait qu’un ? Autrement, ce serait vraiment, vraiment très mauvais pour les affaires. Un être dont la malédiction était plus forte que celle de la banshee, l’annulait carrément. Vous imaginez ? Voir un plafond vous tomber dessus sans qu’il ne vous tue, parce que, oh tiens, on n’est pas Samedi ! Tss.

Oui, elle l’avait écouté jusqu’au bout, attentivement, sans jamais l’interrompre par ses remarques désobligeantes. Bel effort. Parce que quand un défunt, déjà et pas encore mort à la fois, vous parlait de mariage… Eh bien, il y avait de quoi lui retourner quelques répliques du même niveau, surtout lorsqu’il s’agissait d’Awrigha, le spectre-golem à l’humour douteux. Seulement, étant infiniment bonne, elle vous épargnerait pour cette fois. Et pour cette fois uniquement. En guise de réaction, alors, son éternelle expression de bonne femme paisible qui n’avait rien à se reprocher. De celles qui écoutaient les geignements des gosses sans broncher, ce qu'elle venait de faire, quelque part.
Puis elle l’avait sagement suivi. Ainsi donc, elle accompagnait un hebdomadaire nommé Solomon Grundy, familièrement appelé Week – parfois, douteusement détenteur d’un iguane bouffeur de gens. On lui aurait plus facilement pardonné s’il s’était agi de petits enfants, comme le disait si bien elle ne savait plus qui. Et ce planning, mes amis !

En voilà un qui a la vie facile…”, marmonna-t-elle dans sa barbe. Sans déconner. Certes, la répétition des événements devait très certainement donner envie de mourir, mais au moins, le p’tit gars savait ce qui lui arriverait dans les jours suivants. Tout le monde n’avait pas cette chance ! Pour ne pas dire que chacun se questionnait sans arrêt et souvent inconsciemment sur la date précise de sa disparition, quand, où, comment… Solomon gardait les deux derniers éléments pour s’octroyer un tant soit peu de suspense, comme quoi la vie n’était pas si mal faite, n’est-ce pas ? Ha ha. Brave petit. Il fallait toujours trouver de quoi se réjouir dans son malheur, autrement, on ne survivait pas. Quoi ? C’était précisément le raisonnement que Solomon ne pouvait pas tenir ? Et alors ? Ce n’était pas de la faute d’Awrigha si sa malédiction forçait le pessimisme !

N’empêche… Elle aurait voulu lui demander s’il s’était déjà immobilisé pour attendre sa mort. Ne rien faire, juste attendre. Et alors, comment venait-elle ? Tout à coup, les murs se mettaient à bouger ? Le plafond tombait – et cette fois serait la bonne ? Assis sur un fauteuil, le poids de Solomon augmentait soudainement et son corps s’empalait du coup sur le ressort métallique ? Un peu violent, tout de même. Peut-être n’avait-il jamais trouvé d’intérêt à voir comment la mort, dans les cas les moins mortifères, viendrait le chercher. Notez, le meilleur moyen d’ignorer une telle malédiction était de vivre comme si de rien n’était. Comme si, effectivement, la mort pouvait surgir à chaque coin de rue et pour n’importe qui. Puis quelle angoisse ! Attendre la fin comme on attendait un rendez-vous, c’était seulement pour les malades ! Mais… Non, elle était en train de se perdre. Pensées, si seulement vous étiez à la noix, je vous aurais mangées.

A la dernière seconde, elle prit un virage avec Solomon, sans sortir entièrement de sa léthargie spectrale. Silence garanti, en passant outre le boucan du diable que ses talons provoquaient en heurtant l’asphalte. Et aussi le léger cliquetis du squelette de sa robe, le froissement du cuir contre ses collants, le froufrou des dentelles… Une poupée hurleuse. Mais vraisemblablement, cela ne dérangeait pas Germaine qui avait, semblait-il, complètement oublié sa présence – à défaut de s’être aperçu de son existence ?! Oh, Awrigha s’en fichait bien. Elle l’avait pensé, puis insinué : elle était prête à le harceler pour obtenir un récit détaillé des trois décès demandés. Pourquoi, fondamentalement ? Eh bien, pour en savoir plus. Etant spectre, défunt capable de contact avec les vivants, elle s’intéressait de près, même sans le dire, à ceux qui s’approchaient de son cas. Mais ils s’avéraient rares, très rares. Pour elle, Solomon était déjà mort, il ne vivait pas. Et peut-être ne le croyait-elle pas lorsqu’il prétendait ne rien savoir du tout. Il lui tardait de pouvoir parler de sa rencontre à Lachésis. Espérons qu’aucune idée de défi farfelu n’en découlerait… Comme si ces deux là n’avaient pas terminé d’aller à l’encontre des malédictions.

Bref. Quand est-ce qu’on arrive ? Et où allaient-ils, comme ça ? A l’autre bout du monde ? D’accord ! Plus sérieusement, elle ne se fit pas dire d’entrer dans l’appartement, se le permit toute seule, comme une grande, referma doucement la porte derrière elle. Louche. Ce mort – futur mort – vivait vraiment telle une personne tout à fait ordinaire. Normal, après tout, il fallait bien passer les semaines – ha ha. Soit. Elle le laissa à ses activités sans l’interrompre encore une fois – ni même riposter à l’entente d’un malheureux qualificatif, Awrigha n’étant jamais ennuyante –, jaugeant l’iguane d’un œil tranquille. C’était moche, ces bêtes là. C’était glouton. Et gros. Drôle, sans doute. Le compagnon idéal, en clair ? Hugo… Ouais. Pourquoi pas, hein…

L’avantage de reposer à l’intérieur d’un golem, c’était qu’on pouvait alors rester immobile pendant des heures et des heures sans ressentir la moindre fatigue, ni même de lassitude. Awrigha demeurait donc devant la porte, droite, clignant posément des paupières, un spectacle si répétitif qu’il en devenait effrayant. Ses yeux ne pouvaient rien refléter des tourments qui occupaient son esprit de spectre, lui évitant l’ennui d’une horrible façon. Quand on ne pouvait se plaindre ouvertement, on se rattrapait énergiquement à l’intérieur. Tragique, d’être incapable d’en faire profiter les autres. Awrigha pouvait se montrer très généreuse, vous savez, mais on ne lui en laissait pas tellement l’occasion.
Je me souviens d’une mort agréable.

C’est tout à l’honneur de Germaine ! Premier pas vers votre tranquillité !

Réajustant machinalement – ha ha – les volants de sa robe, Awrigha partit s’installer, délicatement, pour ne pas défoncer le siège en tordant les ressorts – à défaut de s’empaler dessus. Elle leva ensuite le menton vers Solomon :

Je vous écoute, mon p’tit. Soyez clair et précis.

Presqu’aimable.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Jeu 30 Juil - 22:27

Solomon laissa Awrigha aller s’asseoir et prendre ses aises, jetant un regard vers Hugo qui la fixait de ses yeux rouges, à tout moment il semblait prêt à se jeter sur elle mais en même temps on aurait dit que quelques choses l’effrayait et le faisait se terrer un peu plus dans son coin.
Sol connaissait Hugo, son iguane n’était pas du genre à avoir peur, pas par de simples visiteurs, pas par des sorcières non plus, et les fées il en faisait son quatre heure. Alors pourquoi se méfiait-il autant de cette simple bonne femme ?
Il se dirigea vers l’animal et s’accroupit devant lui, posant sa main sur sa tête comme si l’iguane allait lui répondre, ce que bien sûr il ne fit pas.
Il y avait une chose de certaine, c’était que l’instinct d’Hugo ne l’avait jamais trompé, il se pouvait donc que cette femme ne soit pas normal.

Mais et alors ?
Elle allait le tuer ?
La bonne blague.

Bref, il laissa son animal dans le coin et s’assit sur une vieille chaise de bois, tellement abîmé par l’âge qu’on avait l’impression qu’elle allait s’écrouler au moindre courant d’air. Il se tint un peu penché et enfin commença son récit.

- C’était un samedi.

Jusque là, personne n'était surpris devant la date annoncée.

- Il faisait beau, chaud, un temps agréable pour mourir. Je dormais tranquillement dans mon lit. Je suis mort dans mon sommeil, sans doute d’une rupture d’anévrisme, ou un truc de ce style. En tout cas je n’ai pas souffert, je n’ai rien senti, je vivais et la seconde d’après mon sommeil était éternel. Ou presque.

C’est ainsi qu’il finit le premier récit de sa mort agréable, court mais efficace, il n’avait de toute façon pas d’autre idée, c’était sans doute le seul décès dont il ne s’était pas rendu compte et qu'il pouvait qualifier de serein, de presque bien.Ceux qui s'attendaient à une longue histoire, pouvait partir, déçus. Mais de toute façon il n'y avait que la femme pour l'écouter alors peu importait... Si elle s'en allait, le garçon aurait vaqué à d'autres occupations et puis c'est tout.

Le silence s’installa à nouveau. Solomon regarda dans le coin, Hugo n’avait toujours pas bougé, et ses yeux rouges ne quittaient pas Awrigha. Peut-être n’était-elle juste pas comestible, ou alors avarié, voilà pourquoi l’iguane réagissait de la sorte.

Bon, il lui restait deux morts, celle qui était horrible et celle qui était ridicule. Là il avait plus de choix, peut-être un peu trop d’ailleurs, si bien qu’il ne savait plus laquelle raconter. Le calme s’éternisa, Solomon ne semblait plus vouloir parler, il regardait ailleurs, ne bougeait quasiment pas, respirait à peine, on aurait presque dit qu’il était mort, et peut-être aurait-on pu le croire si nous n’étions pas lundi.
Puis soudainement une vague de colère le submergea, il se redressa – à la vitesse d’un escargot certes, mais quand même – il se souvenait d’une mort horrible plus horrible que les autres. Quitte à mourir tous les samedi, on aurait pu lui éviter ce genre de décès des plus désagréables quand même. Il fallait qu’il raconte, parce que ça l’énerve, c’est vrai quoi, pourquoi est ce que ce fichu destin en plus de ne lui laisser qu’une semaine à chaque fois s’amusait à le tuer de façon si atroce ?

- La mort horrible commence le mercredi. J’ignore quel coup du sort m’en a fait arriver là, mais ce jour là je me suis retrouvé marié à une abominable femme ogre. Collante, puante, énorme. Tout à fait détestable. Je crois que pour elle je n’étais qu’un bon garde-manger, seulement jeudi et vendredi j’étais malade, la poisse pour elle qui avait si faim. Et pour la première fois sans doute, j’aurais voulu être aussi malade le samedi et tous les autres jours d’ailleurs.

Solomon tout en racontant se mit à grincer des dents, preuve que le souvenir lui faisait encore mal en y pensant.

- Et puis malheureusement, samedi je pétais la forme, et elle, elle crevait la dalle. Voilà son petit mari qui va si bien, si revigoré et tout pleins de couleurs. D’un coup de pied elle a valdingué Hugo qui s’est retrouvé assommé, puis elle m’a attrapé par les épaules et a commencé à me manger vivant. En commençant par les pieds.


Les doigts du garçons tapotaient doucement sa jambe, s’il avait été du genre plus nerveux, il aurait balancé sa chaise à travers la pièce. De quel droit sa femme l’avait dévoré ? Et pourquoi pas le tuer d’abord d’ailleurs ? Est-ce qu’elle avait idée de la douleur qu’on ressentait quand tout doucement d’énormes dents vous arrachaient par petits morceaux ?

- Elle prenait bien son temps en plus, au lieu de me terminer d’un coup. Elle devait bien s’amuser à m’entendre crier tiens. Saleté de bonne femme. A la fin elle a du arracher un morceau de trop et je suis enfin mort, j’ai jamais été si soulagé d’en finir d’ailleurs.


Il se leva et se mit à traîner des pieds, faisant le tour de sa chaise, toujours avec la même lenteur, mais incapable de rester assis plus longtemps.

- Elle a du enterrer mes os derrière la maison et partir. Le lundi j’étais à nouveau tout entier. En même temps ça serait ridicule de naître avec des bouts en moins, ou juste des os. J’étais même habillé, avec les mêmes fringues que d’habitude. A croire que celui à qui je dois cette vie là avait de l’humour.


Enfin il se rassit. Qu’est ce que ça faisait du bien de se plaindre, on croit pas comme ça, mais d’un coup on se sent mieux, on maudit toutes les ogresses du monde entier, voir de l’univers et puis tous nos problèmes sont envolés.
Ou pas ?

- Heureusement, l’ogresse s’était enfuie, si elle m’avait retrouvé vivant au lundi, elle aurait fait de moi son repas tous les samedi, et j’aurais bien été embêté. Finir garde manger, c’est encore pire que ma situation.


Il ne restait maintenant plus qu’une mort, une ridicule. Ca lui arrivait plus souvent que le reste… Quand il disait que son jeteur de malédiction devait être un plaisantin, il n’était peut-être pas si loin de la réalité.

- Pour la mort ridicule, c’est très simple. Je suis mort d’un traumatisme crânien, juste parce que je me suis cognée la tête contre la porte en me prenant les pieds dans le tapis. Depuis je n’ai plus de tapis.


Voilà, il avait finis. Plus rien à raconter maintenant, elle n’avait rien demander d’autres, et il s’était déjà pas mal plaint pour la journée.
Il était prêt à lui demander de partir, qu’il puisse ne rien faire en paix, mais Hugo monta alors sur ses genoux, puis fixant de nouveau Awrigha il se mit à siffler d’un air colérique. Sa méfiance était au plus haut, mais au lieu de s’attaquer directement à la femme, il la menaçait de loin. Comme si de toute façon il n’aurait rien pu lui faire.

Sol n’était pas dans le genre curieux, mais il en avait aussi un peu marre des mauvaises surprises, décidé à prendre en compte l’instinct de son iguane, il reprit la parole :

- Maintenant je voudrais savoir, qui vous êtes ? Ou ce que vous êtes plutôt ? Vous voyez, en vérité ça m’est égal, mais on ne sait jamais, des fois ça peut être utile d’en apprendre plus. Surtout quand Hugo réagit de la sorte.


Et tout en attendant une réponse – si réponse il y avait-, Solomon caressa la peau froide de son reptile.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Jeu 6 Aoû - 16:50

Son expression de bonne mémère ne rassurait pas le pauvre iguane ? Pourtant, ça marchait comme ça, généralement. Bien sûr, elle ne cherchait pas vraiment à inspirer un quelconque sentiment de sécurité à son hôte, pour la simple et bonne raison qu’elle n’était pas censée s’en soucier. Alors elle le laissa s’installer, patiente, prenant le soin de s’insuffler les mouvements minimes propres aux traits du visage, un battement de paupières, ici, là, ses doigts qui remuaient un peu – non les mains entières. Elle ne croisait jamais les jambes – beaucoup trop risqué, les gardait à la manière d’une dame des anciens temps. Elle ne sentait pas l’air qui pénétrait entre ses rouages mais s’efforçait de le faire circuler comme un être vivant tout ce qu’il y a de plus véritable.

Ses yeux se fermèrent plus longtemps, un « non, jure ? » muet à l’introduction de Solomon – la la la, c’était un samedi. Brave petit, sincèrement. S’était-elle attendue à plus de rebondissements ? Bah. Une mort agréable ne méritait son qualificatif que si on ne la sentait pas. A moins de mourir en plein ébat. Elle n’aurait su juger si c’était le genre ou non de Germaine et n’était pas disposée à vouloir le savoir. Premier récit vite expédié, donc. Elle ne bougea pas d’un centimètre, toujours assise en face de lui à l’écouter, signifiant d’un doux hochement de tête qu’il pouvait poursuivre – oui, je sais, il n’en a pas besoin. Quoique, elle faillit se poser des questions. Il réfléchissait encore ? Bien. Elle en profita pour l’observer à nouveau, songeant également à la compagnie d’un mort. Comme s’il avait été altéré par sa malédiction, et vivre avec entraînait assurément une transformation. Mais tout de même. Ressentait-il toujours la peur à chaque samedi qui arrivait ou se disait-il qu’il revivrait lundi ? Espérait-il parfois ne pas s’éveiller pour la semaine suivante ? Ou le craignait-il, finalement ? Si on s’en faisait une vie, il y avait de quoi.

Sans sursauter, elle le vit se lever, armé d’une colère nouvelle, semblait-il. Oh. C’était drôle, de devoir se redresser sous l’effet d’un sentiment violent. Ca soulageait ? Voulait-il faire les cent pas dans la pièce et agiter les bras dans tous les sens à une vitesse critique de deux km/h ? Elle en aurait souri. L’attitude de Solomon, sous les aspects qu’elle en avait vu – c’est-à-dire peu – trahissait l’homme qui s’y était fait. Elle n’offrit toutefois pas de jugement, continua de jouer son rôle auprès de sa cousine Germaine malgré “elle”.

Inutile de préciser que le seul début du récit l’enthousiasma un peu plus. Une ogresse. Avec ce petit être fragile. Elle aurait voulu insister pour qu’il se retournât la mémoire, afin qu’il lui révélât pourquoi il s’était retrouvé marié avec elle. Parce qu’enfin, il fallait vraiment être insouciant ! Sans doute s’était-elle d’abord donnée en joli mirage avant de devenir, contrat scellé, l’ogresse collante, puante et énorme qu’il décrivait. Elle l’espérait presque pour lui, voyez-vous !
Et son expression dissimula à merveille le sarcasme que cette histoire lui inspirait. Trois jours d’enfer. Qu’avait vraiment pensé Solomon, alité ? Savait-il que son ogresse s’en mordait les doigts, non pas parce qu’il était malade, mais parce qu’elle ne pouvait pas l’engloutir en le trimballant joyeusement par la tignasse ? Des pieds à la tête. C’était hilarant. De l’insuffisance d’Hugo à l’attente extrêmement douloureuse qu’elle parvenait assez à s’imaginer – façon de parler, hein, on fait ce qu’on peut. Voir progressivement ses orteils disparaître… Mais avait-il regardé en plus de crier ? Elle manqua lui demander si son ogresse lui avait fait les yeux doux durant tout le long de son repas. Après tout, entre époux… Et hélas, elle fut alors incapable de se retenir davantage.

Quelle superbe nuit de noces. Retardée, mais superbe. Je suis certaine que vous avez grandement apprécié la vue. Après tout, les couchers de soleil sur la plage sont devenus d’un banal.

Avec sa main, elle esquissa le geste d’une de ces vielles dames qui ne juraient que par leur tasse de thé. Vous savez, un oh là là qui ressemblait plutôt à un : “Oh lô lô… ” Et le cou pudiquement rentré dans les épaules. Elle s’épargna néanmoins ces détails, trop occupée à imaginer la vie de ce garçon si l’ogresse s’était amusée à lui fixer rendez-vous chaque lundi. Ha ha. Su-per. Mais elle s’était enfuie, disait-on. Pourquoi ? Quel dommage ! Buffet à volonté, dont on s’occupait en prime de la garde-robe en enfer ! Awrigha persisterait à penser qu’il y avait moins bien loti que lui.

“Peut-être qu’en restant avec elle, vous auriez fini par vous manger vous-même.

Ha ha. Ha ha ha. Ha ha ha ha ha. Awrigha était déconcertante de sérieux mais, par Merlin, ce qu’elle en aurait ri ! En vérité, elle se représentait l’heureux couple, à se donner amoureusement bouchée par bouchée. Tiens, voici l’un de tes orteils, mon chéri. Mais il aurait tout aussi bien pu abréger ses souffrances tout seul le samedi. Pouvait-il se suicider, d’ailleurs ? Elle le lui demanderait. En attendant…

Ça a dû être une sévère chute. Vous savez, j’ai toujours pensé que les tapis n’étaient bons qu’à mettre sur les murs. Mais vous auriez tout aussi bien pu ne plus avoir de portes. Et suspendre les tapis à la place. Quoiqu’à coup sûr, vous vous seriez enroulé dedans jusqu’à vous étrangler, n’est-ce pas ?

Que c’était grisant de pouvoir s’adonner à l’humour vaseux sans risquer d’être fusillé. En fait, elle n’en savait rien, mais elle supposait que ça devait être agréable. Personne ne pouvait l’empêcher de déblatérer ses bêtises, encore et encore. Et elle n’y pouvait rien. Germaine jetait la pierre au tapis – et non pas à ses pieds ni à sa tête, ni à la porte – elle ne pouvait qu’alimenter le débat – inexistant.
Cependant, à toute bonne chose une fin. Fin marquée par un iguane qui lui crachait dessus comme un chat de gouttière, plutôt que par sa propre intention de se lever et quitter les lieux. Elle aurait pu penser que cet animal ne voulait pas la voir partir. Si mignon. Mais elle voyait bien ses yeux. Amusant que de pouvoir outrager autre chose que des gens.

Cet élan de prudence, vous auriez dû l’exercer auprès de l'ogresse à laquelle vous avez été marié, par exemple. Mais vous voilà instruit et j'en fais les frais.” Ce n’était pas un reproche, elle s’en fichait comme d’un remord, mais sa langue était destinée à dire, parfois, ce qu’on ne voulait pas entendre. Qui elle était. Ce qu’elle était. Joli flair.
Elle ne s’en inquiéta pas outre-mesure. L’intérêt s’éveillait doucement, une occasion de prise au mieux, de perdue, tant pis.

Nous allons faire un marché, mon p’tit. Si vous le voulez bien.
Elle marqua une longue pause, figée dans son apparente bienveillance. Et puis les mots tombèrent avec, pourtant, la légèreté contradictoire d’un rien qui effleurait.
Découvrez qui vous êtes, je vous dirai qui je suis.
La balance n’était pas équilibrée. Elle ne pouvait pas faire de sa propre identité un motif pour Germaine de retrouver la sienne. Mais pourquoi ne pas essayer ? Elle ne lui rendait pas service, puisqu’elle voulait savoir.

Naturellement, je ne prétends pas que vous y teniez assez pour vous donner tant de mal, et je ne confirme pas non plus vos soupçons qui vous laissent penser que j’ai quelque chose de spécial et de menaçant.” Elle baissa les yeux sur la créature. “Peut-être votre iguane est-il… désarçonné par une possible odeur de banshee – et cela est spécial, en effet. On ne la sent pas, mais elle colle si bien à la peau qu’elle n’échapperait pas, je crois, au flair d’une telle bête. Les spectres tels que Morrigan font le nécessaire pour se rappeler au mieux à la mémoire des gens, qui ont souvent tendance à oublier trop vite les menaces.
Sa voix était devenue traînante et très calme, de celles qui pouvaient passer sans transition du miel au fiel. Une fausse politesse, celle du commerçant qui ne savait fonctionner que par accords. Avec, si possible, des bénéfices à la clé.

J’espère, par ailleurs, que votre cher iguane m’a bien comprise.

Depuis quand, du reste, les iguanes avaient-ils un instinct à reconnaître les spectres ? Elle, pas normale ? Elle pouvait en dire tout autant de lui ! Plutôt que l’odeur de spectre – tout à fait inexistante, arrêtez de croire les conneries qu’on vous dit – ça devait être qu’il ne sentait pas de chair à croquer. Pas d’odeur sinon celle, imperceptible, de l’huile subtile confectionnée par Lachésis lui-même.
Son regard effleura de nouveau le visage de Solomon, attendant son accord ou son désaccord. Ensuite, peut-être partirait-elle. Peut-être pas.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Sam 8 Aoû - 19:28

Sarcastique bonne femme, n’avait-elle aucun cœur pour se moquer ainsi de la condition de Solomon ? Ou peut-être était-ce juste que cette condition n’était en aucun cas tragique, mais tout son contraire. Une merveilleuse comédie d’une semaine, rejoué pour l’éternité. Allez messieurs-dames le public, applaudissez.

- Je me serais retrouvé enroulé dans le tapis, ou alors j’aurais réussi à y mettre le feu. La mort aime bien ça, vous prendre par surprise. Et avec moi elle s’amuse beaucoup. C’est comme la fois où je me suis fendu le crâne en me prenant ma pelle en pleine face, j’ai cru mourir de ça, et bien non. En fait je suis mort pendu dans les bandages que j’essayais de m’accrocher sur le front. Quelle ironie.

Trêve de plaisanterie. On ne rigole pas avec ces choses, des gens pleurent à cause de la mort, on va sur des cimetières remplis de tombes pour sortir des mouchoirs et se vider du trop d’eau qu’on a en nous. Pas pour rire d’un type et de ses morts farfelues. Surtout pas d’un qui se fait dévorer par sa femme.

- Croyez moi, j’ai fais preuve de prudence auprès de ma femme ogresse, mais elle refusait de partir, sois disant à cause de ce qu’elle appelait : « les liens du mariage ». Finalement si elle ne m’avait pas mangé, j’aurais peut-être du la garder, ça aurait été sans doute pire.

Et cessons donc de parler de Solomon et de sa vie – ou plutôt de ses morts – intéressons-nous un peu à madame Awrigha, voilà qu’elle lui proposait à nouveau un marché. Le garçon ne sentit même pas l’effet de déjà vu, à ce niveau là il avait déjà complètement l’habitude, seulement les marchés c’était … Plutôt chiant. On obtient quelque chose, que en échange d’autre chose. Puis souvent, l’autre chose on n'avait pas envie de la donner.

Bon c’est certain, Solomon n’était pas attaché à grand-chose. Voire à rien du tout. Donc cette bonne femme allait sûrement … Lui prendre la seule chose encore intéressante dans sa vie : Hugo. Elle l’avait déjà menacé de lui voler sa tranquillité en le suivant partout, elle était bien capable d’avoir envie de rôtir un iguane.
Peut-être que c’est ça qu’elle était, une mangeuse d’iguane, et cela expliquerait bien pourquoi Hugo ne l’aimait pas.

Seulement, contre toute attente, elle ne s’intéressait pas du tout à Hugo, mais plutôt à lui. Et la demande était plutôt étrange.
Découvrir qui il était ?
Oh, il avait bien essayé les premières semaines, et puis l’envie lui était passé, personne ne semblait le connaître, personne ne s’intéressait à lui, et de toute façon il aurait bien le temps de savoir. Alors il avait décidé d’attendre que ça lui tombe dessus, qu’enfin quelqu’un lui en parle, ou il ne savait quoi.
Pourquoi d’ailleurs ferait-il un effort pour cette femme dont il ignorait tout ? Juste parce que Hugo réagissait bizarrement ? Ce n’était pas assez. Elle ne pouvait absolument rien contre lui, fut-elle été la mort en personne qu’elle n’aurait pas pu lui faire réellement du mal. Ou juste le samedi, et on était lundi.

Et puis Hugo s’est mis à remuer sur ses genoux et à siffler à nouveau quand Awrigha refit illusion aux banshees, ou plutôt à l’odeur de banshee qui lui collait à la peau. Et si l’animal l’avait compris lui, cela semblait évident, Solomon était complètement perdu. En tant que négociante en banshee, normal que l’odeur reste sur elle, était-ce parce que Hugo insupportait cette odeur qu’il se comportait aussi mal ? Ou parce que la femme cachait autre chose ?
Dans ces moments là il aurait voulu que l’animal puisse parler, pour lui expliquer ce qui n'allait pas, lui dire ce qu’il savait et que Solomon ignorait. Il en profiterait aussi pour lui demander pourquoi il avait décidé de le suivre et si Hugo lui convenait comme prénom. Sauf que voilà l’iguane ne savait que siffler, grogner, manger et jeter des regards tueurs autour de lui.

- Mon iguane n’est pas idiot, je ne sais pas s’il sent la banshee ou autre chose, mais s’il réagit comme ça c’est bien pour une raison. Si vous ne voulez pas me dire qui vous êtes, ça m’est égal, je n’ai pas peur de vous de toute façon. On n’apprend vite à plus avoir peur de rien dans mon cas, et surtout pas de la mort.


Seulement si lui ne ressentait plus la peur, Hugo continuait à s’énerver, et Solomon même en caressant sa tête ne réussissait pas à le calmer.
Cela l’irrita un peu plus, il n’aimait pas que l’iguane soit stressé comme cela, et du coup il en devint vulgaire :

- Putain de lundi, jamais rien ne va le lundi. En même temps qui aimerait se réveiller sous un tas de terre ?


Il se gratta les cheveux, ce qui lui prit bien deux minutes trente vu qu’il y allait à la vitesse d’un escargot à l’arrêt.

- Je ne sais pas qui je suis, et puis je ne sais pas comment le découvrir. Mais si vous insistez. Je suis Solomon Grundy, celui qui ne vit qu’une semaine, je suis né comme ça, je mourrai comme ça, si bien sûr je peux mourir. Depuis toujours j’ai dix-huit ans, a moins que ça soit plus ou moins. Je n’en sais pas plus. Maintenant si vous ne voulez pas me dire qui vous êtes, et bien tant pis je m’en fiche, rentrez chez vous, j’ai des morts à enterrer et un cimetière à tenir moi.

Sur ces derniers mots, il se leva encore, posant son iguane à terre. La bête se dirigea vers Awrigha, gardant pourtant ses distances. Hugo soulevait ses pâtes, arrondissait son dos, montrait les dents et sifflait plus fort. Il semblait vouloir lui dire de quitter les lieux. Et Solomon ne l’en empêcha pas.

- Je crois vraiment qu’il ne vous aimes pas.

Cette phrase inutile était sortit de sa bouche comme un sermon, c’était un fait Hugo ne l’aimait pas. Mais Hugo n’aimait personne alors de toute façon cela ne changeait au final pas grand-chose. Pourtant Sol avait jugé utile de le préciser – alors que cela se voyait sans qu’il le dise – sans doute peut-être voulait-il dire que lui non plus ne l’aimait pas.
La femme était trop collante, trop blanche, trop sarcastique à son goût, au point que l’indifférence de Week avait pu se transformer en ressentiment.

Puis fronçant soudain les sourcils, comme s’il venait de se rappeler de quelque chose, il ajouta :

- Au fait vous n’étiez pas venu voir quelqu’un au cimetière ? Ou alors vous étiez là, juste parce que vous êtes une sorte de fétichiste des cimetières ? J’ai déjà vu ça une fois, un type un peu louche qui aimait collectionner les cimetières. Donc même une personne bizarre comme vous doit bien être là pour quelque chose.


Et sans se rasseoir, Hugo toujours sifflant, il croisa les bras et attendit une réponse. Sans se rendre compte que le plus bizarres dans tout ça, ne semblait être ni la femme, ni la situation, mais plutôt lui tout court.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Mar 18 Aoû - 14:26

Les marchés étaient une banalité pour Awrigha. Sa seule forme d’expression ! Elle ne disait rien pour rien, donnait et demandait toujours avec une idée très claire derrière la tête. Un véritable automate, sur ce plan là. Mais songer qu’elle aurait pu en vouloir après Hugo… Que ferait-elle d’un iguane sans manières ? Quoiqu’il semblât singulier, tout à coup. Un peu trop insistant. Tout autre animal, après lui avoir craché dessus de la même façon, lui aurait sauté à la figure pour prolonger son ressentiment par l’acte. Et cet iguane, non. Comme s’il possédait assez de cervelle pour savoir qu’il s’y casserait salement les dents. Il paraissait vouloir la chasser comme un maître de maison jette du sel pour éloigner… les mauvais esprits. Et c’était tout. Finalement, peut-être avait-elle une raison de s’y intéresser. Mais chaque chose en son temps.

Je n’ai pas peur de vous, de toute façon. Allons ! Qui avait parlé de ça ?! S’était-elle amusée à le menacer de mort ? A le menacer tout court de lui faire le moindre mal ? Tss. S’il causait sous l’influence de son iguane, alors c’était que l’un d’eux interprétait très mal le personnage d’Awrigha. Si inoffensive. Bienveillante. Avec un sens pointu des affaires, certes, mais tout à fait gentille et sans mauvaise intention ! Lorsqu’on avait affaire à elle, il n’existait qu’une chose pour laquelle il était possible d’avoir peur : les sous. Et, personnellement, en toute objectivité, je trouve cela bien noble de n’être une menace pour rien d’autre ! Bon. Germaine était dans le genre têtu, on l’avait compris. Et légèrement, mais très légèrement, hein… Paranoïaque. Ce qui s’avérait entièrement légitime, n’est-ce pas… Il croyait – et non pas craignait, attention – peut-être qu’Awrigha s’improviserait Faucheuse pour cette semaine. Et qui savait, se cachait possiblement sous sa robe une ogresse avide de dévorer un petit hebdomadaire. Ha ha. Non, de commun avec l’ogresse, elle ne possédait que l’aspect « collant ». Elle n’était ni énorme – du moins je le crois – ni puante – sauf pour Hugo.
Et elle gardait cet avantage, sur son interlocuteur, de n’être pas vulgaire. Putain de lundi. Elle pencha sensiblement la tête sur le côté, dénonçant en silence tant de grossièreté. Puis son visage bascula de nouveau, pour se remboîter correctement sur ses épaules. Qu’est-ce qu’il allait sortir comme bêtise, encore ? Une autre demande en mariage ? Non, pire, un refus. Vraisemblablement, en tout cas. Elle balaya d’un geste qui se voulait impatient la présentation déjà entendue plus tôt. Elle se fichait de ces paroles, ce qu’elle désirait, c’était l’inconnu. Mais lui n’y accordait apparemment aucune importance. Un abandon fort dommageable, quand on y songeait.

Vous avez fini par vous y faire, et cela vous importe peu, désormais, de connaître votre véritable identité. Je comprends.

Sur ce, Awrigha se redressa, fit mine de réajuster sa robe, et s’apprêtait à rejoindre la porte lorsque l’iguane vint à elle. Charmante bestiole, vraiment. A faire le dos rond ainsi, Hugo rendait très, trop tentante l’idée de donner un coup de pied dedans. Joli ballon. Je crois vraiment qu’il ne vous aime pas. Elle n’avait pas remarqué ! Heureusement que son regard ne pouvait connaître de variation radicale, elle aurait sans doute fait peur à ce tas d’écailles. Awrigha n’avait pas besoin qu’on l’aimât, c’était à peine si elle se souvenait concrètement de quoi il s’agissait. Il n’existait désormais qu’une valeur pour elle, celle du commerce. Et en son sein, même les pires ennemis, les êtres les plus différents qui fussent pouvaient s’entendre.
Elle allait essayer, encore une fois, de poser un pied devant elle, mais celui-ci demeura suspendu dans les airs. Au fait… Puis retomba. Sans brusquerie, histoire de n’effrayer personne.

J’étais venue voir une personne pour qui je n’ai rien pu faire, figurez-vous. A chacun son travail, n’est-ce pas ? Il me semble d’ailleurs que la tombe de mon défunt client ait besoin de quelques soins. Vous devriez y jeter un œil.

Awrigha n’abandonnait pas si facilement. Des interrogations flottaient encore, mais elle ne voulait pas rester ici pour les poser, préférant s'offrir un cadre plus ordinaire : celui du travail. Cependant, elle inclina légèrement la tête en guise de salut et, avant de sortir :

Bonne journée, mon p’tit, si je ne vous revois pas devant la tombe de mon client. Vous m’enverrez une carte postale de votre prochaine mort.

Dernière tentative. Elle quitta la demeure après avoir énoncé de vive-voix le nom dudit client et s’éloigna.
Arpenta les rues d’une démarche régulière, point trop rapide. Puis gâcha une poignée de yubas en achetant un énorme bouquet, derrière lequel disparaissait sa tête trop blanche, chez un modeste fleuriste du coin. Qui devait d’ailleurs apposer quelque substance douteuse sur les pétales de ses fleurs pour qu’elles sentissent si fort. Mais elle ne s’attarda pas et regagna le cimetière, saluant à nouveau l’accueil qui s’en trouva passablement penaud. Pourquoi elle revient ? Ah ouais, elle a oublié ses fleurs. Ballot, hein.
Mais pas seulement. La satisfaction ne tarda pas à s’immiscer entre ses engrenages lorsqu’elle aperçut, devinez qui ? Solomon Grundy, le petit hebdomadaire qui redonnait aimablement une beauté à la tombe du gars qu’elle avait évoqué. Trop facile ! Elle n’apercevait pas son iguane pour l’instant, absent ou folâtrant derrière une pierre, qu’importait. Elle s’immobilisa devant la tombe et y posa le bouquet, faisant mine, aussitôt, d’observer une minute de silence en hommage au défunt.
Mon cul. Petit con qui n’avait pas respecté les consignes. Dire qu’elle avait failli ruiner ses affaires à cause de lui ! Mais elle se disait que cela serait arrivé tôt ou tard. Les Epouvanteurs auraient forcément, d’une manière ou d’une autre, empiété sur son terrain. Puis, finalement, elle n’en était sortie que plus glorieuse et apparemment efficace. Et c’était l’essentiel. Bientôt, bientôt…

Dites, vous n’avez pas répondu à ma question, tout à l’heure. Est-ce que vous pouvez vous suicider ?

Elle ne lui avait jamais posé la question ? Oui, et alors ?

[J'ai donc pris la liberté de te déplacer jusqu'au cimetière, comme on se l'était dit ^^ Pour Hugo, tu décides, hein, cette sale bête t'appartient XD]
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Ven 4 Sep - 12:45

La vie parfois c’est bête – celle de Solomon Grundy particulièrement puisqu’elle est une malédiction à elle toute seule – on croit enfin être débarrassé des gens collants qui nous pourrissent un peu plus une journée déjà foutue, et en fait non. Parce qu’on a du travail à faire, comme par exemple nettoyer une tombe d’un type dont on se fiche et qui lui ne se réveillera pas, tant pis pour lui. Et heureusement d’ailleurs, si tous les morts s’amusaient à renaître, ça ferait beaucoup trop de travail, être seul dans ce cas était bien largement suffisant.

Il laissa Awrigha partir, attendit quelques minutes, puis finis par se lever, prit des outils, et se dirigea vers la tombe qu’elle lui avait indiqué. A force d’arpenter le cimetière il commençait par en connaître tous les noms par cœur, donc ce n’était pas bien difficile pour lui de savoir où exactement il devait se diriger.
Ce n’était pas exactement qu’il avait une grande mémoire – la preuve en était qu’il ne savait pas qui il était avant d’être Solomon Grundy - mais quand on a que ça à retenir, au final ça n’est pas si compliqué.
Hugo le suivit et finit par venir s’accrocher à son dos, parce que la lenteur de Sol pouvait lui être insupportable, alors plutôt qu’essayer de se maintenir à la vitesse de son maître, il se laissait porter par le garçon qui ne semblait pas se rendre compte du poids de l’animal.

Une fois devant la tombe, l’Iguane descendit sur le sol et alla voir plus loin s’il trouvait quelque chose à manger.

- Si tu manges autant tu vas devenir énorme.

Peu importait puisque de toute façon Hugo était déjà énorme. Solomon haussa les épaules, se fichant finalement que l’Iguane ait trop d’appétit. Puis il commença à arranger la tombe, nettoyant la pierre tombale à coup de balais. Ses gestes étaient si lent qu’on aurait pu comparer son mouvement de va et vient à la pendule d’une énorme horloge, pas bien pressé de se rendre d’un côté, puis de l’autre. A cette vitesse il allait y passer la journée, mais cela importait peu puisqu’il avait tout son temps.

C’était sans compter le retour d’Awrigha. Peut-être que si Sol avait su avec certitude qu’elle reviendrait il aurait travaillé plus vite… Ou peut-être pas. Il fit comme s’il ne l’avait pas vu et continua son boulot à la même lenteur. Et puisqu’elle venait de poser un bouquet, il devait en faire le tour, ce qui lui prit deux fois plus de temps, mais peu importe.
Mais alors qu’il profitait du silence, il fallu qu’elle recommence avec ses questions. N’avait-on donc jamais le droit à un peu de tranquillité le lundi ? Mourir un samedi s'était une fatalité, mais se faire enquiquiner aujourd’hui s’était vraiment une malédiction.

Lui avait-elle déjà posé la question pour de vrai ? Il n’en gardait aucun souvenir, mais peut-être que ses problèmes de mémoires étaient plus graves que ce qu’il ne pensait. Pouvait-il se suicider ? Et d’ailleurs avait-il déjà cherché à le faire ? Quand on est destiné à mourir de toute façon, essaie-t-on d’en finir plus vite ?

- Oui je peux me suicider, mais uniquement le samedi.

Et c’était l’entière vérité. Il s’était pendu une fois un mercredi, pour éviter le mariage, ben rien à faire, il était resté là, le coup accroché à la corde, s’étouffant à moitié, pendu dans le vide, mais bien vivant. Plusieurs heures plus tard il avait finit par laisser tomber, et s’était décroché, puis avait finis marié avec une pendue. Ironie quand tu nous tiens.

- Pas un autre jour. Et même si je me suicide, le lundi rebelote. J’ai déjà essayé plusieurs fois et de plusieurs façons différentes. Mais le lundi est un jour coriace.

Alors finalement il avait aussi abandonné l’idée du suicide. Quand on ne peut pas réellement mourir, il est inutile de faire un effort pour se tuer.

- Si on le prend comme ça, je ne peux pas réellement me suicider, puisque je ne peux pas réellement mourir.

Etait-ce un bien ou était-ce un mal ? Il avait cessé d’y penser. Il ne prenait plus aucun plaisir à vivre, mais en prendrait-il plus à être mort ? Qu’est ce que cela changerait de trépasser pour de vrai au final ? S’en rendrait-il même compte ? Il serait dans son petit néant, son trou noir, pour l’éternité. Et l’éternité c’était déjà ce qu’il subissait, alors au final quelle différence ?

Il s’arrêta un instant de balayer – ce qui pour lui signifiait plusieurs minutes – et reprenant son boulot avec la même lenteur il se plaignit :

- Votre mort là, il sait pas la chance qu’il a de ne pas savoir. Vaut mieux être ignorant dans la vie, surtout sur les questions d’éternité. S’il était à ma place tiens, il se plaindrait un peu moins d’être là et ne voudrait pas être vivant. Parce que c’est comme ça les morts, ça a envie de vivre.

Enfin c’était bien sûr une façon de parler, puisque vu comme il était enterré, entrain de se faire bouffer par quelques vers, il ne devait plus avoir envie de rien.
Puis finalement se tournant vers Awrigha il demanda :

- C’était votre fiancé c’est ça ?

Pas vraiment par curiosité, juste parce que c’était bien la mode de demander qui était les morts dans leur vie. Comme si ça allait changer quelque chose pour eux de toute façon. Et puis c'était un juste retour des choses, après tout c'était elle qui avait recommencé avec les questions.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Dim 6 Sep - 15:34

C’était tout de même fantastique, cette lenteur. Il devait, quelque part, avoir le don de ne pas perdre patience à propos de lui-même. Awrigha le contemplait un peu comme un enfant accroupi était capable de suivre la traversée laborieuse d’un escargot sans discontinuer, sans être distrait par quoi que ce fût d’autre. Si loin du monde, si loin de tout. Il s’agissait sans doute de s’alléger d’un maximum de contraintes, pourquoi se presser quand on a tout son temps ? Ces morts, tous des feignasses, avait-elle dit. En mesurant ses jours et ses semaines, en sachant qu’il n’avait pas à se presser, ce p’tit bonhomme s’ensevelissait tout entier dans sa malédiction, ne s’offrant aucun aspect possible de normalité. Pire, il n’avait gardé aucun objectif concret et personnel. Awrigha en venait donc encore à la conclusion qu’il était mort, et que ce mort ne servait à rien. Il ne terrorisait même pas les gens. N’aspirait pas à dormir sur l’argent ! Qu’importait la malédiction ? L’empêchait-elle de bâtir un empire ? Il en devenait presque divin tellement nul ne pouvait rien contre lui ! Ni pour lui, d’ailleurs. Ha ha.
Elle cessa un instant ses élucubrations intérieures pour l’écouter.

Si Lachésis déployait une sphère de protection pour cet hebdomadaire ou tout autre système imaginable pour le préserver, celui-ci s’arrangerait sûrement pour avaler sa langue ou se la mordre trop fort. Comme ça, comme rien. La fatalité demeurait une grande farceuse, effectivement. Une sale gosse à qui on n’avait rien appris. Alors, finalement, n’était-ce pas une bonne chose de la devancer ? Juste histoire de la narguer un peu, d’approcher, aux dernières minutes de la course, la ligne d’arrivée de quelques mètres, que la mort elle-même, avec son avance insolente, aurait déjà dépassée. Se suicider, c’était comme son cri : faire d’une pierre deux coups. Emmerder la morveuse en noir, et réduire les chances, les risques de mauvaises surprises. Parce qu’il y avait quelque chose de passablement déconcertant dans les accidents de ce bonhomme. Même elle, qui n’était plus dans le vent des choses, pouvait un tant soit peu se rendre compte qu’il n’y avait rien de bien gratifiant à devenir la victime de bandages et tapis tueurs.

Je ne sais pas si les morts ont nécessairement envie de vivre, mon p’tit…

Pas davantage. Oh, vrai, il existait beaucoup de légendes d’esprits insatisfaits qui désiraient en conséquence voler la place des êtres vivants. Mais, à bien y songer, peut-être n’était-ce pas le plus important. Ces esprits insatisfaits n’avaient jamais été entiers, n’avaient jamais éprouvé, en essayant de voler vers les cieux, ce sentiment de complétude qui assurait le repos d’un défunt. Ils n’avaient connu que l’errance. Elle était bien placée pour en causer. Spectre, banshee, elle ne souhaitait nullement la vie pour revenir fouler les sols de Malkins. Seulement récupérer son intégrité et ainsi pouvoir s’assumer en tant que mort, en tant que mémoire entière. Avec les souvenirs des temps passés, des ersatz d’émotion et de sensations. Ces restes qui alourdissaient assez le squelette pour que celui-ci restât bien sagement dans sa tombe. Oui, il n’y avait rien de pire, pour le cycle des vivants, que de voler les morts.

Un client, je vous l’ai dit. Mon fiancé aurait écouté mes instructions – et je n’ai, du reste, jamais eu de fiancé. Cet homme les a ignorées alors qu’il avait demandé ma protection, et résultat, il en est mort.

Son cher époux. Du moins, lui semblait-il qu’il lui avait été cher. Mort par sa seule et unique faute de femme négligente quand lui, au contraire, s’était montré si prudent. Elle croyait parfois se souvenir de ce qui les avait liés. De très, très loin, l’amour, la complicité, les promesses, le respect. L’avenir. La vie, la création. Tant de choses ! Qu’elle aspirait à récupérer bientôt. Un talisman indestructible à emporter loin des usures, son époux, son fils, l’histoire de sa famille, qu’elle avait osé troquer contre quelques montagnes de yubas. Elle ferait en sorte que les spectres, eux aussi, eussent droit au rachat. Qui se soucierait des moyens ? On ne parlait pas d’honneur lorsqu’il s’agissait d’argent, même si celui-ci était destiné à reprendre quelque trésor inestimable. Oui, oui, elle reprendrait ce tout de la même façon qu’elle l’avait souillé.
Enfin. Mieux valait pour elle ne pas se perdre dans la recherche intérieure de ce qu’elle ne possédait plus. Elle imaginait sans peine l’immobilité totale de ses traits, faute d’avoir pu feindre quelques agitations pendant cet instant d’égarement. Elle en devenait incapable dès lors qu’elle se matérialisait dans l’Ailleurs. Tous ces murmures de regrets passés, de remords, de retrouvailles ardemment désirées. La douce et gentille Awrigha qu’elle avait été.

A ce propos, mon p’tit. Voilà donc longtemps que vous êtes maudit, mais cela n’empêche rien, n’est-ce pas ? Vous savez quand mourir, quand renaître, quand tomber malade, quand vous marier. Avez-vous aimé une de vos épouses en particulier ? D’ailleurs, pouvez-vous être marié à une même femme pendant plusieurs semaines, voire mois ou années ? J’en viens naturellement au fait de fonder une famille… Y avez-vous un jour songé ?

En outre, avait-il seulement tenté d’oublier un tant soit peu sa situation ? Mieux, en tirer profit ? Qui pouvait se vanter de tout prévoir, elle se le répétait ! Mais elle soupçonnait chez ce bonhomme lassé la disparition totale d’ambition. Peut-être y avait-il, cependant, une solution. Et sa hâte d’en toucher un mot à son créateur redoubla. Qui savait, Solomon pouvait être l’œuvre de quelque malin sorcier ! Pour ne viser qu’eux.
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Lun 7 Sep - 18:48

Selon Awrigha les morts n’avaient pas nécessairement envie de vivre, et pourtant il semblait que les vivants eux en soient persuadés. Sauf bien sûr quand le dit mort, laissait derrière lui un tel héritage qu’on ne pouvait que le remercier d'être enfin six pieds sous terre. C’est quand même bête l’argent, une fois enterré il ne nous sert plus à rien, alors qu’on a passé des journées à l’amasser et que l’idée d’en donner pouvait nous donner des insomnies la nuit.
Mais il avait rencontré des veuves éplorés, des enfants orphelins, des gens qui perdaient leurs amies, et qui aurait donné beaucoup pour avoir le pouvoir de ressusciter celui ou celle qui les avait quitté, et Sol était persuadé que la personne pourrissant sous la terre aurait bien aimé se trouver ailleurs.
Quelque part au soleil sur la plage par exemple.

Ah oui, un client, c’était un client. Retenir les noms des gens dans le cimetière semblait moins difficile que de retenir quoi que ce soit d’autres, en fait. Mais bon un client aurait pu être un fiancé, ce qui n’était pas le cas. En plus un qui semblait ne pas avoir obéit aux instructions de madame. Il la regarda un court instant en se demandant ce que pouvait être « ces instructions », puis finit par hausser les épaules, après tout ça n’avait absolument aucune importance.

- Pas de fiancé ? Tant mieux pour vous.

Quoi que lui non plus n’avait jamais eu de fiancée en fait, en tout cas pas vraiment. Il s’était toujours retrouvé marié avant d’avoir eut le temps d’être fiancé, ce qui en soit était pire. Il aurait bien voulu se plaindre aussi de cette condition, et justement par ses questions Awrigha lui en donna amplement l’occasion. Parfait.
Avait-il aimé une fois ? Il réfléchit, mais il ne savait plus très bien ce que c'était exactement que d'éprouver des sentiments, surtout d’amour. Sans doute y eut-il quelques fois où la beauté aidant il était plus heureux que d’autres de se retrouver époux, parfois même l’avait-il provoqué lui-même, sachant que de toute façon cela arriverait, alors autant que cela soit avec une personne de son choix.

- Marié par amour, pas vraiment. Mais j’ai déjà épousé des filles qui me plaisaient un minimum. En général quand elle reste jusqu’à la fin de la semaine, le lundi elles sont toutes partis. Même en connaissance de cause.

C’était vrai. Une fois il avait parlé à son épouse de sa condition, il lui avait demandé de l’attendre le lundi. Et bien le lundi elle s’était enfuit avec un autre homme, un peu moins bizarre, fin de l’histoire.

- Oh il y a même une fois où pas de chance ma femme est morte avec moi, je me suis retrouvé enterré à côté d’elle, pas marrant de devoir gratter la terre à côté d’un cadavre.

Ce sont les aléas de la vie, ou en tout cas les aléas de la sienne. Parce qu’il n’était pas donné à tout le monde de se voir enterré à côté de sa femme, c’est certain.

- Fonder une famille ? Je n’en sais rien, cela devrait dire que je dois m’occuper d’autres gens que Hugo, et puis j’imagine bien la tête de mes enfants quand je leur dirai que je dois mourir tous les samedi.

Il pouvait les imaginer entrain de parler de leur père à l’école, une bonne brochette de rigolade tiens, « alors de quoi il est décédé cette fois-ci ? », comme quoi la mort pouvait bien faire rire.

- Et puis avec la chance que j’ai, ma malédiction est héréditaire, j’imagine déjà pleins de petit Grundy maudit. L’un mourrait le lundi, et un autre le mercredi, leur date de mariage serait également différente, et on devrait construire tout un emploi du temps afin de se souvenir de qui va faire quoi quand.

Merci, mais il avait déjà assez avec lui-même.

- De plus me retrouvant obligé d’être marié tous les mercredis, ma femme s’épuiserait à m’épouser chaque fois.

Evidemment, quelle femme voudrait renouveler ses vœux de mariage chaque semaine ? A force n’importe qui en aurait marre, même lui malgré l’habitude en avait souvent par-dessus la tête.
Puis il conclu en disant :

- En plus Hugo n’aime personne, hormis moi. Il finirait sûrement par manger toute la famille.

Mais au moins ça couterait pas cher en nourriture, finalement l’idée était peut-être à étudier…
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Jeu 10 Sep - 9:29

Ce qu’il y avait de bien avec ce petit bonhomme, finalement, c’était que malgré sa propension à sans cesse se plaindre et à se méfier au petit bonheur la chance, il répondait à toutes les questions sans trop moufter. Sa condition, sans doute, lui retirait pas mal de tabous, il causait de ses hontes, de ses bonheurs, de ses malheurs… de son iguane, parfois comme s’il commentait la qualité du temps qu’il faisait dehors. Et, Awrigha l’avait compris, tant que Germaine pouvait gémir, il était heureux. Elle en vint à la conclusion que lundi, pour obtenir des informations, demeurait le jour parfait.
Et la voilà qui mettait cette astuce à exécution. Il était vrai qu’elle avait un peu omis les autres, dans l’affaire, puisque les questions de morale, de pratique, et de gêne ne la concernaient plus vraiment. Qu’y avait-il de dérangeant pour une femme de savoir que son mari allait mourir, puisqu’il allait également renaître, tout aussi frais que la semaine précédente, avec sa mémoire et ses idées ? Eh bien… C’était un truc de femme. Quelque chose qu’elle ne pouvait pas comprendre : un caprice. Le seul aspect perturbant auquel elle songeait, était qu’on ne pouvait pas vraiment avoir la certitude que le petit hebdomadaire allait renaître. Oh, et puis bien sûr, il fallait également le supporter. Bon, bon…

C’est bien que vous le sachiez encore, que ce n’est pas marrant, murmura-t-elle évasivement.”

Lui qui ne se formalisait plus de grand-chose.
Puis, vint le tour des enfants. Elle fut une énième fois confortée dans l’idée que Solomon était un petit flemmard, et qu’il possédait tout de même encore pas mal d’appréhensions, tant que ça ne le concernait plus lui uniquement. Mais ne s’agissait-il pas, également, d’un excès de prudence ? Il concluait à l’aveuglette. Et c’était sans doute parce qu’il connaissait mieux, beaucoup mieux qu’elle les mœurs, de ces dames notamment. Petites natures, qui ne pouvaient porter sur leurs frêles épaules le poids d’une telle condition. Mais alors, Awrigha voulut lui répondre qu’il n’était pas obligé de dire la vérité à ses enfants puisqu’ils finiraient par le découvrir en grandissant – comme on finit par découvrir que Merlin porte des caleçons à motifs. Mais, tout bien réfléchi, il n’y avait qu’une seule solution, selon elle : devenir riche. Qui pouvait bien se plaindre, une fois riche ? L’argent camouflait presque tout. Une femme, avec d’intéressantes ressources matérielles, se soucierait-elle de vivre chaque semaine le jour le plus heureux de sa vie – façon de parler ?
Hélas, il y avait chez Germaine ce contentement insolent dans la médiocrité. Il préférait sa petite vie tranquille d’homme maudit et modeste, et peut-être n’avait-il pas tort. Mais voyez qui se trouvait en face de lui. Ce n’était pas elle qui lui donnerait raison, certainement pas. Surtout maintenant qu’elle venait d’avoir une illumination.

Dites-donc, mon p’tit. N’avez-vous pas remarqué que depuis notre rencontre, vous ne cessez de parler d’Hugo comme de votre petite femme ? En plus Hugo, et puis Hugo, patati, patata. Ma foi, vous n’avez plus qu’à vous marier avec.

Awrigha se disait innocemment que Solomon était, très sincèrement, plus bizarre qu’elle. Et, progressivement, elle songeait que cet iguane vorace et par trop impliqué dans la vie de son maître était on-ne-peut-plus louche. En clair, que tous les deux formaient la paire.
Il devait y avoir anguille sous roche.
Tranquillement, elle fit quelques pas, sans intention notable. Bêtement parce qu’elle n’en avait pas, sinon celle de prendre congé dans les minutes qui suivraient. Elle aurait été stupide de s’attarder davantage et de courir après quelque chose, non seulement qu’elle ne pouvait pas obtenir dans l’immédiat, et qui en prime ne lui apporterait rien, personnellement. Financièrement. Il faudrait faire de cet homme quelqu’un de très riche pour qu’elle s’y intéressât véritablement. Sauf si Lachésis y voyait son intérêt ou encore une occasion de défier les lois de la nature et des malédictions. Mais pour cela, il fallait découvrir l’origine de la condition de Solomon. S’il s’agissait d’un sorcier… Eh bien, dans ce monde là, on savait parfaitement qu’une magie pouvait en déjouer une autre.
Prestement, Awrigha secoua ses robes et se pencha pour cueillir le rectangle cartonné qui en était aussitôt tombé. Elle n’avait pas vraiment l’habitude de faire ça, mais enfin, on n’avait jamais assez d’alliés – potentiels.

Voici ma carte, fit-elle en tendant le morceau de bristol au petit hebdomadaire. Si jamais il vous parvenait quelque curiosité quant à votre condition singulière, et que vous considériez que je puis vous y aider, venez à moi, nous en discuterons.
Elle inclina légèrement le buste en guise de salut.
Adieu ou à bientôt, Monsieur Grundy.
Puis se détourna définitivement de lui, sans attendre de réponse ou de plainte, pour arpenter les chemins rugueux du cimetière et en sortir.

[Topic clos en ce qui me concerne ^^]
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MessageSujet: Re: Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?! Mer 16 Sep - 18:19

Oui c’était vrai, Solomon ne faisait que parler de Hugo, mais l’Iguane était là depuis le départ, sa première naissance, et ne l’avait plus jamais quitté, quand même ses femmes l’abandonnaient. Par contre ça ne lui était jamais venu à l’esprit de l’épouser, et l’idée de se marier avec un animal ne lui faisait pas envie.

- Non franchement, j’ai déjà assez d’épouses sur le dos.

Et c’était vrai, même si HEUREUSEMENT il n’avait plus de contacts avec elles. Imaginez une trentaine d’épouses qui vous courent après toutes les semaines. Ce serait pire que le reste, tiens il préférait mourir tous les samedis plutôt qu’être entouré de tous pleins de poules piaillantes qui lui rendraient la vie dur, lui qui ne demandait qu’un truc : qu’on lui foute la paix.
Le cauchemar serait tout pleins d’Awrigha, parce qu’elle était collante et curieuse, et même si cela permettait à Sol de se plaindre plus encore que d’habitude, en avoir plusieurs sur le dos serait un horrible songe.
Rien que de l’imaginer il en aurait eut des frissons. Il effaça cette idée d’un dernier coup de balais sur la tombe, son travail enfin finis.

Awrigha était toujours là quand il se retourna, elle en profita pour lui donner sa carte qu’il prit machinalement et enfourna dans une de ses poches sans même regarder ce qui était écris dessus.
Il ne pensait pas qu’elle pourrait l’aider, mais sait-on jamais ? Parfois on n’a pas besoin d’aide, on pense que personne peut rien y faire, puis tout à coup soudainement on est content de savoir à qui s’adresser parce qu’on a trouvé la solution.
Quelle solution ?
Ah oui de trouver qui il est, qui il était et ce qu’il avait bien pu faire pour mériter une telle galère.
Il hocha la tête, enfermant dans un coin de sa mémoire cette bonne femme, peut-être qu’un jour pourrait-il réveiller cette partit là, sait-on jamais.

- Au revoir madame Awrigha.

Puis la laissant s’éloigner il fit un petit tour du cimetière, arrachant quelques mauvaises herbes en passant, récupérant Hugo qui était entrain de mordiller une bestiole qui aurait mieux fait de ne pas venir trainer par là.

- On rentre Hugo.

L’Iguane regarda autour de lui, puis sûr qu’il n’était pas suivit par la femme qui était là plutôt il le rejoignit, s’accrocha à son dos et tous deux regagnèrent la maison de Solomon.

La journée étant passée plutôt vite, en tout cas plus vite que Sol, elle était déjà presque terminée, et celui-ci commençant à avoir faim, se fit chauffer un truc qui trainait dans ses placards.

Finalement ça avait presque été un lundi comme les autres, il l’aurait été complètement s’il n’y avait pas eu Awrigha.

- Alors Hugo tu m’expliques pourquoi tu ne l’as pas bouffé ?

L’Iguane bien sûr ne répondit rien, mais il siffla et cracha, mécontent de ne pas avoir fait de la femme son plat principal.
Tant pis, ça serait peut-être pour une prochaine fois…

[terminé ici aussi :D]
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Pas de bol de devoir naître, pour un mort ! Hein oui ?!

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