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Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé.

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MessageSujet: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Mer 19 Aoû - 1:27


La Muse Galante, revêtue de son linceul de poussière et de poudre d’illusion, dormait encore quand son propriétaire y descendit. Réveil difficile, comme tant d’autres. Ordonnant ses pensées, dans le style télégraphique des matinées blanches, la chenille s’étira doucement. Délia avec soin chacun de ses anneaux sans couleur, avant d’aller s’égarer plus avant. Avec une impression grimaçante : Fréneuse avait le dos meurtri, à force de jouer les incohérents – c’est la rançon de ceux qui rêvent d’imiter l’aimable posture des points d’interrogation. Mais ce n’est rien, après tout, ce ne sont que des moments qui passent. ...

Quelle heure était-il ? Quel masque endosser, dans l’ombre des pièces à Carnaval - quel rôle tirer au fond du sac des hasards volés ? Fidèle à ses habitudes, Fréneuse endormit son cœur, respirant doucement les vapeurs montantes de fleurs fanées. Des bouts de fumée en forme de cinq tourbillonnaient autour de son sourire, par angles obtus et, démiurge d’impossible, il laissait venir à lui les voix séduisantes des flamboyances légumineuses. Rondeau estrambotte !* Sous les lueurs mensongères de l’aurore, qui perçaient à travers les vitres teintées, un jour nouveau se levait dans ses réalités fluctuantes .... Quelle heure était-il ? La question demeurait sans réponse, et Fréneuse, sans jeter un regard à ses grandes pendules mortes, arpentait la pièce. Un pas devant l’autre, et derrière lui la somme des envolées perdues.
Il était tard, tôt, jamais, n’importe quand – qu’importe, au fond. Quelle que soit les conventions chiffrées du monde du dehors, il ferait ce qu’il avait presque toujours fait : vendre des herbes et des aromates à ceux qui tentent d’assaisonner leur morne existence. Et il s’oublierait lui-même, derrière le dessin de son sourire. L’écho d’un chant d’oiseau, et dans les lumières montantes, la Muse Galante se … réveillait, doucement. Comme aux autres jours. Fréneuse ouvrit la porte au crépuscule. La ville baignée de rose jouait les ambivalentes, et belle d’indolence, ne savait vous dire si c’était le jour ou la nuit qu’elle annonçait. Il jeta un œil au dehors, et traîna sa haute stature d'arlequin ivre sur son perron, saluant d’un sourire, la main au chapeau, les passagers du futur. De temps à autres, il hélait un pauvre hère, toujours moins perdu que lui, et lui parlait de ses derniers exils, avec un grand éclat de rire. Lentement, l’établissement s’ouvrait à la rue, tandis qu’une jeune fille en fleur accourrait, pour caresser de ses doigts fluets les aromates du jour. La vie … Reprenait. Plus l’heure volatile tournait, plus Fréneuse semblait dans son élément. Entre deux envols, il traînait ses ailes dans la cendre et contait de drôles d’histoires, à qui ne voulait plus l’entendre. Il s’arrêta un instant derrière le comptoir, l’effleura du bout des doigts, et chantonnait tendrement ses incohérences à ses ombres amies. La chenille était bavarde, c’était là son moindre défaut.

Un murmure, derrière lui. Il tourna la tête et vit apparaître devant lui le visage soucieux de sa jeune employée. Comment s’appelait-elle, déjà … ? Chaque fois, il se posait la question. Et chaque fois, faute de s'en souvenir, Fréneuse lui donnait un nom de fleur, en hommage à ... Elle avait bien tenté, au début, d’imprimer ce seul nom, durablement, dans sa mémoire. Pui avait, comme pour beaucoup de choses, renoncé. Il la jaugea, curieux, son éternel sourire aux lèvres. Aujourd’hui, ce sera Catleya.


- Enfin, Catleya, ne voyez-vous pas que je suis en pleine conversation ? J’informais cette tendre amie des dernières nouvelles … Savez-vous qu’on dit que la Terre est une simple légende contée au Possible par l'Idéal … ?

- Monsieur, les arbres de l’entrée ont encore disparu. Je vous l’ai déjà dit, pourtant, qu’il fallait les rentrer après la fermeture ...Sinon vous vous les ferez voler à chaque fois ...

Fréneuse eut, l’ombre d’un instant, l’air perplexe devant tant de prosaïsme.

- Allons bon, mon enfant, il faut laisser leur liberté aux plantes vivaces ! Je suis sûr que vous vous inquiétez pour rien. Vous le savez bien : dès que je dis oui, tout feint l'en-exil...Elles ont simplement dû entendre l’appel des campagnes hallucinées, et partir en pèlerinage, comme toutes les autres … Vous verrez, quand l’heure sera venue, elles reviendront s’enraciner dans nos murs, la rage du ciel dans leurs fleurs mouillées … .

Fréneuse éclata d’un rire de faune encanaillé tandis que la jeune fille-fleur s’éloignait, en haussant les épaules. Et il se mit à songer, vieux profanateur de ses propres rêves, au lent écho d’un épithalame raté. Multipliant les perspectives, roulant des yeux, la chenille suivait ses vapeurs et ses fantaisies. Au gré des rêves, les graines de pavot sifflotaient des airs couleur vert-de-gris. Il faut dire que c’était agréable, de sentir les pétales d’indifférence passer sur son visage ! Il effleura distraitement une de ses joues, paresseusement. Sourit doucement. Flottant tout autour de lui, imprégnant ses cheveux, un parfum subtil pris en flagrant délit. Pleurs des coquelicots d’un jour. Éphémérides et libellules. - Dans deux ans jour pour jour, s’il n’avait retrouvé ce soupir qu’il avait autrefois perdu sur un visage de femme, il songerait peut-être à s’en désoler.

Prêt à continuer ses énièmes mystifications, il songea un instant au théâtre qu'avait été sa vie, et esquissa un salut sous les applaudissements d’une pluie qui tombe – au dehors. Faute d'un rideau qui se ferme, il entendit une porte grincer. Quelqu'un entrait au fumoir. Fréneuse soupira d’aise, et ne se tint plus de joie. Un premier disciple ! Un détracteur, aussi, peut-être. N’importe, un regard où mirer les métamorphoses du jour. Où rire de ses antisthèmes* et de ses anarcholutes*. Il s’approcha, l’air affable, vers l’ombre à méconnaître.


- Bonsoir, l’ami ! Que venez-vous faire dans les parages ? Daigneriez-vous accorder un instant au seigneur des causes perdues ?

Volupté des cendres dansantes dans les braseros, forme triste des couches vides en attente d’une silhouette, prête à s’envoler. Dans ce vieux bâtiment, autrefois noirci par les flammes, la chenille avait bâti une chimère. Au fil du temps, les gens s’étaient approchés de cette étrange maison, à la pierre faussement blanchie, attirés par le grincement goguenard d’une chaîne mal huilée. Il ouvrait à l’heure des crépuscules (celui du matin comme celui du soir) une porte de fer forgé et aux vitres grossièrement bariolées, et allumait cette lanterne qui dansotait au gré du vent, diffusant joyeusement une lueur rougeâtre. Le fumoir était une maison de joie, certes, mais l’on n’y étreignait que des songes. Après cela, la chenille se tenait toujours, enveloppée de brumes bleutées, légèrement vacillante, dans un petit hall débordant d’élégances cassées - des objets à tout faire, et des beautés qui ne servent à rien. Un capharnaüm d’idées perdues que Fréneuse avait entassées, petit à petit, au fur et à mesure qu’il recomposait des clichés floutés tirées de sa mémoire en morceau. Amas d’étoiles, couleur sépia. Et l’on avançait, déjà bercé par le chant doucereux de fumigations. Tout ici chante la vie de naguère, non pas dans un sens qui détruit le demain. Et suivant la marche des jours, la Muse Galante était devenue, à son tour, le reflet d’une grandeur passée.


Dernière édition par Caterpillar le Mar 25 Aoû - 15:10, édité 1 fois
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mr. tout-le-monde... ou pas !
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Ven 21 Aoû - 12:42

L’après-midi quittait lentement les rues de Wonderland, propageant à sa suite ombres et fraîcheurs des heures d’avant-nuit. Les commerces vendaient, pour la plupart, leurs derniers produits, quand la fourgonnette mauve pastel du marchand de glaces vrombissait, ultime rappel à l’attention des enfants retardataires qui n’avaient pas encore exaucé leur caprice de la journée.

Les talons de la fillette regagnèrent le sol, soulageant la pointe douloureuse de ses pieds délicatement scellés dans de petits souliers noirs à l’arrondi parfait. Au creux de sa main gauche, un pot contenant trois parfums – chocolat, vanille, praliné, et elle avait les cornets en horreur – dans la droite, une cuiller bleue, plastique transparent. Qui plongea dans la crème glacée, suivie de loin par les ambres gris de la fillette. Elle s’était détournée, trop captivée, maintenant, pour calculer l’ondoiement de ses dentelles. L’heure de rentrer. Nul ne s’apercevrait de la comédie. Ses yeux aux éclats trop peu naïfs, les égratignures sur ses genoux, qu’importait ? N’était pas une fille de Traqueur qui voulait.

Sautillant à l’aveuglette, praliné en bouche, vanille dans le regard, chocolat pour plus tard, Meen Searobber rejoignit son père qui l’attendait debout, près d’un banc. Egal à lui-même. Bras nonchalamment croisés, pans de chemise battus par le vent, tête légèrement inclinée, feignant l’impatience qu’il n’éprouvait pourtant pas.
Une fois à sa hauteur, elle n’eut pas besoin de lui tirer le pantalon. Oriel la souleva, un sourire au coin des lèvres, et bras enroulés autour de son cou, la fillette poursuivit son festin dans son dos, levant les yeux, de temps à autre, pour surveiller leurs arrières.
Il se souciait peu du pot glacé et dégoulinant d’eau qui frôlait parfois sa nuque. Tout comme elle se fichait de l’arme de poing, bien dissimulée, qu’elle sentait tout contre l’intérieur de sa jambe fine. Elle savait qu’il en possédait également deux autres sous les épaules, dans leur holster. A cette pensée, ses bras se refermèrent un peu plus autour d’Oriel.

« Quoi, s’enquit-il en tournant légèrement le visage ?
T’es en mission, ce soir ?
Plus ou moins. Rien d’dangereux, si c’est c’que tu veux savoir. Une petite infiltration d’rien du tout.
Chez qui ?
Tu t’souviens, j’t’avais parlé du dossier Caterpillar… Y s’trouve qu’on manque vraiment trop d’données sur lui. »

Meen se contenta de froncer les sourcils, mitigée. Comme toujours, elle se demandait pourquoi on ne laissait pas cette pauvre chenille tranquille, gérer son commerce avec des clients plus ou moins responsables, plus ou moins recommandables – c’était le problème. D’un autre côté, elle se réjouissait de savoir son père là-bas, près de la chenille et ses substances douteuses, plutôt qu’à la poursuite, arme en main – elle frissonna – d’un véritable criminel. Alors, elle n’avait rien répondu. Il fallait constamment voir le bon côté des choses, n’est-ce pas…
Tandis qu’ils dépassaient une poubelle, la fillette y lança habilement son pot vide, gardant la cuiller en bouche pour la mâchouiller et estomper son anxiété.

Ils arrivèrent devant leur immeuble une dizaine de minutes plus tard. Montèrent jusqu’au troisième étage. Grâce à un gadget que lui et sa fille – jamais sur elle – possédaient, Oriel annula les barrières magiques et électroniques qui protégeaient l’appartement. Il avait payé une petite fortune pour tant d’efficacité, sans une fois le regretter depuis.
Sa fille glissa jusque terre et courut rejoindre sa chambre, lui réprima un soupir, songeant qu’il devrait ressortir dans quelques heures. Et il ne savait pas encore quel personnage jouer.
S’aventurant dans sa toile de modernité, Oriel se félicita – après tout, une fois n’était pas coutume – de n’avoir pas rendu sa réapparition officielle. Il pouvait traquer incognito lorsque ça lui chantait, homme, femme, gouttes d’eau, aveugle avéré ou non.

« Je pense que cette fois, tu devrais être un aveugle récent, qui se cogne partout et qui arrête pas de s’excuser, minauda sa fille qui venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte du salon. Ça pourrait être marrant !
Un homme, donc, murmura-t-il en s’affalant sur le sofa.
Oui, et si ça marche pas, enfin si t’es démasqué d’une façon ou d’une autre, tu reviendras en femme. Et déguisée !
J’te vois venir d’ici, ma chérie. T’arriveras pas à m'transformer en poupée.
Mens pas, tu vois rien avec le bandeau que t’as sur les yeux. »

Il sourit de toutes ses dents en la sentant se précipiter vers lui. Pas un geste, il encaissa sans broncher le poids qui lui tomba dessus, comme le chanceux modeste recevait un cadeau du ciel sans trop s’en réjouir. Et, oh. Nulle dentelle ne lui caressait les bras, désormais. La petite s’était changée au profit d’une robe en coton, plus large, qui la laissait respirer. Elle n’avait plus besoin de passer pour la charmante demoiselle comme il faut. Une couverture parmi tant d’autres, afin qu’elle reste dans les mémoires, grimée, jamais authentique, surtout pas elle-même.
Elle fit de son père un hamac et reprit :

« D’ailleurs, c’est un étrange personnage, cette chenille, hein ?
Ouais, vachement.
Alors tu mettras pas ton bandeau, il risque de te dire que c’est à cause de ça que tu vois rien.
Mais c’est l’cas, non, railla-t-il avec un air carnassier ? »

Elle lui planta un index dans les côtes en guise de réponse et, satisfaite du sursaut ainsi provoqué, termina de se détendre en même temps que la magie du silence opérait.

Deux heures plus tard, exactement, Oriel arpentait les rues de Woollyland. Pourvu seulement d’un magnétophone microscopique, il n’était pas armé – ce genre de mission n’admettait pour lui que la fuite en cas de pépin – et se préparait à endosser le rôle de Vic’ Stringcourse – il entendait encore les éclats de rire de sa fille. Un jeune homme devenu, récemment, tout à fait aveugle – il dirait pourquoi si l’occasion se présentait. Une chemise qui le serrait un peu plus, un pantalon noir et des bottes en cuir, avec une joie de vivre sur le visage qui démentait son désespoir intérieur. La vie continuait ! Sourcils ingénument haussés au-dessus de ses yeux fermés, sa grande silhouette se fondait joliment dans le crépuscule.

Restait qu’hélas pour la chenille, ce ne fut pas un regard qui vint à lui, mais deux bras tendus, rattachés à un grand bonhomme sans vraiment d’allure ni de grâce. Un égaré, gauche et penaud, annonce singulière d’un pantin anarchiste qui causerait sous peu quelque sinistre catastrophe si on ne l’aidait pas dans la minute. Ses mains cherchaient quelque chose, n’importe quoi, pour s’offrir un simple repère. Rougies, car elles avaient agrippé le fer forgé de la porte avec trop de vigueur. Registre différent, les effluves lui murmurèrent quelques mots, du noble, de l’ancien, un dialecte qu’il ne comprit pas très bien, jusqu’à ce qu’une langue, véritable cette fois, ne claque non loin de lui. Bonsoir, l’ami ! Que venez-vous faire dans les parages ? Daigneriez-vous accorder un instant au seigneur des causes perdues ?
Vic’ Stringcourse s’immobilisa. Ses bras retombèrent et, à l’inverse, sa tête s’envola. Nez en l’air, il huma les alentours sans discrétion. C’était sa façon de dire bonsoir et d’accueillir les senteurs qu’il voulait promesses d’oubli.

« Bonsoir, euh… Pardon, mais… Je n’y vois vraiment rien ! C'est la Muse Galante, n'est-ce pas ? Guidez-moi, s’il vous plaît, puis vos causes perdues seront les miennes… Vous me les ferez oublier, hein ? Ces yeux qui ne servent plus à rien ! »

Il ne le leur reprochait nullement, en témoignait son immense sourire d’enfant qui ne voulait pas s’apitoyer. Et qui attendait là, qu’on veuille bien l’aider à se diriger, puisque ce n’était pas comme dans les rues, et qu’il ne voulait rien casser.
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Mer 26 Aoû - 0:02


Ses yeux se posèrent sur une vieille gazette froissée qui avait été oubliée là, sur le comptoir, par un client de passage. On y lisait des nouvelles qui n'en étaient plus, et qui avaient pris la poussière, au fil des jours ; des complaintes de chiens écrasés et des annonces lacunaires – juste assez pour inventer des histoires entre les silences. C'était ses mystères à élucider, les jours où il ne voulait pas avoir à penser – des mots croisés d'imaginaire, des scènes fautives à se créer dans un fauteuil. Son regard trébucha sur quelques mots, épars. Soleil … Aube souriante … Soleil cherche futur.

Des pas qui titubent, le bruit d'effleurements maladroits. Fréneuse s'approcha, l'air affable des grands jours – il commençait à s'habituer à son rôle de tenancier. Devant lui, son invité esquissait les pas de danse d'une bourrée imaginaire. L'inconnu, l'œil absent, semblait vouloir étreindre le monde. Fréneuse sourit. Lui aussi était de ceux qui s'abandonnaient aux vertiges de l'univers, à l'aube des naufrages ventrus. Raison de plus pour se montrer courtois ! Le nouveau venu éleva la voix.


« Bonsoir, euh… Pardon, mais… Je n’y vois vraiment rien ! C'est la Muse Galante, n'est-ce pas ? Guidez-moi, s’il vous plaît, puis vos causes perdues seront les miennes… Vous me les ferez oublier, hein ? Ces yeux qui ne servent plus à rien ! »

La chenille avait tendu une main où brillaient des vieilles pendeloques – faux argent moisi, gemmes aux éclats de fausset. Tintements dérisoires des vestiges sans importance et des ridicules bigarrés. Alors que l'inconnu levait la tête, humant l'air, Fréneuse s'immobilisa lui aussi, droit comme un I en mal de reconnaissance. Et répondit, de sa voix traînante, toujours décalée d'un temps - tendres dissonances des mots en retard :

- La Muse Galante, c'est bien cela, mon cher ami. L'endroit où atterrissent tous ceux qui ne vont nulle part !  

Les deux hommes, l'un caressant ses atmosphères d'un air entendu, l'autre les bras tendus vers l'antre des égarements, se faisaient face. Sans pouvoir se regarder. Paupières closes et regards fuyants, toujours fuyants - ne jamais regarder la réalité en face, il valait toujours mieux chercher son meilleur profil. Fréneuse leva les yeux vers les verroteries qui chantonnaient doucement, au gré des courants d'air, se laissant bercer un instant par leurs fausses promesses et leurs rumeurs fictives. Voilà qu'était entré un autre de ces étrangers insaisissables, à qui vendre du rêve, faute de pouvoir leur indiquer un chemin à suivre ... Fréneuse avait depuis longtemps renoncé à aller quelque part. Alors maintenant, il allait zigzaguant, entre deux sentiers mal entretenus, traînant pas loin des routes à grand passage sans plus oser les prendre. Et à sa suite, il offrait l'opportunité à ceux qui marchaient toujours bien droit de s'égarer un peu. Juste un peu, entre les brumes du souvenir et ses douces inconsciences. - Et chaque jour serait le même mensonge, élégamment joué.

- Si c'est bien l'Oubli que vous cherchez, vous ne pourriez mieux tomber. Laissez-moi vous dire qu'il me visite bien plus souvent qu'on ne pourrait croire. Et entre deux abandons, il me conte des histoires tout à fait drolatiques ... En espérant qu'il soit tout aussi bavard avec vous !

Répétition des envols ratés : il tendit une main, rongée d'absence, au jeune homme en noir et blanc. La posa délicatement sur ce bras retombé, comme un pétale qui s'éteint : la légèreté du frôlement des ailes de papillons. Et sous l'injonction discrète des ces longs doigts effilés, qui depuis longtemps ne parlent plus leur monde, il conduisit son hôte dans l'antre des illusions perdues et des temps retrouvés. Il le mena jusqu'à la silhouette respectable d'une méridienne, titubant lui-même entre les volutes et les colonnes – architecture nouvelle des fumées qui s'élèvent.

Et la chenille s'assit doucement sur un fauteuil voisin, répondant à l'air d'étrange félicité qui s'était perdu sur le visage de l'étranger. Il ne croyait pas se souvenir l'avoir déjà vu, ici … Mais ... A dire vrai … Pour tout avouer, ils étaient bien peu nombreux, ceux dont il avait réussi à capturer les traits diaphanes, à force de persévérance ... Le reste, ça s'envolait, sans plus de cérémonie. Et au final, chaque visage qui entrait à la Muse Galante était un conglomérat d'oubli et de réminiscences foireuses. Alors il ne disait plus rien.


- Installez-vous, mettez-vous à votre aise … Que puis-je donc vous proposer ? Avec l'accord des grands héliotropes, je vous recommanderais bien, idéal pour les vaticinations en tous genre, un bouquet fleuri de paradoxes. Oh, je vous entends : arrangé par les soins de votre chenille, spécialiste en métamorphoses !

Il se leva brusquement, comme prêt à partir vers des horizons plus verts. Il arpenta quelques secondes l'étendue désertique de ses idées perdues, avant de se retourner vers le visiteur, l'air espiègle d'une étoile filante.

- Vous qui n'y voyez plus … Ne seriez-vous pas plus sensible que d'autres aux délicieux soupirs des atmosphères ? Un interlocuteur digne de ces vérités hautement spirituelles !

Le rictus goguenard d'un cheval écorché. Pour les danses erratiques de l'inconnu, la chenille s'était senti quelque sympathie. Inutile de faire semblant : n'en déplaise aux sombreurs du soir, cet hôte l'intriguait, presque malgré lui. Et il détaillait, du coin de l'œil gauche, celui dont le visage disparaissait derrière un large sourire et qui brillait, derrière le secret de ses paupières closes. L'espace d'une seconde, la voix de Fréneuse cessa ses va-et-viens, et ce fut sur le ton de la confidence, non celui du babillage, qu'il prononça ces quelques mots, l'air grave :

- Un dernier conseil, si vous cherchez les bonnes grâces de l'Oubli. Écoutez-vous parler ... Avec un peu de chance, vous ne vous souviendrez plus de ce que vous vouliez dire.

Sa voix avait fait taire le chant des lucioles, elle s'était éteinte. Un instant, il avait tendu la main et conduit un aveugle, lui qui ne faisait plus attention à rien. Et presque sans comprendre, il se sentait presque … Embouteillage de briscatelles dans son esprit. Il lui suffisait souvent d’un semblant de regard, d’une infime marque d’attention, et les mots roulaient, perles baroques et sucruités folles. Deux fines mains qui chorégraphiaient les mouvements de voix, les sauts de ton. Et Fréneuse se mettait en scène, joyeusement ridicule, délicatement lointain. Exhibait les pardessus rapiécés de ses rêveries, marionnettes traîne-savates. Qu'importent les réponses effectives, les présentations à oublier, les noms qui s'effaceraient entre les fumées bleues ! Celui qui ne savait pas regarder voulait parler à celui qui ne pouvait plus voir.
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Jeu 27 Aoû - 10:38

Dans son esprit, le fracas assourdissant d’un plongeon : c’était Vic’ qui allait, bras devant, découvrir avec éblouissement la légèreté chimérique des profondeurs. Qu’importait, il avait le professionnalisme étanche, et quelque part entre les pans de ses tissus, Oriel se rendait aveugle aux merveilles. Qui saurait, quand il cherchait l’Oubli, entrée ronde comme sa bouche mutine, et non la Révélation, avec ses airs menaçants de serrure ? Il vit la clé sombrer dans la noirceur de ses paupières closes, estima, satisfait, que ce n’était pas avec sa brasse de nageur amputé qu’il saurait la rattraper.

Il venait de percevoir un mouvement. La rumeur de colifichets qu’il para en silence d’une valeur pittoresque, comme on habille une jolie dame, sans chercher à s’octroyer l’accord de leur propriétaire. Secret. Nulle part, il s’y rendrait à dos de grelot. Espérance partagée d’un vif hochement de tête, il embraya sur l’air de l’homme déjà conquis, élargissant un peu plus son sourire, laissant ses sourcils abandonner l’arc de l’étonnement pour celui de l’enchantement.

Et puisqu’on lui intimait d’avancer, il y consentit, ne sut que grossièrement retranscrire, comme le pantin qu’il était toujours, le chancellement qu’insufflait son marionnettiste par la ficelle délicate de ses doigts. Les pas lourds manquèrent écraser, à plusieurs reprises, ceux qui les précédaient d’une dextérité douteuse à laquelle on voulait pourtant croire. L’expérience, l’habitude portée par le temps que lui, Vic’, ne possédait pas, voûté, comme pour éviter d’entrer en collision avec quelque trésor aérien. Mais saine et sauve, sa lourdeur de goutte d’eau dans un nuage se posa finalement.

Tandis qu’Oriel savait tout, absolument tout, Vic’ n’était pas censé sentir qu’on l’observait. Sa vie passée sur le flot de regards jetés de façon insignifiante, il n’avait rien mesuré, et ne s’était pas assez cultivé pour connaître les brûlures que ces regards pouvaient occasionner. Alors, curieux sans souci, il envoya ses mains à l’assaut du promontoire sur lequel il s’était assis, faillit basculer en arrière en n’y trouvant pas d’appui, et comprit, enfin, qu’il lui fallait migrer vers l’autre extrême pour pouvoir s’adosser à son aise. Ce qu’il fit, alors qu’on l’y invitait justement.

« Une méridienne reste surprenante même quand on ne la voit pas, souffla-t-il très doucement contre la générosité de son sourire. »

Ses paumes épousèrent ses genoux maladroits, attentif aux paroles qui coulaient jusqu’à lui, et auxquelles il ne put retourner qu’un seul écho : « Ça se mange, les fleurs ? »
La chenille était-elle de ceux qui transformaient n’importe quoi en sucre ? Quel goût – métamorphose – pouvait-elle bien donner aux fleurs pour qu’on puisse les manger avec ravissement – pour peu que celui-ci soit garanti ? Un courant d’air lui chatouilla le nez, et il murmura :
« Je m’en remets à vos recommandations… ! Mais vous savez, reprit-il une fois le premier égarement de la chenille achevé, je ne suis aveugle que depuis… sept mois. »

Il avait fait mine de réfléchir, avant d’être emporté par une rasade de changement. Son sourire s’estompa imperceptiblement, raccourci par la gravité nouvelle et inattendue de la Cause Perdue. C’était un peu comme ne pas réfléchir pour pouvoir monter sur scène, n’est-ce pas ? Ou peut-être que non. Il ne savait déjà plus pourquoi une chose s’était naturellement reliée à l’autre. Son esprit se dissipait doucement dans l’air chargé de susurrements, dont le sien propre :
« C’est entendu… Je m’y emploierai. »

Et puis, plus rien. Il avait probablement trouvé son oreille de Denys. Il parlerait, s’écouterait, oublierait, et on lui renverrait un écho similaire. Son expression devint tout à fait béate, et ses doigts se mirent à danser sur les fibres de son pantalon. Il attendait. Rêvait l’effet de son bouquet fleuri de paradoxes en faisant siens les souvenirs d’un autre. Encore qu’il ne s’agissait presque que d’images rapportées. Il s’inventait avant même d’être sous le joug d’une magie extérieure. Ou bien se trouvait-il, depuis le début, dans l’aura fantastique de cet amusant personnage ?
« Vous êtes toujours là, chuchota-t-il en se penchant en avant ? »

Il se rendait à peine compte qu’il n’avait jusqu’alors jamais haussé la voix. Sa posture laissait croire qu’il s’inclinait devant le secret d’un enfant qu’il désirait plus que tout entendre, mais peut-être ne cherchait-il, en réalité, que le doux fredonnement des breloques. Accompagnant ses doigts, il se mit à dodeliner de la tête.
« Délicieux soupirs des atmosphères… En fait, je me rends compte que ce n’est pas facile non plus de parler en ne voyant rien. C’est tout noir, là… Il n’y a aucun détail pour me distraire des pensées qu’on évite généralement de formuler. Juste… Plein de petits points… Blancs… Ou jaunes… Mais je suis censé m’y faire. Par exemple… »

Il fronça sensiblement les sourcils, cessa tout à fait de remuer. Le rythme, semblait-il, l’avait jusque-là aidé à filer son monologue, mais maintenant qu’il devait se souvenir, ce n’était plus le cas. Il supposait que la chenille ne lui tiendrait pas rigueur de n’avoir pas encore mis son conseil en pratique. Alors, plaquant de nouveau un petit soleil sur son visage, il repartit :
« … Je devrais, au fil du temps, être capable de percevoir toute présence dans cette pièce. Savoir reconnaître le moindre bois, être sensible au point de frémir en caressant les rainures du bout des doigts… ! Et… Oui, je devrais aussi pouvoir déterminer, à la densité de l’air, ce qui me parle. De la fumée, de la brume, du parfum, ou encore une haleine trop forte… On m’a dit que les odeurs étaient plus expressives que les obstacles en eux-mêmes. Mais pour le moment, je suis complètement démuni, et me cogne partout. Par-tout. »
Il goba une bulle de souffle qui lui passait justement sous le nez.
« Et j’ai tendance à trop me fier à ce que j’entends. Vous n’imaginez pas à quel point les bijoux que vous portez sont un phare, pour moi. Et pourtant, j’ignore complètement s’ils brillent. »
Il tourna la tête à droite, puis à gauche, enfin en haut. L’écoutait-on ?
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Lun 31 Aoû - 17:18


Piétinant dans la boue des endroits respectables, quelques uns des égarés de procession se sont retrouvés la tête en bas, à déchiffrer l'envers des choses. Fréneuse, qui avait la délicatesse d'un train qui déraille, avait inexorablement foncé vers des impasses et des voies sans issue, resserrant lui-même les cadenas, et déplorant les entrées verrouillées. L’inconnu … L’intriguait. Sur son visage s'épanouissait les chatoyantes lumières de l'aube, et l'étranger ... Souriait. Toujours. Chose étrange, et source d'étonnement ! Fréneuse avait eu beau arpenter toutes les rues de Woolyland, en travers, en diagonale, et à reculons, jamais, au grand jamais, il n'avait entraperçu ce même sourire, par le noir sidéral ! Et au fil de ses pérégrinations erratiques, à force d'oublier les livres qu'il avait lus, les textes appris par cœur, il s'était perdu dans la substance folle des mots, dans ses ateliers-fragrances. Et il avait ouvert, pour les jours de pluie, une fumerie d’îles-égales, où servir des farandoles hallucinatoires. Il s’en justifiait, toujours. Un fumoir comme il se doit devait se parer des fleurs de bonne volonté, sinon à quoi bon se laisser aller dans le sillage des tétins nébuleux ! Et ainsi, il tanguait, déployant ses grandes ailes d'albatros ... Et tombant dans les escaliers.

L’inconnu était parfois aussi vacillant que lui. Les mauvaises chutes étaient peut-être dangereuses, au demeurant, mais cela restait, peut-être, une chance. Toute chose qui permette de percevoir autrement les réalités environnantes était bonne à prendre. Pour les staminations des perspectives. Fréneuse se demanda, au final, s’il était si nécessaire d’envoyer au pays du Grand Jamais ce jeune aveuglé. Par lui-même, à chaque bruit, à chaque odeur, il finirait par imaginer son monde.


- Ça se mange, les fleurs ?

En face de lui, Fréneuse crut voir un frère d'âme, un compatriote à nuages (et à compartiments), qu'il faut prendre le temps d'initier aux codes nouveaux de l'établissement. Il l'avait assis, sur le trône de Chine - une méridienne couleur cendre, une escale couleur brasier - et il allait courir lui présenter ses douces effluves. Mais une pensée - ou deux. Ou trois - lui avaient fait un croc-en-jambe - sans doute un complot de la pire espèce, mené entre les secondes paresseuses et les blessures de la solitude ... Quel étrange animal nous sommes, à traîner en larmes l'âme du pays, derrière soi, sans préavis, et à labourer doucement des champs … de patate et d'ennuis ! L'Oubli virevoltait entre leurs deux silhouettes, un sourire goguenard sur sa tête tranchée. Les fumées, elles, s'évaporaient … tandis que la chenille allumait Eole- ventilateurs par trop poussiéreux. C’est qu’il importait de clarifier l'air avant d'obscurcir ses pensées ! Il baignait dans sa certitude, étang vaseux, sans comprendre, sans vouloir comprendre, et préférant mésinterpréter. Et entraînait l'étranger pour une promenade nocturne, en lui présentant ses herbes précieuses.

- Vous êtes toujours là ?

- A moitié, à moitié, murmura-t-il, de sa voix traînante. Ça se mange, en effet, les fleurs ... Mais on peut aussi ...

Il préféra se taire, et se remit à l'écouter, attentif. Tentant de saisir chacun de ses mots, et de se créer un monde.

- Partout, dites-vous … Moi aussi … On est toujours aveugle de quelque chose, au final …

La Muse Galante ? C'était une anthologie d'étonnantes découvertes, à fouiller les pistils et arracher les pétales. Tout cela pour un peu .... De faux systèmes, à briser avec une jubilation dangereuse - pitié pour les pendaisons d'idéaux. À nous le pot-au-noir qui froidit sans lumière ! Et si l'on voulait que l'histoire se poursuive, il fallait savoir se frayer un chemin entre les souliers entremêlés, et dénouer les chevelures lacées- en fuyant les étreintes du corset des choses convenues. Ramper , comme une chenille, entre deux couleurs. On est guidé, presque malgré nous, par des mains d'aveugle - beauté des cécités futures !

- Et j’ai tendance à trop me fier à ce que j’entends. Vous n’imaginez pas à quel point les bijoux que vous portez sont un phare, pour moi. Et pourtant, j’ignore complètement s’ils brillent.

- S’ils brillent …

La chenille jeta un œil à ses pendeloques. Non. C’était sophistiqué – la grandiloquence de la pauvreté – mais ça ne brillait pas. Ça ne brillerait plus.

- Amour poivré, vous dis-je, jeta-t-il négligemment. Je vous laisse un court instant, je vous amène votre bouquet floral.

La chenille papillonna jusqu’à son comptoir, ouvrit quelques tiroirs, mêlant feuilles séchées et pétales arrachées. A chaque fois, il roulait ces derniers vestiges entre ses longs doigts blancs, clignait tendrement des yeux, et les arômes, les effluves suivaient ses envies, se parant de splendeurs nouvelles. Sans appeler la demoiselle-fleur, il amena lui-même sur un plateau noir les instruments pour fumées voyageuses. Il posa le tout sur une petite table basse, à côté de la méridienne, et alluma ses feux de bengale. Profession : envoleur d’impressions.

- Si vous préférez croquer une ou deux feuilles, mâchouiller quelques pétales, je ne pourrai rien pour vous – je vous comprendrais, rien n’égale les saveurs beurrées des boutons d’or ! - Mais je n’aurai rien à vous servir.

Il se mit tout de même à fouiller dans ses poches sans fond, cherchant à se surprendre lui-même. Tout en s’asseyant dans le divan, il posa sur la petite table quelques papiers froissés, une plume de corbeau, des souvenirs égarés, un ou deux puddings emballés, et des bouquets garnis de fleurs séchées. De l’autre, il laissa échapper quelques miettes de gâteau sec, un bonbon chatoyant, ramassé on ne sait où, et une poignée de perles noires. De quoi les nouer ensemble, et parsemer les heures de leur écoulement délicieux. Un collier de joliesses factices, à saisir du bout des doigts – et les entendre perler, comme des gouttes de pluie. En souriant vaguement à cette idée, la chenille se redressa soudain, plus ou moins songeur, le même air stupidement béat collé au visage.

- Vous qui demandiez la Muse Galante ... Vous semblez ignorer que vous vous trouvez dans un fumoir.

Et sans attendre de réponse, la chenille reprit son jeu de contemplations. On ne sait jamais – lui non plus – ce qui se crée, ce qui s’impose, dans ces lubies volatiles. On ne sait jamais si Fréneuse joue les incohérents, ou si sa raison s’éclipse, présente, dissimulée derrière ses brumes. La chenille, contemplant son étrange client, gardait ce rictus immuable, ce sourire de masque de Carnaval. On ne sait jamais ... Et il se méfiait, lointainement, sous les quinconces.

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mr. tout-le-monde... ou pas !
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Mer 2 Sep - 14:00

Et Vic’ Stringcourse paraissait heureux de pouvoir délier sa langue, avec cette moitié de présence non loin de lui. Un peu comme s’il pouvait tout dire, sans craindre que ça ne se retourne contre lui, en outre, un peu comme s’il n’avait rien à perdre. Un peu comme s’il se réfugiait dans une naïveté sans fond, porteuse par défaut d’euphorie dont on croyait volontiers le mensonge. Un peu comme s’il ne voulait rien voir sinon cette joie de vivre qu’un malheur avait emportée en même temps que ses yeux. Tout, chez lui, demeurait une histoire d’un peu comme si.

Lorsqu’il fut seul, un brin de confusion dans l’esprit – un amour poivré faisait-il éternuer ? – l’aveugle reprit calmement sa danse des doigts, en équilibre précaire sur le sommet anguleux de ses genoux maladroits. Il écoutait l’air porté par l’hélice, des murmures s’éloigner, tout partait en fumée de cigarette. Mais pas lui. Pas encore. Pourtant, il était prêt à s’enrouler amoureusement dans un pétale, à en grignoter les bords avant de s’endormir profondément. Il attendit patiemment son heure, pas longtemps, perçut lointainement un glissement. Celui du plateau ? Ou bien le sien propre, sur la mare des révélations, quand on sembla lui dire qu’il s’était trompé d’enseigne ?

« Oh… »

Ainsi, on n’y mangeait pas de fleurs. Il ne sut vraiment saisir si sa curiosité venait de retomber ou, au contraire, doublement refluer. Son visage non plus ne disait rien, figé dans la félicité, et seules ses oreilles avaient sensiblement remué, attendries par une petite pluie, à la même hauteur que ce glissement précédemment entendu. Qu’était-ce ? Il enchaîna ses mains ensemble, emprisonnant l’audace qui les aurait lancées sans réfléchir dans leur exploration avide et frénétique.

Et puis, la gueule du loup. Grande ouverte. Il se représenta une haleine chaude lui parvenir, enivrante plutôt que fétide, et remercia, pour la première fois, sa cécité qui, jusque-là, ne lui avait servi à rien. Il avait l’avantage de ne pouvoir contempler les dents gigantesques, d’une blancheur telle, il le devinait, qu’il aurait sans doute eu envie, en d’autres circonstances, de déposer plusieurs baisers dessus. D’enlacer la nacre de ses bras subitement devenus trop courts pour tant d’amour. Il ne remit rien à plus tard, insinua le tout dans le jamais.

Ses sourcils formèrent une adorable courbe de surprise, suivis par sa bouche qui ne souriait plus. Il n’était pas question de déception, juste de questionnement.

« Un fumoir ? Naturellement, que je l’ignorais. Mais il me semblait bien que quelque chose d’autre que vous m’avait dit bonjour, à l’entrée. »

Très doucement, une badinerie légère recommença d’étirer ses traits. Rien qu’à rester ici, son nez s’améliorerait peut-être.

« Vous croyez vraiment que les gens qui vous recommandent parlent d’un fumoir… questionna-t-il sur un ton bas ? C’est drôle. Vous-même, vous recommanderiez-vous à quelqu’un en parlant de votre fumoir ? Je ne sais pas… C’est trop terne, non ? Trop réglé. J’ai déjà oublié ce que vous m’avez dit en m’accueillant, mais vous ne vous êtes certainement pas écrié bienvenue dans mon fumoir ! Peut-être parce que c’est évident, selon vous… »

L’une de ses mains s’extirpa de sa prison et, en un poing, vint se cogner faiblement contre l’œil droit, comme si elle n’avait rien mesuré, pour finalement le frotter avec plus de délicatesse. Aucun éclat vert ne s’en était échappé. La paupière rougie, il parut soudainement pensif.

« C’est que je n’ai pas vu les choses de cette façon. Est-ce que vous savez qu’à Woollyland, il existe un autre endroit, qui offre la même chose que vous – ce que je convoite, mais « gratuitement » et définitivement ? C’est là-bas qu’on m’a trouvé, il y a cinq mois, prêt à en finir. On a fait bien pire que me parler d’un fumoir. C’était plutôt un genre d’énigme à laquelle j’étais incapable de croire. Qu’est-ce que ce type disait, déjà… »

Il se cala un peu plus dans la profondeur capitonnée de la méridienne, comme un enfant qui ne voulait pas qu’on le chasse. Ses mains en avaient désespérément accroché les bords, tandis que ses pieds, timides, s’étaient croisés l’un sur l’autre.

« T’sais mon p’tit gars, la Muse Galante, c’est moins radical qu’ici. Et vous savez ce qu’il m’a répondu quand je lui ai demandé ce que c’était ? C’est rien. Tout simplement, avant d’ajouter : Le meilleur rien qui existe, et le but, c’est de trouver l’arrière-goût du tout. Si je me souviens bien. Pour un aveugle, des paroles qui le rendent plus aveugle encore ne sont pas difficiles à oublier. Mais, qui a parlé d’un fumoir ? J’ai mis du temps à venir ici. Et c’est parce que je veux bien croire, maintenant, que c’est moins radical que là-bas. »

Une simple question de moyen pour y arriver. Il y avait de l’ignorance, sur son visage. Cette même ignorance qui, quelques mois plus tôt, avec l’aspect radical de son projet funeste, l’avait directement poussé vers le compliqué sans le laisser entrevoir le simple.
Sa joie s’était un peu fracturée, d'un coup. Une ficelle brisée du marionnettiste, probablement… L’une de celles qui avaient jusque-là chaleureusement tiré son énorme sourire. Il n’en arborait plus qu’un demi, désormais, grand pantin fracassé, et nulle lumière ne filtrait à travers ses brèches. Un souci technique, l’ampoule devait avoir grillé, ou alors, le responsable de l’éclairage s’était éclipsé un instant pour grignoter un sandwich au poulet.
Et lui, eh bien, il grésillait.

« … Est-ce que vous allez me montrer comment on fait ? »
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Dim 6 Sep - 23:57


Les clients habituels s’étaient-ils donné le mot, ce soir ? La Muse Galante ondulait de solitude, alors qu’il arpentait la grande salle baignée de vapeurs retardataires. C’était, dans son esprit, l’éternelle et insistante mélodie des gypses nomades : parés des éclats brisés de l'orgueil, ses rêves avaient volé la rutilance des pierres mortes. Allons, où étaient-ils, ces invités mystérieux qu’il amusait, de ses pitreries d’Arlequin triste ? A qui offrir son sourire ravagé, puisque ces masques n’avaient pas daigné sortir des velours rougeâtres de leur mystère ? Ces figures dérobées – dévorées - dont il ne saisissait jamais bien le sens, des visages, qui ne voulaient jamais être vus et qu’il se plaisait à oublier, diligemment - c’était la moindre des politesses … Si diligemment, d’ailleurs, qu’ils revenaient rire aux éclats, derrière leurs fumées, sans crainte de représailles.

Pas trace de ces éternels inconnus. Demeurait juste cet aveuglé de passage, qui semblait avoir été amené là par des mélancolies nouvelle vague. Un jet d’écume au coin de l’œil, il semblait revenir du bal des pendus : il avait cette démarche glorieuse de ceux qui se sont égarés dans leurs mélodies intérieures. En retournant auprès de ce client, soucieux de l’acclimater à l’atmosphère délétère de son fumoir, il avait entendu le claquement sec de ses pas, bien plus distinctement. Suivi d’un vieil écho rhomboèdre, il avait pensé, un instant, aux symphonies dissonantes des jours qui s’oublient. Et se dit qu’il serait bien, dans ses éclats brisés, de prêter davantage l’oreille aux infimes murmures de ses atmosphères aimées. Lui aussi. Se promit d’avoir l’intention de le faire, un jour : cela ferait autre chose à noter dans le carnet des oublis à ne pas trop se reprocher.

Et oppressé du chef, il jouait, doucement, avec les instruments du voyage, écoutant son inconnu déployer ses équations ferrugineuses. Il y avait un je ne sais quoi dans l’alignement mal décidé de ses phrases qui donnait à ses mots une beauté carcérale. Et tandis qu’il traçait ses hésitations, ses interrogations, devant la proposition muette et invisible qui s’offrait, devant lui dans le plateau, Fréneuse, sans quitter son rictus de cacatoès en ruine, laissait raisonner ses pendeloques à sa place. Au fil de ses tressaillements.


- Vous-même, vous recommanderiez-vous à quelqu’un en parlant de votre fumoir ? Je ne sais pas… C’est trop terne, non ? Trop réglé.

Terne, la Muse Galante l’était. C’était la dernière discrétion que cette femme pouvait vous offrir. Les secrets, les râles incessants, les supplications, les murmures qui s’étouffent caressaient chaque jour ses murs gris, poisseux d’anathèmes. Et l’oppression du roulis, incessant, des réalités mauvaises, les éclaboussures des déconvenues quotidiennes venaient éteindre un peu son sourire. Demeurait le mensonge heureux de la devanture, et le rictus de la chenille. C’était le dernier théâtre d’insomnies, la dernière promesse qu’ils pouvaient vous offrir.

- Qu’une douceur de ciel beurre vos étamines ! Bien sûr que non ... La Muse Galante, vous trouvez qu’on dirait un nom de fumoir ? C’est bien plutôt un navire, un bateau ivre qui vous emmène ... Nulle part, où bon vous semble, tant que c'est trop loin ou trop près pour vous.

Puis il marmonna quelques incohérences, se gargarisant de ses mélpomènes. Et s’il filait les métaphores depuis son piédestal fissuré, il suivait bien difficilement celles des autres. Imposteur de ses propres complexités, oppresseur des inhibitions, il avait trop l’habitude de s’entendre exister pour comprendre réellement ce qu’on aurait voulu lui dire.

- Et vous savez ce qu’il m’a répondu quand je lui ai demandé ce que c’était ? C’est rien. Tout simplement, avant d’ajouter : Le meilleur rien qui existe, et le but, c’est de trouver l’arrière-goût du tout.

- Et vous opiaceriez donc vos ennuis …

L’à-propos n’était pas le fort des chenilles ... Il s’agissait, le porte-clé des possibles en main , d’ouvrir bien des parenthèses, sans songer aux portes qui claquent ni aux courants d’air. Et il offrirait un chant du signe à ceux qui croulent sous les vers ... horrifiés. Et piétiner les culpabilités, un mépris accroché au sourire. Et il en rirait, toujours. Les ailes brisées, rampant dans son ombre bienfaisante, à offrir des fuites toutes préparées par ses soins, et à rouler ses charognes sans autre forme de procès. Il en rirait, oui ... A gorge déployée.

- Pour un aveugle, des paroles qui le rendent plus aveugle encore ne sont pas difficiles à oublier. Mais, qui a parlé d’un fumoir ? J’ai mis du temps à venir ici. Et c’est parce que je veux bien croire, maintenant, que c’est moins radical que là-bas.

Jamais au grand jamais. Fréneuse leva les yeux, se demandant un peu ce que son interlocuteur entendait par rat ducal. Peu familière des questions politiques, la chenille chassa cet énième point d’interrogation d’un geste de main – tintinnabulements - et reprit le cours de ses remembrances. Et son sourire s’engagea dans une impasse.

- … Est-ce que vous allez me montrer comment on fait ?

- Je … Bien sûr.

Point d'éclat : la chenille égara son incohérente assurance dans le caniveau des vieilles rodomontades. Ses mains tremblantes s’approchèrent du plateau où une pipe à long tuyau contait ses histoires de thébaïdes. La préparation d’opiacés et autres fleurs du mal dormait, dans un pot de faïence, élégamment peint. Quand il s’agissait d’une première visite, la chenille préparait elle-même les instruments du voyage, causant de choses et d’autre – rarement de ce qu’elle était en train de faire. Cette fois-ci, c’était pourtant différent. Fréneuse saisit une aiguille, et, sans presque regarder ce qu’il faisait, l’éleva au-dessus de la flamme d’une lampe timide qui dansait sous son dôme de verre. Puis, lentement, plaça la pâte dans le fourneau. Puis, saisissant la pipe – fragilités d’ivoire, il laissa la flamme conter quelques douceurs au fourneau de terre, chantonnant. Enfin, il présenta l’objet à son interlocuteur, avec une déférence soudaine : il était des choses avec lesquelles ...

- La manœuvre est difficile, je ne voudrais pas vous ennuyer avec de telles subtilités ce soir, alors que vous cherchez le repos et l’oubli. Ce dernier a ses susceptibilités et un certain sens des impératifs mondains ... Il m’en voudrait assurément de vous garder pour moi tout seul. Allons ... Vous voilà bien emprunté ... Prenez ceci. Détendez-vous, allongez-vous davantage … Prenez ... Voilà, comme ça. Je vous le laisse. Vous aspirerez vos vérités à petites bouffées – elle est suffisamment chauffée, ça n’est pas dangereux. Et il n’y a que des beautés végétales, là-dedans. La Nature vous murmurera peut-être quelques étranges secrets, qui sait ?

Sans un mot, il s’éloigna, levant son chapeau au passage fier des fumées. Suivant une impulsion nouvelle, courant après un dernier envol. Tandis que la Muse Galante s’enivrait d’odeurs boisées, Fréneuse, butinant à son comptoir, ferma un instant les yeux, songeant à ses propres rêves. Là, un bouquet mourait doucement dans un vase, et il cueillit une fleur – une rose couleur du matin – qu’il apporta à son client sans regard. Et, la posant délicatement à ses côtés, il ajouta, l’œil fixé sur le bouton décapité :

- Les roses à peine écloses ont la douceur diaphane de la barbe-à-papa. Bien moins sucrées, elles fondent à peine franchie la barrière de vos lèvres. Une saveur éphémère, précieuse. Les fleurs … Elles se plient à vos désirs, mon cher, quels qu’ils soient. Ce sont … Des fleurs de bonne volonté.

Et, las, il resta là, sans oser reculer, sans oser disparaître. Espérant que l’oubli lui dispensât à lui aussi cette nécessaire étreinte, qu’il cherchait, toujours.
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Mer 9 Sep - 15:12

Et maintenant, il avait dans la bouche le goût alcoolisé d’une banane trop mûre. Ce sentiment insidieux, et désagréable, de celui qui s’était peut-être trop justifié. Qui n’aurait pas dû s’aventurer sur des chemins trop étroits, qui avait entraperçu le futile, mais de loin. Un peu gêné, sans en avoir entièrement conscience pourtant, Vic’ s’était mis à la poursuite du Recul, histoire de lui prendre sa place et de profiter, lâchement, de ses vertus.
Il avait reconnu un genre de paroles, propre à ceux qui sortaient d’ici, l’incompréhensible et l’invisible… de prime abord. Au tout et au rien répondaient le trop loin et le trop près, et il se perdit un peu plus dans la noirceur qui lui voilait jalousement les yeux. Elle fut une chaude couverture pendant un court instant, puis redevint froide.

L’assentiment de la chenille lui valut bien du soulagement. Il s’y rattrapa maladroitement, comme un explorateur imprudent à une liane, et son coin de sourire bouda un peu moins. Les faibles tintements, aussi, parurent l’égayer, sans toutefois se laisser entièrement deviner. Et il rêva, secrètement, d’un jour où il saurait tout déchiffrer. La décrépitude d’un pétale, la résonnance d’une matière, la vigueur d’une flamme… le mensonge d’une odeur. Mais il dut se ressaisir, accrocher un mot, ici, puis là, afin de comprendre qu’on venait à lui.
En s’adossant tout à fait, puis en étendant ses jambes, il craignit sa gaucherie plus que jamais. Une voix lui soufflait dessus, le manipulait à distance, tandis qu’entre ses doigts glissait une froideur réchauffée, qu’il mania avec la plus grande délicatesse dont un pantin de bois soit capable. Il ne s’agissait plus de la grâce d’un glissement, mais de la dureté d’un segment, cependant que ses mouvements, s’ils étaient cassés, restaient sûrs.

Progressivement, il se décrispa. Son corps sembla alors arborer les articulations d’un être vivant, en épousant parfaitement les courbes de son nouveau trône.
« Merci. Il est plus sage, effectivement, de ne pas trop laisser de responsabilités entre mes mains, murmura-t-il après un faible soupir. Je pense qu’on devrait avoir un œil au bout de chaque doigt. Je lui en ferai part. »
La Nature.
Il avait fébrilement porté la longue pipe à ses lèvres, sans l’arrogance stupide de celui qui trouvait classe et fierté au fait de fumer. Car Vic’ n’était pas un fumeur. Il avait un peu peur de ce qui pouvait entrer en lui. C’était qu’entre-temps, une chenille lui avait négligemment souri, et qu’il était désormais trop tard pour se méfier – tu n’avais qu’à être prudent avant, va ! Tu n’y aurais pas laissé ta vue. Rien à perdre.

Il n’eut aucune quinte de toux. De sévères picotements dans la gorge, auxquels firent écho les larmes qui perlèrent aux coins de ses yeux. Des chatouillements dans le nez. Une frustration, car la fumée ne se mettait pas sous la dent. Petite bouffée. Qui serpenta le long de ses narines, et qui lui arriva en plein dans la tête. Il songea qu’il aimerait bien fermer les yeux, puis se souvint que c’était déjà le cas, et qu’il ne pouvait les fermer davantage. Se sentit soudain une indicible naïveté.

« Vous qui disiez qu’on ne mangeait pas de fleurs, ici… C’est que vous avez bien désiré pouvoir faire quelque chose pour moi... »
Chuchotement, chuchotement. Pipe dans une main, rose dans l’autre. Et le retentissement d’une interrogation. Ca se mange, les fleurs ? S’il avait un instant hésité, parce qu’il craignait les fumées dissipatrices de goût, il haussa cette fois les épaules et, malicieux, décrocha le bouton de rose de son écrin de velours vert – qui retomba mollement sur sa poitrine. Qu’importait qu’il n’en perçoive la fadeur ou la saveur, puisqu’il eut le bonheur de sentir fondre la fleur sur sa langue, contre son palais, comme de délicieuses feuilles de gel. Tant de facilité manqua d’ailleurs de l’émouvoir. Sourire niais. Il mâchouilla les vestiges.
Petite bouffée, et il rejetait la tête en arrière, par-dessus le bras amoureux de la méridienne, étourdi, son esprit explosant pour renaître tout à fait vierge.
Ou presque.

« C’est drôle, rit-il en tournant son visage vers la chenille. Je n’avais jamais rencontré de génie des fumées. Mais j’ai déjà vu un génie des eaux. Et il n’y a pas à dire, vous avez été bien plus accueillant que lui. »
Et des bulles se matérialisaient autour de lui.
« … Ce que j’ai pu les aimer, ces petites bulles. Qui vous aiment en retour, qui que vous soyez, et qui n’ont pas peur de vous instruire, de partager avec vous leurs traditions séculaires. »
Et dans les bulles, des yeux gris.
Des serpents anthracite.
Il ne nageait pas, chutait inexorablement, sans manquer d’air. Sur le dos, fumée dans la bouche, fumée partout, qui se détachait sans peine dans le bleu, auréolé d’énigmes, des profondeurs.
« Est-ce que vous les voyez ? Je crois qu’il y a une femme, aussi. »
Il haussa les sourcils si franchement qu’ils faillirent, dans leur envolée, provoquer l’ouverture de ses paupières. Stupeur.
« Est-ce à vous qu’elle fait un signe de la main !? Ou à moi ? Ou à tous les deux… Regardez-la qui approche, s’écria-t-il ! N’est-elle pas jolie ? Et avez-vous vu ses cheveux ?? Un banc de corail ! Je crois que... C'est sa fille. »

Vic’ Stringcourse déglutit avec peine. Il ne sursautait plus, subitement enfermé dans l’immobilité inquiétante et tout à fait morte d’une statue de plomb. Il s’était, depuis longtemps déjà, détourné de la chenille, nimbé d’un mutisme sans signification. Peut-être cette femme n’approchait-elle plus. Ou peut-être l’avait-elle atteint. Cruellement. En lui arrachant la langue.
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Lun 14 Sep - 16:31


Il n'avait pas demandé à la chenille où elle comptait l'emmener. Ce qu'il avait réclamé ? L'oubli, une évasion quelconque. Alors Fréneuse lui avait confectionné un bouquet, au petit bonheur la chance. Soucieux de réitérer le sacre de l'éphémère, et l'ayant mêlé de la douce amertume du pavot de sommeil. Habituellement, quand il offrait ces faux souvenirs gazéifiés, il s'éloignait, prudemment. Soucieux d'éviter les grimaces vultueuses de ses propres réminiscences. Mais ce soir, presque malgré lui, il rôdait, tournant autour de la méridienne – sens anti-horaire. Se voulait lointain sans pouvoir s'empêcher, de temps en temps, d'approcher un peu, humant les séductions dangereuses de ses propres senteurs. Il avait beau dire, il pouvait protester, ses créations étaient parfois dangereuses … Pour lui. Pour d'autres. Et vous pouviez chercher à fuir, fuir ce que vous vouliez, il ne pouvait jamais vous promettre de vous aider réellement. Parfois au détour d'un rêve, les choses vous apparaissaient, et les brumes qui les estompaient un peu leur donnaient un air plus terrible encore …

En saisissant la pipe de ses mains tremblantes, l'étranger, avant d'inspirer quelques bouffées d'un air fébrile, avait parlé d'elle, lui aussi, et des requêtes à lui faire. Au bout des doigts, avait-il murmuré. Fréneuse, s'arrêtant un instant sur ses ellipses, contempla distraitement ses mains, et les regarda s'envoler. Pas un craquement, juste le dessin rieur de ses échecs et de ses fragilités. C'était drôle, au fond – vu de dos … Tandis que cet homme pleurait sa cécité nouvelle, la chenille avait soustrait son regard au monde, pour le laisser s'élever vers les hautes sphères, errant en orbite autour des réalités du monde. Jamais au-dessus. Alors il n'était pas vraiment d'accord avec les requêtes de son interlocuteur, pas vraiment … Mais soit. Il avait cueilli les fleurs de bonne volonté, il n'était plus temps de le contredire. Les rêves n'ont pas la critique si facile … Il s'agissait de répondre, aussi évasivement que possible, en livrant ses propres impressions. Et entre les consommateurs lunaires, s'instaurerait une parodie de dialogue, où chacun répondrait à ses propres murmures intérieurs … Parfois, deux obsessions se parlaient, deux peurs se rencontraient, dans leur image tronquée. Et l'on croirait s'être compris …


- Vous qui disiez qu’on ne mangeait pas de fleurs, ici… C’est que vous avez bien désiré pouvoir faire quelque chose pour moi...

Fréneuse leva la tête, sans rien dire, l'œil perdu vers un horizon absent. Oui, en quelque sorte … Il aimait offrir ces morceaux d'intangible aux visages qui lui semblaient sympathiques et agréer aux demandes, si étranges soient-elles, quand cela lui était possible. Les fleurs, il en avait souvent un ou deux de leurs pétales coincés en travers de la gorge. Trop amers, trop amers … Alors, il pouvait bien lui offrir ça, simplement … Complaisante, la chenille. Et tandis que Fréneuse exhalait ses rêves, le jeune homme, tout près, lui présenta un fil d'Ariane ... effiloché.

- C’est drôle. Je n’avais jamais rencontré de génie des fumées. Mais j’ai déjà vu un génie des eaux. Et il n’y a pas à dire, vous avez été bien plus accueillant que lui.

- A mon bon plaisir … Chuchota la chenille.

Fréneuse ôta son chapeau magique, le posant, magicien étourdi, sur le fauteuil qu'il s'était déjà choisi. Une façon de saluer les éphémères soupirs qui revenaient, bulles d'absolu. Et il observa, un peu trop intéressé, les premiers pas hors-monde qui se faisaient, auprès de lui.


- … Ce que j’ai pu les aimer, ces petites bulles. Qui vous aiment en retour, qui que vous soyez, et qui n’ont pas peur de vous instruire, de partager avec vous leurs traditions séculaires. Est-ce que vous les voyez ? ... Je crois qu’il y a une femme, aussi.»

Une femme … Fréneuse fit un pas, soucieux d’attraper les murmures qui flottaient doucement entre eux – Rêvait de déployer ses propres ailes et d’y tremper ses chatoiements. Il y avait tant de choses qu’il aimerait comprendre, dans les errances de ses clients … Et souvent, il se cherchait, instinctivement, lui et ses mille masques, dans les airs béats et les larmes de fumée.

- Est-ce à vous qu’elle fait un signe de la main !? Ou à moi ? Ou à tous les deux…

- A vous, mon cher, à vous seul … Qu’est-ce que les histoires des lépidoptères, qu’est-ce que la geste des anamorphoses font, à des gens comme ça ?

Il saisit un balai, comme pour se donner contenance. Gratta le sol, n’osant parler qu’à son silence. Un grincement, léger, et il vit son interlocuteur se redresser, légèrement, comme pour courir à la recherche de son égérie perdue. Allez, c’était … Souvent comme ça. Un pantin suspendu sous l’échelle du vide, à marcher entre les crevasses d’absurde. Il jeta quelques mots, dernières gouttes de pluie, rosée grise. Un éclair ! Puis la nuit. Plus rien, sinon l’inexorable marche du silence.

Fréneuse, lâchant distraitement le balai s’approcha alors. Pas à pas, s’arrêtant parfois. Ces mutismes-là sont de ceux qu’il est parfois dangereux de briser. Puis, arrivé à la hauteur de la méridienne, il se pencha, dans le délicat froufrou de sa veste trop grande, et ôta délicatement la pipe des mains de son jeune client - froideur hiémale des peurs enfouies ! Il la posa, doucement, sur la petite table, fuyant les fumées mourantes qu’elle exhalait encore. Cligna des yeux. Entre deux vapeurs, lui aussi, il avait cru percevoir un éclat d’eau, un instant. La lueur d’un regard, lumière maligne ou feu-follet. Un souvenir enfoui, d’une enfant parmi les brumes – blondeurs importunes.

La chenille secoua la tête, et reprit son chapeau, fronçant les sourcils. Il avait vu - n’est-ce pas ? - son ombre trébucher sur quelques palmipèdes odorifères, oubliés là. Regrettable histoire.


- Vous … Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?

A peine un murmure, tandis qu’il se baissait pour ramasser les éclats brisés de ses dernières incohérences.

- J’ose espérer que ces vapeurs vous ont emmené là où vous souhaitiez vous rendre … Ces fleurs des champs sont parfois assez capricieuses, mais on ne peut leur en vouloir … Elles sont si fragiles … J’aimais assez m’égarer avec elle, auparavant … Malheureusement, ce bouquet m’apporte la mélancolie caractéristique des vélocipèdes disloqués.

La chenille babillait, de nouveau. Qu’on l’entende ou pas, qu’importe … Elle s’égarait tendrement dans son bavardage, inconséquence dérisoire, et guidait un retour au monde, sans lyre, sans poésie, sans rien.

- J’imagine que vous n’avez pas pensé à lui exposer vos requêtes … Là … Ce n’est pas bien grave, c’est toujours comme ça, les premières fois. Ce n’est qu’à force de voyages qu’on saisit la langue de ces pays-là.

Il s’arrêta un instant, et fuyant l’image de ses terreurs en retard, reprit :

- Rien de très radical, là-dedans, vous voyez. Je peux toujours, si vous le souhaitez, vous offrir un peu d’enthousiasme ou un peu de beauté en bouffées. Après tout, pourquoi refuser les illusions, quand elles vous sont agréables ?

Les mots roulaient, roulaient, pierres impolies, perles baroques ... Tandis qu'il parlait, derrière le mensonge du masque, son sourire voulut faire une pirouette …
Et se cassa la figure.

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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Ven 18 Sep - 21:15

Il ne respirait plus vraiment, étreint par un impénétrable voile de crainte, les jambes étendues, le cou étiré comme s’il avait voulu percevoir quelque horizon trop haut pour lui. Il la voyait pourtant encore, cette femme superbe, mais les ondoiements de l’eau déformaient son image, tantôt la rapprochaient, tantôt l’éloignaient de lui. Un instant, il se crut même sur une rive, elle de l’autre côté, et toujours, l’eau les séparait. Il se rendait à peine compte qu’en réalité, c’était lui qui n’esquissait pas le moindre geste pour la rejoindre, la toucher, comme il l’aurait fait autrefois – lui murmurait-on. Au lieu de cela, il coulait irrémédiablement ; on l’avait lâché dans l’Oubli, il retombait petit à petit sur la terre ferme, s’éloignant de la Révélation, car la fumée, maintenant, n’alimentait plus cette impression de n’avoir pas besoin d’air. Il avait cessé de rêver ; son esprit, à l’image de ses mains désormais vides.

Sa tête lourde retomba. Il sut tout à fait se contenter des bras inertes de la méridienne – sans le savoir, il en avait refusé d’autres, bien vivants, et la torpeur acheva de lui ôter toute idée de la tête, toute intention de remuer. Lui avait-on adressé la parole, juste avant qu’il ne redescende ? Il ne savait pas, ne savait plus. Son visage, sans sourire ni contrariété, n’offrait que la résignation et l’égarement, tous deux menacés par le sommeil, qui lui susurrait des mots doux. Difficile de souhaiter bon retour à la lourdeur quand il avait, dans la bouche, le goût amer d’une légèreté dont il était incapable de se souvenir. Bientôt, il ne la soupçonna plus, et se demanda, avec le détachement du fainéant qui se contentait de s’interroger sans réagir, pourquoi il se trouvait là. Avant que les tiroirs de sa cervelle ne puissent se réordonner, un bruit, ou fut-ce une voix, lui arracha un sursaut.
ce que vous cherchiez…

« Ce que je cherchais ? »

Il se tut, attentif, oreilles grandes ouvertes qui, progressivement, reconnaissaient avec soulagement la voix de ce génie des fumées. Les idées, lentement, avec timidité, se remirent en place, en pressentant que quelque chose n’allait pas à l’intérieur de ce grand pantin. En même temps qu’elles poursuivaient l’ordre, recherchaient la sérénité – sans la trouver, elles purent donner l’alerte : ce corps maladroit, pendant leur absence, avait souffert un atroce rejet. N’aurait-il pas dû se rappeler ? De cette vérité, que tout son être, sans qu’il ne le sache, repoussait avec horreur. Il n’y avait qu’une chose dont Vic’ était certain : cette vérité, aussi ignoble soit-elle, ne lui appartenait pas. L’impression d’un manque qu’il ne pouvait, juste avant, plus suspecter, revint en lui pressant le cœur et en lui remplissant la gorge de ce fiel qui donnait envie de pleurer. Il comprit qu’il n’était plus temps de jouer.

« J’ai oublié. Alors je suppose que, oui, j’ai bel et bien eu ce que je voulais, pour un instant. Je vous remercie. »
Un long vertige le saisit, dans la noirceur de ses yeux, alors qu’il se redressait en position assise. Il reprit, beaucoup plus bas.
« Il m’a été impossible de penser à quoi que ce soit et… j’ai peur de vous demander… enfin… j’ai le soupçon que rien ne m’a été agréable là-dedans… Finalement, peut-être ne me faut-il que de l’euphorie… »
Que de hâte ! Que de jugements irréfléchis ! Il était en proie au désespoir de celui qui ne savait plus ou aller ni quoi chercher. Le sentiment de s’être trompé le tiraillait, et pourtant, nul regret ne venait s’ajouter aux laideurs de ses ignorances. Il suffisait d’écouter les quelques discours de cette chenille qui, de toute façon, ne lui avait rien promis. Concrètement. De l’avoir rencontrée, il éprouvait un brin de joie et une vague torrentielle d’intérêt. L’enthousiasme, oui.

« Comme je voudrais vous voir, s’écria-t-il tout à coup ! »

La chenille était-elle souriante ? Il ne se doutait pas des rodéos auxquels elle se livrait. Quel air arborait-elle, la plupart du temps ? Comment se déplaçait-elle ? Lenteur ou précipitation ? Adresse ou maladresse ? Candeur ou incrédulité ? Hé ! du calme.
Lui qui s’était brusquement redressé, debout, se tassa dans sa hauteur dégingandée. Il avait baissé le menton, mains jointes devant lui, comme pour se morigéner. Un effet, possiblement, de son bouquet. Malhabile. Toujours trop. Ses lèvres s’étirèrent, enjolivées d’une sincérité qu’il avait, semblait-il, gardée en guise de cadeau.

« J’aimerais revenir, reprit-il d’une voix faible. Vraiment. Mais peut-être que je devrais m’en aller, maintenant… Combien est-ce que je vous dois ? Ou alors, avant ça… Me parlerez-vous de… de… vous savez, cette mélancolie… » Tentatives ratées ? Évasions trop douloureuses ? Il rougit d’avoir osé tant de curiosité. Ses épaules, puis son buste tout entier, s’ébranlèrent tristement en une respectueuse inclinaison. « Non, enfin… La prochaine fois… Ou la suivante… Ou celle d’après encore… Ou jamais… Je suis désolé. »

La tête lui tournait décidément. Il s’empêtrait dans sa gaucherie, qu’on pardonnait à un enfant, mais qui, généralement, n’émouvait plus chez un homme. Seulement, venant de manquer son introduction aux nuées, inspiratrices et annihilatrices, il en était ressorti désireux d’en savoir davantage. Ce qu’il avait eu peur de demander, un peu plus tôt, n’était en réalité que la faiblesse de chercher, en ce génie des fumées, un témoin de ses égarements. Quelque chose, quelqu’un, l’en avait empêché, en fermant à clé – remise ensuite à la chenille – la porte vers une connaissance sans doute nuisible. Qu’importait. Il souhaitait revenir car, on le lui avait dit, plusieurs voyages étaient nécessaires pour comprendre et saisir. Combien y croyait-il ! A peine prenait-il conscience que, depuis le tout début, il n’avait jamais ressenti ne serait-ce qu’une once de méfiance envers cet agent de l’Oubli.
Il appréciait sans voir.
Et voulait apprendre à se servir d’yeux nouveaux qu’on lui offrait.

Qu’on lui parle ou qu’on le raccompagne. Dans sa main, qui avait un instant disparu à l'intérieur d'une poche de son pantalon, une petite bourse destinée à payer son bienfaiteur. Il y avait du désordre dans ses cheveux, et une fatigue étrange autour de ses paupières closes, un sourire de malice sur sa bouche et une petite espièglerie dans la courbe de ses sourcils. Enfin, un merci au creux de son menton.
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Jeu 24 Sep - 11:41


Cœur de poète mal planté – voilà le fin mot de toute l’histoire - laquelle au juste ? Fréneuse ne savait plus très bien. Ses doutes, ce n'était jamais grand chose. Au pire, des réminiscences ratées. Au mieux ... Un sourire déplacé, une expression diaphane, qu’il n’avait pas tenté d’effleurer, entre ses fumées … Un souvenir, qui vous hante, un peu, discrètement … Les jours … Où vous avez le temps. C’était ça aussi, l’histoire de la Muse Galante – un moratoire pour ses mélancolies. Et la splendeur d’un enterrement de première classe. Alors que son client – insaisissable atmosphère – se relevait doucement, s’appuyant sur le rebord vague de la méridienne, la chenille se redressa, nez au vent, l’œil hagard. Un bruit, quelques éclats de rire, des gloussements de dendrocygnes en mal de reconnaissance. Et le grincement familier de la chatière des grisailles mendiantes ! Il observa, depuis son piédestal de principes, un groupe de jeunes gens qui entraient, et qui figuraient bien mal l’eau qui dormait sous la lune … Fréneuse tendit l’oreille, les voyant passer devant eux, bruine étouffante indifférente aux commentaires des trépassés ou des déjà-partis. Il allait se résoudre à se composer un visage et quelques bouquets bon marché - habits rapiécés, vulgarité sur les lèvres, ces gamins-là n'étaient pas bien fortunés. C'est avec soulagement qu'il vit Rose s’approcher, l'air affable devant son caractère de feu, et les mener un peu plus loin, dans un coin reculé. Les poumons dans la poussière.

La chenille étouffa un soupir, les regardant passer - des vieilles caravanes brinquebalantes, qui se donnaient l'illusion de la jeunesse. Pour toute salutation, un oscillement sans définition, un bonsoir bancal. Et son regard avait fui. Il avait entendu, au hasard, quelques mots, expressions, lancés joyeusement, en toute inconscience. Et enfin ? Mais tu verras, c’est une surprise … Oh n’en parle pas, c’est incalculable ! Moi, je suis le béat coucou. Seule est ta solitude, béat est ton ennui. Tu es un monstre d’artiste, va toucher un mot de tout ça à … Faits du discours, galimatias étrange des conversations saisies au vol. Sur les pentes douces de ses aspérules engageantes, c’était des mots parmi d’autres, à déformer à loisir … Il entendit alors le bourdonnement d'un remerciement, qui cherche son nom, et se tourna vers son client - son invité, abandonnant les considérations pécuniaires, et la marche des affaires à la jeune fille qui courrait déjà vers ses plateaux.


- Il m’a été impossible de penser à quoi que ce soit et… j’ai peur de vous demander… enfin… j’ai le soupçon que rien ne m’a été agréable là-dedans… Finalement, peut-être ne me faut-il que de l’euphorie…

Un léger hochement de tête. Sans doute. Fréneuse regretta de ne pas lui avoir offert, pour ce premier voyage, les perles délicates d’un voyage en Orée. En même temps, il n’allait pas, sur des allocutions évasives, présenter les herbes précieuses de ses tiroirs. Pas aussi vite. Alors il lui avait proposé un voyage somme toute un peu banal, et sans doute un peu trop douloureux. Pour son inconnu, comme pour lui.

- Comme je voudrais vous voir !

Fréneuse haussa un sourcil, derrière le masque de ses rêvasseries. Le voir … A cette pensée, il se secoua un peu, laissant chanter ses brimborions, enguirlandé d’assistance. Reprit cette posture d’antan, quand il paradait encore dans la basse-cour en rutilances d’apparat, quand il n’avait pas encore tenté ses envols tributaires. De l’autre côté du grillage, on entendait alors les rires et les pleurs des oiseaux de passage – on ne sait jamais trop faire la différence.

- Il n’y a pas grand-chose d’intéressant à voir dans les pardessus rapiécés de la chenille, vous savez. Et ce n’est pas en détaillant sa trompe aromale que vous découvrirez les langages des pays mentionnés …

- J’aimerais revenir. Vraiment. Mais peut-être que je devrais m’en aller, maintenant… Combien est-ce que je vous dois ? Ou alors, avant ça… Me parlerez-vous de… de… vous savez, cette mélancolie… »

Il remua le poignet comme s’il détachait son regard des cendres. Des brûlures à dissimuler. Sa voix chantante, déclamatoire en absolu, allait s’élever, de nouveau, dans l’antre des fumées, quand il … Saisit le mot, qui vint toquer nerveusement contre sa tempe. Il le chassa d’un geste de main, comme on écarte un insecte importun, comme on fait éclater, du bout du doigt, la paroi mince d’une bulle d’idée. Et dire que ce jour-là, il n’avait pas la tête embrumée de dualisme olympien … Son interlocuteur, auteur de la dernière curiosité en date, sembla se recroqueviller un peu. Sa voix se fit plus faible, avant de s'éteindre.

- Non, enfin… La prochaine fois… Ou la suivante… Ou celle d’après encore… Ou jamais… Je suis désolé. »

Une once d'hésitation. Presque.

- Ce ... Ce ne sont là que piètres lacrimatoires d’abonnés. Alors après, c’est bien simple, ça grince ! Et j’ai trop d’inclination à la Beauté pour souffrir ces crissements répétés. Difficile de trouver des souvenirs heureux dans le quotidien rampant d’une chenille ! Alors on rit de c’qu’on voit, et on ne sacre plus l’éphémère. Seulement les vigueurs du printemps.

S’arrêtant un instant, il se pencha vers ce drôle d’invité, un peu interrogateur.

- Est-ce répondre à votre question ? J’espère bien, que vous allez revenir … Vous aurez bien des préciosité vaines à ramasser, sur le sol de la Muse Galante … Autant que vous voudrez. Veillez simplement à vous tromper avec un peu plus de méthode.

Dans sa voix, un rire contenu, comme s’il allait livrer la dernière plaisanterie en date.

- Se tromper, sans cesse … Me croiriez-vous si je vous disais que c’est plus difficile qu’on croit ? Il y a même des gens assez naïfs et assez négligents pour se tromper tout le temps, en tombant pourtant sur les bonnes choses, et les vraies réponses. Par pur hasard, disent-ils ... Comme si c'était une excuse !

Il n’avait pas dit tromper les autres, il avait dit se tromper, soi-même. Emmener autrui dans son cortège erratique d’aberrations était un luxe qu’il s’offrait parfois, mais seulement quand les jours étaient conciliants. La chenille jeta un œil vers les pieds de la méridienne, où un paradoxe filait sa toile, sans demander son reste. Fréneuse avait donné à cet inconnu une clé, minuscule, pour ouvrir une des multiples portes de la maison aux mille entrées : fermer les fenêtres, ouvrir les parenthèses. Et il s’était livré, un petit peu – juste ce qu’il fallait pour ses présents à emporter, et ses futurs incertains. Ses yeux se posèrent, le temps d’un souffle, sur la petite bourse qui venait d’apparaître – les piécettes qui s’entrechoquaient contrefaisaient mal un applaudissement de scène. Alors Fréneuse réprima son salut : pour cette fois-ci, il n’avait sans doute été qu’un charlatan. De ceux qui regrettent de vous avoir menti, et qui voudraient, en même temps, vous tromper davantage.
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Dim 27 Sep - 11:36

Tendres clochettes. Vic’ ne croyait ce qu’on lui disait. Lui qui avait toujours vu. Lu sur les visages, les sourires, les plis, avec une timidité prudente, sans l’altération du jugement, mauvais et hâtif, mais parfois avec la naïveté du conquis. La trompe aromale ne lui en avait semblée que plus digne de curiosité. Silence, toutefois, du rêve dans les plissures délicates de ses paupières, fringale invisible qu’il soumettait laborieusement, craintif, il l’admettait, de cette passion mignonne qui le menaçait.

Comme on lui refusait aimablement le breuvage qu’il avait eu l’audace de réclamer, il se recroquevilla un peu plus, sentit, sur son visage, une ombre qui n’appartenait pas aux siennes. Touché. Alors, il s’était prétendu le confident de secrets douloureux ? Son cœur se serrait, un peu humilié d’avoir aspiré aux mélancolies d’autrui sans… sans monnaie d’échange ? Non, non. Ce n’était pas le problème. La chenille, il y songeait, était un génie des fumées, certainement pas une entité destinée à créer de grossiers sillons dans les eaux, bourbeuses et peu profondes, d’autres temps moins fleuris…

Il n’insista pas. Hocha la tête, fit mine d’entendre, alors qu’il ne pensait plus qu’à cette envie d’en savoir davantage. Un enfant, qu’on n’avait pas réussi à convaincre. Dont les oreilles, elles, étaient pourtant prêtes à subir les stridences, ignorant les souffrances qu’elles pouvaient causer ailleurs, avec cette avidité grimée en généreux sens du sacrifice. Mais enfin, je peux bien souffrir à votre place… Candide.
Sa tête s’était inclinée, tristement, réclamant à l’épaule un baiser de réconfort. Et dans un murmure :

« Par pur hasard ? Peut-être font-ils exprès de se construire ce prétexte… On ne sait jamais qui veut véritablement voir, je suppose… qui désire vraiment comprendre. Ça doit être risqué, quelque part. »

Le plaisir de se tromper. Mais une promesse : il n’en abuserait pas.
Doucement, une révérence, afin d’annoncer son départ imminent. Un grand sourire, probablement un peu forcé. Et il contournait la chenille, osant une dernière demande :

« M’accompagnerez-vous jusqu’à l’entrée ? »

Et comme il le fallait, sa gaieté devint un peu plus vraie. Tandis qu’ils s’éloignaient, une main, derrière lui, largua une petite bourse sur le comptoir, tintement timide d’une centaine de yubas. Dans le doute ? Un remerciement au hasard ? Ou simplement une étourderie ? S’il n’y avait pas assez, on pourrait toujours le poursuivre.
Il quitta la boutique dans un tourbillon de maladresse, de regrets passés et d’espérances prochaines. Se confondit en excuses lorsqu’il bouscula un corps, et s’éloigna en titubant, disparut au détour d’une ruelle.

Et le grand pantin, à l’abri des regards, parut recouvrer une chair. Fluidité et grâce dans la démarche, sommet d’incrédulité sur le bout du nez. Mais contrariété dans les ravins du front, et lourdeur sur le cœur, qui lui montrèrent avec bassesse l’avance qu’il n’avait pas, et qui s’échappait à grandes enjambées.
Touché, oui.

[*s’éclipse après avoir embrassé le front de la chenille*]
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MessageSujet: Re: Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé. Lun 28 Sep - 23:22


Fréneuse leva une main à hauteur de son oreille, et esquissa le fragile dessein d’un cliché d’écriture. Voluptueux, pensif, et n’en pensant pas plus. Au loin, dans un coin nimbé d'ombre, les éclats de voix des nouveaux arrivants, qui s’englueraient bientôt dans les méandres de la science des rêves. Son interlocuteur vacillant se leva, doucement, un drôle de sourire épinglé au visage. Il y avait là le ressort artificiel des vieilles mécaniques – le timbre bien huilé des vieux orges de Barbarie. Comme si son aveuglé avait cueilli, dans les sursauts de sa voix, cet étrange rictus qu’il offrait, aux vas-et-viens de la vie. Ainsi soit-il.


« Par pur hasard ? Peut-être font-ils exprès de se construire ce prétexte… On ne sait jamais qui veut véritablement voir, je suppose… qui désire vraiment comprendre. Ça doit être risqué, quelque part. »

La chenille crut comprendre, et se dit que ce devait être un malentendu. Les mots demeurèrent pourtant, gouttelettes suggestives qui s’égrèneraient doucement, le long de son chemin sans cohérence. S’émietter l’esprit, au cours de snos errances, en espérant que les oiseaux le broient, que d’autres pas que les nôtres le piétinent. Embrasser à pleine bouche les fleurs carnivores. Et butiner son ennui. Ainsi soit-il.

« M’accompagnerez-vous jusqu’à l’entrée ? »

- Bien sûr. Accordez-moi le temps d’un murmure. J’ai des sentences à glisser à la fille-fleur.

La chenille s’éloigna, d’un pas léger. Saisit d’un geste le bras de la croqueuse d’allumettes, qui s’était dissimulée derrière le comptoir, jouant du carillon avec ses tiroirs. Il désigna du menton le groupe qui s’agitait, au fond, un sourcil froncé, le sourire envolé.

- Quoi qu’ils vous aient demandé … Mettez-y un peu de datura et une très mince pincée de belladone. Ils rêveront des mêmes choses, mais ne troubleront plus les Mânes du lieu par leur vacarme. Vous feriez plaisir à votre chenille.

Et il se sauva tout aussi vite, retrouvant son client éphémère, lueur mourante déjà prête à s’éclipser. Il jeta un coup d’œil discret à la bourse chantante, la salua d’un hochement de tête, réglant son pas sur celui de la silhouette hésitante : les chenilles faisaient d’assez mauvais bergers. Ils sortirent, descendant les marches irrégulières du perron, se rattrapant aux accrocs du réel - et l’on n’aurait trop su déterminer quel était le plus aveugle des deux. Fréneuse écoutait ce jeune homme qui n’avait pas daigné lui offrir son nom, répandre ses invitations et ses retraits. Souhaitant lui tendre une main, une carte, enrobée de phénomènes, et l’inviter à méditer sur les mots qu'il y aurait inscrits. En espérant, cette fois-là, n’avoir plus misé sur un Évanescent. Mais l’intéressé n’avait pas demandé qu’on lui ouvre des paupières au bout des doigts – il avait oublié – alors il fallait élever la voix, une dernière fois, et lui livrer le chant de ces causes perdues, dont il était le chantre depuis peu. Fréneuse ferma les yeux, fit quelques pas dans la rue, où le soir avait mené bien des passants, marcheurs interminables aux regards anonymes. Ouvrit la bouche, prêt à se livrer à l’inspiration du moment.

- Bah alors, on laisse son meilleur ami, seul comme une pierre, et on se balade avec des inconnus au clair de lune ?!

Là n’était pas son intéressé à lui. Devant la chenille se dressait un être titubant – yeux voilés, grands ouverts, air hagard, bave aux lèvres. Fréneuse ne prit pas le temps de se demander si c’était bien à lui qu'étaient adressée cette étrange invective. S’il n’y avait pas là quelque bizarrerie, qu’un inconnu s’en vienne le trouver subitement assez sympathique pour lui décerner le rôle de meilleur ami en titre. Et puis ces pépites d’or qui dansaient dans un coin de sa pupille … Non, rien de plus naturel.

- Pourtant, c’était bien amusant, cette promenade … J’comprends pas qu’tu m’aies laissé en plan … Heureusement que t’as quelqu’un comme moi, hein, sinon, j’sais pas c’que tu ferais ..

Il sortit de sa poche quelques lueurs fruitées.

- Tiens, j’t’en ai ramené. Ça vient des plages de Cendre …

La chenille prit délicatement les friandises, comme s’il avait cueilli des bijoux précieux. Son sourire se teinta d’un éclair de malice. Saisir l'occasion :

- Les lépidoptères ne sont pas connus pour leur grande capacité de reconnaissance – souvent, cela leur confère d’ailleurs un sens de l’orientation tout à fait déplorable. Mon cher, vous avez raison, tout bonnement raison : je suis impardonnable.

Il posa sa blanche main, vestige de ses oisives années, sur l’épaule de l’inconnu. Puis il jeta un regard autour de lui, tentant de saisir un souvenir à modeler.

- Je vous propose de réitérer l’expérience une autre fois. Pour le châtiment qu’un si ingrat ami dans mon genre mérite, nous verrons tout cela plus tard. Adressez-vous à la maison de Fréneuse pour toutes réclamations. De-Fré-Neuse - très important la particule – vous m’entendez ? Souvenez-vous en bien, c'est important.

Et d’une pression, il poussa l’importun dans la foule, qui l’emporta dans ses remous. Il leva son chapeau, en guise de salutation. Mais quand il se tourna vers son obligé, son sourire se fana : l'inconnu s’était déjà éloigné, titubesque, sous les étoiles. Il le vit disparaître dans une ruelle, au loin. Alors qu’importe l’absurdité des choses, si le geste était beau : il lui fit un léger signe de la main. Dans les faits, il figurait bien plus un rabatteur de nouveautés devant un étalage de printemps – et quelques silhouettes s’approchèrent, intrigués par la mine brisée de la chenille - qu'un ami offreur d'au-revoir. Statique, Fréneuse se mit à équeuter ses pensées, contemplant l’horizon meurtri, qu’il devinait à travers la matérialité des vieilles bâtisses. Une étrange envie, nouvelle quête d’oubli, lui secouait le cœur. Pousser à son comble l’acceptation du monde, le renoncement à soi ...

Ainsi soit-il.

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Caterpillar
mr. tout-le-monde... ou pas !
mr. tout-le-monde... ou pas !
HUMEUR : Fumiste.
CITATION : Une dissonance placée où il faut donne du relief à l'harmonie. [Leibniz]

BOITE A JETONS : 0000

FICHE : Rien de si plat qu'une suite d'accords parfaits.
NOTEBOOK : Va te coucher, mon cœur, et ne bats plus de l'aile.
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Aubes navrantes [Oriel] ~ Terminé.

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