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Včela a kominík [ Bee ]

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MessageSujet: Včela a kominík [ Bee ] Jeu 27 Aoû - 15:13

S'aventurer dans les bas-fonds les moins hospitaliers de Malkins n'étaient pas de tout repos, même pour le plus rôdé des malfaiteurs. Pour un traqueur, cela équivalait à déclarer son aversion pour la vie. Pour un citoyen ordinaire, ces couloirs encrassés bordés de mille maux n'étaient rien d'autre qu'une des entrées de l'enfer. Pour d'autres moins chanceux, il s'agissait tout simplement du dernier logis qui leur restait. Repaire d'à peu près tout ce que Malkins comptait de malsain, l'envers du miroir portait bien son nom. Et malgré l'optimisme irréfrené envers le monde en général que démontrait le ramoneur, il fallait avouer que le spectacle qu'il découvrait ne le laissait pas de marbre. Son regard se fixait bien souvent sur des scènes qui ecorchaient ses pauvres yeux naifs et n'en démordait pas avant qu'il ne fusse obligé par la vitesse de pas qu'il avait choisi de s'imposer. Il ne fallait pas s'attarder sur les pauvres gens, avait-il vite appris, ou ils s'attroupaient vite autour de vous en abusant de la moindre bonté dont vous faites preuve pour vous arracher jusqu'à vos vêtements. Le jeune homme ayant déjà donné tout ce qu'il pouvait à quelques mendiants sur son chemin, il ne pouvait pas se détacher des dernières pièces en sa possession, indispensables à sa propre survie. Alors il ne s'arrêtait plus lorsqu'il voyait l'une de ces figures décharnées sur le côté, petite fille aveugle ou vieil homme piétiné par les impitoyables passants, quel que soit le douloureux déchirement de son coeur à ces moments là. Se mordillant la lèvres, rabattant la visière de son couvre-chef afin qu'il agisse tel des oeillères, ne lui permettant de voir que ce qu'il avait devant lui, la foule de miséreux et de personnalités malsaines. Il ne fallait vraiment pas qu'il s'attarde, où il finirait dévoré par la culpabilité. Lui qui était plus bas que le pire des humains, pourquoi avait-il le droit à un train de vie autrement plus confortable que ces pauvres hères, pourquoi avait-il le droit à de l'argent lorsque ceux qui faisaient de leur mieux n'avaient parfois même pas assez pour manger ? Et surtout, pourquoi les primes grouillaient-elles parmi ces malheureux, à dévorer tout ce qu'il restait de leur fierté en les exploitant pour les plus basses besognes ? Mais à trop se poser de questions, il ne sortirait jamais d'ici. Autant finir son travail le plus vite possible, songea-t-il en soupirant. Il fit ainsi plusieurs tours des rues, privilégiant certaines rues dont on connaissait la réputation. Trouver un malfaiteur dans ce dédale inextricable relevait d'un prodige, tant la concentration d'individus à enfermer rendait la vision difficile à focaliser. Au bout de deux heures de pénibles allées et venues dans ces enchevêtrements, il trouva enfin son homme.

Le visage de sa cible était plutôt reconnaissable, de part sa vulgarité évidente, comme si l'humanité avait gravé sur son visage l'avertissement de se trouver face à l'un des représentants de la lie de la société. Comme si cela ne suffisait pas, il s'était affublé de vêtements du plus mauvais goût qu'il soit. Le ramoneur se tint à distance, observant ses mouvements, qui n'étant pas moins tendancieux que le reste de sa physionomie, le classaient inexorablement dans la catégorie « cible » de son album de portraits. Effectivement, tenant par l'épaule une fillette, il lui levait la tête pour mieux scruter son visage émacié. Il ne savait pas vraiment cce que cet homme voulait en faire, mais il s'agissait certainement de trafics stupides ou de marchés dont il était impossible de se dépetrer par la suite. Typique des primes les plus pathétiques : ils essayaient de faire tout ce que l'opinion trouvait horrible pour faire croire qu'ils étaient capables de tout. Difficile, en effet, de s'en prendre à des gamines affamées. Las, le ramoneur déssangla son balai noir de suie, sous le regard inquisiteur de certains passants qui se demandèrent ce que pouvait bien faire cet ouvrier de son outil en pleine rue. Néanmoins, pressés à d'autres activités, les badauds se détournèrent vite de cet individu agissant etrangement mais n'ayant pas des allures très inquiètantes, préférant se préoccuper de leurs affaires bien plus jouissives à leur goût. Le jeune homme s'approcha à pas lents, contemplant une dernière fois sa cible, pour ne pas faire de faux pas. Néanmoins, sa barbe noire, sa longue tresse parée de rubans grotesques et les lezardes qui lui servaient d'yeux le rassénéra dans son idée de départ. Il fit silencieusement le tour de son objectif, et une fois dans son dos, fit passer en un eclair son balai contre la gorge du malfaiteur, lui relevant le menton et lui bloquant à moitié la respiration. L'homme balbutia, incapable d'élever la voix

    « Q..Que...
    - Je vous prie de bien vouloir cesser de bouger les mains.
    - Vous voulez quoi, mon argent ? Il est dans ma poche, prenez ca et allez vous en !
    - Ne bougez plus.
    - Vous êtes quoi, alors, la police ?! »

Le ramoneur donna un coup sec dans la trachée de sa cible, lui coupant le souffle pour lui signifier de s'exécuter. Néanmoins, plus que le calmer, ce coup donna un coup de fouet à l'homme qui gesticula brusquement. Le chasseur ne comprit que trop tard qu'il donnait un signal. Une lame lui entailla profondément le bras, l'obligeant à lâcher sa proie et à faire quelques pas de côté. Celui qui le suppliait presque il y a un instant le contemplait avec complaisance.

    « Eliminez moi ça. Ca se croit Traqueur, et ca ne fait même pas attention à ses arrières. Et ca attaque avec un balai, ah, la bonne blague ! »

La foule commençait à s'amasser autour d'eux, chuchotant avec appréhension, ne sachant pas vraiment de quel côté se ranger, mais voulant tous voir la scène de plus près. Le ramoneur jeta un coup d'oeil au cercle se formant autour d'eux. Pas bon. Pas bon du tout. Il se mordit la lèvre, reflechissant au moyen de s'en sortir. Il ne pourrait franchir tout seul et tout de suite cette frontière autour de lui, surtout avec des pseudo-mafieux à ses trousses. Tant pis, il allait devoir verser dans le spectaculaire, ce qui le tourmentait d'avance. Mais sans cela, pas d'échappatoire. D'un leste elan du bas, il fit basculer son balai du côté du premier homme et mit soudain tout son corps en mouvement, économisant chacune de ses actions. A la première, il elimina l'un des hommes de main, a la deuxieme il mit de côté un autre, et finit par pointer la hallebarde cachée sous la noirceur de son balai sur sa cible. D'une voix blanche, il annonça

    « Je ne suis pas Traqueur. Lachez toutes vos armes, et rendez vous.
    - Un... Un chasseur de prime, alors ?.. Ah... Ahahah, vous ne tueriez pas dans la rue, devant tous ces miséreux, quand même ?! Allez, r...»

Ses dernières paroles s'étouffèrent dans son râle d'agonie, tandis que le ramoneur retirait sa pertuisane du corps.

    « Mort ou vif. »

La foule poussa un cri de stupeur, se figeant d'horreur devant les trois corps. Le ramoneur fit un large moulinet de son arme et declara à la ronde

    « Laissez moi passer. »

Ils ne se firent pas prier, et un passage se dégagea vite. Le ramoneur coupa la tresse de sa cible en guise de preuve, et s'y engagea en courant. Néanmoins, le premier pied posé au travers de la foule fit jaillir des exclamations, et dès qu'une femme osa crier au meurtre, ce fut la débacle générale : un seul mot d'ordre, attraper le meurtrier... Qui était déjà loin.

Le ramoneur courut au travers de la foule, incapable de reflechir. Il ne voulait que vivre, alors cette occupation demandait toute son attention, ne donnant pas cher de sa peau si il était capturé. Les gens d'ici n'avaient certainement pas compris qu'il était chasseur de primes, et le temps qu'ils comprennent, il serait déjà mort. De toutes manières, un chasseur n'était pas couvert par une organisation, contrairement aux Traqueurs... Et un de plus, un de moins, personne ne verrait la différence. Il ne devait compter que sur lui même pour sauver sa peau, et seul à essayer de comprendre pourquoi on pouvait lui en vouloir pour un meurtre qui de toutes manières libérait certainement des dizaines de femmes ou d'enfants enchainées aux actes de ce criminel de basse extraction. Il ne comprenait pas, vraiment pas les humains. Profitant d'un écoulement d'égouts, il rinça sa lame, continuant de courir du mieux qu'il pouvait, le plus vite possible, le plus loin possible. Il fuit ainsi une bonne quinzaine de minutes, mais ne retrouvait pas son chemin. Ne s'aventurant que très peu souvent dans ce dédale sybillique, le ramoneuravait complètement perdu le sens de l'orientation. Des rues pareilles les unes aux autres, les rues etroites et interminables, la lumière sale et raréifée, ce manège lui donna vite la nausée, le tournis, et en vacillant, manquant de tomber, il percuta violemment quelqu'un, qui se retrouva à plat sur la chaussée. Stoppant tout de suite sa course, il tendit une main, et demanda d'une voix teintée d'inquiètude

    « Vous... Je vous ai fait mal ? »

L'inconscient se concentrait plus sur l'inconnu qu'il venait de bousculer que sur l'entaille qui lui taillait le bras, répendant continuellement par gouttes sur la chaussée terreuse un épais liquide grisâtre. Il arrêtait sa course desespérée contre la mort pour un pauvre errant Errant qui ne devait pas l'être tant que cela, à en voir ses vêtements, jaugea-t-il en jetant un coup d'oeil à sa silhouette. Il lui posa une main sur l'épaule, histoire de vérifier que l'inconnu n'était pas inconscient, et se rapella soudainement de sa fuite. Il jeta un regard affolé à droite, à gauche... Mais plus personne. Voilà bien longtemps qu'il les avait semés




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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Ven 28 Aoû - 21:17

Evelyn se demandait ce qui lui avait pris finalement. Pourquoi avait-il acheté un animal de compagnie ? Vraiment pourquoi ? Après tout, il avait assez de soucis comme ça, alors pourquoi s'en rajouter avec cette charmante boule de poils et de plumes ? Cela faisait à peine une journée qu'il avait cette petite bête qu'elle lui jouait déjà des tours. Mais remontons un peu dans le temps pour vous expliquer toute cette lamentation.

La reine des abeilles avait passé la journée à récolter des informations sur différentes affaires en cours. Et même en furetant un peu partout, en guettant tous les indices, il faut avouer que sa journée fut tout sauf concluante. Aucun indice réellement probant. Et Dieu sait que rien n'est plus frustrant que ce genre de journée où on prend conscience de son état lamentable professionnellement parlant. Pourquoi donc était-il devenu traqueur déjà ? Par fierté ? Par idéal ? Bon sang, s'il avait su combien ce métier était prosaïque et si peu idéal, il aurait peut-être hésité, et serait devenu poète –malgré son peu de talent dans ce domaine là-. Mais à l'époque il ne savait pas. A l'époque il était jeune et insouciant. Bref, tout ça pour dire que ça n'avait pas été une bonne journée.

Ainsi quand il rentra dans la chambre de bonne qu'il avait loué dans les bas fonds de Wollyland – ce pour rester discret, car après tout jeter vous dans la gueule du loup, il hésitera à la fermer de peur d'être tombé dans un piège-, et bien, dans cette chambre sordide, il espérait trouver du réconfort, du calme, de la tranquillité.

Quand il passa la porte, il trouva son petit griffon nain lové dans ses vêtements, tous éparpillés dans la chambre, son sac de voyage ouvert, les draps par terre, les oreillers aussi. En somme, un vrai massacre ! Au bruit de la porte l'animal avait levé vers lui des yeux innocents. La fourbe ! A croire que c'était la destinée même qui avait poussé le traqueur à s'infliger un tel monstre.


"Destinée… Tu dois être la destinée en personne petit monstre !" dit-il en l'attrapant pour le câliner.

Car malgré ses bêtises, il ne pouvait s'empêcher de trouver cette peluche tout à fait adorable ! Ils chahutèrent ainsi quelques minutes. Peut-être plus longtemps. A vrai dire, le temps passe souvent plus vite quand on est heureux que désespéré… Un étrange phénomène que celui-ci d'ailleurs ! Mais bientôt, l'animal s'énerva, et il ne restait qu'une solution pour le calmer : le sortir. Bee décida donc de lui faire faire une promenade de soirée, quoi de plus normal, l'animal avait était enfermé tout le jour. Il prit donc une veste, et son sac, mit l'animal sur son épaule et sortit.

Mais dès qu'ils furent à l'air libre, le griffon fut pris d'une "pulsion de liberté". Il quitta l'épaule de son possesseur et commença à voleter devant lui. Evelyn le suivit d'abord sans mal celui-ci n'avançant pas vite, se retournant pour le regarder de temps à autre. La promenade s'avérait d'ailleurs assez calme, comme si le quartier entier avait été déserté. C'était si calme, pas de mendiants, pas de filles perdues. Vraiment étrange. Il y avait sans doute quelque chose d'anormal. Peut-être une exécution en place public mise en œuvre par la pègre. Peut-être. Mais Eve se garderait bien de mettre son nez dans ce genre de chose.

Et puis, il fallut que leur promenade tranquille dégénère ! Bien sûr ! Cette griffonne ne put pas s'en empêcher ! Loin d'être contente de se promener tranquillement, il fallut qu'après avoir fait une pause, volant un peu plus haut, elle pousse un cri strident, et commence à voler comme une folle ! Voilà donc pourquoi Evelyn se demandait pourquoi il avait acheté ce monstre ! Vous savez tout !

C'était pour cela qu'il se retrouvait à courir à toute hâte après cette charmante Destinée qui ne ralentissait que pour jeter de vagues coups d'œil à son maître. Se fichait-elle de lui ? Avait-elle encore trouvé une tête à prime pour lui faire risquer sa peau ? Non, parce qu'après Mirabella Baba Yaga, c'était bien possible !


"Destinée ! Arrête ! Reviens ici ! "pestait-il entre deux respirations haletantes.

Mais il s'arrêta bien vite de houspiller. Ça gâchait trop de souffle ! Il se contenta donc de poursuivre son petit trésor ailé, résigné. Sa cavalcade dura sans doute quelques minutes. Ses talons raisonnant dans les rues anormalement calmes du quartier. Et même quand il restait un mendiant ou quiconque sur la route, il se poussait en voyant arriver une telle furie, courant à vive allure, négociant ses virages avec une sécurité toute relative, faisant des dérapages parfois assez impressionnant, et le tout avec quelques centimètres de talons non négligeable. Et oui, c'est ça être féminin et traqueur ! ça vous fait devenir un véritable acrobate. C'est d'ailleurs à la sortie d'un de ces virages serrés que sa chute arriva.

En fait, il ne sentit d'abord qu'un puissant choc. Il crut d'abord qu'il avait raté son coup, qu'il avait percuté un mur, ou une caisse, ou quelque chose du genre. Il perdit l'équilibre, et le choc avait était si fulgurant et si soudain qu'il n'avait pas eu le temps d'anticiper. Aucun redressement possible. Aucune échappatoire. Son dos percuta le sol assez violement, il eut le temps de rentrer sa tête, épargnant un peu celle-ci du coup. Enfin, la chute fut quand même rude. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser ce qui lui était arrivé. Tombé, mais pourquoi ?

"Vous… Je vous ai fait mal ?"

Une voix ? Alors, ce n'était pas un mur. Evelyn ouvrit péniblement les yeux. Il vit le visage d'un jeune homme au dessus de lui. Ou plutôt, une casquette cachant des yeux sombres, et une écharpe masquant le reste de son visage ! Etrange apparition. Destinée volait au dessus de lui, piaillant, le désignant comme le but de cette cavalcade effrénée et déraisonnable. Mais pourquoi donc Destinée avait-elle fait cela ?

Le bel androgyne se redressa, apparemment, il n'avait rien. Il remarqua les regards affolés du garçon. Qu'avait-il ? Il n'y avait personne derrière lui… Au marque, il était peut-être poursuivi… Cela expliquerait le calme du quartier puisqu'ils seraient tous à la recherche de ce fuyard. Mais dans ce cas, qu'avait-il pu faire pour mettre tout ce quartier malfamé en branle ?


"Non, non, je vais bien…" murmura-t-il en fixant le garçon.

Il s'assit, observant un peu plus attentivement la cible de sa griffonne. Il avait l'air tout à fait normal. Un garçon sans histoire sans doute. Cachant sans doute milliers de mystères sous son apparence banale. Banale, mais pas dénué d'un certain charme. Et puis, la reine remarqua son bras.


"Vous êtes blessé !" s'exclama-t-il, presque affolé.

Il fouilla instantanément dans son sac, sortant quelques fioles et un bandage. Il releva sans demander son avis la manche du garçon. Il ne put s'empêcher d'être surpris. De la plaie, il ne s'écoulait pas de sang mais un liquide grisâtre… Il n'avait encore jamais vu cela… Il valait peut-être mieux qu'il n'applique aucun remède sur la plaie du coup, il ne faudrait pas que ses soins soient inadaptés. Il se contenta donc de faire prestement un bandage sur la plaie pour éviter que l'hémorragie ne continue.

"Vous avez perdu beaucoup de sang… Il faut que vous vous reposiez… J'ai une chambre près d'ici… Je peux vous y cacher quelques heures… Et vous n'êtes pas en état de refuser."dit-il en se relevant, ne pensant plus une seconde à la mémorable chute qu'il venait de faire.

Maintenant, la seule chose qui importait, c'était cet homme. Il fallait l'aider à s'enfuir et le soigner. Destinée s'était reposée son épaule, se lovant contre son cou. Finalement, cette petite bête avait de bonnes intuitions…
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Sam 29 Aoû - 9:51

Il accumulait les bourdes, visiblement. En plus de s'attiser la colère d'une partie des passants, il bousculait sans vergogne une pauvre femme qui n'avait rien fait de spécial pour se retrouver dans cette situation. Il était stupide, stupide, stupide. Le petit ramoneur essayait donc de s'enquérir de la santé de sa pauvre victime involontaire. Visiblement, l'inconnue était secouée, et il lui fallaut un petit moment pour se rendre compte de ce qui lui était arrivé, gênant un peu plus l'auteur de cette chute impromptue. Un piaillement le fit néanmoins tourner la tête, pour découvrir avec stupeur une créature fort rare dans ces quartiers mal famés, à savoir un griffon, qui semblait parfaitement inoffensif, voletant autour d'eux comme si il attendait quelque chose. La bête restait tout de même impressionnante, et il ne put contenir un petit frisson. L'ouvrier se dit qu'il devait être l'animal apprivoisé de cet inconnu, et rentra un peu la tête entre les épaules, persuadé que l'animal pourrait lui en vouloir d'avoir fait du mal à sa maîtresse. Cette pauvre demoiselle n'avait pourtant rien fait qui mérite un tel sort, et il se convainquit que sa maladresse lui vaudrait certainement un châtiment quelconque plus tard, ce à quoi il se plierait sans protester. Cependant, il ne perdit pas le sens des priorités, et profita de l'inattention de la jeune femme pour camoufler ce qui lui rapportait son pain quotidien. Poussant de petits taquets, il retira l'arme d'hast qu'il rangea avec précipitation dans son sac, pour la remplacer par le pacifique ramon couleur de cendre et de suie. Une fois cette fastidieuse opération effectuée, il jeta un oeil du côté de la demoiselle, s'assurant qu'elle n'avait rien vu. Elle ne semblait pas avoir été témoin de ses agissements, pouvant paraître assez suspects, mais elle commencait à bouger, tant bien que mal. Elle ouvrait les yeux sur sa personne, le regard embrumé par la chute, ce qui attira un peu plus de contrition sur le coeur du ramoneur, qui lui tendit une main bienveillante pour l'aider à se relever. Néanmoins, une fois la demoiselle redressée, le ramoneur entretint quelques doutes sur le fait que ce soit bien une femme, doutes se transformant bientôt en certitude. Il venait d'attribuer le sexe féminin à un homme un bon moment, et il détourna un instant les yeux afin qu'il ne décèle pas son trouble. Heureusement, le damoiseau, à defaut d'être une demoiselle, répondit qu'il allait bien, et cette réponse volatilisa sa perturbation initiale.

En jetant un rapide coup d'oeil à l'inconnu, il ne pouvait pas nier qu'il avait une allure androgyne. Il se surprenait même de ne pas avoir brisé, vu l'enorme choc de la chute, les épaules graciles de l'inconnu, ou ses bras délicats sans être maigres. Son visage presque noble contrastait autant avec le paysage que le reste de son corps aux apparences fragiles, le raffinement de l'un jurant avec l'abjection de l'autre. Il n'était pas d'ici, conclut le ramoneur, et ce constat le laissa assez circonspect, d'autant plus que malgré le choc, l'androgyne ne semblait pas avoir vraiment mal. La plupart des nobles ayant subi le même sort se seraient ecriés au meurtre et les gardes du corps qu'il ne manquerait d'avoir auraient déjà tenté de mettre en pièce le malotru. Le seul cerbère semblant veiller sur l'inconnu étant ce griffon aux allures d'oisillon, il lui jeta un petit regard vigilant, ayant peur que sous ses airs placides, la sentinelle ne recèle un potentiel agressif. Quant à l'inconnu, il ne cessait de le fixer, et lorsque son regard se fixa sur son bras, il fit remarquer la blessure avec inquiètude. Le ramoneur tourna un peu le bras pour apercevoir l'entaille, qu'il avait un peu oubliée. Ses sens ne recevant pas vraiment les sitmuli comme les humains en avaient l'habitude, il n'avait pas une conscience accrue de la douleur, et ne se serait rendu compte de la taillade que lorsqu'elle aurait commencé à porter atteinte à son energie. Il ne put désavouer que l'entaille était profonde, et qu'il perdait beaucoup de ce que l'on aurait pu apeller dans son cas du sang. Avec sa grande politesse habituelle, il répondit, sa voix grave devenant presque inaudible sous son écharpe

    « Merci de me le signaler, ne vous ... »

Mais le garçon ne semblait pas l'entendre de cette oreille, et ignorant superbement les paroles du ramoneur, il tira sa manche pour découvrir la peau nue de son bras. Mal à l'aise, il aurait voulu protester, mais le regard de l'inconnu ne permettait pas de réplique. Il ne put que subir l'incursion de cet inconnu sur ce que personne d'autre que lui ne touchait jamais, à savoir sa peau, cette peau grisâtre et rugueuse qu'il cachait de mille vêtements et que cet humain touchait sans gêne aucune. Il lui fit un bandage avec une aisance et rapidité, comme si c'était sa vocation, ce qui était peut-être le cas, bien que cela paraisse bien étonnant pour un homme aux allures si nobles. Les allures en question gênaient d'autant plus le pauvre homme que son humilité presque pessimiste s'en retrouvait bouleversée, étant donné que ce n'était plus l'ouvrier qui aidait le noble mais le noble qui aidait le pauvre ouvrier. De plus, cet inconnu qu'il avait envoyé par terre était en train de s'inquiéter pour lui, et semblait vouloir le soigner le plus vite possible. Quiconque se serait dit que ce serait certainement un piège destiné à lui vider les poches, mais la naïveté candide du ramoneur le laissa dans une inactivité docile, n'osant pas elever la voix pour protester ou retirer son bras pour s'opposer à ses gestes. De plus, les voix qu'il entendait plus loin n'était pas de bonne augure, et il se figura que c'était certainement les passants qui s'armaient à retrouver le meurtrier. Le noble se releva, lui signifiant qu'il devait se reposer. Le ramoneur hésita, regarda autour de lui, fit un petit pas en arrière, ne sachant pas si il devait accepter pareille invitation, surtout de la part de quelqu'un qu'il venait de le heurter, d'un parfait inconnu, mais lorsqu'il rencontra de nouveau les pupilles droites et honnêtes de son interlocuteur, il rendit les armes, non sans rechigner.

    « Euh... D'accord... »

Il se réduisit au silence, cet inconnu n'écoutant de toutes manières absolument rien à ce qu'il lui disait, ne pensant qu'à le soigner. Néanmoins, gêné de la proximité que cet homme lui avait imposé, il tira d'un coup sec la manche de son manteau, la remettant en place, en faisant néanmoins attention à ne pas défaire le bandage que son interlocuteur s'était evertué à faire. Son regard à peine décelable sous son chapeau et la masse de ses cheveux bruns scrutait toujours le phénomène qu'était l'androgyne, se demandant qu'est ce que son destin pouvait bien valoir pour une personne de son possible rang. Le jeune homme jeta un coup d'oeil à la ronde, une dernière fois, tandis que l'autre se mettait en route. Il ne reconnaissait absolument pas cet endroit, et la luminosité plus faible encore que dans les allées principales semblaient indiquer la fin de journée. Avec le lever de la lune se presseraient certainement d'autant plus d'ordures dans les méandres de Wooleyland, et il n'avait pas envie de se sentir pris en étau entre toutes ces têtes plus ou moins primées, sachant qu'une trentaine de personnes étaient à sa poursuite et qu'il ne connaissait absolument pas les lieux. Une certaine lassitude s'imprima sur ses traits à peine visible alors qu'il contemplait les obscures façades hétéroclites et malpropres de la ville souterraine. Cet homme ne pouvait certainement pas vivre dans ces appartements mal fâmés, surtout l'état de ses riches vêtements féminins. Plus couverts de mystères que la rue de crasse, l'ambigu jeune homme commençait déjà à marcher, suivie par le petit griffon. Une dernière hésitation... La main gantée du ramoneur se porta à son sac, où il avait la peinture lui servant à se soigner. Il n'avait qu'à en boire un peu, rassurer l'homme, et partir à qui mieux mieux, plutôt que de le gêner... Mais il finit par lui emboîter le pas, reglant ses enjambées de manière à rattraper l'inconnu, tenant précieusement son balai entre ses doigts osseux. Arrivé à la hauteur de son compagnon involontaire, il finit par marmonner

    « Merci beaucoup... Et pardonnez moi de... De enfin... Cette chute. »

Peu enclin aux bavardages par nature et assez peu rôdé à la vie sociale, ses prises de paroles étaient souvent hasardeuses, mais le message était passé. Enfin, il espèrait.




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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Sam 29 Aoû - 15:48

Le pauvre ramoneur se méprenait bien sur le compte de notre ami Evelyn. D'une part parce que malgré la chute spectaculaire qu'il venait de faire, il n'aurait sans doute rien. Après tout, malgré ses airs fragiles, il était plutôt résistant. Il fallait dire qu'en quelques années de traques, il avait du s'y habituer, et se renforcer physiquement et psychologiquement. Alors, penser le briser avec une si petite chute, c'était bien présomptueux ! Le pauvre garçon se laissait abuser par les apparences, il aurait dû savoir qu'en ce monde, elles sont toujours trompeuses. Et il était doublement abusé par son allure androgyne, mais ça, tout le monde l'était alors…

Le traqueur par contre se demandait bien ce qu'un être aussi calme, et d'apparence si gentille avait pu faire pour être poursuivi. Lui aussi cachait sans doute très bien la réalité sous quelques apparences. D'ailleurs en pansant sa plaie, Evelyn en fut persuadé; Ce garçon sous ses airs communs était en fait un être unique, renfermant de grand mystère. Qu'était-ce que ce sang grisâtre ? N'était-il pas humain ? Sans doute. Il était plus qu'intrigant rien que par cette particularité. Surtout quand on est médecin ! Mais il n'y avait pas que cela. Non. Il y avait son regard fuyant, effacé, presque apeuré de croiser le vôtre. La reine des abeilles se demandait pourquoi il était si peu assuré. A cause de ses poursuivants ? A cause de sa chute ? Mais pourtant, il n'avait rien, il n'y avait pas de en être gêné. Et puis, ils étaient à moitié responsables lui et Destinée. S'ils n'avaient pas couru comme des fous, cela ne serait pas arrivé. Mais ils l'auraient aussi raté, et cela, c'aurait été dommage, car ils n'auraient pu l'aider.

Ce garçon était terrible ! Il allait lui dire de ne pas s'inquiéter de sa blessure ? Eve ne lui répondit que par un regard sévère. Laisser une telle plaie sans bandage, sans soin ? Mais n'importe quoi ! Ce garçon manquait de respect envers lui-même ! On ne se laisse pas avec de telles blessures, c'est dangereux, et douloureux qui plus est. Et puis, on ne dit pas à The Queen Bee de laisser quelqu'un sans soin. Ça ne se fait pas. Après tout, les Beehives font tous serment de soigner chaque être dans la détresse quel que soit leur rang, et sans attendre d'eux une contrepartie. C'était une des rares maximes de son clan qu'il appréciait toujours autant. Evelyn sourit satisfait quand le garçon accepta son offre. De toute façon, il ne lui avait pas vraiment laissé le choix, mais bon.

Le traqueur commença donc à marcher, cherchant à se repérer dans ce dédale. Et surtout cherchant à repérer où étaient les poursuivants de son protégé. Car oui, dès l'instant où Bee choisissait de soigner quelqu'un, cette personne était sous sa protection. Personne ne toucherait à un de ces cheveux; Dut-il mettre hors d'état de nuire une armée de poursuivants. Mais il essaierait d'éviter. C'était trop éprouvant et ça risquerait de ruiner sa discrétion dans ce sombre quartier. Il était déjà suicidaire d'avoir voulu s'y infiltrer et y observer les malfrats, si en plus il leur déclarait la guerre, c'était fini pour lui ! Il allait donc éviter.

Son compagnon arriva à ses côtés alors que Destinée ayant sans doute compris que la situation était grave, voletait en avant, surveillant les alentours. Eve ne put réprimer un sourire en entendant les remerciements et excuses tout aussi maladroits les uns que les autres. Ce garçon était adorable. Il tourna vers lui ses émeraudes, bienveillantes.


"Ce n'est rien. De toute façon, je suis tout autant responsable. Et Destinée aussi, si elle ne m'avait pas fait courir comme un fou, je ne vous aurais pas percuté…"dit-il de sa voix douce. "Alors n'en parlons plus. Essayons plutôt de nous faire discrets et d'éviter vos poursuivants. Vous avez du faire quelque chose de vraiment grave pour les énerver ainsi. Mais on va s'en sortir !"

Evelyn était optimiste. Après tout, ils avaient un avantage : là où les poursuivants chercher une cible, il y en avait en fait deux à présent. En étant deux, ils devenaient moins suspects. Nettement moins suspects. Ce n'était pourtant pas grand-chose. Mais d'un point de vue tactique, c'était un bel avantage.

"Destinée, Trouve le chemin le plus court pour rentrer !"lança-t-il à sa petite griffonne.

Vu sa capacité à trouver les gens en détresse et les têtes à primes, trouver leur chambre, ce serait pour elle un véritable jeu d'enfant ! Alors Bee lui faisait confiance. Lui s'occuperait de leur trouver une façon de passer inaperçus aux yeux de tous. Surtout que les bruits de pas et les crisse rapprochaient. Il fallait trouver une idée et vite. Il regarda la rue dans laquelle ils étaient, il y avait un léger renfoncement entre deux façades. Parfait ! Il saisit l'homme recherché par la main et le poussa dans ce renfoncement. Les cris étaient tout prêts. Il posa son sac à leur pieds, ôta son manteau, révélant son haut corseté et son dos à la peau laiteuse, en deux temps trois mouvements, il enlevait aussi le bas de sa jupe – il avait apporté cette modification à toutes ses jupes, autrement, elles étaient trop longues pour les poursuites-, montrant ainsi ses longues jambes effilées, ses bas sombres, aux jarretières bordées de dentelles. Oui, on aurait très bien pu le prendre pour une prostituée, tant mieux, c'était l'effet recherché. Seulement, une véritable prostituée n'avait pas des aiguillons empoisonnés dans ses bas, et un pistolet dans son sac, mais ça ils ne le savaient pas. Il attrapa le chapeau du garçon face à lui, le posant sur toutes leurs affaires, et les poussant dans le renfoncement pour qu'elles ne soient plus visibles. Il releva les yeux vers son protégé. Son manège devait paraître très étrange.

Destinée poussa alors un cri. Mince, ils arrivaient ! Il saisit les mains du garçon, lui firent lâcher son balai, avec une rapidité fulgurante. L'ustensile de nettoyage passa derrière son propriétaire, caché. Les poursuivants étaient sans doute non loin du croisement à présent… Il fallait se dépêcher ! Evelyn se colla au garçon d'une façon très suggestive, une des ses jambes enlaçant d'une façon très érotique la sienne, son torse frottant le sien. Il attrapa les mains du garçon, en posant une à la limite de sa cuisse et son fessier, relevant ainsi un peu plus sa jupe, rendant la vue fort agréable, il déposa l'autre dans ses cheveux noirs. Quant à lui, il glissa une main entre leur deux corps, laissant croire qu'elle allait taquiner le bas ventre du damoiseau –mais rassurez vous, elle resta au niveau de son ventre-, l'autre allant s'enfouir dans ses cheveux. Sa tête se glissa dans son cou.


"Je sais que c'est un peu abrupte comme méthode, mais je n'avais pas le temps de t'expliquer… Fais comme si j'étais une prostituée, ils ne penseront pas que c'est toi…"murmura-t-il à son oreille.

Les hommes arrivaient au coin de la rue. Destinée volait bien plus haut qu'eux, invisible. Ils devaient être eux aussi invisibles. Evelyn hésita un instant, mais le bref regard qu'il lança aux hommes lui confirma une chose : ils devaient être réellement crédibles. C'est pour cela qu'il posa ses lèvres sur celle du ramoneur, bougeant sa main dans ses cheveux, caressant de sa jambe dénudée la sienne, laissant s'échapper de sa gorge quelques gémissements.

Pourvus qu'ils tombent dans le panneau ! Et pourvu que son protégé joue bien…
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Sam 29 Aoû - 20:52

Restant un peu en retrait après avoir présenté ses excuses et ses remerciements de rigueur, le ramoneur regardait le dos de l'inconnu, mal à l'aise. Ce noble aux allures si frêles bougeait sans difficulté, malgré la chute qu'il venait de faire. Visiblement, plus de peur que de mal, songea-t-il, un peu rassuré, se demandant tout de même qu'est ce qu'un energumène déguisé en noble demoiselle pouvait bien faire dans ces rues mal famées ? Ses vêtements étaient un peu terreux, maintenant qu'il était tombé, mais la blancheur effective sur le reste de ses dentelles et la propreté de ses soieries montraient tout de même qu'il en prenait soin, contrairement aux filles comme aux garçons de joie, qui imitaient le riche sans en avoir l'éclat, leurs broderies travaillées sur leurs vêtements récupérés ternis par la poussière et les saletés en tous genre. Le chasseur de primes ne savait pas trop ce qu'il devait faire, même si il avait accepté l'invitation de ce noble au grand coeur parmi les miséreux. Il aurait vraiment pu tomber sur pire, comme sur l'un de ses poursuivants, par exemple. Il devrait se sentir heureux, plutôt que de toujours sur tourmenter sur il ne savait quel sujet. Pour se détendre, il observa le ballet des cheveux de l'inconnue, ces courts cheveux un peu anarchiques qui voletaient au rythme de son pas, lustrés, reflétant les pâles lumières qui s'allumaient une à une dans la rue. La nuit tombait, les lumières s'allumaient, et les rues étaient bien plus éclairées qu'en plein jour, donnant l'impression étrange d'être dans un autre temps, presque dans un autre monde. Les lumières criardes des établissements les plus malsains côtoyaient les lampes paisibles de ceux qui étaient assez riches pour s'en acheer une, dans une étrange cohabitation colorée de rayonnements bariolés, donnant à la ville un sens nouveau. Le ramoneur ferma les yeux. Les bruits de la ville étaient toujours quelque chose d'agréable à écouter, et en oubliant la saleté de cette partie du monde, il pouvait toujours apprécier le doux froufrou des conversations étouffés, profitant par tous les moyens de la beauté du monde, but qu'il ne cessait de vouloir atteindre. Néanmoins, certaines conversations le ramenèrent brutalement à la réalité, puisqu'il s'agissait des cris encore relativement lointains de ses poursuivants, qui n'étaient visiblement pas très doués dans la filature, s'entendant à des dizaines de mètres à la ronde. Si ils croyaient que ce fracas allaient les aider à le trouver... Néanmoins, il eut bien peur que tout le quartier soit arpenté par ces traqueurs en herbe. Il regarda l'inconnu, prêt à lui signifier qu'ils devaient se séparer maintenant, ne serait-ce que pour ne pas lui attirer d'ennuis, mais quelle fut sa surprise quand ce fut ce cher monsieur femme qui prit les devant, le poussant dans un renfoncement etroit dans les murs de la rue, comme pour le cacher. Il allait protester que cette cachette n'était pas très fiable, mais visiblement, notre cher inconnu ne voulait toujours rien entendre de sa part, pauvre victime qu'il était des agissements de cet individu entêté mais aux intentions qui paraissaient si pures qu'il ne pouvait que lui obéir. Ou plutôt, disons qu'il subissait sans trop savoir de quel côté se ranger...

Cependant, les plans de ce garçon lui paraissaient toujours obscurs, étant donné qu'il commença littéralement à se déshabiller devant lui, à la vue de tous ceux qui pourraient passer dans cette si étroite ruelle. Le ramoneur se recula le plus possible dans l'enfoncement, se demandant si il allait tenter d'attirer l'attention sur eux en se faisant passer pour un garçon de joie ou quelque chose du même genre. Néanmoins, son regard ne put s'empêcher de regarder ce qu'il fabriquer, glissant sur les mains délicates du garçon qui dégraphait sa jupe pour en faire apparaître une bien plus courte, découvrant des jambes au galbe élégant rehaussé de toutes ces fanfreluches dont se parent les femmes aux moeurs légères, et peut être les autres, qu'en savait-il, il n'avait pas l'intention de voir ce que cachaient les jupons des femmes, contrairement à la plupart des individus humains de sexe masculin. Néanmoins, le trouble provoqué par le travestissement saisissant de son interlocuteur lui donnait un air complètement perdu, ce qui lui fit bénir sa casquette d'être si efficace lorsqu'il s'agissait de se cacher. Casquette qui, lorsqu'il tenta de l'attraper pour se cacher un peu plus derrière sa visière, n'était plus vissée sur sa tête comme à son habitude, mais entre les mains du garçon, qui la lança sur le tas de vêtements.

    « Eh, m-mon-mon chapeau ! »

Alors là ça n'allait plus. On ne touchait pas à son chapeau. Maintenant, on voyait sa tête, et son empressement fit légèrement glisser son écharpe, de sorte que son visage soit visible de tous. Son premier reflexe fut d'apposer sa main contre la cicatrice qu'il avait à la joue, masquant du mieux qu'il pouvait son visage, faisant presque croire à un vampire tant il répugnait à la présence de la lumière, avec son chapeau, ses gants et son echarpe, tandis que l'autre... Il étalait sans gêne son corps, le vendant aux regards inquisiteurs des rares passants qui empruntaient cette rue. Néanmoins, malgré son exclamation outrée, bien qu'elle ne fut pas très convaincante au niveau du volume ni du ton employé, notre cher energumène continuait son manège. Il commençait à s'impatienter, sachant très bien que ceux qui le cherchaient arriveraient d'un moment à un autre. Mais la direction que prit cette escapade le prit de court.

Le torse soudain compressé par une présence humaine, il ne put laisser passer un seul son, tant la suite des évènements l'abasourdit, de part leur caractère loufoque et totalement inattendu. Il se retrouva à porter d'une main la jambe de l'androgyne, lascivement posée entre ses doigts et à tripoter de l'autre sa chevelure ébouriffée. Son visage aux allures de puzzle tant il semblait décomposé ne prit pas de teinture particulière, de part sa nature, mais dénotait bien l'état d'hébétitude paralysée dans lequel il était, ses yeux ecarquillés fixant ce type aux intentions de moins en moins claires, un petit rictus nerveux agitant parfois ses lèvres entrouvertes. Lorsqu'il expliqua son plan, le ramoneur murmura, la voix légèrement aigre à force d'être crispée

    « Quoi ?! Mais ça ne marchera jamais, et puis je n'ai jamais f... Hhmf !! »

Ce qui lui coupa le souffle une nouvelle fois n'étaient autres que les lèvres du garçon, collées aux siennes, lui bloquant l'arrivée d'air. Il n'avait pas vraiment besoin de respirer, mais l'absence de ce reflexe naturel le rendait mal à l'aise. Ce n'était rien par rapport à la situation à laquelle il devait faire face. L'androgyne jouait si bien son rôle que le Ramoneur y crût presque, se demandant si toute cette histoire n'était pas un pretexte pour l'emmener dans des scenarii glauques de mise en scène presque ridicule. Si raide qu'on penserait le briser en le serrant trop fort, il finit néanmoins par se rendre à l'évidence, si il continuait à jouer le poisson hors de l'eau tel qu'il le faisait, les gens qui se rapprochaient dangereusement auraient tôt fait de découvrir la supercherie. En une seconde, il rassembla à peu près tous les souvenirs qu'il avait des hommes qui faisaient leurs affaires avec des belles de nuit, qui se bornaient à des silhouettes entrevues et vite oubliées, et dût se résoudre à jouer le jeu.

Alors que les hommes approchaient d'eux, il raffermit sa prise sur la cuisse de l'inconnu, ajoutant au tableau une caresse tendancieuse qui remontait un peu plus haut la jupe bordée de dentelles, se laissant embrasser sans défiler sa pauvre tête découverte, la main attirant légèrement son compagnon d'infortune contre lui. Son coeur, seul organe absolument nécessaire à sa vie, battait à une vitesse folle, tant à cause de la position saugrenue dans laquelle il était embarqué qu'à cause de ses poursuivants qui les regardèrent, le ramoneur interprétant l'oeil distrait dont ils les gratifiaient par une scrutation précise de ses mouvements maladroits. Leur etreinte, bien qu'assez gauche, sembla assez crédible, étant donné qu'ils ne reconnurent pas dans le "client" de cette "demoiselle" le "psychopathe" ayant sauvagement "assassiné" trois "paisibles citoyens". Lorsqu'ils furent certains d'être hors de vue de ses chers concitoyens, il tira légèrement la tête du garçon en arrière pour s'assurer qu'ils étaient bien partis, et finit par le regarder, ses yeux n'exprimant pas grand chose, et son regard pouvant être interprêté de diverses manières, comme " tu vas le regretter ", " merci beaucoup ", " dégage de là " ou " tu veux pas recommencer ? " Néanmoins, ses paroles prirent un sens beaucoup plus pratique étant donné qu'il balbutia

    « Mon... chapeau. »

Une fois qu'il l'eut saisi et remis sur sa tête, un petit sourire rassuré s'inscrivit sur son visage de petit ours perdu, et il porta une ou deux fois la main à sa tête pour vérifier qu'il y etait toujours. Sa main finit par attraper les doigts délicats mais non dénués d'une certaine force, comme il avait pu le constater, de ce cher damoiseau travesti, et il ajouta, toujours aussi loquace

    « Merci.. Maintenant... Chez vous. »

Nous remercions ce cher ramoneur pour ses paroles toujours aussi construites et pour ses phrases n'éxcédant pas les deux mots. Il finit par privilégier l'acte à la parole en tirant ce cher jeune homme, sur les traces du griffon dont il avait entendu le nom, tout à l'heure, et qui leur ouvrait la route, leur montrant le chemin .SI il prenait la tête du convoi, ce n'était certes pas par galanterie à l'égard de son compatriote humain mais plutôt par crainte qu'il ne saisisse l'espèce d'expression entre la frustration et l'ahurissement qui s'inscrivait sur son pauvre visage, toujours pas remis de cette embrassade aussi emportée que réaliste. Il n'avait pas le droit à ces gestes, il n'était pas humain, ce n'était que les humains entre eux qui pouvaient se permettre ce genre de fantaisies... Mais son interlocuteur n'en savait rien, alors c'était peut-être normal.. Leur baiser avait un arrière goût de peinture diluée, aquand il y resongeait...

Et malgré tout, leurs efforts furent presque vains car peu de temps après, ils tombèrent sur une autre patrouille, qui reconnut très vite le ramoneur et poussa un cri. Ayant récupéré son bâton mais non son hallebarde, le jeune homme fit glisser sa longue canne entre ses doigts et d'un coup sec coupa le souffle à l'un d'eux et assoma l'autre, évitant de blesser des innocents ne pensant faire que le bien, mais les laissant hors d'état de leur nuire. Il jeta un coup d'oeil au jouvenceau qui l'accompagnait, Il finit par assomer d'un geste expert le deuxième manant, et ne put qu'offrir à l'inconnu l'expression complexe qui flottait sur son visage, lui confiant le reste de leur trajet d'un regard. Son dernier mot fut chargé de sens, commençant à perdre un peu de sa sureté. Il fallait arriver chez cet inconnu, aussi louche soit-il.

    « Vite. »




Dernière édition par The Chimney Sweep le Lun 7 Sep - 11:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Dim 30 Aoû - 11:57

Pendant un instant, Evelyn avait hésité. Cette méthode était-elle la bonne avec un inconnu ? Avec ses collègues, il l'avait souvent fait. Mais lui ? Ce garçon qu'il venait à peine de rencontrer. C'était si étrange et gênant. Pourtant, il n'y avait que cela. Que pouvait-il faire d'autre ? Ruiner sa couverture et faire croire à la capture de ce cher ramoneur ? Non, impensable. Il n'y avait vraiment que ce camouflage sui pouvait repousser provisoirement les anicroches avec les hommes de main. Malgré ses scrupules, il se fichait bien de ce que lui disait le garçon. C'était impoli, il s'en blâmait, mais parfois, la politesse n'a pas sa place, seul l'empressement comptait. Néanmoins, Eve ne put être que surpris quand il entendit avant de poser ses lèvres sur les sienne, une protestation bien étrange. Il n'avait jamais fait cela ? Mon dieu, il s'en voudrait longtemps d'avoir volé à ce garçon des instants qui auraient du être pour lui magiques. Ce qui était d'ailleurs paradoxal, puisque lui-même, n'avait jamais embrassé que ses collègues à des fins de camouflages, mais sans doute ne voulait-il pas que son garçon vive les choses comme lui. Il fallait bien avouer que c'était triste de n'avoir jamais embrassé quelqu'un que par comédie… Après tout ne dit-on pas que l'amour rend cela bien plus beau ?

Le traqueur se demanda si le ramoneur allait enfin jouer son rôle. Il avait l'air trop surpris. Trop méfiant. Les voix s'approchaient ! Bon sang, joue ! Fais toi passer pour ce que tu n'es pas, je t'en supplie ! Comme pour lui faire comprendre ses pensées Evelyn l'embrassa avec plus de conviction encore. Son cœur à lui aussi battait bien trop vite, plus par peur qu'autre chose. Après tout, lui était habitué à ce genre de scène, un minimum. Mais il devait avouer que cette fois… Quand il sentit la main du garçon remonter sur sa cuisse, il trouva cela presque trop réaliste. Il eut une crispation involontaire. Collé contre son torse, il se sentit étrangement mal à l'aise. Il jouait presque trop bien d'un seul coup. Jamais ses collègues n'avaient poussé la vraisemblance jusqu'à ce point ! Là, c'était… trop vrai.

Les hommes passèrent devant eux sans rien suspecter. Sans doute regardèrent-ils avec envie ce spectacle. L'un d'eux lâchant même cette phrase : "Y'en a qu'on de la chance quand même ! Dire qu'on doit poursuivre un malade nous…" Au moins, cela prouvait qu'il n'avait pas vu le fameux malade collé tout contre lui. Cela rassura l'abeille. Il n'aurait pas à se battre de suite. C'était une bonne chose. Binetôt, Son "amant" repoussa légèrement sa tête, il se recula docilement. Ils étaient bien partis. Son regard croisa alors celui du garçon. Et il ne réussit à lire ce qu'il disait. Le rouge monta à ses joues pour sa part. Il était bien plus gêné qu'à l'habituel près ce genre de scène. Ça avait été trop différent de d'habitude. Il ne put cependant s'empêcher de sourire en entendant les mots du garçon. Son chapeau ? Décidément, il y tenait vraiment à cette casquette. Il avait pourtant un joli visage malgré cette étrange cicatrice. Quoi ? Vous pensiez sincèrement qu'Evelyn ne remarquerait pas tous les détails de son visage ? Allons, n'oubliez pas que les médecins se doivent d'être de fins observateurs.

Il attrapa pour sa part son sac, mettant dedans les affaires qu'il avait enlevé. Et le sangla à son épaule. A peine eut-il fait cela que le garçon attrapait sa main. Il attrapait sa main ? Oui. Ce geste surprit Evelyn. Pourquoi prenait-il sa main ? C'était inutile, il pouvait le suivre sans cela. C'était… Gentil de sa part. Avait-il peur de le perdre ? Ou qu'il se fasse attraper ? Ou alors avait-il juste peur qu'il l'abandonne pour ne pas avoir de problème ? Non, ça il ne le ferait jamais. Le traqueur emboîta le pas du jeune homme. D'une main, il fouilla dans son sac, dégageant son pistolet et quelques fioles de recharge. Après tout, ils n'allaient pas s'embrasser encore des dizaines de fois pour éviter les poursuivants… Le ramoneur ne serait sans doute pas d'accord, et Eve non plus. La première fois lui avait fait un effet trop étrange pour qu'il prenne le risque de recommencer ! Il avait bien trop peur de trouver cela… agréable ? Oui peut-être bien qu'il avait trouvé cela trop agréable pour une mise en scène.

Mais il n'eut guère le temps de penser un peu plus à cet intermède sensuel. En effet, celui-ci n'avait pas éloigné toutes les patrouilles, et il s'avéra qu'au croisement d'une rue, ils tombèrent sur une autre. La main du garçon quitta la sienne. Il n'eut pas le temps d'envisager de se battre, que déjà le combat était engagé. Ce ramoneur était très habile au combat. Un peu trop pour un simple ouvrier. Sans doute n'était-il pas un si innocent ouvrier. Les doutes qu'avait déjà l'abeille furent renforcés. Etait-il un criminel ? Non, il n'avait pas les yeux d'un criminel. Un traqueur ? Peut-être, ou un chasseur de prime. La deuxième hypothèse était plus probable, après tout, les traqueurs ne vont pas se perdre seul dans ce quartier habituellement. Evelyn restait néanmoins surprise de le voir si habile combattant. Mais il fut heureux de voir qu'il n'avait tué personne, juste assommé les importuns. Avec beaucoup de savoir faire. Evelyn en restait étonné.

Mais il comprit bien vite, qu'ils devaient repartir. Il reprit la main du garçon, et commença à courir. Il sortit aussi son pistolet de son sac. Après tout, quitte à aller vite, autant mettre hors d'état de nuire les poursuivant à distance.


"Destinée, vite ! " lança-t-il à l'animal qui accéléra d'une façon fulgurante.

Lui aussi accéléra, tenant fermement le garçon par la main. Il ne voulait pas le perdre. Les rues s'enchaînaient. Deux hommes arrivaient eux aussi en courant face à eux. D'une main, Evelyn chargea sa première balle, et appuya sur la gâchette. La balle partit, et alla se ficher dans la poitrine de l'homme, une tâche de bleu lagon apparaissant sur ses vêtements, lui s'écroulant inconscient. Ce n'était qu'un anesthésiant léger, il dormirait quelques heures comme un bébé. La deuxième balle fut elle aussi chargée, et tirée, ayant la même couleur, et le même résultat, même si moins bien tirée, elle arriva dans une des jambes de l'homme. Ils n'en mouraient certainement pas. Ils auraient même une très bonne forme au réveil. Quelques heures de sommeil profond, ça ne fait de mal à personne !

Evelyn enjamba les deux corps, tirant toujours à sa suite son protégé. Ils ne devaient plus être très loin. La reine attrapa deux cartouches, les glissant entre ses lèvres, et d'une main rechargea son pistolet. La force de l'expérience. Mais ils arrivèrent dans la rue voulue dès le départ. Personne dans celle-ci. Une chance ! Il courut jusqu'à la porte de l'immeuble l'ouvrit, et entraîna Le ramoneur avec lui. Il ferma la porte prestement, reprit la main du garçon, et monta plus doucement les escaliers, pour arriver jusqu'au dernier étage. Il remit son arme dans son sac et sortit sa clef, ouvrant sa modeste chambre. Il fit entrer le garçon et referma à clef. Il poussa même le zèle jusqu'à caler une chaise sous la poignée, pour empêcher toute entrée.

Puis, il se laissa tomber à côté de la porte, contre le mur. Cette course poursuite l'avait vidé de toute énergie. Il releva la tête vers le ramoneur. Et eut un petit rire. Sans doute un contre coup du stress. Sans doute aussi parce que sa chambre était un véritable bazar à cause de son petit monstre, et que le ramoneur se retrouvait au milieu de ce barda.

"On leur a échappé… "dit-il doucement.

Il passa une main dans ses cheveux.


"Je m'excuse pour tout à l'heure… Ce n'était pas très correct la mise en scène que je vous ai fait jouer… Surtout si vous n'aviez jamais embrassé de femme… Je suis désolé… Mais j'ai été pris de cours, et avec mes collègues, on utilise souvent cette combine…"

Evelyn se releva, se remettant de ses émotions, retrouvant le nord.

"Montrez moi votre bras, ici, je vais pouvoir vous soigner comme il le faut… Même si vous n'êtes pas vraiment comme mes précédents blessés… "

Il remit à peu près correctement le drap sur le lit, et invita le garçon à s'asseoir à côté de lui pour qu'il puisse examiner sa plaie.
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Dim 30 Aoû - 20:28

Il s'en voulait de montrer un visage aussi troublé. Il n'aimait pas paraître désarçonné, il n'avait de toutes façons pas le droit d'interagir autant avec les humains. Il ne s'en était jamais donné l'autorisation, mais cet inconnu persistait à être bien trop proche, pour quelqu'un qu'il venait de rencontrer, pour quelqu'un qu'il n'avait vu pour la première fois qu'il n'y a que quelques minutes, bousculé dans la rue. Il aurait très bien pu passer dans une autre ruelle, un peu plus tard, un peu plus tôt, il auarit très bien pû faire un peu plus attention où il marchait, et les données auraient intégralement changé, laissant le travesti et le ramoneur vaquer à leurs occupations plus ou moins dangereuses, mais du moins un peu moins perturbantes pour l'ouvrier, si ancré dans ses habitudes qu'il en devenait presque réactionnaire. Néanmoins, il ne pouvait nier que si le tournant que son aventure avait pris depuis une poignée de minutes une dimension relativement traumatisante, il n'avait pas souvent ressenti autant d'effervescence. Il lui semblait que son coeur s'était déreglé, battait mal, à contretemps, sa tête était embrouillée, ses gestes mécaniques perdaient un peu de leur flegme presque mécanique, et ses gambettes tremblantes ne tenaient que par la force du hasard sur le sol qui semblait presque se gondoler pour ses yeux un peu fatigués. Mais ce bouillonement valétudinaire avait bien plus de goût que ses fades et mornes journées, à peine rythmées par ses contemplations méditatiques de la beauté de son environnement. Ces combats avaient bien plus de saveur, et il apprécia ce moment fugitif. Tout s'arrêterait lorsqu'il lui signifierait sa nature, il mettrait une barrière entre eux, et tout serait terminé, cet inconnu pourrait oublier ce baiser, ce combat, ce pauvre homme dont la seule originalité etait la nature, comme toute personne sensée le faisait. De son côté, il se souviendrait, très certainement. Mais tout serait terminé, et ce serait très certainement mieux comme cela. Néanmoins, il n'était pas vraiment le temps d'y penser. Le ramoneur suivit à la trace l'androgyne, guidé par Destinée, le griffon au noble nom et aux allures dignes de ce nom.

Leur trajet ne fut pas de tout repos, étant donné qu'ils rencontrèrent d'autres de ces gens bien décidés à le retrouver. Le chasseur de primes reprit en main son balai, mais il n'eut cette fois pas besoin de l'utiliser, son compagnon voulant visiblement faire remarquer qu'il n'était pas doué qu'à simuler les actions d'une prostituée. Le ramoneur nota enfin qu'il avait un pistolet en main, et qu'il n'allait certainement pas hésiter à s'en servir. Il voulut l'en empêcher, ne voulant pas sacrifier la vie ou la santé de deux hommes pour sa fuite, mais visiblement, ce cher guérisseur avait les mêmes intentions pacifiste que les siennes. Si il crut en premier lieu que le liquide bleu qui s'épenchait sur la chemise de la victime du premier coup de feu était du sang, il se rendit à l'évidence que ces armes n'étaient pas faites pour tuer, mais plutôt pour neutraliser les adversaires de manière durable. En tous les cas, la possession d'armes de ce genre et de cette qualité n'étaient pas si commun, les gens préfèrant en général la compagnie d'un bon vieux couteau de chasse ou d'un glaive pour les plus paranoïaques. Son travail l'avait bien obligé à faire acquisition d'armes, mais dans la mesure du possible et de l'enviable, si il ne pouvait faire que les neutraliser... Deuxième coup de feu, deuxième corps profondément endormi. Le ramoneur emboita sans rechigner le pas à l'aristocrate pas si inoffensif qu'il ne l'aurait cru au premier abord. Il ne fallait pas rester ici, beaucoup trop de gens pouvaient encore arriver, attirés par le bruit ou l'absence de leurs collègues. Il se sentait fatigué. Fatigué. Et passer le pas de la porte du guérisseur ne serait certainement pas de trop. Lorsque le visage de l'inconnu s'illumina, il devina qu'ils étaient arrivés à destination, et un fugace sourire de soulagement se dessina sur ses lèvres. Il ralentit une petite seconde pour observer l'immeuble, qui ne semblait pas dans un état de délabrement avancé, bien que plutôt populaire en soi. On pourrait songer que pour un homme portant des robes aussi soignées et portait des armes aussi raffinées, il était etrange d'avoir un appartement dans une bâtisse come celle-ci. Mais pour lui, tout abri était déjà un luxe, étant donné qu'il dormait à la belle étoile. Ils montèrent mécaniquement les escaliers. Ils étaient hors de danger, ou presque, maintenant. Le ramoneur fit toutefois attention à masquer son visage des éventuels regards trop inquisiteurs, baissant le regard et enfouissant son minois balafré dans sa large écharpe.

Saufs. Ils étaient saufs.

Le coeur du ramoneur ralentit d'un cran, et il poussa un petit soupir étouffé, fermant à moitié les yeux, reprenant l'air imperturbablement calme et à moitié endormi qu'il arborait habituellement. De son côté, son sauveur semblait également fort rassuré. Il jeta un rapide et timide coup d'oeil à la salle, où se cotoyaient des affaires de toutes sortes, empilées assez confusément. Il n'osa pas regarder trop en détail, trouvant malpoli d'étaler le regard sur les affaires d'autrui, surtout si il s'agissait d'un humain dont il ne connaissait finalement pas grand chose. Il grimaça une sorte de moue lorsque le garçon s'excusa. Il baissa la tête, dévia le regard, comme à son habitude, n'aimant pas créer de lien direct avec les autres, même si ce n'était pas agréable.

    « Ne soyez pas désolé. Ce sera sans doute la seule fois. »

Il se mordit la lèvre, n'étant vraiment pas très poli avec son sauveur. Il osa enfin le regarder sous sa casquette, avant d'enlever son si cher couvre chef et de le confier au porte manteau de son hôte, non sans précautions. Il retira lentement son echarpe, hésitant chaque fois qu'il défaisait un tour autour de ses épaules. L'étoffe était incroyablement longue, et il l'enroula bientôt autour du chapeau. Tous ses gestes étaient si méfiants et mesurés qu'il semblait prêt à défaillir à tout moment, comme un terrriiiible attentat à la pudeur. Son teint restait pourtant égal, et son expression ne changeait pas de beaucoup, mais la crispation rendaient ses gestes si raides qu'ils en étaient presque risibles. Le pauvre homme faisait pourtant de son mieux, et il se résigna, en un dernier terrible sacrifice, à ôter ses gants gris, qu'il posa théatralement sur le meuble, comme si il se séparait de sa propre vie.

    « .... Je suis désolé de ne pas être très poli envers vous. »

Pour appuyer ses propos, il s'agenouilla et effectua une petite courbette, en proclamant de sa voix toujours aussi inaudible et pusillanime

    « Je vous remercie sincèrement de m'avoir porté votre aide, ne vous inquiètez pas outre mesure sur la portée de vos actes, je ne vous y répond par aucune animosité. D'autre part, j'espère ne pas déranger votre quotidien par ma présence, et partirai dès que vous le jugerez bon... Je peux loger sur le palier, si vous le désirez. »

Il débitait ses paroles avec un certain formalisme, des paroles apprises par coeur, ce qui expliquait très certainement le fait qu'il formule des phrases aussi longues et aussi construites. Les ayant formulées des milliers de fois durant l'exercice de sa profession de ramoneur, il s'y usait jusqu'à la corde. Mais le garçon l'avait déjà invité à s'asseoir près de lui. Le ramoneur déglutit, se demandant pourquoi toutes ses paroles ne servaient à rien, face à l'entêtement de cet energumène. La réponse lui paraissait pourtant évidente : il voulait le soigner, et visiblement cela comptait plus que toute autre chose. S'asseoir... Près de cet individu... Le ramoneur hésita, cette propoistion lui paraissant bien osée - il n'a pas vu grand chose du monde le pauvre - mais se dit que le guérisseur ne le lâcherait pas avant qu'il ne fasse sa volonté, et qu'il serait de toutes manières impoli et deplacé de désobéir à son hôte humain. C'est pourquoi il fit preuve d'encore PLUS de bonne volonté en ôtant son manteau, qu'il pendit avec son chapeau et son écharpe, ce qui ne lui arrivait quasiment jamais en présence de quelqu'un d'autre. Découvrant un pull à col roulé - on ne rigole pas avec les couches de vêtements du pauvre garçon - sur son corps d'un coup bien moins imposant, il s'assit de mauvaise grâce près de son sauveur, et remonta sa manche sur sa peau grise et rêche, découvrant la blessure compressée par le bandage. La peinture avait dû commencer à sécher, et il ignorait si les potions du garçon feraient quoi que ce soit.

    « Je... pense que ca ira... Enfin, essayez ce que vous voulez. »

Il baissa la tête, de nouveau, regarda l'androgyne, fuit de nouveau, risqua un petit regard, gêné par son absence de casquette et d'echarpe. Il se sentait nu, opressé, terriblement impudique. Cacher son corps était devenu son crédo et la moindre parcelle de peau visible devenait un véritable calvaire. De même, sa tête s'etait considérablement allégée par l'absence de son couvre chef, ce qui lui donnait l'impression bizarre d'avoir la tête plus vide qu'à l'habituelle, sous ses épais cheveux brunâtres. Après un petit silence, il osa lever u regard un peu plus aventureux sur le garçon, osant rencontrer ses pupilles, se voutant presque pour se faire le plus invisible possible.

    « ... Traqueur ? »




Dernière édition par The Chimney Sweep le Lun 7 Sep - 11:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Mar 1 Sep - 21:07

Evelyn ne put s'empêcher de les trouver chanceux. Ils avaient éviter le sort désastreux de se faire massacrer purement et simplement. Ce n'était pas rien ! S'ils avaient fini attrapé, nul doute que leur fin aurait été assez désagréable et particulièrement douloureuse. Les gens de ce quartier n'étaient après tout pas réputés pour leur sens de l'hospitalité… Peut-être était-ce à cause de cette perception de leur chance qu'il se laissa choir si peu élégamment et surtout d'une façon si émotive. De coutume, il aurait caché son soulagement, mais là, à quoi bon ? Après tout, il n'était pas en train de travailler. Pourquoi devrait-il faire preuve de professionnalisme hors de son temps de travail ? Il pouvait être un peu plus humain, non ? Surtout quand le seul témoin de son humanité était un être à l'air si doux et honnête.

Pour ce qui était du bazar… Il lança un regard au griffon qui était innocemment allé s'allonger dans sa valise de vêtements. Petit monstre, qui le faisait passer pour un être pire que désordonné ! Alors que c'était loin d'être le cas en réalité. Mais il n'en voulait pas à l'animal. Il avait pu aider ce garçon grâce à lui. C'était une gentille griffonne quand même ! Bien qu'un peu indisciplinée.

De toutes façons, les paroles du garçon arrachèrent Evelyn de ces futiles pensées. Il pensait ne plus jamais embrasser personne ? Et que plus personne ne souhaiterait l'embrasser ? Avait-il dégoûté à ce point ce garçon avec sa mise en scène ? Ce n'était pourtant pas du tout le but de la manœuvre ! Il n'aurait jamais pensé qu'il gênerait autant le garçon. Et il lui semblait que ses excuses le gênaient doublement. Pourquoi donc ? Le traqueur n'arrivait pas à trouver d'hypothèses plausibles. Cette gêne restait à ses yeux inexplicable. Etrange.

La scène qui suivit rendit d'autant plus intrigant le garçon. Il ôta son chapeau, mais ses gestes étaient hésitants. Comme lorsqu'Evelyn le lui avait enlevé, il semblait que ce geste lui coûtait beaucoup. Pourquoi donc ? Ah oui. Sa cicatrice sans doute. Cette vilaine cicatrice que le guérisseur avait aperçut durant leur embrassade. Il se demandait ce qu'il avait pu lui abîmer ainsi le visage. Cela ne le défigurait pas, mais, il pouvait comprendre qu'on veuille cacher une telle balafre. Et sans doute que son porteur la trouver atrocement horrible. Et c'était presque légitime. Evelyn aurait sans doute réagi pareil si son visage avait eu un jour le même traitement. Pourtant, il continua d'enlever ses vêtements, après le couvre chef, ce fut la démesurée écharpe qui arriva sur le porte manteau. Le sourire d'evelyn l'accompagna dans ses mouvements si raides et crispés. Il appréciait grandement l'attention du ramoneur. Ce devait être si dur d'enlever ces tissus superflus. C'était donc un privilège qu'ils soient enlevés en son honneur. Et le traqueur en avait bien conscience. Il avait beaucoup de chance. Enormément même ! Il enlevait même ses gants ! Surprenant !

Evelyn qui se relevait ne put s'empêcher de sourire un peu plus. Attendri par tant de bonne volonté. Il allait s'avancer vers le lit quand il s'excusa. Il manquait de politesse ? Ah ? Le traqueur n'avait encore rien remarqué pourtant. La seule personne envers qui il était impoli et irrespectueux, c'était lui-même. Et la longue tirade qu'il enchaîna confirma cette idée. Et cette tirade était un peu vexante pour le jeune homme. Dormir sur le palier ? Et partir quand il le désirerait ? Ne lui avait-on jamais parlé du sens de l'hospitalité ? De la solidarité ? Et puis, qu'en savait-il qu'il allait déranger son quotidien ? Il ne le connaissait pas son quotidien. Et puis, à quoi bon aligner tant de mots s'ils étaient faits de pures convenances ? Evelyn n'aimait pas ces longues phrases pompeuses. Il préférait de loin les phrases incomplètes et sincères entendues avant. Là, cela sonnait bien trop faux.

Alors, l'abeille n'en tint pas compte et l'invita à s'asseoir à côté de lui. C'était plus un ordre qu'une invitation d'ailleurs. La preuve, le petit ramoneur ne put la refuser ! Et d'ailleurs, il ôta un autre vêtement de plus ! Son manteau, laissant voir un corps bien moins massif sans toutes ces couches de tissus. Evelyn lui sourit. Il était si adorable d'être si timide. A croire qu'il ne voyait jamais personne ! Mais il ne fit aucun commentaire, se contentant de tapoter à nouveau doucement la place à ses côtés. Le garçon finit par s'asseoir, hésitant, raide, si peu confiant, si méfiant. Evelyn hésitait : soit il trouvait cela adorable, soit terriblement vexant. Les deux interprétations étant possibles. Il préférait la première, et s'en contenta. Le garçon releva sa manche avec ses gestes toujours saccadés, découvrant le bandage fait rapidement. Ses doigts glissèrent légèrement sur sa peau. Elle était plus dure, plus rugueuse que les peaux habituelles. Différent en tout point. Evelyn en était convaincu un peu plus chaque seconde.

Le traqueur releva les yeux en entendant ses paroles. Non, ça n'irait pas tant qu'il n'aurait pas fait tout son possible ! Et il fut bien content que le garçon le laisse faire sans rechigner plus. Toute personne pouvait être dignement soigné. Il suffisait juste d'être attentif et de réfléchir. Il retira délicatement le bandage qu'il avait fait. La plaie avait déjà séchée en partie. Le liquide grisâtre qu'il n'avait pas encore identifié était devenu pâteux, presque solide. Il l'effleura du bout des doigts, puis sentit ceux-ci. Hum. De la peinture. Etrange. Mais au moins, il savait comment le soigner maintenant. Il allait fouiller dans son sac quand ses émeraudes croisèrent les yeux sombres du garçon. Celui-ci s'était ratatiné sur lui-même depuis qu'il examinait la plaie. Ses épaules s'étaient un peu plus voûté, lui donnant quelque air d'animal craintif et apeuré. Et puis son interrogation, ce simple mot. Bien plus appréciable que sa longue tirade !


"Oui. Je suis traqueur. Mais je suis guérisseur avant tout. "répondit-il doucement.

Puis, il s'aperçut qu'ils s'étaient peut-être embrassés, mais, ils ne s'étaient pas encore présentés !

"Et je m'appelle Evelyn Beehive. "

Il ajouta à ces quelques mots un de ses plus beaux sourires. Le genre de sourire qu'il ne faisait plus depuis des années. A croire que ce garçon faisait tomber les barrières qu'il avait forgées autour de lui. Il était si différent des autres qu'il était dur d'agir comme avec le commun des mortels, c'est-à-dire froidement. Ce garçon était craintif, qu'il donnait à Eve envie de le rassurer, de lui donner confiance en lui.

Il quitta son regard sombre, attrapant son sac pour en sortir un petit flacon. A chaque problème son remède. Et même pour ce ramoneur, il y avait une plante pour l'aider. Les pins. Et d'autres arbres aussi. Ce petit flacon contenait de l'essence de térébenthine. De quoi raviver n'importe quelle peinture. Sans doute cela aiderait à la cicatrisation de sa plaie. En toute logique, ce devrait être le cas. Il décida donc d'appliquer le liquide sur la plaie, étalant doucement le produit sur la peinture encore fraîche. Il espérait que cela lui éviterait d'avoir une nouvelle cicatrice. Une fois l'essence étalé, il ne remit pas le bandage.


"On va laisser sécher à l'air libre, ça ira plus vite, et ça évitera d'abîmer tes vêtements…"murmura-t-il en fermant le flacon.

Il releva alors la tête, fixant de ses yeux clairs le garçon. Il était réellement intrigant avec ce sang peinture, ses airs endormis et sa dextérité au combat. Il lui tendit le flacon d'essence, le mettant dans ses mains.


"Il te sera plus utile qu'à moi… Pour soigner les autres, ce n'est pas très utile. Mais pour toi, ce sera un précieux remède. "

Il sourit doucement. Puis, pris d'une soudaine impulsion, il approcha son visage de celui du garçon, et déposa ses lèvres sur les siennes. Il se demandait si ses lèvres avaient ce petit goût de peinture, ou s'il avait rêvé dans la précipitation tout à l'heure. Mais non, c'était bien le cas. Il se recula. Les joues rougissantes.

"Vous vous étiez trompés tout à l'heure. Il y eu une nouvelle fois. "murmura-t-il taquin.

Puis il reprit plus sérieux.


"Je me trompe ou vous êtes différent de moi ? Vous n'êtes pas fait du même sang, ni de la même chair. Votre sang est fait de peinture, de même que vos lèvres en ont aussi le goût. Vous êtes bien plus unique que n'importe qui. "

Il posa à la fin de cette phrase deux doigts sous son menton, délicatement. Puis doucement par une légère pression de ces mêmes doigts, lui releva la tête, redressant sa nuque, et ses épaules. Il avait bien plus d'alors en se tenant ainsi droit.

"Alors ne te cache pas, sois fier d'être si unique. Tu es quelqu'un d'une rare valeur. Personne ne pourra jamais être comme toi. "

Aux yeux d'Evelyn ce garçon avait par ses différences bien plus de valeurs que beaucoup d'autres. Il en avait d'autant plus qu'il semblait honnête et gentil. C'est pour cela qu'il l'avait embrassé à nouveau, qu'il osait le toucher, qu'il ne craignait pas de croiser son regard. Il n'aurait jamais honte de cela, au contraire, il considérerait même que ces instants là étaient des privilèges.

Il retira sa main de sous son visage, détournant le sien. Que lui prenait-il enfin ? Pourquoi se permettait-il tant d'audace ? Il se leva du lit, ramassant quelques vêtements égarés par terre. Il les plia avant de les poser sur son bras. Puis, regarda à nouveau son invité.


"Mais je ne suis pas une personne importante, et peut-être mes paroles vous semblent-elles idiotes… "

Il baissa la tête. Oui, il devait être un peu idiot parfois. Il fit quelques pas, attrapant les étoffes jonchant le sol, les déposa dans sa valise à côté du petit monstre somnolant.
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Mer 2 Sep - 8:34

Ce garçon était... etrange. Vraiment etrange. Cela le mettait peut-être un peu mal à l'aise. Plus que d'habitude... Cela le détendait un peu. Plus que d'habitude. Le ramoneur avait beau scruter de son regard sombre les iris clairs du guérisseur, il ne parvenait à y trouver aucune animosité, aucune méfiance, aucun des mensonges dont les humains aimaient tant se parer. Son regard droit et franc comme celui des enfants cherchait son regard autant que lui le fuyait. Ses allures asexuées et cette etrange sensation de droiture le rendaient un peu différent, et le jeune homme se prit à penser qu'il n'était peut-être pas humain. Pour lui, les humains ne se conduisaient pas comme ça, ils avaient peur des inconnus comme lui rencontrés dans les rues, ils n'embrassaient pas ces mêmes choses pour le protéger, alors que rien ne les y obligeait, ils n'abritaient pas ces choses dans leur maison sans sembler effrayé qu'ils y volent quelque chose. Ils ne les regardaient pas comme ça, comme des familiers, voire des amis. Il avait des vêtements luxueux, une stature noble et raffinée malgré le capharnaum de la pièce, et la volonté d'aider. Si il était humain, il devait être celui qui fut le plus aimable avec lui, avec Ethan. Leur gentillesse était touchante dans les deux cas, mais leurs personnalités différaient totalement. Cela inscrivit un petit sourire sur le visage du ramoneur. Il était certes mal à l'aise que la gentillesse de cette personne soit utilisée pour une personne aussi inutile que lui, mais tellement ravi que les humains soient parfois si prévenants envers leur prochain, ou ce qu'ils croyaient être leur prochain. De temps en temps, son travail abattait un peu son moral, le petit ramoneur finissant par se dire que les humains n'étaient que des créatures mauvaises et prêtes à s'entretuer, mais penser à ce genre de personnes le remettraient tout de suite d'aplomb !

Lorsque ses yeux croisèrent les siens, il crut tout de même qu'il allait se moquer de lui, tant il semblait stupéfait d'être ainsi interpellé. Pourtant, son interlocuteur lui sourit avec douceur et lui répondit par l'affirmative. Un traqueur... Etaient-ils tous ainsi ? Il savait très bien ce qu'étaient les traqueurs, cette éminente police des contes. Il en avait croisé, leur parlait évidemment de temps en temps, pourtant leurs visages fermés et un peu méfiants ne lui avaient jamais fait la même impression de bonté. Ils n'aimaient pas beaucoup les consultants, quels qu'ils soient, la plupart d'entre eux n'étant pas vraiment nets et ayant commis pas mal de délits par le passé. Le traqueur plus si inconnu que ça lui fit l'honneur de lui faire connaître son nom, ce qui étonna un peu le garçon, qui se demanda un peu si c'était une formalité d'usage. Il cligna des yeux une fois ou deux comme pour s'assurer qu'il ne rêvait pas, lui donnant l'air ahuri de celui qui ne sait pas trop quoi croire. On ne lui déclinait son identité que lorsqu'il la demandait, ce qui était assez rare. Mais il fut touché par cette attention, même si il était quasiment sûr que toutes ses belles paroles s'évanouieraient quand il se rendrait compte qu'il n'était pas des siens. Quoique... Il ne savait pas trop à quoi se vouer, avec ce garçon. Autant son allure, ses gestes que son nom étaient etranges et sortaient de tout l'ordinaire auquel il était habitué ! Le ramoneur répéta les syllabes du nom de son interlocuteur, trouvant malgré son exotisme que ce nom lui convenait parfaitement, aussi doux et chaleureux que l'homme auquel il parlait. Se mariant parfaitement au magnifique sourire qu'il lui offrit alors. A croire que les noms se mariaient parfaitement à l'humain à qui il était associé. Il finit par dire doucement, essayant de prendre un peu d'assurance sans trop y parvenir

    « Je... Chasseur de prime, Sør...hmpfmff et ramoneur. »
Il s'en était fallu de peu pour qu'il ne dévoile son nom formel, celui qui ne lui convenait pas et qu'il avait honteusement volé à son créateur. A sa condamnation, on appela son affaire du nom du peintre, et ce sobriquet le poursuivit en prison, ou faute d'avoir un nom auquel se fier, on l'apellait ainsi ou tout simplement ramoneur. Néanmoins, si sur le papier il se nommait Søren E. Ingerslev, il n'avait jamais ressenti d'appartenance envers ce nom, et le donner ne servait à rien. Ce n'était qu'une formalité de plus. Et vu la tête qu'avait fait Evelyn lorsqu'il avait déroulé son discours protocolaire, il ne savait pas si c'était une bonne idée. Mais l'idée qui lui venait en tête, c'était aussi que ce nom ramenait directement à une affaire criminelle assez grave, qui avait pu être étudiée en école par le jeune Beehive bien qu'elle se soit passée il y avait plus de cinquante ans maintenant, et que savoir un ancien taulard près de soi n'aidait pas à la sympathie. Il ne voulait pas perdre aussi vite la bienveillance que montrait le guérisseur envers lui. Pas si bêtement. Enfin, peut-être que l'association d'idées entre les deux métiers qu'il avait énoncés lui suffiraient à comprendre, le nombre de ramoneurs consultants n'étant pas non plus extraordinairement élevé. Ah, stupide ramoneur, qui ne faisait que des bévues !

Le chasseur de primes regarda avec attention ce que faisait le guérisseur, prêt à intervenir si il utilisait une substance pouvant lui être nocive. Néanmoins, le traqueur n'était pas guérisseur pour rien. Il s'adapta à la situation avec spontanéité, ses gestes paraissant si naturels que le garçon en était fasciné, scrutant le moindre des gestes de l'androgyne, fixant son attention sur ses mains délicates qui manipulaient les essences. Il restait un peu méfiant, espèrant qu'il n'essaie rien de trop risqué, mais le liquide qu'il étala sur son bras nu, bien qu'il le picotât un peu, lui procura un soulagement immédiat. Il n'avait pas mal au départ, mais il sentit tout de suite mieux, comme plus complet, plus à l'aise. Il regarda avec étonnement ce guérisseur capable de faire tout ce qu'il n'avait jamais pu faire toutes ces années pour le soigner, et tout ce qu'avaient été incapables de faire toutes ces années les médecins de la prison, qui déterioraient tant sa peau qu'il lui fallait plusieurs semaines pour s'en remettre. Il se sentit tout de même un peu bête de n'avoir jamais pensé à cette astuce de peintre pour se soigner, si bête par rapport au brillant guérisseur... Il fut interrompu dans ses pensées par un poids entre ses doigts. Le flacon. Il le lui donnait. Vraiment ? Vraiment ?! Les yeux du ramoneur s'illuminèrent de surprise comme de bonheur, l'air stupéfait, tenant sans trop y croire le médicament entre ses mains. Les larmes aux yeux, comme si toute cette bonté envers lui était trop violente pour que son émotivité y résiste, il regarda le guérisseur de haut en bas, en balbutiant

    « V-v-vraiment ? Vous pensez ? Je.. M-Merci, merci infiniment ! »

Le jeune homme regarda son cadeau comme si Evelyn venait d'offrir une montagne d'or à un miséreux, serrant le flacon entre ses mains comme un trésor inégalable. Il avait peur de le casser. Mais en plus, il était rempli de cette essence qui l'avait soignée... Le ramoneur voulut se lever, mais le guérisseur l'en empêcha, s'emparant de nouveau de ses lèvres, sans raison et sans préavis, ce qui fit sursauter le chasseur de primes. Ce baiser fut plus court mais bien plus troublant, car dicté par aucun motif pratique. Cette spontanéité... Pourquoi ? Etait-ce banal, chez les humains, de faire ce genre de choses ? Il avait bien vu beaucoup de gens s'embrasser sur la joue ou sur la main pour se saluer, mais ainsi, sur les lèvres, ça jamais. Il porta ses doigts à ses lèvres, chaviré, gardant dans l'autre main le précieux flacon. Evelyn semblait trouver ca normal. Il le taquina même. Incapable de prononcer un quelconque mot, perdu, il resta figé, les yeux dans le vague, regardant le garçon sans le regarder. Les mots qu'il entendit le sortirent néanmoins de sa torpeur, enfonçant le couteau dans la plaie qu'il s'était lui même forgée toutes les misérables années de son existence. Oui, il savait, il était différent. Toute l'ouverture dont il avait fait preuve s'anéantit en une seconde, il ferma les épaules, baissa la tête, vouta le dos, regarda dans la direction opposée à l'emplacement d'Evelyn. Voilà. C'était dit, c'était sûrement fini. Son dos tremblait un peu. Peut-être par dépit. Dépit de ne pas avir pu comprendre ce garçon avant qu'il ne se détourne de lui, ses gestes etranges, et cette gentillesse.. Mais il était différent, il n'avait rien à faire à ses côtés, c'était tout. Maintenant qu'il s'en était rendu compte et qu'il avait énoncé cette phrase... Rien ne serait comme avant.

Une pression sous le menton, une pression qui le força à lever la tête et à se redresser un peu. Il se tint droit, forcé d'admettre que ce n'était pas très poli envers un humain de se tenir ainsi prostré, comme méfiant, alors qu'il devait servitude et reconnaissance envers ces êtres. Les paroles n'allaient pas avec son scenario. C'était trop gentil. Ce n'était pas discriminatoire. Il le traitait comme un être égal aux autres, voire quelqu'un de valeur. Il s'en croyait pas ses oreilles. Etait-il stupide ? Ou aveugle ? Ou hypocrite ? Ou vraiment... Vraiment... tellement gentil ? Le guérisseur tourna la tête au bon moment, étant donné que ce fut l'instant où une larme se détacha de ses yeux, dévalant sa joue peinturlurée de ternes couleurs. Il l'essuya tout de suite d'un geste précipité, presque rageur envers lui même.

    « ... »

Avait-il bien entendu les paroles d'Evelyn ? Ces paroles étaient aussi méchantes envers lui même qu'il avait été gentil envers le ramoneur ! Ce n'était pas possible, ce n'était pas même envisageable pour l'ouvrier, qui ouvrit de grands yeux effarés. Pensait-il vraiment ce qu'il disait ? Pensait-il vraiment ne pas être une personne importante ? Le ramoneur garda le silence un instant, avant de se lever du lit à son tour. Tenant avec déférence le flacon d'essence de térébenthine, ses pas se faisaient plus mesurés qu'à l'habitude, craignant de briser le cadeau du guérisseur. Il arriva à son sac, et le rangea soigneusement, dans une poche plus à l'abri que les autres. Son allure donnait un peu l'impression qu'il allait s'en aller, laissant le traqueur planté là. Néanmoins, il ne fit que tirer sa bouteille de peinture la faisant glisser entre ses doigts rugueux. Laissant Evelyn ranger, un silence pesant s'installant entre les deux hommes, la peinture déboucha sa bouteille et s'abreuva à la seule nourriture capable de lui apporter satisfaction, seule nourriture capable de lui redonner l'energie qu'il avait perdue en se blessant. Au fur et à mesure qu'il buvait, son teint se fonça un peu, retrouvant les couleurs gris de Payne dont il était fait. Une fois qu'il se sentit repu, il posa la bouteille, et osa enfin briser le silence, ayant durant tout ce temps formulé des phrases dans son esprit pour ne pas paraître aussi rustre qu'il ne l'était.

    « ... Vous avez raison, je suis... "différent", mais cela ne me donne pas vraiment de valeur. Je ne suis qu'une croûte peinte par dépit, animée par erreur. Si vous voulez de la valeur, il faut chercher autre part, je connais une peinture moins quelconque que moi.»

Il fit un petit pas en avant, restant malgré tout fuyant et mal à l'aise sans son chapeau et tout ce qui lui servait à se cacher.

    « Je... Je n'essaye pas d'être comme vous autres, humains, j'essaye juste de.. de vous aider, et de racheter les erreurs que j'ai commises... Je ne demande rien d'autre que de l'indifférence, c'est tout ce qu'une peinture comme moi doit susciter. »

Toutes ces paroles sincères lui brulaient les lèvres, tant il crachait du venin contre lui même. Il fit un autre pas en avant, timide, mal assuré.

    « Mes sens sont atrophiés par rapport à vous, mes capacités aussi, tant physiques qu'intellectuelles ou morales... Je ne suis pas quelqu'un de valeur. »

Il attrapa la manche d'Evelyn, se forçant à affronter son regard d'emeraude.

    « Alors... Pourquoi ? Pourquoi... Vous m'avez aidé, vous continuez de m'aider, vous m'offrez un cadeau... V-vous m'embrassez, comme ça... C'est.. c'est cruel, vous savez, de vous moquer de moi, d'avoir autant de pitié !... C'est.. c'est vraiment cruel... »
Ses larmes avaient largué les amarres, seuls témoins d'une certaine humanité, eau parmi la peinture, dévalant ses joues grises comme la raison semblait dévaler la pente de la folie, s'ecrasant contre le sol comme autant de méchancetés proférées à l'egard de sa personne, comme à l'égard d'Evenlyn. Il savait que ce n'était pas de la pitié, ni de la moquerie, il savait que sa sincerité n'avait d'égale que sa bonté. Le longiligne ramoneur finit par céder, prenant entre ses bras le torse d'Evelyn, pleurant sur son épaule, murmurant avec dépit

    « C'est si cruel.. d'être si gentil avec moi... »




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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Mer 2 Sep - 19:36

Ahh si tous les traqueurs avaient été du genre d'Evelyn, il y aurait bien trop de criminels en liberté ! C'était une bonne chose que tous ne soient pas comme lui en somme. Car autrement, la police serait nettement moins efficace. Eve n'était pas un bon traqueur. Il était trop droit, trop scrupuleux, trop gentil. Les traqueurs les plus efficaces n'étaient pas comme lui. Ils appliquaient plus souvent le précepte suivant : "la fin justifie les moyen". Evelyn n'était pas tout à fait d'accord avec cela. Et avouons le, un traqueur qui préfère sauver la vie d'un criminel plutôt que l'arrêter par tous les moyens. Ce n'est pas courant, et heureusement. Le Beehive était un cas à part. Un original. Un énergumène qu'on appréciait moyennement dans sa hiérarchie. Donc non, la gentillesse n'était pas la première qualité des traqueurs. Loin de là. Même chez les guérisseurs ce n'était pas toujours le cas.

Mais après tout, l'habit ne fait pas le moine. Et ce dicton semblait s'appliquer aussi au ramoneur : les chasseurs de prime ne sont habituellement pas si timide. Ils sont plus souvent violents, et clairement dérangé. Pourtant, ce petit ramoneur était un havre de timidité, de manque de confiance et sans doute d'honnêteté et de gentillesse. Au final, il se ressemblait par ce point, il ne ressemblait pas à leurs confrères. Et donc, il était chasseur de prime. Un métier dangereux, fait en solitaire. C'était peut-être pour cela qu'il semblait si effrayé par les contacts sociaux, il devait travailler seul depuis des années. Evelyn fut par contre déçu de ne pas comprendre son prénom. Son ouïe ne lui faisait pourtant pas souvent défaut, mais là… Sør… Ce n'était pas un prénom… Juste un fragment… Quel dommage qu'il fut inattentif à ce moment là, n'entendant qu'un marmonnement inaudible. Tant pis, il l'entendrait bien une nouvelle fois ce prénom. De toute façon le début de ce prénom ne plaisait guère à l'abeille, il avait des sonorités bien trop froide pour ce garçon. Parfois les noms semblent si mal choisis qu'on préfère ne pas les employer, ou alors, les changer. Peut-être trouverait-il un autre nom au petit ramoneur, un prénom qui mette en valeur sa personnalité. Mais chaque chose en son temps.

Il pansa la plaie avec attention. Même si son remède était bien moins efficace que ce qu'il réussissait à faire habituellement. Dans le cas présent, son savoir lui semblait si limité. Il n'avait que peu de connaissance en peinture… Et c'était de ces connaissances là qu'il aurait eu besoin. Ainsi donner le flacon de ce modeste remède, c'était un moyen de se faire pardonner sa méconnaissance. Il ne pouvait guère faire mieux. Peut-être avait-il des huiles ou des essences bien plus efficaces, mais comment savoir lesquelles ? Il ne pouvait risquer de les tester sur son patient comme il avait testé ses remèdes sur lui-même. On ne risque pas la vie des autres comme la sienne. On est toujours plus respectueux des autres. Ils ont toujours plus de valeur que soi. Forcément. Et pourtant, ce modeste service, ce modeste don émut énormément le garçon. Eve n'aurait pas pensé lui faire tant d'effet ! C'était disproportionné. Son cadeau était justifié. Ce n'était rien.

D'ailleurs, son envie coupa court à cette effusion de remerciements qu'il ne méritait pas. Il ne comprit d'ailleurs pas pourquoi il avait tant envie d'embrasser à nouveau ce garçon. Ce n'était pas dans ses habitudes. D'ailleurs, c'était la première fois qu'il embrassait quelqu'un par réelle envie. Pas, par besoin. Ce deuxième baiser était autrement plus sincère que le premier. Plus vrai. Plus désiré. Plus spontané. Plus incompréhensible. Pourquoi une telle envie ? Voulait-il prouver au ramoneur qu'il était bien plus attirant que ce qu'il voulait se laisser croire ? Etait-ce par défi ? Etait-ce par pure affection pour ce jeune homme sauvé d'un funeste avenir sans doute ? Il ne savait pas vraiment, peut-être pour toutes ces raisons à la fois. Peut-être aussi parce qu'il avait envie de laisser ce petit ramoneur entrer dans son cœur glacé. Peut-être.

Le fait était que ce baiser les troublait autant l'un que l'autre. Sans doute pour des raisons différentes. Et puis, il parla. Peut-être aurait-il du se taire. Il sentit bien que ses premières paroles crispèrent le garçon. Il avait peur qu'il le rejette à cause de ses différences ? Sans doute. Cela devait lui être déjà arrivé, et on a souvent peur que les mauvaises choses se répètent. Evelyn ne put s'empêcher d'avoir un pincement au cœur en le voyant ainsi. Il avait du tellement souffrir de ses différences. Sa vie avait du être un calvaire, et il avait du porter seul sa croix. C'était terrible de voir cela. Et pourtant, il y avait tant de gens méritant l'affection qui n'en recevait pas. Ce ramoneur en tête sans doute. Mais ce n'était pas un pauvre guérisseur comme lui qui pourrait y remédier. Il pouvait guérir les plaies les plus profondes, mais celles de l'âme, c'était impossible. Il n'arrivait déjà pas à soigner les siennes, comment pourrait-il soigner celle des autres ? C'était impossible.

Sans doute était-ce parce qu'il prenait conscience de cela qu'il préféra se détourner de ce garçon. Il ne pouvait pas l'aider. A part dire ces quelques mots pensés au plus profond de lui-même, que pouvait-il faire ? Rien. Ses mains attrapaient les étoffes par prétexte. Occupant son esprit pour éviter la culpabilité. Sans s'en apercevoir, il mordilla nerveusement sa lèvre. Qu'il était stupide. Jamais il ne pourrait l'aider. Il était trop insignifiant pour cela. Que pouvait faire une reine des abeilles dans un monde qui la dépassait ? Face à des personnes autrement plus complexes et plus importantes que lui. Car même si il était orgueilleux quand il s'agissait du bonheur des autres et de leur bonne santé, Evelyn ne pensait pourtant pas avoir beaucoup de valeur en tant qu'individu.

Le ramoneur se leva. Le guérisseur le suivit des yeux. Il allait partir ? C'était peut-être mieux après tout. Même si cette pensée donnait envie au Beehive de pleurer. Il n'avait pas envie qu'il parte. C'était idiot. Il allait partir, alors autant qu'il le fasse avant que la séparation ne soit douloureuse. Evelyn ne devait pas s'attacher à lui, ce serait trop dur après. Et puis… Il ne partit pas. Eve l'observa, agenouillé à côté de sa valise. Il buvait de la peinture ? Oui. Ce n'était pas si surprenant que cela. C'était même normal vu sa constitution, mais un court instant, l'abeille l'avait oublié. Il arrêta bien vite de le fixer, se concentrant à nouveau sur ses vêtements. Il lissa les plis avec nervosité. Pourquoi tant de malaise ? Il ne savait pas. Le bruit de la bouteille posée, le ramena sur terre. De même que les paroles du garçon. Il releva ses yeux vers lui.

Les premiers mots confirmèrent son intuition, même si elle n'en demandait pas vraiment. La suite lui parut foncièrement injuste envers lui-même. Comment pouvait-il se dénigrer ainsi ? De la valeur, il en avait ! Eve en était sûr ! Qu'importait qu'il soit un modeste ramoneur, il avait de nombreuses qualités, de lui n'émergeait que de la bonté. C'était suffisant pour qu'il ait de la valeur pour l'abeille. S'il n'en avait pas pour les autres, pour lui, il en avait plus que beaucoup !

Evelyn se leva, quittant son rangement prétexte. Ce que disait le ramoneur. Ces mots. Il les trouvait tellement injustes ! Il ne méritait que l'indifférence ? Mais pourquoi ? Pourquoi décrétait-il cela ? Il méritait bien plus, comme tout être. Et quand bien même il n'essayait pas d'être comme eux, il leur ressemblait tant. Ne ressentait-il pas des sentiments comme eux ? Si c'était le cas, alors il leur était semblable en tous points, seuls quelques détails changeaient. Mais rien ne le faisait devenir aussi méprisable. L'indifférence était le sentiment le plus méprisable. Il ne le méritait vraiment pas ! C'était injuste. Injuste. Il avait de la valeur ! Quand bien même ses capacités étaient effectivement atrophié. Evelyn aurait voulu dire quelque chose, mais il avait l'impression que s'il parlait, il allait le couper dans un discours bien plus long. Il se contenta de le regarder, les sourcils légèrement plissés, l'air attristé. Il était triste d'entendre quelqu'un se médire ainsi.

Le garçon attrapa sa manche. Et il eut l'impression d'avoir accroché à lui la main d'un enfant qui avait peur de l'abandon. La suite du discours laissa Evelyn sans voix. Il avait l'impression qu'on lui faisait un procès. Pourquoi l'avait-il aidé ? Pourquoi continuait-il ? Que d'étranges questions ! Et puis… Il se sentit violement blessé. Se moquer de lui ? Avoir pitié de lui ? Non. Jamais. C'était faux ! Et les larmes qui coulèrent sur ses joues ne firent qu'accentuer la douleur qui déchira son cœur. Il se souvenait à présent pourquoi il avait depuis des années refusé de s'attacher à qui que ce soit. C'était trop douloureux. Même quand tout devait être heureux.

Le garçon finit par arriver contre lui. Il sentit l'humidité de ses larmes dans son cou. Et il osait dire qu'il n'était pas humain ? Avec de telles larmes, Eve ne pouvait le croire. Comment aurait-il pu pleurer s'il était si atrophié ? L'androgyne passa une main sur ses cheveux, les caressant doucement. De l'autre, il sortit la tête du garçon de son cou. Il posa son front sur le sien. Sa main passa doucement sur ses joues, essuyant ses larmes. Il n'était pas loin de pleurer lui ausssi. Ses yeux verts brillaient d'humidité, mais il se contrôla tant bien que mal.


"Je ne voulais pas te blesser… Je… "chuchota-t-il d'une voix tremblante.

Il ne savait pas par quoi commencer. Comment lui expliquer tout ce qu'il avait pensé en l'entendant ? Comment lui enlever toutes ces idées qu'il s'était mis en tête ? Comment lui faire comprendre sa valeur ? Comment le lui prouver ? Il laissa sa tête appuyé contre la sienne, fermant les yeux, ses doigts ondulant toujours dans ses cheveux et sur sa peau pour enlever ses pleurs.


"Il existe un clan de guérisseurs qui jurent dès leur plus jeune âge qu'il soigneront n'importe quelle personne dans la détresse. Sans exiger de lui quoi que ce soit. Qui qu'il soit. Notre seul but est de le guérir, de le soulager de ses maux. Qu'il soit bon ou mauvais. Qu'il soit comme nous ou différent. "

Il rouvrit ses émeraudes, une larme coulant le long de sa joue. Il ne fit rien pour la cacher.


"Seulement, ce clan oublie bien souvent qu'il n'y a pas que la douleur physique qui blesse. C'est pour cela que même en étant la Reine de ce clan, je l'ai quitté. Pour que les gens ne souffrent plus de la perte d'un être cher. Mais je me suis aperçu que là encore, ce n'était pas suffisant. Il y a d'autres douleurs. "

Il marqua une pause. Caressant doucement la joue du ramoneur.

"Il y a des personnes qui manquent d'attention, d'amour, d'affection. Des personnes qui parce qu'on les a trop souvent blessés et rejetés pensent ne plus rien valoir. Qui pensent être des sous hommes. Des personnes comme toi. Je ne pourrais sans doute jamais toutes les aider. Et même je ne peux pas faire grand-chose… Seulement les assister du mieux que je peux. Leur donner un peu de mon amour. Je ne pensais pas que celui-ci te blesserait. Je ne pensais pas être cruel en t'appréciant, gentil Ramoneur… "

Evelyn décolla doucement son front de celui-ci du garçon, se mettant sur la pointe des pieds, il déposa un baiser dessus. Un geste bien innocent, sans équivoque. Juste signe de son affection. Puis il serra le garçon dans ses bras.


"Laisse moi t'aimer un peu. "murmura-t-il en calant sa tête dans son cou.

Quelques nouvelles larmes avaient dévalé ses joues. Mais il ne fit rien pour les arrêter. D'ailleurs aurait-il pu le faire ? Depuis le temps qu'elles n'avaient pas coulé, il fallait bien qu'elles sortent.
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Jeu 3 Sep - 18:23

C'était stupide. Quoi ? Sa situation, ses larmes, et puis ses paroles étaient stupides. Mais il ne parvenait pas à comprendre cette personne. Ses longs bras s'accrochaient au dos d'Evelyn, ses épaules tremblaient, incapable de rester frtes, peut-être par stupidité. C'était stupide, voilà tout. Encore une fois, on lui disait de gentilles choses, encore une fois, malgré les avertissements de sa conscience, il avait tellement envie d'y croire ! Et à force d'être tiraillé de tous côtés, il ne savait pas en qui faire confiance. Cela ne faisait pas si longtemps, cela ne faisait que quelques minutes, à bien y compter, qu'ils s'étaient vus pour la première fois ! Mais déjà, il pleurait dans ses bras. Que s'était-il passé entre temps ? Trois fois rien. Ou déjà trop. Trop de franchise, de bonté de la part d'Evelyn, ou trop de volonté de la sienne. Trop d'espoir, aussi, et trop de bêtise. Les inconnus ne faisaient pas ça. Il ne savait presque rien du guérisseur, et celui-ci avait peut-être fait le tour de la question en ce qui concernait le ramoneur. Il savait à peu près tout ce qu'il y avait à savoir, le reste n'était que fioritures insipides et dénuées d'intérêt. Mais il ne savait rien d'Evelyn. Il ne savait même pas si tout ce qu'il lui avait dit était vrai, ou des faits inventés pour l'occasion. Il ne le connaissait pas. Il savait juste que comme tout le monde, humain ou non, ses belles paroles n'avaient pas de sens, ou n'en aurait bientôt plus, lorsqu'il se sera joué de lui... Comme tout le monde. Ce n'était que des mots, ce n'était pas la réalité. A quoi bon essayer de croire à une illusion, même si on savait qu'on allait se brûler ? Peut-être parce qu'on a envie de croire aux lendemains meilleurs. Et ses larmes dénuées de toute la convenance que le ramoneur savait se donner exprimaient peut-être ce combat futile qui se terminerait forcément sur une tragédie. Car comme toujours, il allait donner sa confiance, et comme toujours, il la retrouverait brisée en mille morceaux, raillé, rayé, raté.

Evelyn sentait bon. Il ignorait si c'était l'effet d'un quelconque parfum, effeminé comme il était ce n'aurait rien d'étonnant, si c'était l'objet de son imagination ou un arôme presque naturel se déposant sur les sveltes épaules du guérisseur. C'était agréable, en tous cas, même si l'amer goût des larmes lui donnait tout de suite une intonation moins heureuse. Il sentit la main d'Evelyn dans ses cheveux, comme dans la rue, même si ce geste n'avait plus vraiment la même signification. Comme doués d'un etrange pouvoir, ses doigts absorbèrent la tension qui s'était accumulée dans les recoins de sa médiocre âme. D'un coup, les questions qui volaient dans l'esprit du garçon, les interrogations, les doutes et la mauvaise conscience s'évaporèrent, comme un mauvais rêve que l'on a tôt fait d'oublier. C'était vraiment le meilleur des guérisseurs. Il savait tout guérir. D'un geste. Comme ça. D'une simple volonté, presque. Toutes les blessures, il semblait pouvoir les panser. Il ne le connaissait pas, certes, mais...

Sans trop qu'il s'en rende compte, Evelyn avait relevé la tête du ramoneur, et il dût affronter son regard de nouveau, ses yeux sombres remplis du néant le plus absolu devant de nouveau se mesurer au regard intense des émeraudes pourvues de toutes les qualités qu'avaient les prunelles humaines. Il brulait d'envie de detourner les yeux, n'arrivant cependant pas à eclipser sa vue. Comme toujours, il ne pouvait que subir les actions du guérisseur, comme si celui-ci était doué d'une autorité naturelle. Là était peut-être le pouvoir du guérisseur, ou du traqueur... Là était peut-être seulement le pouvoir D'Evelyn Beehive. Il ne put qu'accepter la main douce du jeune homme sur son visage humide des larmes légèrement teintées de la couleur de sa peau. qui coulaient toujours, plus silencieuses. Son sauveur semblait si triste que le remords l'assaillit, chuchotant à son oreille qu'il avait été stupide, de parler tant, pour dire tant de bêtises... Encore une fois. Il ferma les yeux, agité d'un sanglot, en entendant son interlocuteur se justifier. La voix d'Evelyn était douce, sucrée. Agréable à entendre, tellement plus agréable que la voix insignifiante dont le hasard l'avait doté. C'était l'une de ces jolies voix qui donnaient envie de tout laisser de côté, bien que le garçon n'arrive pas à larguer les amarres, lesté par toutes les questions inutiles qui le tourmentaient. Malgré tout, il écouta attentivement l'histoire du guérisseur, ignorant où il voulait en venir, ne sachant pas vraiment ce qu'il souhaitait dire, ce qu'il souhaitait tirer comme leçon. C'était presque un récit pouvant commencer par il était une fois, et le jeune homme ne mit pas longtemps à comprendre qu'Evelyn parlait indirectement de sa propre expérience. Il parlait de lui, partageait des informations sur sa personne avec lui. Le ramoneur rouvrit légèrement les yeux, étonné de cette attention, découvrant le visage paisible du garçon, presque trop paisible, comme résigné. L'histoire que conta Evelyn l'étonna parfois, n'ayant jamais entendu de pareil clan, et ne sachant soudain plus vraiment où situer son interlocuteur. S'il était Reine, alors il était une fille, tout comme la Reine de coeur... non ? Il avait dû se tromper avec impolitesse, en se basant sur son torse plat et son menton dessiné plus comme celui d'un adolescent que comme dcelui d'une jouvencelle. Mais ces questions pratiques mises à part, il se demandait surtout pourquoi Evelyn avait quitté son clan, ne connaissant rien des raisons sous jacentes ayant dicté le choix du jeune homme-femme, n'arrivant pas vraiment à les imaginer, attisant sa curiosité, très vite repoussée par son sens des convenances.

Les questions se pressaient de nouveau tant dans l'esprit de la peinture qu'il en oubliait l'essentiel, ce qu'il avait sous les yeux. Les prunelles d'Evelyn. Ces yeux encore etrangers d'où coulaient une larme, ces yeux pourtant presque familiers qui exprimaient avec franchise ce que ressentait leur propriétaire, telle la digne fenêtre de l'âme humaine. Ces yeux qui le fascinaient autant qu'il le troublaient. Il avança une main timide. Il n'y avait pas d'hésitation à avoir, il faisait la même chose pour lui. Il ne savait pas si il en avait le droit. Son devoir en tant que subordonné des humains devrait l'empêcher tout acte trop franc... Mais ce fut son affection qui dicta à ses doigts de recueillir la perle qui roulait le long de la joue de l'abeille déchue. Ils ne se connaissaient que depuis environ une demie heure, mais arrivaient tout de même à larmoyer chacun dans les bras de l'autre, et à raconter avec les mots les plus simples les plus grandes blessures que leurs êtres recelaient, que ce soit la certitude qu'avait le ramoneur d'être inférieur à tout que l'impuissance que ressentait Evelyn devant les plaies qu'il ne pouvait soigner. Cela pouvait paraître si ridicule ! Ces pauvres êtres étaient-ils fous, en en tel manque d'amour qu'ils se confiait au premier venu, au premier être qui savait trouver les mots ou les gestes justes, ces pauvres hères étaient finalement bien superficiels, pour s'arrêter à la première impression et à commencer à livrer ou étaler tout ce qu'ils avaient sur le coeur ! Que certains êtres étaient pathétiques, desespérés de trouver quiconque les comprenne tant ils étaient marginaux, ou complètement à côté de la plaque... Cet humain était inconscient, à s'attarder trop sur un cas qui ne méritait pas d'être évoqué... Les dernières paroles insurgèrent un peu le ramoneur, qui tenta de répondre par ses bégaiement peu construits et assez incomprehensibles habituels

    « Ce n'est pas que cela me... Ca me... Vous... »

Ce n'est pas que cela me blesse, ca me fait peur. Vous êtes trop gentil. Cela ne cacherait pas quelque chose ? Ce n'est pas possible que quelqu'un soit aussi gentil envers moi sans attendre quoi que ce soit en compensation. C'est pas normal. Vous finirez, comme tous les autres, par me laisser tomber, de toutes façons. Mais je suis bête, vous savez ? J'ai envie d'y croire. J'y crois, de tout mon coeur. Tant pis si je me trompe. Je mise tout l'espoir qu'il me reste. Au moins, si ils étaient de nouveau trahis, ce serait pour toujours.

Il ne sut le dire, ne faisant que le penser. C'était un inconnu. Mais c'était le genre d'inconnu qu'il ne rencontrerait jamais une deuxième fois. C'était maintenant où jamais. Les lèvres d'Evelyne déposèrent un autre baiser, sur son front cette fois. Le ramoneur ne sut pas vraiment ce que cela voulait dire, si l'affection qui y était mise était différente que dans les précédents, mais il se sentit etrangement apaisé. Peut-être parce qu'il avait pris une décision, si bancale et incertaine fût elle. Ainsi, lorsque Bee cala son menton contre son cou, une petit bouffée d'enivrement vint perturber ses sens, une euphorie qu'il ne sut vraiment expliquer, et une gene qui n'avait rien de l'embarras.

    « J-j-je.. sais pas trop comment ca... comment ca marche mais... »

Il se mordit la lèvre, décidément incapable de s'exprimer correctement. Un frisson parcourut son échine lorsqu'il conclut sa phrase

    « Je veux bien si vous... m'y autorisez aussi ! »

Sans attendre de réponse, le ramoneur posa une bise hésistante sur la joue d'Evelyn, ses lèvres tremblantes ne faisant finalement qu'effleurer la peau blanche de l'androgyne. Prenons les paris. C'était un quitte ou double, et tout reposait sur les choix qu'ils feraient. Néanmoins, il ne put contenir les graves questions existencielles qui l'assaillaient, même si l'ambiance allait s'en trouver quelque peu biscornue. Il tira légèrement la manche d'Evelyn, indécis.

    « ... Evelyn... Vous êtes... quoi ? Enfin.. vous êtes Reine de... de votre famille mais... vous... Enfin... Une femme ou un... homme ? »

Le ramoneur détourna le regard, un sourire crispé peint sur son visage, les index collés, donnant une impression de gamin en faute

    « Pa... Parce que vous m'avez embrassé, alors vous devez être une femme, non ? Enfin je... sais pas en fait. Ce serait.. etrange que... non ? Enfin le genre de baisers que... c'est surtout une et un... enfin... euh. Désolé, pardon ! »

Si il ne pouvait pas vraiment rougir, ses pigments foncèrent un peu, en proie à une terrible gêne, ce qui lui arrivait relativement rarement, et il se détourna en laissant échapper un rire nerveux, attrapant mécaniquement son chapeau pour le mettre sur la tête, sans trop savoir à quoi cela lui servirait. Il ne comprenait décidément pas tout, et il ne savait pas vraiment quel sens le terme qu'avait utilisé la reine dans sa dernière phrase prenait. Pour lui, si peu habitué aux autres, un humain allait avec une humaine, et après il y avait les bandes d'amis qui étaient en général mixtes et fort hétéroclites. Le ramoneur se retourna pourtant, retirant son bonnet, se rendant compte que cela ne lui servait strictement à rien. Il se rendit compte du côté burlesque de la situation et bégaya

    « ... Je.... je suis encore pas très habitué à... « ça » alors ... pardonnez mes bêtises ! »

Ses paroles se muèrent en rire timide, le premier rire sincère qui passait ses lèvres depuis bien longtemps.

Il voulait bien tout risquer.




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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Sam 5 Sep - 21:27

Les mains du garçon s'accrochaient au dos d'Evelyn. Elles semblaient si désespérées. Si tristes. Si esseulées. Le guérisseur ne put que le trouver touchant. Trop touchant. Trop humain. Tous ses gestes criaient son humanité. Pour une peinture, il était bien plus représentatif du genre humain que beaucoup de ses vrais représentants. Peut-être était-ce pour cela qu'Evelyn l'avait pris en affection ? Sans doute. La seule chose qu'il n'arrivait pas à comprendre, c'était pourquoi était-ce sur son épaule que ce petit ramoneur pleurait. Il ne se connaissait guère et pourtant… Pourtant, il étaient là serrés dans les bras l'un de l'autre. Comme si c'était naturel. Et pour, lui, ça l'était. Même si c'était bien étrange. Les cheveux du garçon était durs entre ses doigts, épais, et mais il aimait leur contact. Il était rassurant. Il se souvenait des mains d'Hayleh dans ses cheveux, et lui caressant les siens. Oui, ce geste avait toujours eu un aspect agréable pour lui. Et il le resterait. Tant qu'il pourrait jouer avec les mèches de ce petit homme au teint cendreux.

L'eau sur ses doigts était grisonnante. Chaque goutte enlevait un peu de pigment de sa peau. Il ne fallait pas qu'il continue à pleurer. Il perdrait ses couleurs. Ses jolies couleurs. Les plus jolies couleurs qu'on puisse trouver pour un tableau. Même le noir profond de ses yeux. Eve le trouvait beau. C'était un noir dans lequel il aurait était facile de se perdre, des ténèbre mystérieux, ne laissant pas voir les émotions de ce charmant garçon. Des yeux ne miroitant pas des émotions feintes. Des yeux ne trahissant juste rien. Sa petite voix murmura des excuses – du moins, c'est ce qu'Evelyn devina. Il n'avait pas à s'excuser… Chaque sanglot du garçon était un peu plus douloureux pour lui.

Alors il se justifia. Il lui expliqua pourquoi il voulait tant l'aider. Pourquoi il voulait faire ce qu'il n'avait plus fait depuis Hayleh. Il lui raconta pourquoi il voulait soigner son âme. Comme il l'avait fait avec elle. Seulement, cette fois… Cette fois, il ne laisserait personne briser ce ramoneur. Personne. C'est sans doute à cette pensée que la larme sortit de ses yeux. Penser qu'il puisse à nouveau perdre quelqu'un de précieux l'attrista. Mais la main du ramoneur effaça cette perle d'eau. Doucement, presque craintivement, mais dans ce frôlement, Evelyn sentit toute son affection, sa tendresse. Ce n'était pourtant pas grand-chose. Pourtant, pour l'abeille, c'était un geste qui en disait bien plus long que de longs pamphlets, de longues tirades. De plus, c'était bien moins mensonger. Eve sourit légèrement…

Ils étaient peut-être ridicules, peut-être désespérés, peut-être de foutus idéalistes. Mais franchement, il s'en fichait. S'il pouvait rendre ce gentil ramoneur heureux, c'était l'essentiel. Qu'ils soient ridicules, c'était secondaire; Et puis ridicules aux yeux de qui ? Il n'y avait personne ici pour les juger ? A part destinée, mais celle-ci semblait décidé à roupiller tranquillement sans se soucier d'eux !

Evelyn ne comprit pas bien le bégayement de son protégé. Il n'y répondit que de son petit baiser sur son front. Il avait le choix. C'était le sien. Juste le sien, et Evelyn l'accepterait. Il espérait bien qu'il voudrait bien. Oui, il l'espérait sincèrement. Mais si ce n'était pas le cas, il reprendrait ses distances. Même s'il savait que des peintures dans ce genre, ça ne court pas les rues habituellement. Sa tête calée dans son cou, il attendait avec une certaine appréhension sa réponse. Il ferma les yeux en entendant le début de sa phrase, c'était mal parti non ? Puis il les rouvrit, heureux ! Il sortit son visage de son cou. Le garçon déposa une bise sur sa joue. C'était un baiser très éphémère. Un contact à peine perceptible, timide et pudique. Mais pour Eve ce fut énormément !

Il allait répondre qu'il l'autorisait avec plaisir. Quand il lui attrapa sa manche et lui posa une question… qui fut à la fois drôle et assez gênante pour lui. Etait-il un homme ou une femme ? Parfois il lui arrivait de l'oublier lui-même. C'était si peu important pour lui. Et puis, ça nécessitait toujours des explications. Et puis… Et puis était-ce important pour le ramoneur ? Vraisemblablement oui. Vu comment il réagissait. Oui, normalement, ce n'était qu'un homme et une femme qui s'embrassait. Alors non, normalement, il n'aurait pas du l'embrasser. Oui, c'était bizarre. Mais… Etait-ce important ? Il avait l'air si gêné. A mettre et enlever ainsi son chapeau. Le fameux chapeau. Ce chapeau qu'il avait tant de mal à quitter. Il ne disait rien observant juste le petit ramoneur avec un air amusé. Essayant d'oublier sa propre gêne.

Son rire le ramena sur terre. Il fallait bien lui dire la vérité non ? Lui dire qu'il n'était qu'un imposteur dans des vêtements féminins. Oui, c'était la moindre des choses. Il lui sourit doucemen
t.

"Non, c'est normal que tu te poses des questions… J'ai un physique assez ambigu... Et j'en joue… C'est ma faute."dit-il doucement en secouant la tête pour l'excuser.

Il se baissa vers sa valise, fouillant dans celle-ci, au fond il devait bien avoir ce qu'il voulait. Destinée piailla un peu d'être ainsi dérangée. Mais une caresse la fit se rendormir quasi instantanément, il fallait croire que sa petite course l'avait fatiguée. Pauvre petite bête. Il trouva vite les vêtements en question, laissant l'animal en paix dans les bras de Morphée.

Il tenait dans ses bras une chemise et un pantalon. Des vêtements masculins. A peu près les seuls qu'il avait en fait. Il les posa sur le rebord du lit. S'il les mettait, le ramoneur comprendrait sans doute mieux à quel sexe il appartenait. Et puis, ce serait moins gênant pour son protégé. Les choses seraient clairement visibles. Pas comme à cet instant.

"En fait, je suis un homme… Mais… Je préfère porter ces vêtements là… Pour des raisons personnelles…"dit-il en désignant sa jupe et son haut corseté, d'une voix peu assurée et laissant filtrer une pointe de tristesse.

Il s'assit sur le lit. Il se pencha pour enlever ses bottines. Puis ses bas glissèrent le long de ses jambes effilées, révélant une peau blanche et d'une exquise finesse. Il retira de ceux-ci, de petites pochettes dissimulées dans les dentelles, contenant en fait ses aiguilles. Il les posa à côté de lui, de même que les résilles. Il se releva pour enfiler son pantalon de toile gris. Celui-ci suivait les courbes de ses jambes sans en être vulgaire de promiscuité. Eve dégrafa sa jupe et la fit glisser par terre, la ramassant pour la mettre de côté. Ne restait plus que le haut. Pour cela nul besoin de manœuvre pour ne pas heurter la pudeur de son compagnon, il défit doc le lacet qui tenait ledit haut, et l'ôta tout simplement. L'absence de corset montra au grand jour sa virilité. Son torse était totalement plat. Seulement, sa minceur pouvait effectivement habillée, porter à confusion. Il saisit la chemise blanche et l'enfila prestement. Il n'avait pas jeté un regard au ramoneur pendant cette courte manipulation. Il le releva vers lui en finissant de fermer sa chemise.


"C'est mieux comme ça non ? "demanda-t-il en faisant un tour sur lui-même.

Il eut un petit rire. Un rire innocent, cristallin. Il n'avait vraiment plus l'habitude de porter des pantalons, sentir le tissu effleurer sa peau, cela lui fit un étrange effet. On oublie vite ce genre de détails en fait. Il s'avança vers le ramoneur et prit sa main dans la sienne, mêlant ses doigts blancs aux siens grisâtres.

"Et pour ce que tu disais tout à l'heure, c'est vrai que ce sont les hommes et les femmes qui s'embrassent ainsi… Normalement… Mais… Enfin, moi, ça ne m'a pas dérangé de t'embrasser comme ça… Mais si tu ne veux pas, je ne le referai plus ! "déclara-t-il d'une voix rassurante.

Après tout, c'était à lui de voir ce qu'il voulait. Evelyn se plierait à ses exigences. Tout lui irait. Tant qu'ils pouvaient rester ensemble. Et ça, ils pouvaient le faire sans embrassades impromptues ! L'abeille lui sourit doucement, attendant sa réponse, patiemment.
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Dim 6 Sep - 9:08

Il était certain d'avoir posé une question absurde, qui indisposerait un peu le guérisseur. Celui-ci venait de lui révéler de précieuses choses sur son être, et tout ce qu'il trouvait à y répondre était une question certainement dénuée d'interêt et totalement hors sujet. Evelyn allait penser qu'il n'avait pas écouté ce qu'il lui disait, tout occupé qu'il était à se poser des questions bassement matérielles, alors que le garçon avait été plus touché que tout de connaître un peu plus sur lui, qu'on lui témoigne assez de confiance pour dévoiler des choses aussi personelles. Plus que l'enchainement d'evenements de sa vie, parfois futiles ou peu représentatifs, le guérisseur lui avait dévoilé sa plus profonde motivation, son but, son inspiration, et ses confessions étaient un beau cadeau pour le ramoneur, qui n'en demandait pas tant. Lui qui auparavant n'avait jamais reçu de présents, il en était comblé, et cela sans demander quelle compensation que ce soit. Ce garçon était vraiment merveilleux, si généreux envers un pauvre ouvrier, un representant des sous-fifres de l'humanité, qu'il lui sembla presque incongru que ce soit la réalité. Il allait se réveiller, quelque part, et se rendrait compte qu'il s'est ecroulé de fatigue après être sorti de l'envers du miroir, et que jamais quelqu'un comme ca ne lui avait adressé la parole, ou même regardé. Et il reviendrait à cette bonne vieille réalité, là où les ramoneurs ne parlent pas aux princes et où les princes se fichent bien des ramoneurs. Mais cette simple possibilité lui serra tant le coeur... Il accrocha son regard à Evelyn, comme pour s'assurer à chaque seconde qu'il ne s'évaporait pas, qu'il resterait là, près de lui, comme il semblait l'avoir promis. Et qu'il ne se fache pas contre lui a cause des questions stupides qu'il posait.

Visiblement, il fut clément envers lui, le gratifiant d'un sourire rassurant. Il se sentit comme un enfant qu'une mère tente de rassurer, ou un enfant qui pose des questions absurdes auquelles sa mère essaye de répondre, avec une patience exemplaire. Un gamin. Une mère ? Quelle pensée malséante ! Il n'avait pas idée de se comparer à un humain. Le ramoneur ne répondit donc guère à ce sourire mais plutôt à ses mauvaises pensées lorsque son expression plutôt ouverte se mua en moue timide et honteuse. Néanmoins, son interlocuteur sembla croire que c'était de sa faute si il posait des questions stupides, et s'en excusa, ce qui valut d'arracher une expression interloquée au chasseur de primes. Celui-ci remua la main comme pour balayer ces paroles insensées et articula

    « Qu-quoi mais non, pas.. vous, enfin... »

Comme toujours, son manque de vocabulaire et de loquacité l'empêcha de parler. Il connaissait certes les mots qu'il fallait employer dans une conversation courante, mais parlait si peu qu'il ne savait pas imbriquer les mots les uns avec les autres avec la même rapidité que ses compatriotes humains, ce qui lui valait de paraître toujours aussi ridicule. Cela l'amusait, et il ne put que sourire de sa bêtise. Quoi qu'en dise le gentil guérisseur, il était tout de même bien moins intelligent que lui. Evelyn semblait en tous cas vouloir réparer cette faute qu'il n'avait pas commise en lui expliquant ce qu'il était vraiment, fouillant dans sa valise à la recherche de vêtements. Ne voulant pas déranger, l'ouvrier se fit tout petit, contre le mur, observant avec une certaine curiosité les agissements d'Evelyn. Le petit cri de Destinée le fit sourire, la petite boule de poils et de plumes étant vraiment adorable à ses yeux. La plus petite des créatures de ce monde était merveille, et le petit griffon ne faisait pas exception à sa vision du monde. Il observa donc avec bienveillance l'animal se rendormir, préférant ne pas sembler scruter Evelyn avec trop d'insistance, bien qu'il fût assez désireux de savoir ce que cherchait l'abeille. L'androgyne mettait tellement de coeur à toutes ses tâches, que ce soit son oeuvre de guérisseur ou ses réponses au ramoneur...

Il finit par avoir sa réponse. Evelyn Bee, malgré son nom, ses habits et ses manières était bien un homme, tel que ses sens l'avaient pressenti, bien que toutes les apparences soient contre cette hypothèse. Il n'avait jamais vraiment vu d'hommes habillés en femme. Du moins, pas exactement pareils. Plutôt des hommes au maquillage extravagant, des gens qui survivaient un peu de la même manière que les femmes, pour satisfaire d'autres attentes que le ramoneur ignorait. Evelyn n'était pas vraiment comme eux... Peut-être un peu plus délicat, dû à sa condition plutôt noble, ou plus discret à cause à son métier. Mais habillé ainsi, il était si... En tous les cas, cette réponse, bien qu'assurant ses attentes, enchaîna d'autres questions plutôt que de satisfaire sa soif. Pour quelle raison preferait-il porter des vêtements féminins... ? Etre un individu masculin ne lui plaisait peut-être pas, se dit l'ouvrier, avant de s'asséner que de toutes manières cela ne le regardait pas. Il ne put s'empêcher d'y songer, néanmoins, sans arriver à des solutions satisfaisantes. Il était plus pratique pour se battre de porter un pantalon, et dans sa condition de traqueur... Il jeta un coup d'oeil au traqueur, ce qui le fit instantanément sortir de ses reflexions. Que faisait-il, il se déshabillait ?! La peinture sembla presque blêmir. L'abeille venait d'enlever ses bas, révélant sa peau, qui semblait aussi douce et blanche que son cou, ses jambes délicates faisant penser à celles d'une des enfants en jupe courte qui s'amusaient parfois dans les rues avec leurs amies. Les humains avaient beaucoup de chance d'avoir un corps aussi joli, et de pouvoir ainsi l'exposer sans gêne. Mais des personnes qu'il avait vues, Evelyn faisait partie des plus gracieuses. Cette simple reflexion provoqua un frisson qui lui parcourut l'échine, qu'il ne sut expliquer.

    « Monsieur Evelyn, ne vous gênez pas pour moi...»

Sa voix s'était réduite à un chuchotis imperceptible, et l'interessé ne l'entendit certainement pas, étant donné qu'il continua son manège, enlevant une petite boîte émettant un petit bruit qui permit au ramoneur d'identifier des aiguilles, servant sans doute lors des combats. Le style de combat d'Evelyn s'apparentant surtout à la recherche d'immobilisation de l'adversaire. Il fut un temps où il était ainsi, mais ses victimes finissaient ces derniers temps par être de plus en plus dures à ramener vives au commissariat des traqueurs... A moins d'être aussi face à des cas desesperés. L'abeille eut heureusement l'initiative de ne pas se deshabiller entièrement, faisant glisser la jupe entre ses jambes uniquement après avoir revêti son pantalon, epargnant de trop grands chocs au chasseur de primes aussi assuré en combat qu'il était desarmé dans ce genre de situations. Néanmoins, lorsqu'il retira le corset, bien qu'il jetât un coup d'oeil pour s'assurer qu'il etait bien face à un homme, il détourna vite le regard, déconcerté par tant de surface de peau mise à jour simplement à cause d'un stupide caprice de sa part. Il avait certes vu des travailleurs à leur ouvrage dans ce genre d'accoutrement minimaliste mais la situation était sensiblement différente. Il put enfin regarder Evelyn quand il lui posa une question, auquel il n'arriva pas à répondre du tac au tac, observant l'allure générale du garçon. Avec ces vêtements, il lui était presque évident que c'était un individu masculin, bien que certaines allures le faisaient ressembler à une femme dans des vêtements d'homme. Comme si quoi qu'il choisisse, il n'était jamais à sa place. Son allure changeait tellement, comme ça... Mais malgré les vêtements roturiers demeuraient la même stature seigneuriale et la prestance élégante qui émanait de son être, du moindre de ses gestes n'en était pas altérée. Juste différente. Bouche légèrement entrouverte de stupéfaction, le ramoneur ne put rien dire, regardant simplement de haut en bas et de bas en haut l'héritier des Beehive qui ne semblait pas plus gêné que cela, son allegresse ne se gâtant pas sur des détails si futiles. Rien ne s'était passé, il n'avait fait que dissiper un malentendu. Les doigts de l'abeille s'enroulèrent autour des siens, l'air de dire « allez, on oublie ca ?». Les paroles du jeune homme le surprirent autant qu'il devait y répondre pour mettre fin à cette confusion. Mais il commença par commenter le changement qui s'était opéré sur Evelyn, sa langue s'emmêlant toujours sur des mots aussi simples

    « Jmneparenfeuh... Ce... Les vêtements de femme vous vont très bien ! Vous étiez très beau avec ! Enfin, vous êtez touj... Enfinjevoilà.»

Il se mordit méchamment la lèvre pour se punir de dire des choses aussi bêtes et irrefléchies avec un air si niais. C'est pourquoi il enchaîna le plus vite possible, sa voix grave donnant des airs comiques à ses paroles pourtant les plus sérieuses qu'il était possible de dire pour lui.

    « Ca ne...me... Enfin... vous... »

Ah, un blanc. Le ramoneur était si nerveux que ses mots lui échappaient pour de bon, et une ou deux se passèrent sans qu'il ne retrouve ce qu'il voulait dire. Les mots étaient traîtres. Ils trompaient dès qu'il en était possible, et il n'avait pas le tempérament nécessaire pour maitriser les mots. Restaient les gestes. Les mains tremblantes du ramoneur hésitèrent, avant qu'il ne se décide à prendre la tete d'Evelyn entre ses doigts et d'approcher assez son propre visage pour lui assurer à sa manière que ces choses ne le tourmentaient pas. Empruntant les lèvres du jeune homme, il ne laissa son baiser durer qu'une petite seconde, pas assez hardi pour s'eterniser. Les mots lui revenant enfin, il conclut en se séparant du traqueur.

    « Cela ne... me dérange pas. »

Il termina par un sourire timide

    « Et puis, je ne suis pas un homme à part ent..»

Il s'interrompit en voyant le regard d'Evelyn et sa phrase se mua en rictus forcé. Oui, il ne devait pas dire ca, mais c'est bien ce qu'il pensait. Il finit par ouvrir la porte, detournant la tete et le sujet de conversation pour ne pas qu'Evelyn remarque que les pigments les plus sombres lui venaient aux joues.

    « Monsieur Beehive... Je... dors sur le palier finalement ? »





Dernière édition par The Chimney Sweep le Lun 7 Sep - 10:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Dim 6 Sep - 22:02

Lors de son changement de vêtements, Evelyn n'avait pas porté un regard au garçon. Il préférait faire cela au plus vite, pour que ça ne soit gênant pour personne. Après tout, ils ne se connaissaient pas encore beaucoup, et il aurait été gêné de croiser le regard du ramoneur en se changeant. C'était un peu idiot. Après tout, n'avait-il pas senti sa main remonter doucement sur sa cuisse ? Après cela qu'est-ce que c'était que de montrer un peu de son corps ? Et pourtant, cela l'aurait gêné de s'exhiber intentionnellement devant lui. Il n'était pourtant pas pudique. Mais, il ne voulait pas paraître vulgaire. Et puis, il ne voulait pas embarrasser le garçon aussi.

C'était d'ailleurs pour cela qu'il lui posait cette question. Qu'il voulait savoir s'il pouvait l'embrasser comme une femme tout en étant un homme. S'iil pouvait avoir ce genre de relation un jour. Pas tout de suite. Il fallait qu'il fasse connaissance un peu mieux. Evelyn en était certain, mais il voulait tout de même savoir. Pour ne pas faire d'impairs. Ses yeux verts observaient le visage de la peinture. Il semblait ébahi. Etait-ce son changement de vêtement qui lui faisait cet effet ? Qui le faisait rester bouche bée ? C'était un peu excessif non ? Eve ne comprenait pas bien son expression. Etait-il si facile de l'impressionner ? Ses doigts serrèrent doucement sa main, son regard l'interrogeant avec douceur.

Et puis, il articula quelques mots. Toujours aussi maladroitement. Mais cette maladresse rendait ses mots d'autant plus adorables. Il le trouvait beau avec ses autres vêtements ? Vraiment ? Tout en sachant qu'il était un homme ? La surprise se lit un instant dans ses yeux. Une bonne surprise. En général, quand les gens apprenaient qu'il était un homme, il trouvait ses vêtements féminins étranges, voire malsains. Lui, non. Cela lui fit plaisir d'être ainsi accepté. Et il le trouvait toujours beau. Que de compliments ! Evelyn en rougit légèrement, une teinte rosée arrivant sur ses joues blanches. Même si c'était dit avec beaucoup de difficulté, Eve sentait que c'était sincère, et c'était cela l'essentiel. L'abeille répondit à ces compliments par un sourire timide. Il n'avait pas l'habitude d'être complimenté. Du moins, pas sur son physique.

Mais loin de sembler fier de ses compliments, le ramoneur enchaîna sur une autre phrase. Cependant cette fois, même en essayant de mettre des mots entre les mots, il ne comprit pas où il voulait en venir. C'était trop elliptique comme phrase. Il manquait trop de choses. Eve ne captait pas la logique. Ses doigts caressèrent les siens, essayant de le rassurer, lui donner confiance pour qu'il puisse dire cette phrase avec le bon nombre de mots. Au lieu de cela, il trouva une autre méthode pour se faire comprendre.

Leurs mains se séparèrent, le ramoneur voulant faire usage de la sienne. Puis timidement, ses deux mains grises s'approchèrent de son visage, tremblant légèrement. Avait-il si peur de lui ? si peur de ce geste ? Evelyn trouvait ce garçon vraiment fascinant. Il était tellement respectueux. Tellement timide. Ses doigts se posèrent finalement sur sa peau. Ils étaient un peu trop frais. Pas comme ceux des autres humains. Plus neutres. Mais ils n'en restaient pas moins attentionnés. Eve comprit où il voulait en venir… Et le laissa capturer ses lèvres avec un sourire. Alors il voulait bien… Le baiser dura une seconde à peine. Mais il fut délicieux. Malgré un petit goût d'huile, d'essence et de pigments.

Le sourire d'Eve s'agrandit à sa réponse. Il le confirmait d'une phrase complète ! C'était fantastique. La phrase qu'il prononça ensuite fit légèrement perdre son sourire à la reine. Elle transforma même son regard doux en tristesse doublé de déception. Quand comprendrait-il que pour lui, il était un homme comme un autre ? Ce n'était pas son corps qui faisait de lui un véritable homme, c'était son cœur ! Son âme ! Et ces deux choses étaient bien humaines chez le ramoneur.

Et voilà que maintenant il comptait dormir dehors ? Devant sa porte ? Que lui prenait-il ? N'avait-il rien suivi ? Evelyn eut un soupir. Il était attristé de voir que le garçon le pensait capable de le mettre dehors. C'était injuste envers lui. Avait-il la tête d'un hôte si malveillant et si impoli ? Avait-il une tête à mettre les gens dehors ? Il n'espérait pas. Car ce n'était vraiment pas dans ses habitudes !

Il saisit donc la main du ramoneur, la retirant de la poignée. De son autre main il ferma la porte. Il posa son regard vert dans les ténèbres du garçon. Il n'arrivait pas à le comprendre. Il n'arrivait pas à percer complètement ces ténèbres inexpressives. C'était si étrange. Lui qui lisait si bien dans les expressions des autres. Cette fois, il lui faudrait du temps pour réussir à déchiffrer quoi que ce soit. Il sourit doucement au garçon.


"Non. Il n'y a aucune raison à ce que tu dormes dehors… Je te fais confiance, tu peux dormir avec moi."murmura-t-il avant de déposer un baiser au coin de ses lèvres, furtivement.

Sa main s'enlaça à ses doigts, et il tira le garçon à sa suite. Il fit quelques pas vers le lit. Hm, il fallait le débarrasser un peu par contre avant de dormir. Il lâcha donc délicatement la main du garçon. Il s'affaira ensuite à leur faire une place sur le lit. Il débarrassa d'abord celui-ci de son sac qui gisait là, le déposant doucement par terre. Puis les boites content les aiguilles qui finirent rangées dans le sac elles aussi. Puis ses bas, qu'il jeta sur sa valise. D'un pied, il poussa ses bottines sous le lit. Tout en grâce et en finesse bien sûr. Il ne se rendait même pas compte de l'élégance avec laquelle il faisait tous ces gestes anodins. Pour lui, c'était naturel, rien de plus. Il tira ensuite sur les draps et les couvertures, rendant le lit tel qu'il aurait du être, c'est-à-dire, bien fait.

Tout ceci fait, il se retourna vers le ramoneur. Il attrapa sa main et le tira vers le lit pour qu'il s'asseye dessus. Il fit lui-même cela, se laissant tomber sur le matelas. Il commençait à ressentir le poids de la fatigue sur ses frêles épaules. Il tourna vers le petit brun ses yeux émeraude et sourit.


"Tu seras quand même mieux avec moi sur ce vieux matelas non ? Plutôt que sur le palier à faire le chien de garde ? "dit-il avec un sourire taquin.

Il tendit une main vers son visage, le caressant doucement. Il n'aurait jamais cru qu'il partagerait son lit avec quelqu'un ! Et si quelques jours avant on le lui avait prédit, il aurait sans doute ri au nez de la voyante, lui disant de revoir ses prédictions afin qu'elles soient réalistes. D'un doigt, il retraçait les traits de son visage. Essayant d'ancrer les moindres détails dans sa mémoire. Puis, il se souvint d'une chose. Une chose qu'il devait lui demander…


"Moi aussi, j'ai une question un peu bizarre à te poser… Ton prénom, je ne l'ai pas bien compris..; c'est Soriel ? ou Soren ? Ou Sorel ? Pour dire vrai, je n'ai compris que "sor" quand tu me l'a dit… Je devais être distrait…"chuchota-t-il un peu gêné.

Il devait lui paraître bien impoli de lui faire répéter son prénom. Sa main avait quitté son visage; elle était retournée sur la couverture. Ses yeux s'étaient détournés de son visage. Préférant fuir l'air indigné que le ramoneur aurait en entendant sa question. N'était-il pas un goujat que de l'embrasser et ne pas avoir été capable de retenir son nom ? C'était impensable !


"Je suis vraiment désolé… "bafouilla-t-il gêné.

[Désolée pour ce message pas terrible du tout x_x]
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Lun 7 Sep - 11:29

Pourquoi le premier sujet lui etant venu en tete afin de detourner l'attention d'Evelyn fut le palier? Il faudrait le lui expliquer. Peut-etre parce qu'il se trouvait juste à côté... Enfin, le garçon ne pensait pas qu'Evelyn fût un hôte malveillant, loin de là, il essayait simplement de lui faire comprendre qu'étant donné que c'était là qu'il avait toujours dormi, dehors, sans vraiment de maison... C'était sa place, après tout. Néanmoins, son hôte ne le vit pas de cet oeil. Cette obstination à le traiter comme un humain, le ramoneur ne la comprenait pas vraiment. Comment pouvait-on... La main d'Evelyn se plaça contre la sienne, le faisant frémir, encore peu habitué aux contacts. Il tourna timidement la tête vers l'androgyne, ce qui ebranla son optimisme. Le regard du guérisseur semblait plein de reproches, et le ramoneur se maudit mille fois de dire des choses si stupides. Son hôte fermala porte, lui empêchant toute retraite. Son autorité était la pire de toutes, puisque c'était la douce autorité naturelle qui empêchait de répondre quoi que ce soit, sans que l'on sache pourquoi, sans pouvoir donner une raison valable, et sans que l'on puisse résister bien longtemps... Le pouvoir de ce garçon était immense, et il l'utilisait avec tellement d'aisance et d'insouciance... S'en rendait-il seulement compte, qu'il était doué de facultés que même les humains habituels n'avaient pas ? Ne seraient-ce que sa bonté envers tout être, sa bonne volonté ou sa prévenance le sortait du lot. Avec la petite mimique des animaux craintifs, l'ouvrier nicha sa tête entre ses épaules. Ponctué par une bise, le traqueur lui assura qu'il pouvait rester avec lui, et un peu contraint, le ramoneur jeta les armes. Evelyn n'abandonnerait jamais. Du moins, à ce qu'il avait pu voir de l'obstination presque dangereuse qu'il montrait lorsqu'il devait soigner quelqu'un, les ramenant même chez lui, detruisant sa couverture, avant même de savoir si celui qu'il voulait soigner était un criminel prêt à l'abattre ou un cityen honnête... Disons qu'il commençait à comprendre que l'héritier des Beehive était tenace. Les nobles en général avaient de la suite dans les idées, mais ce cas était particulièrement remarquable ! Ne perdant pas son habituelle tendance à économiser le moindre de ses mots, il ne fit que hocher la tête avec mauvaise grâce, lui emboîtant le pas. Evelyn lui lâcha néanmoins la main pour mettre un peu d'ordre dans ses affaires. Il hésita à l'aider, mais fouiller dans les affaires des autres n'avait jamais été sa tasse de thé, aussi il laissa l'abeille ranger sa ruche comme elle le sentait. L'observer était de toutes manières intéressant en soi. Le regard neutre du ramoneur suivit avec un mélange d'admiration et d'amusement les gestes raffinés qu'il faisait pour les mouvements les plus banals, rangeant ses boîtes avec chic, débarassant son lit avec distinction et rangeant ses habits avec style. Donnant à tout ce qu'il touchait des allures aristocratiques. Il ne savait pas si ca avait du panache ou si c'était plutôt comique. Son manque de sens de l'humour l'emporta, et il resta immobile, à regarder avec admiration un garçon auparavant sapé en fille ranger ses affaires. Un éventuel témoin trouverait la scène tout bonnement stupide.

Une fois que tout fut à peu près rangé, à peu près étant un qualificatif important étant donné que le traqueur ne semblait pas se sentir concerné par le rangement, l'androgyne afficha une mine réjouie. C'était bien un truc de nobles, ça. Le ramoneur n'avait lui que peu de choses à ranger, ce qui réduisait de beaucoup le bazar qu'il pouvait y mettre. Tiré par le traqueur, le chasseur de primes dut s'asseoir une nouvelle fois sur le lit, bientôt rejoint par son interlocuteur. Toujours emmitoufflé dans son épais chandail, il se demandait si la manière dont dormaient les humains était vraiment différente de la sienne. Le seul compagnon qu'il avait, à la belle étoile, était son cheval qui, attaché plus loin, dormait paisiblement sur ses quatre pattes. Son cheval d'une fougue à remettre en question, tant il semblait somnolant tout au long de la journée. Il devait toujours l'attendre en dehors de la ville basse... Si on ne lui avait pas volé...

La voix d'Evelyn l'interpella, malicieuse. Il voulait le mettre un peu plus à l'aise. C'était gentil... Meme si il ne penserait certainement jamais que sa place était ici. Il répondit avec le sourire apathique qui le caractérisait, le rendant fort assorti à sa monture

    « Ici, on a vite besoin d'un chien de garde, pourtant ! »
Il resterait néanmoins aux côtés d'Evelyn, puisque c'était ce qu'il voulait. Son rôle était d'obéir aux humains, du moins aux humains n'ayant pas basculé dans les mauvais côtés de ce que leur liberté pouvait leur permettre, alors face au havre de bonté que représentait Evelyn, il ne pouvait que se plier à ces ordres contraignants. Même si au fond, rester un peu plus à ses côtés ne le dérangeait pas plus que ça. Même si sentir sa main veloutée contre son visage rugueux n'était pas si désagréable que ça. Mais il ne se l'avouerait pas aussi facilement. S'enfermer dans sa servitude était plus confortable que de s'aventurer au dehors.

La main s'arracha de son visage, et le ramoneur regarda, interrogatif, la mine peinée que le traqueur montrait, affichant toujours au grand jour ses sentiments au travers de ses iris emeraude. Il pensa tout de suite qu'il avait quelque chose de grave à lui dire, ou qu'il repensait à l'un de ses petits secrets. Offrir son visage ainsi attristé à la vue du ramoneur n'était pas chose prudente, car malgré ses dehors assez rudes et neutres, il commençait à s'inquiéter un peu. Lorsqu'il connut les raisons de la soudaine gêne de son hôte, il laissa échapper une petite exclamation amusée. L'ouvrier donna une petite tape réconfortante sur l'épaule de l'abeille, soulagé

    « Mais, ce n'est pas grave... »

Sa petite moue amusée montrait que la réaction timide d'Evelyn semblait inconsidérée, étant donné qu'il n'avait même pas dit son nom en entier lorsqu'il s'était présenté.

    « Ce n'est pas... vraiment... mon nom, donc... Pas très important. »

Il balaya tout cela d'un geste de main, et allait laisser un silence s'installer, ou allait changer de sujet, mais il se dit que la franchise semblant être l'un des principes d'Evelyn... Il ne voulait pas lui mentir, et paraître indigne de sa confiance. Il lui faisait confiance, lui avait-il dit pour le faire rester avec lui. Ces mots n'étaient pas pris à la légère par le ramoneur, et il ferait de son possible pour honorer cette marque de respect et d'amitié. Tout pour être digne de lui. C'est pourquoi le chasseur de primes, après avoir refléchi à la manière qu'il devrait utiliser pour expliquer, prit la parole

    « Je m'apelle Søren Egil Ingerslev, ou plutôt c'est... hm. Mon nom pour... l'état civil... mais je l'ai volé, ce n'est pas le mien. »

Il se mordilla la lèvre, ne sachant pas comment continuer, et détourna une petite seconde le regard, par reflexe. Lorsqu'il s'en rendit compte, il focalisa de nouveau ses prunelles vers celles d'Evelyn.

    « Je ne sais pas... si vous l'avez étudié... Enfin. Il y a environ... » Il compta rapidement les décennies sur ses doigts, étant peu à l'aise avec les choses les plus simples de l'éducation primaire « Cinquante... et un ans. Je crois. Il y avait eu l'affaire d'un peintre tué, il s'apellait Søren Egil Ingerslev.»

Avec son langage enfantin, il rendait presque ridicule la mort de son créateur, son Dieu, du moins, celui qu'il pensait être son Dieu, et qui l'avait déçu, et assez profondément blessé pour qu'il... Les mains du ramoneur se serrèrent, et il voulut un instant s'arrêter à cette sommaire explication. Mais autant exorciser ce qu'il avait sur le coeur, non ? Cet homme connaissait sa nature, l'acceptait, et ce serait certainement le seul qu'il rencontrerait à être aussi gentil. Compréhensif. Clément, peut-être. Il se décida donc à tout lui raconter. Il fit un signe à Evelyn, pour lui dire d'écouter jusqu'à la fin. Il rassembla ses mots quelques secondes avant de se lancer, ce qui donna un air vaguement construit à ses phrases maladroites

    « C'était celui qui m'a peint... Je l'ai rencontré un peu ... au hasard... J'étais ramoneur... a ce moment là. J'ai dissipé mes doutes en posant quelques questions... Monsieur Ingerslev était Dieu, celui qui m'avait créé, alors je pensais pouvoir... lui faire confiance. Et... Je ne sais pas... Obtenir des réponses. Lui ai dévoilé mon identité... et prouvé ma nature. Etonné, il m'a raconté son histoire. C'est une fée qui lui avait fait un don, en lui promettant que ses oeuvres seraient plus... « vivantes », ce qu'il a pris dans le mauvais sens. Mais lorsqu'il a appris que j'avais detruit son chef d'oeuvre... Moi, le plus banal de ses travaux, le rebut, le déchet...»


Il cracha ces mots avec la même rage qui avait habité son Dieu. Son expression se ferma, lorsqu'il repensa à la bergère. Il ne voulait pas lui en parler. C'était trop... personnel. Ses motivations étaient beaucoup trop intimes pour qu'il les livre. Pas maintenant. Pas encore.

    « Il a pris le tison brûlant, devinant ma faiblesse... » Il la livrait avec confiance à Evelyn, il n'oserait pas l'utiliser, pas vrai ? « Il a voulu m'éliminer, mais je... ne.. enfin. Il était vieux, alors j'ai réussi à le mettre à terre, et avec le tison... »

Il mima, l'air grave, l'arme de son crime s'abattant sur le crâne vulnérable de son Dieu. Il s'était tant acharné sur le cadavre... La scène du crime lui revint en tête. Comme souvent. Il avait tué un être humain, qui n'avait rien fait de mal, sinon que de lui vomir au visage toutes les vérités de son existence. Sa mine avenante s'était muée en l'expression sinistre des cinquantes années passées à se ressasser toutes ces paroles, les assimilant tant qu'elles faisaient presque partie de son être. Inférieur, défectueux, insipide.

    « Je me suis rendu à l'étage, et j'ai tué toutes les autres peintures. Puis me suis rendu au premier policier trouvé. J'ai plaidé coupable pour le meurtre de monsieur Ingerslev et pour celui des six peintures, qu'ils crurent être des « victimes antérieures de ma nevrose meurtrière », sans jamais trouver leur identité, ou leur corps. Normal. Mais je n'allais pas tout raconter ! » Il laissa échapper un rire qui voulait détendre l'atmosphère, n'étant finalement qu'un ricanement nerveux. « J'ai été condamné à quarante ans de prison ferme pour «meurtre et détérioration d'oeuvres d'art»... Ce n'était pas.. si... si terrible. J'ai appris à lire, là-bas. Et à compter. 14 610 jours, avec les années bisextiles, si je ne me suis pas trompé...» Il laissa un petit silence avant d'admettre. «... C'était un peu triste quand même. Mais j'en suis sorti... Le monde est... pl-plus joli... a-après... ça... »

Ca y est, il recommençait à bégayer, à oublier, à bloquer. Il avait trop parlé. Trop, en trop peu de temps. Trop correctement, peut-être aussi. Son cerveau commençait un peu à fatiguer...

    « Et.. voilà. Après ça, j'ai appris ma leçon ! » Il émit un petit rire, plus détendu. « Maintenant, j-je... sers les humains, ça... éponge ma dette, et puis.. c'est un rôle plus gratifiant que celui de... destructeur. »

Il se tritura les cheveux avant d'ajouter

    « Pour répondre à votre question, monsieur Beehive, je n'ai pas de nom. »

Le garçon afficha un charmant sourire aux allures endormies, le doux sourire dont son créateur l'avait doté en le peignant, celui qui lui était le plus naturel, le plus doux et le plus gentil qui soit. Il conclut sa réponse par la sempiternelle phrase dont il faisait don à ceux qui étaient assez gentils pour lui demander son nom.

    « Apellez moi Ramoneur. »

Ce souvenir lui rapella l'enfant perdu qu'il avait raccompagné, il y avait tout juste un an... Il s'inclina alors avec respect et s'excusa

    « Pardonnez moi d'avoir parlé si longtemps, ma voix doit... être un peu... ennuyeuse. Mon récit aussi... C'est à vous de me raconter une histoire. J'ai rencontré un garçon qui... récoltait des histoires à raconter à ses frères... Si je le revois, j'ai envie de lui en raconter... beaucoup... Et puis... avant de s'endormir... m-mieux vaut finir sur une histoire moins... sinistre que la mienne ! Excusez moi encore... d'avoir tant brodé sur ma vie... »
Il se rendit soudain compte que tout au long de son récit, au long de son histoire, il s'était inconsciemment rapproché d'Evelyn, serrant ses mains entre les siennes, jusqu'à se blottir contre son épaule, et dans un sursaut, il s'excusa de nouveau, sans parvenir à se détacher du premier à qui il avait raconté tant de choses, à qui il avait tant parlé, et qui l'avait tant écouté. Evelyn Beehive possédait un bien etrange pouvoir, qui n'était pas celui des nobles, et il fallait croire que ce philtre ou ce poison s'était infiltré dans les veines peinturlurées du ramoneur anonyme.


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CITATION : Il y a des gens si insignifiants qu'on ne les voit pas devant leur ombre.

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NOTEBOOK : Retouches
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Mer 9 Sep - 22:49

Evelyn fut content de voir que le ramoneur le suivit bon gré, malgré. Il ne voulait vraiment pas le voir sur le palier; C'était indigne de lui. Du moins, à l'avis d'Eve. Un homme, même lorsqu'il n'est que peint, mérite ce que tout être humain devrait avoir. Et pas de compromis sur ce point. Même si ça ne plaisait pas au ramoneur. Il était chez lui, il fixait ces règles là. Il pouvait toujours enfoncer la tête entre ses épaules, avoir l'air d'un pauvre petit chiot fâché, Evelyn ne changerait pas d'avis. Et puis, il changerait d'avis une fois confortablement installé ! Enfin, il l'espérait… de toute façon, ne serait-ce que pour lui, il préférait avoir ce ramoneur à ses côtés, plutôt que devant sa porte. Il était peut-être encore recherché, et il ne voulait pas le retrouver blessé… Surtout pas. Alors, il serait mieux avec lui. Au moins, s'ils étaient attaqués, ils seraient deux pour se défendre. Stratégiquement, c'était mieux que seul. Et puis qui viendrait chercher un fugitif sous les combles d'un immeuble miteux au sein même du quartier où il a fait son "crime" ? Pas grand monde sans doute. C'était anti-stratégique de rester dans un lieu où on était recherché. Sauf que c'était si peu logique qu'au final, ça devenait une bonne idée. En somme, il devait garder ce jeune homme étrange avec lui. Par sécurité.

Le traqueur se faisait toutes ces réflexions en rangeant machinalement ses affaires. Il nota pourtant le regard admiratif de son invité. Il ne le comprit pas vraiment. Qu'y avait-il d'admirable ici ? Lui ? Non, ce n'était pas ça. Peut-être Destinée… Bha, il pouvait admirer ce qu'il voulait après tout. Il s'assit sans penser plus longtemps à cette question. Il ne put que rire légèrement en entendant la réponse de son compagnon d'infortune.


"Oui, c'est sur… Mais on a déjà Destinée comme chien de garde… enfin, je doute un peu de ses capacités, mais elle fait plus chien de garde que toi !"répondit-il doucement.

Et puis après, ses réactions furent peut-être exagérées. Il se l'avouait facilement. Mais cela le gênait de se sentir si proche de lui et ne pas connaître son prénom. Lui qui lui avait accordé sa confiance en le laissant le soigner. Qui l'avait suivi. Vraiment, ne pas avoir compris son prénom, pour lui, c'était plus qu'irrespectueux ! Quand bien même le garçon l'avait dit d'une façon qui ne lui permettait pas de le comprendre. Et puis, mine de rien, c'était tout à fait Evelyn que de s'en faire pour si peu. Il suffisait que la personne dont il était question ait un minimum d'importance pour lui, pour que sa sensibilité se déchaîne.

Et pourtant le ramoneur sembla trouver cela drôle. Il ne lui en voulait pas ? Non. Il tapa doucement son épaule. Chassant les angoisses du traqueur. Il était habitué à ce qu'on oublie son prénom ou quelque chose du genre ? Peut-être. Evelyn se décrispa, affichant de nouveau son sourire naturel sur ses lèvres. Rassuré de ne pas avoir fait de gros impair. Son regard verdoyant se porta sur son compagnon. Il affichait une mine amusée. Cela fit s'envoler ses dernières craintes. Pourtant ses sourcils se froncèrent à nouveau. Par pure interrogation cette fois-ci. Pas son vrai nom ? Il lui avait menti ? Cette hypothèse le blessa. Il ne lui faisait pas tant confiance que ça finalement… C'était attristant. Ses yeux se détournèrent, il ne voulait pas laisser voir combien il était peiné de voir qu'au final, il était le seul imbécile à donner si vite sa confiance.

Mais non, il se trompait, ce n'était pas une histoire de confiance vis-à-vis de lui. C'était apparemment bien plus complexe que cela. Comme quoi, tout semblait un peu plus compliqué que les apparences avec ce garçon. Des apparences humaines, un corps de peinture, une âme par contre bien humaine. Et là, un nom volé ? Comment était-ce possible ? Comment pouvait-on voler un nom ? Cela lui semblait assez étrange comme concept. Il lui jeta un regard interrogatif. Sa curiosité avait été piquée à vif.

Il secoua négativement la tête. Non, il n'avait jamais entendu parler de cette affaire. Elle était trop ancienne, et sans doute trop peu intéressante pour qu'on en parlât encore lors de sa formation de traqueur. Dire qu'il n'était même pas né à l'époque de cette affaire… Mais alors quel âge avait-il ? Il était aussi vieux ? Pourtant… Mais les peintures ne vieillissent jamais alors ? Il resterait toujours jeune. Toujours en bonne santé. Toujours ainsi ? Comme c'était triste. De ne pas savoir la saveur éphémère de la vie, car n'était-ce pas ce qui en faisait sa valeur ? Il se posait toutes ses questions. Il allait ouvrir la bouche pour en poser une mais, les gestes du ramoneur l'arrêtèrent. Il voulait parler encore ? Continuer à parler sans qu'il l'arrête ? Oh, bien sûr, il l'écouterait sans broncher. Il ne parla donc pas, se contentant d'écouter avec la plus grande attention ce qu'allait lui dire le jeune homme. Enfin, peut-être pas si jeune, mais là n'était pas le problème.

Eve écouta. C'était si étrange comme histoire. Quel effet cela devait faire de voir son "créateur" ? De voir celui qui vous avez donné la vie ? Qu'aurait-il dit lui, s'il avait vu celui qui l'avait créé ? Celui qui lui avait donné vie alors que c'était improbable ? Aurait-il réagi comme lui ? Peut-être. Il aurait sans doute voulu savoir pourquoi. Mais aurait-il supporté de se faire insulter par de tel mot par son créateur ? Eve comprenait mieux l'attitude du ramoneur. Si même lui l'avait considéré pire qu'un chien, comment pouvait-il estimé valoir quelque chose ? Les poings du traqueur se serrèrent. Comment pouvait-on être aussi injuste envers celui à qui on a donné la vie? Et puis comment pouvait-on juger que tel ou tel être valait plus qu'un autre ? Pourquoi était-ce lui le rebut ? N'était-ce pas ce peintre incapable de créer qui était le rebut dans cette affaire ? Qui était-il pour se permettre tout cela ! Les yeux d'Evelyn trahissaient les émotions qui s'ébrouaient en lui. Il détestait l'injustice. Surtout ce genre d'injustice. Pourtant, il eut un haut le cœur en imaginant la scène qui avait suivi ces insultes. Il l'avait tué ? C'était de la défense. Mais… Imaginer ce si gentil ramoneur tuer un vieillard d'une façon aussi brutale. Les images affluèrent à ses yeux, tels des visions d'horreur. C'était pourtant la réalité. Même ce gentil ramoneur avait pu faire cela. Tout le monde le pouvait. Le ferait-il lui ? Renierait-il son serment si sa vie était si profondément en danger ? Il n'osait y penser. Il ne voulait pas y penser. Il jeta un regard au ramoneur. Son expression était glaçante. Sinistre. Ressasser de tels souvenirs, ce devait être terriblement éprouvant pour lui. Cela devait raviver toutes les blessures qu'avaient pu faire ces moments. Son histoire était tellement triste… Il aurait voulu le serrer dans ses bras, mais il n'avait pas encore fini…

Il avait été si longtemps en prison… Mais pourtant, il était innocent. C'était lui la victime ! C'était lui ! Victime d'avoir été créé par un imbécile. Victime de la stupidité humaine. Victime de la société qui ne le comprendrait sans doute jamais. Et Eve doutait même de réussir à le comprendre un jour. Après tout, il n'était un humain aussi idiot que ses confrères, comment pourrait-il comprendre quelqu'un qui avait tant vécu ? Qui avait tant souffert ? Pourtant, il imaginait très bien la peinture, assise dans la prison, seule. Toujours seule. Comptant les jours et les nuits. Quelle triste aventure que sa vie. Pourquoi avait-il eu droit à cette vie là ? Le prodige de sa vie ne le promettait-il pas à mieux que cela ? La vie était si absurde parfois.

Evelyn ne put quitter son expression triste, malgré son rire. Malgré les mots qu'il voulait optimiste. Pourquoi lui était-ce arrivé à lui ? Alors que tant de personne avait un mauvais fond et réussissait à vivre des vies confortables et agréables ! Et lui, lui qui était si gentil, n'avait le droit qu'à la servitude pour se faire bien voir ? Il servait des humains bien plus destructeurs et bien plus amoraux que lui, et cela lui allait ? La rage faisait monter les larmes à ses yeux. Il se mordit violement la lèvres. C'était injuste ! Il n'avait même pas de prénom à lui… Juste ce mot "ramoneur", ce métier. Cette classe ouvrière. Ce mot dégradant dans bien des bouches. Il serra la main du jeune homme. Depuis quand tenait-il sa main dans la sienne ? Il ne sut le dire ? Il avait sans doute fait cela machinalement. De même que le garçon avait fini par s'approcher de lui. Comme un petit animal perdu. Comme un petit enfant qui avait besoin d'amour. De beaucoup d'amour.

Evelyn posa sa tête contre la sienne, passant son bras autour de ses épaules. Réconfortant, caressant doucement son bras.


"Ne t'excuse pas, je ne l'ai pas trouvé ennuyeuse… Juste triste…"murmura-t-il d'une voix peinée.

Puis il reprit avec voix plus neutre.


"Par contre, ne m'apelle pas Monsieur Beehives… Je suis bien plus jeune que toi, et puis, tu peux m'appeler Evelyn, je préfère… Beehives, c'est le nom de ma famille, pas le mien. Appelle moi juste Evelyn….. Et tu veux une histoire… Hmm."

Il réfléchit un instant. De quoi pouvait-il parler ? Quelque chose qui soit plus joyeux. Il avait beau cherché, il ne trouvait pas grand-chose qui vaille le coup d'être raconté. A par peut-être… Oui, c'était une bonne idée ! Il eut un sourire amusé.


"D'accord, mais avant l'histoire mon petit ramoneur, on va s'allonger !"dit-il avec un regain de bonne humeur, comme une mère qui aurait trouvé le moyen de faire sourire son petit.

Il se leva pour s'accroupir devant les pieds du garçon, délassant ses chaussures avec l'habileté d'une maman aguerrie – ou d'un guérisseur averti, comme vous désirez-. Et retira délicatement ses bottes, les laissant au pied du lit. Il passa ensuite de l'autre côté du lit, débordant les draps, dévoilant le matelas ayant vécu mais aux draps propres, sentant le propre. Il y fit s'allonger le garçon, s'y installant lui-même après avoir ôté sa chemise –car il savait très bien qu'il ne pourrait jamais dormir avec ça sur le dos-. Pour le bas, il fit un effort, pensant à la gêne que cela pourrait occasionner pour son invité qu'il soit à moitié nu dans le lit qu'ils allaient partager.


"Une histoire donc… Je ne garantis pas qu'elle soit totalement véridique, mais elle sera plus joyeuse que la précédente je pense. "dit-il avec un petit sourire facétieux aux lèvres.

Il passa un de ses bras au dessus de la tête du garçon, ses doigts allant s'enrouler dans ses cheveux, alors que son autre main allait tenir a consoeur peinturlurée. Son visage était à quelques centimètre de celui du ramoneur – le lit n'était pas si spacieux que ça finalement quand on est deux dedans-.


"Il était une fois un traqueur un peu malchanceux, et surtout peu apprécié de ses collègues qui après une longue et pénible journée de travail qui n'avait apporté aucun indices, ni aucuns éléments d'enquête pour l'affaire qu'il suivait, avait décider de promener un terrible petit monstre nommé Destinée. C'était une petite griffonne naine très malicieuse, ainsi quand il sentit que dans les environs un garçon un peu étrange mais terriblement gentil avait des ennuis, elle décida de faire courir son maître à sa rescousse. "

Il fit une légère pause, souriant au ramoneur, caressant doucement son épaisse crinière.


"Grâce au flair de l'animal, les deux jeunes gens se rentrèrent dedans au détour d'une rue. Or, le garçon poursuivi était blessé. Et quelle coïncidence, le traqueur était aussi guérisseur. Il décida donc de protéger ce garçon et de le soigner. Ils réussirent tous deux à déjouer la vigilance des poursuivants et se réfugièrent dans la modeste chambre du traqueur. Là, l'hôte voulut soigner son invité. Quelle ne fut pas sa surprise quand il découvrit que son protégé était en fait une peinture rendue vivante par un prodige incroyable. Il pansa donc ses plaies, ou plutôt les huila comme une belle toile. Puis au détour de quelques mots, quelques gestes, ces deux jeunes hommes se racontèrent leurs vies. Mais celle de la peinture était si triste, que le traqueur en eut le cœur brisé. Comment un être si incroyable pouvait-il avoir subi tant de malheurs ? Il n'avait même pas de nom… Pourtant son âme était belle et pure, malgré les tentatives des humains pour l'entacher."

Sur ses dernières phrases sa voix avait pris un timbre triste, ses yeux brillant d'un humidité plus importante, mais il continua.


"Alors, le traqueur décida de l'aimer pour ce qu'il valait. Car il valait bien mieux que ce qu'il avait eu. Il méritait d'avoir un prénom à sa mesure. Un prénom qui lui ressemble plus que le surnom de "ramoneur" qu'on lui donnait à cause de son apparence ouvrière et ses yeux couleur de suie. Il réfléchit un peu. Passant tout les prénoms qu'il avait dans sa mémoire en revu. Mais aucun ne semblait coller parfaitement à cette jolie peinture. Et puis il trouva !"

Eve marqua une légère pause dans son récit, voulant faire durer un peu plus le suspens, usant de tous ses talents de conteurs. Se rappelant des fluctuations de voix des anciens de son clan lorsqu'autour du feu, ils réussissaient à captiver les enfants en racontant toujours la même histoire.

"Innocent. Innocent ! C'est ainsi que tu dois te nommer, lui déclara le traqueur assuré. Car même si tes mains ont été tâchées de sang, ce n'était pas ta faute. Tu as toujours été innocent, et tu le resteras toujours."

Il s'arrêta une nouvelle fois, prenant une dernière inspiration pour achever son récit.

"On ne m'a pas dit comment se continua leur histoire. Peut-être se sont-ils séparés, peut-être sont-ils restés ensemble plus longtemps. Mais j'espère que leur histoire s'est bien finit. Comme toutes les histoires devraient se finir."

Sa main repoussa doucement quelques mèches de ses cheveux avec la douceur d'une mère, ou celle d'un amant. Plus profonde en tout cas qu'une simple caresse amicale. Plus naturelle. Sur son visage planait un doux sourire, ses yeux verts brillaient d'une lueur bienveillantes.

"Accepterais tu que je te nomme Innocent, petit ramoneur ? Ce prénom t'irait parfaitement. "demanda-t-il avant de déposer un baiser sur ses lèvres.

Celui-ci dura plus longtemps que les précédents. Il était comme une preuve de toute l'affection que l'abeille pouvait éprouver pour cet être si différent. Il était aussi gage de l'honnêteté de ses propos. Il l'appréciait sincèrement. Ce n'était pas juste des bonnes paroles. C'était la vérité qu'il portait au plus profond de lui même. Ses lèvres se détachèrent doucement, espérant avoir un instant au moins réchauffés celle de l'œuvre d'art.
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Jeu 10 Sep - 14:36

Evelyn était resté attentif toute la durée de son petit discours. Peut-être le trouverait-il superficiel, à raconter tout cela à un presque inconnu, presque au premier venu ? A cela, il répondrait que oui, il le racontait au premier venu. Au premier depuis longtemps à l'avoir atteint, lui à qui le reste du monde semblait si lointain. Il ne voulait que servir le reste des hommes, se complaisant dans sa soumission pure et simple aux humains parfois si lâches. Et lui qui ne cherchait que l'indifférence, le voilà à espérer qu'Evelyn ne le trouve pas trop ridicule, en sachant bien que ce but resterait inaccessible. Il représentait l'idéal de l'humain, celui qui était bon et généreux, celui qui savait sourire et faire sourire celui qui oublierait un peu son statut de déchet et savait le lui faire oublier, ne serait-ce que par instants... Le ramoneur en arrivait presque toujours à se demander comment un être aussi prévenant pouvait perdre son temps avec lui alors que des humains miséreux attendaient eux aussi, dehors, qu'on leur tende la main. Des gens qui n'avaient pas la chance d'avoir un peu d'argent comme lui, des gens qui ne pouvaient parfois pas même avoir des vêtements corrects. Mais voilà, la réponse qu'il se donnait n'avait aucune importance. C'avait été lui, parce qu'il s'était blessé, parce qu'il avait été là à ce moment et pas un autre, et il finissait peu à peu par abandonner toutes ces questions inutiles, qui posées n'auraient qu'une dimension grotesque et qu'Evelyn balaierait d'un seul de ses sourires. Guérisseur impartial, confesseur attentif, le jeune Beehive avait réussi à gagner la révérence et l'admiration du ramoneur par ses seuls gestes, ses seules paroles empreintes du respect de la vie, quelle qu'elle soit, peu importe quelle forme elle prenait. Mais la vision qu'eut le ramoneur lorsqu'il tourna un peu le regard vers le garçon l'inquiéta un peu.

Il n'y avait plus de joie, dans ses pupilles verdoyantes, elles étaient devenues ternies de tristesse, et son expression semblait se partager entre la peine et la colère, s'entrechoquant violemment dans les prunelles d'Evelyn, chacune luttant pour avoir le dessus. Le ramoneur enfonça légèrement sa tête entre ses épaules, mimique instinctive, timide, apeurée. Avait-il fait quelque chose de mal ? Le traqueur était-il fâché d'être en compagnie d'un ancien criminel, tout repenti qu'il soit ? Néanmoins, la peine sembla primer sur la colère, et sa mélancolique tristesse qui lui fit prendre ses doigts cendreuses, la serrant fort, comme si il risquait de le perdre, acheva de perdre le ramoneur dans les méandres de ce qu'il ne connaissait pas, de sentiments sur lesquels il n'arrivait pas à poser de mot. C'était démesuré ! Un simple contact l'enfonçait un peu plus dans une nuit inconnue, où tout vit caché et refuse de se montrer au grand jour, là, comme tout ce qu'il avait connu auparavant. Si seulement il pouvait étiqueter tout ce qu'il ressentait, il pourrait peut-être plus facilement rabrouer l'indescriptible impression qu'il eprouvait, lorsqu'il se sentait aussi proche de l'abeille. Comme une sensation de chaleur, si ce n'était pas du froid... Peut-être un accomplissement, ou alors un vide, des couleurs ou du gris, un bonheur ou une peine... Mais pas de l'indifférence. Il l'avait trop bien connue. Il la connaissait assez bien pour savoir qu'elle l'avait quittée. Il avait commis l'imprudence de la tromper avec des émotions inconnues, empruntant des chemins abrupts et inconnus, aux bras de réactions aussi etranges qu'inexplicables. Et elle l'avait quitté, allant hanter d'autres âmes, et reviendrait, ne laissant pas tomber ses compagnons aussi rapidement. Aussi facilement.

Visiblement, l'histoire avait attristé Evelyn, comme il le dit un instant plus tard en un souffle de voix. Le ramoneur inclina la tête et murmura de la même manière

    « Excusez-moi, monsi...»

La proximité du guérisseur lui avait coupé la voix, son bras s'enroulant autour de son cou et sa tête se posant contre la sienne. Il n'avait pas à s'en faire. Le guérisseur voulait tout simplement le rassurer, le consoler. Il voulut li dire que ce n'était rien, qu'il n'avait rien, que de toutes manières, c'était de l'histoire ancienne. Mais il ne put le dire, comme si ses lèvres ne voulaient plus laisser passer toutes les fabulations qu'il s'inventait pour se dérober.

    « D'a... d'accord, monsieur Eve... D'accord, Evelyn. »

N'ayant jamais apellé quelqu'un de son age par son prénom seul, ayant fait une exception pour le petit Ethan qui n'avait pas de patronyme et dont l'âge rendait les choses plus faciles, ses paroles se teintaient d'une petite indécision, comme si malgré l'injonction qu'il lui avait donnée, l'interessé pourrait se fâcher contre lui. Il lui donna plutôt une autre proposition, qui ressemblait bien à un ordre de mère, qui semblait plutôt approprié. Le soleil se couchait peu à peu, on le voyait paradoxalement aux lumières qui s'allumaient, de plus en plus nombreuses et brillantes dans l'atmosphère étouffante et floue de l'exterieur. Ils étaient si bien, là, dans la semi pénombre... Evelyn n'avait allumé aucune lumière, seule semblait compter la lumière de l'exterieur, quelques reflets orangés se balançaient sur le vieux parquet de la masure, quelques filets rougeâtres se faufilaient jusque vers le mur opposé à la fenêtre, dans une symphonie bruyante de couleurs asphyxiées. Il aimait ces atmosphères feutrées. C'était un peu la même que celle des ruelles non eclairées dans lesquelles il se faufilait, lorsqu'il était contraint de dormir dans la rue. Le passage effrené des passants et les lueurs de la cité le berçaient tout comme le bruissement des feuilles ou le hululement d'une chouette. Tout était question d'atmosphère. Il appréciait celle-ci, discrète et agréable, bien qu'empreinte de toutes ces sensations inconnues et contradictoires. Il laissa le garçon délacer ses lourdes chaussures de randonnées, pas toutes neuves et pas parfaitement propres. Une fois ses pieds débarassés de ce lourd étau, il retira son épais pull, laissant voir cette fois un autre pull un haut de toile, sans manche, constituant son dernier rempart, non sans la gêne propre à chaque vêtement enlevé. Quoi, depuis le début il avait quand même du se défaire de son chapeau, de son echarpe, de ses gants, de son manteau, de ses chaussures ainsi que de ses chaussettes, et maintenant de son chandail, laissant un ramoneur paraissant presque maigre et vulnérable par rapport à la masse de vêtements portée auparavant. Evelyn n'avait pas ce genre de problème, paraissant quasiment exhibitionniste à côté de lui, et se débarassant une nouvelle fois de cette chemise qui le gênait. A cette vue, l'ouvrier detourna un instant les yeux, mais voyant qu'Evelyn n'avait pas l'intention de mettre quoi que ce soit à la place, il laissa cette histoire de côté, se glissant dans le lit sous l'invitation du guérisseur, celui ci le suivant de près.

Près, c'était bien le mot. Le guérisseur était tout proche de lui. Cela ne le dérangea pas bien longtemps. Lorsqu'il avait pleuré sur son épaule, il était bien plus près. N'étant pas vraiment éduqué ni très semblable aux humains, il ne vit aucune connotation douteuse au fait qu'ils dorment ensemble, hormis que cela fût un grand honneur, un peu trop pour sa personne peut etre, mais un grand honneur ! Tout naif qu'il était, il afficha un petit sourire en face d'Evelyn, et le contact de ses doigts entrelacés aux siens adoucirent un peu plus son expression à moitié endormie. Il voulut poser quelques questions d'ordre pratique. Le traqueur n'allait il pas manger quelque chose comme les humains le font avant de dormir ? Lui, il était repu, la peinture ingerée il y avait peu de temps lui suffisant amplement. Mais visiblement, c'était l'heure de l'histoire. Le ramoneur avait déjà vu quelques vieilles dames, raconter des histoires à des enfants, sur le pas de leur porte, avant que les parents ne trouvent qu'il était l'heure de se coucher. Les histoires l'avaient toujours fasciné. Mais comme l'histoire qu'il venait de conter à Evelyn, celle de son hôte avaient des racines implantées directement dans la réalité la pls récente, et le ramoneur anonyme se demanda bien où est ce qu'il pouvait bien vouloir mener son récit. Ils venaient de le vivre.... Il s'en souvenait parfaitement, de tous ces détails. Qu'avait-il de plus à ajouter? Il l'écouta avec une certaine curiosité, sans l'interrompre d'aucune façon. Le récit se déroulait exactement de la même manière de ce qu'ils avaient vécu, et les commentaires de l'abeille sur la façon dont il avait ressenti certains évènements le firent sourire. Il semblait se dépeindre un peu novice, un peu maladroit. Il ne lui semblait pas vraiment que le traqueur le soit, sinon peut être dans ses gestes empreints parfois d'une certaine précipitation. Malchanceux, il ne savait pas vraiment, mais peut-être avait-il été malchenceux de tomber sur lui plutôt qu'un autre. Ou chanceux. Ou il ne savait plus vraiment. Dans son récit, que la peinture semblait jolie, et qu'elle semblait incroyable... Ce n'était pas vraiment son point de vue sur sa propre personne, mais si le guérisseur le voyait ainsi... Les pigments de ses jues se foncèrent un peu, sans explication. Evelyn était plutôt bon conteur, meilleur que lui, sachant jouer sur les attentes et sur l'attention de l'auditeur. Même si il venait de vivre cette aventure, il voulait connaître la suite, sachant que la chute serait peut-être un peu différente du présent. Guidé par la jolie voix d'Evelyn, le ramoneur ne pensait plus qu'à son récit, et s'imaginait presque un tout autre univers que celui dans lequel ils avaient évolué. L'abeille et le ramoneur dans la ville basse semblait tellement colorés !

Son coeur bondit lorsqu'il aborda sa recherche de prénom, et faillit bredouiller quelque chose, mais l'attente de savoir ce que le traqueur tirait de cette histoire l'empêcha d'articula quoi que ce soit. Son coeur battant fort à ses oreilles, il porta une main à sa poitrine, comme si l'abeille pouvait l'entendre, l'autre serrant un peu plus fort les doigts d'Evelyn. Ses yeux noirs n'exprimaient rien, mais l'expression de son visage cendreux traduisaient l'attente nerveuse que provoquait le récit d'Evelyn, se dirigeant vers une fin de plus en plus indécise. Un court suspense, et le verdict. Il voulait le nommer. Ou il venait de le nommer. De le baptiser. Comme une mère, comme un autre Dieu, moins malveillant, ou comme... Il ne savait pas. Il voulait lui accorder un qualificatif de la plus haute distinction. Disons qu'il se serait attendu à quelque chose de plus roturier, accordé à ses origines, et Evelyn voulait lui confier le travail de ne pas entâcher ce mot, comme si il lui confiant tout ce qu'il attachait à cette valeur. C'était trop lourd à porter ! Il était un criminel, jugé coupable, non pas une victime... Mais quand bien même serait il acquitté de ses fautes... Qui savait si il resterait à jamais innocent ? Il chuchota, si bas qu'il fallait savoir lire sur les levres pour distinguer ses mots.

    « Je... Je ne peux pas, je ne suis pas, c'est... »

Ce n'était pas la bonne fin de l'histoire ! Il ne pouvait pas hériter de ce si joli mot, on ne pouvait pas le souiller ainsi, en le confiant à un ramoneur aussi crasseux, aux doigts gris comme s'ils étaient constamment couverts de suie. Mais ce n'était pas à lui d'en juger. Les doigts d'Evelyn frôlèrent sa tempe, ses pigments frissonèrent. Le tableau était baptisé par d'autres, comme les êtres humains. Son hôte avait pris cette responsabilité. Une responsabilité que personne n'avait jamais pris, et que personne n'avait jamais eu l'initiative de prendre. Personne ne voulait de lien avec lui, mais Evelyn, non content de lui accorder l'hospitalité et l'affection, était tenté de lui accorder une identité, trésor reservé aux humains. Il avait nommé sa bergère d'un nom qu'il aimait par ses sonorités douces et chaleureuses. Un nom qui ne lui allait pas, finalement, malgré son apparence si gracieuse. Elle l'avait trahi juste après, lui assénant qu'il ne méritait rien de tout ça, quelconque qu'il était. Aurait-il évolué ? Se serait-elle trompée ? Ou aurait-il simplement la chance d'être tombé, aux deux sens du terme, sur l'abeille aux dehors un peu intimidants ? Comme les demandes que se faisaient parfois les hommes aux femmes, sans qu'il ne comprenne trop ce qu'ils voulaient dire par accorder sa main, Evelyn lui demanda si il acceptait ce prénom, ponctuant la fin de son discours par un baiser un peu différent que ceux, empressés, qu'ils s'étaient echangés, comme un automatisme, comme ne comprenant pas ce que signifiaient ces gestes, pour les autres. Porteur de toute l'affection que le guérisseur lui portait, ce geste lui porta les larmes aux yeux. Il n'était plus quelconque. Au moins, pour une personne. Ethan l'avait peut-être déjà oublié. Sara devait vaquer à ses occupations. Pour une, ne serait-ce qu'une personne, il n'était plus le petit ramoneur de rien du tout.

La larme coula laborieusement sur son visage. Une autre la rejoignit, humectant l'autre joue de son goût de sel et de peinture. Il ferma les yeux, prolongeant de son initiative cette marque d'affection, voulant montrer à son tour combien il comptait, malgré la jeunesse de leur rencontre commune. Leurs lèvres se séparèrent, avides de paroles ou de silence. Contemplant l'immensité verte du regard d'Evelyn, sa gorge fut si serrée qu'il fut incapable de parler, un petit moment. Son regard plein de reconnaissance et brouillé des quelques larmes qui demandaient à rouler sur sa joue restait focalisé sur Evelyn, comme celui d'un enfant incapable de s'exprimer autrement, ne trouvant pas les mots. Comme la mariée s'exclame « Je le veux», il le criait à travers ses gestes maladroits et ses yeux empreints d'affection. C'était si gentil de sa part, de lui confier un nom aussi important !

    « J... J'espere qu'Innocent et... Et le traqueur ne se sépareront pas si vite, qu'ils pourront longtemps être l'un à côté de l'autre.n... »

Il sourit de nouveau, illuminant son visage cendreux.

    « Je suis sûr que leur histoire finira bien. »

Il n'était Innocent que pour lui, qu'avec lui. Il ne savait pas si il voulait partager cet amour avec d'autres, avec ces autres qui ne le regardaient pas comme le faisaient Evelyn, qui ne lui parlaient pas avec le même respect et la même prévenance que le faisait Evelyn. Il n'était Innoncent qu'à ses côtés. Et si il le laissait, il perdrait définitivement son identité. Les autres n'y verraient pas grande différence. Les yeux mi clos, le ramoneur murmura, voulant ajouter quelque chose.

    « Tu sais, je... »

Il perdit ce qu'il voulait dir en cours de route. Les mots lui échappaient de nouveau... L'une de ses mains fatiguées se nicha dans les cheveux sombres d'Evelyn, l'autre semblant vouloir attraper celle du guérisseur, sans succès. Il avait peut-être trop vécu, trop d'un coup, trop en même temps, trop d'émotions, de bonheur ou de peine, trop en si peu de temps, en une ou deux petites heures, rien par rapport aux années qu'il avaient antérieurement vécu, tout en comparaison du vide de ces années creuses... Il venait même de briser une barrière entre Evelyn et lui en le tutoyant, peut-être par manque d'attention. Peut-être pas. Il ferma les yeux s'enfonçant très vite dans le mutisme, tel un enfant après le récit de sa mère. Ne respirant qu'à peine, par reflexe, il était fort silencieux, et ses pigments s'affadirent d'un coup, devenant plus gris que le teint légèrement bleuté que la journée lui accordait. L'expression neutre sur son visage ne ternissait pas l'impression bienheureuse de son visage. On ne remarquerait presque pas qu'il venait de s'endormir.




Dernière édition par The Chimney Sweep le Sam 19 Sep - 15:52, édité 2 fois
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CITATION : Il y a des gens si insignifiants qu'on ne les voit pas devant leur ombre.

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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Ven 11 Sep - 21:29

Qu'il était un criminel, cela importait peu au guérisseur. D'autant plus que son crime n'était que de la légitime défense. Non, jamais Evelyn ne lui en aurait voulu pour cela. Il lui aurait pardonné, d'autant plus qu'il avait purgé sa peine de prison. Que depuis il essayait de trouver la rédemption. Non, c'était la tristesse de tout cela qui l'énervait. L'injustice qui s'était abattue sur un seul être. Mais il se calma bien vite, quand il sentit le garçon contre lui, quand il passa sa main dans ses cheveux en fouillis. Sa colère s'évapora. Ce n'était pas contre lui qu'il était en colère, mais contre la vie, le destin. Et hélas, contre cela, il ne pouvait rien. Du moins, il n'y changerait rien en se mettant en colère. Il pouvait tenter par contre de redresser son destin, de transformer la haine des autres, en amour de sa part. C'était la seule chose qu'il pouvait faire, lui petit guérisseur de rien du tout…

Quand il faillit l'appeler monsieur, Eve ne put avoir qu'un sourire. On aurait cru un enfant qui découvrait l'affection d'une grande personne. Qui avait peur de ne pas être assez poli. Assez gentil. Assez comme il faut pour plaire. C'était amusant. Pourtant quoi qu'il aurait fait, il aurait sans doute plu au guérisseur. Mais sa façon de vouloir tout faire comme il fallait le rendait attendrissant.

La pénombre s'installait doucement dans la chambre. Seuls quelques raies de lumière filtraient au travers des rideaux. Laissant planer des reflets étranges dans l'intérieur. Etranges, mais rassurants, aux teintes orangées. Inutile d'allumer une lampe. Le peu de lumière suffisait. Et puis, ils allaient se coucher alors à quoi bon ? Eve avait mangé auparavant, il n'y avait donc pas besoin d'y voir plus clair. Il s'installa donc confortablement à côté de son gentil ramoneur qui attendait sans doute avec curiosité son histoire. Il allait être surpris. Et il le fut. L'expression de son visage trahissait sa curiosité. Pourquoi racontait-il des évènements encore si bien ancrés dans leurs mémoires ? C'était sans doute bien énigmatique ! Lui-même trouvait son procédé un peu bancal. Mais il lui permettait de dire tout ce qu'il pensait de elur rencontre, de cette charmante peinture d'une façon détournée. C'était plus facile ainsi. Et puis, le charbonier avait très bien comprit qu'il parlait de lui… A en voir ses joues fonçaient à ses compliments. C'était sa façon de rougir. Evelyn l'avait remarqué un peu avant. Il ne rougissait pas, il devenait légèrement plus sombre au niveau des joues. C'était original ! Bien plus que toutes ces joues rosées ou rougies de gêne !

Et puis il réussissait à le maintenir captivé… Il n'avait pourtant pas l'habitude de faire conteur, mais il avait vu tellement de fois les vieilles personnes le faire, qu'il avait la connaissance théorique pour le faire. Il n'était sans doute pas le meilleur pour cela, mais au moins, il se débrouillait.

Et puis il y eut le prénom. A cette évocation le ramoneur réagit bien plus vivement que ce que pensait le guérisseur. Il serra sa main plus fort. Son visage était dévoré par la nervosité. Craignait-il d'être nommé ? Ou était-ce de l'impatience ? Evelyn espérait que c'était la deuxième hypothèse. C'était sans doute cela, et de l'appréhension. Avoir un prénom, c'était quelque chose de fort. Et en recevoir un après tant d'années, ce devait être terriblement éprouvant. Comment aurait-il agi lui-même si à son âge on l'avait appelé Evelyn après des années d'anonymat ? Sans doute aurait-il été dans le même état fébrile. Le ramoneur bredouilla quelque chose, mais l'abeille l'entendit mal. Il crut voir des protestations sur ses lèvres. Mais elles s'étouffèrent. Il lui posa directement la question. Voudrait-il bien être son Innocent ? Voulait-il enfin avoir une réelle identité ? Arrêter de vivre sous un faux nom. Etre enfin vraiment quelqu'un. Au moins pour lui. Juste pour lui.

La peinture répondit à son baiser. Pour Evelyn, ce fut un instant délicieux. Cela voulait dire qu'il acceptait. Il acceptait de devenir son Innocent. Il acceptait le prénom qu'il lui avait donné. Il acceptait. Des larmes ruisselait sur son visage aux teintes grises. Ses doigts les effacèrent avec douceur. Mais cette fois il n'était pas peiné de les voir ces larmes. Elles avaient un air de délivrance pour ce petit ramoneur. Elles étaient pleines de joie. Eve le savait. Il suffisait de voir ses yeux, son sourire, son expression pour comprendre sa joie. Ses yeux verts ne le quittait pas, veillant sur lui avec amour, comprenant ses émotions. Il n'avait pas besoin d'ajouter quoi que ce soit. Il sentait les choses. Il sentait que le bonheur avait empli leurs deux cœurs, qu'ils soient de chair ou de peinture. C'était l'essentiel. Eve n'en voulait pas plus.

Il sourit lui aussi. Oui, il espérait qu'il resterait longtemps ensemble. Et que leur histoire se finirait bien.


"J'en suis sûr aussi…"murmura-t-il avec un fin sourire.

Il continua de caresser doucement ses cheveux. Ce geste était rassurant. Son petit Innocent commença une phrase… Il attendit la suite. Mais elle ne vint pas. Ce fut lui qui vint un peu plus près de lui, une de ses mains rugueuses allant se nicher dans ses cheveux d'ébène. L'autre main cherchait à tâtons la sienne sans la trouver, il la lui donna finalement, entrelaçant leurs deux mains. Le guérisseur sourit, ses yeux parcourant le visage du ramoneur. Il venait de s'endormir sans finir sa phrase… Il avait l'air si serein ainsi endormi. Le teint plus mat, plus sombre. Mais toujours un petit sourire restait sur son visage, lui donnait cet air si heureux. Grâce à lui ? Oui, un peu. La reine des abeilles eut un sourire satisfait. Il avait au moins réussi quelque chose ce jour là. Ses doigts s'entortillaient toujours dans sa chevelure drue et épaisse. Il aurait sans doute pu même juste après ces quelques heures reconnaître ce type de cheveux entre mille ! Ils étaient si particuliers ! Si unique. Comme lui. Il n'existait sans doute pas de peinture aussi réelle que lui. Il avait eu beaucoup de chance de le rencontrer. Lui qui d'habitude avait une malchance terrible, pour une fois, il avait rencontré un être unique, d'une valeur inestimable. Il avait eu son lot de chance pour quelques mois…

Il ne se lassait pas d'observer son visage endormi. Apprendre ses traits par cœur. Les graver dans sa mémoire. Graver sa petite bouille ronde. Son petit nez légèrement concave. Ses yeux clos. Tout. Il voulait tout avoir en tête. Ses doigts courraient toujours dans ses cheveux, sans pour autant le réveiller. Restant délicats. Ils ralentirent petit à petit. Tout comme ses yeux se fermèrent. Imperceptiblement. Morphée le retirait à sa contemplation. Il ne s'en aperçut pas vraiment. Le sommeil vous entraîne parfois d'une façon discrète. Vous prenant dans ses bras sans que vous le sentiez. Ce fut le cas pour Evelyn ce soir là.

Ainsi quand il se retrouva à marcher en rêve sous une ciel rosé et dans un champ de fleurs, il crut avoir quitté sa chambre pour ce lieu. Sans penser que ce puisse être une chimère. Tout paraissait réel. Jusqu'au odeurs de chèvrefeuilles, de jasmin, de coquelicot, de margueritte. Tout y était. Tout était à s'y méprendre, malgré ce ciel à la couleur étrange. Qui vira au rouge sang, la pénombre se faisant. Peut-être était-ce une nuit particulière… Parfois la déesse lunaire apporte de drôles de couleurs aux lieux.

Eve avançait donc, portant son regard vert sur ce magnifique paysage. Il avait rarement vu autant de fleurs. Sauf chez lui. D'ailleurs, le chemin sur lequel il marchait, il ressemblait terriblement à celui qui allait jusqu'à la maison de Hayleh… C'était le même… Le moindre tournant, la moindre courbe était semblable à ce chemin qu'il avait emprunté des tas de fois. Plus il avançait plus il se sentit étrangement anxieux. C'était trop semblable à la réalité pour être un rêve.

Et puis, la maison se dressa au bout du chemin. Sa maison. A elle ! Une petite fumée s'élevait de la cheminée. Comme si elle était toujours en vie ! C'était impossible ! Impossible ! Il courut jusqu'à sa porte. Ses chaussures à talon claquant par terre. Il poussa la porte. Et elle était là. A côté du feu, se réchauffant les mains. Elle tourna la tête vers lui, étonnée. Ses yeux bleus n'avaient pas changé. Le reste de son corps non plus, comme si les années l'avait épargnée.


"Cela faisait longtemps, Honey…"murmura-t-elle.

Evelyn resta figé, à la porte.


"Tu m'as emprunté des affaires… Elles te vont bien, mais, c'est un peu grotesque non ? "ajouta-t-elle en le regardant de haut en bas.

"Mais… c'est parce que… Tu étais morte…"chuchota-t-il.

Elle rit. Un rire éternel, celui d'une enfant. Elle se leva et s'approcha de lui.

"Oui, je suis morte… Parce que tu n'as pas pu me sauver. "dit-elle d'un ton froid.

Le visage de l'abeille trahissait toute sa détresse. Il ne comprenait pas. Elle le haïssait, c'était ça ?


"Mais, j'ai essayé… C'était trop tard…" bafouilla le garçon en s'approchant d'elle, tendant une main vers elle.

Cette main fut repousser d'un coup brusque de la part de son amie défunte. Son regard glacé aurait pu tuer le jeune homme. Son visage était d'une dureté incroyable. Jamais il ne l'avait vu dans une telle rage. Mais c'était normal. Il ne l'avait pas sauvée. Il n'était qu'un rebut. Qu'un lâche. Qu'un guérisseur de pacotille.


"Tu n'as jamais été qu'un raté. On t'a nommé reine, mais tu ne vaux rien. Tu ne réussis même pas à protéger ceux qui t'accordent leur confiance. Tu disais que tu me guérirais toujours. Mais tu n'as rien pu faire. Et tu ne pourras rien faire pour celui qui m'a remplacé."cracha-t-elle à son visage.

Il fronça les sourcils. Celui qui l'avait remplacé de qui parlait-elle ? D'Innocent ?


"Je ne t'ai pas remplacée ! Je t'aime Hayleh ! Je…"

"Tais toi. Tu l'as fait. Rebut. Ingrat. "

Et puis elle rit. Un rire mauvais.


"Mais tu le perdras lui aussi ! Tu ne le sauveras pas ! "

Evelyn tenta de la prendre dans ses bras, mais elle disparut laissant juste derrière elle une fumée rouge. Rouge sang. La pièce sentait le sang. Elle était redevenue la pièce de ce matin là. La pièce aux murs couverts de ce liquide rouge. La porte était enfoncée. Non. Pas une autre fois, il ne voulait pas rester là. Ses mains étaient rouges de sang. Non. Non. Non. Il sortit de la maison. Il titubait. Il avait envie de vomir. Il se sentait mal. Comment avait-elle pu lui dire cela ? Il avait essayé de la sauver ! Il avait tout essayé ! Il avait voulu la sauver ! Il… Sa tête tournait. Tout était flou autour de lui, le champs de fleurs formait un fouillis de couleurs un tourbillon dont il n'arrivait à s'enfuir. Il courait. Courait. Le sol semblait se déformer sous ses pieds. Il n'avançait pas. Le ciel était rouge. Ses mains aussi. Il l'avait tuée ! Il l'avait tuée ! Il n'avait pas pu la sauver ! Il l'avait tuée !

Le décor changea d'un coup. Tout devint noir. Ou plutôt gris. Il se retrouva dans les rues de Woollyland. Le ciel avait toujours la même couleur menaçante. Ce même rouge sanglant. Il courut. Il y avait des cris. On poursuivait un ramoneur. Son ramoneur. Son Innocent. Désespérément, il courait. Où était-il ? Il devait le protéger ! Le sauver. Ses jambes n'avançaient pas assez vite. Son souffle était coupé. Il étouffait. Il devait courir. Pourtant il trébucha et tomba. Son souffle ne revenait pas. Il se releva, s'appuyant contre un mur. Il continua d'avancer. Les cris se faisaient de plus en plus fort. Il devait courir ! Il manqua de retomber. Il n'arriverait jamais à temps. Les larmes lui vinrent aux yeux. Non. Non ! Il ne voulait pas l'abandonner. Pas encore une fois.

La place s'offrit alors à ses yeux verts. Les hommes s'enfuirent en le voyant. Laissant derrière eux, un corps. Son corps. Ce corps au visage rond. Au petit nez légèrement concave. A la peau grise. Aux cheveux drus. Son corps. Il courut. Son cœur allait exploser. Ses poumons le tiraillaient. Ses yeux étaient emplis de larmes. Ses joues trempées. Non. Non. Pas lui. Il se jeta sur son corps. Il releva sa tête. Un filet de peinture glissa de ses lèvres. Son cœur ne battait plus. Il arrivait trop tard. Il était mort. Un râle passa ses lèvres. Un râle inhumain. Un râle de détresse pure. Tout était rouge. Ses mains étaient tâchées de peinture. L'odeur d'huile et d'essence emplissait l'air. Il serra son petit corps contre lui. Pourquoi ?





"Non, Innocent pas toi… Ne me laisse pas toi aussi..."murmura-t-il en ouvrant les yeux.

Son visage était inondé de larmes. Ses yeux verts tombèrent sur le plafond. Il était dans sa chambre ? Oui. Mais alors… Il avait rêvé ? Il avait tout rêvé ? Il tourna la tête, il n'y avait personne à côté de lui. Il avait tout rêvé. Tout sauf une chose qui ne changerait jamais : la mort d'Hayleh. Elle le haïssait. C'était normal. Et il n'existait pas. Ce garçon qui l'apprécierait, il n'existe pas. Il n'était qu'un rêve, comme tout le reste. Un espoir né et mort dans le même rêve. C'était injuste. Il aurait mieux valu ne pas l'avoir du tout. L'herboriste se recroquevilla sur lui-même. Ses jambes se collant contre son torse, sa tête s'enfonçant dans ses épaules. Il n'était plus qu'une petite boule de chair humaine. Les sanglots témoignant de sa vie, là où sa raideur et son teint livide auraient pu laisser croire à la mort. Il regarda ses mains, elles étaient blanches, pourtant, il les aurait crues rouges, ou grises de sang. Il se recroquevilla un peu plus, complètement anéanti. Cela faisait bien longtemps qu'il ne l'avait pas vue en rêve… Les retrouvailles sont toujours difficiles avec les morts.
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Lun 14 Sep - 9:18

Le sommeil l'avait attrapé par surprise, surgissant de derrière son épaule pour fermer ses yeux, sans qu'il ne s'en rende compte. Ce devait être un substitut de parent, qui rapellait à l'ordre ceux qui tentaient de veiller trop tard. Il n'était pourtant pas si tard... Mais son corps était exténué, que ce soit à cause de la blessure, des fortes émotions ou du long discours qu'il venait de prononcer, dépassant son quotat de mots pour l'année. Et peut-être aussi parce que cela faisait plus de vingt-quatre heures qu'il était éveillé... Il était peut-être un peu impoli de s'endormir ainsi, mais il n'eut guère le temps de se poser la question. Sa conscience s'évapora, laissant le ramoneur comme mort, tenant fermement entre ses mains celui qu'il espérait de tout coeur être réel et non une stupide illusion de son esprit malade. Et si, quand il rouvrait les yeux, il se rendait compte que tout cela n'était qu'une illusion ? Il ne rêvait que rarement, mais tous ses songes se faisaient plus réels que tout, qu'ils soient emplis de chaleur ou de cruauté. Evelyn n'avait pas le droit de n'être qu'un rêve.

Son sommeil n'eut heureusement pas la malchance d'être visité par une mauvaise fée des songes, ni par un bienfaisant esprit de l'onirisme. La léthargie profonde de la peinture était plutot bonne chose, les rêves dont on le dotait parfois ne faisant que le fatiguer, ce qui n'était peut-être pas le premier but que l'on recherche lorsque l'on s'assoupit. La pénombre les avala, les lumières de la ville se balançant doucement par la petite ouverture de l'appartement. La nuit dans les bas fonds de Malkins, tous les chats n'étaient pas gris. Tout était rouge et ondoyant. Tout avait des parfums désuets de foules amassées, de vagues enivrantes de souvenirs d'antan, les époques comme les hommes se brassant dans un gigantesque fouillis déliquescent. Si il ne comprenait pas l'illuminée décadence en tout son sens, le ramoneur arrivait toujours à trouver son compte dans cet amas hétéroclite, passant sans le savoir à côté des atrocités, ne se délectant que du climat délicieusement sucré qui y règnait. Etre innocent avait bien des avantages, et ce n'en etait pas des moindres. Il fallait juste en oublier les inconvénients, après...

Le ramoneur s'éveilla à une heure avancee de la nuit, une heure où l'effervescence se fait un peu moins vive et ou la somnolence commence à gagner des plus festifs. Les commercants commencent à fermer et la foule des visiteurs laisse peu à peu la place à ses inhabitants, tout sans-abris qu'ils étaient. Il ouvrit les yeux, lentement, s'étonnant déjà de les avoir fermés, ne s'étant quasiment pas rendu compte qu'il commençait à somnoler. Lorsqu'il vit le visage endormi d'Evelyn près du sien, un frisson parcourut son échine, achevant de le réveiller. Il ne s'attendait pas à revenir à la réalité si rapidement, et de se souvenir en un bloc de tout ce qu'il s'était passé la veille. Il s'était endormi ? Quand ça ? Que s'était-il passé, après qu'il aie accepté le si joli nom qu'Evelyn lui avait donné ? Il resta immobile de longues minutes, incapable de séparer sa main de celle du traqueur sans craindre de le réveiller. Il bloqua entièrement sa respiration afin de ne pas risquer de gêner son ami, le fixant avec insistance, comme s'il croyait que plus il mettait de l'intensité dans son regard, plus il pourrait graver son souvenir dans sa mémoire, le rendant indélébile.

Avec une audace inhabituelle, il osa toucher du bout des doigts le visage d'Evelyn. Les humains étaient parfois si beaux... Etrangement, le ramoneur eut l'impression que les rôles étaient inversés, qu'Evelyn était l'oeuvre et lui le témoin, le spectateur. Mais de qui le guérisseur était-il l'oeuvre ? De ses parents, peut-être, mais il n'avait jamais vraiment compris comment ils faisaient pour faire naître des enfants de chair et de sang. Ses doigts gris survolèrent avec appréhension l'epiderme de l'humain qui lui avait ouvert son coeur. Ses traits nobles semblaient petris d'une certaine sérénité, il semblait presque indifférent, ce qui le changeait tellement des émotions nues et directes auxquelles il commençait à s'habituer. Son visage pâle réhaussé de fleurs rosées s'épanouissant sur ses joues était doté de beaucoup de caractéristiques appartenant à ses inconscients critères de beauté, et c'est ce qu'il effleura, ses phalanges s'accrochant à sa peau, assez doucement pour ne pas le reveiller. Sa coiffure presque savamment echevelée, sa sérénité une fois endormi, ses mains délicate lui rapellaient bien de vieux souvenirs, sans qu'il ne puisse vraiment mettre de nom dessus. Voir Evelyn à la lueur de la lune présentait des parfums nostalgiques, des réminiscences decrépies ressurgissaient sans montrer leur visage, leur masque ayant des relents aussi agréables qu'artificieux. Au delà de leur déguisement, il augurait que ces effluves sucrées avaient quelque chose d'apre. Mais sur le moment, toutes ces impressions positives peignirent un sourire bienveillant sur son visage, alors que ses doigts quittaient les joues d'Evelyn. Il se leva en faisant le moins de bruit possible, ce qui n'était pas très dur pour lui, étant donné que sa vie tournait autour de la discrétion, banal qu'il était pour les humains... Enfin, visiblement sans compter Evelyn. Ses pas errèrent un instant sur le parquet à peine eclairé par les lumières mourantes de la ville. Il n'avait pas l'habitude de marcher pieds nus, et encore moins sur un sol comme celui-ci, exclusivement reservé aux êtres qui lui étaient supérieur. Cette impression de transgression de ses interdits le gêna un peu, même si le contact du bois usé sur sa peau rêche n'avait rien de désagréable. Il laissa flâner ses pas un petit instant, avant de ne plus y tenir et de remettre ses chaussures, incapable d'enfreindre son propre reglement. Il remarqua néanmoins que le ménage ne semblait pas être le fort du noble, peut-être à cause du travail qu'il exercait et qui devait lui prendre energie comme temps libre... Ou peut-être par pure paresse, pensée qui le fit sourire autant qu'elle l'ennuya, faisant preuve d'une trop grande familiarité et de bien trop d'audace dans ses pensées, ces derniers temps. Néanmoins, si il n'y avait pas grand chose à ranger, ce qui était positif étant donné qu'il n'oserait jamais fouiller dans les affaires des autres, il y avait fort à faire au niveau de la poussière. Il fallait faire quelque chose, surtout que c'était, premièrement, son métier que de nettoyer, même si il était spécialisé dans les cheminées il savait laver le sol, la suie souillant parfois la maison de ses employeurs, et deuxièment, il était de son devoir d'aider les humains, tout affectueux qu'ils soient.

Le ramoneur ramassa d'abord les quelques affaires qui trainaient et les rangea dans la valise, non sans mal étant donné que Destinée prenait quasiment toute la place dans l'imposant bagage. Il réussit néanmoins à laborieusement glisser les affaires en dessous de l'animal sans le réveiller, malgré les petits piaillements endormis que le griffon poussa parfois en guise de protestation, ressemblant plus à des roucoulements paisibles qu'à des cris stridents. L'ouvrier finit par sortir une petite balayette associé à une pelle, qu'il epousseta d'abord à la fenêtre pour les débarasser de toute la suie accumulée lors des précédentes commandes, avant de commencer à se débarasser de la poussière avec toute l'attention possible. Alors qu'il était tout à sa tâche, il ne remarqua pas tout de suite que le sommeil d'Evelyn devenait de plus en plus agité. Néanmoins, lorsqu'il se redressa pour regarder ou en était la nuit, le bruit l'interpella. Evelyn bougeait un peu, et émettait des petits filets de voix plaintifs. Le ramoneur s'approcha, inquiet, et après l'avoir examiné, sans oser le toucher cette fois, il conclut que ce devait être un rêve, son ami étant visiblement toujours endormi. Avant de retourner à son ouvrage, il jeta un dernier regard inquiet au traqueur, ignorant ce qu'il devait faire, et préférant ne pas agir de peur de faire une bêtise. Le guérisseur représentait beaucoup, malgré la rapidité avec laquelle s'étaient enchaînés les évènements de la veille, et il ne souhaitait pas le perdre, ni lui faire du mal. Il continua à epousseter, s'occupant des rares meubles de la chambre, mais ayant perdu un peu de son entrain, ses regards s'égarant toujours du côté du lit, là où Evelyn remuait fablement.

Alors qu'il glissait son bras sous le lit pour enlever tout ce qui s'y était accumulé, il entendit une phrase un peu plus construites que les gémissements sourds qu'il exhalait. Il dut tendre l'oreille, cessant son travail, pour comprendre la phrase. Innocent, pas toi, ne me laisse pas... toi aussi ? Le ramoneur ne se reconnut qu'après une petite seconde de flottement, n'ayant pas encore entièrement assimilé le nom qu'Evelyn lui avait donné, mais se questionna surtout sur la signification du "aussi" dans la phrase, se demandant qui avait bien pu abandonner un être aussi gentil que lui, ni pourquoi le guérisseur pensait qu'il pourrait l'abandonner ainsi, sans raison. Peut-être s'etait-il affolé de ne pas l'avoir aperçu contre lui, la peinture étant en effet presque plaquée au sol, rendant la perception de sa présence plus ardue.. Il voulut se relever, se cogna au montant du lit, lança un râle contenu de douleur, les objets contondants lui faisant beaucoup plus de mal que les plaies, et se massant la tête, se releva assez pour se mettre à genoux, regardant la silhouette d'Evelyn dans le lit, perplexe. Il ne semblait pas l'avoir remarqué. Le ramoneur se massa le crâne d'une main, encore sonné par le choc, la vue un peu brouillée. Evelyn était tapi entre ses draps, dos à lui, et il devina en voyant ses épaules soulevées de sanglots qu'il pleurait, donc était probablement bien éveillé. La peinture se leva complètement, tituba, avant de retrouver l'équilibre et la tête à peu près claire. Les trois dimensions de ce monde donnaient parfois le vertige à l'être conçu pour vivre dans un monde où seuls comptaient la hauteur et la largeur, la perception de ce monde le fatiguant plus que les humains, et d'autant plus lorsqu'il venait de se cogner. Il finit par s'avancer, timidement, vers Evelyn, et posa sa main sur son épaule. Enfermé dans son monde, le guérisseur ne sembla pas le remarquer. Il passa une main en dessous de lui pour redresser son ami, tout en s'asseyant à ses côtés sur le lit. Il tremblait. Il tremblait tellement. Le visage d'Innocent se ternit d'inquiétude, il serra bien contre lui le corps prostré de l'humain, sa respiration flageolant autant qu'il tremblait, son coeur pincé d'angoisse. Il laissa reposer sa tête sur l'épaule du jeune homme, contre ses cheveux noirs, dont émanait toujours une agréable odeur rassurante, et murmura

    « Evelyn, je suis... là... »

Sa voix inquiète étouffait presque toutes les paroles qu'il disait, et il n'était pas très sûr qu'Evelyn l'aie vraiment entendu. De sa main grise, il frotta tendrement le bras de son hôte, comme pour le réchauffer, lui dont la peau était si froide, d'un coup, comme si il pouvait expirer d'un moment à l'autre. Ah non. Il n'avait pas le droit de mourir. Et le ramoneur ne voulait pas qu'il soit triste non plus. Il souffla de nouveau à l'oreille d'Evelyn, un peu plus fort, se faisant le plus rassurant possible.

    « Je suis là, ne vous inquiètez pas... Je ne vous laisserai pas... »

Il laissa ses grands bras enlacer le corps d'Evelyn, qui semblait si fragile, à ce moment, ses mains bien appuyées sur les épaules du traqueur. Il était là. Il l'assurait de sa présence, fût-elle discrète. Mais il ne savait pas consoler les enfants qui sortaient d'un mauvais rêve, si son hypothèse était juste, et les adultes non plus. Il se contenta un moment de faire acte de présence pour repondre à la phrase etranglée qu'avait murmuré Evelyn. Cherchant peut-être ses mots, mais aussi se rassurant lui-même, son hôte ne semblant pas malade. Il finit par ajouter

    « Je vous l'ai dit hier, j'aimerais ...qu'Innocent et.. Evelyn ne se séparent pas si ...vite... Je ne vous laisserai pas. »

Il relâcha son etreinte, pour laisser Evelyn se retourner et voir de lui-même le visage du ramoneur, et son expression ausis inquiète qu'emplie de bienveillance envers lui. Evelyn semblait tellement instable, à ce moment... Il ne savait pas que les humains comme lui pouvaient être aussi fragiles. Il ne savait pas non plus qu'ils montraient de cette manière leur abattement, en se recroquevillant sur eux-mêmes, pour se protéger du monde exterieur. Il ne savait pas que les humains pouvaient être semblables à lui, dans leurs moments de fablesse. Ils étaient si frêles... Evelyn était si frêle, entre ses bras, il semblait avoir retréci, être un enfant entre ses bras, lui qui était le protecteur hier, il était celui qui recherchait la protection aujourd'hui. Les humains étaient décidement étranges et versatiles... Ils étaient si complexes et parfois contradictoires... Mais ne serait-ce qu'en remerciement de son attitude rassurante d'hier, le ramoneur voulait lui rendre la pareille. Ne serait-ce que pour cela, même si les raisons qui le poussaient à agir étaient floues et indechiffrables pour son coeur encore limité. Mais à présent qu'il avait fait de son mieux pour tarir l'inquiétude d'Evelyn, il voulait connaître les raisons de sa tristesse.

    « Vous êtes malade ?... Quelque chose... vous a fait du mal ?... Un rêve ? »

Le visage seul du ramoneur exprimait mille questions, mais il ne put exprimer que quelques unes de ses hypothèses, ne souhaitant pas accabler encore plus celui qui prenait une place de plus en plus importante dans ses pensees.


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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Lun 14 Sep - 15:30

Peut-être que si les doigts sur son visage avaient été un peu plus insistants, peut-être son rêve se serait-il stoppé. Peut-être aurait-il eu juste à profiter de cette charmante caresse. Il aurait juste eu à croiser son regard noir qui le fixait intensément. Il aurait pu lui sourire. Lui dire bonjour, se réveiller heureux. Mais au lieu de ça, il ne l'avait pas senti. Il avait continué de dormir. Sombrant dans les terribles abysses du sommeil. Elles l'avaient happé. Il avait perdu pied. S'enfonçant dans ses propres ténèbres. Il voyait ses démons. Elle. Elle qu'il avait tant aimé et qu'il n'avait pas su sauver. Jamais il ne se le pardonnerait. Jamais. Et son inconscient le lui rappelait assez souvent. Un peu plus puissamment cette nuit là. Des rêves pareils, il n'en avait pas fait depuis longtemps. Depuis des années. Depuis qu'il avait fermé son cœur, qu'il l'avait muré, qu'il avait monté des murs infranchissables. Et puis, il y avait eu cette petite brèche. Une brèche qui avait fait s'écrouler le mur en trop peu de temps pour qu'Evelyn s'en aperçoive vraiment. Et voilà ce que ça donnait. Il devenait vulnérable. Sa sensibilité s'éveillait de nouveau avec force. De façon incontrôlable. Il avait peur de le perdre plus vite encore qu'il ne l'avait rencontré. Il avait peur d'avoir rêvé. Il avait peur que tout n'ait été qu'un tissu d'illusions créé par son cœur esseulé. Il avait peur.

L'angoisse le prenait jusqu'aux entrailles. Si bien qu'il ne pensa même pas que le ramoneur puisse s'être levé et être dans la pièce. Non, il avait obligatoirement disparu. Il l'avait abandonné, puisque de toute façon ce n'était qu'un rêve. Un rêve pour lui faire croire qu'il n'était pas un incompétent. Pas un rebut. Pas un raté. Mais c'était ce qu'il était ! Ce qu'il serait toujours ! Quel imbécile il était. Il n'aurait pas dû autant rêver. Maintenant le réveil était si dur. Si douloureux. Et cette douleur l'emprisonnait. S'il avait tendu l'oreille il aurait sans doute entendu la tête du nettoyeur taper contre le lit, et son petit cri. Mais rien. Il n'entendait rien. Que son cœur qui battait si fort et si vite. A lui faire éclater la poitrine. Ses sanglots le secouaient avec violence. Il avait si mal…

Est-ce que c'était un courant d'air qui lui donner l'impression qu'on touchait son épaule ? Ou alors Destinée qui s'inquiétait de son sort ? Peut-être les deux. Mais sûrement pas le mirage qu'il s'était inventé. Voilà, qu'il rêvait encore, il entendait sa voix. Il avait l'impression d'être dans ses bras… Son cerveau lui jouait vraiment des tours; Il eut un gémissement. Il voulait que ça s'arrête, que tout redevienne comme avant. Qu'il ne souffre plus.

Non. C'était trop vrai. Alors, il n'avait pas rêvé ? Son innocent était là ? C'était lui qui lui disait cette si jolie phrase. C'était bien lui ? C'était bien sa petite voix ? Ce timbre si doux et un peu effacé. C'était ses mains posées sur se épaules, son corps tout près du sien ? Il n'était pas parti ? Il était là ? Vivant ? Il resterait là ? Il ne le quitterait pas ? Toutes ces interrogations arrivèrent dans la tête de l'abeille à une vitesse folle. L'étreinte quitta bientôt ses épaules. Rêvait-il encore ? Non, tout était trop réel. Les draps sur sa peau, son souffle coupé par les larmes. Tout cela était trop vrai.

Il hésita un instant. Les larmes glissant sur ses joues. Et si en se retournant il n'y avait plus rien ? S'il disparaissait comme par magie ? Un sanglot agita ses épaules. Il n'était qu'un lâche. Il avait si peur de se retrouver à nouveau seul. Maintenant qu'il avait goûté à la présence d'un être si exquis, comment pourrait-il faire si ça n'avait pas été vrai ? Il devrait continuer sans fléchir, sans baisser les bras. Comme avant. Il releva la tête, trouvant le courage de se relever un peu. Il jeta un regard au dessus de son épaule.

Il était là ! Il eut un sanglot, et ses larmes reprirent de plus belle. Il était là. Son visage prit une expression soulagée, presque heureuse. Dans un mouvement un peu précipité, Eve se jeta sur lui. Installant sa tête sur ses genoux, ses mains allèrent s'accrocher à son pull. Il n'était qu'une petite chose humaine s'accrochant à lui désespérément. Il avait eu si peur de le perdre. Il avait tellement cru qu'il le tenait mort dans ses bras. Il avait tellement cru qu'il ne pourrait pas vivre plus longtemps avec lui. Il avait eu si peur que leur histoire ne se finisse pas bien. Qu'il soit encore seul à cause de la mort. A cause de sa mort. Il le protégerait. Quitte à mourir. Mais Innocent ne mourrait pas. Pas lui vivant.

Il releva doucement son visage à ses questions, encore appuyé sur ses jambes. Malade ? Non, il ne l'était pas, il allait sans doute bien. Il avait une bonne santé. Non. Ce n'était pas une affaire de maladie. C'était bien plus profond. Bien plus douloureux que le mal que font les infections. Un rêve ? Oui, il avait rêvé. Mais, ce n'était pas un rêve doux et charmant; C'était un de ces horribles rêves qui vous rappellent à l'ordre. Qui vous rappellent vos peurs. Qui vous rappellent que votre bonheur ne durera jamais longtemps.

"Plutôt… un cauchemar…"murmura-t-il d'une voix trébuchante, coupé par les tressautements de son souffle.

Il ne voulait pas le perdre. Peut-être qu'Hayleh avait raison. Il l'avait remplacé. Ce garçon avait si vite pris de l'importance dans sa vie. Comme elle. Avait-il le droit de la remplacer ? Cela faisait maintenant huit ans qu'elle l'avait quittée… Qu'il l'avait tuée. N'avait-il pas le droit d'aimer à nouveau ? D'apprécier ce garçon ? Etait-ce ingrat ? Était-ce injuste ? Non. Il y avait le droit ! Et puis, s'il ne l'aimait pas, qui pourrait l'aimer ? Qui oserait passer au-delà de son air effacé ? Qui comprendrait sa détresse ? Qui le considèrerait comme un humain et non pas comme un monstre inférieur ? Qui lui donnerait confiance en lui ? Il voulait faire tout cela. Il voulait lui donner tout cela. Et même plus encore s'il le pouvait…

Ses larmes avaient arrêtées de couler à plein flot. Elles étaient plus rares. Roulant doucement sur ses joues. Son souffle toujours un peu oppressé se calmait progressivement. Les sanglots le secouaient moins souvent. Il gagnait peu à peu en sérénité. Il était là. Il était là avec lui. Il ne parla pas. Sa tête reposant juste sur ses cuisses. Il ne voulait pas encore parler. Il voulait juste rester là. Dans ce silence serein. Destinée couina un peu, rêvant sans doute elle aussi.

Peut-être resta-t-il ainsi immobile plusieurs minutes, peut-être moins, il n'avait plus vraiment la notion du temps. Tout était si flou. Seul lui comptait. Seule sa présence importait. Son existence, sa vie, sa réalité. Il était bien là, tangible. Il avait bien rencontré un adorable ramoneur. Et maintenant, c'était à son tour de pleurer dans ses bras. Ou plutôt sur ses genoux.

Il ouvrit la bouche. Décidé à parler. Mais aucun mot ne vint. Il ne savait par quel bout commencer. Il ne savait comment lui expliquer sa tristesse. Il ne savait pas ce qu'il devait dire. Devait-il parler d'Hayleh ? Devait-il dire tout son rêve ? Devait-il revivre entièrement ce cauchemar ? Ou alors devait-il se taire. Laisser le mystère, tourner la page ? Non, il devait parler. Lui dire.


"J'ai rêvé… Que… Que tu mourrais… On te poursuivait… Et… Je n'arrivais pas… à courir… J'étouffai… Alors qu'eux… Eux couraient vite… Ils t'avaient attrapé… et… Il t'avait tué… Je n'ai rien pu faire… Tu étais mort… "

Sa voix n'était qu'un murmure faible, effacé, apeuré. Il se redressa doucement, ses yeux verts ne quittant pas le visage du ramoneur. Une de ses mains passa doucement sur son visage, pour aller caresser son cou. Délicatement. Ses doigts glissant avec volupté.

"Je ne pouvais pas… te sauver… Je ne peux pas… soigner de la mort… Je t'avais tué… Je n'avais pas pu… te protéger… "

Sa voix s'acheva dans un souffle. Deux larmes roulèrent sur ses joues humides. Ses yeux verts laissant transparaître sa tristesse. Il ne voulait pas que cela arrive. Jamais. Il s'approcha un peu plus du ramoneur. Sa deuxième main allant se cacher dans ses cheveux, les caressant avec précaution, pour ne lui faire aucun mal. Son visage s'approcha du sien, puis, il l'embrassa. Avec plus d'intensité que jamais. Plus de profondeur. Presque amoureusement. Ses yeux s'étaient clos. Il voulait l'embrasser longtemps. Sentir ses lèvres contre les siennes. Le sentir contre lui. Sentir son corps contre le sien. Sentir qu'ils étaient vivants tout les deux.

Il poussa doucement le ramoneur, le faisant s'allonger sur le lit. Leurs lèvres toujours scellées. Il voulait faire durer ce baiser. Il voulait lui montrer combien il l'aimait. Qu'il tenait à lui. Que son rêve ne se produirait pas. Qu'il serait toujours là. Pour le protéger. Pour lui donner son affection. Evelyn était allongé sur lui. Leurs corps étaient si proches, la peau de son torse nu se frottant contre son pull rêche. Sa main caressant sa nuque, l'autre posée sur sa joue.

Il détacha bientôt ses lèvres. Non sans regret. Il avait aimé ce baiser bien plus que tous les autres. Lui qui avait cru ne jamais pouvoir en donner à nouveau à ce charmant Innocent. Ce baiser avait eu le goût de la renaissance, du renouveau, de l'espoir. Il était inestimable aux yeux de l'abeille. Il était plus précieux que n'importe quoi. C'est en croyant avoir perdu quelqu'un qu'on prend conscience de son importance. Il ne savait pas dire pourquoi ce petit chasseur de prime prenait autant de place dans son cœur, mais, il était bien là.

Il releva la tête, et même le reste de son corps, se retrouvant perché à califourchon sur les hanches d'Innocent. Ses mains quittèrent son visage. Elles allèrent chercher leurs consoeurs de peinture. Les caressant délicatement avant de les saisir doucement. Puis, doucement, elles amenèrent leurs sœurs d'huile et d'essence, jusqu'aux lèvres du guérisseur qui déposa sur elles quelques baisers. Des baisers légers comme une petite brise.


"Je… "

Je t'aime ? Oui, peut-être aurait-il voulu dire cela… Mais il n'en était pas sûr. C'était si flou. Il ne pouvait affirmer quelque chose d'aussi fort sans en avoir eu les preuves que ce fut bien le cas. C'aurait été malhonnête.

"Je ne veux pas… te perdre… "murmura-t-il plutôt.

Ces mots dits, il embrassa à nouveau le ramoneur. Plus doucement. Plus furtivement. Son corps se collant à nouveau de tout son long sur celui du petit Innocent. Ses jambes s'emmêlant à celle de l'ouvrier. Son visage alla s'enfouir dans son cou, son souffle caressant sa peau. Ses mains jouant toujours avec leurs sœurs, ses ongles chatouillant ses pigments. Eve était si bien ainsi. L'odeur du ramoneur montant en une douce fragrance jusqu'à son nez. Cette touche d'essence de térébenthine. Peu l'apprécie. Pour lui, ce serait sans doute l'odeur qu'il allait préférer…
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Mar 15 Sep - 14:49

Quantité de choses se brisent rapidement, si l'on essaye d'en faire l'inventaire. La brindille crisse, le verre casse, la terre craquèle. Le monde entier peut être balayé d'un coup de vent. Les hommes les mieux bâtis ne résistent pas à la tornade. Pourtant, nombre de gens commettent l'imprudence de construire leurs illusions sur l'inébranlable, cherchant une terre stable pour construire leur vision du monde. Le problème, c'est qu'une fois les bases detruites, le bâtiment ne vaut plus grand chose. C'était l'erreur qu'avait commise le ramoneur, qui voyait crouler en même temps que les larmes d'Evelyn une partie de ses préjugés sur les humains. Ils ne devaient pas se sentir aussi touchés par un simple rêve. Leur coeur était en haut d'un mont que les bassesses du monde ne pouvaient ebranler. Malgré la pauvreté, la misère, le malheur, un humain était toujours un humain. La bave des crapoteuses infortunes n'atteignaient pas les colons des hautes sphères du monde. Le noble Evelyn était l'un des meilleurs hommes qu'il aie jamais croisé, il devait donc être impavide face aux malheurs, solide comme un roc. Le tenir tremblant dans ses bras pour un cauchemar avait quelque chose de déconcertant.

Les yeux d'Evelyn se heurtèrent à lui. Cela sembla lui faire du mal, ses sanglots reprenant de plus belle. Complexe, faible, l'humain que représentait le traqueur était bien éloigné de ce qu'il s'était de longues années imaginé de cette caste supérieure. En prison, ils étaient forts. Certes, parfois, ils s'effondraient. Mais c'était la prison, les mauvais traitements, c'était le desespoir face à la vie qui défilait sans qu'on ne puisse l'attraper, retenu par des barreaux, comme l'eau file entre les mains. Face à la misère, beaucoup cherchaient à la combattre. Même menacés de mort, certains étaient encore forts. Menacé d'une seule illusion, Evelyn tombait, alors qu'il s'était tenu si vaillant face à toutes les péripéties traversées, sur la route contre les poursuivants ou après, contre les différences. Le ramoneur avait beau chercher ce qu'il avait pu se passer dans le rêve, il ne comprenait pas grand chose. De toutes manières, les humains seraient à jamais hors de sa portée, et plus le temps passait, plus cette idée s'enfonçait dans sa tête, clou aussi inextricable aussi qu'artificiel.

Il s'accrocha à lui comme on s'accroche à une bouée salvatrice en pleine tempête intérieure. Un cauchemar, appuya-t-il comme pour satisfaire les derniers doutes planant encore sur l'hypothèse muette du guérisseur. Ses mains aggripaient le pull qu'il avait remis peu avant cet épisode comme si une vague pouvait l'emporter à tout moment loin de lui, comme si le lâcher équivalait à un arrêt de mort. Il posa ses mains sur les siennes, brisant le silence du friselis de leurs vêtements coulissant l'un contre l'autre, qui lui murmurait que tout irait bien. Le silence, mort des sentences et tombeau de tout ce qu'il restait à dire. Même le silence était fragile et éphemère, tout étau inflexible qu'il était. Mais troublé par la respiration capricante d'Evelyn, il peina à revenir. Le ramoneur participa peut-être un peu à sa déchéance, dialoguant avec son protégé en sourdine, uniquement par bruissements interposés. L'ouvrier savait que son mutisme valait plus que la moindre de ses paroles. Chacune de ses phonations étaient nimbées de son barguignage vacillant, rendant inintelligible ses propos et inutiles la moindre de ses phrases. Le langage des signes ne devrait pas être reservé à ceux qui ne peuvent parler. Et ceux qui n'y arrivent pas, non pas par souci physique mais par vice de rhétorique ? S'enfermer dans l'aphasie était plus confortable et semblait permettre d'apaiser les peines. Evelyn, lui, sembla vouloir s'expliquer, le filet de sa voix découpé au ciseau de l'insonorité.

Le récit de son insomnie le surprit davantage, le poussant dans le gouffre de l'incompréhension. Il avait rêvé qu'il mourrait. Mais pourquoi en venait-il à la conclusion qu'il l'avait tué ? C'était lui le fautif dans ce rêve, il n'avait pas pu se sauver de lui-même, il avait été faible face à des ennemis, sans doute des criminels, il s'était frotté à plus fort que lui. La simple idée de la mort lui hérissa les pigments, se retrouvant en pensée face à son pire ennemi, pire que la bergère, pire que le grand méchant loup. Il ne montra rien de son angoisse, ne souhaitant que démontrer au petit guérisseur que toutes les plantes du monde ne pouvaient rien contre la mort, même si lui-même aurait aimé pouvoir faire confiance à un médecin pour le ranimer si la faucheuse venait le cueillir. Evelyn délíait néanmoins sa tension en caressant son cou raide, liberant son souffle. Ses pigments s'apaisaient par le simple contact de la peau du guérisseur. Il ne saurait expliquer vraiment pourquoi, le contact humain le contractant plus qu'il le decrispait, ordinairement. Il se décida à chuchoter, ne supportant pas de voir Evelyn dans cet état, sacrifiant son mutisme volontaire.

    « On ne peut pas... soigner la mort... Pas grave. Pas de votre faute. Un rêve, de toutes façons. »

Son parler elliptique était parfois dur à saisir, mais il tenait surtout à faire passer l'essentiel, sans s'embarasser des fioritures inutiles dont les humains agrémentaient leurs phrases. Ce genre de manège le fatiguait plus que de raison, et il ne tenait pas à s'épuiser alors qu'il venait de se réveiller. Il ne serait qu'un poids pour Evelyn, à somnoler en permanence... Des larmes célibataires coulèrent le long des joues d'Evelyn pour se marier sur son menton. Evelyn ne semblait pas rassuré, et il voyait dans ses yeux verts les scenarii que le guérisseur se faisait de sa mort. Etrange. Déroutant. Troublant. Personne ne s'était soucié de sa vie. L'idée qu'il s'en préoccupe ne le surprenait pas outre mesure étant donné sa nature genereuse. Voir cette idée mise en oeuvre, sans cahots ni heurts, sur le vif, avec la franchise propre au garçon... était un peu plus troublant.

Les gestes qu'il faisait vers lui étaient presque devenus naturels. Ces gestes d'affection qui unissaient en général des personnes qui s'aimaient, des époux, des amants, pas vraiment des amis lui étaient parfaitement inconnus, avant de le rencontrer. Il avait vu quelques couples s'embrasser, mais il ignorait ce que voulaient dire ces gestes. Il l'ignorait toujours. Etait-ce un moyen de lui dire merci ? De lui montrer qu'il appréciait sa présence ? Etait-ce autre chose ? Il laissait un peu de questions de côté, tout comme sa réserve, acceptant l'énième baiser d'Evelyn, qui semblait chaque fois lui montrer une facette différente de ce qu'il pouvait dire par ce simple geste. Le premier était pratique et leur avait permis de se sauver. Le deuxième était presque d'ordre scientifique, Evelyn voulant s'assurer de la nature du ramoneur. Le troisième, sur le front, était affectueux et rassurant. Le quatrième... Et le cinquième... Il n'avait plus les mots. Lui-même avait pris exemple sur lui pour essayer d'exprimer ce qu'il pensait, le calquant au possible, un peu plus creux que son compagnon humain. Il dura longtemps. Le ramoneur ferma les yeux à son tour sur le monde qui les entourait, les ouvrant sur l'univers qui n'appartenait qu'à eux. Il ne remarqua même pas qu'Evelyn l'avait fait basculer sur le lit, geste bien plus qu'équivoque pour la plupart des humains adultes mais plutôt dénué de sens selon Innocent, qui portait très bien son prénom pour le moment. Toute personne normale aurait vu des propositions salaces dans les gestes lascifs du guérisseur, qui ne semblait pas trop se rendre compte lui même de l'ambiguité de la situation.

Innocent avait été réalisé à l'aise de peinture à l'huile. Le mélange de pigments et d'huile de lin n'avait pas d'instincts. Ce n'était qu'une masse morte et figée. L'âme qui lui avait été accordée avait vivifié cette matière en lui donnant l'âme de ce que représentait le dessin et des réactions physiques appropriées pour les situations qu'il avait rencontré, calquant les tremblements, les frissons ou les rougeurs sur le mode de fonctionnement des humains. Peut-être était-il doté des réactions appropriées, encore eut-il fallu qu'il prenne conscience de ce qu'il se passait...

Néanmoins, les sensations prenaient des goûts de plus en plus etranges. Un frisson désagréable lui parcourut les doigts lorsqu'Evelyn les baisa, tout attentionnés qu'ils furent. Trop de perceptions en même temps. Cela lui donnait le vertige. Lorsqu'Evelyn avait séparé ses lèvres des siennes, il s'était rendu compte de l'etrange proximité qui s'était installée. Le corps du garçon ne pesait pas lourd sur la balance de ses hanches, mais cette position, bien qu'elle ne fut pas inconfortable, obscurcit soudain les joues rondes d'Innocent. Il était près. Il parlait, doucement, le souffle de ses paroles s'ecrasant délicatement sur sa nuque, ses oreilles ne les percevant presque pas. Il ne voulait pas le perdre. Mais il était là. Près. Très... Trop ? Oui, presque trop. Le jeu de leurs mains. Le jeu de ses jambes enroulées aux siennes. Les mains, surtout. Les mains, et le cou. Et cette chaleur... Ses sens étaient certes atrophiés par rapport aux humains, mais le toucher était intact, et tellement sollicité... Trop de perceptions, trop en même temps, une chaleur agréable, le jeu des corps, le torse d'Evelyn, tellement près. Les informations s'accumulaient dans son esprit tiraillé en un cafouillage des plus totaux, il en voulait plus, ces sensations étaient agréables, et inédites. Lui qui cherchait la beauté du monde, il la cherchait en tous sens, goût exclu, sa nature ne lui permettant pas d'ingérer trop d'aliments fais pour les humains. Le chaos de son esprit ne lui permit pas de répondre aux paroles pourtant à peu près assimilées du garçon. Le désordre qui règnait en dessous de ses boucles brunes rendaient ses gestes dénués de reflexion.

« ... »

Il prolongea le baiser épaulé de sa maladresse presque brutale, quittant l'une des mains d'Evelyn pour enfouir ses doigts de peinture contre sa nuque, dans l'amas de ses cheveux noirs, caressant avec tatonnement la peau nue du guérisseur, cherchant à l'aveuglette les sensations qu'il cherchait, ou d'autres, plus fortes, ou plus inconnues. Son manège n'avait rien de pondéré, son intuition prenant le dessus et engloutissant toute reflexion de la part de la peinture. Il se servit de ce point d'appui pour brusquement renverser la situation, balançant presque le guérisseur sur le matelas en lieu et place de lui-même, faisant spontanément attention à ne pas lui faire de mal, sa longue vie de serviteur lui ayant appris les reflexes primaires de protection envers les humains. Des penchants semblant venu de nulle part semblaient guider ses gestes, sans intentions lubriques, ne paraissant avoir besoin que de toucher, de tâtonner, de palper, de sentir ces sensations inconnues et captivantes. Ce qui, de l'extérieur, prenait des airs particulièrement douteux pour ce qui était pourtant assez clair de son point de vue tumultueux. Il effleura avec un empressement pataud ses bras nus, sa clavicule tremblante, son cou vulnérable, à l'aveugle, ses yeux toujours clos, ses lèvres gardant toujours possession de celles de son hôte.

Il finit néanmoins par séparer leurs visages, rouvrant un peu les yeux, et ce fut à ce moment seulement qu'il se demandait ce qu'il faisait. Et pourquoi. Assis à son tour sur l'humain, avec une audace qu'il ne se serait jamais permise. Il ouvrit grand les yeux de stupeur. Là, il voulut articuler quelque chose, sa bouche bée articulant des mots incohérents sans arriver à laisser passer un quelconque filet de voix. Ses muscles se raidirent d'un coup, alors que son visage devenait quasiment noir. Il ne savait pas vraiment ce qu'il lui était arrivé... Voulait-il le savoir ?...

    « Q-Q-Que... »

Il se redressa brusquement.

    « P-P-P-Pardon ! »

Bégaiements ridicules. Il se leva, tenta de reculer, s'emmêla les pinceaux, et tomba dans la valise, Destinée ayant heureusement eu le reflexe de s'en extirper avant. Il gigota un instant, tentant lui même de se relever, mais ses membres tremblaient tellement qu'il lui était impossible d'esquisser le moindre geste. Il se couvrit la figure de ses doigts tressaillants et hoqueta

    « E-Excusez moi monsieur Evelyn ! P-Pardon ! Je... Vous... Je... »

Sa voix s'etrangla dans le noeud de sa gorge et il murmura, penaud et la peau pratiquement noire, ses mains lui couvrant le plus possible le visage

    « Je... Je ne veux pas vous perdre non plus et euh mais... Je... Pour... Enfin... Excusez moi... »


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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Mer 16 Sep - 22:07

Innocent avait une vision très erroné de l'être humain. Il le voyait fort alors qu'il était fragile comme du cristal. Le cristal peut résister à bien des choses et pourtant, un simple choc placé d'une certaine manière peut le briser en mille morceaux. C'était ce qui se passait avec Evelyn. Combattre des criminels, se blesser, souffrir physiquement, cela ne le gênait pas. Il y était habitué. C'était son lot quotidien. Mais ce qu'il avait cru réel durant son rêve, c'était sa faiblesse. Elle, elle et tout ce qu'elle lui avait dit. Mais le petit ramoneur ne pouvait pas le savoir. Il ne pouvait pas comprendre. De même qu'il ne pourrait sans doute jamais comprendre pourquoi ce rêve avait tant remué le guérisseur. Voir mourir quelqu'un. C'était sa plus grande peur. Alors le voir mourir lui, c'était insupportable ! La pire des tortures !

Mais il était là, alors tout irait mieux. Son silence était rassurant. Ses mains sur les siennes. Tout simplement. Ce geste le rassura. Ce n'était pourtant pas grand-chose. Cela témoignait juste de sa sereine présence. C'était apaisant. Doux. Agréable. Et puis, il l'avait rassuré ensuite. Enfin, non, il lui avait redit ce qu'il avait trop de fois entendue. On ne guérit pas de la mort. C'était injuste. Mais le ramoneur semblait trouver ça normal. Pas lui. Mais, c'était sans doute Innocent qui avait raison. Et puis, ce n'était qu'un rêve… Et… Il l'avait là contre lui. C'était tout.

Peut-être que s'il n'avait pas été aussi sonné, il se serait aperçu de ses geste. Peut-être. Mais en cet instant, il ne se rendait pas compte de leur portée ! L'embrasser si profondément, lui semblait si naturel. Il en avait tant envie. Et sentir son corps contre le sien, cela lui semblait presque vital. C'était si rassurant. Sentir son corps froid attiédi par le sien. C'était ce qu'il lui fallait. Juste cela. Il n'avait pas l'impression de faire une chose interdite, ni même gênante. C'était juste agréable. Après son rêve, c'était un baume sur les blessures qu'il avait ravivées. C'était le meilleur remède pour lui faire oublier tout cela. Sentir ses mains dans les siennes. Cette peau un peu rugueuse au toucher si étrange, rêche et doux à la fois. Si paradoxal. Humer son odeur. Hmm. Evelyn ne comprenait pas bien pourquoi il aimait tant cela. Pourquoi tous ces contacts lui faisaient autant de bien ? Alors qu'il avait passé des années à les éviter. Il en venait à se demander s'il n'avait pas été dans l'erreur tout ce temps. Pour beaucoup de choses. Beaucoup trop. Ne s'était-il pas trompé en voulant lutter contre la mort ? Ne s'était-il pas trompé en devenant traqueur ? Ne s'était-il pas trompé sur toute sa ligne de conduite ? Ne s'était-il pas trompé en essayant de devenir ce qu'il n'était pas ? Il en doutait à présent en passant ses doigts sur la toile de ses mains, les yeux dans le vague. Perdu.

Puis Innocent prolongea, ou plutôt reprit leur baiser. Sortant Eve de sa rêverie. Presque avec brutalité tant son baiser était maladroit. Ses lèvres heurtant les siennes un peu trop brusquement, avec un peu trop de force. Mais… Il venait de lui. Il prenait l'initiative de l'embrasser. De plaquer si fort sa bouche sur la sienne. Le guérisseur eut un petit gémissement de surprise. Qui se mua bien vite en du répondant. Il frissonna en sentant sa main arriver dans sa nuque. Ce geste lui fit l'effet d'une déchargé électrique. Sauf que ce n'était pas douloureux. Au contraire, c'était très appréciable. C'était comme si tout son corps avait un court instant était caressé, frôlé par une main invisible. Quelle étrange sensation ! Il n'avait jamais ressenti cela auparavant.

Soudain, la situation s'inversa… Il bascula sur le côté. Poussé, jeté sur le lit par son ramoneur. Il avait comme changé. Il était beaucoup plus brutal. Nettement moins timide, nettement moins craintif. Eve en était surpris. C'était si éloigné du petit Innocent qu'il avait vu avant. C'était différent. Paradoxal. Pour une peinture, il avait beaucoup de traits typiques des humains ! Et une telle fougue ! C'était perturbant. Certes, il appréciait ses mains qui remontaient sur ses bras, touchant son corps avec un empressement nouveau. Il aimait les sentir parcourir sa peau. Il aimait sentir ses lèvres l'embrasser avec ardeur. Mais, il avait l'impression qu'il s'agissait d'une autre personne. D'un être bien plus assuré. Bien plus téméraire. Bien plus bestial.

Ses doigts passèrent à nouveau sur son cou… Tous ses muscles se crispèrent. Son dos s'arquant légèrement. Un si faible contact lui procurait des sensations bien trop puissantes. C'était disproportionné ! Il avait peur de son propre corps, de ses drôles de réactions. Connaissait-il si mal son corps ? L'avait-il tant bridé que maintenant il criait si vivement ? Le traqueur ne savait guère où donner de la tête. La situation était plus surprenante et bouleversante que gênante pour lui. Il se découvrait des facettes de lui –même qu'il ne pensait pas existantes. C'était si étrange. Il se sentait redevenir comme un nouveau né qui s'ouvrait à des mystères inconnus. Mais les mystères étaient à l'intérieur de lui-même. C'était… si dérangeant. Découvrir que notre connaissance de soi était si limitée….

Leur baiser intense s'acheva. Leurs lèvres se quittant enfin. Ses yeux s'ouvrirent, légèrement voilés par les sensations, écarquillés par la surprise. Double surprise : voir Innocent dans cet état, et se trouver dans un drôle d'état. Ses émeraudes virent alors le petit nettoyeur de cheminées sur ses hanches. Ses joues en rougirent légèrement. Il comprenait tout juste l'incidence de tout ce qui venait de se passer. Maintenant seulement la gêne s'immisçait en lui. Cette honte insidieuse. Que venait-ils de faire ? Qu'avait-il fait lui-même à ce pauvre garçon ?

Et tout deux semblaient réaliser en même temps. Ils s'étaient laissés emporter par une envie bien étrange, et maintenant que leur esprit revenait tout cela semblait si malvenu ! Evelyn ne trouvait pas de mots à dire. Il ne trouvait rien à dire, ni à faire. Restant immobile, les joues rouges. Il n'avait rien à dire. Il ne voulait pas s'excuser. Il avait aimé. Il…. Il ne savait plus quoi penser. Il observait muettement le visage de son Innocent se couvrir de noir. Il n'avait jamais vu sa peau aussi foncée ! Il était si gêné par sa faute… Eve aurait voulu lui dire que ce n'était pas grave, que c'était de sa faute…. Mais rien ne passait ses lèvres entrouvertes, stupéfaites encore des précédentes sensations de plaisir qu'elles avaient reçues.

Pour une fois, la peinture eut le verbe plus réactif que lui. Preuve de son hébétude. Il réagit aussi bien plus vivement. Reculant, s'excusant. S'emmêlant dans les draps. Et puis, dans une foule de mouvements étranges, il finit par tomber à la renverse. Le voir tomber réveilla Evelyn. Mais trop tard, il ne réussit pas à l'attraper, sa main ne saisit que l'air et le tissu de lit. Il l'avait raté… Heureusement il tomba dans la valise ! Les tissus amortirent sans doute sa chute. Et Destinée en prévoyante qu'elle était, alla se poser sur l'épaule de son maître, piaillant, ne comprenant pas bien ce qu'il se passait dans cette chambre en ce doux matin ! L'abeille ne comprenait pas bien non plus.

Il regarda le ramoneur se couvrir le visage honteux. Il entendit ses excuses. Et sa déclaration. Il aurait pu ne retenir que cela tant ça lui faisait plaisir de savoir que ce sentiment était partagé. Il se tenait là, immobile, à genoux sur le lit, le drap entre les mains. Perdu. Terriblement perdu.


"Ce…. Ce n'est pas grave pour… pour ça… Je…….. J'ai……. Trouvé ça……agréable…."murmura-t-il en baissant petit à petit la tête, vraiment honteux de dire de telles choses.

La honte, c'était ce qu'ils éprouvaient. Pourtant, avaient-ils vraiment fait quelque chose de mal ? Qui méritât tant de honte ? Pas si sûr. Le traqueur descendit du lit. Avec hésitation. Il ne savait pas vraiment quoi faire. Il n'avait jamais eu autant honte de lui. Qu'avait-il donc fait ? Il avait poussé Innocent à… à… à quoi exactement ? A l'embrasser avec envie et désir ? Et il avait aimé ça. C'était sans doute ce qui le gênait le plus. Avoir autant apprécié ses doigts impatients sur sa peau. Sentir cette pulsion, ce besoin de le toucher. Se sentir aimé, désiré l'espace d'un instant. Ne serait-ce qu'un petit instant.

Il se pencha vers Innocent et l'aida à se relever. Il le tint dans ses bras. Quelques secondes, pour s'assurer qu'il tenait sur ses jambes. Puis retira les mains qui cachaient son visage. Lui jetant un regard doux, et toujours aussi pénitent.


"Ne te cache pas…. C'est ma faute… Désolé…"

Il déposa un furtif baiser sur sa joue. Celui que les enfants font pour se faire pardonner de leurs bêtises. Pour une bêtise, il en avait fait une ! Il s'en voulait d'avoir agi ainsi ! Vraiment…. Que lui avait-il pris ? Quel idiot ! Quel idiot ! Sur tous les points il l'était. Il se baissa prestement vers sa valise, fouinant pour trouver une chemise propre, il en trouva une violette en flanelle, cela ferait très bien l'affaire.

Il se releva ensuite, laissant la valise tout au doux enfouissement de la petite griffonne qui reprit bien vite ses droits, se cachant dans ses vêtements ! Il se releva, il lança un sourire au ramoneur. Il espérait que sa gêne s'envolerait comme la sienne le faisait progressivement. Après tout, c'était passé non ? Il le contourna doucement, allant vers la commode, seul véritable mobilier de la chambre avec le lit. Il versa l'eau contenue dans une cruche dans une petite bassine de fausse porcelaine ébréchée. Puis parfuma l'eau de quelques gouttes d'une fiole posée là. S'en dégagea alors cette douce fragrance qu'Innocent avait peut-être humé, un mélange de jasmin, de chèvrefeuille, et d'une touche de cannelle. Le guérisseur se lava ensuite le visage et le cou. La serviette essuya bientôt l'eau qui gouttait de sa face maintenant bien consciente de tout, réveillée, loin des embruns du sommeil et des cauchemars.


"Innocent, il va falloir que j'aille travailler d'ici peu… On peut sortir de la ville basse ensemble, ça t'évitera d'être "louche"…."proposa-t-il en enfilant sa chemise.

Il jeta un œil à l'antique pendule qui trônait sur un mur. Il était un peu moins que huit heures. Bien trop tôt, ou bien trop tard. Il noua à son coup une pièce de dentelle prune, la parachevant d'une broche portant l'insigne de sa famille : une abeille voletant. Il jeta un regard au ramoneur attendant sa réponse. D'autres questions lui vinrent à l'esprit : quand le reverrait-il ? Où ? Voulait-il bien le revoir après ce…. Ce dérapage ? Il espérait que oui…
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Sam 19 Sep - 16:27

Gisant sans forces dans la valise d'Evelyn, Innocent avait bien du mal à se remettre de la vision qu'il avait eue en rouvrant les yeux. Ses sens ne l'avaient pas abusé ? Non, non. L'image était nette dans son esprit. Bien trop nette, se découpant au couteau sur la toile de ses souvenirs. Il s'était déliberement assis sur les hanches d'Evelyn, le serrant dans cet étau qu'il ne désirait peut-être pas, dans un reflux d'autorité qui lui était etranger. Il sentait encore au bout de ses doigts le toucher des bras elancés du garçon qu'il avait tâté avec autant d'empressement que de cécité. Et une telle présomption... De quel droit avait-il bien pu se permettre cela ? De quel droit pouvait-il toucher aussi librement un humain ? Il se souvenait honteusement de la sensation doucereuse d'être en sécurité et de l'impression de liberté qu'il avait abjectement discernée dans son infâme noyau. Pour quoi se prenait-il vis-à vis d'Evelyn ? Un égal, voire un supérieur ? De quoi était-il capable, si de tels actes étaient perpetrables dans des égarements de sa conscience ? Aujourd'hui il ne voulait que toucher, que serait-ce demain ? Ses mains auraient très bien pu vouloir etrangler la délicate encolure de son hôte, si il avait persevéré dans sa folie. Il était dangereux. Pour lui, comme pour tous les autres. Ca allait trop loin, beaucoup trop loin, et sa conscience déroutée reprenait les rênes, le sommant de reprendre ses distances. S'il appréciait réellement Evelyn, il lui fallait le servir, et si l'humain était assez aveugle pour continuer à l'attirer hors de sa route, il lui fallait s'éloigner à jamais. Le visage caché par ses mains fuligineuses, il assénait à son coeur les coups de poignard du repentir, le tenant éveillé par l'inexplicable douleur que lui causait l'idée seule de quitter le guérisseur pour toujours.

La proximité des humains était vraiment un poison. Le pire des poisons.

Tremblant de nervosité, ses doigts grattèrent quelques pigments de son visage qui s'écrasèrent dans sa paume telle la suie qu'il était chargé d'épousseter. Il n'avait jamais été aussi noir. Sa honte recouvrait son corps autant que sa culpabilité. Il était vraiment un raté. Une petite secousse jetait toutes ses décisions par terre, faisant table rase des résolutions qu'il avait respectées de longues décennies. Evelyn était aveugle. Il venait de prendre la parole, lui assurant qu'il n'avait pas fait de faute. Il le prenait pour un égal, le traitait comme un égal... Il était gentil. Il était franc. Il savait que ses intentions étaient sincères. Il aurait tellement aimé pouvoir les accepter... Mais l'homme avait beau tendre la main au rat, un gouffre les séparait. Si seulement...

Une larme coula lentement le long du camaieu de ses joues qui peu à peu reprenait ses couleurs pastel. Il l'effaca vite, avant qu'Evelyn ne l'aperçoive. Heureusement, celui-ci avait trouvé ses gestes agréables, ce qui lui enleva un peu de la culpabilité qui pesait sur son coeur. Il ne lui avait pas fait de mal, malgré l'impression de grossière brutalité que ses gestes avaient laissés en lui. Le ramoneur avait du mal à comprendre le guérisseur, du moins à comprendre comment il avait pu trouver cette attitude violente agréable. Mentait-il pour ne pas l'inquieter? Il ne voulait pas regarder les emeraudes du traqueur, effrayé de ce qu'il pourrait y trouver. Il ne voulait plus rien voir d'ailleurs, et il ferma avec force ses paupières sombres. Les pas d'Evelyn continuaient néanmoins à résonner dans son esprit, indiquant la proximité du jeune homme. Il eut un mouvement de recul, voulut articuler quelque chose pour l'empêcher de le toucher, mais l'humain fut plus rapide que lui et l'attrapa, l'obligeant à se relever. Il ressentit au contact du traqueur une profonde répulsion, non envers Evelyn mais plutôt en souvenir de ce qu'il avait fait, restant raide, immobile et tremblant dans les bras du garçon. Il dût se résoudre à dévoiler son visage et à rouvrir les yeux. De toutes façons, il n'y avait plus de problème. Sa décision était prise. Il ne devait plus...

Les yeux d'Evelyn.

D'un regard, il detruisit son fragile chateau de suie.

Tant qu'il ne serait pas loin de lui, aucune de ses résolutions ne pourraient jamais prendre racine... Et il n'était plus sûr de ce qu'il voulait, malgré sa conscience qui lui criait dessus, tonnant et vociférant. Il se détendit, ne protestant même pas contre la bise repentante que l'androgyne colla à son visage.

    « ... Ne.. ne vous excusez pas... »

Ce n'était pas vraiment de sa faute. Il sourit un peu, avec son petit air endormi, le noir s'effaçant peu à peu de son visage. Ce n'était pas de sa faute. Et il fallait le rassurer, pour pouvoir porter sa responsabilité. Evelyn se détourna pour se préparer, effaçant un peu de la gêne qu'il portait depuis ces malheureux gestes qui lui avaient coutés le sourire. Celui qu'il présentait était monotone comme une boisson tiède, triste comme un jour sans pain et creux comme une assiette vide. Autant de comparaisons qui ne différenciaient pas son état habituel de sa bonne humeur, ayant toujours été privé de la nourriture humaine. Si ses gestes étaient dénués du bonheur qu'il avait ressenti auparavant... cela ne se ressentait pas. Il avait toujours agi avec reserve et neurasthénie. Encore heureux que ses yeux ne reflètaient rien. Evelyn aurait peut-être remarqué qu'il s'y était eteint quelque chose. Soufflé par la tornade de la culpabilité et de l'auto-persuasion.

Il jeta un coup d'oeil au garçon qui avait entreprit de se nettoyer. Il ne semblait pas affecté d'état d'âme aussi coupables que les siens. Il semblait ne pas tenir compte de ce qu'il s'était passé. Le ramoneur en fut rassuré, ne souhaitant pas avoir l'air d'avoir imputé la faute au délicat jeune homme, qui semblait bien insouciant à ce moment même. Innocent se dit un instant que cet air enfantin qu'Evelyn semblait arborer était peut-être dû à leur différence d'âge. Son hôte ne lui avait pas dit son âge précis, mais il était persuadé que le jeune homme avait à peu près l'âge que son corps lui prêtait. La peinture ignorait bien sûr que l'un comme l'autre avaient des caractères enfantins plutôt marqués, bien qu'assez différents l'un de l'autre. Son regard s'égara sur la charpente de l'habitation. Le corps du traqueur ainsi exposé le mettait mal à l'aise, lui rapellant son erreur et les résolutions qu'il n'arrivait pas à tenir. Lorsqu'Evelyn le regardait, il perdait tous ses moyens. Il s'enfonçait dans le vice. En quelques heures, il avait franchi des barrières qui auparavant lui semblaient inaccessibles, et par dessus tout, interdites. Cet humain en était-il vraiment un, ou avait-il l'etrange pouvoir de faire perdre aux autres tous leurs moyens ? Il avait tant à savoir sur lui, il avait tellement envie d'en apprendre, mais il n'en avait pas le droit.

La voix d'Evelyn le rapella à l'ordre. Il était temps de partir. Evidemment. Cela ne durerait pas pour toujours. Cela ne pouvait pas durer. Et puis... Ah... Trop de choses en suspsens. Il ne savait pas qu'en penser. Etait-ce mieux ainsi, ou était-ce une tragedie ? Le reverrait-il ? Devrait-il le revoir, ou garder ses distances ? Et... Arriverait-il a garder ses distances, meme si il le voulait ? Le visage quelconque de la peinture acquiesça. Si il devait le quitter, serait-ce pour un jour, une semaine, un mois, un an ou pour toujours... Il voulait au moins pouvoir comettre le péché de profiter de sa présence agréable jusqu'à la toute fin. Jusqu'au dernier pas qu'ils pourraient aligner ensemble, dans la même direction.

Il se tourna. Il était temps de se protéger du monde exterieur, et de revêtir sa carapace. Méthodiquement, il revêtit d'abord son pull, puis son manteau, ses gants et son écharpe. Innocent regarda Evelyn. Finalement, il était resté le même, à l'exterieur. Aussi banal et ininteressant qu'avant. C'était ce qu'il cherchait, après tout. Interieurement, par contre... Cette nuit avait profondement remis en cause beaucoup de ses convictions, auxquelles il s'attachait néanmoins comme un naufragé. Il sourit une dernière fois à Evelyn le visage à découvert, comme un adieu, avant d'ecraser ses cheveux annelés sous sa casquette de ramoneur.

« En route ! » s'exclama-t-il d'une voix guillerette, voulant profiter au possible des derniers moments où il pouvait être avec lui. Car ce devait être les derniers. Voguant entre désir de rester près de l'aristocrate androgyne et profonde répulsion due à ses convictions, il voguait aussi entre décision qui se voulait ferme et laisser-aller plutôt vague quant à son avenir. Il récupera ses affaires de nettoyage, et balbutia, un peu gêné, en les rangeant.

« Un peu nettoyé. Beaucoup de poussière.. Pas bon... poumons... Désolé si... vous ne vouliez pas... »
Innocent finit par prendre la main du garçon. Ce contact était etrange. Pas comme avant. Au travers du tissu de son gant, ce n'était pas... vraiment la même chose... Aaaaaah ! Cet humain mettait tout sens dessus dessous ! Il ne se retrouvait pas dans son propre etre, pourtant si rangé ! Un cyclone etait passé sur ses pensées pourtant si bien ordonnées auparavant. L'être de peinture finit par ouvrir la porte en mettant de côté la chaise, laissant passer son hôte humain avant lui comme le voulait l'étiquette, avant de lui emboiter le pas. C'était lui qui connaissait le chemin de la ville. Cette ville basse ou les ramoneurs et les abeilles ouvrières font leur nid, et où les rois se perdent ! Ils descendirent les escaliers calmement, le ramoneur ne faisant rien pour presser le pas d'Evelyn. Il ne faisait rien pour le retenir non plus... Tiré entre deux feux. Et ne voulant pas non plus attirer des soucis à l'abeille dans son travail de traqueur. Etrange travail, d'ailleurs... un guérisseur serait tellement mieux dans une fonction plus pacifique... Mais peut-être le jeune Beehive trouvait-il son compte en soignant les maux de sa société. Arrivés en bas, il s'en remit à Evelyn, et sourit avec timidité

    « Je m'en remet à vous, une nouvelle fois. Je vous suis.. vraiment... très reconnaissant. »

Rah, qu'est ce qu'il disait ! C'etait embrouillé... et puis, ce n'était peut–etre pas le moment de dire ça ! Il acheva néanmoins sa phrase, affinant ce qu'il souhaitait exprimer

    « Pour m'avoir sauvé... Et.. hebergé... Et... Et pour avoir été aussi... Gentil... Je.. excusez moi, c'est stupide. Allons y...»

Il fit un petit signe de la main, balayant ce qu'il venait de dire, comment autant d'absurdites, même si il portait chacune de ces absurdités dans son coeur, avec autant de reconnaissance. Merci pour tout.


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CITATION : Il y a des gens si insignifiants qu'on ne les voit pas devant leur ombre.

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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Mar 22 Sep - 12:33

En lavant son visage, Evelyn se demanda bien pourquoi son ami réagissait si violement. Comme s'il avait fait une faute impardonnable. Alors qu'au final, il n'y avait pas eu de mal. Il allait bien, et même il avait trouvé cela très agréable. Peut-être que les insinuations vicelardes que lui avait déjà pendant son travail était vraie, il attendait un homme qui le remette à sa place. Cette idée lui arracha un sourire. N'importe quoi. L'eau lava ses idées, sa gêne. Ce n'était pas grave. Innocent ne lui avait rie fait de mal, et il espérait ne pas lui avoir fait de mal non plus; il n'en avait pas eu l'impression… Et même en repensant à leurs embrassades, il ne voyait rien qui eut pu être douloureux pour l'homme de peinture. Peut-être se trompait-il… Mais de tout ce qu'il savait de ce genre de gestes, il n'avait jamais constaté sur les autres qu'ils étaient douloureux ! Au contraire… Il se souvenait des jeunes couples dans son village qui n'avait de cesse de s'embrasser. Se cachant ensuite pour s'ébattre de façon plus poussée. Jamais il n'avait eu à les soigner après ces pratiques. Alors normalement, il n'y avait rien à craindre… Il l'espérait. Il n'y avait rien de criminel. Non. Rien, se persuadait-il complètement perdu.

Plus que la honte, c'était l'incompréhension qui le dévorait. Pourquoi avait-il eu besoin de se sentir si proche du ramoneur ? Pourquoi avait-il aimé qu'on le touche si brutalement ? Avec tant d'empressement ? Pourquoi avait-il regretté que cela s'arrête surtout ? Il ne comprenait pas bien ses réactions. Il n'aurait jamais cru pouvoir aimé cela. Même si en un sens, c'était naturel… C'était vraiment bizarre, conclut-il mentalement en finissant de boutonner sa chemise.

Il sourit quand Innocent accepta sa proposition. Au moins, ils pourraient profiter l'un de l'autre encore quelques instants. Eve saisit donc son manteau et son sac, après avoir enfilé une paire de bottes, aux allures mixtes. Au moins, habillé intégralement en homme, on ne ferait pas le rapprochement avec la "femme " qui avait aidé le chasseur de prime à s'enfuir. Son compagnon quant à lui, revêtait ses innombrables vêtements. Il devenait bien plus imposant habillé qu'il ne l'était en réalité, c'était étrange… et puis, il était si caché par ses habits. On aurait cru qu'il cherchait à s'effacer sous ses lourds tissus. Et Eve savait que c'était tout à fait le cas. Comme si se montrer était pour lui interdit. Drôle d'affaire pour un tableau ! Eve lui rendit son sourire, se relevant pour enfiler son manteau, et poser son sac sur son épaule.


"En route, oui…"reprit le jeune homme de sa voix calme et douce.

Mais son invité récupéra encore quelques affaires. Il avait nettoyé ce taudis ? Oh, c'était très gentil. Evelyn eut un sourire touché, ses yeux exprimant sa surprise et son bonheur. Il était si adorable d'avoir pensé à lui comme cela.


"Non, c'est gentil de ta part… Je n'avais pas eu le temps de le faire… Merci beaucoup."dit-il d'une voix chaleureuse.

Qui donc s'était préoccupait de sa santé depuis qu'il vivait seul ? Personne. C'était le premier qui s'en faisait pour lui. Le premier qui le trouva assez important pour lui prêter attention et essayait de prendre soin de lui d'une certaine manière. L'abeille laissa sa main au petit ramoneur, tout heureux. Le garçon avait réussi à lui faire oublier son mauvais rêve… Cette mauvaise prédiction. Ils passèrent la porte. Eve la referma à clef, rangeant à nouveau ses celles-ci dans son sac. Ils descendirent ensuite les escaliers bien plus calmement qu'ils ne les avaient monté, la reine ouvrant la marche, suivie de son preux ramoneur. Arrivé en bas des marches, il s'arrêta d'ailleurs, Evelyn se retourna vers lui. L'écoutant avec un fin sourire. Il était décidément vraiment adorable… et à vouloir faire croire que ses remerciements n'en valaient pas la peine. Vraiment, incorrigible ce garçon… Evelyn attrapa la main qui venait de balayer ses affirmations, la serrant tendrement.


"Ce n'est pas stupide. C'est gentil. C'est bien différent… Et je tiens à te dire que j'ai été ravi de faire tout cela… Parce que tu es une personne de grande valeur."déclara-t-il avec un sourire affectueux.

Il se permit de caresser un instant sa joue. Délicatement. De façon instinctive, il ne s'était même pas aperçu que sa main était venue automatiquement caresser son visage pendant qu'il parlait. Aussi la retira-t-il très vite quand il s'aperçut de ce qu'il faisait. Il ne voulait pas qu'Innocent lui en veuille encore ! Il se mordit la lèvre.


"Il est temps d'y aller… "dit-il en passant la porte, lâchant la main du garçon.

Il ne voulait pas le mettre mal à l'aise comme il l'avait fait tout à l'heure. Il voulait juste rester avec lui, et apprécier sa présence. Sa si agréable présence. Pouvoir profiter de son visage aux airs perdus, et de sa démarche un peu pataude. Il voulait juste profiter de cela. Il ne voulait pas abuser de sa gentillesse avec ses élans d'affection incontrôlés. Il ne savait pas ce qui lui prenait d'être ainsi. Et puis, cela le gênait. Il devait arrêter.

Du coup, il marcha vite. Il faisait certes attention à ce que le ramoneur le suive. Mais ilo n'arrivait pas à engager la conversation, ou lui témoigner son affection comme il l'aurait voulu. Il se contentait de lui sourire doucement. Il était hors de question de lui tenir la main. Il était hors de question de l'embrasser. Il était hors de question de faire quoi que ce soit de ce genre. Tout simplement hors de question. Il s'assenait ce genre de remarque tout en avançant sans mal dans le dédalle de ruelles. Entre les mendiants encore endormies et les prostituées au repos dans leurs maisons closes. Il commençait à bien connaître le quartier. Un peu comme si c'était son nouveau "village". Un bien drôle de village bien sûr. Le village de la décadence, des rêves déchus et des illusions perdues. Oui, mais c'était devenu chez lui cette ville. L'humain a cette drôle de faculté, réussir à s'adapter à tout. Même si Evelyn avait toujours un peu de mal à fermer les yeux sur la misère ambiante des lieux.

Après une dizaine de minutes de marches, il sortirent finalement de la ville basse. Sans avoir eu d'encombres. Après tout, les émules d'hier devaient déjà être oubliées dans ce quartier d'amnésiques en matière de meurtres et autres règlements de comptes. Evelyn s'arrêta donc, lançant un sourire à Innocent. Ils avaient fini leur bout de chemin ensemble. Maintenant ils allaient devoir partir chacun de leur côté.

Evelyn eut un pincement au cœur. Il aurait aimé passer un peu plus de temps avec lui. Profiter encore un peu de sa présence. Il ne savait pas trop quoi faire.


"On est arrivés… "murmura-t-il avec un sourire étrangement triste.

Il marqua une pause, la tête baissée, les yeux terriblement fascinés par le bitume. Que pouvait-il ajouter ? Qu'il voulait le revoir ? Lui rappeler qu'il avait promis qu'Innocent et Evelyn resteraient longtemps ensemble ? Qu'il ne voulait pas lui dire d'adieu ? Qu'il voulait le revoir au plus vite ? Que si jamais il se blessait il devait venir le voir ? Que sa porte lui serait toujours ouverte ? Mais oui !

Il fouilla prestement dans son sac, sortant ses clefs. Oui, on lui avait donné un double des clefs de son appartement quand il avait commencé à louer ce taudis. C'était l'occasion de rendre ce geste utile ! Il détacha une clef du lot, et rangea l'autre. Il sortit ensuite un bout de papier et griffonna quelques numéros dessus. Il releva la tête avec un sourire. Il prit la main d'Ionnocent et déposa les deux choses dans celle-ci.


"C'est… Une clef pour venir me voir quand tu le voudras…. Et sur le papier je t'ai laissé mon numéro de téléphone et l'adresse exacte de mon appartement… Tu ne pourras pas te perdre, on saura toujours t'indiquer la route pour une piécette." Dit-il doucement.

Il espérait qu'il viendrait le voir aussi souvent que cela lui prendrait. Très souvent. Il voulait pouvoir le chérir. Lui dire combien il était important. Combien il avait de la valeur, ne serait-ce que pour lui. Il voulait pouvoir encore trouver ses gestes patauds adorables. Tout cela, il voulait que cela continue. Que ce ne soit pas que l'égarement fortuit d'une seule soirée.


"J'espère que tu n'hésiteras pas à venir me voir… Cela me fera toujours plaisir… "ajouta-t-il avec un sourire doux.

Il devait partir maintenant. Il pouvait pas faire autre chose que cela. Si ? Il avait le droit ? Juste cela ? Oui, ce n'était pas trop gênant ça… Il s'avança vers lui, et déposa un baiser sur sa joue. Une simple bise. Mais pour lui, c'était déjà beaucoup. Et surtout très important.


"Au revoir, Innocent… A très bientôt, j'espère…"chuchota-t-il en lui faisant un dernier sourire.

Il tourna les talons, partant vers son avenir. Il devait bien partir. Il avait des obligations… Il se retourna une dernière fois, après dix mètres, pour lui lancer un dernier regard, lui faisant au revoir de la main avant de disparaître à un coin de rue.
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MessageSujet: Re: Včela a kominík [ Bee ] Lun 28 Sep - 8:21

Chaque fois qu'il croisait son regard, ses doutes et ses questions s'évaporaient. Comme si tout cela avait été stupide et puéril. Comme si c'était simple, et qu'il n'y avait pas à se poser de questions. Il ignorait si c'était une bonne ou une mauvaise chose, si ce regard ne l'aveuglait pas plus qu'il ne le protégeait, ou si il ne lui permettait pas de trouver une excuse pour ses actes insensés. Mais une nouvelle fois, il réussit à ne pas se mettre toutes les fautes du monde sur le dos, sachant pourtant bien qu'elles s'abattraient de nouveau sur lui dès qu'il ne serait plus là. La main d'Evelyn contre sa joue rugueuse l'empêchait néanmoins d'avoir la tête claire de tout soucis, ses questions étant remplacées par d'autres, moins douloureuses, mais plus incertaines, donc moins confortables que la perpétuelle pénitence qu'il s'infligeait. Il la retira néanmoins bien plus vite que la dernière fois. Que les dernières fois. Peut-être parce que le rêve était bel et bien fini, et qu'il fallait arriver à la réalité, une réalité où les princes ne se penchent pas sur les grenouilles et ou elles restent batracien toute leur vie. Allez. Il faut y aller. L'ouvrier exécuta une courbette polie équivalent à un acquiescement et emboîta le pas à l'abeille.

La ville s'était réveillée. Ce n'était vraiment plus la même atmosphère qu'à la nuit tombée. Les commerçants étaient presque tous fermés, quelques personnes erraient dans les rues encre embourbées de sommeil, les timides rais de lumière ne parvenant pas à illuminer suffisamment les pavés pour que la ville ne soit pas enterrée dans son linceul de fatigue. Paradoxalement, Innocent se trouvait plutôt énergique. Sa blessure était presque guérie. Il devait juste faire attention à ne pas bouger de trop pour que sa peau de peinture encaisse le coup et sèche comme il fallait. Il bougea un peu son membre encore engourdi, le tournant légèrement dans tous les sens pour vérifier son état. Si il n'avait pas d'os à proprement parler comme les humains, ses capacités de souplesse et de flexion de son corps étaient à peu près les mêmes, et après avoir vérifié que son bras n'était pas bloqué dans l'une ou l'autre des positions, il le plaqua de nouveau contre son corps, dans sa démarche silencieuse. Heureusement, Evelyn ne l'avait pas regardé gesticuler, même si pour une fois il ne voyait pas vraiment le mal qu'il y avait à vérifier l'état de son corps. Deux ou trois mendiants les regardaient passer, se posant sans doute des questions sur la possibilité que deux êtres qui rien que de vue semblaient appartenir à deux mondes entièrement différents marchent ensemble dans la même direction. Mais, à en juger par leur mutisme et la certaine distance qui les séparait... Ce devait être un noble rejoignant son travail de fonctionnaire. Ce devait être un ouvrier rejoignant son poste méprisable. Drôlement joli, le petit noble. Presque une femme, s'amusèrent des passants. Certains gratifièrent même Evelyn de quelques sifflements, très vite étouffés par le regard noir que leur jetait le ramoneur à sa suite. Comment osaient-ils manquer autant de respect à Evelyn ?! Siffler n'était pas à être fait envers un humain, surtout pas un de la classe d'Evelyn, qui les supplantait certainement tous réunis. Les pauvres passants visuellement agressés se retirèrent vite loin de la demoiselle et de son chien de garde.

Leur chemin pouvait continuer. Pour combien de temps, encore ? Un peu derrière son ancien hôte, le ramoneur voulait presque traîner les pieds, pour le ralentir, pour ralentir leur marche tellement rapide, bien trop rapide. Evelyn semblait pressé d'en finir, à moins qu'il ne soit en retard à son travail ? Le retard ne devait pas pardonner chez les traqueurs, songeait-il non sans une pointe d'amertume. Il aurait aimé le ralentir ne serait-ce qu'un peu. Pour une soirée passée en dehors du temps, l'épilogue était un peu trop rapide à son goût. Comme bâclé. Mais avait-il quelque chose à dire pour briser l'effroyable mur de silence qui les séparait ? Ses paroles étaient si vaines, et il n'avait rien à dire qui mérite un tant soit peu d'intérêt... Si seulement il pouvait écouter la voix d'Evelyn une dernière fois, comme ultime cadeau. Ou un rire. Ou même un sourire. Ou tout simplement un regard ! Pour le moment, il n'avait rien de tout cela, il avait ce dos élégamment cambré, ces épaules frêles, ces cheveux savamment désordonnés, se balançant au gré des pas aristocratiques de leur propriétaire. Innocent semblait savoir faire taire ses pas, Evelyn devant se retourner de temps en temps pour savoir si il était toujours là. Chacun de ses coups d'oeil lui arrachait un sourire, qui à peine libéré de ses lèvres allait mourir sur l'écharpe qui lui dissimulait le bas du visage.

Ils virent le jour. Le jour, le vrai, sans le filtre d'immondice apposé súr´la douce lumière astrale par la ville basse. La chaleur du soleil, bien qu'elle lui fut quelque peu néfaste, le rassura un peu. Même si il était séparé d'Evelyn, le train de vie qu'il menait jusqu'alors n'était pas si dégaréable que ça, et il pourrait très bien survivre en se nourissant de la beauté du monde en attendant. Fermant les paupières, il inspira un peu de l'air superflu à son être mais toujours confortable et parfumé de mille odeurs bien plus agréables que dans la ville basse. Un pas, et l'univers changeait. Il hasarda un regard derrière lui, dans la rue etroite qu'ils venaient de quitter se terraient deux ou trois miséreux. Pourquoi restaient-ils à l'ombre ? Les humains étaient faits pour marcher à la lumière, contrairement à lui dont la peau supportait mal l'exposition à la lumière du jour. Il serra les lèvres, un peu amer. Il savait qu'il ne résisterait pas, une fois sa prime acquise, à leur donner un peu de son argent. Evelyn le fit revenir au présent. Aux adieux. Déjà. Innocent acquiesça sans conviction. Que devait-il dire ? Que devait-il faire ? Il devenait aussi inconsistant qu'il l'avait toujours été, et peut-être qu'Evelyn se rendait compte de ce morose ennui qu'il incarnait. Il se mit à fouiller dans son sac, attirant la curiosité du ramoneur qui demeurait quelques pas plus loin, à l'observer sans oser l'approcher. Une nouvelle fois, ce fut à Evelyn de faire le premier pas, et lui prenant la main d'autorité, il confia à sa paume un petit objet métallique et un morceau de papier. Il les saisit entre ses doigts pour voir ce dont il s'agissait. Evelyn lui expliqua au moment ou il lisait les numéros griffonés sur le papier. Les joues du ramoneur foncèrent un peu, alors qu'il murmura

    « C'est... c'est trop, je ne... peux pas... Enfin, vous ... vous ne devriez pas... faire confiance alors que... »

Son corps le trahit de nouveau, en serrant la clef et le papier entre ses doigts, acceptant silencieusement le cadeau. Evelyn était tellement... etrange... Il faisait vraiment confiance au premier venu ! Le ramoneur savait très bien qu'il ne ferait volontairement jamais de mal au jeune humain, mais celui--ci devait peut-être faire un peu plus attention à ceux à qui il confiait sa confiance, cela pourrait lui jouer des tours ! Mais Evelyn était gentil. Très gentil. Trop. Et il n'était pas certain que même si on pouvait le changer, il aurait voulu qu'il change. Cela l'avait sauvé, non ? Ne serait-ce que de ceux qui voulaient l'attraper...

    « Merci... Je viendrai... »

Surtout, qu'il ne change jamais. Il ne savait pas si il ferait usage du téléphone, ne sachant absolument pas comment marchaient ces machines à voix, n'ayant jamais eu qui que ce soit à apeller... Un correspondant. Une voix qui pourrait être près de lui, où qu'il soit. Le papier et la clef devenaient tresors inestimables, plus encore que la peinture qu'il lui avait offerte... Il lui avait tant offert, qu'il s'en voulait beaucoup de ne rien avoir à lui donner en retour. Tout ce qu'il avait, c'était ses vieilles affiches, son balai, ses armes, ses vêtements, et un peu de nourriture... Il ajouta, en baissant un peu son écharpe pour lui sourire.

    « L... La prochaine fois... ce sera à moi de... vous offrir... quelque chose. »

Evelyn s'approcha, lui donnant une dernière bise sur la joue, à laquelle il répondit par la même chose sur la sienne. Ce n'était pas trop gênant. Et c'était bien, pour un au revoir, qui ne serait pas un adieu. Evelyn le lui souhaita d'ailleurs, et il réussit à répondre

    « Au revoir, Evelyn. J'espère aussi... »

Il partit. L'ouvrier resta planté là, le temps qu'il parte. Il avait presque envie de le suivre. Il ne le suivit que des yeux, lui adressant un petit signe de main lorsqu'il se retourna. Et voilà. Il tourna, au coin de la rue, le regard du ramoneur s'accrochant desesperement aux derniers pans de tissu qui suivaient son propriétaire. Et voilà. D'un coup, les bruits de la ville l'entourèrent. Comme si ils n'attendaient que son départ pour résonner à ses oreilles. Il resta immobile, chien de garde perdu, presque à espérer que son maître reviendrait le chercher après son travail. Mais il avait ses propres obligations, et sa présence commençait à gêner le passage des commerçants ambulants. Avec une courbette d'excuses, il s'effaça, ainsi qu'il savait si bien le faire. Il alla récupérer sa monture. Le brave cheval n'avait pas été volé, et il flatta son encolure avec soulagement. Il n'avait pas prévu de rester si longtemps, et il dût donner un sucre au pauvre animal pour qu'il accepte de bouger. Arrivé au bureau de police, il tira de son sac la longue tresse parsemée des rubans inimitables de la cible qu'il avait malheureusement tuée la veille, et entra dans le bureau. Un instant, il espèra voir Evelyn. Il n'était pas là, normal, il était parti dans la direction opposée.

    « C'est visiblement bien lui. On a entendu parler de sa mort hier soir. Vous êtes donc le « psychopathe » qui l'a éliminé !
    - Oui. »

Le traqueur à son comptoir jeta un coup d'oeil au ramoneur. Aussi drôle qu'une dalle de béton, ce type...
    « Votre nom ?
    - ... »


Innocent, aurait-il aimé crier. Il sourit, étonnant un peu l'homme du guichet. Non, il n'était Innocent que pour Evelyn. Ainsi ses lèvres prononcèrent, non sans un pincement au coeur
    « Søren Egil Ingerslev, monsieur. »


[Sujet terminé]


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