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Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪]

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MessageSujet: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Jeu 3 Sep - 18:30

Ces commerçants. C’était toujours la même chose. A se connaître, puis se méconnaître, qu’importait, tant que tout roulait. On ne pouvait alors que soupçonner le haut degré de mauvaises fréquentations, sans n’en pouvoir rien obtenir.
Oriel traquait encore. Et encore, et encore. Fuyant, pour l’heure, la chenille et ses délices, la chenille et la sympathie qu’elle inspirait inexorablement. Pour ne pas s’éprendre, également, du personnage qu’il avait lui-même créé. Commerce, trône de l’Entente, qu’allait-il dire de ce vendeur d’Oubli ? Lui donner raison, gauchement armé d’un stupide attendrissement ? Absurde. Mais à flotter sur le même registre que Caterpillar, on risquait de finir par y croire.
Alors, il remontait. Tout le long du réseau, insecte sans ventouses, dégringolant parfois. Prudemment.
En cherchant tout autour de la chenille, parmi les éclats de sa coquille cassée, il avait su lire dans leurs reflets ternis. Tout cela, bien entendu, à son insu. Voleur, trompe de papillon embrassant les parois de la coque, il s’était pris les ailes – trop petites pour voler – et les pattes – refusant toujours d’adhérer – dans une explosion de couleurs.

Tu sais qu’on lui donne la réputation de toujours vendre quelque chose à n’importe qui ?
Oui, il le savait, et ferait savamment perdurer l’illusion. Quoi de plus satisfaisant qu’un insensé prétendant ne rien vouloir acheter ? Il réfléchirait au genre du plateau sur lequel il apporterait le tout à l’illustre Magicien d’Oz. Et, croyez-le, ce n’était pas en tenue de soubrette qu’il irait.

Apolline Driedcrown, en effet, ne semblait pas prompte à servir qui que ce soit. Sa dévotion, depuis un certain temps, s’était fait la malle – ce qui est moins classe que de se faire la belle, il est vrai – et son prédécesseur, pour ne rien arranger, l’avait rendue beaucoup plus petite. Magie d’un philtre rétrécissant, effectif trois jours. Si elle n’avait rien d’une boule de nerfs ambulante, elle ne possédait rien, non plus, susceptible de dissuader les gens. Sa tranquillité, il était dit qu’elle devrait – souvent – la défendre avec ses dents.

Et elle contemplait son mètre soixante – cinquante-huit… cinquante-six ? … cinquante-cinq. – dans la psyché, ses pieds, nus et minuscules, frottant timidement la moquette. Quelque chose en elle n’avait pas l’habitude de tant de petitesse. La rondeur de ses épaules, la candeur de ses seins, l’étroitesse de sa taille délicatement enserrée dans une large ceinture de cuir noir. Tout cela fouettait tellement ses précédentes réalités qu’elle croyait mieux y voir. Sa robe drapée, vert d’eau et poitrine croisée, demeurait cependant floue, dévoilant à peine le coquillage ovale de ses genoux, mais accentuant, presqu’outrageusement, le vert de ses yeux.
Que faudrait-il, encore ? Des sandales noires, aux hauts talons aiguilles, arborant la courbe malicieuse d’une tasse à thé.

Un baiser sur le front de sa fille qui consommait encore, dans son lit, la torpeur de ce matin pluvieux et Apolline sortait dehors, munie d’un parapluie noir trop délavé, aucunement assorti à sa tenue. Pas de micro, cette fois, juste sa mémoire et ses yeux ouverts qui ne voyaient pourtant plus vraiment.

Air chaud, lourd, et humide, tout ce qu’elle détestait, la jeune femme rechignait à en remplir ses poumons, claquant contre les flaques, craignant que le jasmin sur sa peau ne s’altère. Elle regrettait d’avoir noué ses cheveux qui, d’ordinaire, retenaient les parfums. Il s’agissait du seul fard qu’elle s’accordait, ni poudres ni crayon, ses cils trop longs et le rose naturel de ses lèvres, cœur de fleur, boudaient les poisons cosmétiques avec ardeur.
Feu follet dont il ne restait qu’un squelette de cendres, elle passa devant la Muse Galante sans y porter les gouffres béants de son regard. Et comme pour la punir de son ingratitude, un vent, porté par les pluies chaudes, éprouva rudement la force de son bras en allant se lover contre la cloche de son parapluie. Elle tint bon, narguant, d’un claquement insolent de la langue, la nature bien trop subjective à son goût.
Presque coquette.

Bientôt, alors qu’elle approchait de sa destination, elle dut plaquer une main contre ses cuisses afin de les garder secrètes. Peut-être n’aurait-elle pas dû opter une énième fois pour la marche. Il y avait un temps de trajet considérable entre son appartement et Woollyland, mais, c’était dit, elle adorait sentir qu’elle possédait des jambes, et des pieds, et des orteils meurtris par la cambrure de ses sandales, pire que des amantes fiévreuses et par trop disposées. Elle avait le cœur et la tête ornés d’un caprice tout autre que celui des grandes dames. La simplicité, l’acceptation de l’effort… Le peu de vanité. Ses sourcils traduisaient sa curiosité, quand seul son corps donnait l’illusion de quelque ingénuité. Et son petit nez, trompette provocante, paraissait tout vouloir surmonter.
Elle était prête.

Mais d’abord, il lui fallut faire mine de perdre le contrôle de son parapluie. Qui s’élança, prétentieux, pour défier le vent à la course, alors même qu’on ne l’avait jamais préparé à la compétition. On rit, on montra du doigt. Et elle resta plantée là, déconcertée, ne distinguant déjà plus les membranes retournées du brave qui l’avait protégée de la pluie.
Malheur ! Elle qui comptait se rendre à l’épicerie ! Vous pensez bien qu’elle n’eut pas d’autre choix que de se réfugier sous l’aile de la grande, très grande boutique de magie !

Et l’absence d’émerveillement sembla paraître louche aux yeux de la première employée qui lui tomba dessus. Les ailes papillonnantes d’une loupiote venaient de lui embrasser les lèvres, puis elle avait soufflé dessus pour lui redonner son envol. Un peu trempée, des gouttelettes perlaient sur ses épaules et entre ses cils, seulement, ses joues rougies n’étaient pas tournées vers les rayons et le printemps superbe du rez-de-chaussée. Elle regardait à travers la vitrine, guettant la fin hypothétique de la pluie, avec la nostalgie soudaine d’une femme qui attend le retour de son époux parti en guerre. Lorsqu’on lui proposa de l’aide, elle se contenta de secouer négativement la tête, et ce fut le triomphe de cette employée qui, dansante, partit en quête de son supérieur, parce que nul ne ressortait d’ici sans avoir acheté quelque chose.

« Elle y croit tellement qu’elle n’a même pas essayé… souffla-t-elle imperceptiblement. »
Tout, pour l’instant, se déroulait comme prévu.
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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Ven 4 Sep - 22:19

    Versez dans une tasse quelques gouttes de rêve, agrémentez d'un nuage d'insouciance et sucrez d'un rayon de douceur, à votre convenance. C'était là sa recette miracle pour bien débuter une journée. Même la plus pluvieuse. De toute façon, il avait beau vénérer couleurs et soleils, la pluie, même la plus morne, trouvait toujours grâce à ses yeux. C'est qu'elle avait le monopole de certains marchés, et non des moins séduisants… Qui d'autre pouvait vous apporter ces délicieuses effluves de terre mouillée, parfum envoûtant de l'eau ruisselante, éminente blanchisseuse qui, inlassablement, de ces mêmes gestes séculaires, nettoyait sans relâche les vitres, les toits, le monde, ne laissant dans son limpide sillage que couleurs rafraîchies et tendre renouveau… ? Exquise ivresse que celle provoquée par cette myriade de senteurs. Il s'en abreuverait jusqu'à la fin de ses jours. Et rien qu'à l'idée d'ouvrir sa fenêtre pour les laisser pénétrer dans son antre, Cyrus se sentait défaillir de plaisir. Il ne comprenait d'ailleurs pas pour quelle absurde raison il n'avait pas encore changé de place… Palliant à cette erreur, il se leva et, ouvrant grand les battants de la fenêtre, demanda poliment à sa table et à sa chaise si elles ne voulaient pas l'y venir rejoindre. Comme chacun le sait, la politesse (même lorsqu'elle s'exprime par l'intermédiaire de quelque sortilège de déplacement) fait des miracles, et ce fut avec un grand plaisir que les meubles vinrent prendre place près de lui et admirer la vue à ses côtés. C'est que, du dernier étage de la boutique, on voyait loin… Woollyland étalait outrageusement ses charmes et ses rues sous le regard du Magicien d'Oz, qui, avec l'œil du connaisseur, appréciait avec délices ce décolleté vertigineux, en même temps que son petit-déjeuner. Thé noir parfumé à la vanille et crumble pommes-noisettes. Pour une fois, il était resté sobre (quoique son menu actuel était d'ordinaire plus apprécié à l'occasion d'un thé d'après-midi, que lors d'un matin pluvieux…) Les senteurs de la pluie arrivaient jusqu'à lui et se mêlaient allégrement aux effluves qui s'échappaient de son plateau. Et, le sourire aux lèvres et quelques loques de rêve sur les cils, le jeune homme se pâmait. Yeux mi-ouverts perdus dans la contemplation des détails fleuris de sa porcelaine, il songeait. Il n'était jamais parvenu à distiller le parfum de la pluie – on ne met pas les dames de ce rang en flacon, elles se vexeraient trop vite et perdraient de leurs délices… L'esprit encore ensommeillé par une nuit trop courte, il se balançait. Cela serait pourtant bien pratique, d'avoir une bruine comme parfum… Et, entre deux bouchées de thé et une gorgée de crumble, il se laissait aller au paradoxe de l'hésitation. Ces heures privilégiées du matin étaient ces rares moments où il s'autorisait à parodier une girouette. Ballet confus des si et des pourtant, valse langoureuse des pourquoi pas. Et il serait resté ainsi pendant des heures… Mais tôt ou tard, le naturel revenait au grand trot – c'est que, viscéralement susceptible, il n'aimait pas être chassé. Les silences méditatifs se dissipaient donc, charmante brume matinale qui cédait, de bonne grâce, la place au soleil éclatant de la malicieuse exubérance, dès lors que la théière était vide. Il était l'heure… Déjà… ? Un dernier regard vers cette eau céleste qui chantonnait sur ses vitres. Très bien, chère amie, je vous retrouverai en bas dans un instant…

    Vêtu de lumière et paré d'élégance, le Magicien d'Oz semait ses graines de bonne humeur dans les couloirs de sa boutique. Les employés étaient déjà à leurs postes respectifs. Charmants enfants qui lui faisaient l'honneur de remplir leurs tâches avec zèle et gaîté. Papillonnant de droite à gauche, de haut en bas, il passa leur présenter ses hommages. Un par un. Demandant des nouvelles de santé de l'un, s'enquérant des soucis de l'autre, plaisantant gentiment avec un autre. Il tenait à garder une relation toute particulière, avec chacun de ces délicieux enfants qui travaillaient pour lui et il y arrivait, sans trop de problèmes. On l'aimait beaucoup, le Magicien. Ce ne serait certes pas un quelconque employeur qui viendrait vous demander si la teinture qu'il vous a proposée a porté ses fruits, ou si vous aviez facilement trouvé l'herboriste qu'il vous avait conseillé, à Verassoie. Mais après tout, il n'était pas n'importe quel employeur… Tout le monde le savait et, ne serait-ce que pour sa bonté et son écoute, on l'idolâtrait. Nul ne manquant jamais de le lui faire remarquer, il en était ravi. Et, au final, tout le monde était content. Boutique paisible et chaleureuse qu'était Oz's. Fort de cette certitude, Cyrus respirait la joie et la fierté. Tellement qu'il en tournoyait dans les couloirs. Il n'allait pas manquer cette occasion de faire virevolter les pans de mousseline de sa tunique fleurie, quand même !! Ses couleurs feraient pâlir d'envie le morne arc-en-ciel qui ne manquerait pas de venir timidement, plus tard, essayant de colorer le ciel pluvieux. Et si cela se trouvait, il était déjà là, le toisant pitoyablement du haut de son terne panache. Le jeune homme s'arrêta un instant de tourner sur lui-même et s'approcha de l'une des fenêtres du couloir, jetant un regard scrutateur et enamouré sur la pluie, au dehors. Pas d'arc-en-ciel en vue. Il essayait de gagner du temps, le pauvre… Le Magicien remonta la lame de la fenêtre à guillotine et se pencha au dehors, emplissant ses poumons de ces délectables parfums de ville mouillée. Quelques gouttes espiègles vinrent caresser son visage, bientôt suivies par une bourrasque de vent. Point de jalousies, allons !! Il y en aura pour tout le monde… Souriant aux nuages, il les saluait tranquillement lorsque son regard fut attiré par un oiseau. Un gros oiseau noir qui flirtait gentiment avec la pluie. Qui avait dit qu'elle n'aimait pas les parapluies, elle qui, non contente de se laisser courtiser par eux, les volait sans plus de cérémonie à leurs insolents propriétaires qui prétendaient ne pas la laisser les approcher… ?! Petit rire étouffé, malice réprimée. Ce n'était pas très gentil de se moquer de ces infortunés, mais d'une certaine façon, il se disait qu'ils l'avaient mérité… On ne refuse pas les attentions d'une dame, lorsqu'on est un gentleman, quitte à en ressortir détrempé. Ceux qui n'aimaient pas la pluie n'avaient qu'à rester chez eux, au lieu de refuser ses ruisselantes caresses.

    « Monsieur !! »

    Monsieur se retourna vers la rousse enfant qui réclamait son attention. Sourire interrogatif. On lui demandait son aide, en bas, si, naturellement, il avait le temps. Allons, chère enfant !! Le Magicien d'Oz a toujours le temps – c'est l'un de ses grands amis. L'employée soulagée lui indiqua la source de son problème. Une jeune femme détrempée qui semblait ne rien vouloir. Oh ?! Allons, douce enfant !! On ne ressortait pas de chez Oz sans un quelque chose dans son sac, même le plus symbolique… Sourire rassurant. Il s'en chargerait… Flottant au rythme d'une valse silencieuse, Cyrus s'approcha de cette cliente qui semblait refuser son statut et être totalement absorbée dans la contemplation de la pluie. Soupçon de jalousie, dans son cœur coloré. Dame Ondée, vous êtes exquise, mais de là à lui voler l'attention d'une jeune et jolie demoiselle, c'était peut-être aller un peu fort… Le magicien envoya une lanterne-luciole verte pour annoncer son arrivée. Et il s'inclina.

    « Si c'est un arc-en-ciel, que vous guettez, je doute qu'il en apparaisse un avant un moment. C'est que la pluie semble capricieuse, aujourd'hui… »

    Plongeant son regard dans celui de cette minuscule - et adorable - jeune femme, il tira de derrière son dos une serviette qu'il lui présenta. Il serait dommage d'abîmer les parquets et la santé de son invitée. Sourire charmeur.

    « Peut-être pourrais-je vous être utile… ? »

    Jais humide et émeraudes verdoyantes. Tout simplement ravissant. La luciole-éclaireur se nicha dans la chevelure de la demoiselle. La pluie lui rendrait un charmant service si elle voulait bien tomber encore un moment. Sourire perpétuel, plein de satisfaction quant au bon sens de celui qui l'affichait. Sur ses rayonnages, Oz's ne proposait pas de parapluies…


Le Magicien d'Oz, vendeur de Magie... A votre service ♥️
"Car il y avait en lui, rachetée par de rares délicatesses, une certaine muflerie..." ~ M. Proust


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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Dim 6 Sep - 15:40

Elle avait dans l’allure une sérénité attendrissante. Ses mains, sur son ventre, se caressaient sans insistance, confusément, avec l’évasion de jeunes amoureux qui ne s’assument pas encore. Et son genou droit, légèrement fléchi contre sa jambe gauche sévèrement tendue, certifiait dans un sourire qu’ici non plus, le temps ne signifiait pas contrainte. Yeux portés au-dehors, ne laissant dans la chaleur des soleils multicolores que les restes d’une chrysalide fragile et monochrome, elle contemplait lointainement les promeneurs qui pataugeaient, avec plus ou moins de bonne volonté, dans la pluie agitée. Elle eut un imperceptible sourire. L’impulsion violente des bourrasques réinventait les coiffures, les mises et les parapluies, affectant l’espièglerie d’une Indulgente qui se gardait bien de ne juger que par l’ordre et la mode du moment. Tout lui apparaissait comme un agencement irrégulier et cisaillé de craies, nul contour continu, seulement des débordements. C’était joli. Et inquiétant à la fois.

Rendue naïve par la distraction, elle crut d’abord que cette luciole, d’une généreuse valse d’ailes, éclipserait ses craintes abstraites. En apporta davantage, cependant, voleta sous son nez, et la détourna, charme éblouissant, des jupes cristallines de la pluie, comme une petite enfant s’égarait dans les marais à la lueur ensorceleuse d’un feu follet.
Une forme et des couleurs, qui lui suggérèrent tout d’abord un bouquet scrupuleusement noué. Ou encore un sablier, aux mille sables et aux mille ères. Amusant. C’était un arc-en-ciel lui-même qui prétendait qu’elle ne saurait en percevoir pour le moment. Apolline dut tordre un peu le cou, fit la moue en soutenant ce regard asplénium et gentiane, capable, sans doute, d’émousser le sien. Elle cilla à plusieurs reprises, délogeant les bulles microscopiques de ses cils et, finalement, se mit à sourire, très sobrement. Était-ce la séduction ? Ou bien la réjouissance de se savoir en réalité malvoyante et, par conséquent, à l’abri ?

A l’abri. Nul ne l’était jamais vraiment, n’est-ce pas.
Elle était sûre d’elle, mais n’en montrait pas grand-chose. Sa main, avec une ostensible hésitation, saisit la serviette qu’on lui avait aimablement tendue. Sans surprise. Tout, pour le moment, confirmait les bruits colportés sur le Magicien d’Oz. Un jeune homme attrayant, affable et courtois. Coriace, peut-être ? Achetait-on rien que pour de beaux yeux inconnus ? Elle finirait par le savoir.
Se détournant de nouveau, arborant la superbe d’une enfant capricieuse, elle fit, une fois encore, non de la tête. Elle ne voulait pas lui trouver d’utilité, semblaient dire ses paupières abaissées et presque dédaigneuses. Enfin, feignant d’être insensible au bzi-bzi adorable dans ses cheveux, Apolline se sécha les tempes, la gorge, puis les épaules, noyant définitivement sa parure de fortune, jolies gouttelettes, avant de rendre au Magicien d'Oz ce qui lui appartenait, non sans un sourire de remerciement. Avec la douceur d’un velouté, elle finit par lui dire :

« En réalité, si. »
Seuls les imbéciles ne changeaient pas d’avis, quant à savoir jusqu’où elle prévoyait d’appliquer ce principe…
« C’est une très jolie boutique, que vous avez là, reprit-elle. Mais je crains que vous ne puissiez m’être utile qu’en une chose : m’offrir un instant l’hospitalité... »
Discours laissé en suspens, elle n’eut, soudain, plus les yeux grands ouverts, ressembla à quelque nymphette arrogante mais à laquelle on cédait volontiers, en raison d’on-ne-savait quel charme. Et elle inclina légèrement la tête sur la droite, circonspecte, comme si elle pouvait distinguer, sous cet angle, l’un des secrets du Magicien. Subsistait autre chose, toutefois. Un défi dans la placidité suspecte du visage, accentuation de son sourire.
« … à moins que vous ne la vendiez aussi ? »
Les commerçants… avait-elle l’air de songer sur un fond de préjugés. Prêts à mettre de la valeur marchande sur n’importe quoi.
« Autrement, ajouta-t-elle, je peux toujours rejoindre le magasin d’à côté. »

Peut-être aurait-on, là-bas, de l’hospitalité gratuite.
Mais, enfin, elle se montrait dure à dessein, prenait des risques – pouvait-elle vraiment être certaine que le Magicien d’Oz la retiendrait ? Pourtant, allez savoir pourquoi, elle qui ne comptait rien dépenser ici, pas même pour un parapluie, s’imaginait déjà, entraînée par lui, visiter les rayons en attente d’un coup de foudre, avec l’un des nombreux produits mis en vente. Qui, possiblement, ne viendrait pas. Pas aujourd’hui.
Tandis que la mignonne petite loupiote éprouvait son nouveau terrain de jeu – plein de noir à éclairer ! – Apolline le considérait calmement, patientant en silence, alors que certains regards s’étaient tournés vers eux. Craignant et prévoyant à la fois le rejet, songeant que l’épicerie qu’elle fréquentait, sa préférée parmi toutes les autres de Woollyland, se trouvait encore à quelques rues. Et en même temps, il y avait toujours autre chose. Toujours. De la certitude, peut-être. Ou un désir subtilement voilé de jouer dans les rubans du Magicien, comme la luciole s’y employait jovialement entre ses mèches.
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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Mar 8 Sep - 16:10

    Sourire avenant, ultime parure qu’un hôte pouvait, se devait d’exhiber à une invitée. Surtout lorsque celle-ci avait un air de cadeau, déposé sur le pas de sa porte par une pluie malicieuse. Même trempée comme une soupe, il ne s’y trompait pas. L’averse lui avait décidément apporté une bien charmante naïade. Amateur de belles choses – et à fortiori, de belles personnes – avant tout, le Magicien appréciait, en connaisseur, ce don généreux et matinal. Mais… Devait-il en être reconnaissant, ou s’en froisser ? Hésitations insouciantes et incongrues. Car elle avait beau être ravissante, la jeune femme semblait être une bien difficile cliente. De quoi meubler sa pluvieuse matinée, peut-être… Un sourire bourgeonna sur les lèvres rosées de la nymphe détrempée. Allons, il ne pouvait décemment pas s’offenser d’avoir chez lui une aussi adorable créature, puisse-t-elle être la plus difficile acheteuse qui soit !! Et par ailleurs, on ne se fâchait pas, lorsqu’on recevait un cadeau… Adoptant un silence courtois et toujours souriant, Cyrus se bornait dans son rôle de porte-serviettes. Ou peut-être s’y complaisait-il… Le maître de céans jouait aux majordomes, ce n’était pas si courant que cela ; il s’en attira même les regards incertains de la rousse employée qui lui avait demandé son aide. Sourire rassurant. Allons, il s'amusait bien !! Paupières papillonnantes, suprême légèreté. Elle finit par prendre l'étoffe qu'il lui tendait, avec grâce et hésitation. Pointe de remord dans son cœur de magicien, juste le temps d'un battement d'ailes. Les perles d'eau qui étincelaient faiblement sur ses cheveux lui allaient pourtant si bien. Il en regretterait presque de lui avoir fourni de quoi se sécher… La jeune femme hocha la tête. Négativement. Ainsi, elle refusait son utilité… Peut-être était-elle également une adepte du « Ce qui est beau n'est pas utile »… Elan de vanité intérieure. Il se savait déjà beau, mais il ne pouvait réprimer cette bouffée d'orgueil dès lors que d'autres le lui laissaient comprendre. Et, la pensée que peut-être, il se fourvoyait totalement ne lui traversa même pas l'esprit. Plein de certitudes, dans son amour de lui-même… Sans qu'il n'y prête la moindre attention, son regard dépareillé s'éclaira. Sous l'effet de la flatterie, même silencieuse. Même involontaire. Même lorsqu'elle n'en était pas. Mais également, sous l'effet de ce défi, qu'il semblait se lancer à lui-même. Quoi de plus trépidant que de persuader une jeune femme qui ne veut rien qu'elle trouvera son bonheur sur les étals de sa boutique ?! Le Magicien d'Oz était joueur. Et puis, c'était toujours amusant, de… Oh… Une lueur intéressée illumina, comme une lampe, son sourire épanoui. En réalité, si, avait-elle dit… La charmante naïade aurait-elle besoin de quelque chose, finalement ?? Ah… L'hospitalité… Il aurait pourtant dû s'en douter. Avec son petit air de nymphe pleine d'impertinence, la jeune femme l'avait presque pris au dépourvu. Mais ce n'était pas tout. Ce qu'elle ajouta le fit battre des cils, incertain de son ouïe. S'il vendait l'hospitalité ? Ha !! Et même ha ha ha !!! Un triple "ha" piqué, comme on aurait dit… Cyrus s'accorda un petit rire amusé. C'est que la douce enfant détrempée était terriblement divertissante !!

    « Allons, chère demoiselle, vendre n'est pas la seule marche à suivre, pour un commerçant… Il y a aussi le prêt, plus rare… »

    Plus délicat. Mais, d'un mouvement du poignet, tintement cristallin de l'argenterie de ses bracelets, il sembla chasser au loin cette idée absurde, comme on le ferait d'un insecte importun. Il ne serait pas dit que le Magicien d'Oz aurait prêté l'hospitalité à une naïade en visite. Où irait le monde, si l'on devait manquer de galanterie ?!

    « Plus important, nul vous est besoin de rejoindre la boutique voisine, Mademoiselle. Je ne saurais souffrir de voir de nouveau une aussi charmante jeune femme aux prises avec la pluie, qui plus est après l'avoir odieusement offensée… »

    Et de s'incliner galamment. Son regard fut attiré un instant par une lueur verte qui, après avoir vérifié que le monde continuait bien à tourner sans qu'elle daigne donner son opinion, replongea dans la masse ténébreuse des mèches de la cliente qui avait, de toute évidence, refusé de l'être aujourd'hui. Mais le Magicien était une personne têtue.

    « Ma boutique et moi-même sommes donc ravis de vous offrir (il insista quelque peu sur ce mot, peut-être pour montrer au monde que Cyrus Fleming était parfois en mesure d'offrir quelque chose à quelqu'un, même à une inconnue) l'hospitalité, en guise de cadeau de bienvenue… Et peut-être me ferez-vous également l'honneur d'accepter un thé, et pourquoi pas, une visite guidée de mon humble boutique… ? Qui peut savoir si votre cœur ne battra pas pour quelque sortilège… »

    Sourire interrogatif, silence patient. Le Magicien attendait une réponse, tout en réfléchissant à ce qu'il pourrait bien proposer à cette nymphe des eaux si catégorique, quant à la raison de sa présence chez lui. Quoiqu'il en soit, il se sentait d'humeur généreuse, ce jour là. En plus de l'hospitalité, c'était son bras, qu'il lui offrait…


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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Ven 11 Sep - 20:14

L’incertitude était contagieuse. Apolline la sentait qui planait jusqu’à qu’à ceux qui, avec eux, occupaient l’étage. Mais sa petite flamme de fier orgueil ne souffrit aucun soubresaut. Elle ne reçut pas le rire du Magicien d’Oz comme trophée, quand d’autres, sûrement, l’aurait emprisonné dans les joyaux d’une broche pour l’exhiber effrontément sur leur poitrine gonflée. Elle lui retourna simplement un sourire, toujours aussi mesuré. L’amertume d’une vérité déplaisante dans un trait d’humour. Apolline savait rire de beaucoup de choses, et elle omettait rarement d’y apporter quelque critique railleusement voilée. On aurait dit, plus généralement, qu’elle était une femme à faire taire, par des mots plus pertinents – et percutants – que les siens ou encore par une forte impression. En outre, moins elle s’exprimait, mieux c’était.

« Vous m’en direz tant… souffla-t-elle en fronçant sensiblement le sourcil. »
A l’évidence, il s’agissait d’une incrédulité de façade, un miroir protecteur, incrusté par défaut, dans ses traits pourtant si doux.
Et tandis que la flatterie caressait ses esprits farouches, sa moue revint, affectant clairement le refus de mordre dans la pomme de charme que lui tendait le Magicien avec tant de courtoisie. Peut-être comprenait-elle, finalement, que d’autres s’y soient brûlés. N’y avait-il pas comme une aura toxique autour de lui ? Personne ici ne le savait, mais elle ne possédait plus d’yeux. En revanche, elle disposait d’oreilles, et pas des moindres, ainsi que d’une peau extrêmement réceptive. Et cela suffisait, semblait-il, à la propagation pandémique de la magie délicieuse qu’excitait la seule présence de cet homme.
Sa méfiance enfla.

La luciole lui murmurait – bzi-bzitait – des choses savoureuses, toutefois. Qu’ici, tout allait bien. Et qu’elle était stupide de ne point se jeter tout entière dans le coton de ces nuées fantasmagoriques. Mais qu’il n’était jamais trop tard. Jamais, tant qu’elle ne partait pas en courant.
A la recherche d’une contenance qu’elle croyait perdre petit à petit, elle croisa nonchalamment les bras, jaugeant la galanterie du Magicien, sans prendre la peine de dissimuler l’amusement qui avait, soudain, investi son visage de femme-enfant. Puis, l’instant d’après et l’air de rien, en conservant sa posture précédente, elle porta un index à sa bouche, la pression de son ongle blanchissant aussitôt le rose tendre de sa lèvre inférieure. A son tour, elle avait voulu rire, mais s’était abstenue. En fait, il s’agissait de ce mot. Offrir. Elle n’avait nul besoin de connaître cet endroit et ceux qui le peuplaient pour en mesurer l’ampleur. Une incongruité, en témoignait l’agitation de certaines personnes autour d’eux, cachées dans les rayons, qu’elle devinait être des employés.
Un sourire, alors, où il y eut peut-être bien, cette fois, de la gentille arrogance.

« Quelle générosité. Je vous remercie, Monsieur. »

Et le « Monsieur », inévitablement, avait mal sonné.
Quoi de plus normal ! Il suffisait de la connaître.

Apolline, en penchant doucement la tête, feignit d’être déconcertée. Décidément, il n’abandonnait pas. Courbettes, paroles. Le pire ! … cette modestie mal placée lui allait à ravir. Elle leva les yeux au plafond – et quel plafond ! – indécise. Rien ne l’en empêchait. Sinon le risque de changer la position qu’elle s’évertuait à tenir. Et comme, en prime, le Magicien lui offrait son bras, la jeune femme redescendit sur terre, le temps de considérer en silence son cadeau temporaire. Ce pouvait être une occasion intéressante de… de…
… d’éprouver ses résistances ?
Elle y joignit son bras en étouffant un rire. Avarice, avarice…
« Si ça peut vous faire plaisir. Mais mon cœur, mon cœur… »
Sans soupir, sans rougir. Elle se tut pendant quelques secondes, main inerte sur l’avant-bras de son guide, légèreté extrême, poids inexistant, comme prête à s’éclipser, à tout moment. Le contrecoup, peut-être, de ce qu’elle venait de lui concéder : la possibilité de jouer à fond son rôle de terrible commerçant. Ah ! Mais elle se rassurait. La moindre des choses, Apolline, est de jeter un œil – pas trop fort, tu risquerais de le perdre, alors – au lieu de t’enraciner face à une pluie qui ne nourrit même pas tes jolies branches.

Les miracles de l’auto-persuasion n’étant plus à prouver, ses réticences se soumirent bientôt, en même temps que d’autres, pas loin, la voyaient sans doute déjà à la merci du Magicien. Mais rien n’était encore dit. Sauf, peut-être…
« Ma grand-mère me disait souvent que le thé noircissait les dents. »
Sur ce, elle lui adressa un sourire étincelant, non seulement de nacre, mais également de mignonne fanfaronnade. Elle ne buvait jamais de thé.
Et, comme si la petite luciole l’avait compris, elle quitta son promontoire, sans rancune toutefois – car il n’y avait jamais eu de refus, allant effleurer la joue d’Apolline pour un baiser ailé d’adieu, puis de s’envoler joyeusement vers d’autres contrées à éclairer. Charmante lumière.
Ses jambes enclines à suivre celles du Magicien, elle attendit qu’il veuille bien débuter la visite.
Pourtant, quelque chose captiva son attention, et la détourna, une fois encore, du charme fantastique. Malgré la distance, elle parvenait à distinguer, très vaguement, des formes d’ascenseurs. L’un d’eux venait d’ouvrir ses portes, sans recracher personne. Elle entendit rouspéter, et une ride de curiosité perplexe barra timidement son front.
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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Mer 16 Sep - 15:56

    Estampes. Ebauches de sourires, courbe boudeuse d’une moue enfantine. Grâce dédaigneuse pleine de certitudes et d’indécisions feintes. C’était là un divertissement qui l’amusait grandement, sous ses soieries chamarrées. Le Magicien aimait à déployer ses innombrables talents de persuasion, vanité viscérale de celui qui aime qu’on cède à ses séductions, d’autant plus qu’il avait rarement l’occasion de jouer autant qu’il le désirait… C’est que les clients coriaces se faisaient rares, en ces temps de crise. Quelques sourires, des paroles sucrées, un baise-main, et les voilà tout prêts à acheter ce que vous leur proposez… Tant de facilité était déprimante… Oh ?! Se faisait-il des idées, ou son légendaire charme ne semblait pas faire effet sur cette jeune femme ? Sourcils froncés et lèvre pincées. Oh oh oh !!! De plus en plus intéressant !! La naïade refusait d’entrer dans son jeu… Ce n’était certes pas banal. Et c’en était encore plus amusant !! De quoi agrémenter sa journée de quelques couleurs supplémentaires, et pas des plus pâlichonnes. Il allait certainement s’épuiser à la convaincre de sa – fausse et hypocrite – bonne foi de marchand, et à cette perspective, il se sentait tout guilleret ; la dernière fois qu’il avait eu affaire à semblable créature – bien moins charmante, il lui fallait l’avouer – remontait à trop longtemps. Si cela continuait, il finirait par rouiller avant d’avoir un cheveu blanc… Quel odieux et effrayant gaspillage !! Mais ne parlons pas de malheur...

    Bras croisés et sourire suffisant. Sa nymphe aux allures d’aquarelle l’appelait « Monsieur » et cette dissonance dans l’harmonie de son être amena sur les lèvres de Cyrus un sourire rieur. Si en plus elle se mettait à se moquer de lui, cela promettait d’être un voyage trépident !! Cependant, l’espace d’un instant, son attitude eut l’air de vouloir changer… Phrase inachevée, lambeaux de pensée trop légers, insaisissables… Et peut-être en était-il mieux ainsi. La curiosité était parfois de mauvais goût. Et parfois, l’incomplet offrait des saveurs bien plus délicates que celles proposées par l’achevé… La légèreté se ressentait – ou plutôt, ne se ressentait pas – également sur ce semblant de pression exercé sur son bras. Douceur éthérée, prise aérienne. S’il n’avait pas de ses yeux vu sa – jolie petite – main, il aurait – presque – été obligé de fournir quelque effort pour la sentir. Agréable fraîcheur que celle qui lui parvenait, de bien loin, à travers l’étoffe de sa tunique. Aussi délicate qu’une nuée de bulles, quelques loques d’écume… Sa naïade serait-elle une néréide, dans le fond… ? A moins que son esprit ne soit un petit peu trop euphorique et ne lui joue quelque tour… Comme si cela changerait quoi que ce soit !! Mais la cliente semblait se reprendre… A la bonne heure !!

    Sa grand-mère lui disait que le thé « noircissait les dents ». Charmante excuse… Ainsi, c’était là sa façon de décliner son invitation… Soit !! Il lui rendit son sourire, qu’elle avait éblouissant.

    « Oh, mais certainement pas lorsqu’il est de grande qualité et consciencieusement préparé… »

    Dans ses propos, une pointe d’orgueil – il savait préparer du thé, lui – mais nulle trace d’obstination inappropriée – mal placée. On ne forçait personne à prendre le thé, cela ne faisait que lui conférer un arrière-goût d’amertume, et tout serait gâché… Mais, s’il répugnait le gaspillage – surtout lorsqu’il s’agissait de ce divin breuvage, domaine sacré !! – le Magicien aimait bien avoir le dernier mot, d’autant lorsqu’on s’aventurait sur l’un de ses terrains de jeu favoris… Encore un caprice à ajouter à la pile de ses foulards. Et qu’importait, après tout !! Il lui fallait désormais faire preuve d’un peu plus de sérieux – professionnellement parlant !! – Il avait une visite à guider et une cliente à initier aux charmes de sa boutique. Et il était impératif qu’elle fusse séduite par quelque chose, avant de partir… Il en allait de sa réputation… Ceci dit, Oz’s était un vaste domaine ; Par où commencer… ?! Le commencement serait un bon début… Certes…

    « Quoiqu’il en soit, permettez-moi de vous guider, je vous prie… »

    Eclair vert qui s’échappait furtivement. La luciole s’envolait vers d’autres cieux, sa mission achevée… Et d’esquisser un pas. Ce faisant, Cyrus surprit un instant le regard de la naïade océane – il l’avait décidé ainsi. Les ascenseurs ? La troublaient-ils ? Il y aurait de quoi, en effet… La jeune femme avait l’air perplexe. Eh bien, autant satisfaire sa curiosité !! Il était là pour ça, de toute façon… Et il serait toujours temps, plus tard, de lui faire visiter l'étage où ils se trouvaient... Alors, devinant toujours la présence de sa petite main sur son bras, il se dirigea vers ses élévateurs magiques. Et naturellement, les explications ne tardèrent pas…

    « Comme vous ne semblez pas désirer quelque chose de particulier, nous allons, si vous le voulez bien, laisser faire le hasard… Et pour cela, le meilleur moyen reste les ascenseurs ! C’est que, voyez-vous, nos élévateurs sont pour le moins… capricieux. Mais une démonstration vous renseignera mieux que de longs discours… »

    Aussitôt dit, aussitôt fait ! La rapidité du service était l’un des nombreux atouts de la Boutique. Fierté de propriétaire, dans le regard du Magicien. S’effaçant à l’entrée de la cabine pour laisser passer la jeune femme, il l’y suivit en souriant, bienveillant, aux deux jeunes femmes et au monsieur qui s’y trouvaient déjà. Puis, il appuya sur un bouton – le vert – et à la seconde suivant son geste, la couleur changea et opta pour du jaune. Sourire charmeur à l’attention de sa cliente.

    « Comme vous pouvez le constater, les boutons ne possèdent pas de chiffre indiquant l’étage, mais en revanche, ils ont une couleur. Par contre, ils en changent constamment, et ce de façon totalement aléatoire, d'où leur caprice… Naturellement, il n’y a ni code ni logique précise à laquelle répondent toutes ces couleurs… En fait, si vous voulez allez à un étage précis, l’ascenseur vous y conduira. Le cas échéant, il vous emmènera où bon lui semble… Cela dit, il est parfois des cas où il vous emmène où il le veut, même si vous vouliez aller précisément quelque part… »

    Eclair de malice, dans son regard. Le hasard était l’une des grandes spécialités de sa boutique, et l’un de ses plus beaux attraits. Restait à savoir si cela plairait à cette jeune femme si sûre… Carillon cristallin. Ils étaient arrivés à destination et visiblement, ils étaient au quatrième… L’étage des objets magiques en tous genres. Aah… Il aurait difficilement pu mieux tomber !! Cyrus suivit son invitée hors de l’ascenseur puis, lui offrant de nouveau son bras – il était bien agréable, ce semblant de contact – il l’entraîna dans une légère valse à travers les rayonnages.


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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Dim 20 Sep - 11:42

Lui parler suffisait à déceler puis comprendre bon nombre de choses. En réalité, peut-être n’avait-elle pas, auparavant, rencontré quelqu’un qui, en quelques mots et par son allure, en suggérait autant. Cela dit, subsistait l’opacité du mystère qui empêchait sans doute, réserve de prudence, de songer jamais : « je le connais ». Un amateur de thé, voire un maître, dont elle avait cru sentir la disposition ; et son mutisme coloré, sans peut-être qu’il ne le sache, répondait à une ribambelle de questions qu’elle se formulait intérieurement. Ainsi, on ne lui prêterait pas ouvertement la curiosité comme défaut. A chacun ses arrangements.

Apolline eut à peine le temps de reporter son attention sur lui, que ses jambes s’animaient avec la précipitation coquette d’un groupe de bal. Le plaisir d’avoir été devinée aidant, elle suivit le Magicien de bonne grâce, intéressée mais, d’avance, difficile à séduire. Comme il le laissait si bien entendre, le hasard, parfois, savait efficacement trancher dans le caprice excessif des plus grands indécis.
Elle pénétra dans la cabine, dévisageant un instant les deux femmes pour sentir, plus que voir, une sorte d’engouement, rougeurs, qu’elle n’eut pas vraiment de mal à s’expliquer, dès lors qu’elle accrocha de nouveau le sourire du Magicien. La troisième personne, un homme, n’eut pas à subir d’examen : déjà, les yeux d’Apolline roulaient d’agacement, avec discrétion toutefois.
Enfin, elle fit mine de s’égarer sur le panneau de contrôle, tout en écoutant son guide.

C’était un peu comme ces grandes surfaces où il fallait traverser le secondaire avant d’arriver à l’utile. Les épiceries, par exemple, étaient plus chères, mais on arrivait directement au but. Nul besoin de traverser divers rayons d’accessoires en tous genres pour parvenir à l’alimentaire.
Avec défiance, un petit sourire se mit à barboter aux coins de ses lèvres. Sa réaction était attendue, de la même façon qu’elle attendait, excitée par une curiosité peu assumée, de connaître l’étage où ils se rendaient. Et comme quelques notes l’annonçaient, Apolline haussa ses épaules rondes. Secrètement résignée, on l’aurait juré, nonobstant cette mauvaise foi un peu trop tenace :

« Oh, encore une combine de commerçant, déclara-t-elle, faussement dubitative. Mais le Magicien s’en était-il seulement caché ? Mignonne, je l’admets, et elle pivota une dernière fois vers les trois individus, faible hochement de tête, amabilité arrogante et cynique. Mesdames, monsieur… »

Elle ne leur laissa pas le temps de comprendre ou de s’offusquer, eux qui, bienheureux, baignaient déjà entièrement dans l’enchantement du joli Magicien.
Sa main, l’extravagante, regagna son trône – décidément – avec ce même principe de ne point s’y trop appuyer, et elle l’accompagna, méprisant ce qu’elle distinguait comme étant des clés. Conviction ancienne, enfouie au fond d’elle, d’hommes et de femmes qui s’étaient soulevés pour en interdire la vente. Populations imbéciles. N’y avait-il donc jamais eu d’accident pour leur donner quelque leçon ? Facilité que de se fier aux précautions identitaires.
Mais Apolline se ressaisit, avant qu’un autre ne vienne prendre sa place. Elle n’était pas concernée par ces affaires de justice. D’abord troublée, elle osa, l’instant d’après, presser doucement le poignet du Magicien pour lui signifier qu’elle n’était pas intéressée par ces objets là, et l’emmena elle-même vers les étalages suivants, pour finalement réendosser sa légèreté de naïade jamais conquise.

Des murmures. Des jacasseries. Des manières de grandes dames, aux robes de porcelaine. Intriguée, Apolline renonça un moment à son éventail de couleurs et partit à la conquête de ce qu’elle connaissait pourtant déjà. Mais de loin, par des faits rapportés et peu réjouissants.
Les tasses Mademoiselle chahutaient entre elles, avec plus ou moins d’ardeur, contenues par une impeccable vitrine. La jeune femme s’était penchée, son nez en trompette effleurant presque le verre et ses yeux, plissés à l’extrême, embrassant la gamme des motifs et coloris. Elle sursautait de temps en temps, reculait sensiblement, alors que l’une des porcelaines avait fait mine de bondir pour lui manger le visage. Pénible.
Elle finit par s’accroupir, prestement, afin de n’en manquer aucune. Initiative honorée. Elle aperçut, tout à fait à droite et au fond de la vitrine, une tasse dont le calme contrastait rudement avec la sauvagerie de ses camarades. Hélas, comme elle était incapable de la détailler précisément, Apolline se redressa et offrit au Magicien un sourire engageant, un « J’aimerais la voir » qui en présageait peut-être l’achat. Peut-être.

Bientôt, la tasse atterrit délicatement au creux de ses mains, placidité élégante, la caressant d’un regard doux et investigateur. C’était une beauté. Sa robe vert pâle, satin, laissait place, comme un fard au-dessus de ses paupières, aux sables irisés d’un subtil dégradé de nacre, qui se poursuivait à la manière d’un voile, le long de chaque joue, de façon à insuffler l’illusion de jolies pommettes, jeunes et rebondies encore. Si remarquable, qu’on pouvait bien se permettre, sans doute, de la laisser au dernier rang, puisqu’on la discernerait toujours avec aisance.
Et sa voix. Celle d’une femme mâture, qui fit ciller Apolline à plusieurs reprises, car on l’appelait au respect.

« Votre nom, ma toute belle ? Une courtoisie détonante, qui exigeait une réponse sans discussion.
Apolline, répondit-elle en haussant les sourcils, chiffonnée par une docilité qu’elle ne se connaissait pas. »

La jolie tasse sautilla alors entre ses mains, dirigeant son regard vers le Magicien d’Oz, à qui elle adressa un clin d’œil complice. La jeune femme ne put d’abord déchiffrer le secret, en témoignait sa moue nouvelle, mais fit bientôt le constat qu’elle venait de dévoiler son nom, et ainsi concéder au Magicien une nouvelle victoire – qu’il n’avait probablement pas cherchée au départ – sur sa propre personne. Éclatante, la dévotion de ses créations. Elle dut bien capturer un autre sourire dans le filet de sa bouche mutine pour se donner une contenance. En cette tasse, la grâce et la malice volaient au même degré d’excellence.

« Elle est superbe, fit-elle remarquer, tandis que la porcelaine lui montrait sa reconnaissance en silence. Dommage que je ne boive pas de thé. » Égorgeant sans pitié les espérances, Apolline rendit la tasse au Magicien, s’imposant de nouveau comme la cliente charmante, mais amèrement récalcitrante. Elle poursuivit, non sans l’orgueil propre à sa fonction du moment :
« J’ai un ami qui a possédé l’une de ces merveilles. Il a dû la briser, après que sa fiancée ait subi plusieurs brûlures. On dit qu’elles peuvent être jalouses et par trop passionnées. Est-ce vrai ? »
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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Ven 25 Sep - 12:03

    S'il devait prêter une attention soutenue à tous ceux qui lui portaient de l'admiration, il n'en finirait plus !! Malgré tout... Eh bien, il fallait avouer que cela avait quelque chose de réjouissant, de voir l'effet produit par un simple – pas si simple que ça, après tout !! Que faisait-on de son charme légendaire ?! – sourire. Certes, ce serait pure mauvaise foi que de prétendre ne point remarquer ces petites – insignifiantes, presque – preuves de la réussite totale de ses techniques de séduction. Et d'ailleurs, son ego ne manquait jamais de faire le beau, gonflant ses plumes d'orgueil à chaque joue rosie et regard gêné qui répondaient à ses divers numéros de charme. Douceurs des vanités, délices de celui qui sentait ses « victimes » se laisser aller lentement dans les voluptés de sa toile envoûtante. C’est qu’il fallait bien mériter son statut d’ensorceleur… Pour l’heure, malgré la pointe de satisfaction orgueilleuse qui picota son cœur, lorsqu’il avait fait semblant de ne pas apercevoir les rougeurs confuses des deux jeunes femmes, son esprit de vendeur – calculateur – était bien plus concentré sur celle qui venait de quitter son bras. En ce moment, voguant sur le flot de sa goujaterie recouvrée, dès lors qu’il s’était trouvé une occupation intéressante, il ne faisait que peu de cas du trouble gloussant des autres clientes. Seule l’intéressait pour l’instant sa naïade boudeuse à l’allure – à peine – arrogante. Un sourire – honteusement amusé – et une infime courbette répondirent à la remarque de la jeune femme, à propos de sa « combine de commerçant ». Hé hé, il fallait bien veiller à ce que la clientèle ne s’ennuie pas !! Et tant mieux si elle la trouvait mignonne ; c’était le but… Un dernier sourire, plein de bienveillance, implorant presque la clémence des autres clients envers cette gentille, mais indomptable créature qui le précédait, et le voici qui s’élançait, joyeux drille, conduisant sa cavalière sur une mélodie entraînante, quoiqu’imperceptible par le commun des mortels.

    Les objets du quatrième étalaient leurs charmes à qui voulait bien les caresser du regard – ou plus si affinités – et ce fut plein d’allégresse que le Magicien entama la visite guidée de son petit domaine. Tout d’abord, ce furent les Master Key. Silence prudent ; ces objets ne lui semblaient pas susceptibles d’intéresser sa naïade, mais sait-on jamais, un coup de cœur, cela ne prévient pas… Le jeune homme observa – furtivement – sa cliente, du coin de l’œil. Dédain impitoyablement hautain et légère, infime, imperceptible pression sur son poignet ; les clés ne la séduisaient pas. Sourire indulgent. Il avait eu raison de se retrancher dans son silence courtois : Il s’en doutait bien ! Lorsque la jeune femme l’entraîna à la découverte de ses propres articles, Cyrus se laissa faire de bonne grâce. Après tout, c’était elle, la cliente. Et parfois, une visite a meilleur goût, lorsqu’elle est guidée par les pas de celui qui vient explorer. Oh ? Serait- elle en train de le diriger vers… les tasses Mademoiselle ? Une ombre sembla, l’espace d’une petite seconde, se poser sur le sourire du Magicien d’Oz, mais elle s’envola avant que quiconque puisse l’apercevoir. Il n’y croyait pas… Après tout, la nymphe avait refusé son invitation à prendre le thé, alors pour quelle raison serait-elle attirée par les tasses vivantes, fussent-elles délicieusement adorables ? Simple curiosité, peut-être… C’est qu’il ne pensait vraiment pas que la jeune femme se convertisse au thé (quelle tristesse, quand même, de dédaigner un tel breuvage… Mais qu’importait, cela en faisait plus pour les autres !!) une fois qu’elle eut rencontré une Mademoiselle… Mais qui pouvait savoir… ? Il ne le savait que trop bien, un coup de cœur ne prévenait pas…

    Elle quitta son bras pour aller, avec la légèreté d’un souffle de vie, inspecter les tasses, et lui, vaguement en retrait, il se demandait, sceptique et souriant, si le charme sautillant des damoiselles de porcelaine serait efficace, même sur une cliente aussi… difficile. Fierté dubitative. Ce serait agréablement satisfaisant, si tel était le cas… Penchée sur la vitrine avec la grâce d’un point d’interrogation joliment calligraphié, sa naïade aurait presque frôlé le cristal – dommage que ses mèches de jais soient outrageusement nouées. Parfois, elle se reculait brusquement, dans un sursaut surpris, et le Magicien ne pouvait réprimer un sourire où l’amusement dégouttait, scandaleuse et feinte tentative de dissimuler une joie enfantine par trop présente. Puis, la charmante nymphette finit par s’accroupir. Consciencieuse, dans ses certitudes coupantes et intraitables. Elle voulait tout voir, en particulier la demoiselle vert pâle… Oh oh oh !! Son instinct de merveilleux magicien l’aurait-il trompé, pour une fois ?? Ce ne serait certes pas banal… Mais il fallait bien admettre que la banalité semblait s’évaporer, dès lors qu’elle était en présence de cette adorable – et impitoyable… – créature qui semblait tout droit sortie d’une aquarelle d’attrayante impertinence.

    « Mais certainement… »

    Courtoise révérence avant de se plier aux désirs de sa cliente… Cyrus ouvrit la vitrine et sourit aux tasses, plein d’une douceur paternelle qui calma temporairement leurs ardeurs bavardantes. Puis, tendre et affable, lui demandant dans un murmure la permission de l’emmener en promenade, il saisit celle qui avait attiré les regards de la jeune femme, prenant bien soin de la traiter avec la déférence qu’il lui devait – il s’agissait d’une dame… Et il la posa précautionneusement dans les mains qu’on lui tendait.

    « Voici, chère demoiselle… »

    Lueur d’admiration, sous les paupières papillonnantes. Mademoiselle était ravissante. Et zélée. Ainsi, elle demanda son nom à la jeune femme. Et le sourire du Magicien s’élargit, tandis qu’il rendait son clin d’œil à la mignonne tasse. Il penserait à lui donner un sucre, plus tard, même si, à l’origine, son ignorance du prénom de la naïade lui convenait ; cela ajoutait à la délicieuse créature une touche de mystère qui la rehaussait, comme un fard… Non pas que sa grâce ait été entamée de quelque manière que ce soit, maintenant. Apolline, c’était exquis. Sourire suffisant illuminé par un « Je le savais » bien trop dissimulé pour passer inaperçu.

    « Quel dommage, en effet… Il nous faudrait assurément songer à développer une gamme de tasses pour les amateurs de boissons autres que le thé… »

    D’autant plus que Mesdemoiselles partageaient l’aversion du Magicien pour le café… Ah, quoi qu’il en soit, il ne sera pas dit qu’il ne s’y était pas attendu… Question prévisible d’une cliente qui avait décidé de ne pas se laisser charmer…

    « Aah, on nous a effectivement rapporté quelques incidents de ce genre… »

    Le ton était nonchalant, de ceux qu’on prenait habituellement pour parler de petits tracas secondaires, qui nous agaçaient, mais n’étaient pas si pénibles que cela, tout compte fait. Petite caresse sur la joue de la tasse qu’il avait reprise entre ses mains attentionnées. Brave créature…

    « Les tasses Mademoiselle sont, comme vous avez pu le constater, pleines de malice. Elles s’attachent généralement très vite à leur propriétaire, pour peu qu’il les traite gentiment… Mais elles ne sont pas méchantes. Un petit peu trop taquines, peut-être… »

    Sourire délicat, qui aurait convaincu nombre de récalcitrants. Quant à sa compagne du moment… Il lui faudrait plus que cela, probablement… Hé hé, il devrait certainement employer les grands moyens, avec elle… Tant mieux !! Cyrus déposa, avec un salut cérémonieux, théâtral, la tasse à l’endroit qu’elle occupait, et il reprit, avec un certain plaisir courtoisement dissimulé en amabilité empressée – s’il avait été dépourvu d’élégance, il s’y serait vautré – , son poste de cavalier servant. La valse continuait, après tout…


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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Jeu 1 Oct - 15:39

Oui, incontestablement, Apolline prenait un certain plaisir à l’écouter ; il jonglait avec les subtilités, et ses idées sous-jacentes venaient à elle pour lui soutirer quelque sourire parfaitement incrédule et railleur. La fibre du commerçant lui taquinait le nez, et le maléfice délicieux d’un séducteur qui ne s’ignorait point lui embrassait les joues. Mais, déjà, elle se figurait une vieille femme friande de thé qui, tasse en main – fripée – et petit doigt levé, proclamait de sa voix souffreteuse : soyons raisonnables. Alors, Apolline s’enfuyait de nouveau, sur le carillon inaudible des malices.

Avant de se retourner, emmitouflée dans cette distance protectrice, vers leur entente commune. Il s’était douté depuis le début de son refus, crut-elle comprendre. Et quelque part, elle n’en avait pas moins attendu de lui. Qui pouvait prétendre la soumettre à coups de premières propositions ? Elle inclina sensiblement la tête, laissant deviner un réconfort qu’elle ne saurait offrir, mais dont elle pouvait bien donner l’idée. Etait-elle en train de lui faire comprendre, subrepticement, qu’il finirait par y parvenir ?

Juste une seconde. Elle redoubla finalement d’attention, consciente qu’elle avait posé le doigt, douceur et innocence feintes, sur un petit problème qui, à ses yeux, ternissait un peu la beauté et l’enchantement des tasses Mademoiselle. Comme une cassure d’ongle, une perte de régularité.
Elle sourit à l’indulgence, grimage de créateur, et convint d’un faible hochement de tête qu’elles n’étaient, effectivement, sans doute pas méchantes. Pourtant, elle n’imaginait que trop bien leur caractère de dame, et tous les inconvénients qu’il impliquait. Etincelle. Portés par une révélation soudaine, ses yeux considérèrent le Magicien, avec une insistance perçante qui ne donna lieu à aucune justification sur l’instant. Sur cette note de charade, elle reprit son bras, comme on semblait l’en prier avec tant d’empressement et de serviabilité.

Après avoir esquivé les étoffes de quelques clients qui partageaient l’étage avec eux, au côté du Magicien et sans un regard, Apolline ne percevait plus les cancans du salon de porcelaines. Elle n’avait jamais vraiment supporté les mondanités frivoles, ces désirs de secrets inavouables qui n’avaient alors pour vocation que d’êtres libérés des besaces, afin de voler loin, loin, et faire trembler le silence. Enfin, Apolline, ce ne sont que des tasses.
Un soupir gonfla brièvement sa poitrine, puis éclata lamentablement au fond de sa gorge, avec l’imprévisibilité d’une bulle. Sa cécité revint enlacer les étalages.

Des chuchotis, encore, mais singuliers, cette fois. Des souffles de vent qui paraissaient vouloir dire quelque chose, au gré de transparences dont on ne pouvait rien tirer. Et pour cause, c’était la litanie continuelle de fantômes, sous la limpidité de leur dôme, qui attendaient les acquéreurs potentiels pour leur donner l’aubade. Comme de juste, un charivari grinçant accueillit les deux nouveaux arrivants. Apolline, sincèrement amusée par le concept, ne rompit pas le contact avec son aimable accompagnateur, lui intimant simplement de s’avancer avec elle. Leur silhouette ombra les refuges spectraux, qui étaient devenus, aux yeux de la jeune femme, de drôles d’impressionnismes.

« Dites-moi, susurra-t-elle inopinément. Est-ce que ce que vous proposez en magasin vous ressemble ? C’est sans doute une question idiote. Je vois volontiers un trait commun entre vos jolies tasses et vous, mais pour ce qui est du fantôme en conserve… Car c’est bien de ça qu’il s’agit, n’est-ce pas ? »

Une naïveté trompeuse roulait subtilement sur les courbes de l’interrogation, stupidités de la femme papillonnante qu’elle n’était pas. Des airs désintéressés qui lui appartenaient encore moins, une fourberie destinée à chasser un instant ses véritables natures et dispositions. Une valse surprenante, avait-on dit ; la danseuse, tout en grâce et en dextérité, changeait souvent de pied, et son buste se dérobait à la conduite experte du meneur, si bien que… non, définitivement, cela n’avait plus rien d’une valse. C’était de l’obstination souriante, mais non moins insolente.
Ces intériorités ne durèrent qu’une fraction de seconde, toutefois. Apolline reprit immédiatement, avant que le Magicien ne puisse répondre – curieuse appliquée :

« Je me demandais d’ailleurs si vous testiez ces objets au quotidien… En personne, j’entends. Par exemple… » Elle lança un vague coup d’œil par-dessus son épaule, en direction des vitrines qui contenaient les porcelaines piaillantes, puis caressa son guide d’un sourire engageant. « Disposez-vous d’une tasse Mademoiselle bien à vous ? Qui vous ferait des scènes et partagerait vos confidences ? »

De l’indiscrétion ? Du tout. Elle prétendait peut-être garder un large pan de voile sur son identité – qu’une tasse, certes mignonne, avait précédemment compromise en partie – mais ne comptait nullement s’empêcher de grignoter la part du Magicien. Qu’il y fasse bon accueil ou non, elle s’en fichait bien. C’était à lui, après tout, qu’appartenait la décision de plaire à ses clients, de leur offrir bon accueil et de les inciter à revenir. En conséquence, il saurait certainement trouver un moyen de la satisfaire, n’est-ce pas ? De transformer son amusement en conviction ? De rendre son oreille moins calculatrice ?
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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Ven 16 Oct - 10:54

    Inclinaisons et insistances. Que devait-il comprendre ? Le regard béryl d’Apolline s’était fait si perçant qu’il fut sur le point de douter. Aurait-elle, sous ses airs ingénus de nymphette impertinente, tenté de découvrir ses secrets de magicien ? Il savait bien que ses subterfuges étaient indécelables, pour le commun des mortels, mais malgré tout, l’ombre terne de l’appréhension voulut un instant éclipser ses couleurs ; un prestidigitateur dévoilé – dénudé – n’était rien de plus qu’un charlatan, et pour autant qu’il en savait, il n’était pas exhibitionniste – puissent les instances supérieures (quelles qu’elles soient) l’en préserver. Et si… Mais non, voyons ! Les yeux de la jeune femme s’écartèrent au bon moment et Cyrus éluda, d’un battement de cils, la ridicule idée qui aurait voulu lui traverser l’esprit sans payer son dû – la pauvre ignorait que la Boutique ne faisait malheureusement pas crédit. Il se permit même une pointe de froideur hautaine envers cette pensée qui lui avait susurré sournoisement, sans la moindre once de tact, que sa délicieuse naïade pouvait être une… délatrice – frisson réprimé en songeant à ce mot – à la solde de la Marraine… Ce ne serait certes pas nouveau, de la part de cette vile créature qu’était sa cousine – lointaine, très très très lointaine, il ne le rappelait jamais assez – car cette détestable personne (l’une des rares que le Magicien n’aimait vraiment pas) lui avait déjà, par le passé, envoyé quelques-uns de ses sbires pour une visite de courtoisie fureteuse. Cela dit, ces insignifiants incidents s’étaient produits il y avait de cela bien longtemps. Et quoi qu’il en fût, Apolline était bien trop élégante pour servir d’aveugle pion sur l’échiquier vulgaire de Narcisse. Non, vraiment, cela ne se pouvait pas. Lui, Cyrus Fleming, le refusait catégoriquement ! Hum… Sourire iridescent. L’heure n’était pas aux élans paranoïaques, il avait une cliente à séduire ! Et pour ce faire, il comptait bien sortir de son sac à malices quelque vieux sortilège qui n’avait pas servi depuis fort longtemps… Car dans son obstination à vouloir vendre quelque chose à sa naïade, il ne voulait pas d’une victoire trop facile. Jouons donc, chère enfant…

    La jeune femme le conduisit vers les conserves d’esprits. Il les aimait bien, ces petites bêtes. Un tantinet dangereuses, cela dit – il se souvenait fort bien de quelques incidents qu’on lui avait rapporté, concernant de jeunes gens qui se retrouvaient inopinément encastrés dans un mur ou un meuble… et pourtant, il avait bien insisté sur les mises en garde, dans le mode d’emploi… – L’infime pression sur son bras ne fit pas mine de disparaître et Cyrus suivit sa compagne vers la vitrine aux esprits. A part lui, il en était presque à se demander qui menait véritablement la danse. Sourire galant ; si cela pouvait satisfaire – à défaut de lui faire plaisir – sa cavalière, il pouvait bien la laisser le conduire… Apolline ne se laisserait certes pas séduire par les fantômes sous cloche, il le savait aussi bien qu’elle. Mais la curiosité n’avait pas manqué de l’étreindre, semblait-il. Bien. Le Magicien était fier de l’atmosphère qu’il s’était, depuis le tout début, évertué à conférer à sa boutique. Et en parlant de curiosité, celle-ci le piqua vivement – il en aurait sursauté – lorsque sa charmante naïade lui lança une question pour le moins désarçonnante. Et cela l’amusa d’autant plus qu’il ne s’y attendait pas. Est-ce que ce qu’il proposait sur ses étalages lui ressemblait ? Cyrus cilla. C’était une bonne question, à laquelle il n’avait jamais vraiment songé… Il sourit de bon cœur, ne se donnant pas la peine de dissimuler l’amusement que cette interrogation avait fait naître en lui – à moins que ce ne fut pour se donner une contenance qu’il n’avait pas eu le temps de perdre… Malgré tout, avant qu’il ne puisse répondre, Apolline enchaîna. Une Mademoiselle rien qu'à lui ? Son rire léger flotta un instant, entre eux, avant de s'évanouir avec douceur. L’allégresse joviale du Magicien avait fini par franchir la barrière de ses lèvres, et l'hilarité qu'il avait retenue précédemment – simplement parce qu'il n'avait pas eu l'occasion de la laisser s'échapper – s'était répandue joyeusement au dessus des esprits frappeurs en conserve. C’est que la perspective de prendre le thé en compagnie de l’une de ces adorables tasses – pourtant chères à son cœur – qui se mettrait à lui « faire des scènes » à chaque fois qu’il manifesterait un semblant d’infidélité – et c’était de l’un des plus célèbres séducteurs de Malkins que l’on parlait – avait quelque chose d’irrésistiblement drôle. Vraiment.

    « Ma foi, non, je ne possède pas de Mademoiselle… Ce sont de charmantes créatures, mais j’avoue honteusement que je leur préfère quelques vieux services de porcelaine… Car, voyez-vous, ces mignonnes tasses ont, de par leur espièglerie et leur goût du mouvement, tendance à renverser le thé un peu partout, lorsqu'elles se laissent guider par leur enthousiasme. Et il se trouve que j’ai le gaspillage en horreur… »

    Surtout lorsqu’il s’agissait de thé. Sourire délicat. Les tasses inanimées étaient certes d’agréables compagnes, pour les jours moroses, mais en temps normal, un coûteux Herend’s était bien plus charmant. Il n’y avait rien de tel qu’une porcelaine de qualité pour relever la saveur d’un thé de premier choix… Cyrus considéra, rêveur – mais pas trop – les esprits frappeurs qui murmuraient sous leurs verres enchantés. Avaient-ils un air de familiarité avec sa personne ? Hum, il devait vraiment être imperceptible, alors… Même si…

    « Pour en revenir à votre précédente question… Je suppose que chaque créateur met un petit quelque chose de lui-même dans ses créations, mais pas beaucoup, car à la longue, il ne resterait plus rien de lui… »

    Quant à savoir ce qu’il avait lui-même mis dans les produits de son imagination… Un secret de magicien, comme tant d’autres. Cyrus se retrancha dans ses mystères, prestement dissimulé derrière son sourire charmeur. Il n’avait certainement pas satisfait la presqu’indiscrétion d’Apolline, mais il n’en dirait pas plus. Il aimait trop ses tissus pour s’en séparer en se dévoilant – ce qui était d’ailleurs passablement indécent, dans la mesure où l’atmosphère d’ Oz’s, surtout en cette heure de la journée, manquait singulièrement d’intimité – même pour les magnifiques yeux d’une inconnue…


Tu l'avais déjà, mais bon x)


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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Mar 20 Oct - 19:20

Apolline ignorait combien il lui coûtait de n’y rien voir à cet instant. Aurait-elle deviné, en d’autres circonstances, qu’elle s’était posée, soyeux papillon, sur le bout d’un nez ? Et lequel venait-elle de piquer ! Mais un sourire, crut-elle vaguement distinguer, satin dont elle ne discernait hélas pas les fibres éthérées. Il lui tardait d’en connaître les idées et les inspirations ; que lui chanterait-on, cette fois, pour lui permettre d’exécuter son tour, et repartir, à demi fascinée, d’un gracieux pivot du pied ?
Espoirs rompus !
Les intonations d’un rire, en rubans de brocart, vinrent s’enrouler autour d’elle, qui ne put plus danser. Votre attention, s’il vous plait… Noria fatiguée, quelques cercles pénibles, et elle s’immobilisait tout à fait, intriguée, vraiment, par ce que ce rire pouvait bien signifier.

La rêverie à peine consommée lui laissa, en s’échappant, une mince traînée de soufre sur la bouche, qui sécha les couleurs de son sourire, et le vieillit en y apposant l’encre sépia d’un discret scepticisme, refrain d’éternité. Les rimes naïves, elles, ne demeuraient jamais bien longtemps auprès de ses sphères de réflexion.
Apolline n’était pas sans connaître la réputation de cueilleur de cœurs partout criée, carreau de tissu parmi tant d’autres formant la complexe panoplie du Magicien d’Oz. Peut-être même y avait-elle songé en invoquant le Point d’Interrogation qui, orienté vers les drôleries de porcelaine, attendait maintenant qu’on l’exauce. Et on le déçut, sans l’étonner.
Les yeux de la jeune femme se plissèrent d’amusement. Elle tissa un murmure de sous-entendus :

« Sans surprise, n’est-ce pas ? Mais je suppose surtout qu’une tasse Mademoiselle n’en finirait pas de vous admonester… »

Entendons-nous.
Rien qu’un moment, à l’ombre de ses longs cils, elle eut le loisir d’imaginer le Magicien subir les assauts de sa propre création. Le miel de l’un, le fiel de l’autre. Impossible, pourtant, de se représenter authentiquement les éclats et façades de mille couleurs. Alors ses épaules, une seconde, s’arrondirent de résignation, et devinant la rêverie du Créateur au silence qu’il s’était permis, elle se tourna vers lui, suspendue, sans le montrer, au damas de ses lèvres.
S’il ne lui avait pas dit grand-chose, elle ne s’était pas attendue, non plus, à en recevoir davantage au sujet de secrets si bien gardés. Combien l’aurait-il désappointée à trop se dévoiler, à si vite mettre un terme à leur jeu.
Elle hocha la tête d’un air entendu, sans rien ajouter à ce propos – car ce serait de mauvais goût – et se détourna des esprits, emportant le Magicien avec une infinie délicatesse, de sa main sur son avant-bras.

« En réalité, chuchota-t-elle, je crois être hermétique à la magie. Autant le dire, c’est se trouver tout à fait à côté de la nature et de l'esprit de Malkins, mais soit… »

Suspension malicieuse d’un « Il n’est jamais trop tard ».

Du reste, rien, ici, n’était susceptible de l’intéresser. En conséquence, elle laissa l’un des ascenseurs au ventre vide les avaler, mais sans croquer, et appuya sur un bouton violet, qui vira au rouge. Ou bien au vert ?

De cette même couleur, la luciole qui les accueillit lorsqu’ils foulèrent le sol du premier étage.
Apolline avait menti.
Demeurait bien un objet – magique – qu’elle souhaitait posséder, accès de sensibilité à la mignonnerie. Ces lanternes bourdonnantes, effectivement, lui inspiraient une affection inusitée, et elle ne manqua pas d’égarer une tendre caresse sur le dos de celle-ci, non sans un sourire de pure sympathie. Elle n’en avait pas vues à la vente, pour le moment, et préféra, question d’orgueil, ne demander aucune précision à leur sujet.
Elle sentait son naturel de mauvaise cliente réinvestir son corps de fée lutine. S’aventurant vers un coin de l’étage afin d’identifier ce qu’on y présentait, elle eut un sourire de rapace en reconnaissant les formes de philtres. Notamment les aphrodisiaques, tous en reflets et suavités, qu’elle avait décidé, en ce funeste jour, de prendre à parti.

« Oh ! s’écria-t-elle alors. J’ai… horreur des philtres. »

Malgré la lueur implacable qui brillait dans ses yeux, elle reprit, mesurant ses propos – fausse préoccupation :

« Enfin… J’accuse principalement les aphrodisiaques. Je ne tolèrerais jamais d’en être victime… Fabriquer des sentiments, c’est d’un vulgaire… Et si égoïste. » Soupir. « Mais j’y pense… » Ô, jolie goguenardise sur le visage du Caprice. « Parmi vos admiratrices – et admirateurs, peut-être ? – n’y en a-t-il jamais eu qui ait tenté de vous séduire de cette façon ? »

Pouvait-on être sûr de se trouver à l’abri… d’un fou qui voudrait tout incliner en sa faveur, jusqu’à faire des sentiments, qu’on pourrait nourrir à son égard, une fiction devenue réalité ? Bien sûr, Apolline était on-ne-peut-plus au fait de l’aspect « stratégico-politique » de ces contrefacteurs d’Amour, ce qui n’avait fait qu’augmenter son esprit querelleur à leur encontre, mais cette possible mainmise sur l’intimité d’autrui lui semblait pire que tout.
Et ces questionnements, qui sans cesse fleurissaient au seuil de sa bouche, passaient pour une envie instinctive de cerner le propriétaire des lieux. Innocemment, sans mauvais dessein.
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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Mar 27 Oct - 0:06

    Sourire évasif des confidences silencieuses, informulées. Un léger haussement des épaules, l’air de dire « Aaah, qui sait », alors qu’il savait pertinemment qu’il ne duperait personne. Sa réputation de séducteur était bien trop ancrée sur ses épaules pour qu’il puisse la chasser d’un mouvement du poignet, aussi gracieux fût-il. Si au moins il pouvait en donner l’illusion… Il aurait pu prétendre que les demoiselles de céramique avaient chacune leur caractère, qu’elles n’étaient pas toutes d’une jalousie maladive… Mais il ne souhaitait pas chercher ni excuse ni prétexte aux yeux de sa curieuse naïade. D’une certaine façon, il avait l’impression que cela le décrédibiliserait… Et quoi qu’il en soit, le Magicien d’Oz n’a pas besoin de se justifier, n’est-ce pas… ?

    Chuchotis, douceurs d’une brise dans les couloirs de sa boutique. « Hermétique à la Magie » ? Mais non, voyons… Ce serait du pur gâchis et il n’est rien de plus triste que le gaspillage. Et d’ailleurs, nul n’était totalement imperméable à la Magie. Celle-ci savait fort bien user de ses charmes, qu’elle avait divers, et pour autant qu’il sache, chacun pouvait y succomber. Ou plutôt, chacun devait y succomber, tôt ou tard. C’était une sorte de fatalité qu’On lui avait enseigné, un jour… La phrase resta en suspens. Tentait-elle de lui laisser quelqu’espoir ? Cyrus prenait goût à ce petit jeu. Après tout, tant de certitudes d’étanchéité chez une même personne, ce n’était pas courant… Sourire courtois.

    « Certes… Mais il arrive parfois que la Magie séduise une personne à son insu. Et peut-être est-ce là que réside son charme… »

    Ses mots flottaient encore entre eux, passerelle impalpable de fluctuations presque chantonnées, lorsqu’ils repassèrent les portes de l’ascenseur, vide cette fois-ci. Revêtant sa cape de parfait hôte, toujours à l’écoute des désirs de ses invités, Cyrus laissa sa nymphette choisir leur destination… Le premier étage, potions en tous genres... Pourquoi pas ?! Du coin de l’œil, le Magicien nota, avec un sourire indulgent, que les lanternes-lucioles semblaient trouver grâce aux yeux d’Apolline. Dommage qu’elles ne soient pas à vendre… Quoique, peut-être pourrait-il… Hum, il avait le temps d’y réfléchir, n’est-ce pas. Il aviserait en temps voulu… D’ailleurs, ses cogitations de vendeur tiraillé se virent coupées par une exclamation inattendue. Sourire amusé. Naturellement, c’aurait été trop facile, sinon… Elle n’aimait pas les aphrodisiaques… Oh, c’était prévisible, sans doute… La naïade pleine d’assurance et de conviction qu’il escortait avait l’air trop honnête pour avoir jamais envie d’utiliser ce genre de produits… Et elle avait bien raison ! Les aphrodisiaques n’apportaient aucune satisfaction. Quand on était privé du plaisir rare de séduire une personne, de l’attirer par ses propres moyens, éveiller en elle des sensations, quelles qu’elles soient, n’avait plus grand intérêt. Le jeu n’était plus amusant, il n’en valait plus la peine…

    Une autre question incongrue – inattendue, également – voulut obliger Cyrus à sortir du mutisme aimable dans lequel il s’était emmuré – il partageait globalement le point de vue de la jeune femme, alors pourquoi s’embarrasser de paroles inutiles quand il pouvait se contenter d’apprécier le charmant timbre de sa voix – et… La première surprise passée, il sourit, franchement amusé. Avait-il déjà été victime d’un séducteur dépité ? Le Magicien fit mine de réfléchir, laissant ses yeux vagabonder sur les silhouettes de verre enchanté contenant les potions qu’il affectionnait tant.

    « Eh bien… Je ne pense pas, non… »

    Généralement, c’était lui qui séduisait, poussé par ce besoin viscéral de se sentir aimé. Quand une personne ne l’intéressait pas, il savait parfaitement jouer les inaccessibles. Quitte à jeter des boites de chocolat qui avaient le tort de ne pas l’attirer suffisamment. Maintenant qu’il y pensait, les bonbons et autres mignardises étaient tellement simples à trafiquer… De même qu’un parfum pouvait vite vous tourner la tête… Encore heureux qu’il ait été assez distant, dans sa jeunesse – quoique, même à l’heure actuelle, il gardait quelque réserve, dans son extravagance…

    « A moins que ce ne fut à mon insu, bien sûr… »

    Sourire énigmatique, mais pas tant que cela. En quelque sorte, il était presque triste de n’avoir pas eu l’occasion d’expérimenter ce genre de victimisations. En bon créateur, il regrettait toujours les nouvelles expériences avortées, surtout celles qui n’avaient pas le temps d’éclore, étouffées dans l’œuf de l’indifférence inconsciente.

    Comme l’aversion d’Apolline pour les philtres – dont certains pouvaient être utiles, malgré tout – semblait prendre le pas sur sa curiosité, le mieux était encore de rebrousser chemin. De toute évidence, le Magicien ne pourrait rien lui vendre, dans cet étage…

    L’ascenseur referma de nouveau ses portes sur eux deux seulement, cette fois encore. La naïade appuya – avec tant de légèreté ! – sur un autre bouton et ils furent emportés vers une destination inconnue dans un clignotement ininterrompu de couleurs pétillantes. Lorsque l’élévateur s’arrêta, une douce euphorie envahit le cœur chamarré de Cyrus. Il aurait reconnu ce petit brouhaha entre mille. Derrière les portes désormais ouvertes de leur cage de fortune se dressait l’animalerie du cinquième étage dans toute sa splendeur…


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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Dim 1 Nov - 0:06

Comment savoir… ? Il y eut bien une étincelle d’espièglerie dans son regard, lorsque lui revint en mémoire ce très léger détail de conscience. Comment savoir, oui, qu’un sortilège s’était fait l’étau de vos fibres spirituelles ? L’asservissement n’en paraissait que plus cruel, quand bien même il était possible de soupçonner cette soumission chez qui elle s’avérait par trop inaccoutumée… De maigres assurances qui donnaient effectivement l’envie de se tenir loin, très loin de la magie. Et Apolline voulut rire, nerveusement, à l’idée que même ce Magicien ne pût peut-être rien savoir de la présence de bras enchanteurs et rusés. Il ne suffisait pas toujours de se montrer prudent, n’est-ce pas ?
Elle força un sourire, léger malaise dans ses lucidités. N’y avait-il donc, à ce sujet, aucune paranoïa dans le cœur du Créateur ? Après tout, quelle importance… Hochant doucement la tête, elle balaya d’un souffle ces affres curieuses et, sans se soucier qu’on l’entendît ou non, marmotta pour seule réponse :

« Je nous souhaite toute la clairvoyance du monde. »

Juchée sur la cime de l’ironie, Apolline suivit nonchalamment son guide, et choisit au hasard leur prochaine destination, espérant en son for intérieur qu’elle serait inexplorée et digne d’une plus grande attention.
De prime abord, elle ne fut pas déçue.
Des sifflements, des battements d’ailes, des chants de sirène… Et l’impression dissimulée, attisée par un autre, que c’était là le terme du voyage… que l’objectif, bientôt, serait rempli.
… Avait-elle prétendu ne rien acheter ? Ô, tout lui semblait si loin, désormais. La faune merveilleuse excitait les rêves inavoués d’enfant, et son bras, tout contre celui du Magicien, sentit remonter le long de lui un doux frémissement. Apolline eut un sourire d’excitation, le cœur battant mais étouffé par le déni de l’adulte, la crainte de se trahir – trop vite. Pourtant, ses jambes s’agitaient… l’aiguille gracieuse de ses chaussures claquait contre le sol comme des couverts sur une table d’affamés, et elle ne put rester bien longtemps accrochée au Magicien qu’elle finit par abandonner, avec l’insouciance d’une enfant à l’abri de toute culpabilité.

Elle put alors voir les superbes imitations de contrées lointaines ; sous un dôme d’énergie, les volcans miniatures et leurs jets de vapeurs, les lentes coulées de lave, dans laquelle baignaient les petites pattes griffues de dragonnets rouges et oranges, aux narines férocement fumantes ; sur un carroyage de verre, un Orient de lumière auréolé d’étoiles artificielles, parures de robes noires et flottantes dont l’envol ne causait aucun bruit ; entres les hautes herbes, des moelleux acidulés aux zébrures chocolatées, de longs cous destinés à cajoler et embrasser le soyeux des joues mutines ; dans l’onde, quelques drôleries tentaculaires aux petits yeux attentifs soufflaient des bulles éclatantes…
… dans les bocaux, des corps flasques en épousaient les parois et se déroulaient en larges anneaux, flopin-flopant…
… tout bougeait, tout vivait… et cela lui plaisait tellement ainsi qu’elle se serait, maintenant, volontiers donnée à ce genre de sorcellerie – en était-ce seulement ? Elle contemplait en silence la peinture des natures paisibles, lèvres inexorablement poussées à sourire, et même à libérer, parfois, un rire étouffé. Elle fit quelques pas, malicieuse, mains jointes derrière le dos, en déliant lentement les jambes. Par-dessus son épaule, un menton taquin, des yeux rieurs qui embrassaient le Magicien – coup d’œil très bref jeté en arrière, comme pour se rassurer, être navrée, mais de loin, d’avoir succombé au charme des bêtes.
Lorsqu’elle se retourna, une froideur mordit tendrement la trompette de son nez.

Elle ne savait si le Magicien d’Oz s’était amusé à défaire quelques liens, comme elle n’avait nullement remarqué cette créature pousser, pousser, pousser encore contre le mur invisible de sa prison pour la rejoindre, elle, l’incrédule Apolline qu’on n’avait jusque là pu séduire. Et voler doucement à la conquête de son visage, pour y déposer un baiser caressant, y mordre une gouttelette d’eau chimérique, attirée, viscéralement, par sa nature aquatique. Il y avait, derrière, des cataractes scintillantes, le long desquelles ondulaient placidement une dizaine de nimbes verdoyantes chantant aussi bien que l’eau. L’Exquise – l’Exquis ? – venue à elle appartenait à cette ravissante troupe.
Stupeur.
Apolline, lèvres entrouvertes, arc d’étonnement au-dessus des yeux, contemplait avec une adoration naissante le flottement régulier qui s’offrait à elle. Instinctivement, une main s’était levée, pour cueillir la créature fragile en son creux. Si belle. Si délicate. Une merveille.
En conséquence, incapable de la moindre distance, Apolline, prudemment, frôla du bout d’un doigt l’arrondi parfait de l’adorable petite tête, apaisée par la froideur du corps, qui figurait davantage la neutralité que la morsure.
Inutile, selon elle, de chercher à comprendre ce qui lui arrivait. Le phénomène la pénétrait à la façon d’une délicieuse ivresse, se propageait dans ses os, dans les sinuosités de son esprit pourtant si complexe. Mais tout devenait simple. Et on lui chuchotait à l’oreille qu’elle avait accompli sa part du travail. Qu’à l’aide de ce miracle naturel, elle venait de s’accrocher à la boutique de Magie… Mois par mois…
Sourire.
Apolline, trésor dans les bras, rejoignit le Magicien et lui dit :

« Il semble qu’un je-ne-sais-quoi m’ait gardé le meilleur pour la fin. »
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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Mer 4 Nov - 23:28

    Bruissements diffus, murmures persistants. Froissements aériens, soies délicates des ailes avides de grands espaces mais trop longtemps repliées. Chuchotis cristallins des eaux silencieuses serpentant gracieusement, légèrement, entre les rochers – véritables, quoique de petite taille, sinon ils auraient été trop encombrants. Délicats grondements des flammes brûlant, en sourdine, de tout embraser… Qu’elle était délicieuse, cette constante rumeur de la vie. Un éclat de sincérité s’incrusta dans le sourire joyeux du Magicien d’Oz. C’est qu’il l’aimait, cet étage…

    Apolline – ou était-ce plutôt l’un des caprices de son ascenseur ? – les avait conduits au Cinquième. L’étage des Merveilles et des perpétuels Enchantements. L’étage où tous les clients – sauf rares exceptions – redevenaient de mignons petits enfants émerveillés par toutes les adorables créatures qui, plus ou moins curieuses, leur manifestaient un intérêt plus ou moins important. Le Cinquième avait une place toute particulière dans le cœur – soigneusement compartimenté – de Cyrus. Même si, somme toute, chaque parcelle de sa Boutique, aussi infime fût-elle, avait sa petite place et sa dose d’amour paternel. Quoi qu’il en fût, il s’agissait là de l’étage qui avait sa préférence lorsqu’il s’agissait de flâner, lors des jours de grand désœuvrement. Les mignonnes bestioles de l’animalerie avaient le charmant don de le distraire. Et de fort plaisante façon. Et puis, en bon petit garçon qui n’a jamais vraiment grandi, le Magicien se sentait toujours aussi enthousiaste face aux créatures mises en vente. Hum, on trouvait façon plus élégante de présenter la chose, n’est-ce pas… ? Car de la formuler ainsi, il avait presque l’impression d’être un braconnier. Ecœurante sensation… Non, lui, il les achetait à des braconniers. Mais au lieu de les relâcher simplement et de les remettre à la portée de ces odieux personnages qui les chassaient, il offrait un refuge sûr à toutes ces délicieuses magies et leur laissait le choix de leur futur propriétaire. On n’en avait pas vraiment l’impression, au premier abord – et d’ailleurs, lorsqu’un tel cas arrivait, il était étouffé bien rapidement – mais si l’une des créatures de l’animalerie dévoilait un quelconque signe de malaise en présence de la personne qui souhaitait en faire l’acquisition, les charmants enfants qu’étaient les employés d’ Oz’s avaient pour instruction de trouver un prétexte pour annuler la vente. Il fallait les mériter, ces ravissantes bestioles…

    Bouffée de fierté, dans la poitrine du Magicien. La naïade intraitable laissait retomber ses défenses d’étanchéité et, passant lentement sous l’emprise de cette Magie à laquelle elle se disait si « hermétique », elle succombait, à vue d’œil, au charme des créatures enchantées. Sous le sourire paternel de Cyrus. Elle ne tarda pas quitter l’appui – illusoire – de son bras pour aller, presque sautillante, à la découverte de la vie du Cinquième. Restant en retrait, l’hôte arborait une réserve courtoise mais joyeuse – un petit peu trop, peut-être ? Souriant à tout va, il saluait, sans quitter – trop longtemps – son invitée des yeux, les créatures et les enfants, petits et grands, employés ou clients de passage…

    Ce fut alors qu’il accordait une légère caresse à un Souvenir qui s’était approché de lui qu’il l’aperçut. Elle luttait désespérément contre la barrière magique qui la retenait. Tristesse. Allons, chère petite, vous savez pourtant bien que vous ne pouvez rien contre ce charme… Mais la petite continua de pousser. Cyrus fronça imperceptiblement les sourcils. Si elle continuait, elle ne tarderait pas à se blesser et ce serait une tragédie. Il fallait qu’il lui fasse entendre raison… Et puis… Par réflexe, il suivit des yeux la direction de son regard. Oh… ? Ainsi, c’était là ce que Mademoiselle souhaitait… Fort bien ! Sourire aux lèvres, le Magicien prit congé de la petite noiraude aux précieuses plumes et s’en alla allégrement lever la barrière qui scellait la mignonne bleutée. Qui s’envola aussitôt, dans un délicat frémissement d’ailes, rejoindre celle qu’elle voulait tant approcher. Sentiment poignant de satisfaction, réprimé avec peine. Certes, ce n’était pas encore définitivement décidé, mais il pouvait bien se dire… Mission accomplie ? Petite révérence. Sourire de circonstance. Aurait-il assisté à la naissance d’un grand amour… ?

    « En effet… »

    Le meilleur… Apolline n’aurait pas plus mieux tomber, effectivement. Ce qu’elle tenait dans ses bras était sa fierté, le fleuron de sa Boutique.

    « Cette adorable Shivaree semble beaucoup vous apprécier. Tellement qu’elle était prête à briser ses liens d’elle-même juste pour vous voler un baiser… Ai-je tort, très chère ? »

    Et de passer un index recourbé sur l’adorable tête qui s’était tendue vers lui. Bien sûr qu’il lui pardonnait d’avoir failli semer le trouble dans son étage… Pour qu’une créature aussi calme que la douce Shivaree soit attirée de la sorte, il fallait que sa naïade en soit vraiment une… Intéressant… Sourire éblouissant.

    « Maintenant que vous lui avez si généreusement offert une étreinte, il serait dommage de la laisser s’affliger de nouveau dans sa solitude, ne pensez-vous pas… ? »

    Mais non, voyons, Cyrus ne cherchait pas à forcer la main à sa nymphette. Il n’en avait pas vraiment besoin, n’est-ce pas… ?


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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Sam 7 Nov - 19:28

L’Exquise. Ainsi prévoyait-on certaines choses, d’autres un peu moins. Le charme filait inexorablement, perçant ses remparts, pour atteindre l’horizon secret de son garde-fou. Oriel, Oriel, reste où tu es, Apolline ne te permet plus d’être partout. La douce créature le cherchait pourtant derrière ces airs de jeune femme, ayant naturellement détecté le fleuve pers qui coulait doucement sous la peau blanche. Dans le miroitement de ses yeux, trésors uniques en leur genre, un éclat singulier d’ahurissement et de recherche infructueuse : où était donc le geyser d’eau qui devait lui servir d’attraction ? Son petit museau parcourait l’avant-bras avec la légèreté d’un flocon de mousse, embrassait l’imaginaire voulu réalité sans hélas pouvoir y boire. Allons, qu’était-ce ? De l’eau, ça n’avait que la nature insaisissable… et peut-être la fraicheur… le savoureux murmure, également, que la créature seule pouvait entendre. Mais la frustration de n’en pouvoir obtenir davantage lui fit détourner la tête, qu’elle tendit ensuite tendrement vers le Magicien pour recevoir consolation. Le bonheur n’impliquait pas toujours satisfaction… heureuse, la créature qu’on venait de lancer sur la pente des découvertes et secrets, désennuyée pour longtemps, et alors moins affreuse, l’idée de laisser là univers et créateurs à la perspective d’autres temps. Elle ne concevait pas qu’on puisse la reposer entre ses ondoiements d’origine, n’est-ce pas, sembla-t-elle demander en se tournant cette fois vers Apolline ? La jeune femme la regardait. C’était comme si, très lentement, ses doigts avaient desserré leur étreinte pour déposer les armes, dans l’écho d’un chant de victoire. Et son cœur, réchauffé par les paroles du Magicien, gonfla un peu plus dans sa poitrine contre laquelle vivait de l’or. Elle ne releva qu’à peine la réapparition des tendances commerçantes, de même que son orgueil ne la défendait plus ni ne la mettait en garde contre les pièges. Irréparablement séduite, Apolline ne souffrait déjà plus l’ombre d’un doute quand la Superbe crut toutefois utile de l’achever d’un chant de sirène – complainte amoureuse des jours heureux. L’aigu qu'on ne pouvait avoir envie de taire et qui n’oppressait jamais les tempes, y soufflant au contraire de la tendresse et de l’affection comme on y aurait appliqué un baume. Alors incapable d’y échapper, Apolline se consuma en un ravissant sourire qui répondit avec grâce et sans comédie aux nacres éclatantes du Magicien. L’allégresse avait chassé la moquerie de ses joues, et la pudeur s’était elle-même invitée à fleurir sur les soieries obscures de ses cils, afin de dissimuler un tant soit peu l’éclat trop révélateur de ses yeux. Puis manifestement vaincue, elle baissa le menton – hochement de tête avorté.

« Ce serait dommage, oui... »
La créature, en signe d’assentiment, agitait doucement les ailes. Et mirant l’une à travers la transparence bleutée de l’autre, Apolline se sentit une légère somnolence qu’elle balaya d’un pénible battement de paupières. Lointain, le chant ruisselait encore le long de ses oreilles, mais ignorant un instant les mystères, elle poursuivit :
« Alors c’est décidé, je l’emmène avec moi. Vous ne désespériez pas, hein ? »
Les intonations nonchalantes de sa voix se perdirent dans le bouillonnement pittoresque des existences animales. Apolline Driedcrown, finalement, n’avait pas fait exception à la « règle ». Et nul ici ne pouvait savoir qu’elle n’avait jamais compté la faire, aussi cédait-elle la victoire à son guide de bonne grâce… comme elle lui reconnaissait son charme et sa patience, qualités indispensables au commerçant, pour ainsi dire légendaire, qu’il prétendait être. Mais enfin, tout ceci devait rester secret… c’était déjà assez de sourire et d’acheter. Tandis qu’elle taquinait allègrement la crête de sa future acquisition du bout de l’index, elle prenait entièrement conscience que ce serait très vite la fin de son « entrevue » avec le Magicien, et qu’elle n’en avait, professionnellement parlant, pas tiré grand-chose. Prévisible. Il n’était pas attendu d’un tel homme d’affaires qu’il se compromette avec le premier venu, surtout s’il avait à dissimuler d’éventuelles fréquentations condamnables. Puis aucun imprévu n’avait perturbé le dynamisme de la boutique… sauf elle-même. Impossible alors de connaître le véritable fonctionnement d’une équipe et, plus particulièrement, de savoir ce qu’était pour elle un imprévu. Soit : un criminel gagnait-il instantanément de nouvelles mains blanches dès lors qu’il se donnait comme client ? Parce qu’à bien y songer, sans doute était-ce trop facile d’accuser sans cesse l’incompétence des Traqueurs… Et… Oriel, dehors.
Apolline veilla au confort de sa Merveille en la serrant un peu plus contre elle, et poussa un petit soupir de bien-être. Un guichet de caisse se trouvait juste à côté, observa-t-elle après avoir sauvagement plissé les yeux – à l’abri des regards, et pivota en conséquence, ne voulant retarder un instant de plus la transaction – à moi ! Cependant, arrivée devant l’employée, elle se tourna vers le Magicien d’Oz qui l’avait aimablement accompagnée, et sans rien sortir de sa ceinture, l’interrogea :

« Y a-t-il quelque chose à savoir sur les… Shivaree – c’est bien ça ? Elle reprit ses caresses sur le dos de la créature. Comment dois-je la nourrir ? Et combien de temps puis-je espérer la garder ? »
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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Sam 14 Nov - 1:50

    Ultimes délicatesses. Carillons cristallins et fluidités argentées. Le chant de la demoiselle Shivaree s’éleva, divine grâce embrassant les esprits charmés, annulant par sa seule présence les murmures diffus du Cinquième. Et même si ce n’était ni la première, ni la dernière fois qu’il l’entendait, Cyrus se sentit fondre – mais avec dignité et élégance. Fluidité, légèreté... Tant de raffinement dans un seul chant, cela relevait presque du domaine du crime. Instants de ravissement enfantin. C’était pour ce genre de petites – pas si petites ! – choses qu’il aimait tant cet étage et toute la vie qui s’y était nichée. Détails insignifiants pour certains profanes – ignares ! – mais qui, malgré tout, représentaient tant, aux yeux de ceux qui osaient se donner la peine de regarder. Et… Ô Merveille. Bouffée d’orgueil, parure des grands moments. Le Magicien venait de recevoir, précieux présent à conserver jalousement dans l’illustre armoire des inestimables reliques – car heureusement (ou pas), toute chose n’avait pas forcément un prix, en ce bas monde – un sourire. Et non des moindres. Contrairement à ceux qui lui avaient été jusque là accordés, celui-ci avait un air de sincérité qui le rendait… inestimable, justement. Cyrus avait, sous ses yeux ravis, une naïade adorable d’enthousiasme et de franchise. Elle non plus – comme tant d’autres avant elle – n’avait pu résister à l’appel de la petite voix, n’est-ce pas ? Celle qui, du fin fond de son cœur, l’exhortait, la suppliait de céder…

    Et Apolline céda. Dans une infime affirmation, la nymphette trop sûre déposa les armes. Et en guise de réponse, un sourire éclatant d’une satisfaction qu’on ne devinait que trop bien, car bien trop dissimulée. S’il ne désespérait pas ? Ah, qui pouvait savoir… Peut-être que si, au fond de lui-même… Ou plutôt, disons qu’il aurait commencé à désespérer si la jeune femme avait quitté le Cinquième en restant de marbre, toujours juchée sur ses sommets d’intransigeance. Car mis à part la vie végétale du Sixième, il ne voyait plus trop ce qui aurait pu la séduire, dans les contrées encore inexplorées de la Boutique…

    « Le Désespoir serait assez embarrassant, chez Oz’s, alors que nous faisons notre possible pour y offrir du rêve à qui le veut bien… »

    Moyennant quelques piécettes, naturellement. Mais cela, elle le savait déjà… Une petite touche de malice se déposa légèrement, papillon de fard, sur les lèvres du Magicien, tandis qu’il accompagnait courtoisement sa compagne vers la caisse. L’endroit où le rêve prenait une apparence de réalité, sonnante et trébuchante… On ne peut tout avoir, dans la vie, n’est-ce pas… Questions prévisibles de la cliente qui, s’étant finalement résignée à accepter son rôle, se décidait à le jouer convenablement et jusqu’au bout. Sourire affable. Il était à son entière disposition. Il touchait de l’argent pour cela… Le regard de Cyrus effleura un instant la mignonne Shivaree, plein d’une inquiétude toute paternelle. Mais il ne tarda pas à capituler… Il pouvait la laisser partir tranquille…

    « Ma foi, il n’y a pas grand-chose à savoir… Les Shivaree sont des créatures adorables, terriblement affectueuses, comme vous avez dû vous en apercevoir… Ils se nourrissent seuls en se baignant, il vous faudra donc un aquarium… Plus il sera spacieux, mieux la mignonne se portera, cela va de soi ! Et vous pourrez la garder trois à quatre ans… C’est malheureusement une durée de vie bien courte, pour une créature aussi délicieuse… »

    Air de nostalgie rêveuse, juste l’espace d’une seconde. Et… Le sujet sensible…

    « Cela dit, certaines rumeurs courent au sujet des Shivaree… Il paraîtrait que leur colonne vertébrale soit en orichalque. Cela ayant attisé quantité de convoitises malsaines, l’espèce est désormais protégée… Je crains donc que certaines formalités ne vous lient désormais à notre Boutique… »

    Sourire rassurant, regard neutre – un peu insistant, peut-être… ?

    « Oh, mais rien de bien grave, je vous l’assure… Il vous sera juste demandé de passer avec votre demoiselle à certaines dates précises…. » C’est qu’il fallait bien s’assurer de la santé de ces jolies bestioles… Cyrus indiqua la jeune caissière souriante, non loin d’eux. « Mais cette charmante enfant vous l’expliquera plus en détail… »

    Au cas où Apolline – ou n’importe quel autre propriétaire de Shivaree – ne se présenterait pas à la date prévue, avec sa créature, celle-ci reviendrait automatiquement à la Boutique, grâce à un sortilège fort pratique. Les joies de la Magie… On ne pouvait plus s’en passer ! Mais le Magicien ne s’inquiétait pas. Sa naïade viendrait. Elle s’était déjà trop attachée à sa mignonne…

    Un bras dans le dos, Cyrus s’inclina en une profonde révérence, saluant une dernière fois sa cavalière et sa nouvelle compagne. La charmante valse qu’ils avaient partagée s’arrêtait là. Hélas… Depuis qu’il n’était plus obligé de tenir lui-même la caisse, le Magicien d’Oz abandonnait ses clients au moment où ils devaient payer. Mauvaise habitude, sans doute… Il était temps de rejoindre son poste d’observation, à la recherche d’autres âmes perdues à séduire, le cœur empli du souvenir d’une exquise nymphette qu’il n’aurait ni le courage, ni l’inconscience d’oublier… Mais les tristesses douces-amères des longues séparations n’auraient pas à envahir son cœur, n’est-ce pas ? Il n’y avait d’ailleurs pas de place pour eux, sous ses soieries multicolores – entre son amour pour lui-même, sa passion des couleurs et son adoration de l’argent, on était vite à l’étroit, dans l’âme du Magicien. Sourire étincelant. Etait-ce une lueur de sincérité, qu’on y voyait poindre, presque timidement ? Pourquoi pas ?! Laissons donc le commerçant au placard, l’espace d’un instant…

    « Chère Madame, je dois à présent prendre congé… »

    Ecumer les étages de ma Boutique en tentant vainement de vous séduire fut un réel plaisir… Hum… Vainement ? Eclat de rire, au fond de ses prunelles. Eh, il n’avait pas voulu d’une victoire trop facile, après tout…

    « Je vous souhaite une excellente journée et de délicieux moments en compagnie de Miss Shivaree… » A qui il accorda un dernier clin d’œil, ultime complicité.

    « Et… Au plaisir de vous rencontrer de nouveau entre nos vitrines… Peut-être… ? »

    Interrogation souriante, touche d’espoir hésitant qui n’aurait su convaincre le jury le plus candide. Car elle reviendrait, sa naïade. Même si elle ne le souhaitait peut-être pas, la voici liée à Oz’s. Au moins pour les quelques années à venir… Et il serait certainement là pour l’accueillir de nouveau… Sur un dernier adieu – qui n’en était pas vraiment un – Cyrus s’éclipsa.

    Sourire aux lèvres, le Magicien d’Oz alla s’égarer joyeusement dans les couloirs de sa Boutique, en fredonnant un petit air guilleret. Un léger regard, lancé au hasard par une fenêtre qui se trouvait, bienheureusement, sur la trajectoire de ses yeux, l’attira vers les vitres, comme un aimant. Douceurs colorées, charmes scintillants. C’était une bien belle journée, n’est-ce pas… ? Entre les nuages qui embrumaient le ciel, un arc-en-ciel faisait la roue.
    Outrageusement…


[Je te laisse donc clore... x)
Ce fut un plaisir ♥️]


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MessageSujet: Re: Arquant ciel et terre, poursuivons les couleurs ! [Oz ♪] Lun 16 Nov - 14:19

La Mignonne regardait tour à tour les deux entités qui l’entouraient, comme une fillette sage faisait mine de comprendre les conversations des plus grands. Un scintillement permanent vibrait dans son regard, c’était une note de violon oscillante, à sa fin, et pourtant, qui n’en connaissait pas. On en découvrait une réplique, accompagnée d’adoration, dans les grands yeux verts d’Apolline – ne les trouvait-on pas petits et sournois, d’ordinaire ? Il semblait à la jeune femme qu’elle n’aurait jamais à souffrir l’avarice de caresses… puisque des mains promptes à châtier l’étaient souvent tout autant à cajoler. Lente ascension sous un cou d’or bleu, et son attention, petite fée malicieuse, vint de nouveau se percher sur son épaule, pour n’être plus qu’au Magicien.
Adorable, affectueuse, à son grand bonheur : c’était une contagion ! Son sourire parut s’offrir un peu plus lorsqu’elle reconnut définitivement en la créature une comparse de nature. Se nourrir en se baignant… voilà qui donnait à rêver, perspective d’une vie simple, parfaite et saine à Malkins – laisse-moi rire, tu n’es qu’une goutte d’eau trop petite et trop naïve. Mais chassant impitoyablement ces considérations de brute masculine, elle se promit de mettre la main sur un somptueux environnement miniature, afin que l’Adorable se sente au mieux à ses côtés. Et sa misérable longévité – quatre ans, c’était trop peu ! – ne parvint pas à briser les espoirs qui appuyaient un tel investissement. L’idée d’opter pour la négligence sous prétexte que certaines choses n’en valaient pas la peine lui nouait le ventre avec une énorme chaîne, aux maillons de déception, d’agacement et d’incompréhension.

« C’est dommage, souffla-t-elle… Mais je suppose que nous trouverons de quoi embellir au maximum cette vie trop courte, n’est-ce pas ? »
Petite caresse. Un soupçon de mélancolie l’atteignit, elle aussi, ombrant ses petites hauteurs qui se donnaient pourtant l’air de montagnes impossibles à gravir. Elle trébucha en songeant qu’il était difficile de se figurer un corps inerte lorsqu’il s’agissait d’une si jolie créature… Mais se rattrapa, consciente de sa tristesse prématurée qui lui murmurait de funestes pensées au sujet d’une source d’émerveillement à peine connue. Ce n’était pas le moment de se perdre.

« Des formalités ? Écoute… Bien sûr, je comprends. »

L’heure de gloire, l’emboitement parfait des pièces. Le triomphe qui délogeait l’ombre des succès perdus. Apolline hocha la tête après avoir jeté un bref coup d’œil à l’employée, sourit faiblement au Magicien que la désuétude de telles manières ne touchait décidément pas. Ainsi s’éclipsait-on quand le tintement ravageur des pièces s’annonçait, niant le malaise insidieux – mais enfin, tout n’est pas une affaire d’argent. La jeune femme ne lui en tint pas rigueur, bien au contraire. Elle devina ses sourires, les lui rendit avec plus ou moins de générosité en plissant tendrement les yeux, et comme l’ensemble lui semblait trop doux, elle lui rappela cette note taquine qui était de mise dans leur jeu :

« Peut-être. »
L’Adorable laissa filer quelques bruissements d’écume, pour dire au Magicien combien elle l’aimait, et Apolline, résistant à contrecœur, conclut :
« Bonne journée. Je vous souhaite quant à moi bien d’autres clients obstinés. Alors bon courage. »
Elle le regarda partir, non sans quelque jubilation intérieure. Seulement, elle n’en savait plus trop la véritable raison. Sans inquiétude, elle se dirigea vers le guichet de caisse, salua l’employée, lui demanda :
« J’aimerais savoir… Quel âge a-t-elle ? »
On lui sourit.
« Regardez, dit l’enfant. On peut connaître approximativement l’âge des Shivaree à la taille du bout de leurs pattes : plus c’est épais, plus la créature est âgée. Celle-ci est donc encore jeune… je dirais sept mois, tout au plus. » C’était en réalité pour indiquer qu’elle avait en tout cas moins d’un an, et qu’Apolline n’y perdait pas trop.
Elle acquiesça, on lui sourit à nouveau.
« Il vous faudra repasser dans un mois. L’enfant lui tendit une petite carte, tamponnée d’une adresse et d’un numéro de téléphone, sur laquelle elle écrivit la date du contrôle. N’oubliez surtout pas de vous présenter, à n’importe quel guichet. Autrement vous perdrez votre Shivaree, et la boutique ne rembourse pas les négligences de ses clients. Si vous avez un empêchement, appelez-nous. Un seul ajournement est possible, j’espère que vous comprenez.
Oui, oui, naturellement, agréa la jeune femme. Combien est-ce que je vous dois ?
Ça fera sept cents yubas, je vous prie. Je vous donne également un sac qui contient les différents catalogues des produits vendus par Oz’s. Vous y trouverez notamment les aquariums qui conviennent aux Shivaree. N’hésitez pas à le feuilleter et à nous appeler si l’un d’eux vous intéresse. Sachez que nous livrons à domicile. Autrement, vous pouvez simplement repasser. Maladresses d’une employée heureuse de remplir sa tâche.
Je vous remercie, dit Apolline, avant de sortir de sa ceinture sept colliers de piécettes trouées. »


Ainsi allaient les affaires.
Sur la route des fausses identités, ce grand aquarium, on le lui avait livré, et la douce Shivaree, qu’elle n’avait pas encore nommée, put rapidement reprendre le rythme de ses bains nourrissants. Et découvrir enfin qui l’avait véritablement capturée.

Oriel, l’homme avait passé les jours suivants à étudier les dossiers concernant ces commerçants qui ne juraient que par leur métier, sans se soucier de ceux qui entraient dans leur toile, pourvu qu’ils en ressortent les mains pleines.
Il rouspéta, las de ces gens, las de n’avoir pas d’occasion de tous les compromettre ensemble. Alors, comme au premier jour, on lui mordit amoureusement le nez, et il sourit à l’Adorable, lâchant mollement ses dossiers.

« Bah quoi ? T’as pas encore abandonné, p’tite tête, nargua-t-il en la caressant entre les deux ailes ? »
C’est qu’elle prétendait pouvoir l’attraper ! Mignonne.
Oriel, tout en s’étirant, se redressa avec des soupirs de vieillard fatigué. Il resta planté là un petit instant, considérant sa jolie créature comme si c’était pour elle perdu d’avance. Et après une dernière narquoiserie, il se mit à rire. Un rire qui éclata en un millier de gouttelettes, qui elles-mêmes se rassemblèrent et partirent à la conquête des couloirs, laissant là une Adorable retardataire. Toujours pareil. En chantant désespérément, elle partit à la poursuite de la seule eau qu’elle ne pouvait boire, jusque dans la chambre d’une petite merveille qu’elle avait tout de suite aimée.
Meen, assise en tailleur sur son lit pendant que son père jouait à l’imbécile en caracolant le long des murs, se mit à sourire et marmotta :

« Maman m’a dit qu’elle l’appellerait bien Meryl. Parce que chacun de ses échecs semble la stimuler… » L’Adorable, en effet, n’avait encore jamais relâché ses efforts, espérant un jour tournoyer autour de la superbe fontaine cristallisée. Qui se matérialisa, et se prit un autre baiser cogneur sur le nez.
« Eh bah, va pour Meryl ! »

[Clos ^^
Merci beaucoup ♥️]
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