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Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère

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MessageSujet: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Ven 2 Oct - 22:38


Une surface grise et molle, que la matière fuyait par pans, dont les contours déjà adoptaient un flou non-artistique ; des traits tordus qui fondaient sous les doigts comme une peau lépreuse ; des creux et des bosses, collants, pressés en une même masse. Un masque de carton-pâte, à la grimace humide. Dune se gratta la joue, un bout lui en resta sous l'ongle.

Dans les rues sombres de Woollyland elle se sentait bien moins à l'aise que sous les cieux plus cléments des autres villes, malgré tout ce qu'elle pouvait en dire, et l'atmosphère aussi glauque que menaçante, si elle n'occasionnait chez elle nulle angoisse – sentiment qui eût pourtant été parfaitement raisonné –, lui donnait l'envie voire le besoin de se protéger d'une manière ou d'une autre des fantômes que les vents des ruelles faisaient courir sur son cou exposé. Bêtes souffles naturels, fantasmes vampiriques ou réelles présences ? Elle n'en avait jamais rien su et se satisfaisait très bien, pour une fois, de son ignorance. Dans le doute, foulards et hauts cols lui semblaient vivement conseillés, odieuse entrave à ses habitudes vestimentaires qu'elle s'accordait néanmoins de bonne grâce ... Et pour chasser au mieux les démons, un visage artificiel à faire gondoler sur le sien propre.

C'était un vieux masque ... Un de ceux qu'elle avait utilisé le plus souvent, qui n'était pourtant pas des plus réussis, et pas non plus des plus solides. Mais justement à cause ou grâce à ces défauts, il avait perdu au fil du temps toutes ses couleurs et la précision de ses traits, jusqu'à ce que n'en demeure plus qu'une sensation nuageuse, ovale ramolli épousant toujours aussi parfaitement la forme du visage. Ce matin il avait plu, et l'averse s'y était infiltrée, insidieuse, le rendant plus mou et plus suintant que d'habitude, semblable à du papier mâché. Mâché sévèrement. Il était unique et pourtant banal, dérangeant comme quelconque, sans intérêt apparent. Pour sa propriétaire néanmoins il en présentait un majeur : lui permettre de se fondre dans la foule avec la souplesse d'une ombre, cachée derrière cette grisaille pâteuse. Oh ! bien sûr, pas toutes les foules ; il n'était pas si commun de se promener masqué en communauté ; mais celle qui habitait les entrailles de la ville cotonneuse était connue pour cette tendance. À force, Dune avait fini par le porter même au delà des bas-fonds, et la plupart des passants, songeant sans doute qu'elle s'y rendait, ne s'en étonnaient pas.

La matinée était passée, dodelinant doucement, et le masque avait dû finir par imprimer sa marque sur le front et les joues de la fillette en dessous, à force de sueur et de pluie. Elle ne l'ôta pas pour autant, malgré le désert qu'étaient – inexplicablement – les rues en ce début d'après-midi, et c'est de sous la brume des fentes qui lui servaient présentement d'orifices oculaires qu'elle distingua, à un croisement, un reflet jaunâtre qui attira son attention. L'écriture était belle – du moins d'une esthétique qui la touchait à elle, aux goûts particuliers – et l'avis l'interpela immédiatement. Elle n'en comprit pas tout, il lui fallait bien l'admettre, et certains mots demeurèrent plus obscures qu'un fond de lac en hiver, mais il lui sembla percevoir l'essentiel ... Et au bout d'une dizaine de minutes d'intense réflexion devant l'étrange formulation, le temps d'être bien certaine de ce qu'impliquaient ces mots tordus, un cri suraigu déchira le silence menaçant de Woollyland.

    « Yahouuu !! »

Elle avait besoin de travail. La Chenille ... emblème de la Muse Galante, dont elle avait tant de fois entendu parler sans jamais oser s'y aventurer – pas de crainte, enfin ! plutôt un respect religieux, et peut-être à la fois un désintérêt pour ces fumées dont elle ignorait encore les vertus, leur préférant des drogues plus courantes, plus 'en vogue'. Et pourtant le nom de la Muse Galante avait de nombreuses fois glissé sur ses oreilles, les titillant et s'y logeant pendant des heures, car associé à quelques rumeurs floues d'étrangeté. Chaque fois, elle oubliait. Mais aujourd'hui, puisque l'occasion lui était proposée d'y plonger et même de s'y intégrer comme une petite volute indépendante, sa mémoire saurait s'accrocher à cette superbe idée. Elle s'y voyait déjà : portée par le tourbillon d'une fumée à la fraise, amener sur un plateau d'or et d'argent des alambics alambiqués et autres ustensiles mystérieux dont elle seule, évidemment, connaitrait le secret fonctionnement ... Se gorger des odeurs célestes, sucrées et tendres, dans lesquelles elle baignerait désormais continuellement, contempler les yeux fous et adorateurs des clients soumis aux effets des produits, profiter de l'état second de jolies habituées pour leur mettre la main aux fesses, les séduire quand elles reviendraient à elles ...

Enfin ... Il faudrait voir.

Après avoir distraitement remonté son masque que ses tremblements d'excitation avaient fait glisser sur son menton, une petite boule de joie se mit en route, sautillant gaiment sur les pavés luisants, silhouette au visage gris chantant (faux) dans l'air épais et frissonnant. Pensé plus de cinq minutes, un projet chez elle était déjà définitif. Pourquoi attendre ?

Et quand la vieille bâtisse, de l'extérieur de laquelle elle avait souvent humé les odeurs indéchiffrables en passant, se dressa dans toute sa poussiéreuse sensualité, Dune sentit son petit cœur se mettre à battre follement – charmé sans doute par le mystère ondulant de la jeune Muse qui tenait si majestueusement le seuil. Timidement elle le franchit – savourez donc, une Dune timide ne dure pas ! – et, titubant un instant sous le choc brumeux qui s'abattit sur elle, pénétra enfin dans cette antre intimiste. Il lui semblait presque avoir rejoint un océan, d'une autre sorte que celui dans lequel elle nageait habituellement mais non moins étourdissant, dont les vagues caressaient l'air en infinies arabesques bleutées. Au bout de quelques pas elle put apercevoir, embrassant le comptoir, la même affiche que celle qui l'avait menée là. Elle ne s'était donc pas trompée. Non loin elle crut voir une silhouette, mais tout était trop flou : peu habitués à la fumée, ses yeux la piquaient, et sa vision déjà peu claire s'embrumait davantage, ne lui laissant plus distinguer grand chose à travers les fines fentes qui constituaient son monde. Elle n'avait pas ôté son masque.

Ignorant si elle s'adressait à la Chenille elle-même, à un employé, un client ou bien une ombre imaginaire, elle tenta sa chance et lança, d'une voix voulue guillerette mais légèrement brisée par un silence prolongé qui avait serré les cordes vocales d'appréhension :

    « Bonjour ... Je viens pour l'annonce ! »

Et elle eut beau sourire, la grisaille de son visage supérieur demeura figée et grimaçante.



Dernière édition par Dune Aracus le Sam 24 Oct - 13:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Mar 6 Oct - 14:58



C’était toujours la même histoire d’excès inverses, tirés à bout portant. La chenille s’était perdue, ce matin, le museau dans les comptes, prête à quantifier les lots perdus et les impondérables. On avait beau dire, le commerce ne lui réussissait pas toujours. Il avait conservé bien peu de choses de son monde … Sinon cette fâcheuse habitude de considérer l’argent avec un peu trop de légèreté. Si bien qu’il se demandait parfois, à l’instar de ses clients les plus sérieux, et les moins comptables, comment la Muse Galante se maintenait, dans ses fumées. Mais après tout, les choses allaient, et la vie … La chenille retint un bâillement, et salua quelques clients fantômes qui passaient, par hasard … On ne savait jamais trop d’où ils venaient, et où ils retourneraient, après s’être offerts quelques instants d’ivresse. Et au fond, ça n’avait pas grande importance : avait-il à le savoir ? C’était aussi pour ça que se bousculaient à la porte des profils si divers et des idéaux si variés. Et il n’était pas rare de voir des regards se croiser, une seconde à peine, avant de fuir vers les horizons manquants, faute de vouloir se reconnaître. La Muse Galante était un lieu de perdition, et ce genre de choses se vivait en solitaire. Pour ceux qui craignaient les murmures du silence, il y avait toujours les insinuations candides de Fréneuse, qui passait d’une couche à l’autre, ondulant doucement dans une danse grotesque.

Un bruit de verre brisé. La chenille releva la tête et chercha du regard les quelques maladresses qui s’étaient faites entendre. Il avait besoin d’autres ombres, aux paupières baissées, d’autres jeunes innocents aux espoirs liminaires. Il sortit de son cocon, jetant un œil à l’affiche, déjà jaunie par les fumées, qu’il avait collée là, et ailleurs, au gré de ses promenades, et selon les inspirations du moment. Il s’était demandé, lissant ses cheveux trop clairs, s’il ne prenait pas là un risque – et l’idée le faisait rire. Tout le monde connaissait la Chenille, de nom : il avait su revêtir son vieux nom éteint des lueurs nouvelles d’une légende urbaine. Mais il n’était pas dit que les éventuels intéressés sachent vraiment … Où le trouver. Mais Fréneuse eut un geste évasif, laissant ses doigts fleuris s’exprimer à sa place – Trouvera qui trouvera. Et puis il n’était qu’un ouvreur de portes, un passeur vespéral !

Alors que les premiers plateaux circulaient, chorégraphie lointaine de promesses inavouées, Fréneuse se mit à arpenter les allées de la grand’salle, son chapeau bien dressé sur sa tête, comme une unique et grotesque antenne. Dans ses mains tremblantes, un thé aux arômes menthe poivré, et qui lui murmurait d’oublier ses amertumes. Des effluves espiègles venaient lui chatouiller l’esprit : là c’était les révélations hallucinées d’un Apollon Pythien, là, le tendre amour des choses – souvenir mélancolique de celui qui aimait ce qui est beau – et là, le rire étrange des enthousiasmes d’un jour. Fumées mensongères, bonheur tout prêt, à vous vendre, à vous offrir, selon la largeur de votre sourire. A voir tous ces corps étendus, Fréneuse retint une question qui faisait la bascule, en travers de sa gorge : n’était-il pas qu’un geôlier ? Quelqu’un eut l’obligeance de le distraire de cette pensée, en lui tirant doucement la manche, geste enfantin … Et insistant. C’était un jeune homme, les poches rapiécées, paletot irréel, et regard voilé.


- Plait-il ? Que puis-je faire pour vous ?

Le jeune homme sembla hésiter, baissa les yeux, tandis que le regard de la chenille courait tout autour de lui.

- Laissez-moi deviner. Souhaiteriez-vous un mélange nouveau, pour aiguiser vos syndromes ? Et ce, sans bourse délier … ?

L’intéressé se récria, et présenta quelques misérables pièces, ramassées dans la boue, vieux fonds de poche qu’on vous jetait sans daigner vous voir, et vols bénins, pour s’acheter de quoi … Tout ça pour ne pas vivre, quelques instants, n'est-ce pas ? Fréneuse eut un hochement de tête entendu, forme d’excuse muette, et fila à son comptoir. Il fouilla dans ses tiroirs, fit crisser ses ardoises, rassemblant des essences de fleurs, et des soupirs de feuilles séchées. Perdu dans ses miscellanées, il joua un instant son rôle de bon génie, avec son sourire à malice et ses inspirations malheureuses. Et, flanquant une calotte à ses velléités mal-pensantes, il apporta de lui-même un peu de considération et quelques herbes aromatisées à celui qui attendait, nerveusement, recroquevillé dans son fauteuil. D’un air amusé d’on ne sait quoi, il lui expliqua doucement les gestes à faire, saupoudrant le tout de quelques considérations immatérielles, propres à être entendues, et jamais comprises. Synovie de ses amours trop endigués.

- Prenez bien garde cependant à ne point trop chauffer votre pâte. Mes luminescences ont mauvais caractère … Ce que je vous offre, ce soir ? Allez savoir, rien de bien méchant. Savez-vous que je pense bientôt proposer quelques boissons douces, pour accompagner mes fumées ? Ce sera tout aussi bien : et vous vous piquerez toujours la truffe à plus hérissé que vous !

C’était dit comme le résultat heureux d’une recette de cuisine. Soit. Il laissa le jeune homme inhaler ses problèmes, s’éloignant doucement, avec la grâce folle d’un luminaire astral. Ainsi va le monde, qu’à vau-l’eau il se casse ... Et puis, entre les brumes, ce fut une voix – juvénile, titubante - mais pas assez. Un visage nouveau à poser parmi ses collections de Lettres Mortes, et des histoires d’annonces et de propositions d'avenir. Fréneuse s’avança, en catimini – rampements des chenilles sont discrétion, quoique sans élégance. Cette personne, qu’il ne voyait que de dos, avait pris la peine de saluer son ombre, vieux pardessus rapiécé qu’il avait déposé en vitesse avant de s’atteler à ses machineries. Et c’était la marque d’une politesse bien trop rare, de nos jours … Alors, après avoir donné une pichenette à ses non-consciences, la chenille ouvrit la bouche, décidée à accueillir cette nouvelle-venue sur son territoire enfumé. D’un bond, il fut devant elle, ployant tel une trop grande fleur – ironie passagère de la grande aristoloche.

- Bien le bonjour, demoiselle. Vous êtes donc de ceux qui ne se perdent pas en chemin ! Est-ce le hasard, l’envie, votre fantaisie du jour qui vous ont menée jusqu’ici ? A moins que ce ne soit un peu tout à la fois …

Il considéra avec curiosité le visage blafard et presque sans forme qui s’offrait à ses yeux. Un étrange air pleural, dans l’air un peu mâché ravivé de ce regard plein d’éclat. Et cette blancheur étrangement soulignée d’un sourire, un peu figé, mais néanmoins … La chenille recula jusqu’à son comptoir et y prit place, trônant derrière ses guenilles, figurant un roi de farce, et ses attributs de carton.

- Approchez-vous un peu, je vous prie. Je tiendrais d’abord à vous remercier pour l’obligeance que vous avez eue à l’égard de ce vieux porte-manteau. Bien peu ont cette amabilité pour les objets morts … Ensuite, nous …

Il s’interrompit en voyant le jeune homme aux semelles de vent courir vers la sortie, en agitant les bras. Soupira, l’air presque complice, et un peu revenu de tout. Turban et babouches en devenir, en vieux souverain d’histoires imaginaires, qui avait à gouverner des sujets trop colorés pour lui.

- Ah, c’est bien dommage … Rassurez-vous, ça n’est pas grand-chose. Mais la poudre d’asperge donne toujours cette agitation extrême, qu’il serait heureux de limiter un peu … Vous comprenez, pour la tranquillité du lieu … Mais je m’égare … Pourquoi tenter les déliquescences de la Muse Galante ? Vous sentez-vous quelque sensibilité pour les révélations des inter-mondes ?

Il souhaitait connaître un peu plus le regard brillant de cette demoiselle, venue d’on ne sait où – et l’accueillir, grand seigneur, dans ces spirales hors du temps, en lui présentant ses bonnes grâces, et ses manières apprêtées. A commencer par ce sourire, béant, qui semblait celui d’un masque de Carnaval.

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mr. tout-le-monde... ou pas !
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Mer 7 Oct - 18:28


Ce jour-là, Dune fit la rencontre le l'être qui sut recevoir, de manière aussi immédiate que complètement injustifiée, sa plus grande admiration et son plus profond respect. Surgi des fumées comme un fantôme, entité bienveillante plutôt qu'esprit malin, il gagna dés cet instant une dimension mystique à ses yeux, qu'il ne devrait sans doute jamais perdre par la suite. Surtout lorsqu'il ouvrit la bouche et que s'en déversa un flot incompréhensible qui lui fit tourner la tête ... Presque au sens propre : elle cligna trois fois des yeux, vacilla un instant et dut frotter durement le sol du talon pour s'y rétablir efficacement ; mais c'était surtout là un effet de sa surprise et de son absence momentanée de vision claire.

Dune n'était jamais soumise et ne tolérait pas qu'on lui ordonnât quoi que ce fût – raison pour laquelle elle ne gardait généralement pas de travail plus de quelques jours, ayant souvent dés les premières heures usé toute la patience et la bonté de ses employeurs ... Elle aimait donner son avis, même et surtout quand celui-ci n'était pas demandé. Mais aujourd'hui, elle se sentait prête à faire un effort – chose exceptionnel qui ne devait pas arriver plus d'une fois par décennie – et ne se permit donc pas le moindre bruit ni mouvement dérangeant lorsque les yeux de son peut-être-futur-patron la chatouillèrent jusque sous son masque, réflexe qu'elle avait pourtant acquis avec un naturel affolant, meilleure façon de combattre le stress des entretiens d'embauche qu'elle n'osait admettre (meilleure façon également de perdre le job d'avance, certes, mais il ne fallait pas trop en demander, non plus). C'était que la chenille, étrangement, ne lui causait nul malaise ... Il semblait de ces gens un peu fous qui, perdus dans un monde qui leur est propre, ne distinguent plus les autres comme leurs semblables humains, mais comme des morceaux de ce rêve – morceaux mouvants et parlants, certes, mais au même titre que des végétaux dans le vent, que le sifflement des théières. Elle ne sentait pas de jugement dans son ton, pas de moquerie, juste une interaction platonique et polie. Comment s'en vexer ?

Dans le brouillard tamisé qui enveloppait ses sens, elle ne répondit pas à une question qui lui semblait parfaitement rhétorique – quoiqu'elle ne connût probablement pas le mot – et se laissa porter par les mouvements ondulants de cette silhouette qu'elle ne distinguait même pas encore parfaitement. En se retournant, un dernier coup d'œil au porte-manteaux qu'elle n'arrivait toujours pas, même en se concentrant, à différencier d'un corps majestueusement immobile ... Un petit sourire et un léger rosissement des joues, fort heureusement invisible. La réalisation de la stupidité d'un tel comportement ne lui parviendrait que plus tard, bien plus tard ; pour l'instant elle se trouvait sous l'influence du lieu, de ses fumées, qui sait ? et de la logique déstabilisante de son propriétaire.

    « De l'asperge, ça alors ! minauda-t-elle avec un ton aussi faux que son intérêt était pourtant réel. C'est fou ! »

La triste vérité, elle n'aurait voulu l'admettre pour rien au monde : mais elle n'avait pas la moindre idée de ce pouvait bien être une asperge. Son manque de connaissance en botanique, sans doute, et puis les ingrédients de ces divines préparations devaient tous provenir de contrées inconnues et (très) éloignées, et par conséquent ne pas être connus du commun des mortels. Elle tenta de parer à son absence de culture par un hochement de tête compréhensif, tout en suivant des yeux la guêpe folle qu'elle crut voir filer non loin, ayant apparemment fait consommation excessive d'asp-chose. Il lui fallut un temps de flottement avant de comprendre que la dernière phrase, qui lui avait semblé aussi volatile que ses prédécesseurs, avait en vérité pris l'apparence d'une question. Dont elle ne comprit pas un traitre mot. Mais – toujours – sourire et faire semblant.

    « Oh ! Euh ... Oui, je suis très sensible. Aux inter ... À tout ! Aux porte-manteaux et aux asperches. Les gens ne sont pas assez sensibles. Hein ? Moi je le suis. »

Elle retira prestement son masque, dévoilant avec grâce et désinvolture la rondeur de son minois, comme si ç'eût été la dernière preuve, indiscutable, de ses infinies capacités. Sa vision se fit soudain plus claire, et elle comprit que ce qui l'avait jusque là obstruée n'était autre qu'un mince filet de vernis détrempé ayant coulé du large front gris, et non pas seulement la lourdeur des fumées. La Muse Galante, qu'elle put enfin dévisager à loisir de l'intérieur, lui sembla presque plus mystérieuse que tous les minces aperçus qu'elle avait pu avoir pendant des années. Quant à la Chenille elle-même ... Un sourire. C'est tout ce qu'elle parvint à percevoir, du moins tout ce qu'elle put retenir. Trop petite peut-être pour distinguer plus haut, ou trop fascinée par les mots étranges, danseurs indépendants, qui en sortaient ...

    « J'ai vraiment besoin de travailler, et j'adore ce que vous faites, je veux travailler ici ! Je sais porter des plateaux ... Il n'y a pas besoin de plus, si ? Pourquoi aurait-on besoin de plus, dans la vie, que savoir porter des plateaux ? »

Elle s'égarait ... Un reniflement, un geste vif de la main, comme pour chasser une idée sotte – enfin, une parmi les millions qui l'habitaient.

    « Et puis j'apprends vite. »

Tentant vainement de se plonger dans ces yeux qu'elle n'arrivait pas à saisir – trop hauts, encore ? trop ... loin ? – son propre regard se fit humide, tendre, suppliant comme elle savait si bien y jouer. Elle se sentait stupide, et elle détestait ça, mais malgré tous ses efforts elle ne parvenait pas à chasser le fol espoir qui l'habitait encore, étroitement enlacé – étouffé – par sa raison qui lui hurlait à pleins poumons : Petite sotte ! Bonne à rien ! Tu crois encore qu'on va vouloir de toi ? Imbécile ! Et son sourire lui faisait mal, à force de montrer les dents.



Dernière édition par Dune Aracus le Sam 24 Oct - 13:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Mar 13 Oct - 20:37


Elle était petite, la demoiselle, mais elle jouait bien son rôle. L’air ingénu, l’espièglerie douce, l’étonnement naïf et beau … Tout s’imaginait si bien, sur ce blanc visage, quand on l’entendait parler ! Elle mimait, minaudière, lui offrant spectacle, à son tour. Fréneuse, dans son étrange bienveillance, salua la sympathie qu’elle lui inspirait, un peu. Noua ses mains chargées d’or vieilli, calligraphiées de cicatrices, avec la drôle d’impression de jouer un impresario d’absurde. Était-ce une audition ? - Peut-être bien en vérité, il fallait juste que cela ne se sache pas … En terme d’enrôlement, on ne connaissait pas très bien les critères d’appréciation de la chenille – les connaissait-elle elle-même ? Tout ce que Fréneuse savait, c’était qu’il avait besoin de délicatesses discrètes, ou de folies douces, pour peupler ses familières fumées. Des danseurs et danseuses d’impossible à voir évoluer, en restant dissimulé dans l’ombre des rideaux, depuis les coulisses, à suivre leurs gracilités … D’une seule et unique bougie. Qu’il y eût quelques contradictions entre ses vœux pieux et les diktats d’une réalité trop peu conciliante, Fréneuse ne s’en souciait pas trop, et s’en offusquait encore moins. Tout cela n’était qu’une obscure affaire de sympathies – ma chère, voudriez-vous que nous souffrions ensemble ? – et de subjectivité délirante. Et observant la jeune fille, le papillon se demanda s’il n’allait pas courir humer une deuxième fois les vapeurs de l’Apollon pythien, avant de prendre ses décisions. C’était cela, de se sentir parfois d’humeur un peu prophète … L’écoutant, il caressa doucement Tiphaine, dernier vestige de ses impuissances.

« Oh ! Euh ... Oui, je suis très sensible. Aux inter ... À tout ! Aux porte-manteaux et aux asperches. Les gens ne sont pas assez sensibles. Hein ? Moi je le suis. »

- Aux inter dites-vous … Vous devriez être sensible aux interpoles, internements ancillaires, aux interruptions impromptues, coupures de courant du monde. Sans oublier les interventions de dernière minute, et le piétinement de quelques interdits séduisants.

Il darda sur elle, une seule seconde, son regard sombre, qu’il dévoilait si rarement. Puis se radoucit, tout aussitôt, dissimulant son âme derrière un sourire. Ne releva pas les étrangetés phonétiques qui résonnaient encore un peu. Question d'empêchements linguistiques, sans doute.

- Mais enfin, il est vrai que vous n’êtes pas le frère-chapeau des nécessités.

C’est là qu’un nouveau visage se substitua à la première absence. Aux facilités imaginatives du premier masque succédait les traits plus marqués d’un vrai visage, et de son arrondi juvénile. Tiphaine éternua, dans sa verdeur heureuse, et la chenille suspendit son geste. Se faisant, elle étouffa un ricanement heureux, et se précipita vers quelques tiroirs, y recueillant à pleines poignées des pétales séchés, morts dans l’ambre et la pâte d’opium. Poudres, pommades, herbacées … Fréneuse était l’apothicaire des âmes. Puis, livrant une invention nouvelle, déposée délicatement sur un plateau de bois verni, il s’extirpa de son comptoir comme d’un cocon trop étroit, frôlant au passage la menace d’une escopette à crochet. Lorsqu’il frôla la jeune fille, quelques pétales égarés voletèrent entre eux. Le suivait-elle même du regard ? La question lui échappa – qu’on le laisse chorégraphier ses oublis, et demeurer dans l’insaisissable.

« J'ai vraiment besoin de travailler, et j'adore ce que vous faites, je veux travailler ici ! Je sais porter des plateaux ... Il n'y a pas besoin de plus, si ? Pourquoi aurait-on besoin de plus, dans la vie, que savoir porter des plateaux ? »

- Devriez-vous l’aimer ? Je ne sais si j’ai besoin de plus, si l’on … Sachez toujours, je vous dis cela comme en passant, que les jeunes acousmates qui arrivent ici ne savent souvent pas grand-chose de la vie des lieux. Je puis cependant …

« Et puis j'apprends vite. »

- Leur apprendre les us et coutumes de la Muse Galante, et du pays brumeux. Au fil des jours.

Elle levait les yeux vers lui, premier rang mal placé qui doit se tordre littéralement vers une scène trop haute. C’est là qu’il ploya doucement, sous le poids des nécessités – le spectacle avant tout ; qu’était la vie, si l’on ne pouvait mésinterpréter ses soupirs ? Puis la chenille ôta son grand chapeau – celui qui perdait toutes ses couleurs, et le déposa avec une infinie délicatesse à côté de son interlocutrice. Jaugea, l’air intéressé d’un entomologiste endormi. Que savons-nous des grâces de nos semblables ?

- Vous me semblez bien jeune. Puis-je décemment … ?

Il hésita, fronça le nez, pencha la tête. Mise en scène parfaite d’une hésitation déplacée. Justement, Fréneuse esquissa un pas, ou deux – de gargouillade. Avant de reprendre, d’un air presque sérieux.

- Vous mesurez deux chapeaux et demi.

L’intéressée remua un peu – était-ce une moue boudeuse que la chenille voyait fleurir sur ce visage ? Ne sachant s’il devait continuer à jouer de ses obsessions déchirées, sans ajouter un mot, ou livrer à cette inconnue le secret qui habitait son vieux couvre-chef, il libéra le flot impétueux de ses idées avortées. Le temps qu’une réponse lui vienne, comme par hasard. C’était le balbutiement incessant de son démon fluctuant, qui mangeait un peu plus chaque jour ses lambeaux de conscience raisonnée. Celui qui lui susurrait, parfois, ces envies fanées et ces désirs de cendre. S’écouter, chaque soir, et suivre ses touchantes divagations, sous la Lune. Puis, distraitement, Fréneuse ajouta :

- Ça n’est pas vexant, d’ailleurs … L’on aime dire, parfois, que mon chapeau est infini. Alors deux fois et demi l’infini, en fait, c’est très grand …

Silence fleuri. Dans leur dos, la Muse Galante tremblait doucement, bercée des rêves de ses clients. Tous, enrubannés de brume, semblaient avoir disparu. Et le fumoir pouvait ainsi s’endormir, dans ses poussières, enrobant d’irréel ces deux silhouettes mal assorties. Suivant ses tropismes, Fréneuse s’éclipsait déjà, papillonnant de songes en tiroirs, de bêtises en obligations.

- En vérité, ma seule question sera celle-ci : souhaitez-vous réellement vous égarer par ici ? Je dis bien vous égarer, voyez-vous, car si l’on atterrit à la Muse Galante, c’est généralement que l’on ne sait pas trop où l’on va. Ou qu’on le sait trop bien – certaines certitudes sont si douteuses. Et, pour en venir au fait ... Je me demandais, moi qui ne vous ai jamais vue encore ici … Savez-vous tenir tête aux suggestions des fumées ?

Il jeta un coup d’œil, tentation bienheureuse, vers le plateau qu’il avait laissé là, à côté du petit cactus au sourire endormi. Ses yeux voyageaient, à califourchon sur des suggestions galopantes, ignorant les chemins de jour pour emprunter les chemins de traverse. Ceux qui vous mènent aux inter-mondes, par des routes interlopes.
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Ven 23 Oct - 21:08


Un frisson lui échappa quand les deux insectes, tapis sous les cils, la visèrent soudain de leur éclat ; ces petits ronds jusque là si fuyants l'avaient perturbée déjà à se cacher sans cesse derrière leurs esquives, mais leur arrêt inattendu, comme un papillon ouvrant ses ailes, la surprit désagréablement. L'intensité d'un regard lorsqu'il se présentait enfin après une longue absence avait toujours quelque chose de dérangeant, mais ce que celui-ci dégageait était presque ... malsain. Non, douloureux plutôt. Il sonnait faux. Mais peut-être s'était-elle déjà trop habituée à ne pas le croiser pour en avoir un aperçu objectif ... Et il repartit à l'assaut des horizons avant qu'elle n'ait pu en penser davantage. Elle baissa les yeux, mimant une contemplation concentrée de ses pieds, craignant bêtement qu'il revînt, peu désireuse d'apercevoir encore quelques aspects improbables de cet homme qu'elle préférait considérer tout autrement, joyeux, fou et dansant comme une fumée. Quel effet croyez-vous donc que cela fasse, de croiser le regard dur d'une fumée ?

Quelques babillages incompréhensibles plus tard, la vilaine sensation était heureusement oubliée. Remplacée par un tournis à suivre cette silhouette infatigable, cette rapidité saupoudrée de pétales qui manqua la faire tournoyer sur elle-même en la croisant. Pas que Dune s'en agaçât ou s'en lassât, oh, bien au contraire ! Un sourire béat avait retroussé ses lèvres et, contente sans y penser de cette absence de regard retrouvée, elle suivait en effet du sien tous les mouvements de la Chenille, comme si elle eût pu en tirer quelque enseignement supérieur. Son odorat, peu développé sinon pour les effluves de poissons pourris qui l'avaient trop traumatisée pour qu'elle pût en ignorer aujourd'hui le moindre chatouillement dans ses narines, perçut tout de même avec force tous les mélanges qui voletèrent un instant près d'elle, échappés de leurs tiroirs et courant soudain dans l'air enfumé. Son nez frémit, s'écarquilla, tenta d'en percevoir plus encore en inspirant un torrent d'air – puis finit par inévitablement dégringoler en un bruyant éternuement. Si bien que, trop occupée à effacer les honteuses traces de sa défaillance du plat de la main, elle manqua toute autre action. Ne captant que l'Insulte – 'i' majuscule, pupilles minuscules.

    « Je suis pas jeune ! Juste ce qu'il f ... »

Et l'Insulte Suprême lui vint d'un champignon en forme de chapeau qui frôlait ses genoux, la narguant du sol comme une grosse pomme métaphorique. Des souvenirs s'infiltrèrent sous ses tempes – « Comme elle est petite ! Haute comme trois pommes ! Hahaha. ». Que c'est drôle. Et la violence de l'outrage répercuta son sourd écho dans toute sa colonne vertébrale et au creux de sa gorge qui se serra brutalement. Au bout de ses doigts, le masque gris pleurait plus vite : gouttes qui en chutaient toutes à la fois, chassées sans ménagement par les secousses spasmodiques qui agitaient son corps. Sa bouche et son menton tremblotaient de même, comme un chargement trop plein prêt à faire éclater la bâche qui le retient ... Et elle faillit bien éclater, arrêtée seulement par quelques justifications dans ses épanchements qui auraient sans aucun doute été pour le moins gênants si on ne les avait pas aussi brillamment contenus.

Dune était quelque peu susceptible quant à sa taille.

Si les cris hystériques parvinrent à ne pas franchir ses lèvres, elle n'abandonna pas tout d'abord les crispations musclées de son visage, ni la rancœur que le soulèvement de la Question maudite avait semé sur son moral, et demeura muette. Le brave homme – oui, elle dirait 'brave homme' si la folle envie l'en prenait – ne pensait sans doute pas à mal, et il avait trouvé une charmante façon de rattraper sa fourberie, que ce rattrapage fût volontaire ou pas, mais ... Mais le mal était fait. Elle considéra avec hostilité le vaste chapeau sans chercher vraiment à vérifier si la mesure était exacte, sans vouloir tricher un peu, y rajouter un quart-de-chapeau de pointe des pieds ou d'élongation de cou, comme elle en avait autrefois l'habitude sous le Rocher à Algues Réglées qui suivait la croissance de toutes les petites ondines. « Non, chérie, tu n'es pas censée nager ! Les pieds à plat sur la pierre. Non, tes cheveux ne comptent pas. Arrête de tirer l'algue, tu vas fausser toutes les mesures ! ».

Elle perçut à peine la nouvelle éclipse du coin de sa vision, et la question tomba comme un cheveu sur la soupe. Vexée mais toujours aussi passionnée, Dune se fit violence pour s'empêcher de sombrer dans les petits néants que les phrases alambiquées de la Chenille ouvraient sous ses pas ; et son ton se fit solennel quoique frémissant :

    « Prête ? Je suis prête à tout, surtout à m'étarer, là, vous savez je n'ai vraiment que ça à faire. Et pis ... » Petite lueur affolée qui vint caresser la pupille avant de s'enfuir tout aussi vite. « Je n' ... Je tiens tête à tout ... Ça ou autre chose ... ! J'ai déjà fumé, hein. »

Sa silhouette ne montrait nul signe d'embarras, mais il s'en échappa un peu lorsqu'elle gigota légèrement sur ses pieds, se pencha en avant comme à défaut d'autre chose, frôla du bout des doigts le grand chapeau et s'en éloigna aussitôt comme d'une relique dont on aurait malencontreusement oublié de placer la protection de verre et de magie. Son regard filait, furtif, de ses pieds aux ustensiles dont elle croyait discerner la forme çà et là, du chapeau aux fumées où il se laissait un instant noyer, humide de rêverie.

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Dune Aracus
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Dim 1 Nov - 12:50

.

Ce qui était intéressant, dans les interrogatoires, c'est que l'on pouvait toujours jouer à cligne-musette avec la Vérité. Derrière ce grand nom pompeux, Fréneuse avait décelé bien des mensonges et des masques brisés ... Et il ne comptait plus les jours où il avait tenté de creuser l'opalescence prometteuse des belles choses bien dites. Qu'on l'accuse d'être discourtois, qu'importe ! Que chacun bistourne son esprit comme il lui chante, et les fumées ne vous piqueront pas les yeux. La gamine, elle, se récriait déjà – c'était drôle, était-si désagréable d'être jeune ? Il y encore avait bien des espoirs à cultiver, arrosoir en main – et piller de leurs fruits les potagers mal grillagés ! Sans ajout ni conservateur, la chenille sortit donc du placard à chiffons son plus beau sourire, sans daigner relever le masque boudeur qui avait poussé sur le visage de la jeune fille. Et rit doucement, d’un rire-caresse de Satrape, avant de s’en aller pêcher les secondes, d’une démarche de canard unijambiste. C’était l’attrait sans cesse renouvelé des légèretés futures : ainsi, l’on ne blessait presque personne … Du moins, pas plus qu’il n’en faut. Mais n’était-il pas temps ? La chenille ondula vers sa réserve de secondes en ruine, et d’une pirouette bancale, prépara ses sorties à venir. On soignait toujours ses disparations. Un dernier regard vers l’unique destinataire de ce spectacle plastique, un doucereux « Permettez » jeté en pâture, et ...

En vérité, on ne savait jamais très bien quels mystères hantaient les céphalorgies de la chenille. S’il n’y avait pas quelques soupçons d’immoralisme dans ses sautillantes entrevues. Il avait salué, pourtant, et, d’un air savamment espiègle, s’éclipsait à moitié, saisissant d’une main le plateau qui reposait sur le comptoir, indifférent aux équilibres trop précaires. Cependant, tout droit sorti des brumes, apparut un homme à la démarche titubante et à l’œil vitreux - entre deux âges, entre deux mondes. Dans la lueur froide de son regard, couleur de gemme, la lassitude des ébauches ratées. Il s’arrêta à hauteur de la chenille, sortit quelques pièces noircies, maladroitement, et fit tinter la réponse à ses questionnements - toujours la même. Fréneuse vacilla, figé dans son élan. Et, sans le regarder, tendit une main, déployant ses longues phalanges telles des ailes de papillon, pour recevoir le tribut de ses mensonges et de ses hontes. Une piécette, deux, trois peut-être roulèrent sur le sol, en un tintement triste – oublis dérisoires. Mais il glissa simplement son butin dans une de ses poches sans fonds, sans voir, l’air de rien. Vestige d’un dédain tout aristocratique dans ses gestes tremblants. On entendit la porte ricaner, dans un écho lointain – brutalité des retours aux mondes. Et autour de la chenille, renaissait déjà la nuit des songes … Retrouvant son air affable, Fréneuse s’en retourna vers la jeune fille qui avait observé la scène et qui demeurait là, l’air préoccupé d’un patacesseur devant les Clés du jardin d’Ephren.


- Permettez, disais-je donc ? En fait, sans doute pouvez-vous me suivre … L’idée de vous offrir une place à la Muse Galante présente quelque intérêt. Pensez, l’ignorance et l’erreur à ses naissantes pièces, en habit – de marquis, en robes – de comtesse … Cela a ses charmes, n’est-ce pas ? Mais j’y pense … Accepteriez-vous pour autant de goûter aux galanteries d’une humble chenille ?

Un je ne sais quoi de mécanique dans le port de tête et l’écartèlement du sourire. Et ricanant à l’étouffée, Fréneuse s’enfuit sur ses chemins sinueux, avant de désigner à la demoiselle un large fauteuil rougeâtre, auprès d’un brasero fumant - cendres douces et murmures indésireux. Il ajouta ensuite, d’un ton trop languide, et dévorant des yeux sa préparation nouvelle :

- Allons … Ne pensez pas trop conventionnellement, ou oubliez ce que je peux vous dire. Je voudrais juste savoir si vous vous sentiez prête à expérimenter les sciences des solutions inimaginables.

Il saisit ses instruments, et du bout de l’aiguille d’argent, pétrit tendrement une pâte de couleur sombre aux effluves de thé et d’herbe de printemps. Puis il la présenta, d’un soupir, à la flamme endormie sous son dôme de verre. La plaça dans le fourreau d’une pipe au long tuyau d’ivoire, qu’il posa sur le plateau. Ses mains dansaient, convulsives, marquées par le temps, et son regard s’enfuyait … Mais il y avait dans ses gestes une précision d’habitude, comme l’artiste opiacé peint encore sous l’égide des substances d’artifice. Pour livrer ses plus belles arabesques d’angoisse et ses bleus d’agonie. Les yeux rivés sur les douceurs mentholées, citronnelles impavides, il ajouta :

- Tenez, humez les profonds secrets des Alcalescences, et dites-moi donc ce qui vous vient à l’esprit.

Avec d'infinies précautions, il tendit la pipe fumante à la demoiselle qui s’était à-demie noyée dans la marée de coussins et la laissa respirer les vapeurs brûlantes à l’âcre goût de Vérité. Et il se mit à chanter la geste des fleurs vénéneuses, égrenant ses pétales et ses paroles.

- Vous ne venez pas sur ordres de grands Vices Curateurs, j’imagine.

Il laissa la phrase en suspens, attendant une réponse qui ne viendrait pas tout de suite. La question n’était pas claire – mais ce n’était pas faute d’avoir essayé. Une fois que la jeune fille eut tiré quelques bouffées, il lui ôta délicatement la pipe des mains, et l’observa de ses yeux noirs, lucioles en demi-teinte. Son regard fuyait, des lézardes dansantes du plafond aux étonnements de son interlocutrice, des fumées mourantes qu’on crachait autour d’eux aux mains qu’il promenait, distraitement, contre le bois des tables basses.

- A vrai dire, si vous prônez une Imaginescence des plus Convulsionnaires, je ne pourrai m’opposer à ce que vous tentiez de vous perdre, tout à fait consciemment, au large de ces mauvais rivages.

Il y avait là quelque jubilation secrète, de voir ses tendres et inoffensives fumées suggérer leurs réponses à un jeune esprit - et l'ombre d'un regret, peut-être, dans une faille du plafond, ou une lézarde du cœur. Fréneuse jouait avec une bague un peu noircie, joaillerie boueuse, l'air lointain. Comme si c'était lui qui avait humé ses ultimes suggestions ... Et d’un souffle :

- Le Sésame et les Lys, n'est-ce pas ... ?

Peu importe qu'elle n'ait pas compris ce qu'il aurait souhaité dire, ou entendre, ou ressentir. A bien y réfléchir, il ne savait pas vraiment lui-même.

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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Mar 3 Nov - 21:38


À mesure que le temps passait, à mesure que Dune absorbait les fumées en même temps que les paroles distordues de la Chenille, son désir de s'inclure dans cette sphère si particulière – mais sphère y avait-il vraiment ? – allait grandissant. Elle songeait, bien naïvement, qu'après quelques jours et autres éternités à servir et tourner autour du propriétaire des lieux, elle finirait par adopter ses manières, par s'approprier ses mots si étranges, ses phrases folles, jusqu'à sa façon d'être ; en un mot qu'elle lui ressemblerait. Peut-être même aurait-elle un chapeau comme le sien, un de ces jours. Et quel air ça lui donnerait ! Ce serait son tour, alors, de plisser le nez devant la petitesse d'une cliente ou d'une apprentie, de la mesurer d'ironie – mais, elle, la consolerait tout de suite après par des moyens plus matériels que les vapeurs du lieu ... Bien sûr, elle n'enviait pas cet homme. Elle ne le trouvait pas infiniment impressionnant dans sa façon d'assumer sa folie, de vous perdre d'un petit gigotement inattendu, de rompre sans vergogne certains codes établis – mais sans en avoir l'air ... Non, non, pas le moins du monde ! Il avait juste une certaine allure, et elle se permettrait simplement de s'en inspirer pour agrémenter son style propre ... Évidemment.

Ses doigts entamèrent une symphonie silencieuse sur le masque qu'elle tenait toujours, inaudibles ploc-ploc humides, quand elle tenta de calmer l'excitation hystérique qu'elle sentait poindre en elle à l'idée que, peut-être, il y avait de quoi s'accrocher à ses espoirs. C'est qu'il s'agissait de ne pas trop s'emballer, éviter au possible de bêtement diminuer ses chances alors qu'elles lui souriaient autant. Ça lui était déjà arrivé, plus d'une fois hélas : dans sa joie mouvementée lorsqu'on lui annonçait tantôt qu'elle avait de bonnes chances d'être prise, elle ne pouvait s'empêcher de bondir en tous sens et de briser la patience de l'ancien peut-être-futur-employeur à défaut d'autre chose ... Alors elle se fit sage, hocha la tête doucement, et quoiqu'elle n'eût pas la moindre idée de ce en quoi consistait de goûter aux galanteries, approuva doucement – se convaincant simplement qu'il n'y avait rien de pervers là-dedans.

    « Euh oui. Voui. Voui, avec plaisir ! »

Silencieuse et obéissante elle suivit la silhouette brumeuse, sans chercher à poser les questions qui lui brûlaient pourtant les lèvres. Allait-on lui offrir une consommation ? Avait-elle bien compris ? Car si tel était le cas, elle n'avait pas sur elle la moindre piécette pour payer les bienfaits qu'on voulait lui faire goûter ... Enfin, elle trouverait bien une poche dans laquelle se fournir. Ou à défaut, on retiendrait la chose de sa prochaine paye. L'idée lui fit grincer les dents, et elle se promit que, quand elle aurait suffisamment assimilé le fonctionnement de la Muse, elle s'engloutirait quelques rêveries en douce. À moins que les employés n'eussent droit à des consommations gratuites ... Ou que les fumées ne permissent, par une simple inhalation indirecte, d'atteindre les rivages que promettaient les décoctions. Mais pour découvrir tout ça il faudrait encore qu'elle fût embauchée, et ceci était justement à venir.

Ravie près de la chaleur qui grésillait tendrement et les fesses enfoncées dans un magma de tissus, Dune battit des pieds en tentant d'émerger suffisamment, entre les coussins qui l'aspiraient, pour observer son juge et tenter au moins de paraître un peu digne. Elle ne dit rien de plus, pourtant, quoique criât en elle une petite voix offusquée : Mais oui je suis prête, à la fin ! Cela faisait maintenant des années qu'elle vivait au jour le jour, prête à tout à chaque instant, peu soucieuse des conséquences et trop obnubilée par cette jouissive sensation de liberté pour s'inquiéter de rien ... Ce n'était peut-être pas très bien, elle se trouvait peut-être en train d'écrabouiller son avenir un peu plus à chaque pas insouciant, mais du moins on ne pouvait pas l'accuser d'avoir une nature hésitante et inquiétée par le danger. Et quand elle disait qu'elle avait déjà fumé, c'était tout à fait vrai – même s'il n'y avait là rien dont on pût se vanter et même si elle n'avait goûté, en bonne rébellion adolescente, que les substances les plus basses et certainement pas les mieux conseillées. Alors même si les fumées qui l'attendaient ici abordaient un tout autre niveau et l'intimidaient certes quelque peu, elle n'était pas près de reculer.

Elle admira donc la préparation que les longs doigts fins maniaient comme une danse, tentant vainement d'en retenir quelques principes, quelque technique, et ignora de son mieux l'appréhension tiède et acide qui remontait lentement dans sa poitrine. Seulement quand la pipe fut à quelques centimètres de ses lèvres se permit-elle de faire repartir le souffle qu'elle avait jusque là coupé sans même s'en apercevoir. Ses yeux s'affolèrent encore un moment, cherchant comme une approbation supplémentaire ou un conseil aiguisé du côté de l'homme, mais elle se reprit bien vite : seule, seule elle y arriverait, elle montrerait l'étendu de son courage et de sa détermination ! Et le tout sans en avoir l'air, bien sûr. C'est donc avec un air faussement détaché – et honteusement repérable – qu'elle aspira la première bouffée. Lutta un temps contre l'irrépressible envie de tousser que lui procurait la brûlure de tous ces petits tissus de surface, au fond de sa gorge, puis se laissa envahir par cette brume chaude et légère qui sembla s'infiltrer directement du palais à l'encéphale. Elle n'eut pas l'audace de tenter de souffler par le nez, trop peu sûre pour l'instant du résultat – il n'aurait plus manqué qu'elle se mît à postillonner violemment sur celui qu'elle tentait de convaincre ! – et continua paisiblement jusqu'à ce que les effets se fussent propagés jusqu'au bout de ses doigts.

Elle constata qu'elle se sentait légère ... légère ... Prête à flotter au dessus des fumées, à courir sur elles, même, si on le lui permettait ... Vraiment, la sensation était des plus agréables. Le goût lui-même lui avait semblé doux, pas aussi amer que tout ce qu'elle avait pu essayer jusque là, fruité peut-être et porteur d'un elle ne savait quoi de tendre. Les relents de carbone étaient toujours présents, bien sûr, et empêchaient de donner à ce 'goût' une véritable consistance, mais justement parce qu'il était ainsi insaisissable il en devenait plus fascinant. Dune fit basculer sa tête en arrière, avala une grande gorgée d'air frais – du moins aussi frais qu'il pût être vu le lieu – et se laissa aller avec volupté aux sensations. Il n'y avait pas grand chose, finalement ... Juste cette légèreté, ce bien être extrêmement diffus. Rien à voir avec toutes ces substances qui lui faisaient tourner la tête et la plongeaient dans des délires psychédéliques, et pourtant ... elle n'était pas déçue. Au contraire, même. Et son regard n'était pas le moins du monde vitreux lorsqu'elle le reporta, l'esprit clair, sur la source des questions incompréhensibles qui suivirent. Ah, apparemment la fumée ne lui avait pas apporté la science infuse ...

    « Vous ne venez pas sur ordres de grands Vices Curateurs, j’imagine.

    Oh, non ! Je suis venue pour moi, toute seule, vraiment ! »

Le reste, elle n'en comprit pas un traitre mot. Tentant de faire comme si, elle hocha la tête en silence, la moue se voulant compréhensive, et contempla ses pieds qui flottaient toujours à quelques centimètres du sol, perchés sur ce grand fauteuil trop moelleux. Elle eut envie de dire quelque chose, cependant, pour impressionner un peu mieux, pour montrer qu'elle n'était pas une simple girouette silencieuse ; mais tous ses mots se trouvèrent bizarrement coincés dans sa gorge et il en sortit à la place la dernière chose qu'elle se serait attendue à s'entendre dire :

    « Mon papa me manque. Je l'ai plus vu depuis des années, à chaque fois que j'allais chez lui y avait personne, ça m'inquiète ! »

Ses yeux s'écarquillèrent de stupeur et sa main alla frapper du plat contre sa bouche. Tout ça ... était idiot. Son père ne lui manquait pas, elle était grande, elle se débrouillait très bien toute seule ! Un hoquet troublant la fit sursauter alors que s'échappait de ses lèvres une nouvelle fois :

    « Mon papa me manque ! »

La main revint à son poste, violemment, et Dune rougit comme si le feu s'était mis à consumer ses joues. Elle tenta de se rattraper, bafouilla quelques excuses qui ne sortirent jamais complètes, et parvint à articuler, au prix d'un suprême effort, ce qui, espérait-elle, détournerait l'attention :

    « J'ai très envie de travailler ici. Je ferai de mon mieux. Par contre je peux être un vrai boulet et je ne sais absolument pas comment préparer ces tru-uu ... »

Elle se coupa soudain dans son élan. N'avait-elle pas plutôt voulu dire "je suis très débrouillarde et j'ai déjà de l'expérience en préparation de ce genre" ? Oups.

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Dune Aracus
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Mar 10 Nov - 15:09


Il était possible d'entrevoir bien des choses, pour peu que l'on sût accorder les notes contradictoires des fleurs aux oiseaux de paradis. Mandarins ailés déploient leurs ergotiques, s'envolant à la demande, aussitôt oubliés ; simples oiseaux de sagesse percogitent sous le bambou. Dans son Parnassiculet contemporain, Fréneuse en voyait, de ces ballets d'oiseaux – ballets oiseux, se surprenait-il à penser, parfois. Étrange, pour une chenille, de rêver encore d'aigrettes et de roues de paon, des airs fiers d’un coq outrancier ou du regard globuleux d'un hibou mal luné … Mais ces noms-là revêtent parfois l’image trompeuse des souvenirs, et se donnent, souvent, même aux êtres aimés …

Fréneuse ne posait pas tout à fait ses questions au hasard. C'est que l'Alcalescence avait le charme de dévoiler les personnalités manquantes, seules dignes d'être saluées. Peut-être en savait-il quelque chose ... Il avait beau faire disparaître toutes les images indésirées, tous les souvenirs malvenus, il en étaient quelques uns qui demeuraient, malgré tout, échos de sa manie de servir lui-même ces quelques habitués plaisants ou de nouveaux visages à l’air perdu ... Reliques malheureuses du sacre de l’éphémère, ou simples clins d’œil de sa mémoire, venant saluer malgré elle ses choix d’existence, il ne savait pas - ne savait plus. Elle parla et il releva la tête, attentif et lointain. N’était-ce pas là l’éclat d’une de ces images de nous que l’on renferme, malgré soi, parce qu’il faut bien paraître ? Fréneuse écarta d’un geste les fatrasies qui demeuraient là, à jouer les grotesques, et se mit à songer ... Sans parvenir à les éloigner tout à fait. Était-ce là le fondement même de la création de l’Alcalescence … ? C'était possible, il ne savait plus trop … - Mais devant cette jeune fille, il se souvenait de cette impression désagréable qui l’avait envahi, au sortir d’une énième confrontation avec le Monde et qui lui avait soufflé soudain que l'être était fondamentalement pluriel – et que Je est un autre. Il s'était dit alors, que nous avions peut-être autant de personnalités différentes, parfois contradictoires que nous n'avions d’interlocuteurs différents. Et sans même mentir, en modifiant juste les réalités, les attitudes, en adaptant son discours à celui qui était en face, déjà, l’on n’était plus le même … Celui qui s’inclinait pour laisser passer les dames sans marcher sur leurs traines indécemment longues, celui qui se perdait, l’œil hagard, dans les fumisteries et les cafés, le marquis ridicule - première déchéance, il était duc - qu’il avait joué sur scène … Toutes ces entités étaient Fréneuse, et n’étaient pas lui. Alors, un jour, il était parti, avait délaissé ces défroques trompeuses pour enfiler son ultime costume, celui qu’il ne quitterait pas : de tous les visages contradictoires qui étaient le sien, il avait pioché le sourire jaune du sarcasme, et il avait rampé dans l’ombre, bête et fier, drapé dans le drap noir du deuil de ses personnalités mortes. Tombées comme capucins de carte, n'est-ce pas ... ?


    « Mon papa me manque ! »


Elle s’exclamait, rougissait ... Balbutia. Fréneuse l’observait, son regard voletant ça et là, et se posant parfois sur elle, presque amusé. Une main devant la bouche, et s’imposer silence ? Allons jeune fille, il était temps d’assumer son rôle et d’enchaîner sur ses propres tirades … Était-ce donc si désagréable de se laisser emporter et d’écouter ce que l’on avait à dire, en simple spectateur … ?

    « J'ai très envie de travailler ici. Je ferai de mon mieux. Par contre je peux être un vrai boulet et je ne sais absolument pas comment préparer ces tru-uu ... »


Fréneuse sourit. C’était là tout ce qu’il souhaitait savoir. Et il préférait le rire édenté d’une vérité peu flatteuse à un beau et ennuyeux mensonge.

- Allons … J'espère bien, que vous ne savez pas ... Qu'aurais-je alors à vous apprendre, si vous déteniez déjà tous ces secrets avant d'entrer ici ... ?

Et il s’éclipsa, dans un froufrou moqueur, pour se perdre dans les brumes de son souvenir. Il allait cueillir quelques perles d’opium, légèretés dérisoires qu’il inhalait dans ses jours de fête ... Tant mieux, qu’elle ne sache rien. Il nourrissait, pour sa Muse, des projets bien irréalistes, et lui offrait bien plus volontiers des boutons à peine éclos plutôt que des fleurs prêtes à se fâner. Au demeurant, il avait accepté, au départ, d’autres visages, d’autres ombres qui lui ressemblaient trop. Des gens qui avaient cheminé par les routes sinueuses des paradis artificiels, comme lui, et qui conservaient ce regard fuyant, ces pensées éclatées au ras du sourire. Seulement voilà, nourrir de telles dépendances au sein de la Muse Galante épuisaient – finances, stocks et propriétaire. Et surveiller le dessin de leurs dépendances, cela avait l’immense inconvénient de vous obliger à devenir responsable ... Alors la chenille préférait maintenant les innocences feintes, celles qui se présentent comme ayant déjà tout vu, tout senti – loup, fumées et faux-semblants. C’était là, peut-être, la marque assurée de quelques vestiges de jeunesse … Fréneuse saisit encore quelques dômes de verre, aiguilles, et flammes éteintes. Et c'est les bras chargés, prêt à tomber sous le poids des réminiscences, qu'il réapparut aux côtés de son invitée, sans explication supplémentaire. Il déposa juste devant elle un petit plat de céramique. Entre eux et leurs confidences, quelques miettes de débarras, une nouvelle préparation à naître. Et sur la table s'endormait déjà l’attirail des rêves qui reposait là, presque tristement, débarras des illusions fautives et des masques arrachés.

- Inutile de vous embrouiller davantage l’esprit, qu'en dites-vous ... ?

Sans préciser ce qu'il entendait par là, il laissa parler le silence, quelques instants, et n’entendit que le chuchotis des pluies. Prêt à voguer sur la mer des Humeur, porté par les vents des Soupirs, il saisit doucement l’aiguille et la tendit à la demoiselle, qui semblait hésiter à la saisir.

- Vous travaillez la pâte, vous la saisissez avec ceci. Il y a là un mouvement particulier du poignet à prendre, vous vous y ferez, peut-être. Vous devriez avoir l’impression de raccommoder les accrocs des infinis, voyez-vous. Il doit y avoir une grande délicatesse, et une mysticité folle dans ce geste, vous comprenez ?

Il n’était pas certain qu’elle soit encore en mesure de l’écouter – la question n’avait pas réellement d’importance - aussi saisit-il, du bout des doigts, la main de la jeune fille, lui indiquant le geste à faire. Ses pendeloques hurlèrent, mais ses mains souriaient.

- Ensuite, il faut faire connaître aux fleurs mortes la lumière et la chaleur du jour, une dernière fois. Rallumez-donc la lampe, la flamme aura assez de lueur d'étoile pour les yeux aveugles des pétales séchés ... Attention toutefois : pas trop longtemps, sous peine de produire des vapeurs toxiques ; mais suffisamment pour ne pas vous enfoncer dans des cauchemars trop verts ... Tout est une question de ... - Mesure ? - Sensibilité ...

Il fit danser l’aiguille à la lueur de la lampe, qui brillait d’une chaleur nouvelle. Puis, lâchant la petite main, il saisit la pipe, dont il dévissa le fourreau, d'un air distrait, avant de lui présenter :

- Pour cela, vous déposez le précieux tribut – n’en perdez pas trop – dans le fourreau. Après chaque consommation, on doit le racler pour enlever les dépôts que vous voyez sur les parois. Oui, cette masse un peu charbonneuse, là. Elle obstrue les rêves et opacite les imaginations ... Certains le chiquent, mais c'est d'un mauvais goût ... Et ce fourreau, vous le passez sous la flamme ... Faites donc ...

C'est alors qu'il s'arrêta, à deux pas de la fin, sous l'impulsion d'une idée nouvelle. Prit doucement la pipe des mains de la jeune fille, replaça le tube d'ivoire et inhala les douces suggestions de ses envies d'évasion, un court instant. Et tandis que le fils de ses pensées s'effilochait, il murmura, l'air ombellifère d'un pistil dévoyé :

- J'aimerais savoir comment je puis vous appeler. Votre vrai nom m'importe peu - savez-vous, après tout, quels sont ceux de la chenille ? Elle-même s'est mise à les oublier depuis le temps ... Je souhaite seulement un nom vrai ... Quelque chose, du moins, que vous choisissez de livrer.

Ondulation des chrysobérils, le regard de la demoiselle s'était perdu. Fréneuse ne prit pas la peine de se morigéner - mais il parlait trop vite. Jonglant mélancoliquement avec une plume de paon, vestige du monde des apparences tiré d'une de ses poches sans fonds, la chenille riait aux perspectives des futurs absents.


Et l’oeil comme un ballon bizarre se dirige vers l’infini.
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Dim 15 Nov - 18:15


L'espace d'un instant, bref et terrible, elle crut avoir ruiné ses dernières chances. Sentit son petit cœur se soulever, son estomac le suivant de près, et l'angoisse de ces choses déjà sûres pourtant poindre dans sa gorge, gratter l'œsophage et la nuque, presser ses yeux comme pour les faire rouler hors de leurs orbites. Un instant seulement – avant que le myocarde ne retombât lourdement dans la poitrine, chassant dans sa chute un soupir amer. Ouf.

Dune regarda s'éloigner la Chenille tout en se tortillant sur les coussins. Accompagnant l'espoir, comme un courtisan mauvais sournoisement tapi dans l'ombre, la nervosité était remontée prendre ses droits. Maintenant ... Maintenant quoi ? Il allait falloir qu'elle apprenne, qu'elle montre clairement son incapacité en tentant, sûrement vainement, de prouver son investissement. Elle avait toujours préféré, quand il lui fallait travailler pour la première fois dans des domaines qui lui étaient tout aussi inconnus que les fonds marins pour un phénix, s'en prétendre familière afin d'éviter l'humiliation de se voir donner des leçons, même bienveillantes. Souvent aussi, surtout au début, elle s'était trouvée contrainte d'user de ces petits mensonges : sans eux on n'aurait pas regardé à deux fois sa candidature – il est tellement plus simple d'engager ceux qui s'y connaissent déjà et qui ne manquent pas de fourmiller là-dehors ! Alors elle avait continué, s'infiltrant dans des milieux étrangers en se faisant passer pour habituée de longue date, apprenant seule et sur le tas. Quelle meilleure façon d'intégrer des gestes que de les tâtonner, se tromper et trouver par soi même le coup de main exact ? Qu'on pût et voulût l'introduire plus aisément par quelques conseils avisés, elle voulait bien le concevoir ; mais qui aujourd'hui aurait été prêt à prendre ce risque, à confier à une novice des soins si délicats ?

Un fou, sans doute. Et la Chenille n'était-elle pas connue pour sa folie ? Dune tenta de faire taire l'élan chaleureux d'une reconnaissance larmoyante qu'elle sentait battre au fond d'elle ; certes elle s'abandonnerait volontiers au respect et à l'admiration, mais la vulnérabilité que conférait à autrui une trop grande reconnaissance, elle n'était pas prête à l'expérimenter. Ne le serait jamais, avec de la chance.

Mais tout ça ne chassait pas la Nervosité ...

La main hyperactive, frissons de l'attente inquiète, tripotait les coussins, tordait leur mollesse, filait pincer les genoux – lesquels s'agitaient comme sur un pédalo. Une symphonie silencieuse jaillit, troublée, des doigts sans capacité musicale qui pianotaient un peu partout ; se tut, si le silence peut se taire, quand la poigne se referma sur le petit masque gris dans un geste désespéré. Dune l'aurait bien remis, sans se gêner de la froideur humide que le bois devait avoir conservée, trop contente de pouvoir cacher les replis frénétiques qu'arborait son visage ... Mais elle ne reposerait pas sur une barrière si superficielle pour regagner son calme. Après tout elle était forte ! Non ?

Pas assez forte du moins pour retenir un immense sursaut quand surgirent d'entre les brumes la silhouette et la voix, prêtes à l'entraîner dans leur monde fantasque. Pas assez forte pour empêcher un regard glauque et vide de manger ses yeux, couverture à l'affolement, ni lui permettre de donner à ses réactions la rapidité et l'assurance qu'elle aurait souhaitées. Pas assez forte pour empêcher les imperceptibles tremblements de ses doigts quand elle se saisit enfin de l'aiguille, comme d'un objet sacré que sa main impie n'aurait pas dû avoir le droit de frôler – en tous cas, pas devant témoin. Pas assez forte, enfin, pour comprendre les mots de son nouveau Maître qui lui coulaient dessus comme de l'eau sur une roche : la teignant sans l'humidifier, ne lui offrant qu'un aperçu de ses infinies propriétés. Elle fit de son mieux, pourtant, se laissant guider par cette main étrangement plus concrète contre sa peau que ne semblait l'être tout le personnage ... Elle s'appliqua, son air concentré vaguement proche de l'aimable faciès des furets, et réussit l'incroyable exploit d'allumer une flamme sans pour l'instant mettre le feu à la bâtisse. Les travaux de précision n'avaient jamais été son fort ; pas qu'elle fût maladroite – la finesse de certains de ses masques en était bien la preuve – mais l'absence d'intérêt ne lui fournissait pas la motivation nécessaire à forcer son esprit sur une seule et même pointilleuse activité. Cette fois cependant elle avait une volonté certaine, sans doute due à la présence d'un "professeur" probablement accompagné d'attentes à son égard, et les tremblements qui agitaient son bras se firent de plus en plus minimes à mesure qu'elle s'entraînait à une lente et pleine respiration.

    « Ouh ! Ah ... Eh ! »

Surprise quand les doigts fuirent sa poigne elle manqua sombrer dans les tréfonds de la lampe – voilà qu'elle s'était vraisemblablement trop appuyée sur ce guide salutaire ... Inquiète sans vouloir l'être elle se reprit, tint fermement l'aiguille qui recommençait à frémir, trop pour qu'elle pût prétendre encore à quelque assurance mais pas assez heureusement pour que la petite goutte qui somnolait au bout n'en fût trop méchamment expulsée. Et elle visa, les yeux plissés, l'espace sombre dans lequel il lui fallut introduire le bout de ferraille frissonnant ; s'exécuta en silence et avec application à toutes les recommandations qui lui déferlèrent dessus comme une pluie de clochettes de la cacophonie desquels surgirait de temps à autre un mot compréhensible. Le souffle coupé – qu'elle ne reprit enfin qu'une fois l'objet entre les mains de la Chenille – l'air un peu troublé sans doute car elle ignorait si ses gestes avaient eu la maîtrise nécessaire, si elle avait su ne fut-ce qu'approcher l'art de la préparation fumeuse. Si elle s'était trompé dans son parcours, ce grand tube allait-il éclater au visage du malheureux trop fou pour lui avoir fait confiance ?

Apparemment non ... Elle scrutait ses traits, tentant d'y discerner une approbation ou une remontrance, quelque trace lui faisant signifier qu'elle avait eu tout bon, tout faux, ce qu'il fallait améliorer ; ne vit rien. Rien qu'une absence, une espèce de mélancolie qui la prit au cœur et lui fit se mordiller les lèvres comme un épis de maïs. Nervosité eut un sourire sournois, du fond de sa cachette.

    « Je m'appelle ... »

Comment ? Il fallait de l'éclat, ici, ce n'était pas n'importe quoi ! Elle allait choisir une identité secrète qui lui collerait à la peau, qui empêcherait ses parents de la retrouver, qui imposerait le respect et la crainte rien que par les sonorités de ce nom, qui ferait une référence discrète mais efficace à quelque Monstre femelle parmi les plus terribles qu'ait accueilli le sol de Malkins, qui saurait néanmoins porter des accents tendres et séducteurs quand il lui faudrait le murmurer aux oreilles délicates des jeunes filles, qui ne s'oublierait pas même après des années, qui offrirait lorsqu'entendu une première fois un étrange parfum de nostalgie, une joie et une douleur à retrouver quelqu'un de cher pendant longtemps disparu ... Elle voulait un nom qui contiendrait l'Absolu !

Seulement ... ça ne venait pas. Elle avait beau réfléchir, chercher, le temps passait et rien ne franchissait ses lèvres. À tel point qu'il lui fallut bien se décider, pour ne pas paraître trop sotte, à murmurer ce qu'elle aurait voulu enrubanner d'artifices et de magie verbale.

    « Dune ... » acheva-t-elle donc lamentablement.

Un silence-papillon lui frôla le bout du nez, lui semblant durer des heures quoiqu'il n'eût pu tout à fait se passer que quelques secondes. Elle se tortilla à nouveau sur son siège, récupéra le masque qu'elle tritura doucement ; hésita.

    « Et donc, hum ... Ça allait ? Le ... le machin ... la préparation, ça allait ? Sinon, je promets de m'entraîner très fort ! Je ... j'ai une chance d'être prise ? »

Petite voix brisée sur la fin alors qu'elle avait cessé de s'agiter, posé le masque presque brusquement sur la table et s'était penchée en avant, les yeux luisants d'une attente un peu angoissée qui se voulait sereine – comme toujours sans y parvenir ...

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Dune Aracus
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Mar 17 Nov - 23:48


Dans la secrète ardeur de ses silencieuses transhumances, Fréneuse imaginait des visages … A l’image du masque qui mourrait doucement entre les doigts de la jeune fille, pleurant ses dernières formules. Valse absurde, à danser avec les fantômes, les plus bavards, les moins gris – quelles fleurs s’était-il offert, cette fois … ? Pétales de colchiques et feuilles aciculaires, murmurent les Deburau et les Gilles, aux blancs visages et aux blancs manteaux. Gueules enfarinées valsent dans le continuum morbide de ses imaginescences – et il se prit à rire, en flagrant délit. Gloussement doux du spectateur discret, devant le spectacle de ses propres obsessions. Dans le paradoxe synclinal de ce bal improvisé, entre deux fauteuils, le gérant oublia un instant sa future employée. Une première fois, une fois de plus … ? Ça n’avait pas grand sens … Là-bas un héron nantifère chaussait ses bésicles, d’un air entendu, plus loin, un duc poussait des cris d’effraie pour quelques plumes froissées. La ronde des masques tournait toujours, avec ses sourires, ses impassibilités, et ses larmes … Et la jeune fille s’offrait une place dans ce rêve en miroir, petite face blanchâtre aux arrondis malheureux. La chenille la regardait trembler, et elle lui semblait danser parmi les endimanchés, sans jurer avec l’arythmie générale et le chaos ambiant. Il sourit, doucement derrière ses brumes. C’était là sans doute le seul et dernier test, le plus important de tous. Il avait livré son mélange, dirigé la petite main, si hésitante. Et il aurait su, il n’aurait point embrassé aussi amoureusement les fumées si les flammes avaient desséché les possibles … Alors ce qui comptait, au fond, ce n’était que ça : elle s’accordait bien avec ses rêvasseries. Il leva une main, effleura le taffetas de la robe d’une Colombine de songes, avec un doux ris, prêt à se lever, et à joindre le tourbillon des faux-semblants, et des danses macabres …


- Dune …

Fréneuse s’ébroua un peu. Un loup noir tomba mollement sur le sol, comme une larme. La Muse Galante retrouva son vernis froid tout de poussière, sa beauté d’éclat de rire, sa splendeur de sanglot. Autour d’eux, la simple rumeur des hallucinés pécuniaires … Où avait-donc disparu le bal des masques … ? A l’apicale gloire de leur beauté funèbre, ils s’étaient évanouis, sortis de la boîte à Carnaval. Disparus, en un clin d’œil ! Dernier coup d’éclat, un attardé – retardataire ? – avait laissé un chapeau, presque à ses pieds …

La voix juvénile s’éveilla de nouveau, hésitante, trébuchante. Fréneuse se tourna vers elle, brusquement. Son sourire s’ombra d’une étrange flétrissure, entre les cicatrices : il y avait une tristesse folle qui hantait ce visage …


- Vous avez éteint mes dernières rutilances, souffla-t-il, d’une voix brisée.

Au loin, un homme en costume trébuchait, blanc de farine et de poussière, Pierrot de papier. Chorégraphies ridicules des âges qu’on a perdus. Fréneuse opina du chef, aux suggestions des esprits pythiques et se leva, esquissant une révérence pour la demoiselle de ses pensées – celle qui avait chassé toutes les autres, ne lui en déplaise. Et d’un ton plus délicatement enjoué, il reprit :


- Mais c’est peut-être ce que j’attends de vous, après tout … Vous avez plus d’une chance d’être prise, vous semblez bien vous accorder avec la couleur des rêves …

Une main entama un discours indépendant, tristement tremblante, et il la fit disparaître sous sa manche trop grande. Il semblait chercher quelque chose. Une idée, une phrase, un mot, n’importe quoi, qui puisse illuminer assez ses pensées sans assise et ses piétinements de mauvaise foi. Il se leva, d’un bond, et se penchant vers la demoiselle, avec un sourire gouailleur, il demanda, à brûle-pourpoint :

- Vous savez dire Gynotikolobomassophilie ?

Silence égrillard.

- Si vous ne savez pas, sachez que ça ne change rien. D'ailleurs, pour vous, je serai la Chenille, uniquement la Chenille. Vous m’entendrez dire à quelques égarés, bien souvent, que j’ai pour nom de Fréneuse. Je vous prie de ne rien en dire, à l’extérieur. Seule votre chenille a une assez connaissance des visages pour jongler avec ses noms d’emprunt, voyez-vous ... Vous comprenez ? Point besoin de menaces, n’est-ce pas ?

Et il fit volte-face, son vieux manteau rapiécé criant ses fatigues séculaires.

- Quand commencerez-vous … ?

Il fit un pas, ramassa le chapeau, comme on cueille une fleur, et le débarrassa de ses grisailles, d’une pichenette. Distrait, il regardait au loin le Pierrot lunaire lui rire au nez, dans un éclat silencieux – étonnement des sourcils peints, et des pompons grisâtres. Histrion bobèche, il esquissa un signe de tête, reconnaissance amoureuse, à un reflet déjà disparu.

Triste sire, va. Toi-même.

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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Dim 22 Nov - 20:40


La fumée avait recommencé à lui piquer les yeux et de petites perles d'argent s'accrochaient à ses cils. Elle croyait voir, entre deux gouttes, une ombre se tisser sous les volutes – rien de violent, non, mais quelque chose de ces ombres ternes, sans profondeur, qui dessinent davantage une absence qu'une véritable noirceur. À la place d'un éclat d'émail, pourquoi ces mouvements taciturnes ? Elle tenta de retenir ce qui, dans un petit coin perdu de l'encéphale, se mettait à couiner gaiment en dressant à grands traits les contours de ce visage aux profondeurs nébuleuses. Quelle merveille, cet air-là – si elle parvenait, plus tard, à l'extirper du bois ! Un sens artistique qu'elle-même ne se connaissait pas, sans doute, s'émouvait des variations qui échappaient pourtant à la partie la plus consciente de ses pensées. Elle-même n'avait pas l'empathie nécessaire à une juste interprétation, seulement quelques capacités de perception qui lui permettaient de constater des changements d'expression mais pas de les analyser – de même que chez des moussaillons les crissements du vent constituent une gamme qu'ils perçoivent sans en percer les secrets. Elle appréciait, novice, l'art des visages pour leurs remous, quoiqu'il pussent bien signifier, et n'avait des sentiments d'autrui que de très vagues et insondables échos.

Les voix, en revanche, quand le vernis de l'indifférence ne les éteignaient pas trop, savaient ouvrir quelques unes de ces fenêtres embuées dans lesquelles Dune observait davantage son propre reflet que ce qui lui était pourtant donné à voir des autres. Le ton de la Chenille, comme des éclats de verre, plut douloureusement à ses pieds. Elle s'y coupa presque, frissonna dans les coussins. Sa propre voix voulut se faire joint pour recoller ce qu'elle avait cassé, sans le vouloir ni trop savoir comment, chaleureuse pour rallumer ce qu'elle avait éteint, quoiqu'elle ne sût pas quoi ; mais elle ne sortit que fluette et fibreuse de sa gorge embarrassée :

    « Je suis désolée ... »

Et si on la rassurait tout de suite après, pourquoi conservait-elle une insidieuse sensation de malaise ? Pourquoi ce trouble alors même qu'elle s'entendait dire tout ce qu'elle espérait ? Elle avait cru la Muse Galante un lieu d'éternelles étourderies, de couleurs un peu enfumées mais éclatantes pour ceux qui avaient appris à voir en dessous, de bonne humeur chatouilleuse et gentiment moqueuse sous les brumes – car le niais ne sied à rien. La Chenille dés le départ lui avait promis tout ça, consciemment ou non peu importait, et si la mélancolie des rêveries lui avait été présentée elle n'avait pas été prévenue de cette grisaille-là. Alors, quoi ? Une rupture dans le contrat ? Non pourtant ... Aucune déception ne se faisait sentir au sein de cette désillusion : elle ne ressentait rien, juste la constatation amère d'un petit bout de monde qu'elle ignorait jusque là, qu'elle aurait dû supposer pourtant et dont elle se rendait bien compte de la légitimité. Petite fille apercevant le jardin fané des adultes – ce n'est pas bien beau, pas bien glorieux, mais c'est ainsi. Tant pis. Elle saurait bien faire avec, tant que le reste du temps un joli voile coloré cacherait ce paysage.

Un voile amant des oreilles ... pourquoi pas ? Non qu'elle sût réellement traduire les termes à rallonge que les babils dont on lui noyait lesdites oreilles portaient, mais elle avait cessé de s'en formaliser. Après tout s'il n'y avait besoin que de ça pour relancer le sieur Fréneuse ... Elle attrapa ce nom au vol pour le contempler un moment, pleine d'admiration pour ses sonorités, peut-être, ou d'agréable étonnement à découvrir quelque chose de si concret à propos d'un être aussi vaporeux ; puis lui lâcha les ailes et l'oublia. Elle avait beau n'être pas toujours parfaite, maladroite, souvent, et un peu trop sotte, mais quand un travail pour une quelconque raison réclamait la discrétion, c'était là une manœuvre à laquelle elle excellait. Pas toujours de la meilleure façon, sans doute, mais jusque là elle s'en était bien sortie. Si bien que désormais, même si son père était venu lui réclamer de recracher ce nom ou si elle-même s'était trouvée vouloir s'en rappeler, elle en aurait été parfaitement incapable. Ceci lui porterait peut-être préjudice, plus tard – qui savait ? – mais au moins elle aurait la certitude de ne pas faire d'ânerie quant à ce sujet-là. Pour faire comprendre qu'on comprenait :

    « Oui Monsieur Chenille.
    Quand commencerez-vous ? »

Un temps, trois clignements d'yeux : n'était-ce pas à l'employeur, d'ordinaire, d'imposer une date ? Mais la notion d'"ordinaire" respirait l'absurde en un lieu comme celui-ci – peut-être. Elle sourit, avec un naturel qu'elle ne se permettait que rarement, plus concentrée à empêcher la joie de lui manger entièrement le visage qu'à paraître trop sage, car, enfin, elle était prise ! Ou le serait du moins ; mais tout ça, à ce qu'elle voyait, ne comptait plus que pour une question de temps.

    « Quand vous voudrez, Monsieur. »

Et une certaine déférence dans ce "Monsieur" réitéré qui ne lui correspondait pourtant pas. Tant pis, elle aurait le temps de trouver ses marques avant de se laisser aller à plus de familiarités.

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Dune Aracus
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Lun 30 Nov - 14:03


Elle s’excusa, légèrement empruntée et il haussa les épaules, l’œil rivé à ses tautologies sympathiques. L’enfariné des arrières-mondes passa – passait, moine gyrovague tartiné d’emplâtre. Le sinistre double tournait ainsi dans sa solitude - valse avec son reflet - sur une musique étrange ponctuée de Oui, monsieur Chenille. Et c’en était presque drôle … ! Oui, « Monsieur Chenille » – Fréneuse réprimait un ricanement, mi-rire nerveux, mi cri de douleur – et le Pierrot, dans sa détresse, semblait sourire aussi, mais à l’envers. Son manteau trop long, ses blancheurs trop vaines lui faisaient une traîne, et il s’était couronné d’Allégorie. C’était le spectre des ellipses entendues, le fantôme des déchéances – prochaines – passées. Telle était la chenille, elle aussi, à se perdre malgré elle dans ses rondes sinistrogyres … Elle s’accrochait alors à cette image un peu navrante, pour ne pas …

« Quand vous voudrez, Monsieur. »

S’envoler ? Au gré du vent, se laisser porter, de ça, de là, pareil à la feuille morte … Monsieur, disait-elle … ? Les Messieurs, pourtant, ça ne s’envole pas … Les messieurs, ça reste accrochés à des parapluies de statistiques, ligotés aux catadioptres mensuels, et ça hoche la tête, insensiblement, en signe de dénégation … Sans se retourner, Fréneuse voulut lancer un retentissant Ne m’appelez pas Monsieur, fierté des infirmes et des disparus, mais il vacilla juste, levant les bras, en une triste parodie d’équilibriste. A l’écoute du chant souffreteux des appels du vide.

- Demain, un autre jour, peut-être … ? Venez à la première heure – ou à la deuxième au fond, qu’est-ce que ça change ? Et puis nous verrons …

Puis la chenille fit volte-face. Elle avait eu le temps de replacer cette expression qui se voulait immuable, ce rire d’arlequinades. Tout était en ordre, l’œil invisible, les lèvres tirées, le costume de rapiéçage. Quoi qu’il arrive, quoi qu’il advienne, quel que soit celui qui se retrouverait devant lui … Le spectacle devait continuer – vaine prérogative d’ancien acteur, peut-être. Le Pierrot, vexé d’être soudain délaissé au profit d’une réelle et humaine présence, tira la langue, pleurant des sourcils. Et ses doigts ruisselaient, mimant les torrents de larme, quand il disparut dans un courant d’air. Fréneuse eut un sursaut, comme s’il se réveillait. Mais je manque à tous mes devoirs ! – L’avait-il dit ? Peu importe au fond, parce qu’il l’avait pensé très fort … Et c’était toujours suffisant. Il courut auprès de la demoiselle, immédiatement rebaptisée dans les méandres de son esprit, et lui tendant une main, il reprit, excédé d’importance :

- Et dire que je ne vous ai même pas proposé de visiter l’humble endroit des Fumisteries Galantes ! Suivez-moi, je vous prie.

Sans attendre - entendre - ses protestations ou ses enthousiasmes, il l’entraîna tout aussitôt sur des chemins tout tracés, et ils se perdirent, un instant, au fil des galeries qui s’effritaient, avec le temps, dans les cendres des illusions populaires - dans les souterrains, les rêveurs sont perdants. Et ils tournoyaient, à leur tour, dans les pas fantômes du bal disparu.

- Au début, vous apporterez les plateaux à ceux qui vous supplient assez clairement pour que vous les compreniez. Les enfumés ont, je dois bien vous le dire, un langage qui leur est propre – il faut parfois du temps pour comprendre leur subtilité …

Son sourire eut l’éclat d’un clin d’œil. Et il reprit de plus belle, désignant des absences du bout des doigts, et montrant d’un geste l’ensemble d’une pièce qui se dérobait, comme par pudeur, drapée dans sa pénombre.

- Il se peut, qu’au début - ces fumées, ces vapeurs, vous comprenez … Quelques maux de tête, des vertiges … Pas toujours très agréables. Vous vous y ferez - sans doute - petit à petit, vous développerez une certaine … Une certaine tolérance, à ces suggestions-là. Oh et vous verrez, ça prend moins de temps que l'on ne croit ...

Point de polémiques isolaxistes, point de licences poétiques – Fréneuse s’essoufflait, en ce jour. Alors il la suivante – oh, tenait-elle encore son masque, ou l’avait-elle oublié sur le fauteuil des oraisons véristes ? – contempler les brisants de son bateau de fortune, caravelle pour les pays de Brume, en silence … En se demandait si elle souhaitait toujours s'embarquer sur ce rafiot de pacotille, baptisé de poussière. Il était encore bien des questions, tristement terre à terre, pour venir les enchaîner toujours plus aux basses et matérielles obligations. On parlait généralement de contrats, de salaire, et autres viles préoccupations pécuniaires. Les lois voulaient astreindre jusqu'aux vendeurs d'illusions, toujours. Et c'était bien regrettable.

- Peu à peu, vous apprivoiserez les murmures des rêves, j'ose l'espérer ...

Silencieuses causeries.

Vous aurez, vous avez peut-être bien des questions ... Vous me les poserez, comme bon vous semble. Prenez garde cependant à ce que les réponses que l'on vous donne n'effraient point trop votre monde. Il est assez difficile, ici, de garder longtemps ses rationalités quotidiennes.

Un léger rire, tout à fait malvenu accompagnait ces derniers mots, teintés d'une légèreté tragique. Puis Fréneuse la raccompagna, lentement, jusqu'au comptoir. Et quoi d'autre ? Les questions importantes avaient été explorées, il n'était plus temps pour les questions sérieuses ! Il attendait - peut-être demanderait-elle ... ? Mais les chuchotis des entre-mondes reprenaient déjà leurs séductions faciles, et il ployait, l'hérésiarque, sous l'amour fleuri des ribambelles. Une révérence, peut-être, un simple signe de bienvenue, alors qu'il ouvrait la porte aux accès déchirés et aux mondes des désirs qu'on n'ose pas faire vivre. Elle comprendrait - ou pas - la beauté triste de cet établissement de flâneries où l'on se fane, à humer le poison de ses inconscientes turpitudes ... Elle rejoindrait - peut-être - ce ballet incessant de silhouettes, qui forment les romans de la vie cérébrale ... Quelques pas, la brise fraîche du dehors sur la joue couperosée par la violence des hasards, quelques mots que l'on jette, peut-être, sur la coupelle grise du comptoir ... Et dans le chaos sans nom de sa mémoire, brodée d'inconstance, Fréneuse fit signe à son avenir, tandis que quelque part dans un coin d'imaginaire, une chenille murmurait : A bientôt, n'est-ce pas ... ?


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mr. tout-le-monde... ou pas !
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HUMEUR : Fumiste.
CITATION : Une dissonance placée où il faut donne du relief à l'harmonie. [Leibniz]

BOITE A JETONS : 0000

FICHE : Rien de si plat qu'une suite d'accords parfaits.
NOTEBOOK : Va te coucher, mon cœur, et ne bats plus de l'aile.
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère Dim 6 Déc - 12:42


    « Baah ... J'y serai. »

Quand ? On verrait bien. Il ne fallait pas laisser de liberté à Dune : c'était bien trop espérer d'elle que de la croire capable de sérieux, de responsabilité, ou même tout simplement du moindre sens temporel. 'Un autre jour' c'était demain, d'ici dimanche, dans trois mois, quatre ans – c'était hier, pourquoi pas ? Et elle regarderait son cadran solaire de poignet avec la moue songeuse : 'C'était-ti aujourd'hui, déjà ? Mais non, on a tout le temps du monde !'. Si bien qu'en définitive, peut-être ne remettrait-elle plus jamais les pieds à la Muse Galante. Peut-être ... Mais l'endroit lui plaisait bien, pourtant, et l'envie était là. Alors oui, elle "y" serait – tôt ou tard, sans doute, et pas nécessairement plus tard que tôt.

Elle atteignait déjà la porte, distinguant dans la brume de l'encéphale une petite ouverture à l'air frais, et cependant cet air ne semblait pas permettre une meilleure respiration mais, au contraire, n'impliquer que la brulure glacée des vents trop purs. De même que la nudité du dehors, opposée aux enveloppements liquides, l'agressait autrefois de sa dureté que l'habitude n'atténuait pas encore, de même l'odorante opacité de la Muse avait des côtés couverture, tendre et chaleureuse, dont le palier semblait expulser violemment. Comme toujours évidemment l'appel du ciel saurait bien la guider ; mais le confort, la curiosité du lieu, la flemme lui attachaient des élastiques aux pattes, si bien que chaque pas vers la sortie semblait les tendre un peu plus et la tirer vers l'arrière avec un peu plus de force. Et puis pleuvait-il encore ? Dune aimait la pluie, mais son masque allait finir par y rester. Son masque ... !

Elle n'eut pas le temps, néanmoins, d'y songer davantage : déjà un élastique humain avait claqué près d'elle, l'entraînant souplement dans les profondeurs enfumées auxquelles elle aspirait. Sa petite main dans ces grands doigts, et – chtonk ! – voilà que défilaient sous ses yeux ébahis les paysages galants. On lui parlait ; elle comprenait – miracle inattendu – ; et l'agenda quotidien auquel il lui semblait déjà goûter s'installait, pépère, dans les fauteuils de sa mémoire. Rien ne garantissait qu'il y restât bien longtemps avant de se voir chassé par quelques raz-de-marée de distraction puérile comme le petit salon des souvenirs immédiats en subissait bien souvent ; mais enfin elle verrait bien. Quoi qu'il en fût et quoi qu'il en serait, des hochements de tête et quelques grommellements d'approbation dégringolaient de sa bouille trop secouée à chaque nouvelle phrase et recommandation. Pour l'instant, le spectacle de ses services joyeux s'envisageait sur sa rétine : elle se voyait déjà voleter avec grâce entre des clients et clientes charmés, sauter à pied joints entre une table et une autre, se perdre en courbettes et tourbillons, s'oublier dans ses ouvrages parfaitement maîtrisés avec moult sourires dentaires.

Toutes les difficultés à venir dont on lui faisait la liste lui échappaient entièrement : des maux ? Trop de mots, oui, quand tout semblait si simple ! Toutes les questions que la logique la plus basique aurait dû lui souffler ne trouvaient en elle aucun écho ; là encore, pourquoi se compliquer la vie ? Elle viendrait car elle le voulait et qu'on le lui permettrait ; elle s'y plairait, s'amuserait comme tout travail. L'argent et autres considérations ne lui viendraient en tête que plus tard, lorsqu'elle y serait directement confrontée. Il lui était impossible de prévoir à l'avance quand elle aurait besoin d'espèces sonnantes et trébuchantes (surtout trébuchantes), car quoique ce fût à l'origine la raison de sa venue – se renflouer les poches –, tout lui paraissait trop comme une grande et merveilleuse aventure pour qu'elle pût songer à s'en rappeler la dimension pécuniaire. Un couinant 'Et ma paie ?' ne lui échapperait que lorsqu'elle serait face au vide désemparant de sa bourse et de son estomac, ou inversement, et que les friandises qui lui colleraient le nez aux vitres des magasins se seraient vicieusement changées en étiquettes de yubas. Et si alors la somme qu'on lui verserait ne lui convenait pas, elle saurait bien crier, faire hululer ses droits et mener le scandale tambour battant. Pas d'inquiétude.

Une unique question lui venait, qui n'en était pas vraiment une :

    « Vous êtes fou, pas vrai ? »

Et comme, la tête encore pleine des merveilles du lieu et de l'inquiétant babillage de leur propriétaire, elle se détournait d'un petit mouvement de la main pour aller récupérer le masque qu'elle avait en effet oublié dans les fumerolles :

    « Mais c'est pas grave, hein, ça vous va bien. »

Comme s'il était à elle de juger, comme si la sainteté d'esprit était une de ses caractéristiques propres, Dune reprit la chose molle qui dégouttait sur le sol et s'en cacha les joues avec un air de princesse enfilant son loup. Un dernier petit hochement de tête au 'Monsieur', comme pour faire comprendre que la folie – triste maladie s'il en était ! – ne la dérangeait pas, et qu'au contraire elle saurait bien s'en accommoder. Quelque hypocrisie dans cette fausse politesse qu'elle-même aurait détesté si elle avait pu se voir, sachant que les traces d'enfance – de logique enfantine plutôt ... d'absence de logique, voilà – étaient ce qui l'attirait le plus ici. Plus que les jolies fumeuses ou que les jolies fumées, c'était ce grand chapeau et ce regard-papillon hyperactif qui l'avaient convaincue, et la convainquaient encore.

Elle singea une révérence, sortit à reculons puis, une fois sur le seuil, tourna les talons et s'enfonça dans la fraîche "normalité" qui effaçait déjà les derniers vestiges nostalgiques que la Muse lui avait posé comme un châle sur les épaules. Seule réminiscence : une légèreté de pensées, un flottement sous le crâne, et la satisfaction douloureuse des choses accomplies mais dont un détail, dont le souvenir précis échappe, laisse traîner comme un trouble.


[ Bon, bon, bon, je ne sais pas trop si tu as de quoi réagir là-dessus ... Du coup je te laisse voir si tu préfères clore ou si on arrête là ♥ Et dis-moi si quoique ce soit ne convient pas, of course ! ]
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Dune Aracus
mlle. tout-le-monde... ou pas !
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FICHE : One Mask to rule them all, One Mask to find them
NOTEBOOK : One Mask to bring them all and in the darkness bind them. Muahaha.
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère

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Chroniques d'un primate en milieu lépidoptère

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