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Sleep with the fishies my dear (Chimney)

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MessageSujet: Sleep with the fishies my dear (Chimney) Ven 9 Oct - 3:46

Le Ciel a-t-il formé cet amas de merveilles
Pour la demeure d'un serpent?

Pierre Corneille


Woolyland. Il y a quelque chose, dans ce nom, un soupçon d'apocalypse. Comme si l'on prévenait déjà que le séjour, ailleurs, aurait été plus plaisant. Woolyland est du mauvais côté du conte, celui où n'importe quoi peut devenir, subitement, incontrôlable. Le côté pourri du fruit, où même le ver hésite à s'aventurer. Woolyland a ses rumeurs, qui flottent dans les mémoires et se manifestent par les doigts tendus de nos aïeuls. Ne va pas là bas, mon fils, en ces contrées maudites, chaque ombre se voit pousser des griffes, et dans le seul but de te manger.
Même les plus aguerris n'aiment pas trop ce coin particulier de Malkins.

Que fais-tu là, petit Ramoneur ? Quelle folie te prend d'égarer tes pas aussi loin ? Les corbeaux, silhouettes de sang tournoyantes affleurant du bout des ailes le plomb du ciel semblent s'interroger, chaque cri décharné abaissant un peu plus les niveaux de sécurité très relatifs aux abords de la forêt. Peut-être sont-ils les yeux et les oreilles de l'Entropie, ici bas, peut-être est-elle avertie... Peut-être va-elle surgir d'un moment à l'autre entre cette forme noire et cette masse sombre. Ont-elles bougées ? Fais demi-tour, petit Ramoneur. Il n'y a rien pour toi ici, seulement une fin prématurée, seulement un passage dans les faits divers, et tes abatis sont déjà en train de monter aux enchères, là dans l'obscurité. Est-ce que tu vaux plus de 8 500 yubas, Ramoneur, par ici ?

On présume -On. Marque évasive de non-connaissance. Maque de piège.- on présume qu'il se cache ici, le Collectionneur. Peut-être est-ce une de ses anciennes filles de joie qui a renseigné le Consultant. Elles sont encore partout. Elles sont encore trop nombreuses. Et aucune preuve ne démontre qu'elles ne sont pas, encore, de son côté, gigantesque réseau d'information charnel dont la base de donnée s'effectue dans les draps des officiels ? N'y pensons pas. Évitons de toucher du doigt ce qui fait mal. Mieux vaut être borné. J'espère que la force d'âme empêche de faire trembler les jambes, cela dit.

Froissement de velours déchiré. Une ronce, dans le fouillis dantesque de la forêt, s'est délicatement dépliée. Un corbeau trop jeune, un corbeau trop fatigué, a vu en cette offre un moyen de reposer son vol. S'ensuivit un bruit curieux, d'oreiller lacéré par de vindicatifs barbelés. Et c'était fini. Plus de corbeau. Juste un nuage délicat de plumes suiffeuses, atteignant la terre en imitant d'étroits bateaux noirs. L'échine de la forêt d'épines frissonne de contentement, fait ondoyer l'horizon lacéré. On croit entendre un rire, une ritournelle. Juste une seconde. Il est temps de faire son choix, Ramoneur. Entrer, ou s'en aller.

Entrer, pas vrai ? Le courage n'a jamais véritablement favorisé la survie. La sélection surnaturelle de l'endroit privilégie les Sournois. Une question de compatibilité d'ambiance.

Si la forêt, de l'extérieur, semble produire sa propre obscurité, une fois à l'intérieur, elle nous détrompe aussi vite. Il n'y fait pas noir. Le monde semble juste avoir vieilli, vieilli... La ronce et l'aubépine rivalisent d'ardeur pour plier en arabesques dans les coins de l'Ambrotype sépia qu'est devenu cette Quête. La terre est humide, sous les pas, colle aux bottes. Un nœud dans une racine apparence, ici, ressemble à une paupière, mais elle ne s'ouvre sur aucun œil. La chape de peur semble dépassée, bastion exagéré de protection anti-intrus. Ramasse tes entrailles, Ramoneur, ta traque commence ici.

Il n'est même pas vraiment mal-aisé de progresser dans les méandres de la forêt. Suffit de jouer des coudes, suffit de négocier avec elle, et lui proposer en tribut quelques lambeaux de manches et quelques joues écorchées. Elle s'en contente. Elle laisse passer. Une vieille maison, ici, atteste du bien-fondé du Renseignement. Il vit après le premier village. Au pied d'un.. D'un chêne GIGANTESQUE que la mer de Ronces n'a pas encore dévoré.. Le village est bien là, figé dans sa malédiction, endormi comme la Belle dans son château, tout au fond, là où la lumière finit vraiment par disputer à la Plante le droit d'exister. Des objets jonchent le sol, recouverts d'un sfumato d'ancienneté. Tout s'est arrêté brusquement, la vie à déserté les lieux comme si on l'avait chassé d'un piston. Le vent inexistant agite la roue libre et grinçante d'une carcasse de landau échouée sur le côté, dont tout bébé s'est enfui depuis la nuit des temps, certainement poursuivi. Dans le silence, ce bruit paraît obscène, impie, une véritable nécromancie de Souvenir. La toute petite rengaine qui empêche ce village de sombrer définitivement dans l'inexistence.

Très bien, voila le Chêne. Difficile de le manquer. Et quand bien même, ses racines nues, lavées d'intempéries, font trébucher sur un kilomètre à la ronde, vengeance personnelle d'avoir été constricté. En dessous des branches squelettiques, la fin du voyage. Une roulotte crevée, calfatée de tissus colorés en décomposition, indique par de très commodes signaux de fumée qu'elle est encore habitée. Ephren doit être là dedans, parasitant le parasite.

Ne reste plus qu'aller le cueillir, n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: Sleep with the fishies my dear (Chimney) Dim 11 Oct - 12:41

L'intrus. Voilà. Il était l'intrus.

Vautré dans la sinuosité des collines escarpées, sur son fauteuil de mousse grisonnante et de landes monotones, le brouillard regardait l'indiscret d'un air harassé, étalant ses rondeurs sur les éminences végétales. Il en avait l'habitude, des téméraires bravant toute prudence. Il y avait les adolescents ecervelés, les traqueurs présomptueux, les voyageurs égarés. Et puis il y avait eux. Ceux que les replis de la toge bouffante des nébulosités cachaient en leur sein, et qui s'y terraient assez bien pour que Woollyland, grand seigneur, ferme les yeux. Quoi ? Des malfaiteurs ? Chez moi ? Il faut mieux chercher, messieurs les traqueurs. Fouillez tant que vous voulez, ne vous gênez surtout pas. Allez les chercher. Il serait dommage que cette si belle contrée soit souillée de leurs nuisances. Oui, vraiment...

Les traqueurs venaient. Voyaient. Partaient, les mains ou les entrailles vides. Mais le chemin se déroulait devant lui, longue langue qui attend que l'on soit assez engagé pour avaler la nourriture qui s'est si gentiment offerte. La forêt s'ecartait comme le rideau d'un théatre, n'espérant que le moment approprié pour faire chuter sur l'acteur les draperies organiques. Allons, petit importun, le chemin le plus long sera celui du retour. S'il y en a. Toutes ces incitations au volte face ne semblaient pas trouver le chemin des oreilles du Ramoneur. Intrus ? Ce mot s'était tant imprégné à sa personne qu'il ne comprenait pas qu'ici plus qu'ailleurs, sa présence était indésirable. Le consultant se remémora une dernière fois les indications que ses informateurs avaient laissé filtrer, entre deux suggestions d'abandon. Et entra, tous les regards des frondaisons braqués sur sa personne. Il n'était pas le prince charmant. Et la princesse endormie ne se laisserait pas imprimer d'un seul baiser. Les artifices de la forêt de ronces ne l'inquiétaient pas, conscient que la chape de peur périphérique n'était rien, comparé au calme terrifiant de ses profondeurs. Là se claquemuraient les pires épouvantes, et l'enchantement des sous bois ne perdait jamais contenance face aux filets de sang dégoulinant les ronces.

Une prime valait-elle bien la peine de s'aventurer jusqu'ici ? La Tour était impliquée dans nombres d'affaires, et son visage désabusé était orné d'une jolie prime à quatre chiffres. Ce n'était pas un ange, ce n'était pas un épouvanteur. Dans le monde désespérement optimiste du ramoneur, il pouvait ouvrir les yeux clos d'une triste désillusion que les avis avaient peints sur la face monocorde du criminel. Aussi, une forêt de ronces, un criminel en cavale, un danger de mort, rien ne pourrait cautionner une fuite. Entrainé par un espoir imbécile et son idéalisme sans faille, le Ramoneur s'était persuadé pouvoir extirper le criminel de sa mer de ronces. Rapunzel n'est plus séquestrée dans son etroite prison sans portes. La Tour n'a plus lieu d'être, à moins de lentement se detruire sous les assauts végetatifs de la flore nébuleuse. La prime l'aidera simplement à arrondir ses fins de mois souvent un peu trop carrées.

« Au pied d'un chêne. Gigantesque. », murmura la voix plate de l'ouvrier. Eh bien, nous y voilà. Les sous bois aux atours inoffensifs dispensaient assez de lumière pour l'autoriser à discerner la masure dans lequel vivait les 8500 yubas qu'il était censé récupérer. Au dessus de la tour végétale, une caravane. Le Ramoneur aurait presque imaginé que la Tour habiterait les replis sombres et inextricables du chêne ridé plutôt qu'une habitation aussi familière. Le pouvoir de l'imaginaire est souvent traître. Un regard en arrière. Les maisons décharnés s'effritaient lentement sous la petite brise que laissaient passer les rameaux. Il n'était plus temps de faire demi-tour. La traque commence, et ce n'est pas en poussant la porte et en déclamant une quelconque phrase qu'il bouclera l'affaire. La Tour valait sa prime, et ce n'est pas les moustaches qu'ont dessiné les gamins du quartier sur les avis de recherche qui le démentiraient.

Ayant eu la bonne idée de troquer l'extremité de son balai noir de suie contre la hallebarde qui agrémentait ainsi son dos, il était armé. Mais la force gagnerait-elle contre les spéculations évasives et les jeux d'esprit de la Tour ? Il n'y avait qu'une manière de s'en assurer. Brisant l'immobilité qu'il venait d'offrir à la clairière, il élança un premier pas timide, suivi d'un autre. Il savait se faire silencieux, mais si les murs ont des oreilles, la forêt a surtout des yeux. Des milliers d'yeux, gigantesque réseau oculaire tapi au dessus de sa tête et reportant le moindre de ses gestes à leur maître. C'aurait été trop facile. Et la roulotte était posée là, telle une évidence. Telle une invitation. Venez, venez, tenter de me cueillir, et ce sera vous qui ornerez bientôt mon herbier, disaient les tentures bariolées.

Søren était poli. Très poli. Trop poli. Mais certainement pas assez pour pousser le vice jusqu'à toquer à la porte d'une de ses cibles. Sa main hésita toutefois, avant de descendre s'abattre sur le loquet, violant la propriété privée de la Tour avec une facilité déconcertante. Il avait bien peur que le domaine de sa cible ne soit étendu à la limite des racines de son chêne survivant parmi les ronces. La poignée tournée et la porte entrouverte, il remarqua qu'il semblait presque faire plus sombre à l'extérieur qu'à l'intérieur. Ses doigts entourèrent l'un des couteaux suspendus à sa ceinture, tandis que les autres s'affairèrent à pousser d'un coup sec la porte. Que faire, sinon procéder de cette manière désuète ? Mettre le feu à la roulotte, en éveillant à peu près tout ce qui grouillait dans la forêt de ronces ?

    « Messire Ephren Maradh ? »

Une politesse désespérante. D'une main prudente, il vérifia l'absence de présence embusquée derrière la porte, avant d'engager un pas dans la caravane, arrachement un hurlement grinçant au sol parqueté. Une oeillade balaya la pièce, et son regard se fixa soudain. Il l'avait trouvé. C'est à cette seconde précise que la traque commençait.




Dernière édition par The Chimney Sweep le Ven 6 Nov - 6:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sleep with the fishies my dear (Chimney) Mar 27 Oct - 22:08

L'extérieur n'est plus rien. Il n'existe plus. Ni celui, resserré, restreint, que l'on accorde à la forêt de ronces, ni celui, vertigineusement effacé, du monde entier, de Malkins, Woollyland, Shook Shook Road... Le temps et la notion d'espace se sont suspendus à l'entrée du Ramoneur dans la pièce étriquée, lourdement huilée de fumée d'opium, de calme repeint à l'Ebola. L'antre du Traqué respire le vide affectif et la privation, l'avidité. Il a mangé ses propres parois, les a recouvertes d'étagères, pour mieux les posséder. Au plafond pend des squelettes articulés de bêtes étranges, des ouvrages de laine et de croyances, et lui n'est pas là. La proie n'est pas là.
Et pourtant, elle parle.

- Ephren. Ephren comme un Prénom, Ephren comme une désignation. Et Maradh, cela n'est rien, vous savez ?

Respiration, dans les ombres. Les bocaux sur les murs luisent et grouillent, dispensant une clarté adipeuse et jaune de vieil organe malade. Ca s'agite à l'intérieur, des centaines de petites pattes, des centaines de petites pensées. Des éléments chimériques déconstruits flottent mollement dans la glycérine, et tous semblent regarder dans la direction de l'intrus. Parmi les amoncellements de tissus colorés, encore parfois attachés à leur rouleau, qui jonchent le sol et fait disparaître le plancher, s'éloigne délicatement une mince ligne de fumée orangeâtre. Et la voix s'élève de nouveau, conjuguant ce ton grave et lent au plus-que-parfait de l'absence de menace. TA menace, Chimney.

- Vous semblez l'utiliser comme un nom de famille. Maradh, Ephren. Nom de famille - Prénom. Merveilleux... Tout semble déjà revenir dans l'ordre. Alors... Alors, qui êtes-vous. Les timides et les demandeurs frappent. Les Traqueurs... Ne savent pas que j'existe. Ils sont trop occupés ailleurs, avec ces grandes primes à cinq chiffres. Rassurez-moi, la mienne n'en comporte toujours que quatre ?

Voila, ca y est, cela ne fait plus aucun doute. Aucun golem ne garde la porte, aucun Minion de Sang ne trompe l'oeil. Déjà la coiffure improbable s'extrait de l'imbroglio de soieries. Il n'était pas allongé, il était debout, debout et invisible allez savoir comment. Peut-être simplement trop bien camouflé, ressemblant trait pour trait à la tapisserie noueuse léchant la paroi de la roulotte. Son visage se devine en tout dernier, surimpression de fumée au bout de sa cigarette. Il est rare, ce visage. Rare et ultimement banal. C'est bien le même que sur les affiches. Ou peut-être en est-ce un autre, car l'affiche n'est qu'un souvenir vague imprimé de moustaches écarlates, au marqueur. Et elles ne sont pas là. Les yeux plissent, Ephren semble l'étudier, lui le corps étranger empli d'antiseptique que l'on cherche à enfoncer dans la gangrène, d'aventure qu'elle en guérisse. Tirer sur les manches du bout du regard, glisser dans les cheveux, et y laisser de cette colle bleuâtre ou verdie qui traîne au coin de son inspection. Mauvaise couleur pour des yeux que celle du lagon d'orage. Mauvaise couleur. Trop proche. Ephren s'est approché tellement près que son odeur est perceptible, sous le lourd parfum d'encens et de désoeuvrement du lieu. Juste le temps de lui signifier que, lui aussi, il est rapide.

Il se détourne, c'est fini, il est reparti. Il ne prête pas attention au non-invité. Dans une jarre froufroute un fongus gigantesque, fichant la trouille aux souris avoisinantes. Les "Merveilles" semblent toutes plus étranges et répugnantes les unes que les autres.

- Alors, vous me lisez mes droits ? Puis-je bénéficier de cette déshumanité glaciale que vous osez reprocher aux autres à renfort de yubas tagués sur les murs ? Ha, venez, puis-ce que vous êtes là. Et lâchez-moi ce couteau, que pense-vous donc ? me blesser ?

Un petit sourire. Rien n'a d'importance. Chimney ne l'attrapera pas. Il le contrera avant. Il le déviera. Chacun de ses doigts porte a lui seul tant de merveilles qu'il ferait oublier la lucidité de tous les hommes. Il est le collectionneur, et, en cela, il est Intouchable. Le Faiseur. L'envieux. Le désiré. Et le Ramoneur n'est qu'un morceau de papier flottant à la surface d'une fontaine de doutes et d'obscurité. Suffit d'attendre qu'il ne se délite. Ses yeux couvent, alors qu'il avance une table, sortie de l'Entropie, qui navigue dans toute la pièce. Et qu'il y dépose ne paire de soucoupes. Aucune personne bien élevée, à Malkins, ne peut refuser l'appel de la tasse de thé. Mordillement de lèvre. Sensualité nébuleuse des personnes un peu trop cassées. Celles qui vous observent de par derrière leur épaisse parois de Malsain et de Dégénéré. L'air n'existe pas, entre vous, vous n'expirez que de la défiance. Tous les deux sont des chasseurs, et la proie est le regard de l'autre.

Le collectionneur est lisse, rocailleux. Il ne laisse entrevoir aucun trouble. Aucun agacement. Cet homme qui a foulé ses terres, cet homme là pour le tuer, pour rapporter ses chairs aux greffiers sans majuscules, juste pour toucher cette prime, juste pour gagner des yubas, d'imbéciles yubas, il ne lui en veut pas... La monnaie est quelque chose qui n'existe pourtant pas. Preuve en est que la Tour vit superbement sans un seul spécimen en poche. Il a déjà tout, il est le Ventre du monde. Des doigts étriqués frôlent l'aile d'un nez. Son propre nez absent dont lui même ne connait pas les contours, tant il est inexistant à la face du monde. La tour n'est qu'une aura, une Impression. Celle, horrible et englobante, de n'être qu'une marchandise au soleil.

- Huit mille cinq cent yubas. Les cinq cents ont été ajoutés après que Vilo ai parlé de proxénétisme. Huit mille pièces pour un meurtre, cinq cent pour avoir ruiné la vie de dizaines de filles. Est-ce juste, délicieux inconnu ?

Un petit temps. Juste assez pour commencer une phrase. Juste assez pour l'avorter sous le coup de dent ferme du Greffier, qui a repris.

- Non. Oh, je suppose que non. Non, non. Mais quelle importance. Cela va cesser aujourd'hui. N'est-ce pas ? Ce thé est-il assez sucré ? Assez doux ?

Qui aurait refusé une tasse de thé ?
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MessageSujet: Re: Sleep with the fishies my dear (Chimney) Lun 9 Nov - 21:24


A peine eut-il posé son pied dans l'antre de la tour que ses convictions s'étaient envolées. Ecroulées d'un soupir, du simple souffle pesant qui animait la charette bariolée. Il n'y avait aucun danger immédiat. Aucun eclat de lame ne s'était interposé entre lui et son but de manière à démontrer clairement ses limites, aucune main s'était portée à son cou, tentant en vain d'obstruer son inutile trachée, rien n'avait attenté à sa vie. L'air appesanti sur son être n'avait d'autre effet que de voiler son champ de vision. Le mince brouillard sommeillant dans la maisonette s'éveillait à peine et les maigres rayons du soleil n'altérait pas encore la nuisette de la demeure de la tour. Ses yeux avisés glissaient d'un recoin sombre à un autre, cherchant la proie dont seule la voix se fit entendre, tendre echo parmi les ombres farineuses.

Les tissus respiraient faiblement, animés d'une quelconque turbulence. Ils chuchotaient entre eux, observant de leurs mille enchevêtrements comme d'autant de petits yeux acerbes le gêneur ou l'inconscient qui s'était infiltré dans ses lieux où la nouveauté semble bannie. Il amenait une tranquille effervescence, et déjà la tour vacillait, ombre ou splendeur de sa solitude. Mais pour rétablir sa décadente entropie, la Tour bougeait déjà les pièces, détournant les règles de son propre jeu, tournoyant et se cachant là où elle aurait dû mener le combat de front, condamnée à toujours marcher droit. Et lui, quels atouts possédait-il en cet espace qui n'était pas le sien ? Aucun, sinon celui d'écouter, et d'essayer de localiser le propriétaire de ces cordes vocales, afin de ne pas se retirer toute chance de vaincre l'adversaire. Figé à un pas du seuil de la porte, qui lui sussurait déjà de faire demi-tour sous peine de perdre ce à quoi il tenait, le ramoneur était inutile, faible, et les mots que sa proie formulaient le perdaient dans sa logique primaire, si éloignée des tourments et des jeux d'esprits des humains. La bouche entrouverte, il n'osa pas élever sa médiocre voix, décelant enfin sous les motifs improbables des tapisseries l'ombre caractéristique de la présence, qui ne semblait s'être dévoilée que parce que cela faisait partie de son bon vouloir.

Les couleurs vives et sales de la Tour faisaient face a la sage teinte ardoise de l'intrus. Et il se rapprocha. Vite. Il ne broncha qu'à peine, sachant que face aux inexplicables excentricités des criminels aux moeurs détachés de toute logique, l'impassibilité était de mise. Suivant d'un regard insipide les mouvements ophiques de sa prime, à portée de main, à portée d'oeillade, il ne bougea pas d'un centimètre, figé selon la longue tradition des peintures, ses yeux étant les seuls à sembler suivre le Vivant. Il avait le sentiment d'avoir le mauvais rôle, celui du rapace face à l'inextricable artiste, que les humains ne semblent pas comprendre. Tout geste était calculé et ses paroles denués d'intérêt sous entendaient mille choses bien plus lourdes de sens. Il était artiste dans son atelier, et l'on osait y pénétrer, par impudeur ou par ignorance. Mais il était le rapace, et ce vautour de Ramoneur ne prenait longtemps garde à ces lointaines références, l'art n'ayant plus aucune valeur pour lui depuis que le seul chef d'oeuvre qui lui fût donné de voir se trouva n'être que la façade d'un monstre.

Tout comme la Tour en faisait partie.

L'art n'est que l'antithèse de l'honnêteté, semblerait-il, et il fut à ce moment bien heureux de n'être qu'un rebut parmi les toiles du maître. Le ramoneur jusque là figé osa élever la voix, apès une longue formulation mentale de ce qu'il voulait exprimer

    « Qu'importe le montant, messire Maradh. La prime n'est là que pour signaler vos fautes. »
Et il proposait du thé. Innocement. Depuis tout à l'heure, les soucoupes narguaient ses yeux, l'invitant à respecter ses propres règles de politesse. Mais ce serait en faire fi que de s'attabler au même moment qu'un être des hautes sphères, tout corrompu soit-il. De plus, il avait des principes simples. Le ramoneur joua de son couteau, le prenant en main plus confortablement

    « Je suis chasseur de primes. » murmura-t-il, soulignant l'évidence, afin de ne pas avoir à dévoiler la moindre parcelle de son identité.


Il connaissait les phrases. Il ne restait plus qu'à les réciter, tel le gentil esclave de l'humanité qu'il était, piètre comédien en cette pièce improvisée. Il esquissa un pas vers la table, amaigrissant la muraille qui s'était dressée entre les deux chasseurs. A l'endroit où le Ramoneur risquait vite d'être la proie.

    « Et je ne traite pas avec des gens comme vous. » souffla-t-il, si bas que ses paroles aurainet pu être adressée à sa propre personne, si pendant ce court moment il n'avait pas fait pivoter son corps de manière à plaquer la lame de son couteau contre la gorge de la Tour. Et ses paroles auraient presque été meprisantes, si le Ramoneur n'avait pas été ce qu'il était. Banal. Infâme. Inintéressant. En croisant le regard qu'il jeta à la Tour, quiconque pouvait saisir sa simple abnégation au contact social, lié à son désir de justice impartiale et pure de quelconque corruption. Il ajouta, avec la maladresse qui lui était propre. «... Le thé n'est pas très bon pour ma... santé » tenta-t-il de dire avec un sourire, mince trait longiligne, à peine arqué. Ridicule essai. Tout semblait joué, à présent. Il n'avait plus qu'à dire la sentence de fin, clôturant cette entrevue par l'impolitesse de son refus.

    « Veuillez me suivre, messire Maradh. »


Mais les quatre chiffres de la prime d'Ephren réclamaient sourdement leur appartenance. La tâche n'était jamais aussi aisée qu'on ne l'imaginait.


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MessageSujet: Re: Sleep with the fishies my dear (Chimney) Sam 28 Aoû - 19:06

    Pluies de poissons, pluie de grenouilles, pluie de chats et de chiens parfois même - et comment oublier les pluies de hallebardes ? - : tous ces phénomènes qui ne sont manifestations que d'une seule chose - les caprices de Mère Nature, femme impulsive et indécise.

    Ce fut ce même tempérament impulsif qui, déjouant les prédictions les plus sages des météorologues de Malkins, vint déjouer les deux destins qui se jouaient dans la roulotte. Avaient-il seulement prêté attention aux sifflements de plus en plus pressants du vent ? A la plainte déchirante qui, peu à peu, gagnait en ampleur et en urgence ? S'ils le firent, c'était de toute façon trop tard ; la tempête avait déjà atteint suffisamment d'ampleur pour que s'aventurer à l'intérieur devînt dangereux - et puis, un souffle plus puissant vint ébranler jusqu'aux murs de l'habitat.

    Un nouveau coup de vent ; et, cette fois, ce fut le plancher qui bascula, déséquilibrant les deux occupants. Encore un coup et la caravane vacilla ; sembla, un instant, s'immobiliser ; puis, avec toute la grâce irréelle d'un bâtiment volant... s'envola.

    Tower réussit-il à s'agripper à un pan de bois ? Fut-il retenu par un pli de ses amples voiles ? Quoiqu'il en soit, seul Søren fut propulsé contre la porte de la caravane - laquelle, n'ayant nullement été prévue pour soutenir le poids d'un humanoïde, céda.

    Le petit ramoneur eut, somme toute, de la chance. Tombé de trente mètres, il aurait facilement pu se blesser ou, du moins, s'écorcher sévèrement sur les branches de la forêt que survolait maintenant la caravane ; au lieu de ça, un courant bienfaisant s'empara de son corps et vint, après quelques cabrioles facétieuses qui l'emportèrent dans quelques tonneaux à grandes vitesses, le déposer délicatement quelques kilomètres plus loin, sur les échantillons d'un marchands de matelas itinérant. Quant à Ephren, quelque fut son destin, une chose fut sûre : nul n'entendit plus parler du marchand de merveilles dans les contrées Malkinsiennes, là où l'on parlerait longtemps encore de la mésaventure ramoneur volant.

    Une forme de justice douteuse, peut-être, mais une forme de justice quand même - probablement.
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CITATION : Je suis Dieu. \ô/

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