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Faïences et défaillances [Oz ♣]

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MessageSujet: Faïences et défaillances [Oz ♣] Sam 24 Oct - 20:10

Faïences et défaillances

Ce n’était pas du vol. Juste de l’économie.
Après s’être donné la peine d’occire un individu sans entourage – bah ! Deux victimes de plus – Sylar, gendre imposé mais non moins parfait, recevait son héritage avec le plus grand soin – nous éluderons naturellement certains accidents précédemment survenus, quelque part sur Shook Shook Road.
Comblé d’ingrédients en tous genres à l’usage de ses très respectables sciences, et qu’il aurait été dommage de gâcher, il avait également eu la surprise de découvrir, dans des fonds de bois moisi, un chèque-cadeau valable chez Oz’s, d’une valeur – remarquable – de huit cents yubas – c’était le prix de certaines têtes criminelles, après tout.
Puisqu’il fallait au mieux rentabiliser les efforts fournis et s’en récompenser, Sylar avait décidé de se rendre dans la pittoresque boutique de magie, un après-midi, pour y flâner et, il l’espérait, trouver de quoi le contenter. Nul grimage, du reste, n’était prévu. Un peu d’astuce, tout au plus, ce qui, nous nous en doutions, n’était pas nécessairement synonyme de « manque d’efficacité ».

Une ombre avait filé entre les étalages de la boutique, comme un murmure, dérangeant la vivacité des couleurs. C’était un homme, assez grand, certes, mais par trop dissimulé et épaissi de tissus noirs, qui démentaient habilement sa sveltesse, comme son large chapeau, la finesse de son visage. On eut à peine le temps de le voir disparaître dans les escaliers…
… qu’il gravit deux à deux, jusqu’au quatrième étage.

Muselant son essoufflement, Sylar – car il s’agissait bien de lui, embrassa les lieux du regard… fut satisfait de n’y voir personne, excepté une femme qui, de ses doigts, effleurait les courbes d’une clé magique. Il la dépassa calmement, puis se risqua finalement à dégager ses yeux de la noirceur de son chapeau, sans l’ôter toutefois. Vrai, ce n’était pas tout à fait de la flânerie. Car pour avoir observé l’établissement à quelques reprises avant d’y mettre les pieds, et feuilleté la brochure des articles proposés, Sylar savait déjà ce qui représenterait le tiers – ou presque – de sa dépense – qui en réalité, n’était pas la sienne. Une fantaisie, comme tout ce qui provenait d’ici, un choix d’esthète.

Il acheva sa paisible course devant la vitrine des Tasses Mademoiselle et en considéra la serrure, sans d’abord témoigner le moindre égard aux mignonneries tintinnabulantes qu’elle contenait. Il connaissait le danger auquel il s’exposait : on devrait venir à lui, afin de dompter l’aura magique qui imprégnait ces petites portes de verre. Encore une fois, il lui arrivait de mal tirer leçon de ses expériences, et le goût de la menace, malheureusement, ne lui sembla pas assez amer pour qu’il prît retraite. Loin se trouvaient les temps sans reproche. Un jour où ses armes ne suffiraient pas, peut-être le prendrait-on, et daignerait-il alors, s’il en ressortait, user de quelques fards, grossiers mais non moins sûrs et attestés. En attendant…

Quel manque de délicatesse !
Regardez-nous !
La serrure n’est pas à vendre, pauvre sot !
Me trouvez-vous une jolie couleur ?

Sylar arqua un sourcil, moue arrogante sur la bouche. Les fillettes qui se prétendaient de grandes dames pensaient toujours fasciner, et cette vérité lui perfora si bien l’esprit qu’il eut l’impression d’être retombé en plein cœur de ses responsabilités mondaines. Acculé au mur de ses réticences passées, il fit taire quelques voix, mais pas toutes, afin de ne pas attirer les soupçons. Juste de quoi amoindrir la cacophonie qui vrillait l’étage. Enfin, il se pencha légèrement, étouffant la clarté du verre, et fit mine d’examiner les différents modèles qui, réduits au silence par le désir de plaire, tentèrent pour la plupart de présenter leur meilleur profil. C’était mieux ainsi.

— Voyons voir… souffla-t-il, faussement attentif aux séductions de chacune. Il commettait l’erreur de rester debout, de ne pas amorcer de descente concrète vers un spécimen qui, étonnamment, correspondait entièrement à ses exigences. Il finit par reprendre, d’une voix douce et éloquente, sans jamais hausser le ton.

— Y en a-t-il une parmi vous qui soit capable de ne pas pépier pendant que je savoure mon thé ? Ceci, quelles que soient les circonstances ? Je la voudrais plutôt jolie, mais surtout, réfléchie, qui n’agiterait pas ses robes de porcelaine à outrance…
Un battement de cils, comme pour atténuer l’injure implicite de ses propos. Et pourtant, une étincelle péremptoire demeura dans sa voix lorsqu’il conclut.
— Alors, mesdemoiselles ? J’attends.
Il attendait, oui. Mais une dame.
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Mar 27 Oct - 22:05

    « Mais bien sûr, chère Madame. Alors c’est décidé… ? »

    « Hé bien… Oui… Enfin… Je crois… Vous pensez que c’est un choix judicieux ? C’est que mon salon est vaste, mais l’appartement en lui-même est plutôt… »

    Voilà bien cinquante-trois minutes – il venait de vérifier en jetant discrètement un coup d’œil à la pendule qui trônait dans un coin – que Cyrus était confronté aux doutes d’une adorable dame d’âge mûr, toute blonde et rondelette, avec des yeux d’un magnifique brun qui rappelaient ceux d’un charmant petit chien, tout plein de fidélité. Et, foi de Magicien, s’il n’avait pas été un galant homme, il l’aurait étranglée avec sa propre écharpe, au risque de l’effiler. Mais malheureusement, il avait décidé un jour qu’il serait un gentleman. Il fallait bien assumer son éducation, n’est-ce pas ? … En tout cas, s’il avait su dans quoi il s’embarquait, ce jour-là, il aurait certainement juré de devenir la pire racaille qui soit… Hum… Mais cela manquait tellement d’élégance ! Sourires aimables. Sa courtoisie finirait par le tuer, un jour, il en était certain. Mais d’ici là…

    « Ma foi, Madame, je comprends vos hésitations, moi-même j’aurais du mal à choisir… Mais si vous voulez bien me le permettre, en toute humilité, je vous conseillerais de prendre les deux… »

    Avait-on la prétention de vouloir choisir entre un Tiphaine et un Lucielle, franchement ?! Deux ravissantes plantes exactement semblables – si l’on mettait de côté la capacité de Lucielle à générer des piquants – Vraiment, Cyrus sentait sa capacité de séduction se fissurer peu à peu. S’il n’arrivait pas à se débarasser convaincre cette charmante dame dans les 7 prochaines minutes, il devrait se poser de sérieuses questions… Une once de désespoir s’insinua dans son esprit d’enchanteur. Très bien, il n’avait qu’à utiliser les grands moyens… Saisissant soudain la main de la blonde cliente, le Magicien d’Oz la porta à ses lèvres en se penchant, sans détacher ses yeux de ceux de la dame, et s’arrangeant pour mettre tout le charme qui lui restait dans un sourire qui aurait fait rougir un Esma affamé. Inflexions de velours, dans sa voix.

    « Et comme il s’agit de votre premier achat chez Oz’s, nous pourrions exceptionnellement vous faire une remise de 20 pour cent, à savoir 50 yubas sur l’achat des deux végétaux… »

    « … D’accord… »

    Soulagement intense, dans le cœur de Cyrus. Il avait réussi… Seigneur que cela fut laborieux… Il n’avait pas convaincu tant d’incertitudes depuis bien longtemps, il avait dû perdre un peu la main… Il accompagna la dame toute rougissante, étourdie, jusqu’à la caisse où il prit congé sur un dernier baise-main. Mission accomplie…

    Avant de fuir, retraite stratégique, vers les chaleurs feutrées des étoffes de son bureau, dernier refuge où il pourrait retrouver quelque réconfort face à un thé bien mérité, Cyrus décida inopinément de faire un petit crochet par le quatrième étage. La blonde cliente était gentille, il ne pouvait le nier, mais elle l’avait comme qui dirait vidé de ses forces et un petit entretien avec les tasses Mademoiselle avait soudain à ses yeux le charme affriolant des légèretés salvatrices qui ne manqueraient pas de le requinquer quelque peu. Comme il sortait de l’ascenseur réservé au personnel – pas très envie d’imposer son épuisement moral aux foules – il se demanda s’il ne serait pas mieux inspiré de rebrousser chemin et de monter directement au septième. Hésitations clopinantes. Finalement, la bille tomba à l’extérieur de l’élévateur. Sa visite de courtoisie pesait bien plus lourd dans la balance que ses pulsions misanthropes et son besoin de pépiements était trop important pour être éclipsé par les obscurités de cet homme enchapeauté tout de noir vêtu… On aurait dit un gouffre, un fragment d’ombre tranchant l’amas de couleurs de son étage. C’en était déstabilisant. Désolant, même… Cyrus s’arrêta à quelques distances de ce client enténébré, l’observant se faire réprimander par les tasses vexées (qu’avait-il bien pu leur faire ?), se demandant combien de temps il resterait face à cette vitrine et surtout, si une Mademoiselle était vraiment l’origine première de sa présence dans la Boutique. Soupirs navrés. Sa récente expérience avec la blonde gourde dame avait vraiment dû le traumatiser plus qu’il ne l’aurait cru, s’il se retrouvait maintenant à espérer qu’un client de passage s’en retourne les mains vides, juste pour qu’il puisse échanger bien égoïstement quelques futiles mondanités avec ses jolies tasses. Déprimant… Cyrus s’auto-morigéna et s’ébroua mentalement. Allons, il fallait se reprendre !

    L’homme semblait effectivement vouloir une demoiselle, en témoignaient ses questionnements. Dans le regard dépareillé, un éclair de surprise passa, avant de disparaître sous les paupières papillonnantes. Le gouffre d’ombre voulait une tasse calme ? Le Magicien avait beau savoir que chaque Mademoiselle possédait un caractère qui lui était propre (et très aléatoire, surtout), il était quand même le premier à avouer que la tranquillité n’était pas le trait qui revenait le plus souvent. Il se faisait même plutôt rare, en ces temps troublés… Serait-il en présence d’un connaisseur ? Il n’en fallut pas plus pour chasser toute lassitude et éveiller son intérêt. Sourire – commercial – aux lèvres, lanterne-luciole orange soigneusement nichée dans le foulard dont il s’était enturbanné, Cyrus avança. Il était temps de faire son entrée.


    « Bonjour à vous et bienvenue chez Oz’s… Peut-être pourrais-je vous aider… ? »


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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Jeu 29 Oct - 22:11

Ses yeux, bientôt, n’eurent plus rien d’incisif, adoucis, presque domptés par l’orgueil qu’avait excité en leur propriétaire ce silence... si délectable.
Paisiblement, Sylar examina les causantes, trop nombreuses, de toute façon, pour qu’il pût leur infliger la sévérité parentale du tour à tour. Elles murmuraient très doucement, se regardaient du coin de l’œil, pour se redécouvrir avec plus ou moins de réserve, sans plus accorder d’attention à celui qui, pourtant, venait de semer le trouble – esthétique, parfois le plus ravageur – au sein de leurs rangs. Mais entre sœurs de coquillage, ce genre de querelle ne durait jamais bien longtemps, n’est-ce pas ?
Les bavardages reprirent, diffus. Sylar se redressa, sans prendre ombrage de cet irrespectueux oubli, grimage d’un dédain autrement injuriant. Nulle n’avait mentionné la tasse de son idéal, aussi se perdit-il dans une seconde contemplation, plus vague encore, laissant la prudence à l’instinct qui, sous un voile délicat, transparences irisées de mousseline, épiait discrètement l’ondoiement de couleurs qui fleurissait non loin.

Lui, un gouffre ? Sans doute ne pouvait-on dire autrement. Un gouffre… celui qui, infime et immense à la fois, serpentait entre les tesselles d’une mosaïque, pour contredire à jamais la continuité des pigments, à l’insu de ceux que dupait leur relief aberrant. Une telle attraction, ici, devait cependant trouver un tranchant écho en ce tesson polychrome et miroitant. Le Magicien d’Oz, l’appelait-on. Le Merveilleux, qu’on ne louait pas toujours, aux belles mises cousues d’imagination. Qui ne se laissait guère étouffer par ces fomentateurs régnant presqu’en maîtres sur Malkins, et parmi lesquels certains, suprêmes de prétention, déployaient leurs noirceurs sur chaque paysage, quel qu’il fût, de jour comme de nuit, au nez de tous. Que de ressemblances, par ailleurs : puisqu’après tout, les affaires non plus n’admettaient pas de caprice. Elles occasionnaient simplement un crime mieux – parfaitement – adapté à la société.
Sylar, égayé par l’idée, se tourna vers son semblable fortuné. Seulement, il ne fit pas mine à un seul instant de le considérer ainsi, et parut lui-même n’être qu’un civil qui, c’était bien deviné, accepterait une aide volontiers.

Voilà longtemps qu’il n’avait pu éprouver dignement son adorable courtoisie. Maintenant qu’on ne prétendait plus mordre dans ses mystères avec tant d’outrecuidance et qu’on ne venait pas le chercher jusque dans sa tanière, il appréciait avec mesure les joies de la clientèle. Il aurait fallu creuser avec hargne ses pupilles et iris pour y débusquer l’once de moquerie qu’inspirait la conscience de ces sourcils gentiment haussés, de cette bouche subtilement ourlée, dénuée de frivolités écarlates. Oh, comme l’assassin méthodique se trouvait loin, désormais, et on ne l’avait pas remarqué, ce buisson qui s’était fraîchement ajouté au paysage de fond.
De la malice dans ses yeux d’ordinaire si dérangeants, figurant l’image d’une complicité par défaut, Sylar, une main gantée à son chapeau, l’éleva légèrement et fit une petite révérence du chef.

« Monsieur, bonjour… »

Non, vraiment, il n’avait plus grand-chose de cet homme exigeant et cynique qui ne savait plus sa place devant de respectables demoiselles, mais arborait plutôt la bonhomie affectueuse de celui qui aurait souffert sans renâcler quelques plaisanteries ou gronderies pour racheter ses écarts de politesse – Walrus, à l’occasion, se serait assurément résigné à invoquer ses muffins lapidaires. Oh, enfin ! Laissons là ces portraits familiers d’un autre temps, d’une autre tête. A l’évidence, Sylar ne se souciait point du fait que le Magicien d’Oz pût le reconnaître ou, plus précisément, il se moquait des conséquences – nous l’avions dit, il voguait sarcastiquement sur des refrains d’imprudence ou de prudence tronquée. Il avait à dire, pour sa défense, qu’il venait en paix et ne prévoyait nullement de repartir les mains vides. Mais il était encore loin de concevoir à quel point ce principe vénal avait d’étendue sur l’esprit du Magicien.
Il inclina sensiblement la tête sur le côté, ridules tendres au coin des yeux, lèvres disciplinées en une ligne souriante :

« … je vous remercie. En réalité, ma requête diffèrera sans doute de celles que l’on vous soumet d’ordinaire… » Il recula d’un pas, cédant, au hasard, une place au Magicien devant la vitrine, et déliant ses doigts vers celle-ci :
« J’aimerais acquérir l’une de ces tasses… Elles semblent pour la plupart débordantes d’enthousiasme, toutefois j’ose espérer qu’il en demeure une, parmi elles, qui saura m’offrir une compagnie sans fatigue. »
Avait-on entendu ses précédentes paroles ? Le savait-on déjà capable d’un autre ton ? C’était ce dont il voulait s’assurer : s'il était oui ou non, à cet instant, susceptible de passer pour le dernier des hypocrites. Si on ne lui donnait aucun indice à ce sujet, il en déduirait la feinte en bonne et due forme comme règle de jeu. Il poursuivit :
« Il me semble que l’on ne cherche pas ce genre de produit si l’on veut avoir le calme, mais je suis curieux de savoir ce que cela peut donner. En possédez-vous une qui puisse tenir une conversation à la façon d’une grande dame… ? »

… Élégante et posée ? Son visage affable laissait deviner qu’il venait de placer tous ses espoirs en ce Magicien des merveilles. Par contre, rien ne disait que celui-ci était l’objet d’une observation au sommet de la rigueur et de la discrétion.
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Sam 31 Oct - 0:23

    Avant même qu’il ne lui adresse la parole, Cyrus fut déjà reconnaissant à cet homme. D’une certaine façon. Certes, il troublait ses projets d’innocents échanges mondains avec les bavardes – et tellement mignonnes – porcelaines. Mais d’un autre côté, il lui apportait le divertissement de l’inconnu et, pourquoi pas, l’espoir du collectionneur – ou tout du moins, amateur – de rareté.

    Un salut des plus courtois le classa par défaut dans la catégorie des clients agréables, voire même sympathiques. Un regard malicieux – et quel regard ! Eclats de grenat dans un écrin d’argent, voilà qui était du plus bel effet – et un sourire aimable. Quel dommage que tout ceci soit si étroitement enserré dans une gangue d’obscure noirceur. C’était du gaspillage, vraiment… Un visage aux traits nobles. Familier, peut-être… ? Cyrus n’aurait su le dire avec exactitude. Il lui semblait bien… Mais il voyait défiler tant de visages, fermés ou insouciants, qu’il ne savait plus trop… Charmé – berné, probablement – par tant d’affabilité, il ne pouvait soupçonner que ces mêmes traits figuraient sur quantité d’affiches – il ne daignait même pas leur accorder la grâce d’un coup d’œil – placardées un peu partout dans Malkins, amenant une désagréable dissonance aux harmonies des paysages. L’UIF aurait pu fournir quelques efforts supplémentaires pour l’esthétisme de ses avis de recherche, tout de même ! Car présentés tels qu’ils l’étaient, ils ne donnaient pas spécialement envie aux passants de les admirer – ils écorchaient le regard, si ce n’était pas malheureux ! Quoiqu’il en fût, le Magicien doutait fort que l’esthétisme des affiches ait joué un quelconque rôle dans son indifférence pour elles. C’était simplement inélégant de coller de la sorte tant de visages sur des murs. Surtout si l’on ne prenait pas la peine de demander aux murs en question, avant. Mais la courtoisie ne semblait pas être le fort des Traqueurs, n’est-ce pas ? Et peu importait, après tout…

    Il avait donc bien entendu. Le charmant jeune homme ombragé souhaitait effectivement une tasse calme. Mais, cher Monsieur, ce que vous demandez là n’est pas courant. Un point à votre avantage, par ailleurs. Cyrus hochait doucement la tête, par intermittence, signe d’assentiment aux paroles du client. En effet, lorsque l’on voulait savourer un bon thé en toute quiétude, on allait plutôt chez un vendeur de porcelaines. Inanimées, s’entend. Sourire de Magicien. Il était clair que si l’on allait dans cette direction, lorsqu’on souhaitait du calme, on ne passait généralement pas le seuil d’ Oz’s. Oh ? Aurait-il donc ouvert une boutique où l’on ne vendait que du mouvement ? Hum, pas forcément… Un brin de songe passa dans son regard, qui se fit lointain l’espace d’une seconde. Et si… ?

    « Eh bien, il es vrai que cette sorte de demandes n’est pas courante, mais il me semble néanmoins que nous avons effectivement une demoiselle qui pourrait correspondre à vos critères… »

    Une robe vert d’eau et une réserve élégante. Un maintien fier et un regard scrutateur. La tasse à laquelle il pensait avait un air de souvenir arrogant. De naïade – juste un petit peu – trop sûre et il flottait soudain autour de lui comme un parfum de pluie. Oui, elle devrait lui plaire… Cyrus rompit, à l’aide d’une clef ensorcelée, le charme qui maintenant la serrure fermée, et il ouvrit la vitrine. Un petit salut à l’attention des tasses qui s’étaient momentanément calmées, dans une attente enthousiaste. Elles savaient bien que lorsque le Magicien d’Oz prenait une tasse pour la montrer à un client, celle-ci ne revenait généralement pas à sa place. Leur créateur ne se trompait – presque – jamais. Alors ? Qui serait la plus belle, aujourd’hui ? Qui saurait séduire au premier coup d’œil ? La demoiselle qui serait choisie serait la bonne. Forcément.

    Et celle que Cyrus saisit, précautionneusement, après une petite révérence, se trouvait bien sagement à sa place, tout au fond de la vitrine, observant ce curieux – et autoritaire – jeune homme qui semblait bien savoir ce qu’il voulait. Et ce ne serait pas elle qui irait s’en plaindre, loin de là… Le Magicien pouvait facilement concevoir que le client ait eu besoin d’aide, pour trouver sa perle. Perché sur ses hauteurs ténébreuses, la tasse tant recherchée restait hors de son champ de vision. Pour qu’il la vit, il lui aurait fallu se pencher, comme Elle l’avait fait, il y avait de cela quelques jours – quelques semaines ? – Sourire engageant, alors qu’il tendait la dame à celui qui serait très probablement son futur propriétaire.

    « Voici, Monsieur. Mademoiselle est d’un calme à toute épreuve. Elle ne parle pas beaucoup, mais toujours à bon escient. Ses paroles sont agréables et elle peut vous entretenir des heures durant sur certains sujet, et non des moindres. Je vous mets également en garde contre son espièglerie et son humour des plus caustiques… Mais pourquoi ne le lui dîtes-vous pas de vous-même, très chère ? »

    Un sourire où se mêlaient douceur et malice passa sur le visage délicat de la porcelaine magique. Dans sa voix vibrait un amusement quasi-palpable.

    « Pourquoi donc, alors que vous le faites si bien, mon ami… »

    Sourire complice, sur les lèvres du Magicien. Elle lui manquerait, cette petite…


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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Mar 3 Nov - 18:22

Alors, la ruse !
Ses mains, chassant au loin l’hostilité immédiate, se nouèrent posément dans son dos. L’une caressait la seconde, percevant sous le gant noir la dureté d’une fine lame qui cette fois ne ferait pas d’histoire. De même que le lacet enroulé autour de son poignet s’était incliné, ne tremblait plus, ni ne brûlait… Sylar, du fait de sa nature première, avait toujours su se réjouir des moments d’accalmie. Le sourire figé, humble sans se priver d’éloquence, il contemplait le Magicien en brisant l’insistance de son regard par des battements de cils calculés. L’exaucerait-on ? De belles songeries d’abord, un court égarement qu’il ne prit pas pour abri, conservant, du début à la fin, le rôle qu’il s’était minutieusement choisi.
L’aimable client se taisait, vigilant, jusqu’à ce qu’un pétillement d’enthousiasme n’emplît ses yeux crédules… crédules, et à la frontière de la passion. Lancé à la poursuite de la Rareté, il entrevoyait maintenant, sur le flot de paroles enchantées, la satisfaction de sa capture.
Un pas de côté pour mieux y voir.
Son sourire connut dès lors quelques éclaircies, portées par les malices et amitiés qui se manifestaient devant lui. Elles offraient un drôle de contraste avec le précédent échange dont il avait été l’acteur, bien qu’on y retrouvât le même silence d’espérance, secret des oreilles ravies. Gourmand, il en apprécia les couleurs, avant de creuser dans ses joues blanches deux ou trois plis contrits : le fainéant qu’il était n’avait guère songé au moindre effort de contorsion pour se donner le mérite de la poursuite. Cela dit, il ne faisait aucun doute qu’on le lui pardonnerait, n’est-ce pas ? Il eut de nouveau ce charme au coin des yeux, et qui se prononça davantage lorsqu’on lui céda l’Adorable dans la coupole douce mais dangereuse de ses mains – autel de noirceur à l’intérieur duquel, nous le savions, des fragments de métal s’égaraient.

Elle était bien jolie, sans ces excès infernaux de parfum capiteux. De ces dames sensées qui tiraient volontiers leur révérence mais qui plaisaient à jamais, semblant céder la relève aux demoiselles pour mieux séduire en arborant leurs sourires désintéressés. Il le voyait à l’expression de sa figure pastel, et c’est pourquoi il eut le sentiment, très vague encore, d’être en mesure de l’apprécier. Parce que Sylar n’avait pas bondi de joie, et en plus de ses inflexions enthousiastes, il avait désormais sur le visage l’ombre d’une concentration non feinte. C’était une chose d’entendre, encore fallait-il être pleinement convaincu. Ce qui à l’évidence, pour le moment, n’était pas tout à fait le cas.

A moins qu’il n’en faille davantage à Monsieur… ?

Puisqu’on le devinait « si bien ».
De ravissantes petites billes l’examinaient consciencieusement, masquant par la douceur l’orgueil qu’elles avaient de prétendre lire en lui. Sylar soutint calmement ce miroir de curiosité, sans répondre, laissant le mystère dans son coffret calfeutré. Nul mépris dans son regard, seulement un brin d’exigence amusée avec, peut-être, de l’intérêt : que tenterait-on ? Il semblait que Madame le voulût entièrement satisfait afin de légitimer le mieux possible son achat. Et elle ne le savait probablement pas, mais cette volonté l’honorait : Sylar, que ce fût son masque ou lui-même, n’en avait pas attendu moins. Que ferait-il d’une compagne sans résolution, qui ne saurait lui rappeler pourquoi un – beau – jour, il avait préféré la conversation à l’aphasie et au soliloque ? Les doutes pointèrent au bout de ses lèvres closes et déposèrent comme un baiser sur celles de Madame, qui s’ourlèrent en conséquence. Venait-elle d’obtenir confirmation ? Un soupir inaudible, peut-être ? Elle remua légèrement, promesse de ne pas s’avouer vaincue si vite, tandis que Sylar lançait un coup d’œil innocent au Magicien.

— Je la trouve charmante, admit-il doucement…
Cyrus, mon ami, que diriez-vous de choisir une compagne et d’offrir le thé à cet aimable jeune homme ? Vous ne me le refuseriez pas ? En guise de cadeau d’adieu… ?

Sylar, cette fois, eut la faiblesse de sourire franchement. Quel superbe caprice ! L’acculer, lui, à boire le thé d’un parfait inconnu en s’armant de ses sommations de dame ! Avait-elle dans le revers de ses paillettes l’incontournable bible de la société mondaine ?

Monsieur… ?

Tant d’opiniâtreté… Mais qu’en serait-il une fois qu’elle aurait découvert qui se cachait véritablement derrière son propriétaire – car il venait tout juste d’arrêter son obtention prochaine ? Saurait-elle ne pas se répandre en brisures quand Sylar lui murmurerait faiblement les influences de son esprit ? Garderait-elle les forces de sa raison lorsqu’elle rencontrerait à son tour les iris changeants de l’un des plus grands criminels de Malkins ? Admettrait-elle ce brusque passage dans un monde radicalement différent… Et…
… Le tourbillon somnolent des énigmes fit qu’il se perdit un instant, rêveur à son tour, mais sans omettre que l’Adorable réclamait son attention. Il finit par réciter l’un des adages auxquels il accordait le plus de crédit, et qui disait que…

— Les dames plus encore que les hommes sont promptes à se souvenir des peines qu’on leur inflige. Je ne saurais décliner…

Il sourit au Magicien, reconnaissant, peut-être… navré, sûrement.
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Lun 9 Nov - 17:17

    Elan de possessivité – il savait bien qu’il aurait dû la garder dans ses quartiers, à l’abri des regards et des convoitises – vite réprimé, cependant – elle serait bien plus utile, à lui-même et à d’autres, en remplissant sa mission première, plutôt qu’en passant ses journées esseulée, sur une étagère, parmi tant d’autres magies. Mais il fallait bien avouer qu’elle laisserait un vide, dans la vitrine, cette mignonne…

    Sourire aux lèvres, Cyrus observait calmement, avec une réserve de commerçant, le petit – si bref – échange muet entre la tasse et celui qui devrait être son prochain propriétaire – forcément ! Il la trouvait charmante… A la bonne heure ! Eclat de satisfaction, sur ses lèvres. Le Magicien s’inclina.

    « Oh, mais ce serait avec plaisir, ma chère. Cependant, je crains de ne pouvoir choisir de compagne et de devoir me contenter d’une quelconque porcelaine… Vous ne m’en voudrez pas trop, n’est-ce pas ? »

    Pas de favoritisme parmi ses créatures, c’était la règle d’or de Cyrus. Il ne fallait jamais offenser une demoiselle et il ne voulait ni subir le courroux des délaissées, ni risquer une guerre de mesquineries entre ses porcelaines. Cela ne manquerait pas de ternir l’image de la Boutique, et de toute façon, il tenait à sa vitrine… Plus tard, après la fermeture, il descendrait saluer les Mademoiselle – en n’oubliant pas de mettre quelques sucreries qui leur seraient destinées dans son sac, comme il avait l’habitude de le faire. Cela restait la solution la plus sage. Et la plus simple. Les lèvres de la Dame se tendirent en un léger sourire compréhensif. Elle saurait bien lui pardonner ce petit caprice de Créateur attentionné.

    L’attention du Magicien vogua donc vers les ténèbres souriantes de l’invité. Qui ne sut décliner… Parfait ! Il avait le bon goût de ne pas refuser l’invitation d’une dame. Voilà qui était tout à son honneur. Lueur d’amusement, dans le regard vairon. Ce Monsieur avait peut-être – probablement, même – l’habitude des mondanités. Pour la peine, il monta d’un cran, sur l’échelle de l’estime de Cyrus ; Il devait avoir bien du courage…

    « Dans ce cas, si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre… Par ici, je vous prie… »

    Cliquetis argentés, sous l’effet d’une gracieuse rotation, et le poignet du Magicien retrouva l’abri de sa longue manche chamarrée, aquarelle de mousseline aux tons pastel. L’hôte guida son – ses – invités à travers les vitrines et ils ne tardèrent pas à passer le seuil du Bureau, tanière colorée et animée. D’un vague mouvement de la main, Cyrus indiqua un fauteuil, près d’une table basse. Sourire chaleureux d’une maîtresse de maison accueillante.

    « Je vous en prie, prenez place… »

    Son regard alla ensuite effleurer celui du client, du bout des cils.

    « Je me vois au regret de devoir vous abandonner quelques instants, le temps de préparer le thé… Mais je vous laisse entre de bonnes mains… »

    S’il pouvait se permettre d’utiliser cette expression… Clin d’œil vers Mademoiselle ; C’était à elle de jouer ! Après une petite révérence, le Magicien s’éclipsa vers ses cuisines, saluant au passage, d’un petit geste de la main, Dame Flora au plafond, qui prenait son thé sur une table de rosée…

    Le feu pétillait, sous la bouilloire et, après avoir soigneusement choisi une théière de céramique – enchevêtrements de fleurs et de feuilles bleu roi sur fond immaculé – ainsi que l’une des tasses qui l’accompagnaient, Cyrus les disposa sur un plateau d’argent, avec un assortiment de biscuits et un petit nécessaire destiné aux invités que ne satisfaisait pas la saveur inimitable d’un thé nature – sucrier, crémière et tranches de citron. Puis, se posa l’éternelle question : quel thé serait le plus approprié pour ce courtois jeune homme enténébré…

    Bien… Tout d’abord, un thé noir devait être de circonstance. Une saveur forte et implacable – s’il devait en croire la façon dont le client avait vexé les Mademoiselle et la manière dont il avait annoncé ses critères. Un parfum délicat, raffiné – homme de goût, il voulait du calme et savait se montrer plein d’affabilité, voire de galanterie. Et puis, il y avait cette impression de mystère, à la limite du danger sous sa forme la plus pure – peut-être était-ce à cause de tant d’obscurités. Quelques minutes de réflexion… Ah, il devait avoir ce qui convenait… Cherchant dans le fouillis de ses placards, Cyrus finit par trouver l’objet de ses convoitises. Une boite carrée, en métal, blanche, sur laquelle étaient peintes – à la main – d’exquises fleurs rouges. Une rapide vérification et un sourire satisfait erra sur ses lèvres. Le parfum était intact, même s’il s’agissait là d’une boite qui n’avait pas été ouverte depuis quelques temps, déjà…. Ô joie des sortilèges d’herméticité. La bouilloire n’allait pas tarder à chanter. Il avait juste le temps…

    « Je suis navré de vous avoir fait attendre aussi longtemps… »

    Sourire de circonstance. Le Magicien, après avoir posé son plateau, s’installa sur une simple chaise, en face de son hôte.

    « J’espère que les thés fleuris trouvent grâce à vos yeux, Monsieur, car celui-ci est une merveille… »

    Cyrus tendit affablement ses mains et reçut légèrement la Dame de porcelaine qu’il entreprit d’emplir avec la délicatesse d’un amant attentionné.

    « Il s’agit d’un thé noir, auquel on a ajouté quelques fleurs de digitale pourpre… Il n’est pas très répandu et j’ose espérer que vous l’apprécierez… »

    Son choix avait-il été judicieux… ? Probablement. La tasse lui souriait et Cyrus lui répondit avec douceur. De toute évidence, Madame et Monsieur s’étaient entendus, pendant sa courte absence… Cependant, avant de la rendre au jeune homme, le Magicien se permit un perfide test d’aptitudes. Il allait sans aucun doute céder à un autre sa tasse préférée, il avait bien le droit de savoir ce que valait cet autre, n’est-ce pas… ? Sourire éblouissant.

    « Un sucre ou deux ? »


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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Mer 11 Nov - 16:22

Sylar s’aligna sans effort à l’indulgence de Madame. Il ignorait les raisons du Magicien – n’en sortait nullement curieux – et ne savait qu’une chose : il avait envie de préserver sa tranquillité d’esprit, et pour cela, devait selon lui échapper à l’exubérance, qu’il avait vue excessive, des demoiselles… en mal de reconnaissance – aurait-il juré. Oh, il ne doutait point de « leur charme à leur façon »… mais c’était déjà tout dire. Alors, heureux qu’on lui eût épargné ce genre d’outrance – qui ne lui seyait guère – Sylar hocha posément la tête et admit qu’on lui infligeât quelque peine – si peu, si peu… – avant la douceur. La conscience pleine de raisonnements intempestifs, débordante des réactions du criminel qu’il était face à ses présents agissements, il suivit docilement les fredonnements du grelot, ses mains, un savoureux répit pour Madame.
Poussé par sa minutie inquiétante, il ne manqua pas d’effleurer chaque détail, les mémorisa consciencieusement, imprimant les pas de son hôte, gravant en lui-même l’itinéraire conduisant aux secrets. Rien ne lui garantissait qu’il pût un jour y revenir de son propre chef – on n’accédait pas ainsi aux appartements d’un illustre sorcier – mais au moins ne s’était-il pas livré au hasard : laissons aux petites filles la flânerie naïve et stupide. Ils disparurent, et bientôt, les rumeurs fantomatiques enflèrent, s’assumant désormais.

Comme c’était drôle, tant de couleurs en liberté. Lui les retenait jalousement dans ses bocaux… ou bien dans les tiroirs, lorsqu’il s’agissait des chaussettes de Walrus. Il y vit volontiers une riche personnalité, naturellement pour s’en démarquer un peu plus. Selon ses critères personnels, l’endroit n’avait rien d’un bureau, mais il comprenait sans trop de mal que certains pussent refuser d’associer d’emblée le travail à l’austérité. Le calme et la simplicité déconcentraient parfois… Armé d’un sourire détendu, Sylar remercia le Magicien et lui retourna une politesse de circonstance – toujours :

— Je vous en prie, prenez le temps qu’il vous faudra.

Il le regarda partir – s’en assura surtout – et approcha de la table basse sur laquelle il déposa délicatement Madame. Il la fit pivoter de manière à ce qu’elle fût incapable de le voir, et se délesta finalement de son épais manteau, non sans donner l’idée de quelque pudique jouvencelle qui ne permettait pas qu’on la surprît durant sa toilette. Il y eut une vive étincelle d’ironie dans son regard, mais il reprit vite contenance. Il percha son chapeau sur le sommet du fauteuil, à l’une des extrémités, et vérifia rapidement sa mise avant de s’installer, manteau étendu comme une courtisane malicieuse sur ses genoux et les accoudoirs de son siège. Il savoura un court instant sa position, confortablement assis, chaleur agréable sur les jambes, puis se pencha afin de diriger l’attention de Madame vers lui. Celle-ci avait respecté sa fantaisie en silence et il lui en savait gré. C’était là, assurément, le début d’une courtoisie taquine entre bonnes gens.

En réalité, je vous imaginais bien plus corpulent, dit-elle doucement…
— C’est que mon manteau a bien fait son office, Madame.
Et ce chapeau n’est pas pour arranger ma méprise…
— Alors je ne puis que le tirer pour lui-même.

Madame s’agita ostensiblement en ce qui parut être un long frisson. Son pied s’était longtemps envolé à quelques millimètres de la table, en frémissant, mais Sylar ne sut déterminer s’il s’était agi de ravissement, d’excitation ou d’agacement. Il se garda de le lui demander, d’abord parce qu’elle s’était mise à sourire, ensuite parce que le Magicien revenait. Une longueur d’avance qu’il s’était offerte à force d’entraînement : le parfait naturel, quoi qu’on en dît, ne s’affectait pas en quelques secondes, et il dut bien s’écouler deux minutes supplémentaires de solitude avant que son hôte ne revînt réellement. Doigts entrelacés devant lui, Sylar semblait avoir consacré l’attente à une plaisante méditation, sans l’ombre d’une impatience. C’était en partie vrai : il avait cherché quel nom donner à Madame, sans toutefois trouver encore ce qui lui conviendrait le mieux. Plus tard, dans ce cas. D’un affable haussement de sourcils – mansuétude du débonnaire, il indiqua au Magicien qu’il ne lui tenait aucunement rigueur de son absence et se redressa légèrement pour manifester son intérêt. Intérieurement, c’était un rappel de prudence : ne bois rien de ce qu’on te donne. Peu désireux de se montrer impoli, il n’irait cependant pas jusqu’à jeter précipitamment ses lèvres dans le breuvage d’un inconnu. Et de fait, le sourire qu’il arbora lorsqu’on lui révéla le contenu du thé fut pour lui-même des plus significatifs. Ayant abandonné Madame entre les mains du Magicien, il ressentit un certain soulagement en constatant que son bras n’avait pas souffert le moindre soubresaut excité par quelque raillerie intérieure. Il aurait trouvé fort dommageable de se trahir de la sorte, et pourtant… Il fallait relever que, pour le moment, il ne se permettait aucun commentaire, pas même la plus infime réaction à l’exotisme. Sa posture n’en était que plus imprudente. En plus de ne pas feindre l’étonnement – ce n’était finalement qu’une attention trop vague – il gardait ses gants, et son manteau sur les genoux, illustration d’une fâcheuse habitude : celle d’un homme qui ne voulait pas laisser de trace et qui était prompt à s’éclipser d’un moment à l’autre, comme l’aurait fait une conquête d’un soir peu soucieuse de son ingratitude. De tout cela, néanmoins, il demeurait parfaitement conscient. Peut-être n’était-ce, somme toute, qu’une provocation supplémentaire ? Il leva les yeux vers Cyrus, perçut distinctement, pour la première fois, leur point commun bicolore et répondit à ce qu’il ne soupçonna pas vraiment être un piège :

— Aucun, je vous remercie.

Après tout, il avait maintenant tellement l’habitude de ceux qui noyaient honteusement leur thé dans du sucre – Alice, Walrus – qu’il ne savait plus s’en offusquer, ne pouvant que défendre craintivement ses goûts de vieille école. Il attendit que le Magicien voulût bien lui remettre Madame, mais ne but pas tout de suite, curieux de connaître la démarche de son hôte. Il porta simplement la tasse à la hauteur de ses lèvres, huma le parfum du breuvage, se délecta de sa chaleur, puis l’abaissa, sans expression particulière, pas même une plissure au coin des yeux. Mais intérieurement, il hésitait. Quelque chose, un il ne savait quoi, le poussait au jeu des identités inavouées – ou seulement à moitié. Son pouce courait en une douce caresse sur la porcelaine, ivresse onirique, et sur ses lèvres oscillaient les considérations imprudentes du connaisseur… qui se renversèrent.

— Des fleurs de digitale pourpre, répéta-t-il en sentant une deuxième fois les nuées. C’est amusant. J’en fais pour ma part un autre usage mais… vous m’inspirez des idées. De bonnes idées.

Tendre sourire. Tout expert en poisons végétaux savait que la digitaline, à l’intérieur de ces superbes fleurs, était aussi bien capable de se montrer bénéfique qu’atteindre des sommets de toxicité avec quelques grammes seulement. Restait à savoir si on désirait aujourd'hui l’empoisonner ou non. Il attendait donc qu’on bût avant lui, ayant cependant l’air, officiellement, de ne pas vouloir se brûler la langue. Ce fut très naturellement qu’il poursuivit :

— J’aimerais du reste vous adresser mes plus sincères compliments… Car même si je ne suis pas friand de couleurs, j’accorde sans peine que c’est là un très bel endroit…
Il lui semblait n’avoir pas aperçu d’avis de recherche...
— Sans artifice inutile…
A l’évidence, c’était une réussite.
— Mais cela ne doit pas être facile tous les jours… La notoriété a cette ennuyeuse tendance à tout attraper…
Même les mauvaises herbes. Surtout les mauvaises herbes.
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Dim 22 Nov - 22:16

    Sourire feutrés. Teinté d’un petit rien supplémentaire et d’une certaine nonchalance. Zeste de malice, sur ses lèvres et un soupçon d’autre chose, d’indéfinissable… Le regard de celui qui, chasseur d’un jour, s’amuse à semer, plus ou moins au hasard, quelques pièges dont il n’attend pas grand-chose – les mâchoires d’acier ont cela de triste qu’elles manquent parfois de séduction, même savamment maquillées, et demeurent souvent ouvertes vainement, gueules béantes résignées à rouiller sans avoir jamais rien mordu.

    Mais Cyrus sourit franchement et, de bonne grâce, céda Madame aux bonnes mains – mais toujours gantées… que fallait-il en déduire ? – du jeune homme enténébré. Aucun sucre… Parfait. Il avait passé l’épreuve de façon fort satisfaisante. Il était assurément un homme de goût… Une personne sensée, il ne se souvenait plus trop de qui il s’agissait – le Magicien d’Oz avait toujours eu une déplorable mémoire des noms, il confondait toujours – avait dit un jour que l’on reconnaissait la valeur d’un homme à sa façon de boire le thé. Ainsi, seuls les rustres et les gens de mauvais goûts avaient l’impardonnable audace de mettre du sucre – ou pire, de la crème !!! – dans une pauvre tasse de thé qui avait eu l’infortune de leur être offerte. Frisson réprimé à l’évocation d’un tel sacrilège – blasphème, hérésie !

    Les vapeurs ambrées du thé noir se mêlaient délicieusement à celles, suaves et relativement amères, des fleurs de digitale, et flottaient gracieusement dans l’atmosphère du Bureau. Si l’on connaissait – juste un peu – les plantes, du moins, quelques-unes, on pouvait savoir que la digitale avait cela de particulier qu’elle recelait en son sein un poison violent et était par conséquent extrêmement toxique. Malheureusement, tout le monde ne le savait pas, la fleur ne poussant que dans certaines régions, plus ou moins isolées, et non pas dans tout Malkins – l’herboriste de Cyrus prétendait qu’elle ne poussait qu’aux alentours de la Forêt Absurde et dans quelques recoins de Neverland, et lui-même n’en avait jamais croisé, aux environs de Woollyland (quoi qu’il ne s’était jusque là jamais aventuré dans la Forêt de Ronces…) – ce qui en soi était une bonne chose, dans la mesure où l’on évitait ainsi quantité d’empoisonnements accidentels… Ou même volontaires. Car si la plante était fréquemment utilisée par certains à des fins curatives, d’autres, plus malveillants, n’hésitaient pas à l’employer pour immobiliser les cœurs, technique de séduction comme une autre – je voudrais votre cœur, très cher, me permettrez-vous de faire cesser ses battements ?

    Depuis maintenant plusieurs années, Cyrus conservait précieusement cette petite boite métallique peinte à la main que lui avait offerte Circey, un jour où elle était d’humeur généreuse – et où il lui avait incontestablement prouvé qu’il était en mesure de préparer un Lapsang Souchong buvable. La sorcière lui avait expliqué de quoi il en retournait et l’avait défié de boire. Et, encore fanfaron, à l’époque, il avait relevé le défi, non sans quelqu’instinctive terreur lui nouant les entrailles. Avait alors suivi un long sermon sur la prudence et la confiance qui ne devait pas être accordée à n’importe qui, et dont il se souvenait encore à ce jour. Mais Circey, malgré ses instincts de maman poule couvant peut-être un tantinet trop sa chère progéniture, n’était pas n’importe qui… Elle avait d’ailleurs préparé elle-même le mélange. Le dosage des fleurs de digitale, relativement imprécis – malgré les connaissances de la sorcière – avait été effectué de façon à procurer aux esprits téméraires des frissons à chaque gorgée. Et cette petite angoisse qui prenait à la gorge dès lors que l’on portait le thé à ses lèvres était d’autant plus ressentie avec le temps. Car qui pouvait savoir si la concentration de digitoxine présente dans l’infusion était toujours la même qu’à la préparation du mélange ? Comment être totalement sûr que les propriétés du breuvage n’avaient pas viré, pour passer de l’apaisement à l’empoisonnement plus ou moins mortel… ? Impression poignante de jouer à une sorte de roulette russe. Risquer sa vie pour quelques gorgées de thé. Cela avait un charmant petit côté, fort amusant… Que l’invité enténébré semblait en mesure de capter et d’apprécier, si l’on en croyait son sourire… A moins que ce ne soit une simple réaction nerveuse… Connaîtrait-il les multiples facettes de la digitale pourpre ? Entre ses mains, la tasse Mademoiselle s’agita faiblement. Si elle avait été moins aimable, elle aurait sans nul doute ricané. Sourire de grande dame. Etait-ce de l’ironie malicieuse, qui transparaissait dans son regard ?

    « Et pourrions-nous savoir quelles sortes d’usages vous faites de ces jolies fleurs ? »

    L’air de dire « Je vois clair dans votre jeu, mon jeune ami ». Exquise impertinence, sous ses airs de porcelaine blasée. On ne l’y prendrait pas.
    Cyrus saisit avec douceur sa propre tasse et la fit tourner légèrement, sur sa soucoupe. Sans vraiment laisser le temps à l’invité de répondre, il enchaîna, comme perdu dans ses pensées.

    « Seriez-vous apothicaire, par un heureux hasard ? »

    Sur ses lèvres, le sourire esquissé par un enfant jouant aux devinettes. Mais non content de ne formuler qu’une seule spéculation, il se laissa aller à en bâtir quelques autres sur des bases de paille et de papier, et qui ne manqueront pas de s’envoler au moindre souffle, sans jamais franchir le seuil de sa bouche mutine. Une quelconque lubie de magicien, qui ne demandait d’autre effort que celui d’imaginer prestement. Alors il imagina… Un guérisseur comme tant d’autres qui trouvait son bonheur – et ses remèdes – dans les plantes et les fleurs, s’amusant – pour peu que son travail fût une passion – à les distiller pour en extraire toute substance utile et thérapeutique… Ou alors il s’agissait d’un simple biologiste, botaniste de formation, qui se targuait de connaître – d’étudier, surtout – tous les secrets des végétaux existants – que d’indiscrétions, chez ces scientifiques ! A moins qu’il ne soit en présence… d’un quelconque empoisonneur… Oh ! Outrage ! Cyrus se réprimanda intérieurement – avec malice, cependant – pour tant d’incorrection. Cela ne se faisait pas, d’accuser – d’insulter, presque – de la sorte un honnête homme que l’on invitait chez soi à prendre le thé. Que dirait-on, si l’on apprenait qu’il avait eu de telles pensées ? Nul doute que sa popularité baisserait d’un cran… Quelle misère… Soupirs étouffés dans son cœur. Allons, le Magicien d’Oz ne pouvait se laisser aller à des élans – presque vulgaires, quelle horreur ! – de paranoïa injustifiée sous prétexte que son invité était tout de noir vêtu – c’était pourtant bien connu, les Méchants se drapaient toujours de ténèbres – et qu’il faisait, selon ses dires, « un autre usage » de la digitale pourpre. Il fallait certes se montrer prudent, mais avec modération – ou du moins, s’efforcer de l’être. Non, il devait parler des utilisations médicinales… Hum, et qui pouvait bien savoir, après tout… Sourire de Magicien, brillant de mille paillettes mordorées, chassant au loin tous ces doutes intempestifs qui ne manqueraient pas de lui laisser un arrière-goût d’amertume dans son thé – ce serait dommage de gâcher une telle merveille. Toujours était-il qu’il avait assurément face à lui un spécialiste. Quelque soit son domaine de prédilection…

    Bouffée d’orgueil, sous les couleurs flottantes de sa tunique. Naturellement que le Bureau était magnifique, il l’avait décoré lui-même. C’était le seuil de son antre, son petit salon professionnel. Il s’était donné du mal pour que cela soit vivable et accueillant. Il fallait toujours mettre les clients en confiance, ils cédaient ainsi plus facilement aux charmes de la Magie. Cyrus voulait que ceux qui passaient la porte du Bureau se sentent aussi bien que chez eux, voire plus. Malgré tout, il y avait quelques exceptions que la présence de tant de couleurs oppressait plus que tout. Résignation joueuse. On ne pouvait tout obtenir aussi facilement, sinon cela ne serait plus très amusant… Sourire chaleureux et petite inclinaison de la tête. Aimable reconnaissance.

    « Je vous remercie. »

    Il était ravi que la décoration soit au goût de son invité. Certainement. Entre bonnes gens, on se comprend… Quittant un instant la tasse dont le contenu était toujours intact – on ne sirote pas son thé avant son invité, c’est discourtois – le Magicien eut un petit geste du poignet, l’air de chasser gracieusement quelque trouble passager.

    « Oh, on s’y habitue plus ou moins, à la longue… Mais je le concède volontiers, ce n’est pas toujours évident. Même si quelquefois, le butin emmêlé dans sa toile est passablement intéressant… »

    Grand sourire lumineux. Loin de lui l’idée de considérer ce charmant jeune homme comme un quelconque butin… Il s’agissait d’un client et chez Oz’s, le client est seul seigneur et maître – quoique… Léger doute narcissique dissipé d’un battement de cils.

    « Chers amis, je me permets de vous faire remarquer qu’un thé froid est imbuvable et que le vôtre ne va pas tarder à geler… »

    Cyrus rendit son sourire à la porcelaine, amusé. Charmante petite.

    « Vous avez raison, ma chère. Ce serait criminel de laisser refroidir un tel prodige… »

    « N’êtes-vous pas de cet avis, cher Monsieur ? J’ose espérer que les poisons ne vous effraient pas… Ce serait dommage, un tel gaspillage… »

    Regard délicat. Et toujours cette petite lueur – raillerie élégante – qui s’y devinait, sous les inquiétudes de façade. Cyrus amena sa propre porcelaine à ses lèvres. Peut-être que ce charmant jeune homme avait besoin d’une preuve que le breuvage ne présentait pas de risques. S’imprégnant de ce fantastique parfum qu’il avait presque oublié, le Magicien se laissa délicieusement envahir par ce frisson agréable au parfum précaire des temps révolus. Douce chaleur contre son palais, saveur incomparable du danger imminent. Outrageantes badineries.

    « Par ailleurs… Comment doit-on vous nommer, Monsieur… ? »

    Léger regard par-dessus sa tasse, l’air de celui qui ne s’y intéresse pas tant que cela…


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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Sam 28 Nov - 21:23

Une attente au bout des lèvres, Sylar baissa le menton et les paupières, comme pour mieux entendre sans voir. Madame ne semblait pas craindre ces cas de porcelaines malencontreusement brisées. Le rien dans sa voix devenait tout, et il ne pouvait qu’admettre qu’elle se plantât doucement dans sa joue trop discrète, trop blanche pour véritablement l’être. Il fit courir sur la faïence un soupir silencieux, vestige de non-dits, et éloigna de lui ce qu’il rattraperait plus tard. La curiosité d’un Magicien le poursuivait et il ne pourrait pas la distancer indéfiniment… parce qu’on finissait toujours par se jeter dans les bras de mignons embêtements.
Il battit des cils, pressa un peu plus Madame entre ses mains – promesse diffuse qu’il répondrait – et observa son hôte sans plus se confondre en éloges. Ce n’était jamais bon pour la perception, et il n’avait pour l’heure nulle envie d’anéantir les lucidités, encore moins de charmer. Regard furtivement jeté sur la tasse abandonnée là. Il désirait simplement convaincre… plus ou moins honnêtement. Mais bien que son esprit fût verrouillé, on le surprit, et il dut se faire violence pour ne pas accompagner ses paroles d’un rire :

— Allons, monsieur, que parlez-vous de butin ?

L’amusement avait rebondi très perceptiblement. On n’avait pas idée de se trouver ainsi à la frontière de l’incorrection et de la familiarité. Dénués de reproche toutefois, ses mots n’espéraient aucune défense, et il glissa sur les restes de raillerie en songeant. Qu’était-ce qu’un butin selon le Magicien d’Oz ? Fallait-il y voir l’équivalence d’une conquête ? Ou bien d’un acheteur généreux ? Voire les deux – idéalement ? Sa réputation, en tout cas, le supposait. Alors Sylar eut une soudaine réserve sur le visage, sans en avoir conscience : instinct latent qui le voulait à l’abri des sacs au contenu trop homogène. Il s’apprêtait à serrer Madame un peu plus fort quand elle intervint de cette façon incisive qui lui était propre – il commençait étrangement à s’y habituer. Les remontrances gentilles de ce genre savaient de temps en temps le faire sourire, mais il n’en fit rien pour cette fois. Il s’abstint également de prononcer le moindre avis, puisqu’il lui semblait au contraire que le sein d’une dame savait garder la chaleur pour longtemps.

Il laissa là cette boutade, porta Madame à ses lèvres pour un baiser singulier, et cela, contre toute attente, en même temps que le Magicien. Parce qu’il avait tardé à boire au point que Sylar, s’il avait attendu davantage, ne pût plus s’octroyer les plaisirs d’un thé buvable. Il ne se permit cependant qu’une très petite gorgée, nul ne pouvant se targuer de ne craindre les poisons, encore moins celui qui y avait recours et en constatait l’horreur chaque jour.
L’amertume qui coula sur sa langue lui rappela celle de ses propres doigts lorsqu’il prenait des souffles, le claquement du cuir lorsqu’il relâchait l’étreinte de son lacet autour des gorges blêmissantes… Boire ainsi à la source fumante de son crime fit courir un imperceptible frisson le long de son échine, et il crut sentir, à travers le tissu de ses gants, non pas de la porcelaine mais la chair d’un cou blanc. Il se ressaisit vite néanmoins, et derrière ses cils frémissants, estima préférable d’embrasser maintenant les curiosités présentes et passées. Comment devait-on le nommer ?
… Qui était-il ? Sylar prit l’air de celui qui consentait à une concession sur ses principes de discrétion. Sacrifice à une dame.

— Eh bien, il vaut mieux que je me présente, tout simplement, souffla-t-il. Je suis en quelque sorte un apothicaire, il est vrai.
Qui donc le sermonnerait pour ce joli mensonge ? Ne confectionnait-il pas des antidotes, après tout ? Seules les drogues n’avaient pas son intérêt, trop dégradantes selon lui, et à la fois pas assez : elles donnaient extase, puis honte et asservissement à l’esprit, mais ne ruinaient que trop lentement le corps et la vie. Elles n’étaient pas faites pour l’excès immédiat, se montraient indulgentes en osant le sursis. Non, Sylar ne voulait pas de leur nuage de poix au-dessus de la tête. Il reprit :
— Vous savez – il ne lui laissait pas le choix – que la digitale pourpre est une plante capricieuse. Je suis depuis longtemps intéressé par ses propriétés médicales, à défaut d’avoir été attiré par ses propriétés gustatives. Elles sont d’ailleurs particulières, maintenant qu’il m’a été donné de les connaître.
Particulières… comme curieuses. L’importance ne revenait pas tant au goût qu’à ce qu’il suggérait. Il était pour lui évident qu’un consommateur occasionnel de thé ne saurait trouver satisfaction en la pique amère – digne des plus grands rhéteurs – de la digitaline. Derrière un voile tout fait de reflets ambrés, elle coinçait la langue et le cœur en discutant par murmures entrecoupés de silences interprétatifs. Et lui, prenant une gorgée, y cédait volontiers.
Finalement, il arrivait qu’il fallût peu de temps pour cerner l’essence d’une rareté. Il lui fut, par exemple, beaucoup plus difficile de se trouver une nouvelle identité. Semblant de malaise… Il avait renié sa famille, mais ne s’était paradoxalement jamais imaginé porter un autre nom que le sien. L’air songeur, il réfléchissait en réalité très activement à un pseudonyme qu’il ne voulait pas anodin – caprice de criminel qui se croyait hors d’atteinte, et pensait pouvoir disséminer des indices en vue d’assurer à l’abusé un après-coup retentissant.

— Je m’appelle Clare Jensen, laissa-t-il finalement tomber, avec l’expression de celui qui s’était rendu compte de son oubli.
Clare Jensen, répéta-t-il intérieurement. Cela lui allait… comme une robe lui irait – il ne savait en ce moment pas à quel point il était dangereux de s’avancer. Sans doute aurait-il pu faire mieux : cette identité ne l’engageait pas entièrement. Pour y découvrir une sonorité familière, il fallait être fervent lecteur de la gazette des enchantés et posséder une excellente mémoire. Parce qu’une quarantaine d’années plus tôt, un article avait colporté des rumeurs sur les infidélités de Brittany Black, et cité parmi ses amants supposés un certain Monsieur Jensen, aristocrate comme Sylar l’avait été. Probablement afin de donner de la consistance à leurs dire, les chroniqueurs s’étaient sentis obligés de rappeler le nom de jeune fille de Brittany, Clare, comme ce qui n’était pas Black, comme ce qui n’était pas aussi riche, comme ce qui avait la bêtise de ne savoir mesurer le confort d’une telle situation. Sylar en avait ri – presque, plus tard en redécouvrant les archives : rien n’était jamais parvenu à déshonorer sa mère. Ni ses amants, ni son propre époux ne l’avaient cherché. Son fils non plus.

Assez de réminiscences. Il considéra le Magicien, un éclat d’arrière-pensée dans le regard. Il ne s’attendait pas à ce qu’on le crût, mais la bienséance voudrait sans doute qu’on ne le bousculât pas. Et sans pouvoir penser qu’il l’espérait, il admit au moins que cette délicatesse l’accommoderait. Cela, bien sûr, ne l’empêchait pas de jouer de l’ongle sur le feuillet fragile des discrétions :

— J’espère tout de même que vous connaissez vos dosages, dit-il. Autrement nous jouons tous les deux notre vie sur une tasse de thé.
Il sourit doucement.
— Faut-il y voir un problème, à votre avis… ?
De culte excessif ?
Le Magicien paraissait affectionner tout particulièrement les danses avec le danger – encore une fois, Sylar ne soupçonnait pas à quel point ses réflexions projetaient de le rattraper à l’avenir. Quant à Madame… il croyait comprendre que ces mains qui la portaient ne la gênaient pas outre mesure – quel sens moral pour une porcelaine, finalement ? Il lui semblait même qu’elle l’avait désormais deviné – du moins en partie. Certainement à son allure, à sa voix trop douce, trop charmeuse pour être totalement désintéressée et vide d’intention meurtrière. C’était, en d’autres termes, un joli rideau qu’il fallait éviter de tirer. Ou bien, si on s’y risquait, s’offrir un sage recul afin de ne pas recevoir en pleine figure ce qui menaçait d’en surgir.
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Lun 21 Déc - 15:20

    Emplir ses joues de malice et laisser éclore les sourires – faute de leur permettre d’éclater, ce qui serait peu esthétique – en pétillant joyeusement. L’allégresse et l’amusement brillaient ensuite bien joliment, en retombant, comme autant de paillettes multicolores. Il avait d’ailleurs essayé, à un certain moment – qui semblait fort lointain, désormais – de placer dans la Boutique un mécanisme intégré au système d’aération qui transportait partout d’adorables petites paillettes de toutes les couleurs. Mais cela était malheureusement revenu trop cher et le Magicien d’Oz avait dû, à son grand regret et son immense affliction – il en avait presque pleurniché de dépit – se résigner à le mettre à l’arrêt, ne l’utilisant que lors des grandes occasions ou des périodes de fête. Il lui tardait d’ailleurs de le remettre en marche pour Nowel, qui était de loin sa période préférée de l’année, du fait des décorations à perte de vue et, moins égoïstement, de la bienheureuse multiplication de ses clients et a fortiori, des achats et de la recette de sa petite Boutique. Bouffée de jubilation sautillante, dans son cœur d’enfant – à peine – trop enthousiaste. C’est que la perspective de toutes ces braves gens qui se presseraient à la recherche d’une quelconque magie à offrir pour égayer les cœurs, l’emplissait d’une allégresse débordante… Et pourquoi ne pas mêler aux paillettes quelque neige – magique, qui ne fondrait pas sur la moquette de ses couloirs – histoire d’accentuer le petit côté pittoresque de l’évènement… ? Hum… Nowel ne serait pas aux portes avant quelques mois, il aurait le temps de songer de nouveau à la chose, à tête reposée, comme on dit…

    Pour l’heure, il ne s’agissait pas de s’égarer entre deux songes – le fil de ses pensées était fort délicat et il avait tendance à le perdre avec une facilité déconcertante, dès lors qu’il n’y prêtait pas assez d’attention. Sourires amusés échangés, banales insouciances des plaisanteries qu’on lançait aux quatre vents puis qu’on observait s’éparpiller mollement dans l’espace. Encore une histoire de paillettes… Dont Madame n’avait manifestement pas besoin pour attirer l’attention. Brave petite qui s’efforçait de ramener dans le droit chemin ceux qui menaçaient de se perdre dans le labyrinthe des espiègleries. La litanie de ses méditations silencieuses s’interrompit l’espace d’un magique instant, juste le temps de savourer, pleinement et dans toute leur dimension, les dangers du délicat liquide qui s’écoulait tranquillement dans sa gorge… Cyrus lança un regard, à travers ses cils, à son invité qui découvrait la magie de son joli thé. Etait-il à son goût… ? Car il s’agissait là d’une saveur étrange que peu étaient en mesure d’apprécier. Peut-être fallait-il pour cela être doté d’un certain… grain de folie – comme Elle le disait régulièrement – dont d’autres étaient malheureusement démunis… Quoique, ce n’était pas si malheureux que cela, dans la mesure où cela lui permettait, ainsi qu’à ses rares semblables, de bénéficier d’un peu plus de ce plaisir dont le principal charme était justement celui de ne pas être à la portée de tous… Alors qui pouvait bien savoir… Et de toute façon, qui pouvait bien être sûr de quoi que ce soit… ? Et à quoi bon tous ces questionnements inutiles… ?

    Incertitudes condescendantes, hochements de tête compréhensifs. L’air de dire Oh, je vois, je vois… tout en chassant quelques raisonnements intempestifs qui n’avaient pas vraiment lieu d’être – quoique… Ainsi, l’invité s’intéressait à la médecine… Fort noble cause – n’est-ce pas qu’il s’agissait là d’un honnête homme ! Quelle idée de l’avoir supposé simple empoisonneur – et qui ne devait pas être de tout repos. Pour vendre quelques herbes aux propriétés curatives – oh, rien de bien folichon, juste quelques ingrédients de base pour la préparation de quelques onguents et potions fort appréciées par la clientèle – Cyrus en savait assez pour avoir conscience de la difficulté de la tâche qui incombait à tous ces scientifiques chargés d’étudier la flore malkinsienne dans un but – soi disant – humanitaire, mais en définitive, fort vénal. Le meilleur moyen de s’enrichir rapidement, après la vente florissante de magies diverses et le simple vol, n’était-ce pas l’industrie pharmaceutique ? Et le fait d’être intéressé par les propriétés médicales de la digitale pourpre faisait, par conséquent, partie – même de loin – de cette magnifique économie… Dire que ses parents avaient, un jour, souhaité qu’il participe à cet odieux complot contre d’innocentes âmes qui n’en savaient rien – hum, n’était-ce pas là le principe même d’un complot ?! – Indignations latentes, réminiscences des rebellions passées… Tout ça était bien loin, à présent, et quoi qu’il en soit, il s’était lui-même lancé dans une autre sorte de complot – rien de bien méchant, voyons ! Lui, il vendait de l’illusion à ceux qui en voulaient bien, cela n’avait rien de très détonnant, dans le vaste monde des faux-semblants et tromperies en tous genres… Mais c’était s’éloigner du sujet, que divaguer de la sorte…

    Un sourire aimable étira les lèvres du Magicien d’Oz, alors que son invité se présentait, et à son tour, il déclina son identité d’un léger « Cyrus Fleming ». La forme l’exigeait, n’est-ce pas… Elémentaire bienséance qu’on lui avait inculquée, il y avait de cela bien longtemps – prête ton nom à qui te fait cadeau du sien, c’est la moindre des choses. Tant de petits détails sur lesquels il insistait – chipotait ? – et qu’on lui reprochait, parfois… Parfois
    Clare Jensen, avait-il dit… Le nom lui était parfaitement inconnu. Il aurait tout aussi bien pu être une sommité, dans le monde médical, que Cyrus ne s’en serait pas aperçu. Et l’eût-il annoncé comme vérité générale que le Magicien n’aurait pas cillé… C’est que ce domaine particulier avait tendance à l’agacer un peu plus que les autres – trop de souvenirs déplaisants y étaient encore fermement attachés. Et par ailleurs, il ne se tenait que très peu informé de ce qui se passait dans Malkins, ne lisant du journal que ce qu’il voulait bien y lire, à savoir l’évolution de sa réputation – par l’intermédiaire de sa Boutique – les dernières nouveautés magiques – toujours s’informer de ce qui se passe chez la concurrence – et parfois quelques faits divers ayant attiré son attention – ne jamais négliger la moindre source d’inspiration, aussi secondaire fût-elle…

    Par contre… Une légère malice silencieuse brilla au fond de son regard. Cela était fort amusant, d’être doté d’un prénom aussi clair et lumineux lorsqu’on se drapait entièrement de ténèbres. C’était là un charmant contraste, tellement emprunt de joliesse qu’on aurait presque pu le croire faux – ô joie des pseudonymes… Allons, il n’allait pas recommencer ses accusations infondées, ce n’était pas le moment ! Après tout, le jeune homme lui avait fait l’honneur de tremper ses suspicions dans son thé, alors il pouvait bien lui accorder le bénéfice du doute…

    « Ne s’agirait-il pas plutôt d’accepter une inconscience mal assumée, et tout ce qu’elle implique… ? »

    Un sourire délicat fleurit sur les lèvres du Magicien. S’il fallait y voir un problème, hum… Voilà qui était, sans nul doute, une question pertinente. A laquelle il se demandait encore s’il était bon de chercher une réponse factice, faute d’en fournir une qui ne les satisferait sûrement pas, tous deux. Une pointe de joyeuse allégresse passa alors dans ses yeux, tandis que, heureux d'avoir trouvé un semblable, il jaugeait malicieusement ce jeune homme qui semblait à même de comprendre cet amour étrange et inconditionnel qu’il vouait au thé… C’est que les personnes qui lui ressemblaient se faisaient rares, en ces temps troublés – fallait-il s’en réjouir ou commencer à désespérer ? – Soupirs des résignations tues. Etait-ce de la paresse cérébrale ou une sorte de couardise latente, qui l’empêchait de trouver une réponse valable… ? Quoi qu’il en soit, Madame ne l’attendit pas. Et peut-être lui en fût-il gré, en son for intérieur.

    « Allons, serait-ce en définitive de l’inconscience, de la folie, ou de la galanterie, que de céder aux charmes d’une dame, même lorsqu’il s’agit de la plus capricieuse des fleurs… ? A moins que ce ne soit là un mélange des trois… ? Vous êtes charmants, Messieurs, néanmoins, vous avouerez que ce serait bien amusant que, dans quelques minutes, je sois la seule à survivre à votre thé de l’insouciance délétère… »

    Cyrus laissa un léger rire se répercuter sur la blancheur de sa porcelaine, avant de mimer une indignation de pacotille.

    « Ce serait dommage pour vous, Madame et je m’en voudrais fort, même dans la mort, de vous avoir privée, en un seul geste et par quelques gorgées seulement, de deux délicieux compagnons… »

    S’il l’avait mieux connu, il aurait sans doute échangé un clin d’œil complice avec ce Monsieur Jensen. Mais il se contenta d’un sourire pétillant. Dans le fond, tout cela n’était qu’un jeu, plus ou moins dangereux. Et cela ne le rendait que plus amusant. A quoi bon mesurer les menaces à l’avance, l’effet de surprise était tellement plus attrayant ! D’aucuns auraient dit qu’il était irrécupérable, mais leur avis ne comptait pas. Et moins sérieusement…

    « La frontière entre l’insouciance et l’inconscience reste bien mince et tout se joue dans la façon que l’on a de l’aborder. Ensuite, pour savoir s’il y a problème ou non, je suppose qu’il suffira de dresser l’échelle de ses priorités et de savoir de quel côté l’on placerait une tasse de danger infusé… »

    Après tout, quitte à mourir pour des idées, pourquoi ne pas tenter une merveille plus palpable ? Sa vie contre une tasse de thé… Bah, d’autres avaient offert des empires pour bien moins que cela. Et de toute façon, les dosages étaient ceux de Circey… Loin de lui l’idée de rejeter une quelconque responsabilité – culpabilité ? – sur son mentor. Au contraire, tout cela n’était qu’une obscure question de confiance… Et totalement aveugle, d’ailleurs, puisqu’elle lui permettait de jouer avec les battements du cœur d’un inconnu qui ne l’était pas tant, puisqu’il avait, malgré – ou était-ce grâce à – ses connaissances, décidé d’entrer dans le jeu – Cyrus mettait un point d’honneur à ne jamais obliger qui que ce soit à faire quoi que ce soit – … Etaient-ils donc du même côté de la frontière… ?


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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Sam 30 Jan - 18:21

[*Offre une fleur* é_è"]

Sylar affectait le détachement désinvolte de celui qui refusait, avec une raillerie dissimulée, de craindre quoi que ce fût ; loin pourtant de n’avoir rien à craindre, il le savait.
La folie cependant demeurait loin de lui, de son cœur, de ses yeux. Il l’avait toujours dit : c’était un fard qui lui seyait mal, parce que trop coloré, parce que trop inconstant, et qu’il laissait volontiers à d’autres, à un autre en particulier.
Aux sourires et aux regards chamarrés du Magicien, il ne retourna qu’une distance polie – dira-t-on froideur, un refus de concessions supplémentaires. Parce qu’il en convenait, son hôte était surprenant à plusieurs égards. Il ne le bousculait pas et pourtant, Sylar, parfois, se sentait bousculé. L’exubérance, qui menaçait de lui pincer le nez, lui en rappelait probablement une autre au point de ne pouvoir le laisser totalement indifférent. Il chassa néanmoins très vite ces considérations, n’en admettant pas l’empire sur son esprit, encore moins à ce moment précis.
Comme pour se donner la détermination insolente du téméraire, il mouilla de nouveau ses lèvres… songeant, peut-être en essayant de se convaincre lui-même, qu’il était finalement bien peu de choses qu’il n’assumait point.

La situation lui offrait-elle, juste là, sous ses yeux, l’histoire d’une course enfantine après le danger ? Une histoire qui sans doute était aussi la sienne. Sylar estimait toutefois, très loin en son for intérieur, qu’il assumait parfaitement ses écarts imprudents. Se donner un air de reproche envers lui-même pour mieux recommencer ensuite en était une preuve éclatante. De là à dire qu’il se soucierait un jour de nommer ce qu’il poursuivait avec tant d'irrégularité… Cela, en effet, avait un autre nom que le danger, et l’aspect si rare, même si possiblement mensonger, d’une finalité.
… Oh, sourit-il intérieurement. Tout bien considéré, peut-être, peut-être n’assumait-il pas aussi franchement qu’il le croyait.
Il faillit provoquer un silence dépourvu de sens, en rétorquant au Magicien qu’il fallait maintenant cesser de l’importuner. Mais enfin, nul ici ne s’y risquait, n’est-ce pas. Sauf Madame, semblait-il.

Madame. Les yeux baissés sur elle, puis levés vers le Magicien, Sylar battit des cils en une vague approbation. De qui, de quoi, il n’en dit rien d’abord, trop captivé par les battements de cœur qui se précipitaient aux portes de l’indiscrétion. Il était indéniablement sensible au breuvage, pris au piège comme rattrapé par une traînée de poudre. Seulement, à l’abri d’une fascination naïve – qu’importait son cœur ! – il tut impérieusement, d’une voix inaudible mais sans appel, le tambourin rieur de sa propre vie. Il doutait que cela se concrétisât réellement aujourd’hui par le pouvoir mal dosé d’un breuvage. Cela serait dommage pour Madame, avait-on dit, avant de l’être pour lui. L’inconscience, peut-être, la folie, non, la galanterie, définitivement.
Il répondit alors, affichant une réserve peu crédible :

— C’est la priorité d’un instant. Disons de celui-ci.

… Omettant avec audace que cela pouvait être – que cela était – la priorité de toute une vie pour le Magicien. Un sourire furtif derrière les cils, Sylar égara ses yeux sur le sol pour n’en rien offrir à son hôte. Le temps d’effacer toute couleur de son âme, et les dernières gouttes de danger sombraient en lui sans promesse funeste.

— Nul n’en saura rien. C’est un secret entre vous et moi.

C’était la première complicité qu’il se permettait, sans doute par jeu – encore une fois – plus que par réelle conviction. L’intérieur de son pouce caressait doucement la porcelaine, alors qu’il considérait le Magicien d’un regard opaque, qui n’appelait rien. Il sentit Madame s’agiter, et crut qu’elle était sur le point de railler cet accès contemplatif – ironiquement digne d’un mort qui s’anticipait. Mais elle n’en fit rien, et cette délicatesse, parmi ses charmantes assurances, acheva de convaincre Sylar qui la fit pivoter, pour l’honneur de l’avoir en face de lui. Ce fut alors elle, l’unique objet de son attention. A l’évidence, elle saurait mieux le combler que ces autres fillettes rendues plus fragiles encore par un excès de piaillements insupportables. Sa plaisante audace ne l’agacerait jamais davantage. Au terme d’une réflexion rythmée par de lents battements de paupières, Sylar s’interrogea à haute voix :

— C’est à se demander pour quelle raison vous l’avez ainsi cachée sous un amas de fanfreluches hurleuses. Je crois très sincèrement qu’il n’y en aurait aucune autre pour me plaire.
Estimez-vous heureux, Monsieur. Pensez bien que vous n’êtes pas le seul à m’avoir débusquée. Mais serait-ce là un regard dépréciatif que vous porteriez sur le travail de mon cher créateur ?

Pour se préserver d’une telle accusation, Sylar s’adressa directement au Magicien, d’une voix enchantée par un soupçon de velours.

— Je suis au contraire surpris de n’être pas sur le point de repartir insatisfait. Je suppose que mesdemoiselles vos compagnes – poursuivit-il à l’attention de Madame – correspondent à d’autres mesures, sans doute plus courantes que les miennes.

L’acceptation, enfin. Le client avait trouvé la perle idéale pour ses lèvres exigeantes. Une compagnie posée, nécessaire à sa propre stabilité, qui savait propager ses couleurs au moment opportun et sans la moindre démesure. Afin de contrebalancer des tonitruances qui l’épuisaient parfois, quand le simple calme et l’apaisante solitude n’y suffisaient pas. C’était une fantaisie amusante, n’est-ce pas, que de s’en remettre à un objet.

— J’aimerais l’emmener avec moi, dit-il au Magicien. Mais avant cela… Vous saurez sans doute répondre à mes attentes une seconde fois.
Non, aucune proposition indécente, sembla vouloir préciser sa soudaine gravité. Sylar souhaitait simplement faire une autre acquisition, animale cette fois – pour une concurrence directe, peut-être, à une mollesse animée qui l’exaspérait. En ce cas précis, nous pouvions effectivement parler d’inconsciences mal assumées. Et comme de juste, il les repoussa durement pour les oublier aussitôt.
— J’ai entendu parler de vos petits dragons, sans hélas pouvoir m’informer davantage quant aux détails – mensonge. Vous m’enchanteriez définitivement si vous possédiez un spécimen paisible et silencieux, joli mais sans trop de couleurs.

A croire qu’il donnait très exactement la description de l’un d’eux. Une curiosité on-ne-peut-plus perceptible éclairait son visage, comme impatient de rencontrer ce nouveau compagnon, comme déjà persuadé que le Magicien ne le décevrait pas.
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Sam 3 Avr - 3:26

    Délicates euphories. Quelques sourires et les voici plongeant tout doucement dans une paix qui se voulait cotonneuse. Serait-ce considéré comme de l’indécence, si des esprits aventuriers commettaient la délicieuse erreur de se laisser perdre, bien volontairement, dans les voiles qui tentaient de les envelopper ? Glisser tout doucement sur les pentes délicates des divagations tentatrices ne serait certainement pas de la meilleure politesse, alors que le breuvage partagé n’avait pas même encore entamé ce processus irréversible – si tristement irrémédiable – de refroidissement. Les brumes du thé avaient cependant la courtoisie d’offrir à leurs convives un vaste terrain de jeu, varié et accueillant, sur lequel passaient et repassaient paroles et impressions, s’y égarant quelquefois, s’y retrouvant ailleurs. Des plus ordinaires banalités aux épineux secrets de sorcières, les paroles qui s’échangeaient entre leurs volutes prenaient dès lors des airs de lyriques confidences ou de réunions au sommet. On se laissait alors prendre au jeu et on y plongeait de bon cœur. Quoiqu’il arrivait, parfois, qu’on préfère rester sagement sur la rive, attendant prudemment que les eaux reprennent une température assez convenable pour que la Décence y autorise la baignade – ce qui serait, évidemment, pur gaspillage.

    La priorité d’un instant, avait-il dit… Peut-être bien. Ou peut-être pas. Qui pouvait bien être sûr de quoi que ce soit, après tout. Et d’ailleurs, les incertitudes étaient tellement plus amusantes. Tout n’était qu’une histoire de Jeux et de paris, n’est-ce pas. C’était probablement là le secret d’une vie légère, à défaut d’être longue… Monsieur lui offrit la complicité d’un moment, ce qui eut pour effet de le faire sourire. Et d’incliner la tête, silencieuse reconnaissance – on ne pourrait pas l’accuser d’ingratitude. Et jouons donc, très cher ! … A moins que le très cher en question ne lui préfère les gracieux sourires de Madame. Bah, ce ne serait pas lui qui lui en voudrait pour cela, bien au contraire. Quel homme pourrait bien lui refuser l’honneur de plier sous ses charmes enfaïencés sans passer pour le dernier des goujats ? Se retirant alors dans un silence stratégique, Cyrus laissa poliment son invité se familiariser avec son rôle de client. C’est alors qu’il le surprit presque.

    L’éclat d’un rire se bouscula sur le pas de ses lèvres et, en ce jour délicieux, jamais il ne fut aussi proche de lui échapper. Pourquoi avait-il caché Madame ? Mais pourquoi diable aurait-il eu des raisons de la cacher ?! – mis à part le fait qu’elle soit sans nul conteste sa porcelaine préférée, naturellement. Voyons, il n’avait jamais fait une chose pareille ! Il s’était simplement contenté de la placer à l’endroit exact où elle devait se trouver – c’était là son travail de propriétaire, de trouver une place adéquate pour chaque chose et de mettre chaque chose à sa place. Elle en avait paru satisfaite et tout était allé pour le mieux. D’ailleurs, bien à l’abri, au fond de sa jolie vitrine enchantée, Madame semblait avoir pour don d’attirer les esprits singuliers, dont l’un avait été plus audacieux que l’autre, apparemment – quoique, pouvait-il vraiment se permettre une telle comparaison entre une naïade insaisissable et une ombre non moins impalpable… ? D’autant plus qu’aussi bien l’un que l’autre avaient l’Exigence pour principe. Ce qui n’était pas pour lui déplaire, loin de là. Pour un esprit aussi coloré que le sien, satisfaire ce genre de clients était un défi tout particulier, un plaisir rare qu’il appréciait à sa juste valeur.

    La délicate porcelaine était décidément toujours aussi caustique. Rien que pour cela, il empêcha de nouveau son rire de cascader. Il n’y avait pas à dire, elle lui manquerait. Car Clare Jensen venait d’annoncer qu’il ne repartirait pas les mains vides. Oh, on lui volait Madame pour le bonheur d’un autre ! … Peut-être le mot n’était-il pas le plus adapté, tout compte fait. Fort bien, vous m’en voyez ravi ! Un fin sourire éclaira le visage de Cyrus, joie unilatérale du commerçant heureux d’avoir vendu quelque chose. Mais on ne lui laissa pas l’occasion de chantonner son assentiment – et sa bénédiction. Répondre à ses attentes une seconde fois ? L’amabilité se déposa sur ses lèvres, léger voile, sans trop de paillettes, contrant une gravité bien tempérée – les affaires reprenaient de nouveau. Mais à votre service, mon cher ! Alors que le Client exprimait sa requête – l’objet, ou plutôt la charmante créature de ses désirs – le sourire de Cyrus se fit songeur, repassant au fur et à mesure des explications qu’on lui fournissait le contenu des étalages de sa boutique. Avant de reprendre de son éclat, alors même qu’une attente polie se profilait déjà à l’horizon de la conversation. Car oui, il savait précisément ce qui risquait fort de correspondre aux souhaits de ce charmant Monsieur Jensen. Peut-être parviendrait-il à l’enchanter définitivement, après tout ! Lui ferait-on donc l’honneur de deux achats, en cette magnifique journée ? Fantastique ! On avait jubilé pour moins que cela.

    « Ma foi… Il me semble que notre animalerie dispose effectivement d’une délicieuse créature qui pourrait bien ressembler à celle que vous me décrivez. On l’appelle Hesperis et son calme n’a d’égal que la sobriété de sa robe. »

    A bien y réfléchir, voici un choix qui correspondait merveilleusement aux raffinées noirceurs de ce jeune homme. Nul doute qu’il s’entendrait bien avec le dragonnet – et que ce dernier lui plairait, de même. Après tout, le Magicien d’Oz ne se targuait-il pas de maîtriser l’Art de toujours satisfaire ses clients ? Par ailleurs, il se sentait déjà tout guilleret à l’idée de toutes ces jolies piécettes qui passeraient la nuit dans ses caisses… Lueur vénale dans son regard d’hôte, difficilement dissimulée derrière quelques éclats d’affabilité.

    « Mais peut-être souhaitez-vous rencontrer Hesperis, Monsieur… ? »

    Question de pure rhétorique, naturellement, Monsieur était là pour ça… C’était ainsi qu’ils s’étaient retrouvés au cinquième, Cyrus guidant son invité entre les divers climats miniatures grouillants de Vie. Bruissements d’ailes, chants cristallins et délicatesses sulfureuses se mêlaient en un joyeux entrelacs carillonnant, apaisant. Les lanternes-lucioles voletaient en tous sens et trois d’entre elles semblaient s’être prises d’affection pour l’adorable qu’ils allaient visiter. Et qui trônait fièrement sur un édredon de mousse et de fleurs comme s’il se fut trouvé sur le plus confortable des divans. Le regard pâle du dragonnet passa, tranquillement, du client au Magicien, puis du Magicien au client, qu’il choisit de détailler plus calmement. Absorbant la lumière des mignonnes lanternes, des paillettes brillaient en un halo éclatant, précieux écrin entourant la ravissante créature. Deux êtres enténébrés et incontestablement supérieurs se considéraient mutuellement sous les yeux indulgents de Cyrus. Allons bon. Peut-être devrait-il faire les présentations… ? Geste du poignet, légère arabesque.

    « Monsieur, voici Hesperis… »

    En espérant que son élégance saura vous séduire… ? Mais la précision était-elle véritablement nécessaire… ?


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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Sam 17 Avr - 16:05

La curiosité, enfin, céda sa place à la douceur d’une satisfaction attendue – et qui rendait doublement heureux pour n’avoir pas fait faux bond. Les mots du Magicien coulaient, et les yeux de Sylar s’étirèrent sensiblement, comme ceux d’un chat, vous dira-t-on, comme la prunelle d’un reptile, préférera-t-il.
Feignant, lui, de ne point remarquer les nouvelles couleurs de Cyrus – mais s’en amuser intérieurement – Sylar consentit, d’un léger hochement de tête, à rencontrer l’Hesperis.
— Très certainement.
Son pendant draconique, semblait-il, quel heureux hasard, n’est-ce pas. Son regard se fit plus appréciateur, comme pour masquer une ironie provocante qui n’aurait servi qu’à discréditer son sérieux d’acheteur intéressé, curieux, mais surtout ignorant.
Sylar, le cœur battant, déposa délicatement Madame en face de lui, puis se leva pour se revêtir. Chapeau enfoncé sur la tête, il ne fut de nouveau plus qu’une ombre parmi les vitrines, poursuivant, en s’accordant un certain écart pour réfuter tout magnétisme, une charmante aurore boréale ; lui jouait le rôle de la nuit et du froid. Madame reposait au creux de sa main. Une moue aux lèvres, un froncement d’yeux désapprobateur à l’adresse de son futur propriétaire – il y a quelque chose de dur et de désagréable à l’intérieur de votre gant, Monsieur. Sage, toutefois, elle jugea bon de se taire encore. Elle n’était pas vouée à desservir son maître ; mais lequel ? Son créateur, à qui elle apporterait quelques pièces supplémentaires pourvu que le client fût satisfait d’elle, ou Clare, celui qui de toute évidence – oui, malgré tout – la possèderait sous peu et n’admettrait alors aucune trahison ? Avant et après l’officialisation du contrat : une nuance capitale pour les commerçants, mais qui n’avait pas même la valeur d’un sursis pour l’assassin – celui-ci en particulier. Madame avait fini par comprendre. Sans mal.

Du reste, Sylar prit soin de fuir les éventuels regards, parce qu’il n’était après tout, dans cette boutique de couleurs, qu’un extravagant en noir, un peu maladroit, et qui souhaitait se donner un genre sans trop y parvenir. Il ne put nier l’apaisement qui l’investit dès qu’ils eurent rejoint le cinquième étage. Ici, l’on n’avait plus d’yeux que pour les charmantes créatures débordantes de vie et de souffles – plus ou moins mélodieux, il en aurait volontiers arraché quelques-uns. Il ne manqua pas d’attraper diverses images au vol. Les ailes fiévreuses, les corps ondoyants… Mais un instant, son regard fut emporté par quelque robe de feu. Naseaux fumants. Un couple bien étrange, qui suscitait depuis longtemps son intérêt. Peu de gens savaient le mystère de ces créatures, démons miniatures, lui-même n’en avait pris connaissance que récemment – au terme de longues recherches tragiquement entrecoupées d’entreprises… sans doute moins respectables. Eh ! Secret professionnel. Cependant… Les marcheurs de feu le pousseraient probablement à revenir en ces lieux, et alors, il ne serait plus question de désinvolture, ni même de simple chapeau comme grossière couverture. Enfin, plus tard.

Sylar s’immobilisa au côté du Magicien. Un tout autre genre de superbe avait fixé son œil. L’inflexion orgueilleuse d’une gorge… il crut voir les paupières tombantes d’un sultan. Un sérail singulier de lumières chapardées. Les lanternes-lucioles, aspirantes rêveuses, semblaient concurrencer dans un coquet froufrou les favorites étoilées.
L’Hesperis arborait une arrogance élégante – élégance arrogante ? – qui lui plaisait bien. Peut-être parce qu’elle lui rappelait la sienne. Ah ! Quel prétentieux je fais, songea-t-il en s’approchant.
— Puis-je ?, s’enquit-il distraitement auprès du Magicien.
Ce n’était pas tout de les présenter.
Sans vraiment attendre de réponse – parce qu’il n’était pas enclin à souffrir le moindre refus – Sylar tendit la main vers la créature. Mais alors, contre toute attente…
— Oh… !
Il ne put réprimer sa surprise quand l’Hesperis, gorgé de splendeur dédaigneuse, détourna ostensiblement le museau, se dérobant à la caresse qui, en d’autres circonstances, l’aurait ravi. Comme outragé.
Manifestement, railla Madame, ce n’est pas toujours au client d’être séduit. Allons, desserrez votre main, Monsieur, elle m’oppresse. Est-ce donc la première fois que l’on vous repousse ?
Oui.
Sylar eut soudain quelque chose d’hautain dans son port de tête. Vexé ? Cela ne se pouvait. Impossible de… réellement savoir. Et pourtant, certains détails... Les lèvres pincées, ou encore, le regard, très bref mais indéfinissable – osera-t-on dire fauve ? – qu’il jeta au Magicien, avant de daigner desserrer l’emprise qu’il exerçait sur Madame – la stupéfaction, que voulez-vous ! Non, cela n’avait pas été un châtiment suite à la moquerie incisive qui avait sifflé comme un trait, justifiée, il devait l’admettre ; lui-même, avec n’importe qui d’autre, n’aurait pas manqué pareille occasion. Silence. Puis surprise nouvelle lorsqu’il remarqua le regard pur de l’Hesperis, qui le scrutait furtivement.
Une agitation au creux de sa main. Madame reprit la parole, non sans adresser un clin d’œil complice au Magicien.
Ce que je vais vous dire est assez paradoxal, mais… Je pense, Monsieur, que cette précieuse petite chose n’est pas à manipuler avec des gants. Vous devriez retirer les vôtres.
Astucieuse. Maligne. Machiavélique. Madame était à lui – faite pour lui – et, il en avait décidé ainsi : l’Hesperis aussi.
Un homme sans reproche ne devait voir aucun inconvénient au fait de dénuder ses mains – blanches, si blanches. Et Sylar ne se compromettrait pas avec un tel tour d’enfant.
Bon joueur, il concéda cette victoire à Madame, mais à moitié. Index de velours entre les dents, la main meurtrière se libéra, maquillée d’une pâleur qui figurait une robe d’innocence.
Allons donc !
Madame percevait toujours la dureté du métal sous le tissu de son trône – alors rendu si incertain.
— Une seule, c’est bien suffisant, rétorqua Sylar. N’est-ce pas, Monsieur le Magicien ? Permettez, je vous prie…
Il lui sourit, et lui tendit son gant, souhaitant vraisemblablement… qu’il le lui tînt. Était-ce aller trop loin ? Il fallait pardonner la désinvolture feinte d'un orgueil fissuré.
Sylar, enfin, risqua une seconde approche… et fut cette fois étonné par la ferveur que déploya l’Hesperis pour atteindre lui-même la main nue qui le convoitait. Un frémissement courut entre les plumes ténébreuses, la gorge roula, se soumit ; puis la petite créature s’envola, et son corps épousa la paume tiède, pour y reposer, semblait-il, indéfiniment.
Alors, ce n'était que cela. Un caprice, comme toujours.
Sylar sentit quelque fierté poindre dans sa poitrine.

— Ce sera donc lui, conclut-il.
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Lun 17 Mai - 6:55

    L’espace d’un fugace instant, les paillettes entourant, faisant intégralement partie de Cyrus, vacillèrent et semblèrent même vouloir s’éteindre. Leur éclat, pourtant si brillant habituellement, parut soudain plus… froid ? Mais non, voyons, c’était sans doute une divagation, un bête malentendu comme tant d’autres. A la limite, on pouvait peut-être se laisser à dire qu’il s’agissait d’une simple, d’une infime expression de suspicion qui avait envahi son regard. Si légère qu’elle ne voilait qu’à peine l’affabilité et la cordialité dont il devait constamment faire preuve, en sa qualité d’hôte. Car il en allait de sa réputation, n’est-ce pas… ? Certes, son enthousiasme vénal de commerçant profondément épris – des yubas, s’entend – s’était passablement refroidi, sous l’effet d’une surprise vaguement redoutée, faute d’être inattendue, mais il veillait à n’en rien laisser paraître – toujours cette histoire de réputation et de principes. Car Hesperis hésitait. Ce qui n’était pas vraiment pour l’enchanter… Il avait beau être ce qu’on savait – il l’assumait pleinement, d’ailleurs – son amour pour l’argent avait ses limites. Aucun contrat n’était signé tant que les deux parties n’étaient pas entièrement satisfaites. Commerce, oui, mais dans les règles de l’Art et de la sacro-sainte Bienséance.

    Par conséquent, le fait que le dragonnet d’obsidienne ait refusé une caresse de celui qui semblait déjà le convoiter avait déclenché une petite alarme dans l’esprit de Cyrus. Certes, il s’agissait peut-être d’un simple caprice, d’une furtive réticence, mais il se devait de considérer toutes les possibilités. Incluant celle qu’Hesperis ait pu détecter une quelconque menace à sa bonne santé dans l’aura sombre du sieur Jensen. Oui, car le danger émanait de chaque fibre de son être – incluant ces gants noirs qui semblaient lui servir de seconde peau, et qu’il n’avait jusque là pas jugé bon d’ôter, ne serait-ce qu'en hommage à Madame - ou à son thé ! … C’aurait même pu être vexant, dans le fond, mais ne nous fâchons pas pour si peu, voyons ! Au lieu de quoi, on se contentait de mettre de côté, consciencieusement, cette funeste impression qui guettait, en sourdine, l’instant où elle pourrait déployer ses ailes en toute obscénité et prendre sa victime à la gorge. L’impression que sous leur léger voile, ces mains pouvaient prestement saisir un souffle et l’arracher à son possesseur, sans sommation aucune. Mais cela reviendrait à remettre en cause, une fois encore, l’honorabilité de l’homme en question et Cyrus avait déjà décidé qu’il s’agissait là d’un honnête personnage – il buvait son thé sans sucre, après tout ! Songer qu’il avait affaire à un empoisonneur, d’abord, à un assassin, ensuite… Un criminel dans sa boutique, quelle horreur ! Quel manque de goût, aussi… Non, vraiment, l’instant n’était pas aux accusations paranoïaques. Et même si ! Monsieur était avant tout un client. Et un client particulièrement courtois, même si le qualificatif dont il se voyait presque – et, comble de goujaterie, à son insu ! – doté était pour le moins dépourvu de grâce… Bah ! Lorsqu’on avait également sa petite dose d’inconscience, on ne pouvait décemment déplaire. Hu hu.

    Il fallait donc avouer que cela aurait été dommage que l’adorable dragonnet soit suffisamment inquiété pour lui refuser le titre de compagnon. Ses caisses en souffriraient, le client repartirait insatisfait et sa réputation serait ruinée. Frissons horrifiés étouffés à même son épiderme. Le regard du Magicien soutint sans faiblir celui du jeune homme courroucé. Allons, Monsieur, je vous en prie, rangez-moi donc ces noirceurs que je ne saurais voir, vous pourriez effrayer les autres clients. Sourire tranquille. La réponse à la narquoise – arrogante ? – question – purement rhétorique – de Madame se devinait sans mal et d’une certaine façon, il compatissait. Ce devait être une rude épreuve pour son ego… Son attention se reporta alors sur Hesperis. Etait-il… Ebauche de sourire, soulagement imperceptible. Ce n’était qu’une fausse alerte, apparemment. Une simple réticence passagère… La délicieuse créature, loin de retourner fièrement à sa lumineuse cour, était restée tout près et se permettait même de timides et furtifs regards vers ce bipède ulcéré dans son amour propre, qui aurait pu être son semblable… Il y avait encore de l’espoir, semblait-il ; Cyrus pouvait donc rendre leur éclat à ses paillettes ternies par la suspicion ! Sourire complice à l’attention de Madame – Chère amie, que vos élégantes fourberies manqueront à la Boutique. Elle l’avait remarqué aussi, n’est-ce pas ? Bah ! Dans son regard soupirait un haussement d’épaules résigné. Peut-être même était-elle la première à avoir su voir sous les voiles enténébrés. Ne reposait-elle pas directement en leur sein, après tout ?

    Attente courtoise, silencieuse curiosité. L’air de celui qui ne s’y intéresse pas tant que cela – ce qui était probablement plus vrai qu’on ne l’aurait cru. Monsieur daignerait-il ? Une main se dévoila alors, accueillie par un léger sourire, lourd d’amabilité. Certes, mon cher, cela devrait suffire amplement… Et… Hum, le prenait-on donc pour un porte-gants ? Un sourcil suspicieux manqua s’arquer, sur son visage affable d’hôte attentionné. Il prit néanmoins l’étoffe qu’on lui tendait, sans broncher, un tantinet trop distrait par le dragonnet qui rejoignait la blancheur immaculée – oserait-on encore avoir l’outrecuidance de croire qu’il s’agissait là des doigts d’un assassin ? – Comme si ce n’était qu’une évidence… Ce sera donc lui… Qu’il en soit ainsi ! Cyrus s’inclina.

    « Vous m’en voyez ravi, Monsieur ! »

    Et comme de bien entendu, ce fut l’exact instant que choisit sa blonde fée d’employée pour le venir accoster. Portée par une brise de détresse fleurie – jasmin et verveine, s’il ne se trompait pas – la douce enfant surgit de l’un des ascenseurs, de l’autre côté de l’étage, pour chercher auprès du Magicien un ultime secours. On réclamait sa présence au Troisième. Une affaire urgente, semblait-il… Eh bien ! Il pouvait probablement s’éclipser sans regrets, maintenant qu’il était rassuré, dans ses instincts paternels de mère poule veillant sur ses petits…

    « Il semblerait que le moment soit venu pour moi de prendre congé. Monsieur, je vous confie Madame et Hesperis ! »

    Et j’ose espérer que vous en prendrez soin, Ô vous qui venez me dépouiller de deux des trésors les plus chers à mon cœur

    « Au plaisir de vous revoir de nouveau entre nos vitrines ! Ma chère amie, délicat Hesperis, Monsieur Jensen, portez-vous bien ! »

    Dernière souriante révérence, regards clignotants, ultimes effleurements complices, et Cyrus quitta les frémissements du Cinquième pour les magies du Troisième. Quel pouvait bien être ce client récalcitrant qui nécessitait sa magique présence – réduisant honteusement de la sorte ses derniers instants passés en compagnie de Madame et du dragonnet superbe !


    Ce ne fut que quelques heures plus tard – à moins que ce ne fût quelques minutes, il ne savait plus trop – que le Magicien d’Oz s’aperçut de son oubli – sincère ou feint, qui pouvait bien savoir… Le brillant éclat de ses tissus chamarrés se voyait terni par l’obscurité entêtante du gant de son précédent invité… Tant pis ! Si le sieur Jensen y tenait tant, il n’aurait qu’à venir le chercher lui-même. Ce n’était pas comme s’il l’avait malencontreusement égaré. Et Oz’s était accessible à des miles à la ronde.

    Et, quoiqu’il en soit, un gant contre une dame et une sombre merveille étincelante, c’était bien peu cher payé…



[Clos en ce qui me concerne ;__; Ce fut
délicieux ♥️ Reviens donc chercher ton
gant quand tu veux, mon très cher 8D ]


Le Magicien d'Oz, vendeur de Magie... A votre service ♥️
"Car il y avait en lui, rachetée par de rares délicatesses, une certaine muflerie..." ~ M. Proust
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mr. tout-le-monde... ou pas !
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HUMEUR : Pétillante ~
CITATION : "La couleur fait foi de tout, la couleur crée l'émotion et laisse jaillir l'étincelle de la création" N. Reid

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FICHE : Le vendeur d'arc-en-ciel ~
NOTEBOOK : Le Grimoire Coloré ~
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣] Sam 8 Jan - 20:59

Sylar avait délicatement emprisonné la créature, la paume contre son encolure gracieuse, l’avait attirée vers lui sans qu’elle n’y opposât de résistance. Il fit face au Magicien et reçut les paroles de circonstance avec une moue d’indifférence, considéra d’un regard opaque l’empressement de l’employée qui figurait avec son patron le personnel excentrique et emporté d’un petit théâtre. Civilisé toutefois, il eut enfin un sourire aimable et un doux hochement de tête ; il lui semblait nécessaire d’affecter une tranquillité rassurante pour leurrer le monde, et ce n’était là, il le sentait, qu’un accord tacite entre le Magicien et lui.

— Excellente continuation, Monsieur, répondit-il simplement, et ses yeux le remercièrent. A dessein, il n’avait pas réclamé son gant, comme pour laisser un gage de nouvelle rencontre ; rien cependant ne trahissait chez lui un tel désir et ce fut sans transport ostensible qu’il se dirigea vers les caisses.
Il déposa Madame sur le comptoir, lui arracha un soupir consterné lorsqu’il permit à l’Hesperis de se glisser dans la coupole de porcelaine.
— Ajoutez-y le nécessaire, indiqua-t-il à la caissière.
Bien qu’il eût les yeux sur le chèque qu’il remplissait machinalement, Sylar perçut très distinctement l’inertie soudaine des mains de la jeune fille et la brûlure d’un regard insistant sur son visage. Elle l’avait manifestement reconnu. En ces circonstances, songea-t-il sans l’ombre d’une inquiétude, l’attitude devait impérativement signifier : jamais vous n’oserez. Il ne prit donc pas la peine de relever le menton et jaugea la caissière par en-dessous, les paupières lourdes d’un flegme comminatoire :
— Y a-t-il un problème, mademoiselle ?
Naturellement il n’y en eut aucun. La jeune fille prépara les paquets en évitant soigneusement l’attention de son client. Lady Shanetia s’endormit en souriant. L’Hesperis s’enroula dans une torpeur sereine que l’aura prétendument noire de son propriétaire ne perturba point.

Dehors, Sylar se faufila au travers de la foule qui se densifiait, main nue dans la poche de son manteau. Un instant, l’éclat grenat de son œil gauche luisit par-dessus son épaule en direction de la boutique, et ce fut comme le baiser qu’il n’avait jusqu'alors jamais daigné donner.

[Topic clos]
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MessageSujet: Re: Faïences et défaillances [Oz ♣]

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Faïences et défaillances [Oz ♣]

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