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La Ruche aux Couleurs

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MessageSujet: La Ruche aux Couleurs Lun 21 Déc - 22:48

Ce devait faire des semaines, ou plutôt des mois qu'il ne s'était pas aventuré dans ces hauts-lieux de complots et de médisances. Peut-être parce qu'il n'avait rien à y faire, pour le moment, ou peut-être aussi parce que tout ce qui touchait à l'envers du miroir le rapprochait peut-être un peu trop de la personne qu'il y avait rencontré, la dernière fois qu'il avait posé le pied dans la crasse des miséreux. Il craignait peut-être de le rencontrer, par hasard ou par erreur, et de ne pas savoir que dire pour justifier cette inopinée rencontre, pour justifier qu'il l'importune ainsi. Il gardait précieusement le numéro de téléphone de l'abeille, le premier vrai numéro qu'on lui aie jamais donné, un ancien collègue lui en ayant un jour inscrit un faux. Du moins, il ne savait pas vraiment si c'était un numéro réel, n'ayant jamais osé décrocher le combiné pour demander des nouvelles de l'abeille. Mais il lui faisait grandement confiance, après ce qu'ils avaient vécu, après cette simple soirée qui avait plus compté que onze années d'existence libre. Mais vaincu par son effroyable timidité et sa terrible impression de gêner, il n'avait jamais osé un seul pas vers lui, retranché dans ses doutes. Mais la balle était dans son camp, Evelyn n'avait aucun moyen de le contacter, aucune piste pour retrouver sa trace… Si il ne faisait aucun pas en avant, ils ne se reverraient certainement jamais, et c'était bien là une option que le ramoneur ne souhaitait pas envisager. Néanmoins, quelques mois passèrent, et il ne se passa rien.

Même sa vie devint plus fade qu'elle ne le fut jamais. Il n'aurait jamais pensé que es gestes quotidiens, auparavant doués d'autant de vie et de bonheur simple, se retrouveraient dès le lendemain de sa rencontre avec le guérisseur presque dénués de sens, mais nécessaires à sa survie sans la saveur des heures passées en sa compagnie. Il fallait bien s'occuper, il fallait peut-être oublier un peu, afin de ne pas trop se faire de mal, mais les offres se faisaient rares, et le ramoneur ne souhaitant pas se frotter aux épouvanteurs de trop près pour le moment, l'argent n'affluait pas dans les caisses du consultants. Il y en avait de meilleurs ou de plus rapides que lui qui attrapaient les cibles qu'il avait repérés, il se faisait parfois rouler dans la farine par ceux qui disaient vouloir être associé avec lui le temps d'une mission, et repartaient discrètement avec tout l'argent… Bientôt, le ramoneur se retrouva avec pour unique fortune son cheval qu'il se refusait de vendre, son arme, et les vêtements qu'il portait sur lui. Il s'estimait d'ailleurs heureux de ne pas être constitué exactement comme les humains et de ne pas salir ses vêtements aussi vite qu'ils le faisaient. La vie était parfois difficile, lorsque l'on vivait par soi-même, et Søren en fit l'amère expérience. Fin novembre, il ne pouvait que difficilement payer ce dont il avait besoin pour subsister. Quelques pots de peintures durement acquis en échange de menus travaux de ramonage, et un peu d'eau croupie recueillie d'une gouttière arrivaient parfois à lui rendre la santé, mais il se sentait pris dans un rouage infernal. Moins il était vif, moins il arrivait à faire son travail de consultant comme de ramoneur. Moins il avait d'argent, moins il pouvait se payer de quoi se nourrir. Nul doute qu'à la saison prochaine, les affaires fleuriraient de nouveau, mais le passage de l'hiver se promettait rude, et le ramoneur se refusant à mendier, les fins de journées étaient souvent bien pessimistes.

C'est peut-être le désespoir qui le poussa à retrouver dans sa poche l'adresse soigneusement conservée d'Evelyn, et qui le poussa à prendre une bonne fois pour toutes sa décision. Pour une raison de moral, comme pour une raison purement matérielle. Il entra sans mal dans la ville basse, contrairement à ce qu'il en aurait pensé vu ses exploits de la fois d'avant. Mais visiblement, tout le monde avait oublié et son apparence, et ses faits. Il était bon d'être insignifiant, parfois. Le ramoneur se perdit une petite heure dans les faubourgs avant de se résigner à sacrifier ses dernières pièces pour demander le chemin à une passante. Malgré son propre état, qui sembla causer un peu de frayeur à la jeune fille, il fut heureux de lui donner son argent, trouvant toujours la misère humaine plus attendrissante que la sienne. Il suivit à la lettre ce que l'adolescente lui avait signalé, et se rendit compte avec soulagement qu'elle n'avait pas menti. Les dernières dizaines de mètres, il fut même capable de retrouver de lui-même le chemin, se rappelant parfaitement du vol de Destinée au dessus de leurs têtes, ce fameux jour. Il monta avec peine les marches de l'escalier, jusqu'à l'étage où se trouvait la porte qui les avait abrités tous les deux. Il toqua avec hésitation, avant de se rendre compte qu'il n'était pas là. Certainement au travail, conclut l'ouvrier en s'asseyant. Il avait le double des clefs, mais ne souhaitait pas s'introduire ainsi dans un foyer qui ne lui appartenait pas alors qu'ils se connaissaient encore si peu cela serait inconvenant. Il campa donc à la place qui lui seyait le mieux, le palier, et s'affala contre son balai de ramoneur, exténué, incapable de bouger un peu plus. Décidément, Evelyn le prendrait vraiment pour un opportuniste… Il ne venait donc que lorsqu'il était mal en point ? Peut-être, mais il était presque sûr qu'Evelyn saurait le guider, l'aider, et peut-être trouver une solution à ce qui le grignotait depuis le jour où ils s'étaient séparés sur la grand place de Woollyland. Il en avait les clefs. C'était l'abeille, le guérisseur, celui qui connaissait les mots justes, les actes justes. C'était son plus grand trésor, et il souhaitait ne serait-ce qu'entrevoir de nouveau son visage, écouter de nouveau sa voix.

Le soir tombait. Il avait attendu trois ou quatre heures sur le palier en chien de garde, ne s'éveillant de sa demi-torpeur que pour ingérer un peu de l'eau sale et glacée qu'il avait entreposé dans sa gourde. Il n'avait même plus de peinture, et n'était plus en l'état de faire quoi que ce soit. Tremblant, le froid ne lui faisant pas que du bien, malgré l'absence de vent due au fait qu'il soit dans un bâtiment, il retira un instant ses gants pour se rendre compte de l'étendue des dégâts… Le jeune homme passa une main tremblante sur ses lèvres sèches, sur sa peau couverte de fissures, craquelée, désespérément terne . Il n'était plus que l'ombre de la peinture déjà peu valorisée de l'artiste qui lui avait donné la vie, et il sentait la vie doucement s'endormir au fond de lui, dans les recoins où subsistaient encore un peu de la douceur rugueuse d'autrefois, tout contre son coeur. En ne faisant que plier les doigts, des miettes de peinture séchée s'envolaient, abimant au moindre de ses mouvements le résidu qui gisait en attendant le salvateur retour de l'abeille. Comme une marionnette qui avait perdu ses fils, il s'était adossé à la porte, la tête roulant contre ses clavicules, emberlificoté dans ce qui le protégeait encore de la mort, emmitouflé dans son être, recherchant un peu de chaleur dans les moindres recoins de ses vêtements. Les ombres s'allongeaient, et la sienne fut engloutie par celle du montant de la porte. Engourdi, prêt à s'endormir, paisible, peut-être pour un petit moment… Mais une ombre plus mouvante que les autres, plus bruyante que les autres retint ce qui lui restait d'attention, et usant de la force qui lui restait, il chercha du regard ce qui arrivait. Lorsqu'il aperçut qui le surplombait, dans ses drapés et son rare parfum, ses yeux sourirent. Il était arrivé, il avait pu le voir. Il tendit méticuleusement une de ses mains pour attraper les tissus, pour s'assurer qu'il était bien là, mais dût se résoudre à la baisser, vaincu par sa fatigue. Mais en lieu et place des questions de survie qui auraient dû se précipiter hors de ses lèvres, il murmura simplement, le sourire aux lèvres

    « Monsieur… Evelyn. »


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MessageSujet: Re: La Ruche aux Couleurs Mar 22 Déc - 20:29

Une journée comme une autre s'achevait. Une journée normale. Une journée sans autre satisfaction que celle d'avoir fait son travail. Pour dire vrai, Evelyn n'avait plus que celle ci depuis plusieurs mois. Qu'avait-il de plus que son métier de traqueur ? Rien, ou pas grand chose. Pourtant, il avait cru un instant, en rencontrant son Innocent qu'il avait enfin trouvé autre chose, ou plutôt quelqu'un. Il avait cru qu'il le reverrait très vite. Et pourtant.... Pourtant rien. Aucune nouvelle.

Pourquoi ? Eve se l'était souvent demandé. Il avait eu le temps en plusieurs mois ! Peut-être parce qu'il s'était fait des illusions sur le compte du ramoneur, peut-être parce qu'ils n'étaient pas du même monde, peut-être parce qu'il était facile d'oublier un petit guérisseur de rien du tout. Mais ce qui avait le plus préoccupé le médecin, c'était de savoir si son Innocent était bien sain et sauf, en vie. Alors, il l'avait suivi d'un œil : il passait souvent au service dédié aux primes, vérifiant que Søren y déposait bien des têtes. C'était le cas, régulièrement. Au début. Petit à petit ses visite s'y espacèrent. Sans doute avait-il décidé de s'attaquer à des têtes plus grassement primées, ce qui nécessitait plus de temps.

Rassurée, l'abeille arrêta de le surveiller. Après tout, ce n'était pas ses affaires. Le chasseur de prime était un grand garçon. Il pouvait prendre soin de lui-même seul. Et puis, il semblait l'avoir oublié, Eve devait en faire de même, plutôt que de courir après de futiles espérances. Il avait commis l'erreur de donner sa confiance au premier venu, c'était son problème, et maintenant, il devait faire le deuil de ses espoirs déçus. Innocent ne reviendrait pas.

Pourtant, même après des mois, Evelyn se surprenait encore à croire en sa venue. Quel imbécile il faisait ! Il n'était décidement qu'un sentimental niaiseux et pitoyable. Pourquoi rêvait-il encore de le trouver devant sa porte ? C'était absurde.

Le traqueur donna quelques pièces à une jeune fille, elle sembla étonnée. Il l'entendit en partant dire que c'était son jour de chance que de recevoir deux fois de l'argent dans la soirée. Pauvre créature se réjouissant de la pitié d'autrui... Il arriva bientôt en bas de son immeuble. Ce taudis délabré. Il se demandait parfois pourquoi il ne quittait pas ce lieu. Mais la réponse devenait de plus en plus introuvable. Il y avait de bons souvenirs en ce lieu. Ils étaient importants. Trop pour qu'il ne les quitte.

Ses talons raisonnèrent dans la cage d'escalier grinçante. D'une façon lugubre. Sinistre présage. Peut-être bientôt une marche succomberait sous son poids. Triste fin pour une marche. Il continua sa route, arrivant au dernier étage, devant le pas de sa porte.


"Innocent ?!"

Le murmure de surprise passa ses lèvres avec un mélange de joie et d'inquiétude. Il était revenu ! Il était là ! Mais dans quel état !

"Ne parle pas... Je suis là... Je... Je vais m'occuper de toi... Te soigner... " dit précipitamment l'abeille en s'accroupissant à côté de lui.

Son état avait l'air grave. La fatigue sans doute avait terni sa peau. Ou alors était-ce autre chose... Comment savoir ce qui abîme les pigments d'une toile ? Eve n'était pas formé pour ce genre de patient... Comment faire ? Que faire ? Il ne savait pas... Il...

Il devait le soigner ! Il le soignerait ! On ne lui prendrait pas une nouvelle fois l'être qui comptait le plus à ses yeux ! Jamais ! Il prit la main de la peinture, délicatement, pour lui montrer qu'il était là. Son autre main sortit les clefs de son sac, ouvrant la porte instinctivement. Destinée pointa le bout de son nez, mais comprenant la gravité de la situation, se contenta de retourner dans la chambre de bonne, sans plus de cérémonie.


"Innocent, je vais te porter jusqu'au lit, et te soigner... Reste avec moi... "murmura-t-il d'une voix se voulant assurée, pourtant, un léger chevrotement se fit sentir sur la fin de ses paroles.

Un de ses bras passa sous les épaules du ramoneur, l'autre sous ses genoux. Le balai du ramoneur roula par terre. Il le poussa dans la pièce sans autre attention. Qu'importait ce balai ! Sa seule préoccupation était son Innocent ! Son talon claqua la porte derrière eux. Dans ses bras, son aimé était si léger. Si mince. Si fragile. Reste avec moi... Ne pars pas ! Son cœur hurlait, la peur lui brisait les côtes, les larmes montaient à ses yeux.

Le corps du ramoneur se posa doucement sur le lit. Il ne pesait presque rien.

Les mains d'Evelyn fouillèrent convulsivement dans son sac. Des huiles végétales. De la térébenthine. Œillette. Lin. De l'eau. Tous ses gestes étaient saccadés par l'angoisse, la peur de ne pas réussir. Un flacon se brisa dans ses mains. Qu'importait. Il sépara l'essence de son sang, la faisant virevolter dans les airs, la récupérant dans une autre vasque. Mêlé les essences pour les rendre plus efficaces. Bientôt, dans un flacon dansa un liquide multicolore.

Il releva délicatement la tête de son innocent, faisant glisser le remède entre ses lèvres. Cela devrait l'aider. Cela DEVAIT l'aider. Son sang tombait en fines gouttelettes sur les draps blancs. Le verre était tombé par terre. Il n'y avait plus de liquide dans la fiole. Il reposa la tête du ramoneur sur l'oreiller.

Cela ne suffirait pas... Les yeux émeraudes de l'abeille parcoururent les craquelures qui sévissait sur la peau du jeune homme. Y appliquer de l'huile ? Cela réhydraterait les pigment, et les lierait à nouveau... Il ne voyait que cela d'autre à faire. Pourquoi diable ne lui avait-on jamais appris à soigner une peinture dans ce clan d'incompétents ?!

"De l'huile de noix... de l'huile de noix... " chuchota-t-il en fouillant dans son sac.

Une fiole... C'était peu. Dans sa valise, il en avait d'autre ! Il se précipita donc dans celle-ci, jetant les vêtements, brisant parfois les fioles inutiles. L'huile de noix. Quatre, cinq, six fioles. C'était mieux que rien. Il retourna prestement au chevet de son malade. Délicatement, il ôta son chapeau à son malade, dégageant un peu plus son visage. Il repoussa quelques cheveux, ouvrit un des flacon, et du bout des doigts appliqua l'huile sur sa peau, sur l'intégralité de sa face mignonne.


"Cela te fait du bien ? "demanda-t-il, préférant ne pas continuer un soin inefficace ou inapproprié.

Sa voix était pleine de tracas. Ses yeux mouillés de sel.
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MessageSujet: Re: La Ruche aux Couleurs Dim 27 Déc - 13:41

Il était bien là. Il aurait pu être une illusion que le ramoneur en serait tout aussi ravi. Son portrait surgissant des méandres floues qui entouraient ses pupilles lui sembla venir des cieux, tant il était bienvenu, tant sur le plan pratique qu'émotionnel. Søren avait beau apprécier énormément Evelyn, il était, de prime abord, venu en traînant les pieds, ne voulant pas mettre celui-ci dans l'embarras en lui demandant de l'aide. Mais sa vie passait avant tout. La vie à laquelle il s'accrochait comme un capitaine à son navire ne devait pas lui échappait. C'était bien le seul droit qu'il voulait avoir, même en temps qu'aberration : vivre, se repaître du monde avant de s'éteindre lorsqu'il jugerait bon qu'il s'éteigne. Lorsqu'il aura tout vu, tout entendu, tout ressenti, tout compris. Et ce n'était pas gagné. Loin d'être atteint. Il avait donc abandonné ses vieilles résolutions, ses espoirs d'aller mieux pour pouvoir le voir, pour ne pas lui faire honte. Tout ce qui comptait était sa vie, n'est ce pas ?

    « Monsieur Evelyn, c'est bien vous ? »

Sa voix ne transcrivait même plus le pâle murmure qu'était sa voix habituelle. C'était l'ombre de l'ombre, les recoins les plus reculés d'une conscience qui s'étouffait. Mais un peu d'émotion anima sa voix plus que la première interpellation. C'était lui, Evelyn Beehive, venu le sauver de la misère dans laquelle il se plongeait depuis des semaines. Oui. Mais c'était aussi lui, Evelyn, celui qui l'avait déjà sauvé de gouffres bien plus abrupts. Ou qui l'y avait précipité, à bien y réfléchir. Leur courte rencontre avait orné sa vie insignifiante de quelques lueurs d'espoir, et dès qu'Evelyn s'en alla à ses obligations, laissant le ramoneur à son propre gagne pain, elles s'étaient toutes éteintes, envolées, soufflées. Brûlant métaphoriquement de l'envie de se raviver, le laissant souffrir au coeur de saveurs qui ne peuvent paraître que fade vis-à-vis de ce qu'il avait pu connaître.

Entendre le nom qu'Evelyn lui avait donné confirma la présence de celui-ci, et ce fut à parti de ces paroles qu'il ne comprit plus grand chose à ce qui fut dit. Il n'allait peut-être pas mourir maintenant, il lui faudrait peut-être quelques jours de plus pour se ternir tout à fait. Pouvait-il seulement mourir ? Survivrait-il coupé du monde, telle une véritable peinture, tomberait-t-il en pigments à peine colorés, retournant à la poussière, se mêlant aux cendres humaines ? Il ne souhaitait pas le savoir. Mais sa conscience vacillait déjà, et il s'accrocha le plus fort qu'il pouvait à la main d'Evelyn pour lui montrer qu'il était encore là, alors qu'il le transportait, sans peine apparente, jusqu'à la pièce adjacente.

Evelyn semblait nerveux, effrayé. Faisait-il si peur ? Une fois posé sur le lit, il contempla le plafond distratiement, en essayant d'écouter ce qu'Evelyn disait. Il était beaucoup plus nerveux que la première fois. Peut-être que son cas était désespéré, ou peut-être n'avait-il pas les bons outils ? Søren regretta de mettre Evelyn en un tel état. Il aurait peut-être dû essayer de demander pitié à un marchand quelconque, qu'il lui donne un petit flacon de peinture, de quoi survivre... Il n'avait certainement pas assez rampé, ne s'était pas suffisament roulé dans la poussière. A bien y reflechir, il aurait pu faire mieux, si il avait essayé de mendier, peut-être... Mais déposséder les humains en attisant leur pitié n'était pas une chose qu'il avait le droit de faire, seuls leurs égaux pouvaient demander la fraternité de ceux-ci... Enfin... Il serait peut passé outre ses principes, pour éviter de mettre dans l'embarras celui qui l'avait déjà tiré d'un mauvais pas quelques mois auparavant.

Quelque chose se brisa, dans son champ auditif. Evelyn avait poussé une petite exclamation, si ce n'était pas la brisure du verre. Il tressaillit. S'était-il fait mal ? Il tenta de relever un peu la tête, en vain. De parler, en vain. Il ferma les yeux, impuissant. Laissant faire son corps, de nouveau peu habitué au contact, aux gestes que faisaient Evelyn pour essayer de lui redonner un peu de force. Il n'avait pas de peinture, il ne pourrait pas se rétablir entièrement. Mais les quelques produits qu'il lui donnait lui faisait le plus grand bien. Le petit flacon de terebenthine qu'Eveln lui avait donné avait constitué l'une de ses dernières ressources, mais il l'avait épuisé lui aussi, avec grand peine, asséchant l'un des seuls souvenirs qu'il avait d'Evelyn.

Sa tête se retrouva à l'air. Søren arriva à bouger le bras, par reflexe, pour essayer de le récupérer, un peu ravivé par les traitements du guérisseur, mais c'était peine perdue. Et surtout, cela ne servait à rien de se débattre, n'était-il pas en un lieu sûr ? Il n'avait plus à se cacher... C'est seulement qu'il avait beaucoup de mal à s'en rappeler. La peinture se laissa faire, malgré le sentiment de nudité qu'impliquait le manque de son chapeau. Il déserra son écharpe d'un petit mouvement du menton pour faciliter le travail de son protecteur. L'huile imprégna ses pigments ternes, rendant la surface de sa peau légèrement poreuse un moment. Ce massage lui faisait le plus grand bien... Mais sans peinture, les fissures ne se refèrmeraient pas complètement. Il avait perdu beaucoup de sa consistance, ces dernières semaines, et toute l'huile du monde ne pouvaient pas la lui rendre. Mais à la question que posa le guérisseur, il ne put qu'esquisser un sourire

    « B-Beaucoup. Merci infiniment... »

Sa main s'accrocha à la chemise d'Evelyn, l'aidant à se redresser, difficilement. Avec un peu de gêne, il s'appuya contre lui, afin de ne pas retomber, se maintenant laborieusement en position assise. Cette proximité le rendait mal à l'aise autant qu'elle l'apaisaient. Les yeux à demi ouvert, la tête contre l'épaule de l'abeille, il murmura

    « Me faut de la peinture. Plus tard. La ca va. »

Son séjour loin du guérisseur et ses longues semaines à dépérir ne l'avaient pas guéri de son habitude à ne pas faire de phrases construites, lorsqu'il ne s'agissait pas de formules de politesse. Mais il arrivait à ne pas bégayer. Peut-être à cause de la fatigue. Ca demandait de l'énergie, d'être hésitant. En tous cas, il prévenait son sauveur de la suite de son traitement, même si il ne pressait pas encore. Ce que l'abeille lui avait fait ingurgiter suffirait à le faire mouvoir plus naturellement quelques heures. Et l'huile dont il avait enduit son visage avait refermé quelques craquelures, même si elles sévissaient encore partout ailleurs, à en juger de l'état de ses mains. Mais rien ne pressait plus. Il était certain de survivre, et il était proche de l'abeille. Il avait enfin pu le revoir. Même si cela l'impliquait de le gêner. Un peu honteux soudain, il baissa la tête. Les pigments ne foncèrent plus qu'à peine, témoin de sa faible consistance, mais sa voix exprimaient toute la gêne dont il venait de se rendre compte. Le ramoneur joignit les mains en guise de prière

    « Veuillez m'excuser, je n'ai pas... je n'ai pas prévenu de ma venue, et puis... »

Il ne voulait pas vraiment s'avancer. Il avait bien senti de l'inquiétude dans la voix d'Evelyn, mais était-ce vraiment... Quelle question. Ne lui avait-il pas dit tant de bonnes paroles, lors de leur rencontre? Ne lui avait-il pas promis des choses qu'il s'était empressé de croire ? Il avait passé un pacte avec lui même. Faire confiance à Evelyn, quoi qu'il arrive. Alors il avait dû s'inquiéter pour lui... Et il devait penser que...

    « Ma visite doit vous sembler... interessée. Ce... Je ne voulais pas... »

Ne faisait-il pas que lui demander de l'aide ? Ne voulait-il pas simplement échapper à la mort ? Il donnait l'impression de se servir d'Evelyn comme d'un objet, alors que son intention était tout autre ! Si seulement il ne pouvait pas le penser... Le petit être de peinture se blottit plus affectueusement contre lui, et murmura

    « Content de vous revoir... »


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MessageSujet: Re: La Ruche aux Couleurs Lun 28 Déc - 21:33

Comment son petit ramoneur avait-il pu se mettre dans un tel état ? Pourquoi n'était-il pas venu plus tôt ? Pourquoi ne l'avait-il pas appelé s'il avait des soucis ? Pourquoi lui avait-il fait croire qu'il l'avait oublié ? Ne lui faisait-il pas assez confiance pour lui demander de l'aide ? Avait-il eu peur qu'Eve l'ait effacé ? Ou encore qu'il le considère comme une connaissance ? Comment avait-il pu croire qu'Evelyn ne l'aiderait pas ? Comment avait-il pu croire qu'il le gênerait ?

La situation l'avait déjà rendu nerveux mais, toutes ces questions qui arrivaient au grand galop n'arrangeait rien. Et même si son état avait l'air de s'améliorer au fil de ses soins, il ne pouvait s'empêcher d'être anxieux. Son état restait préoccupant, d'autant plus qu'il ne savait guère quoi faire de plus ! Il avait épuisé son quota d'idées, après, il ne savait pas. Soigner une plaie purulente, il savait. Ressouder un os brisé, il savait. Guérir une mauvaise toux, il savait. Il savait tout ça, mais là, ce n'était pas utile. Rien de ce qu'on lui avait appris n'était utile. Seule sa logique lui permettait de trouver des remèdes de fortunes, mais, était-ce suffisant ?

Oui... En voyant le sourire d'Innocent, l'abeille eut un soupir de soulagement. Son anxiété diminua légèrement. Très légèrement, de façon mineure, rien de bien fameux. Car il continuait de se faire du soucis. En effet, même si ses remèdes lui avaient rendu un peu de couleurs, il n'empêchait que sa peau restait emplies de gouffres et de crevasses pas très belles à voir. Eve n'était pas habitué à ce genre de blessures, elles étaient pour lui d'autant plus impressionnantes !

Il aida doucement son cher malade quand celui-ci s'accrocha à sa chemise. Le sentir contre lui réveilla de vieux espoirs qu'il commençaient tout juste à perdre. Mais son Innocent était revenu... Les lueurs pouvaient brûler d'un espoir nouveau... Non ! Pas avant de l'avoir totalement soigné, aucun espoir ne pouvait renaître tant qu'il ne serait pas en pleine forme !

De la peinture ? Il ne lui fallait que de la peinture ? Tout allait être plus simple maintenant qu'il savait ce qui lui restait à faire ! Evelyne affermit légèrement son étreinte autour du jeune homme, il ne le perdrait pas. Il suffisait de trouver de la peinture... Quel soulagement que d'apprendre cela.

La suite des paroles du ramoneur au lieu de le réjouir, eurent pour seul effet de... l'énerver ! Il s'excusait, dans l'état où il était ? Et il se croyait intéressé ! C'était le pompon ! Evelyn fronça les sourcils. Comment pouvait-il dire ça ? Alors que cela faisait des mois que l'abeille espérait sa venue. Qu'il avait prié qu'il ne lui soit rien arrivé. Qu'il avait souhaité qu'il ne l'oublie pas. Et le voilà qui s'excusait !

Heureusement, les derniers mots qu'il prononça firent s'envoler les pensées rageuses du guérisseur. Il serra un peu plus contre lui son petit homme. Pas trop fort, il ne fallait pas l'abîmer plus. Mais il était si content de le voir à nouveau, de le sentir contre lui, de l'entendre parler
.

"Moi aussi je suis content de te voir..."murmura-t-il doucement.

Sa main se posa doucement contre sa tête. Il était revenu. Un sourire flotta sur les lèvres de l'abeille. Puis, délicatement, il repoussa le ramoneur, pour qu'il se rallonge. Il ne devait pas faire trop d'effort, il n'était pas guéri !


"Mais j'aurai préféré que tu viennes plus tôt si tu avais des soucis... Au lieu de te mettre dans un tel état... J'aurai pu t'aider... "murmura-t-il avec une douceur remplie de gentils reproches.

Il était une mère qui fâchait l'enfant retrouvé, ne pouvant cacher sa joie en exprimant ses reproches. Par contre... Evelyn se redressa subitement. La peinture, il fallait l'acheter, et à cette heure tous les commerces en ville était en train de fermer ! Une lueur de panique passa sur son visage. Il devait y aller ! Et vite !


"Innocent, je vais aller acheter de la peinture.... Avant que tous les commerces ferment... "bafouilla-t-il en se levant du lit.

Il attrapa son portefeuille dans son sac, ses clefs, et glissa dans ses bas quelques aiguilles. L'abeille revint virevolter au dessus de lui, passant une main aimante sur sa joue... Ses lèvres se posèrent furtivement sur celle du tendre malade.


"Ne bouge pas... Reste allongé... Je me dépêche... "chuchota-t-il en caressant sa joue.

Puis il se releva. Il jeta un œil à la pièce dévastée, tomba sur Destinée assise sur la commode près du lit. Il sourit.


"Destinée, s'il bouge, tu le cloues au lit. D'accord ma fille ? "

Le griffon piailla, confirmant qu'il avait bien compris, voletant pour se poser à côté du malade. Eve put donc partir l'esprit tranquille, fermant à clef l'appartement pour garantir plus de sécurité à son protégé.

Ensuite ? Et bien, Eve ne courut jamais aussi vite ! Les mendiants se demandèrent sans doute ce qui arrivait à cette "demoiselle" qu'il voyait d'habitude marcher dignement. Là, rien de cela, ce qui motivait ses pas, c'était l'empressement. Ses jupons se relevaient à en être indécents. Bientôt, la furie sortit de la ville basse pour émerger. Où donc pouvait-on trouver de la peinture ? Où ?!

L'abeille s'arrêta un instant, le souffle rapide. Puis, après réflexion se souvint avoir déjà vu non loin l'enseigne d'un magasin de "beaux arts". Il y aurait de la peinture de bonne qualité là bas ! Sa course folle reprit. Il bouscula quelques personnes, il se fit même insulté, mais rien ne l'arrêta. Une rue à droite, deux rues plus loin à gauche, et... Fermé. Non !

Le traqueur frappa à la porte de l'enseigne. Le propriétaire habitait au dessus, il serait bien obligé d'ouvrir. Ses coups de poings criblaient le bois.


"Police ! Ouvrez ! "

Abus de pouvoir ? Quoi ça ? Mais non du tout ! Il y avait une urgence, tout les moyens étaient bons ! Et puis, il n'avait jamais fait un tel usage de son statut, pour une fois, on n'allait pas le blâmer, d'autant que le cause était noble.

Un homme d'âge avancé ouvrit, surpris, la chemise à moitié déboutonnée. Le guérisseur tout en montrant sa laque de police des contes s'engouffra dans l'entrée, marchant rapidement dans le rayon qui l'intéressait. Peinture.
Eve attrapa un sac qui trainait là, et dévalisa le magasin. Il prit tout ce qu'il put faire rentrer dans le sac -qui était de bonne taille- sous le regard interloqué du vendeur. Il prit différentes couleurs, différents gris, différents composants, ne sachant finalement pas ce qui irait le mieux. Il se releva finalement, tombant sur le regard du vendeur.


"Besoin pour une affaire urgente monsieur, désolé de vous avoir dérangé hors de vos heures d'ouverture." dit-il en sortant son portefeuille, il en sortit tout l'argent qu'il contenait -bien plus que ce qu'il aurait fallu-. "Gardez en dédommagement la monnaie. "

Ceci ayant été dit, l'abeille repartit d'un bon pas, attendant de ne plus être vu du vendeur pour reprendre son grand galop. Il ne fallait pas que son petit ramoneur s'inquiète ! Ce qu'Evelyn avait oublié, c'était sa coupure à la main. En effet, même si l'entaille n'était pas grave en soi, sans soin, et à crapahuter partout, il perdait toujours du sang ! C'était pour cela que le vendeur avait était surpris, c'est pour ça que derrière lui, on pouvait trouver régulièrement des gouttelettes carmines.

Eve se sentit fatigué en arrivant chez lui, mais ne fit pas le lien. Il ouvrit la porte, avança vers le lit, déposa le sac en souriant à son Innocent. Et puis... Sa tête commença à tourner. Son regard se posa enfin sur sa main. Il eut un rire. Il s'assit sur le lit avant de perdre pied. Noir.
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MessageSujet: Re: La Ruche aux Couleurs Mar 29 Déc - 13:13

Innocent avait retrouvé son Evelyn. Son contact ravivaient ses souvenirs, et le simple fait de tenir la chemise du guérisseur entre ses doigts fatigués calmait son inquiétude. Il était près de lui, il était en meilleur état, tout cela suffisait, pour le moment, à lui rendre son sourire endormi. L'abeille lui retourna ses paroles, et il le crut, comme il se l'était promis. Il ne l'avait pas oublié, cela lui faisait plaisir. Il s'était même rappelé du nom qu'il lui avait donné, de ce joli nom qu'il avait gardé pour lui, ne voulant le partager qu'avec celui qui avait réussi à percer la coquille d'indifférence qu'il essayait d'imposer à tous ceux qu'il croisait. Evelyn était là. Ses yeux verts lui avaient manqué, trace féline et insaisissable qui tremblait de sincérité chaque fois qu'il prononçait un mot. Si rare, et si précieux. Il se rallongea docilement lorsque le guérisseur le lui ordonna silencieusement, ne voulant pas faire rater tous les bons soins qu'il lui avait dispensé. Il se sentit un peu coupable de n'être pas venu plus tôt, mais au lieu de s'excuser une énième fois, se rappelant qu'il n'aimait pas cela et lui avait maintes fois répété de faire abstraction de toutes ces implorations humbles, il répondit

    « Je m'en rappellerai, ne vous inquiétez pas. »

Comme une petite promesse. Il viendrait plus souvent, il n'attendrait plus d'être au bord du gouffre pour appeler à l'aide, même si cela lui coûtait beaucoup de se montrer aussi exigeant envers un humain. Il lui demandait beaucoup, et n'avait jamais de quoi lui offrir en échange... Il se sentait un peu honteux, un peu penaud de profiter de la bonté d'Evelyn ainsi, mais si il pouvait se mettre à son service à sont pour pour lui valoir tout ce qu'il avait bien pu lui donner... Enfin, celui-ci lui signifia qu'il devait acheter de la peinture. Mais, cela coûtait cher ! Le ramoneur voulut protester un peu, se ravisa, fit la moue, incapable de savoir si il devait retenir Evelyn ou pas. Surtout qu'Evelyn avait la main dans un piteux état.

    « Monsieur Evelyn, atten... »

Mais le guérisseur était déjà parti en demandant à Destinée de veiller sur lui. Il ne put le mettre en garde. Mais il était certain que l'androgyne savait ce qu'il faisait, il était médecin, cette blessure devait être assez impressionnante, mais ne pas receler de danger trop important. Le ramoneur se rassura ainsi. Pendant le temps que dura son absence, il tenta une ou deux fois de se redresser, mais l'animal ne fut pas du tout d'accord avec ses gestes, l'obligeant chaque fois de retrouver son poste de malade à charge d'Evelyn. Le ramoneur finit par retirer, restant couché, son épais chandail, et le haut de ses vêtements afin de pouvoir passer de l'huile sur son torse couvert de crevasses sèches. Lié à la peinture, il retrouverait sa vitalité en un rien de temps. Ne pas être humain était pratique, il suffisait de peu pour retrouver toute sa force. Seulement, ce peu de choses était difficile à trouver, pour un crève la faim qui n'a plus de primes ou de travail à effectuer. Destinée sembla à moitié d'accord avec ce qu'il faisait, Søren la calmant de quelques paroles rassurantes. Il n'allait pas s'enfuir, ni se lever, il ne ferait rien qui le mette en danger, et attendrait sagement le retour d'Evelyn. Il ne faisait que soulager un peu le travail d'Evelyn lorsqu'il reviendrait. Et il revint assez vite, chargé de peinture. Il lui sourit, et le malade se tint bien sage, espérant qu'Evelyn ne le gronderait pas pour ce qu'il avait pu faire pendant son absence, et attendant son traitement. Il ne remarqua que juste à temps la blessure d'Evelyn qui continuait à répandre le liquide rouge qui animait les humains. Et à la seconde où il voulut lui dire de faire attention , le guérisseur perdit pied. Il put le rattraper pour lui éviter une chute du lit où il s'était assis. Destinée lui sauta dessus à peu près en même temps, obéissant toujours à l'ordre de son maître et voyant que le malade n'était plus très docile. Le ramoneur manqua de tomber, avant d'attraper la patte da la boule de poil et de lui mettre sous les yeux l'état d'Evelyn.

    « Je dois l'aider ! Il ne se sent pas bien ! »

Søren avait bien sûr déjà vu du sang. Il l'avait répandu de trop nombreuses fois lors de ses traques contre des criminels trop ennuyeux à attraper. Il l'avait vu couler des blessures de victimes ou de mendiants, il l'avait lui même fait couler du crâne sans défense de son créateur. Destinée abandonna sa prise sur le malade, et il put l'allonger à sa place. Søren paniqua. Le sang qu'il avait vu était souvent synonyme de mort ! Mais il assimila cette coupure à ses pertes lorsqu'il était blessé et se rassura un minimum sur l'état d'Evelyn.

Ce n'était pas une grave hémorragie, mais l'organisme fatigué de l'abeille avait dû faire défaut à sa conscience. Il tenta de se rapeller des gestes qu'avait fait Evelyn envers lui le premier jour, et ce que d'autres médecins faisaient. Un garrot ? Un pansement ? Le ramoneur prit la bouteille d'alcool, croyant se souvenir que les plaies humaines étaient sujettes aux infections, et en imprégna un coton. Il avait tout le matériel nécessaire, heureusement. Il appliqua le désinfectant sur la blessure du jeune homme, sans lésiner sur la dose, ne connaissant pas vraiment les vertus de l'alcool sur la chair à vif, sachant que cela pouvait être bénéfique. Après quoi il comprima la plaie, essayant de stopper le saignement. Ce que cela pouvait être complexe, les êtres humains ! Leur fonctionnement physique lui était presque inconnu, et il pataugeait dans l'ignorance. En prison, il avait bien pu voir faire quelques médecins panser les plaies des prisonniers les plus mal en point, mais étant donné qu'il refusait qu'ils l'auscultent, ne voulant pas qu'ils sachent...

Le ramoneur finit par s'asseoir auprès de lui. Au bout d'une dizaine de minutes, le saignement s'était arrêté, et il avait passé encore un coup d'alcool avant d'appliquer un pansement sur la blessure, l'attachant maladroitement avec une épingle à nourrice, le serrant le plus fort qu'il pouvait, sans prendre le risque de rouvrir la plaie. Et puis, il attendit. En attendant son réveil, il prit la liberte de regarder dans le sac. Il avait tant pris... Il y avait certains pots qui ne correspondaient pas à ce qu'il devait prendre, ne seyant pas à sa couleur, mais la plupart étaient conformes à ses maigres exigences. Qu'Evelyn était attentionné... Søren sourit un peu, et prit l'un des pots de peinture, de la teinte bleutée que sa peau grise portait les jours de grande forme. Il retourna sur le palier prendre son sac et en sortit la bouteille qu'il portait constamment sur lui. Il en profita pour ranger son balai, après l'avoir épousseté par la fenêtre. Il versa la moitié du contenu dans la bouteille, l'emplissant entièrement, avant de boire au goulot. Cela faisait si longtemps ! Il ne se rapellait presque plus le goût de la peinture fraîche, de bonne qualité, il avait presque oublié combien renouveler les pigments de son corps lui faisait du bien. Søren ne se rendit pas compte qu'il but cul sec tout le contenu de sa bouteille. Son corps en redemandait encore ! Il versa de nouveau le contenu du pot dans son récipient et se désaltéra de tout son saoul. Il ouvrit quelques autres pots, certains plus foncés, d'autres un peu moins saturés, pour recouvrer la palette de tons, assez peu étendue bien heureusement, qui le composait. Il n'était pas comme la bergère, et plaignait un peu celle qui devait sans doute acheter des dizaines de pots pour garder son teint frais et ses couleurs chatoyantes. Pour une fois, il fut heureux d'être aussi simpliste, car il n'osait imaginer la quantité de peinture que le guérisseur aurait été tenté d'acheter si il avait été paré d'autres palettes. Après quoi, il retourna près du malade.

De son poste, il pouvait se mirer dans une petite glace au fond de la chambre, qu'Evelyn devait utiliser pour faire sa toilette. Il sourit à son reflet. Il devait certainement passer un peu d'huile sur le reste de son corps pour refermer les craquelures, mais il le ferait lorsqu'il serait seul, son éthique lui interdisant de retirer plus de vêtements devant un humain. Comme Evelyn lui avait retiré le haut de ses vêtements la dernière fois, il arrivait à s'en défaire, mais il était hors de question de laisser Evelyn faire plus pour lui. Mais il avait retrouvé toute sa vitalité, et semblait même plus en forme qu'il ne l'avait semblé la première fois. Peut-être parce que pour une fois, il ne s'était pas privé, et avait dû dévorer trois pots, en additionnant les masses de couleur qu'il avait prises de ci de là. Pour un corps aussi mince, cela faisait pas mal ! Mais maintenant, il fallait qu'Evelyn se réveille. Le ramoneur allait chercher de l'eau et en imbiba une serviette, qu'il passa sur le visage endormi du guérisseur

    « Monsieur Evelyn... » appella-t-il plusieurs fois, avant qu'il ne voie ses yeux papillioner. Rassuré, il le fit s'asseoir pour reprendre ses esprits « Monsieur Evelyn, vous allez mieux ? » Il sourit à l'abeille. « J'en ai profité pour me soigner aussi, je me sens mieux, j'ai récupéré. Mais vous, vous ne d-devez pas faire de gestes trop brusques, non ? Enfin, v-vous êtes humain, vous récupérez peut-être moins vite. Enfin ... je ne suis pas médecin.... Mais ... vous m'avez inquiété monsieur Evelyn ! Il faut que v-vous... fassiez attention a vous. »


Il se permettait beaucoup de libertés, peut-être, pour oser parler ainsi à Evelyn. Mais il était heureux que tout rentre enfin dans l'ordre. Heureux d'être en vie et en bonne santé, et qu'Evelyn ne risque plus rien.




Dernière édition par The Chimney Sweep le Mer 30 Déc - 10:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La Ruche aux Couleurs Mar 29 Déc - 18:18

Destinée piailla en constatant l'état de son maître, en plein dilemme, ne sachant plus qui écouter... Elle opta finalement pour la solution du ramoneur et le laissa prendre les choses en main. Chose qu'il fit d'ailleurs assez bien, il faut l'avouer. Cela aurait été parfait s'il n'avait pas appliqué de l'alcool sur sa compresse aussi copieusement, car si Evelyn avait était conscient, il aurait sans nul doute fait des bonds et gémit de douleur, heureusement que l'inconscience était là !

Elle resta d'ailleurs là un petit moment, laissant le médecin comme endormi sur le lit. Il avait l'air serein, sur ses lèvres on pouvait voir un léger sourire. Il semblait si bien. Peut-être songeait-il à Innocent pour être si content, ou alors les délices de la non conscience devaient être exquis. Peut-être était-ce un mélange des deux.

Pourtant, il ouvrit bientôt les yeux. Les attentions de son petit ramoneur n'y étaient sans doute pas pour rien, la fraîcheur de la serviette appliquée sur son front, doublée de la voix de son Innocent avaient dues le tirer des limbes noires dans lesquelles il avait atterri.

Le guérisseur se laissa assoir, émergeant tout juste, se demandant ce qui avait bien pu arriver entre son arrivée dans l'appartement, et ce moment même. Une douleur à la main le ramena à la réalité -les restes de l'alcool sans doute-. Quel comble pour un médecin de perdre connaissance par négligence médicale ! Et pourtant, ça lui était déjà arrivé, il faut croire qu'il est vrai que le cordonnier est toujours le plus mal chaussé ! Eve sourit à Innocent.


"Oui, ça va mieux... Ne t'inquiète pas..." répondit-il doucement.

Il eut une petite moue gêné à la suite de ses paroles... Il avait raison. Il n'aurait pas du faire de gestes brusques et il n'avait rien trouvé de mieux à faire que de courir un marathon. Effectivement, il y avait de quoi s'inquiéter... Il était vraiment inconscient des fois, et il s'en voulait d'avoir causé soucis à ce pauvre garçon.


"Désolé... Je ne voulais pas t'inquiéter... Mais tu m'as fait si peur... Je ne voulais pas qu'il t'arrive malheur... "chuchota-t-il en baissant la tête tout penaud.

Son regard tomba alors sur son sac renversé par terre. Pour ce qui était de se soigner par contre, il pouvait maintenant le faire très vite, et il serait remis sur pied en un rien de temps ! Il releva la tête, et sourit.


"Par contre, je vais me remettre sur pied aussi vite que toi ! Quand je n'oublie pas de me soigner, je peux me remettre sur pied !"

Un léger rire passa ses lèvres, il se releva doucement. Oui, il tenait sur ses pieds, même pas besoin de se tenir, aucun vertiges, ni quoi que ce soit du genre. Il put donc s'accroupir et ramasser quelques flacons dont il avait besoin, en prenant garde de ne pas se couper à nouveau avec les morceaux de verres qui trainaient encore par terre. Il retourna s'assoir sur le lit face à son ami. Destinée les regardait du haut de son perchoir préféré -la commode-, roulée en boule, à demi endormie.
Une fois installé, il défit le pansement -assez maladroit- que lui avait fait son compagnon, il sourit d'ailleurs en faisant cela. Il découvrit alors sa blessure, bénigne en soi. Il ouvrit un de ses flacon, et répandit le liquide argenté sur la plaie. Le liquide s'appliqua comme une seconde peau, protégeant au maximum la blessure. C'était un peu plus efficace qu'un simple pansement !


"C'est la sève d'une fleur magique, qui pousse dans les contrés de Candyland, elle fait cicatriser les plaies à une vitesse incroyable. "expliqua l'abeille à son ami. "D'ici quelques heures, cette coupure ne sera plus qu'un souvenir... Magique hein ? "

Il ouvrit les trois autres flacon qu'il avait pris, et les but les uns après les autres. L'un vaincrait la fatigue, l'autre favoriserait la recréation de son sang, et la dernière l'oxygènerait mieux. Fantastique tout ce que ces essences de plantes peuvent faire ! Il faut juste penser à les utiliser. Eve reposa les flacons par terre, son teint reprenant une teinte rosée, signe de bonne santé, ses yeux pétillants à nouveau de vie.

"Talam ! Tu as un Evelyn Beehive frais et pimpant rien que pour toi ! "dit-il en rigolant.

Sa main -presque guérie- se leva pour aller caresser la joue d'Innocent, elle avait presque totalement retrouvé sa rugosité habituelle. Il était presque guéri lui aussi... Tant mieux. Ses efforts avaient servi à quelque chose. Et puis, il pouvait maintenant profiter pleinement de sa présence, sans aucun soucis.


"Je suis content que tu sois là. Vraiment. "murmura-t-il, alors que sa main quittait la joue tant attendue.

Et puis, sa main se posa sur le lit, il s'approcha de son Innocent. Sa deuxième main alla dans son cou. Ses lèvres allèrent se poser sur les siennes. Et il comprit que jamais plus il n'embrasserait d'autres lèvres. Il n'y avait que lui, que ce petit ramoneur qui compte autant en son cœur. C'était peut-être idiot. Sans doute oui. Après tout, ce sentiment, il devait bien être le seul à l'éprouver. Rien ne disait qu'Innocent pensait de même. Evelyn rendit leur liberté aux lèvres d'huile et de pigments. Il n'avait pas le droit de se les accaparer.

Il recula, retrouvant sa position première, assise sur le lit. Sa tête se détourna du ramoneur, se fascinant pour le sol couvert de bric et de broc. Il se leva d'ailleurs, trouvant que ranger la pièce serait un fort bon prétexte pour éviter de devoir se justifier ou dire quelque chose à Innocent. Que pouvait-il lui dire ? Qu'il ne voulait plus qu'il parte ? Que sans lui, les jours étaient trop longs et trop vides ? Qu'il l'aimait ? Non, il n'avait pas à s'étaler dans ce genre de discours, ce serait impudique, et puis, cela gênerait Innocent !

Il commença à rassembler les morceaux de verres, les entassant. Il avait perdu pas mal de produits dans cette panique furieuse. Il devrait refaire ses stocks, histoire de ne pas se retrouver à cours d'anesthésiant face à un psychopathe par exemple... Il espérait qu'Innocent allait dire ou faire quelque chose pour rompre ce silence pesant qui s'installait bien malgré Evelyn....
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MessageSujet: Re: La Ruche aux Couleurs Sam 2 Jan - 20:49

Les yeux d'Evelyn devaient être les plus jolis au monde. Peut-être était-ce pour cela qu'il était rassuré de le voir s'éveiller. Le moindre de ses regards lui permettait, un instant, de pouvoir scruter plus profondément la forêt de ses yeux, essayant d'en percer le secret, avant que la gêne ne prenne le dessus et le force à détourner les yeux, rebut indigne de regarder d'égal à égal l'humain généreux qu'il était. Secourant l'inconnu dans la rue, lui montrant de l'affection, qu'il la mérite ou non, le sauvant encore, des mois après, inlassablement. Evelyn Beehive ne méritait pas de vivre dans une si modeste maison. Si les mérites de l'âme était récompensés, il aurait dû vivre dans l'un de ces manoirs de la noblesse dans lequel son tableau avait été jadis accroché. En même temps, il ressentait une satisfaction stupide au fait qu'il ne vive que dans ce petit appartement. S'il vivait dans les hautes sphères, se seraient-ils seulement croisés ? Et puis, un palais ne se devait pas se salir sous les pieds d'un pauvre ramoneur. Cet égoïsme le rendit un peu penaud, mais il ne pouvait s'empêcher de s'estimer heureux de pouvoir être arrivé entre les mains d'Evelyn. Il l'observa se soigner. Dommage que tous ne pouvaient pas accéder aux soins comme le pouvait Evelyn par sa qualité de guérisseur. Et il était quasiment sûr que celui-ci se rongeait les sangs à l'idée de traverser la foule de l'envers du miroir sans pouvoir aider tous les passants qui se pressaient, malades ou fatigués. En tous cas, le guérisseur avait besoin de beaucoup de produits. Quelques fioles furent utilisées sur la blessure en elle-même pour la fermer, comme il le lui expliqua, d'autres furent ingurgitées et donna presque instantanément meilleure mine à Evelyn. C'était merveilleux ! Il n'avait jamais rien vu de tel chez les médecins de prisons. Cela devait être le fabuleux savoir de la famille Beehive, dont il lui avait parlé la dernière fois. Il cligna des yeux, tout abasourdi.

    « C'est magique oui... » put-il articuler, d'abord hébété, puis lui-même amusé.

Un petit sourire se dessina sur son visage de peinture. Innocent ne savait pas la moitié de ce qu'Evelyn avait dû apprendre au cours de sa vie, et il devait paraître stupide, à s'emerveiller devant des produits pharmaceutiques comme un enfant devant un feu d'artifice. Tout ce qui relevait de la science, ou de ce qui était un peu plus élevé que l'alphabet et les connaissances les plus pratiques et basiques captivaient son attention et en général son admiration. Mais il s'était fait à la simplicité de son esprit, et paraître stupide vis à vis des progrès techniques ou médicaux ne l'embêtait plus... Il s'y était habitué.

Mais il ne s'habituerait sans doute jamais à ce qui était venu par la suite dans les gestes imprévisibles de l'abeille. La prise de contact entre la main d'Evelyn et sa joue ravivèrent des souvenirs qu'il avait presque oublié. Ou occulté. Des souvenirs un peu trop gênants, pour son eternelle optique de rester quelconque. Il s'était renseigné distraitement sur les signes affectueux que se donnaient les humains... C'était bien la des signes affectueux que s'échangeait une homme et une femme, en gage d'amour. Il savait ce que pouvait être l'affection, mais... Pas certain de le mériter. Il n'en restait pas moins que malgré toutes ses résolutions de refuser les prochaines gestes d'Evelyn, il n'en était jamais capable. Petrifié dès le premier contact. Et dès la première seconde, sous l'emprise d'Evelyn, voulant à tout prix que le temps grapille quelques secondes au futur pour les greffer au présent, voulant à tout prix continuer, au risque d'y perdre son honneur de modeste peinture.

Le ramoneur était seul avec lui même, tenté par l'ange. Mais cela serait faire preuve de trop d'orgueil que de vouloir l'amour d'un être qui lui était supérieur. Mais surtout, surtout, ne pas exprimer ses paroles. Il le réprimenderait. Parce qu'il ne le jugeait pas comme cela, non ? Il s'était promis de croire en ses paroles comme en ses gestes. La suite s'annonça d'elle même, et il n'esquissa aucun mouvement de recul lorsque ses lèvres se pressèrent contre les siennes, n'osant cependant rien faire d'autre que recevoir son baiser. La voilà, la chose qui lui avait tant manqué. C'était ce geste lui avait terriblement fait défaut ces derniers mois. Ce contact. Son souffle chaud se mêlant à ses pigments. Les humains lui paraissaient si vivants, lorsqu'ils étaient à son contact... Ou n'était-ce qu'Evelyn. Il esquissa un geste pour etreindre à son tour Evelyn. Voilà peut-être la véritable raison qu'il l'avait poussé à revenir, plutôt qu'à implorer l'aide des passants. Seulement pour l'abeille, dont les poisons étaient bien plus sucrés qu'on ne pourrait le penser. Mais il se déroba avant, sans raison apparente. Et son regard se détacha de lui, le fuyant soudainement. Innocent le regarda, immobile, lentement se lever pour ranger la pièce. Qu'est ce qui lui prenait donc ?

    « Monsieur... Evelyn ?... » chuchota-t-il, curieux de savoir ce qui lui était passé par la tête.

Mais Evelyn ne répondait pas. Peut-être ne l'avait-il pas dit assez fort, ou avait-il ignoré son interpellation. Mais sa voix était si faible, si grave, si discrète... Peut-être ne l'avait-il murmuré que pour lui-même, comme à peu près toutes ses paroles, principalement composées de pensées marmonnées, qui faisaient un peu peur aux passants, lorsqu'ils avaient le malheur d'en capter quelques ondes. Il devrait se décider à parler correctement, un jour. Ou de se décider, tout court. Parce que l'indécision, cela va quelques fois, mais il était bien placé pour se dire qu'à un moment, il fallait bien choisir un chemin. Qu'il finisse par être bon ou mauvais. Parce qu'à force, on perdait toute opportunité. Peut-être était-ce l'un de ces instants critiques ou la raison ne peut plus rien.

Il se leva. Evelyn rangeait toujours. Avait-il choisi, lui ? Avait-il seulement toujours le choix, lui ? Il ne savait pas vraiment. Mais le temps lui faisait défaut, et il sentait bien que si il ne faisait rien, il perdrait peut-être la proximité qu'il avait développé avec lui. Alors, refusait-il ? Restait-il dans ses frontières de peinture bornée ? C'était peut-être le plus raisonnale. Il n'était qu'un serviteur de l'humanité, et la cinquantaine d'années qu'il avait vécu avait gravé en lui un mode de vie bien particulier. Pourquoi deux rencontres feraient basculer un destin ? Ce n'était pas quelques heures qui pourraient le fixer sur le destin qu'il souhaiterait prendre. Ce n'était pas quelques entrevues qui lui permettrait de le choisir, lui plutôt qu'un autre qui aurait eu pitié de lui. Ce n'était peut-être pas ce qu'il lui fallait. Il avait toujours été seul. Peut-être devrait-il le rester.

Oui, il ferait peut-être mieux de se rassoir. Le garçon fit un petit pas en arrière, sans un bruit. C'était mieux ainsi. Cela lui ferait un peu de mal, mais ce n'était pas grave. Il l'oublierait bientôt, Evelyn. Il n'était qu'un ramoneur de rien du tout. Et lui, il vivrait avec quelques regrets, mais vivrait comme il le méritait. Mais ce n'était pas juste... Il ne voulait pas de ce futur. Il ne voulait pas être aussi seul qu'il l'avait été ces derniers mois. Sa vie était si fade... Il le mériterait, certes, il serait orgueilleux de penser valoir davantage, mais il le voulait. Le garçon fit un pas en avant, hésitant, avant de parcourir la distance qui les séparait en moins d'une seconde, passant ses bras autour de son cou par derrière, veillant à ne pas l'étrangler, comme si il pouvait s'évaporer n'importe quand.

    « Je... »

Il enfouit une seconde sa tête contre le cou de la gracile abeille, serrant contre lui le dos de l'androgyne. Il tremblait un peu, alors qu'il prononça d'abord des paroles inintelligibles, avant de pouvoir articuler difficilement.

    « Je ne veux plus vous quitter aussi longtemps. Je... Je veux rester auprès de vous, tant que vous voudrez de moi... Ma vie est tellement vide, sans vous, monsieur Evelyn. »

Voilà, c'était tout choisi.


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MessageSujet: Re: La Ruche aux Couleurs Dim 3 Jan - 21:24

Evelyn trouva la réaction d'Innocent tout à fait adorable. Il était si naïf, s'émerveiller pour quelques tours de guérisseurs, c'était rare de nos jours ! Après tout, les gens étaient habitués, blasés, et aigris. Mais lui, non. Il était comme un enfant par moment. Comme s'il découvrait le monde pour la première fois. N'avait-il jamais vu un herboriste ? Au marque, il n'y en avait pas tant que cela, et puis, en général, ils jalousent leurs secrets -choses idiote d'après Evelyn, si les herboristes enseignaient plus, il y aurait bien moins de malades !-. Peut-être était-ce ce regard enfantin qui rendait Innocent si charmant. En sa présence, Eve ne se sentait pas obligé de faire bonne figure, ni de jouer un rôle, il savait que le petit ramoneur ne le jugerait pas comme les humains. Au final, cet être différent était bien plus tolérant et curieux que ses semblables.

Mais ne profitait-il pas de cette tolérance ? N'abusait-il pas de sa naïveté ? Ainsi en l'embrassant ? En désirant l'avoir près de lui, ne profitait-il pas de son innocence ? De sa candeur ? Il avait peur d'être tellement injuste vis à vis d'Innocent ! Il ne voulait pas se l'accaparer, il devait être libre. Et pourtant, il désirait plus que tout de le voir rester ! Etait-ce du pur égoïsme ? Sans doute oui. Le plus cruel égoïsme qui soit : celui causé par l'affection... Non, pas de la simple affection, de l'amour. Car, il avait eu le temps de s'apercevoir que ce n'était pas par simple affection qu'il avait tant espéré son retour. Mais cela ne l'autorisait pas pour autant à le forcer lui, à l'aimer. S'il n'était pas venu plus tôt, ce n'était pas la peine d'espérer de ce côté là !

D'ailleurs, c'était bien pour cela qu'il s'était stoppé dans son élan d'affection. Il ne voulait pas l'embarrasser comme il l'avait fait la précédente fois. Une dérive suffit, pas besoin d'une deuxième. Il se contenterait de sa simple présence. Il se contenterait des caresses affectueuses du verre contre sa peau. Oui, affectueux, il ne s'était pas encore coupé en ramassant tous les morceaux éparpillés. Et puis, quand bien même il se couperait, il serait capable de soigner la blessure, comme n'importe quelle blessure. La seule qu'il ne pouvait guérir, c'était celle qui commençait à lui ronger le cœur. Il avait choisi de ne pas abuser de sa gentillesse, alors, il en subirait les conséquences aussi douloureuses soient-elles.

Ses mains tremblaient un peu en attrapant les brisures. Peut-être avait-il trop rêvé. Maintenant, le réveil était dur. Penser pouvoir vivre heureux, quelle idée ! Il essuya une larme qui avait pointé le bord de son nez au coin de son œil. Tais toi saleté de cœur ! Evelyn se leva pour jeter les morceaux brisés à la poubelle. Ils tombèrent un à un. Il n'y avait plus qu'à ranger le désordre.... Celui de la pièce, et celui de son for intérieur, et tout serait résolu.

Mais... Quelle ne fut pas sa surprise quand le guérisseur sentit un bras enserrer son cou, un corps froid se collant contre lui, son souffle frais arrivant dans son cou. Que faisait-il ? Que se passait-il ? Evelyn n'esquissa pas l'ombre d'un mouvement, trop étonné. La main du ramoneur tremblait sur son épaule. Qu'avait-il donc ? Etait-il souffrant ?

La suite, Evelyn mit quelques secondes à le comprendre. Il resta un moment immobile. Il n'avait pas rêvé ? Innocent venait-il vraiment de dire qu'il ne voulait plus partir ? Venait-il de dire qu'il resterait près de lui ? Oui... Il venait de dire tout cela. Le guérisseur n'en revenait pas. La stupéfaction laissa cependant vite place en son cœur à une joie entière et violente.

Il saisit délicatement la main du chasseur de prime, desserrant leur étreinte pour faire face à son Innocent. Ses yeux verts parcoururent son visage, le sien était irradié d'un magnifique sourire. Il était si heureux ! Ses bras enserrèrent le petit ramoneur, le serrant contre son torse, aussi fort qu'il le pouvait. Il ne voulait pas qu'il s'envole maintenant qu'il lui avait dit tout cela ! Sa tête se posa dans son cou. Les larmes montèrent à ses yeux, mais cette fois, il ne fit rien pour les cacher. Cette eau saline témoignait de sa joie, elle était belle.

Il releva la tête, posant son front contre celui de son compagnon. Ses yeux brillaient d'une joie infinie.


"Alors reste auprès de moi, jolie peinture. Ne me quitte plus. Reste toujours auprès de moi." murmura-t-il d'une voix tremblante d'émotion.

Ses mains effleurèrent les joues qu'il avait cru devoir oublier. Maintenant il pouvait graver leur forme dans sa mémoire, il pouvait se rendre saoul de les toucher. Il pouvait noter la moindre des imperfection de cette peau tant chérie. Il pouvait tout cela à présent. Il pouvait l'aimer à en crever.

Ses lèvres se posèrent sur celle de son Innocent. Amoureusement. D'une façon bien plus langoureuse qu'auparavant. Bien plus passionné aussi. Si avant ses baisers avaient été fait à tâtons et sans en avoir vraiment conscience, celui-ci était fait en son âme et conscience ! Il était bien plus profond que les précédents. Mais, l'abeille rendit finalement au ramoneur possession de ses lèvres. Après tout, il ne fallait pas consommer leur amour trop vite non ?

Evelyn sourit au ramoneur.


"Alors tu vas venir habiter ici ? "demanda-t-il doucement. "Je suis sûre que Destinée sera d'accord, pas vrai ? "

La griffonne piailla joyeusement.


"Et puis, je rangerais mieux l'appartement ! Tu pourras installer tes affaires, et puis.... "

L'abeille se stoppa, et rit.

"Désolé, je t'assomme de questions et de paroles inutiles... Mais, je suis tellement content ! "

Eve se serra à nouveau contre lui. Un soupir de bonheur passa ses lèvres. Il n'avait pas besoin de parler, ses gestes devaient suffire à faire comprendre son bonheur à la peinture.

Gestes qui reprirent finalement, ses mains étant trop curieuses, ses lèvres trop gourmandes, et sa peau trop avide. Il l'embrassa encore, ne se lassant pas du petit goût âcre de ses lèvres, ce mélange d'essence, de pigment et d'huile, si étrange pour les sens humains. Ses doigts entreprenants se glissèrent sous les pulls de la peinture. Il se demanda d'ailleurs pourquoi une peinture qui ne devait pas craindre le froid mettait autant de vêtements. Mais sa détermination passa au delà de ces barrières de tissus, effleurant enfin sa peau. Elle gardait encore des séquelles de son état précédents, légèrement plus rugueuse que dans ses souvenirs. Ce constat lui fit approfondir son baiser. Dire qu'il avait failli le perdre... Il en aurait été malade...

Sans vraiment s'en apercevoir, il les fit reculer doucement vers le lit, sans stopper un seul de ses mouvements, continuant ses délicates caresses et son baiser avide. Bientôt, sa jambe buta contre le rebord du lit. Ses mains arrêtèrent alors un instant leur danse hypnotique pour passer autour de ses épaules. Cette prise assurée, il les fit tous deux basculer sur la couche.

A cette instant seulement ses lèvres se détachèrent des siennes, et d'un souffle, il glissa ces quelques mots à son oreille :


"Je t'aime..."
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MessageSujet: Re: La Ruche aux Couleurs Sam 27 Fév - 13:18

Le jeune homme avait tant vécu seul qu'au moment où il disait les mots qui confirmaient son choix, il avait l'impression déroutante qu'un autre disait ces mots. Il était certain qu'il n'était pas lui-même, à s'engager dans une aventure après quelques heures, à parier sur un bonheur incertain, à s'engager sur une route qu'il savait semée d'embûches et dont il n'était pas très sûr du résultat... Lui si méfiant envers les offres qu'on pouvait lui faire offrait toute sa confiance à l'abeille, et lui si humble prenait la liberté de demander l'affection d'un humain. Il ne se reconnaissait pas, mais ne récitait plus le texte qu'on lu demandait chaque jour de répéter. 

Comme dans un conte de fée, le guérisseur se tourna, des étoiles dans les yeux, acceptant avec plaisir sa requête muette. Leur compréhension mutuelle devait forcément être un tour de magie. Mais Søren ne ressentait plus la crainte sourde que ces tours ne soient qu'artifices. L'étincelle dansant dans les yeux vivants d'Evelyn le persuadait que tout était voué à un avenir heureux. Il ne fallait pas penser à la suite, pas pour le moment. Même les larmes coulant sur les joues d'Evelyn ne l'inquiétèrent pas comme elles auraient dû. Ce n'était pas les mêmes qu'auparavant. Il sentait lui-même l'eau qu'il avait récemment ingurgité se presser à ses yeux, voulant à leur tour montrer l'émotion inconnue qu'il ressentait. Une sorte de soulagement après la crainte. Il avait doucement soufflé sur la bougie, attendant d'être déçu, que tout lui revienne, boomerang impitoyable qui avait toujours contrôlé sa vie. Mais la bougie ne s'était pas éteinte lorsque son souffle s'était tu, et Evelyn avait intercepté toute peur. Il énonça leur serment, sa proposition, la chance du ramoneur de quitter la solitude dans laquelle il s'était gravé. Mais comme un enfant qui ne trouve pas ses mots, éternel silencieux, il secoua vivement la tête, ne retenant plus quelques larmes, les lèvres légèrement pincées, dans le but vain de les retenir. Filets d'eau coulant sur ses irrégularités, flot sale entraînant quelques pigments dans leur chute.

Les mots humains ne lui suffisaient plus pour décrire, ou bien n'avait-il pas appris le bon vocabulaire. Mais les mots n'étaient plus utiles. Même plus pour protester, pour dire qu'il n'en était pas digne, les bêtises qu'il savait si bien dire et qu'il pensait toujours aussi fort, heureux néanmoins de recevoir l'affection d'Evelyn, ne voulant à aucun prix la retenir. Il n'était plus seulement un humain, intouchable et lointain, il était celui qui l'avait sauvé, et celui qu'il aimait. Quand bien même ce mot lui échappait encore un peu. Lorsque les mains délicates du petit guérisseur se posèrent sur ses joues rugueuses troublées par le trait humide que le pinceau humide des larmes avait tracé, il posa à son tour ses doigts tremblants sur les épaules d'Evelyn. Si frêles, si fortes. Il connaissait la suite, toujours hésitante, un peu maladroite. Il se pencha de lui-même pour accueillir le baiser qu'Evelyn déposa sur ses lèvres, préférant encore laisser faire celui qui avait le plus d'assurance. Peut-être un peu surpris par l'audace dont Evelyn faisait preuve à présent. Qui ne lui déplaisait pas, au fond...
    « Euh, je, enfin, oui, enfin, il faudra m'expliquer, je ne... enfin, je n'ai jamais... Vous comprenez, monsieur Evelyn. » bégaya-t-il, ses pigments s'assombrissant.

A part le lieu où il était né et la prison, il n'avait guère connu de maison. Mais toutes ces paroles n'avaient finalement pas beaucoup de sens. Finalement, on pouvait très bien remettre toutes ces questions à plus tard. Le Søren terre à terre qu'il connaissait était visiblement occupé, et la plupart des gestes, et même des paroles qu'il pouvait bien émettre ne lui étaient plus attribuées. Il ne contrôlait plus grand chose, s'en rendait compte, et ne comptait pas le changer. Comme un rêve dont on connait la fatale issue mais dont on ne veut absolument pas sortir.
    « Heureusement, j-je n'ai pas beaucoup d'affaires… » ajouta-t-il de sa petite voix à peine esquissé dans le brouhaha de la rue qui, malgré les murs, éclipsait presque le souffle qui portait les mots qu'il prononçait. « Tout dans le sac. »


Il porta machinalement les doigts à ses cheveux, tâtant dans le vide la silhouette absente de son chapeau, se ravisant soudain, voyant que le sempiternel couvre chef n'était plus à sa place, et qu'il n'avait rien pour cacher l'assombrissement de ses joues. Il espérait ne pas trop gêner, se dit-il encore, dans un élan de son masochisme collant qui lui disait d'aller dormir sur le palier. Mais non merci, il avait trop attendu sur le palier, il l'avait trop attendu. A présent, toutes ces questions étaient mises de côté, toutes ce paroles futiles semblaient tellement creuses, ou tellement lointaine…Et Evelyn sembla les balayer du mouvement de main qui la fit se loger contre sa taille, sous ses vêtements trop épais. Pourquoi portait-il tant de vêtements ? Il n'en connaissait plus la raison, à ce moment, il avait oublié. Søren, ou Innocent, prit l'épaule d'Evelyn, le priant silencieusement d'arrêter, ou de continuer, toujours continuer leur route vers ce rituel dont même le nom lui était inconnu, mais dont les gestes lui venait naturellement, réminiscence des mains de l'humain qui lui avait donné vie, ou conscience du monde imprimée dans ses membres de peinture.

Ils basculèrent sur le lit, et ce petit choc fit tomber pour de bon son écharpe qui s'échoua sur le plancher, découvrant la gorge sans défense de l'ouvrier, qui s'abreuvait toujours au calice des lèvres de son amour, son aimé, son amant, tous ces mots qui peuvent tout dire sans rien vouloir raconter de sentiments furtifs, fugaces, tenaces.

Tu es là, devant moi, toujours le même, oh pourquoi ne puis-je pas te dire…

    « Je vous aime, monsieur Evelyn... » répondirent ses lèvres, lasses des tergiversations de leur propriétaire.

Ses mains prirent le relai, s'évadant de la raison pour se retrouver à retirer ce qui était futile sur la peau d'Evelyn. Du geste un peu brusque, un peu maladroit, un peu pataud de celui qui ne sait pas comment faire, qui ne l'a jamais fait, et qui n'en a qu'une vague idée qu'il tirait d'on ne sait ou, de son chapeau peut-être, malheureusement absent de la tête éméchée de l'innocent. Il aida la main d'Evelyn a retirer les masses futiles de ce qui lui permettait d'établir une profonde barrière entre lui et le reste du monde. Il n'en avait plus besoin, il n'aurait pas froid, de toutes façons… L'épais pull se retrouva on ne sait comment entre leurs mains, avant qu'il ne le lâche, le faisant rejoindre la masse de tissus qui les soutenait. Il passa à son tour une main timide sur les élégances d'Evelyn, cherchant à l'aveuglette le noeud qui permettrait de délier les attaches dont s'était ligoté le guérisseur. Drôle d'idée. Lorsqu'il parvint à tirer d'un coup sec sur la bonne ficelle, la gaine étouffant l'abeille lui fit perdre ses courbes presque féminines, rendant à sa mince carrure d'homme sa liberté. Mais alors que ses doigts s'éternisaient sur les ficelles emberlificotées dont se parait Evelyn, sa conscience lui revint, boomerang qui lui cogna violemment la tête, et ses lèvres se détachèrent de celles d'Evelyn. Comme la dernière fois. Comme lorsqu'il s'était rendu compte, la première fois. Ses sombres pigments s'agitaient, rendant sa couleur instable, étrange spectacle que l'hésitant, dont la peau était bien plus dénudée qu'à l'habituelle, et dont la main venait de se mettre à trembler, à moitié perdue dans les cordelettes. La réaction de refus et de repli ne sembla par contre pas se répéter, la peinture étant trop ahurie par ce qu'elle s'était mise à faire, bien pire que la fois d'avant, pour bouger.
    « M.. Messire Beehive, ex…excusez mon… mon comp… Euh… Exc… »

Les mots d'excuse ne lui venaient pas non plus, malgré le soudain rehaut du degré de sa politesse. Il ne savait pas trop ce qu'il faisait. Mais cette histoire toujours repoussée commençait à irriter ses sens, qui en demandaient plus. L'attente entre chaque épisode commençait à leur taper sur les nerfs, et ce n'est pas comme si sa brusquerie semblait gêner Evelyn. Mais il n'avait pas le droit, cette violence était prohibée envers les humains, surtout si il… Oh, et puis, quelle violence…

    «… Excusez moi, monsieur Evelyn, pouvez vous m'aider à délacer votre corset ? » sourit-il timidement. Va pour la suite.


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CITATION : Il y a des gens si insignifiants qu'on ne les voit pas devant leur ombre.

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La Ruche aux Couleurs

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