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Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades]

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MessageSujet: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Mer 24 Mar - 21:36

    Un Traqueur ne devait jamais quitter le QG sans une bonne raison, surtout si c'est pour se retrouver à déambuler dans les rues de Wonderland comme le premier clampin venu. Hansel avait une excellente raison, nommée la Fée bleue. La femme s'était collée à lui, toujours vêtue de son indécent uniforme retouché qui n'aurait pas détonné dans une revue imprimée sous X, glissant ses mains dans sa chemise en prétextant vérifier sa tension.  "Tu dois être surmené mon pauvre garçon... Maman va s'occuper de toi. " Habitué à ce genre d'approches, Hansel avait lancé la jeune femme contre le premier employé du QG venu – que n'avait-il le pouvoir de sa soeur, cela l'aiderait parfois – avant de filer au plus vite, hurlant à qui voulait l'entendre qu'il partait rendre visite à un Consultant.

    Ce que Hansel avait réellement tenter de faire au début de sa cavalcade, mais le salon d'Irma était bien loin... Prenant des rues qui lui étaient purement inconnues, il arriva ce qui devait arriver : Hansel se retrouva dans des quartiers qu'il n'avait jamais fréquentés. Loin de croire être perdu, il continuait sa progression, profitant de l'aubaine pour observer les devantures. A la richesse et la profusion des articles, nul doute qu'il avait atteint le quartier chic de Wonderland. Les personnes qu'ils croisaient avaient la démarche chaloupée des gens d'une caste sociale importante, le menton levé en signe de supériorité.

     "Prétentieux aristocrates... ". Mais Hansel cacha bien vite cette pensée : un jour, lui aussi pourrait pavaner et marcher sur des dalles de marbre, la tête haute et fière. Porter des vêtements de luxe et offrir une robe à sa soeur. Tiens. Comme celle qui habillait le mannequin, oui celle qui semblait être tissée de rayons de soleil. Une robe si lumineuse qu'on ne pouvait l'observer qu'en plissant les yeux, et qui occultait la richesse même de la boutique. Le prix devait être immense.

    Rien n'interdisait d'y regarder de plus près. Et de rêver sur une possible augmentation. La clochette suspendue au-dessus de la porte tinta, annonçant l'entrée d'Hansel. Malgré son uniforme de Traqueur, le garçon se sentait complètement désaccordé dans cet univers, comme un voleur entrant en effraction dans la cour du roi. Tout n'était... qu'extravagance. Les robes et costumes les plus simples côtoyaient des prouesses de coutures, un foisonnement de plumes, de perles, de paillettes et de formes qui ne pouvaient que sortir d'une grande imagination. Sur les murs, imprimé sur chaque dalle du parquet revenait un même symbole : le pique. Un des quatre symboles des cartes à jouer, moins dangereux que le Coeur.

    Seul dans la boutique, Hansel avançait à pas mesurés, enfonçant ses mains dans ses poches. Ne touche pas. Ne frôle pas. Ne casse pas. Une seule de ses robes devait valoir vingt années de son salaire de Traqueur. Une fortune avec laquelle les nobles se pavanaient. Lui revint alors l'image de lui et sa soeur se tordant de faim, misérables et regardant avec envie les riches enfants se régaler de sucreries et de glaces.

    Sa main avait agrippé le velours d'une ceinture de robe, faisant basculer le mannequin vêtu d'apparats qui lui donnait des allures de paon majestueux. L'objet inanimé roula aux pieds d'Hansel, emplissant la boutique de la clameur de sa chute. Une montagne gris perlé surgit à l'autre bout des lieux, comme mue par un ressort. Le propriétaire ?

    - Veuillez m'excuser, je suis très maladroit !

    Hansel se pencha pour saisir le mannequin et le remettre debout, mais l'approche de la montagne grise le laissa les bras ballants. Une montagne qui devint une chevelure sophistiquée, entourée de colliers de perles comme si ces cheveux étaient aussi précieux que des bijoux. Sans cet appendice, la petite femme n'aurait jamais atteint la taille d'haricot mal germé d'Hansel. Petite, nerveuse, la femme le toisait d'un regard que le garçon prit pour de la colère. Il s'était pourtant promis de ne rien toucher...


Dernière édition par Hansel Kuchlein le Sam 27 Mar - 17:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Ven 26 Mar - 15:18

    Pour Queeny, cette journée était pareille à tant d'autre. Assise dans son bureau privé, en plein de coeur du beau bâtiment qu'était l'As de Piques, la créatrice faisait la chose pour laquelle elle était la plus douée - non pas créer inculte! MAIS - partager des ragots avec le beau monde de Malkins. A écrire, penchée en deux sur sa table de travail, sa coiffure ornée de perles et d'argent menaçait de s'effondrer. Mais de toute évidence, la Dame de Piques n'avait pas conscience d'une certaine notion de "gravité", car l'improbable pièce montée ne s'était toujours pas écrasé contre le la table. Dans les doigts vernis de gris, de nombreuses lettres gonflées de nouvelles peu avouables se succédaient. On aurait pu croire que ses amis étaient bien renseigner. Mais prenez cette histoire de mœurs par exemple: eh bien Queeny avait eu connaissance de tous les détails depuis plus de trois jours! Pauvres commères, elles étaient totalement dépassées!

    Votre Majesté ?

    Quenny releva la tête d'un coup sec. Les cheveux de la reine de Piques semblèrent se redresser sur sa tête comme s'ils s'étaient agit de ressorts. Le designer ne cacha pas sa surprise lorsqu'il vit un tel phénomène, ses yeux écarquillés comme s'il venait de tomber nez à nez avec le Grand Méchant Loup. D'ailleurs, Queeny était dans son antre, certainement pire que lui.

    "Quoi ?"

    Aboya la créatrice. Son sous fifre la pria de l'excuser puis exposa de sa voix idiote les nouvelles de la boutique. Une Cliente fortunée qui avait besoin de conseils. La Dame de Pique ne cacha pas son empressement. Elle jaillit de son siège comme un diable de sa boite, piétina les papiers qui trainaient par terre et pria le jeune homme de s'en retourner. Sans mot dire, la tête basse, il tourna les talons et repartit dans l'atelier de création. Pendant qu'il lui tournait le dos, les yeux de Queeny glissèrent sur lui... Mwais. 10 ans de trop! A trente ans on est vieux, surtout lorsqu'on est un homme.

    Queeny était vêtue d'une robe au bustier argenté (100% rayons lunaires de Verasoie! Attention!) et d'une jupe démesurée. Les couturières et le personnels qui la croisait en étant à se demander comment la Dame de Pique pouvait se mouvoir sans renverser la moitié de la boutique sur son passage. En fait, elle renversait bien la moitié de la boutique. Mais jamais une création. Le créateur oui, mais il était contre ses principes d'abimer ne serait-ce qu'un morceau de coton.

    Il était encore tôt, lorsque Queeny fonça vers la cliente. Un grand sourire aux lèvres, son visage rond empourpré comme par un plaisir sincère. Mais après tout n'était-elle pas contente de voir de l'argent venir grossir sa fortune ? Avec tous les honneurs, elle pria la grande Dame de suivre l'une de ses employés dans le petit salon d'attente. Lorsqu'elle se fut un peu éloignée, Queeny se tourna comme une furie, d'un seul bloc, vers un petit concepteur. Elle lui aboya, comme un chien défendant sa gamelle, comme un petit chef insupportable et tyrannique, ses lèvres roses pincées et sa voix stridente. "Bah alors ? Qu'est-ce que vous attendez ? Accompagnez là! Vite! Allez! On se dépêche. Et prévenez Marie qu'elle vienne s'occuper de la cliente! Allez!" Le jeune homme fonça à vive allure dans entre les machines à coudre, les Œuvres, les rubans et les chapeaux qui foisonnaient ici comme des champignons.

    Satisfaite d'elle même, Queeny s'éloigna vers la vitre où une ravissante robe couleur soleil d'été brillait de mille feux. Même peau d'âne n'avait pas eu une aussi jolie tenue! Ha! Alors qu'elle en était a son observation, la dénommée Marie fila devant elle en la saluant et disparu dans un nuage de tissus. C'était son assistante la plus brillante. Loin d'être à la cheville de son talent! N'est pas Dame de Piques qui veut!

    Queeny regardait la foule des Nobles Gens de Malkins dont la plupart étaient habillées par ses soins. Elle voyait toutes ses créations en marche, et cela la combla. Elle faisait un travail si exceptionnel. Heureusement qu'elle était là! Pour un peu, ils iraient tous pieds nus! En simple costume! Les pauvres. Un énorme bruit. Des soupirs étouffés, une voix d'homme qui s'excusa maladroitement. Il n'en fallut pas plus à Queeny qui quitta son poste d'observation pour se précipiter dans la boutique. A l'intérieur, entre deux rayons où étaient exposé de ravissantes et uniques créations, un mannequin gisait. Anéanti, mort, qui avait emporté dans sa chute une robe d'un rose sombre, serrée au niveau du ventre par une ceinture opulente, sombre et délicate. Derrière lui, son assassin. Un de ces ploucs de Traqueurs! Que venait-il faire dans sa boutique ? Pensait-il qu'elle habillait le grand méchant loup! Les voleurs de bas étages étaient toujours fauchés, trop en tout cas pour venir s'acheter ne serait-ce qu'une chaussette ici.

    Alors que Queeny, qui avait autant de respect pour le bas peuple que pour les Traqueurs, allait se mettre à beugler comme un âne, la beauté de ce jeune homme l'interpella. Au lieu de devenir rouge de colère, et de courir dans tous les sens, un sourire ravi se dessina sur son petit visage rond. Ses doigts se mirent à s'agiter dans tout les sens, se tapotant les uns contre les autres. Elle était en phase créatrice. N'était-il pas ravissant, désolé, comme cela ? Terrorisé à l'aide d'avoir à payer cette robe qui valait à elle seule quelques années de labeurs de sa part! Comme il était mignon, ces beaux cheveux blancs ruisselant sur ses épaules. Malheureusement il y a avait cet immonde uniforme qui arracha une grimace à Queeny.

    "Votre Majesté...."

    Demanda une petite voix à côté d'elle, le tendant la note à payer avec le prix de la robe indiquée. La sourire de Queeny s'élargit.

    "Je pense que vous n'avez pas de quoi rembourser les dégats ?"

    Dégâts y avait-il ? Oui, à l'instant, un accroc s'était formé au milieu de la ceinture.
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Sam 27 Mar - 18:12

 "Qui casse, paye, paye, paye, paye jusqu'à la dernière goutte de son sang ! " hurla une voix dans l'esprit d'Hansel, sirène moderne dont la voix stridente lui broyait les tympans. Mauvais signe. Le garçon ouvrait la bouche à la recherche d'un moyen d'échapper à ce piège... et reconnut la femme qui le toisait avec grâce. La Dame de Piques, la plus grande couturière qui soit dans tout Malkins, une fée du ciseau et du tissu. On la soupçonnait d'être celle qui avait su transformer Cendrillon en princesse, et avoir confectionnée les robes si particulières de Peau d'Âne (les fées marraines se contentant de commander les parures à la créatrice). Il y a quelques années les Traqueurs étaient descendues en cette échoppe pour régler une affaire de vol : la Dame de Piques les avait accueilli dans un état d'hystérie, les traitant d'incapables et les menaçant de les frapper avec une paire de ciseaux. Depuis les Traqueurs en parlaient avec une peur mêlée de respect. Hansel commençait à comprendre peu à peu pourquoi.

Aussi efficaces que des soldats, et leurs gestes coordonnés, les employés de la boutique remirent le mannequin à sa place. La robe fut ôtée avec délicatesse, comme s'ils ramassaient un oiseau tombé d'un nid, un être blessé qui pourrait se briser au moindre choc. Le tissu coulait dans leurs doigts comme un fleuve sombre, une caresse. Cette robe était un corps vivant qu'Hansel avait blessé. La Dame de Piques ne se serait pas moins offusquée que si le Traqueur avait abattu un homme dans ses locaux.

- Payer ? Ce n'est pas l'envie qui manque, mais pour le montant...

Par amour-propre Hansel ne fit pas l'affront de sortir de sa poche les quelques Yubas qu'il possédait. La propriétaire ne pourrait que renifler de dépit. Et lui devrait alors se résigner à remettre l'argent dans sa cachette, loin des strass de la boutique. Ce qui serait un coup dur pour son orgueil. Mais à défaut de ne pas pouvoir payer en argent comptant, ne pouvait-il pas assurer un service en échange ? Gonflé de fierté devant cette trouvaille, Hansel ne se fit pas la remarque que concilier deux activités professionnelles pourraient lui peser. Rien ne pouvait résister au Survivant.

- Permettez que je loue mes services en compensation de l'affront que je vous ai causé.

Hum, comment faisait-on la révérence déjà ? Que de ronds de jambes pour éviter que sa maladresse ne soit une tache indélébile sur la réputation des Traqueurs. Raide dans sa posture, Hansel se plia en deux devant la Dame. Sa tête baissée fit glisser quelques mèches devant son regard qui se fit suppliant. Gouttes d'encre sur le visage blanc, les yeux cherchèrent en la Dame un point faible. Un noeud facile à défaire. Pouvait-il se relever maintenant, ou devait-il attendre le verdict salvateur qu'il attendait ?
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Dim 28 Mar - 18:17

    Queeny et Hansel, regardèrent les employés de l'As de Piques remettre le mannequin à sa place avant d'en retirer la robe. Avec un soin exagéré, multipliant les mouvements doux et mesurés, ils entrainèrent l'oeuvre d'art vers leur atelier. Corriger les accrocs et lui redonner forme risquait de leur prendre une ou deux heures pour un résultat discutable. Si Queeny n'était pas occupée, elle s'en serait chargée elle-même, mais tant pis, ce charmant jeune homme était si... accaparant! Il fallait bien qu'elle le surveille afin qu'il ne mette pas une nouvelle fois le souk ici.

    Payer ? Ce n'est pas l'envie qui manque, mais pour le montant...


    Reprit pitoyablement le Traqueur. Le sourire machiavélique de Quenny ne manqua pas de s'élargir d'avantage lorsqu'il ajouta:

    Permettez que je loue mes services en compensation de l'affront que je vous ai causé.

    Il était bien dommage que les beaux garçons soient tous de pauvres déshérités! S'en était vraiment lassant! Pourquoi ne pouvait-elle pas tomber de temps en temps sur un odieux prince charmant ? Possédant la moitié du royaume! Elle en tirerait tellement d'argent, tellement de plaisir à le voir la supplier de lui confectionner un habile unique et richissime! Mais non! Queeny était condamnée à récolter les ploucs du coin. Rendez vous compte, il était obligé d'occuper un poste aussi peu prestigieux!

    Enfin! Au moins il était beau! Et ce petit air désespéré lui plaisait grandement. En effet, Queeny avait toujours eu un goût pour les jeunes hommes d'une vingtaine d'années... aussi n'allait-elle tout de même pas refuser. Ne serait-ce que par égard pour ce pauvre petit! Et puis, poser ses yeux sur quelqu'un de plus attrayant que ses immondes créateurs, prendre un modèle plus vivant qu'un buste en fer forgé, voilà qui n'était pas détestable.

    Eh bien puisque vous insistez... je puis peut-être accéder à votre demande.

    Un éventail de plumes de cygnes jaillit dans les mains de la Dame de Piques. Elle cacha son rire derrière. Cette situation l'amusait tellement. Cette pauvre révérence, faite par quelqu'un qui pourtant n'avait pas du faire autre chose de sa vie que de baisser piteusement les yeux sur sa propre misère. Mais diantre! Qu'il sourit! Rien que pour lui, Queeny allait déployer temps et tissus magnifiques!

    Je préfère habiller les demoiselles mais vous ferez l'affaire! Venez dans mon bureau.

    L'Éventail claqua et Queeny dépassa le jeunot, l'invitant à le suivre de sa démarche élégante et fière. Sa taille de petite chef projetait une ombre diffuse dans le hall d'entrée et un sourire ravi se dessinait sur ses lèvres. Quant à ses yeux, dans sa confiance outrageante, ils étaient clos. Elle connaissait si bien cet endroit, ces couloirs et ce dallage qu'elle pouvait presque ne poser le pied que sur les carreaux blancs. Intérieurement, elle jubilait, ses bras gesticulant tout autour de sa coiffure délirante. Pendant qu'elle conduisait Hansel vers son nouveau lieu de travail, elle en profita pour houspiller les quelques couturiers qui la saluaient timidement, ou tout simplement, qui rasaient les murs.
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Ven 2 Avr - 20:42

    La réponse de la Dame aurait du le satisfaire, faire naitre en son coeur une fleur de lumière qui aurait grandi pour former un sourire sur le visage du garçon. La reconnaissance aurait du le pousser à s'allonger aux pieds de la Dame, et déposer un baiser furtif sur la main qu'elle lui aurait tendue. Hansel n'avait senti derrière la parole de miel que de l'amusement. La Dame se riait de lui, lui qui n'aurait pas pu porter la livrée d'un simple Valet. Quant au Fou, il n'en avait pas le physique exubérant et la langue prête à darder une vérité sous forme de farce. Pourtant Hansel se surprit à proférer milles et une paroles de remerciements, qui se bousculaient aux portes de ses lèvres, formant une liste interminable et pompeuse. Il prenait les atours d'un courtisan quêtant les bonnes grâces d'une souveraine.

    Je préfère habiller les demoiselles mais vous ferez l'affaire! Venez dans mon bureau.

    Cette femme n'aurait pas le suprême mauvais goût de l'utiliser pour porter des robes ? Non pas que celles-ci soient immondes à regarder – il n'y avait rien de plus précieux et féérique – mais une telle parure sur un corps masculin serait de toute évidence grossier. La Dame de Piques allait-elle l'utiliser pour créer une ligne spécialement homme ? Il aurait alors la chance de porter des tenues uniques en ce monde, que tout prince rêverait d'acquérir, mais lui Hansel n'aurait pas a payer un seul Yuba. A toute situation, voir le bon côté des choses.

    Les rumeurs bourdonnaient sur le passage de la Dame de Piques, mais surtout les regards se portaient sur le Traqueur qui la suivaient. Toute la boutique allait bientôt s'emplir d'interrogations et on-dits sur la présence d'un Traqueur en ces lieux. Un nouveau vol par une firme concurrente qui espérait voler le génie de la Dame de Piques ? Une étrangère affaire de licenciements de couturières ? Les employés allaient manquer de salive avant d'arriver à la fin de leurs nombreuses hypothèses.

    Le bourdonnement de ruche s'estompa quand la porte du bureau fut fermée derrière Hansel - ou plutôt se ferma elle-même car certaines portes avaient cette propriété de savoir par elle-même quand elles devaient se fermer. Loin de prêter attention à ce phénomène jugé normal dans ce monde, Hansel s'intéressa davantage à la pièce en elle-même. Les mannequins de fer forgé se disputaient la place vacante avec les liasses de papier – bons de commande, lettres de remerciements, coûts de réparation. Ici se produisait l'alchimie de la création, les coulisses des défilés : ici on transformait un rouleau de tissu en une parure de contes de fées. Une parure signée du pique, symbole de sa créatrice.

    Hansel amorça deux pas, retirant le bonnet qu'il portait continuellement pour le fourrer dans sa poche. L'atmosphère ressemblait presque à un lieu sacré.

    - Bien madame, quel est donc le service que je peux vous rendre ?

    Hansel se plaça devant le siège, attendantun signe de Queeny pour s'y asseoir. Non sans avoir remarqué que le dossier du siège était en forme de pique, tout comme bon nombre d'objets de la pièce. La propriétaire souhaitait-elle qu'on ne la confonde pas avec une autre Dame, une certaine Reine de Coeur ? Être confondue avec une criminelle serait hautement déplacé. Hansel devait noter à ne pas commettre cet impair.

    - En tout cas, je ne puis qu'être honoré de votre miséricorde envers moi.

    Pour les compliments, n'en faisait-il pas trop ? La politesse pouvait devenir un outrage quand elle est trop sucrée.

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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Dim 11 Avr - 10:06

    Queeny respira l'atmosphère de son bureau. Un concentré de tout ce qu'il y a avait de kitch et de rococo dans tout Wonderland. Assemblage improbable de couleur allant du rose chewing-gum au rose bonbon, parsemé de parchemins dans lesquels disparaissait son bureau. Derrière était un énorme fauteuil, que dis-je ? Un véritable trône, dont le dossier, comme l'avait remarqué Hansel, était en forme d'as de pique de même que lles deux autre chaises, en face.

    Non pas que Queeny eut craint d'être confondu avec cette pimbêche de Reine de Coeur. N'était-elle pas beaucoup mieux fringuée ? Et donc beaucoup plus belle ? Elle avait mille fois plus de génie, d'intelligence de délicatesse! C'était ridicule! Seul un Traqueur de bas étage comme ce jeunot, pouvait oser les confondre! Quelle pitié! Qu'apprenait-on aux enfants de nos jours ?

    - Bien madame, quel est donc le service que je peux vous rendre ?

    Le sourire revient aux lèvres de Queeny qui aussitôt s'éloigna du bureau. Abandonnant le grand corps d'Hansel, qui, les bras ballant attendait un hypothétique signe de la styliste pour prendre place sur une chaise. Il pouvait toujours espérer ce gueux! Ces fauteuils n'étaient que pour ses clients! Elle ne laisserait pas un pauvre derrière souiller ces oeuvres d'art! Comme si ces abominations qu'ils portaient aux pieds ne salissaient pas assez son palais!

    D'un mouvement brusque, Queeny ouvrit un énorme coffre de bois sur lequel étaient entassés divers tissus. Ceux-ci s'écrasèrent à terre mais la Dame de Piques ne semblait pas le remarquer car déjà, toute sa tête et bientôt le haut de son corps furent emportés à l'intérieur. Elle n'offrait plus à son mannequin de son royal fessier, et lorsqu'elle réapparut entière, son visage était empourpré par l'effort. Ses muscles n'étaient plus ce qu'ils avaient été. Les bras chargés de loques informes, elle s'avança de nouveau vers Hansel. La petite femme affichait un sourire ravi lorsqu'elle lui jeta à la figure ce pantalon de mauvais toile dont la ceinture n'était qu'une corde récupérée on ne savait trop où, et une tunique courte toute aussi laide.

    Enfilez cela derrière.

    Annonça la Dame de Piques en désignant du pouce un grand paravent à quatre panneaux noirs percés d'as de piques à intervalles réguliers. Bien qu'elle aurait adoré regarder la carrure de ce jeune homme elle savait d'expérience que, quoiqu'en disent les princes charmants comme lui, ils n'étaient pas tous très à l'aise pendant un strip tease.

    Sur ce, Queeny balaya tout un tas de parchemins jaunies par le temps qu'ils avaient passé, abandonnés sur la table de travail, et bondit avec une agilité insoupçonnable sur la place désormais libre. Saisissant au hasard un bloc note pourvu de quelque feuilles plus ou moins blanches, elle sortit de son improbable coiffure un stylo plume rose et noir - "offert" par un vieil ami en guise de paiement pour un costume hors de prix. Elle commençait déjà à griffonner lorsqu'elle lança en direction du paravent

    Votre nom déjà, lequel était-ce ? Pourquoi être devenu traqueur d'ailleurs
    ?
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Ven 7 Mai - 15:55

    Cette femme était... odieuse. Cette tenue était tout simplement immonde (il ne manquait plus que de la vermine se soit infiltrée dans le grossier tissu pour parfaire l'ensemble). La Dame de Piques était bien comme tous ces nobles, à profiter du malheur des basses classes pour en rire et mieux savourer leur propre confort.

    Hansel hésita à continuer à jouer la mascarade. Cette femme pouvait le tenir encore longtemps ses serres, jusqu'à ce qu'elle s'ennuie de lui ou trouve un autre jouet. Il était évident que la Dame n'avait aucune considération pour Hansel : ce n'était qu'un Traqueur, sans même le moindre titre de noblesse ou une famille fortunée. Un simple chat de gouttière voilà ce qu'il était. Que pourrait-elle faire cette Dame si Hansel refusait le traitement qu'elle lui infligeait ?

    Riant déjà de la mine déconfite et stupéfiée que cette reine ferait, le jeune homme fit un pas vers elle. Stoppa en songeant justement aux conséquences de son acte (fait qui arrive si rarement qu'il est important de le souligner). Queeny pouvait fort bien lui rappeler les termes de leur " contrat " (à Walkins, la parole était encore plus importante qu'un texte rédigé et signé). Elle pouvait tout aussi bien le menacer de faire remonter l'affaire au Tribunal, et une telle faute tâcherait les Traqueurs d'une marque indélébile. Un Traqueur coupable de détérioration de biens, voilà qui est aggravant pour un membre des forces de l'ordre. Si même les Traqueurs ne respectent pas la loi, qui nous sauvera des Epouvanteurs, ma p'tite dame ?

    Après tout, la Dame ne lui avait pas encore attachée des fers aux pieds, ou décidé d'en faire son jouet personnel (çà, çà relevait plus du caractère de la Fée Bleue). Feignant le visage souriant et courtois digne d'un Prince (comme celui de la pub pour dentifrice), Hansel partit derrière le paravent. Non sans vérifier qu'aucune Fée Bleue n'était perchée dans les airs à attendre le délicieux spectacle d'un effeuillage masculin. Une fée pouvait-elle sentir des phéromones à des kilomètres de distance ? Et ce bureau était-il chauffé ? (Il allait mourir de froid dans cette tenue...)


    Votre nom déjà, lequel était-ce ? Pourquoi être devenu traqueur d'ailleurs
    ?

    Les yeux d'Hansel se tournèrent en direction de la dame, mais ne rencontrèrent que l'envers du paravent. Elle s'attaquait là à un sujet pa-ss-io-nant. Un sujet qui allait lui faire comprendre qu'elle abritait chez elle quelqu'un de bien plus illustre qu'un simple Traqueur. L'unique personne qui puisse sauver Walkins des Epouvanteurs (il suffisait qu'on lui donne sa chance).

    - Hansel Kuchlein, mademoiselle. On m'a longtemps nommé " le Survivant " ou " le Miraculé ".

    Perchant ses vêtements sur le haut du paravent, le jeune homme fit glisser la tunique sur lui. Le tissu rêche ouvrait ses multiples griffes pour les planter dans sa peau. Comme en ce temps là où il n'avait qu'un habit pour toute l'année, un habit couvert de boue et érodé par le temps. Il n'y avait que les nobles pour aimer rappeler leur piètre condition aux pauvres, sans la moindre bouffée de compassion.

    Hansel reprit son monologue tout en saisissant la corde qui devait lui servir à empêcher la tunique de tomber à ses pieds.

    - J'avais réussi à arrêter la Sorcière Cannibale. Vous avez du entendre parler de cette affaire. Deux enfants, un jeune garçon et une jeune fille, seuls proies ayant survécu à la sorcière, permettent à la police de découvrir une sordide affaire d'enfants dévorés.

    Les articles fleurissaient sur ces deux enfants prodiges à l'époque. Surtout le garçon qui ne cessait de relater l'exploit. Sa soeur était bien trop discrète, une personnalité qui n'attirait pas l'attention donc peu susceptible d'intéresser le lectorat. C'était l'Âge d'Or de la vie d'Hansel. Ses origines roturières attiraient la compassion de tout Walkins, mais aussi l'intérêt. Plus d'une dame de Wonderland s'était affichée avec lui, avec comme prétexte d'aider le "pauvre orphelin", alors que le but véritable était de se féliciter d'avoir approché le Miraculé. Mais le petit Hansel de l'époque ne voyait que les sourires et la nourriture généreusement offerte, ainsi que le lit et la chaleur humaine.

    En grandissant, Hansel avait perdu cette capacité à créer du beau là où il n'y a que mensonges.

    - Cette aventure m'a donné le goût d'aider la justice à se faire une place dans Walkins. A mes yeux le meilleur chemin était l'entrée chez les Traqueurs.

    Elle était surtout la seule qu'il pouvait prendre. Avocat, juré, membre du tribunal demandaient des années d'études - études qui demandaient elles-mêmes une forte somme qu'Hansel ne pourrait jamais obtenir avant de longues années. La patience n'avait jamais été son point fort. La Police des contes fermait sur les yeux sur les antécédents de ses membres. le tout était d'avoir de la motivation, et surtout des capacités qui puissent servir leurs comptes. "Pouvoir magique fort recommandé" était-il mentionné sur les avis de recherches d'emplois de la Police.

    - J'avoue qu'avec cette affaire d'évasions, on patine dans la semoule. Mais ne vous inquiétez pas. Aucun Epouvanteur ne viendra dans votre boutique, ou attenter à votre vie. Le Grand Méchant Loup tremblerait de peur devant vous.

    Et ce n'était pas mensonge. Hansel avait pu lui-même constater que la Dame de Piques pouvait se transformer en une harpie, prête à crever les yeux à ceux qui lui tiendraient tête. Même le GML (Grand Méchant Loup) plierait bagages devant cette adversaire.

    Corde serrée au maximum autour de ses hanches, Hansel sortit de la protection du paravent. Heureusement que le ridicule ne tuait pas, car le jeune homme serait déjà effondré, face contre un carreau de pique. (Sans mauvais jeu de mots) Redevenu fier suite au souvenir de ses belles années, le garçon leva son regard et croisa celui de Queeny. Quelle était donc cette lueur dans le flot gris perle de son oeil ? Amusement, fascination, coquinerie mal placée ? Mieux valait-il peut-être ne jamais le savoir.

Citation :
Pardon pour le retard et le peu de qualité.
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Ven 14 Mai - 16:31

    Tandis que les vêtements pleuvaient sur le haut du paravent, la voix d'Hansel répondit poliment à la question de l'odieuse créatrice. Munie d'une petit carnet, sa coiffure gigotait telle un bloc de gélatine au rythme de son écriture compulsive.

    Hansel Kuchlein, mademoiselle. On m'a longtemps nommé " le Survivant " ou " le Miraculé ".

    Il l'avait appelé Mademoiselle ? Quel charmant jeune homme! Elle adorait les hypocrites! Ils savaient tous si bien s'exprimer! Et puis n'avait-il pas raison ? Queeny avait encore de belles années devant elle! D'ailleurs, elle ne savait plus très bien quel âge elle avait, mais qu'importe! N'était-elle pas la plus audacieuse demoiselle de Malkins ? Si bien sur que si!

    Quant au reste de sa phrase, la sorcière ne la releva même pas. Il n'y avait qu'elle qui comptait! Elle, sa petite personne, il semblait l'avoir très bien compris! Adorable garçon!

    J'avais réussi à arrêter la Sorcière Cannibale. Vous avez du entendre parler de cette affaire. Deux enfants, un jeune garçon et une jeune fille, seuls proies ayant survécu à la sorcière, permettent à la police de découvrir une sordide affaire d'enfants dévorés.


    En cherchant bien, c'est à dire en cherchant à l'extérieur de son petit monde, Queeny crut se rappeler d'un évènement, il y a de nombreuses années. Une coupure de journal qu'elle avait croisé en mangeant un croissant à la fraise et au beurre, ses deux pieds négligemment posés sur le dos d'un designer venu s'excuser de quelques bêtises... Qui était cet homme déjà ? Bah! Peu importe, il avait du être viré depuis!

    En tout cas, cette histoire ne l'avait pas ému outre mesure. Une collection automne hiver pour enfants avait du se vendre comme des petits pains dans les quartiers riches. A ce propos, notre chère parvenue, avait remarqué que ceux qui avaient beaucoup d'argent adoraient se prendre pour des ploucs au nom de la mode. Déchirants leurs pantalons pour faire marginaux, ou flaquant à leur gosse un haut de forme élimé et hors de prix pour lui donner l'allure d'un clochard tombé sur une mine d'or. Ah c'est riches avaient de drôles de goûts mais ne manquaient pas d'audace. Elle les aimait tant.

    Cette aventure m'a donné le goût d'aider la justice à se faire une place dans Walkins. A mes yeux le meilleur chemin était l'entrée chez les Traqueurs.


    Hum... alors voilà. Ce charmant jeune homme était donc un martyre à la recherche d'une vengeance, pauvre déshérité, victime d'une sorcière cannibale (lesquelles avaient beaucoup de goûts en matière de décoration, à défaut cuisine raffinée) et avait... une soeur ? Où était cette chère petite ? Avec l'air de chien battu de ce garçon, elle devait afficher un sourire niais et doux. Un superbe couple à admirer, très inspirant. Peut-être une nouvelle collection « orphelin ». Cela reviendrait à la mode d'ici deux mois. Lorsque Peter Pan aura fait un nouveau coup d'éclat.

    J'avoue qu'avec cette affaire d'évasions, on patine dans la semoule. Mais ne vous inquiétez pas. Aucun Epouvanteur ne viendra dans votre boutique, ou attenter à votre vie. Le Grand Méchant Loup tremblerait de peur devant vous.


    Queeny ricana. Oh oui! Le Grand Méchant Loup ne viendrait jamais ici. Les pauvres n'avaient pas leurs place ici... mais attendez une seconde, lecteur, ce manant ne viendrait-il pas de l'insulter ? Affreux garnement! La Dame de Piques ratura une note puis une autre sur son carnet et le posa à côté d'elle pour admirer ce garçon. Ses petits pieds qui battaient dans le vide s'animèrent joyeusement en dessinant une gigue anarchique. Un éventail jaillit de nulle part pour cacher son visage tout entier. Hahaha! Le voilà bien punit. Quelle horrible tenu de roturier. Décidément, Queeny savait quoi choisir pour ridiculiser un jeune homme. Cette corde était particulièrement immonde. Elle pouffa quelques longues, très longues secondes avant de faire disparaître le paquet de plumes qu'elle agitait. Elle frappa deux ou trois fois dans ses mains pour faire monter la magie ensuquée de son coeur à ses doigts. Parfait, au travail maintenant. Trêve de plaisanterie, place à la création. L'excitation fut à son comble. Des couleurs apparurent dans sa tête, du textures, des tissus exceptionnels... Parfait, parfait.. elle avait des millions d'idées.

    Les fils de la chemise sans forme d'Hansel prirent vie et virent le chatouiller, insaisissables, en plein travail. Leur couleur changea vers un blanc cassé, plus un blanc pur, presque éblouissant. Aucune lessive magique (ou pas) ne pouvait arriver à un pareil résultat. Ni une eau de javel d'ailleurs.

    « Alors vous n'avez plus de famille en dehors de votre soeur. Comment s'appelle-t-elle ? Que fait-elle dans la vie ? C'est une Traqueuse ? Ne me dites pas qu'elle est elle aussi habiller avec cet uniforme affreux ? »

    Pendant qu'elle parlait, les idées se succédèrent dans sa tête. Bientôt la chemise s'ouvrit brutalement et de petits boutons de nacres sortirent du tissu avant qu'un jabot énorme enfle sous la gorge d'Hansel. Ses manches se rétrécirent sur les poignets pour s'échapper en gigantesque plans de tissu en direction de sol recourant totalement les mains du Traqueur.

    Le pantalon se plaqua contre le corps du garçon, la ceinture disparut et du cuir magique blanc s'extirpa du vil tissu. Ce dernier, dont les fils s'agitaient en tout sens sous la pression du pouvoir de Queeny, prit l'aspect de la soie la plus délicate.

    « Hum... non un peu trop fine. »


    En lorgnant l'entre-jambe d'Hnasel, la Dame de Piques se dit, il aimerait peut-être que certaines parties de l'anatomie restent, disons, discrètes ? La coupe trop serrée se mua en contour plus droit, comme le bas d'un costume. La texture était plus épaisse, toujours aussi douce.

    « Avez vous beaucoup d'amis cher Hansel ? »
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Mer 16 Juin - 9:19

Citation :
Désolé du temps mis et du post

    Pourquoi se confier à cette femme qu'il ne connaissait ni d'Eve et d'Adam et qui l'oublierait dès qu'il serait reparti, le considérant comme un emballage de bonbon tombé accidentellement sur le parvis immaculé qu'était sa vie ? Juste par envie de parler de lui, de sa petite personne prétentieuse et orgueilleuse, d'exposer sa vertu -hem- sans qu'une main impérieuse ne le pousse hors des projecteurs. Il n'y a qu'entre orgueilleux que leurs voix sonnent contre les murs, chacun allant de sa petite histoire, voulant avoir le dernier mot. Leurs oreilles n'entendent que leurs propres voix, se pâmant d'admiration devant leur ego si splendidement taillé.

    Discours de sourds pour aveugles. L'un questionnait, l'autre répondait. Cela avait la saveur d'un interrogatoire parfumé par l'élégance. Ponctué d'essais de coutures sur le corps de l'interrogé, variante de la muselière et de la camisole de force mais avec bien plus de raffinement. Hansel subit ainsi plusieurs tentatives d'étouffement : ses bras finirent immobilisés dans des manches qui recouvraient ses mains, sa virilité fut menacé de disparaître... Le garçon jeta un regard presque apeuré aux fils tenus par des mains invisibles qui gigotaient comme des tentacules de soies. L'image lui arracha un frisson de dégoût.

    Voilà que la couturière s'intéressait à sa soeur. Stupeur et tremblements chez Hansel dont l'esprit venait peut-être d'atteindre un certain degré d'éveil. S'il demeurait dans la voie de la vérité, nul doute que la dame se parerait d'un éventail où se dessinerait son rire de mépris. Vous, le Traqueur, avez comme soeur une devergondée qui se prélasse dans la fange et la honte ? Cette boue dont elle se pare doit rejaillir sur vous : j'en sens l'odeur d'ici. Et d'accompagner cette remarque d'une agitation de l'éventail, chassant des effluves néfastes loin d'un nez délicat. Pécheresse ou non, Gretel demeurait sa soeur, l'unique personne qu'il respectait – en dehors des membres de la justice des Contes. Inutile qu'elle subisse les sarcasmes d'une femme n'ayant jamais connu comme autre tâche sur sa personne que celle d'un café ou d'un thé.

    - Margot. Elle travaille dans un petit bar dont j'ai oublié le nom. Un petit tripot à ambiance familiale pour... pour la plèbe. Enfin, paraît que çà attire aussi la haute société qui aime bien sortir de leur coin bling-bling.

    Hansel vous êtes le pire menteur qui soit. Avec un peu d'espoir la femme ne l'écoutait que d'une oreille, ou n'avait jamais le moindre pied hors de sa boutique. Elle devait être de ces personnes qui passent leur journée dans leur antre, commandant leurs repas pour qu'ils soient livrés tout prêts à être dégustés devant le journal. Oui voilà, elle ne devait même pas savoir quelle heure il était, seul comptait son travail et la satisfaction du futur pigeon client.

    « Avez vous beaucoup d'amis cher Hansel ? »
    - A courir le bandit, on n'a guère le temps de fréquenter une bonne société. On passe son temps à interroger des scélérats de tout poil, à sauver la veuve et l'orphelin, le déshérité et le dépouillé, l'outragé et l'effondré. Alors, des amis pensez-vous... Surtout qu'être ami d'un Traqueur peut faire de vous une cible parfaite pour l'Epouvanteur en quête de vengeance.

    Et ne parlons pas de famille. Qu'on en passe son temps à sauver celle des autres, il ne nous en reste plus pour fonder la notre. Qui serait de toute façon condamné à disparaître sous les assauts des Epouvanteurs et de la fracture qui existerait entre le Traqueur et le cocon familial. La femme se plaindrait que son Traqueur de mari privilégie des inconnus à elle, simplement parce qu'eux doivent être aidés selon la loi. S'ensuivrait les papiers pour le divorce, le retrait des enfants -un Traqueur n'a pas le temps de vérifier des résultats scolaires, ni de changer une couche- puis la solitude, l'alcool, le fumoir... Un bon Traqueur est un Traqueur libre, et donc célibataire.

    - Sans vouloir vous paraître présomptueux, puis-je à mon tour vous poser une question ? N'est-il pas trop dur d'être un génie couturier ? L'on doit être bien seul au sommet de la gloire.

    Ils n'étaient pas si différents, après tout. Chacun avait eu son heure de gloire, celle de la Dame de Piques durait plus longtemps, voilà tout. Hansel était désormais seul, rejeté de sa famille, incapable de s'intégrer dans une équipe autrement qu'en tant que fanfaron et boulet ferré au pied. Et cette couturière n'était-elle pas esseulée, ne pouvant se confier qu'à un miroir et deux-trois robes reflétant ses rêves d'antan ?

    Pof. Un chapeau haut de forme se planta sur la tête d'Hansel dans une apparition aussi soudaine que celle du chat de Cheschire. Un ruban se lova autour du feutre d'un violet charmant, éclat blanc de soie s'ornant parfaitement avec le jabot qui comprimait la gorge du garçon. Ce dernier se sentait à la fois nu et gracieusement habillé. Les yeux de perles de la Dame semblaient voir sa peau dans les moindres détails, les moindres imperfections, sachant exactement comment les cacher et enjoliver ce qui pouvait l'être. Hansel n'aurait pas moins du poser nu pour elle qu'il ne se serait pas senti autant violer dans son intimité.
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Ven 6 Aoû - 19:42

    Comment ? Loin de Queeny l'idée d'abandonner un mannequin aussi docile que ce charmant jeune homme! Il était rare que quelqu'un enrôlé de force pour un tel travail soit assez stupide gentil pour répondre à chacune de ses odieuses questions. Des perles aussi belles se gardaient et se conservaient à l'abri des regards, d'autant plus lorsqu'elle ne demandent aucune rémunération! Loin d'elle, vraiment, tout envie de chasser ce garçon de sa mémoire. Elle allait même le faire revenir plusieurs fois... un rire machiavélique raisonna sous son crâne, étirant ses traits en une grimace de mauvaise augure.

    Margot ? Quel adorable nom.

    Répondit Queeny avec la vague idée de tirer cette demoiselle de son tripot pour la faire devenir l'une de ses modèles préférées. Après tout, Hansel avait un physique ravissant, et bien qu'on ne soit jamais à l'abri d'une mauvaise surprise, il lui semblait quasiment impossible que la dite jeune fille soit un horrible crapaud pustuleux. En laissant son esprit audacieux s'attarder sur ses pensées, elle oublia un instant Hansel pour s'imaginer une adorable petite fille en haillons, passant le balais chez des Thénardier quelconque, ses longs cheveux blonds encadrants un minois de Cendrillon. Ce tableau adorable, une fois revisiter par ses soins ferait un tabac dans les hautes sphères de Malkins où tout le monde ne rêverait plus que de posséder le même tablier fushia...

    A courir le bandit, on n'a guère le temps de fréquenter une bonne société. On passe son temps à interroger des scélérats de tout poil, à sauver la veuve et l'orphelin, le déshérité et le dépouillé, l'outragé et l'effondré. Alors, des amis pensez-vous... Surtout qu'être ami d'un Traqueur peut faire de vous une cible parfaite pour l'Epouvanteur en quête de vengeance.
    Ah oui vraiment ?

    Éluda Queeny qui s'éventa d'un nouvel éventail comme pour cacher cette Margot de son esprit. Elle considéra avec amusement ce charmant jeune homme et le costume qu'elle avait fait pour lui. A la réflexion il n'était pas assez efféminé pour le porter dignement. Son caractère non plus ne seyait pas! Diantre! Cela n'allait pas du tout! L'éventail fit un saut dans les airs et retomba quelque part derrière sa propriétaire. Elle darda le jeune homme de ses yeux enfiévrés par l'envie de créer, de donner vie à l'excellente idée, que dis-je ? L'idée ré-vo-lu-tionnai-re qui allait transformer ce costume d'arlequin en fashion victime.

    Sans vouloir vous paraître présomptueux, puis-je à mon tour vous poser une question ? N'est-il pas trop dur d'être un génie couturier ? L'on doit être bien seul au sommet de la gloire.

    Queeny le regarda avec interrogation, ses mains retombèrent un moment sur sa robe étrange. Une intense réflexion se livra dans son esprit rempli de rubans, de ciseaux et de billets de banques. Finalement, elle songea à son horoscope et à livre de psychologie poivronesque avant de répondre.

    Non.

    Non, elle ne s'était jamais sentie seule, ou même isolée. En vieille originale, elle vivait une vie trépidante, pleine de clientes enchantées et de maris ruinés, de créateurs surmenés. Rien ne manquait à son bonheur, et pour ainsi dire, hormis quelques collections automne-hivers qu'elle regrettait, elle était plutôt satisfaite de son chemin. Même si, il était vrai, dans sa jeunesse elle aurait souhaité vieillir à côté d'un homme compréhensif et aimant, avoir une fille à laquelle donner son entreprise ainsi que son don. Mais maintenant Queeny s'était faite une raison. Elle n'avait pas envie de vieillir. Pour y remédier, à défaut d'élixirs de jouvence, elle avait arrêté de compter les années qui défilaient et refusait de se donner un âge. Quant à sa descendance ?... Décidément, Queeny donnerait cher sa peau.

    Enfin bref. Toutes ces certitudes remises en places, elle leva de nouveau ses petits doigts gigotants en l'air, telle un chef d'orchestre sérieusement atteint. Elle ferma les yeux, visualisa le costume qu'elle avait créé... et elle créa!

    Pour commencer, les manches d'Hansel, ornées de dentelles disparurent. Plop. Et soudain, du manteau, il ne resta plus que deux bretelles de tissus épais qui se lièrent brutalement avec le pantalon. La chemise ondoya vivement sur la peau du jeune homme, semblait même se cabrer comme un dragon sauvage, mais finalement, elle céda. Du tissu froufrouteux il ne resta plus qu'un vêtement sobre, taillé avec simplicité, d'une façon toute masculine. Droite mais élégante cette nouvelle chemise avait pris une couleur bleu, rayées très finement, d'une façon à peine perceptible. Le chapeau sur le crâne de Hansel se métamorphosa lui aussi sous l'impulsion magique de la Dame de Pique. Un sorte de casquette aplatie pris sa place. Le ruban violet dégringola et tomba mollement sur un sol déjà encombré de débris similaires.

    Queeny s'arrêta brusquement pour considérer son oeuvre. L'espèce de salopette noire lui plaisait particulièrement. Elle retoucha amoureusement le col de la chemise pour lui donner plus de longueur, et la casquette pour la faire pencher plus sur le devant du visage d'Hansel. Satisfaite, Queeny s'applaudit elle-même. Mais elle était loin d'avoir achevé son oeuvre! La Dame de Pique se laissa tomber de son perchoir et entreprit de fouiller quelque part dans ses étagères. Se saisit d'une petite boîte vermeille puis se rua, sautant par-dessus son bureau avec une vivacité insoupçonnable, pour ouvrit toute grande une armoire ouvragée.

    "J'espère que cela vous plait cher Hansel! Et vous ? Vous ne vous sentez pas seul dans votre chasse aux monstres ?"

    Demanda Queeny en se retournant d'un bloc, ses petits points fermés sur ses hanches. Un pan de tissu encore coincé dans sa main. Elle offrit au garçon un regard qui reflétait un amusement certain.

    "J'ai donné à vos vêtements une allure plus droite et plus sobre. Les manches surtout. Elles manquent d'ambition c'est certain, mais elles sont plus pratiques pour un Traqueur, n'est-ce pas ?"

    Sur ces doux mots, la Dame de Piques revint à son bureau pour en fouiller les tiroirs.
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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Mar 24 Aoû - 20:46

    Le temps semblait s’écouler si lentement qu’Hansel était certain que la nuit était déjà tombée sur Malkins, et que la Reine le ferait travailler jusqu’à l’aube. Ce n’était pas là un travail des plus fatigants physiquement parlant : seule sa fierté en prenait un coup. Mais soit la reine avait eu pitié de son esclave, soit elle avait trouvé un nouveau moyen de s’amuser. Enfin Hansel n’allait pas se plaindre de son nouveau costume bien moins froufroutant – sinon Queen serait bien capable de lui nouer des rubans un peu partout et de l’exposer ainsi devant des fans en chaleur. Et Big Bad Wolf sait qu’il n’y a rien de pire que des groupies.
    Queen avait répondu négligemment – ou plutôt rejeté sa question – avec l’élégance propre à ces gens de la haute. Hansel ne s’en formalisa pas, satisfait de ne pas avoir à supporter la longue exposition des exploits de la famille Eyre depuis vingt générations. Une longue histoire faite de chaussettes reprisées, de services rendus à la Patrie par le sacrifice d’une aiguille et de quelques faits de charités envers les plus démunis en leur offrant les chutes de tissus de la boutique. De quoi arracher une larme à la ménagère de trente ans.

    "J'espère que cela vous plait cher Hansel! Et vous ? Vous ne vous sentez pas seul dans votre chasse aux monstres ?"

    On lui avait déjà posé la même question sur le ton du badinage. Les circonstances de la discussion demeuraient floues à Hansel, effacée par des faits plus cruciaux. Quant à la femme qui l’avait interrogé, c’était une Miss Tout-le-monde portant coiffure et vêtements à la dernière mode, le regard alourdi par le maquillage et les nuits écourtées. Elle devait être au commissariat pour déposer une plainte de vol – un sac à main laissé seul au café lors d’un aller-retour pipi, une tasse Mademoiselle kidnappée par une personne sans scrupule, et en manque d’affection. Quoi qu’il en soit elle avait fini par oublier la raison de sa venue, dérivant sur l’exposition de sa vie et de sa personne pour aboutir à cette question : « Vous ne vous sentez pas seul ? ».
    On pouvait définir Hansel d’abruti fini, n’empêche qu’il voyait très bien quand la séduction venait le chatouiller du bout de ses doigts. L’âge n’avait pas une réelle importance au sein de Malkins : on vieillissait lentement, et bon nombre de produits vendus sur le marché vantaient leurs bienfaits de rajeunissement. Mais enfin Queen faisait si… âgée. Elle aurait pu être sa mère, voire sa grand-mère. Oh sans nul doute que sous cette robe la peau était aussi lisse que celle du visage presque poupin de sa propriétaire. Mais non. Hansel avait l’impression désagréable d’être un Prince enlevé par sa belle-mère pour subir un mariage forcé, lui qui espérait seulement avoir la fille, plus fraîche et plus à son goût.
    Elles existaient donc ces vieilles femmes qui cherchaient encore et encore le Prince qui n’était pas venu les libérer de leur tour quand elles étaient des Princesses en fleurs ? Ce n’était pas une légende urbaine, ni même un argument pour calmer les ardeurs des jeunes hommes. C’était une vérité insoutenable.

    - Seul ? (On glisse un rire qui se veut détendu, mais si nerveux qu’il vous fait trembler de la tête aux pieds) Comme je vous l’ai déjà dit, la vie de Traqueur ne permet pas de connaitre la solitude, et encore moins l’ennui.

    Faux. Prodigieusement faux. N’importe quel Traqueur – même le plus sain et haut gradé – a connu ce repli vers la taverne pour noyer son dégoût dans l’alcool. Dégoût de soi-même, de son incompétence, de ses limites. Loin de s’entraider les Traqueurs se poussaient l’un l’autre dans le gouffre. Comme si rien d’autre que l’abandon ne pouvait les relier. Et s’ils tentaient de s’apporter du réconfort, cela encourait à l’échec ou avait un goût amer.
    Hansel n’avouerait pas ceci à Queen. Pas après avoir décelé sa stratégie de charme.

    - Votre travail est, comme toujours, remarquable. Mais, il va…me falloir vous laisser.

    Le Traqueur exerça quelques pas vers la porte, gardant un œil sur les aiguilles sagement plantées dans une boule de tissu. Inutile d’être psychologue pour savoir qu’une femme pouvait devenir folle d’hystérie si on lui refusait quelque chose. Hansel tâcha de trouver la parade pour éviter une tempête de soie tomber sur lui, tel le déluge de cartes sur Alice.

    - Je viendrais continuer à payer ma faute dès demain, mais des braves gens ont besoin de mes talents de Traqueur. Vous comprenez…

    Peut-on demander à une femme de comprendre après lui avoir fait miroiter une vie idéale, avec un mariage, deux enfants, trois chiens et un chat ? Bien sûr que non. Son courroux ne peut que s’abattre sur vous pour vous ramener à elle, vous attacher à elle à jamais. Et Queen avait de quoi ligoter Hansel au sens propre du terme. Le Traqueur chercha du regard une quelconque arme non conventionnelle qui pourrait l’aider. Une brosse ? Pour stopper des aiguilles c’est toujours mieux que rien.
    Tic tac tic tac.

    Sois le Crocodile était dans le coin, soit la pendule de la Mort sonnait déjà à ses oreilles.

    Je vais mourir épinglé au mur tel un papillon. Et violé par une vieille. Epouvanteurs si vous voulez me tuer c’est le moment. Même toi Roastie j’accepte ta présence.

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MessageSujet: Re: Qui casse, paye ! [PV Queen of Spades] Ven 10 Sep - 13:17

    Hansel avait tort de penser que Queeny n'avait aucun moyen à sa disposition pour le transformer en saucisson. Au contraire, elle aurait même fait un très bon Traqueur, spécialisée notamment dans l'interception des criminels en fuite. Et pour cause, son don même, que pourtant Hansel avait vu dans toutes sa splendeur, lui permettait de bloquer les jambes de n'importe qui en y rien de temps. Mais allez savoir pourquoi, Queeny ne s'en servit pas. Elle prit une moue désolée en voyant Hansel tenter de filer. Elle qui pourtant était en pleine crise d'imagination! Elle avait déjà aperçu un nouveau style de manche qu'elle pourrait ornée de longues plumes turquoises en les coinçant sur un protège poignet doré ou métallique. Oh comme cela aurait été beau! Elle aurait même pu supprimer l'une des manche et modifier un peu la texture de la chemise. Comme le résulta aurait été réjouissant, magnifique, le modèle phare de sa collection, porté par un mannequin charmant. Ce mélange guerrier d'hier et d'aujourd'hui tout cela sur le dos d'un Traqueur particulièrement mignon... Dommage de la seule expression sur le visage de ce dernier soit le portrait d'une certaine crainte... comme si Queeny allait profiter de son emprise sur lui pour lui sauter dessus... Mais elle n'y avait même pas (encore pensé)! Atroce supposition de la part d'un esprit terrorisé!

    Je viendrais continuer à payer ma faute dès demain, mais des braves gens ont besoin de mes talents de Traqueur. Vous comprenez…


    Queeny comprenait très bien. Elle comprenait surtout qu'il espérait avant tout filer d'ici. Et pourtant, il était si tôt! Elle était certaine qu'il faisait encore jour et qu'elle n'était ici, avec lui que depuis quelques minutes. En vérité la notion du temps, à Malkins était tout à fait relative, comme l'avait signifié Hansel. Chez Queeny, cette notion était pour ainsi dire inexistante. La meilleure illustration de ce concept était que depuis ses vingt ans (ou ses 200 ans) elle ne comptait plus ses années vécues et n'avait qu'une idée imprécise de l'âge qu'elle avait. Ce style de vie expliquait notamment que tous ignoraient depuis combien de temps l'As de Piques régnait en maître sur la mode à Malkins. En général, on répondait par cette question par « depuis toujours ».

    La Dame de Piques jeta négligemment le tissu fin qu'elle avait sous le bras quelque part entre une commode et un coffre. Il y avait fort à parier que d'ici une semaine tout au plus, Queeny le chercherait partout en fulminant. Mais pour le moment, la Dame de Piques n'y pensait pas. Tout son esprit était focalisé sur l'idée de voir sa muse disparaître définitivement. C'était regrettable, quand reviendrait-il ? Le petit peuple devait tellement travaillé et disposait de si peu de temps pour leur loisir – temps, soit dit en passant, qu'occupait Queeny!

    « Soit. J'espère vous revoir bientôt. Vous me ferez parvenir un message concernant votre emploi du temps et vos disponibilité. Rassurez vous, vous n'aurez pas à venir encore bien longtemps.. Sur ce, je vous propose de retirer ce vêtement. »

    Avança Queeny en désignant le paravent précédent. Et oui, ce beau jeune homme avait demander à travailler pour expier ses fautes, par pour récolter les fruits du dure labeur de l'aimable et douce Dame de Piques. Certes ce n'était que le schéma de sa future création, mais un schéma de si bonne qualité qu'il se vendrait au moins aussi cher qu'un sac à main de petit modèle, voir d'un couvre chef tendance. Rien que de savoir que ce banal pantalon et cette superbe chemise sortaient le l'As de Piques, on lui achèterait fort cher et le peuple commencerait à parler de la nouvelle collection et... Oh! Quelle horreur! Voir ses chères oeuvres inachevés se faire chiffonner par la critique de ses abjectes journalistes l'effrayait.

    En attendant donc que son mannequin se vêtisse de nouveau de son immonde uniforme de Traqueur, Queeny sans plus s'occuper de lui, alla s'installer à son bureau. Non sans mettre quelques coups de pieds dans de malencontreuses piles de parchemins et de factures oubliées, la petite femme se hissa sur son improbable chaise. Bien tassée dans le velours rose, l'improbable dessinatrice chercha de ses mains minuscules quelque journal ou revues qui trainait dans les parages – c'est à dire dans le capharnaüm qui le tenait lieu de bureau. Le hasard voulu que ce fut un exemplaire de la toute jeune Gazettes des Enchantés qui bondit dans ses doigts. En feuilletant son illustre horoscope poivronesque, situé dans les dernières pages, bien après les faits divers et l'interview d'un cheval, elle découvrit avec mépris que ce mois-ci s'annonçait particulièrement difficile pour les personnes de son signe. C'était regrettable. Mais n'étant pas superstitieuse pour deux poulpes, elle envoya voler le tissu de mauvaises nouvelles dans l'une des corbeilles pleines non loin de sa table. Il lui fallait bien quelques qualités à cette honorable femme n'est-ce pas ?

    Bientôt, Hansel aurait fini de se changer et serait sortit. Elle aurait alors tout le loisir de houspiller ses couturiers et de finir le design de la tenue de ce brave Traqueur! Ah! La vie reprendrait son train train de luxe et de pierreries qui n'était pas, comme nombres de quotidiens, ennuyeux ou déplaisant! Non, il fallait dire qu'elle l'affectionnait. Et quand on est riche, contrairement à ce que prétend quelque poète ou fabulistes obscurs, on évite mieux les temps difficiles. Ainsi, The Big Bad Wolf et ses compères ne l'intriguaient pas autrement qu'à titre de ragots croustillants, qu'elle échangeait avec ses fortunées clientes. Le monde comme le temps ne semblaient pas avoir d'impact pour la Dame de Piques, et elle espérait que cela continuerait de cette manière.

    Derrière elle, les rayons pâlissant d'un soleil de fin de journée, filtraient derrière les rideaux épais et improbablement accrochés. Les hauts quartiers de Malkins s'éclairaient d'un autre type de lumière comme pour se préparer à la nuit à venir. Dans la rue, la population diurne laissait sa place aux oiseaux de nuit; ici et là les échoppes fermaient, d'autres, moins prosaïques ouvraient leur porte, dans quelques ruelles dissimulées. Et même si le bruit de la ville arrivait aux fenêtres du bureau de Queeny d'une façon diffuse et ténues, la Dame de Piques fermait les yeux pour l'apprécier. Elle adorait le changement, tant qu'il ne la concernait pas elle-même.
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