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Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar]

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MessageSujet: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Jeu 1 Avr - 18:05

C'était ses yeux, décida-t-elle. C'était les yeux de l'enfant qui avaient tout déclenché. Ce n'était pas tant la Peur, viscérale et enfantine, qui lui avait tordu les entrailles en croisant la folie au fond des yeux de l'homme, non. Cette vieille amie maintenant ne la perturbait plus, douleur familière qui s'oubliait en un relent d'amertume. Ce n'était pas non plus le Dégoût, cette autre vieille connaissance, devant cette scène odieuse qu'elle ne connaissait que trop bien. Ni même la Colère, rouge et brulante, vague irrépressible, qui avait fait vaciller sa raison une brève seconde, alors qu'elle frappait le monstre à l'angle du maxillaire, s'écorchant les doigts sans même s'en rendre compte.
Non, vraiment, ce qui faisait mal, ce qui brulait atrocement, c'était les yeux éteints de la fillette, cette marque noire et indélébile au fond de ses prunelles, le sceau du Vice. Blue l'avait relevé, entrainée derrière elle alors que ses collègues s'occupaient du déchet qui lui tenait lieu de père. La fée l'avait assise, rhabillée, apaisée par des paroles creuses. Là, c'est fini, maintenant. C'est fini.
La petite fille avait levé son visage misérable d'entre ses boucles brunes, et vissé ses grands yeux sombres dans ceux de Lust. Vice contre vice, sceau contre sceau.

- Non. Ca ne sera jamais fini.

La fée n'avait pas répondu. Que dire quand elle savait pertinemment que la petite avait raison? On peut mentir à un enfant, mais elle n'en était pas un. Comme elle autrefois, c'était une âme trop mure et un cœur vieilli prématurément dans un corps trompeur. Il y avait dans son iris l'amertume familière, et cette absence d'espoir et d'illusions, si frappante dans les yeux d'un être si jeune. Pas un enfant, non. Une vivante plaie. Blue s'était mordu les lèvres et avait passé ses doigts fins dans les cheveux bruns avec un pauvre sourire. Il ne la toucherait plus, elle y veillerait personnellement. Le visage brisé de la petite fille s'amalgama à un autre, plus familier, au regard plus accusateur. Il ne me touchera plus.

Blue gémit, frappa son verre qui frappa le mur avec violence, avant d'admettre sa défaite dans un râle cristallin et mourir, enfin. L'alcool se déversa sur le sol, personne ne remarqua rien. C'était un bar bondé et enfumé, ou le brouhaha constant pouvait faire office de conversation et où s'imposent les bruissements des corps, la virulence de l'alcool en guise de chaleur humaine. Un endroit comme la fée les aimait: un endroit où personne ne la voyait, où elle n'était personne. Assise dans le coin le plus sombre et le plus éloigné des lumières vives du bar, Lust essayait désespérément, fébrilement et sans espoir d'oublier: oublier l'enfant, s'oublier, de perdre conscience enfin dans les limbes sucrées et doucereuses des vapeurs brulantes. Un frémissement parcouru son échine nue, et ses ailes tremblèrent, feuilles mortes pendant misérablement et froissant leur velours brun ocellé de nacre sur le sol sale et poussiéreux. C'était peut-être quelque chose dans la ligne brisée de sa nuque accablée, dans le bleu céleste de sa chevelure qui jurait abominablement avec les couleurs ternes du lieu, quelque chose dans ses courbes… mais Lust restait belle, douloureusement belle, langoureusement et lascivement belle. Le joli papillon prit son visage délicat dans ses mains tremblantes. Le sceau du vice. Elle était marquée, formée pour et par les feux de la chair. C'était inéluctable.

Un mouvement à l'extrême périphérie de son champ de vision, une brume sombre, toute de gris et de noir. Sans lever ses grand yeux irisés vers l'homme, la jeune femme se poussa, s'excusa d'un murmure, écartant du chemin la masse dentelée et soyeuse de ses ailes de papillon avant de les faire disparaître, dans un sursaut de volonté. Qu'elle n'étale donc pas la preuve de sa déchéance au yeux du monde. Il y avait des blessures privées. Les excroissances membraneuses de ses omoplates en faisaient partie.
Mais la brume ne disparaissait pas.
Blue leva enfin ses iris changeant vers l'ombre, le détaillant, méditative. Un peu surprise, aussi. Il y avait quelque chose de fascinant dans sa silhouette incertaine, éphémère comme une étrange fumerolle, dignement nimbée de lambeaux d'obscurité. Il y avait quelque chose d'intriguant dans ces cheveux d'argent, trop longs, trop fins. Mais que lui valait l'honneur de la visite de cette étrange apparition? Un bref regard lui donna la réponse: l'auberge était bondée, craquant et vomissant ses flots de fêtards jusque dans la rue, vidant sa lumière et ses relents d'alcool par tous les orifices. La seule table où la tranquillité attardait ses voiles, c'était la sienne. Comme si, instinctivement, la joie et l'effervescence s'était éloignée de ce débris de féérie raté, cet échec morose.

Le papillon sourit à la chenille. Un sourire un peu misérable, saveur aigre-douce. Par réflexe plus que par réelle motivation, ou peut-être parce que ses yeux ne savaient plus luire autrement, ses prunelles étaient brulantes, embrasées couleur de péché.
D'un mouvement léger de la main, elle l'invita à s'assoir, à se joindre à elle, à entrer un moment dans son purgatoire. S'il le désirait, bien sûr. Il n'y avait pas dans la mélancolie d'une fée grand-chose de tentateur, ni même d'agréable. Qui vraiment accepterait de se commettre en si mauvaise compagnie, quand la joie exsudait vulgairement partout autour d'eux? Était-ce nuit de fête? Peut-être. Blue ne s'en souciait pas.

- Si vous permettez…?

Lust tendit le breuvage à l'inconnu. Peut-être désirait-il, lui aussi, un peu d'oubli? Le jeune femme chercha d'instinct le regard de son vis-à-vis, ne le trouva pas. Quelque peu désarçonnée, son regard lumineux se perdit sur la peau marqué. Comme la sienne. Infiniment plus que la sienne. Une drôle de sensation se logea au creux de son cœur.

Dis-moi étrange chenille, toute en longueur brinquebalante et digne, m'offriras-tu un peu de ton temps? Voudras-tu, pour une nuit, pour un instant, pour une éternité, oublier que nous ne nous connaissons pas, et te réchauffer un peu à la même flamme que moi? Et tant pis si je me brûle les ailes… ça ne serait pas la première fois. Quel autre destin pour un si misérable papillon?
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Mer 7 Avr - 23:59



Fanfreluches d’absurde, poussières d’hypocrisie : c’était toujours cette complainte abominable que l’on soufflait en silence, au fond de ses honnêtes lacrimances ... Besoin de silence, en ce jour ! Pour fuir – ou mieux entendre – les effarouchements secrets de ses secrètes déliquescences, qui n’apparaissaient, comme les souvenirs, que les soirs de lune pleine, et de cœur vide, Fréneuse avait fui, pour un jour – ou deux. Laissé les rênes de son flambant équipage à la jeune fille au regard de pluie. Et tout fleuri ainsi qu’un bouquet de roses, cet humble et fallacieux prétexte : des expérimentations nouvelles – il avait sorti toute sa fière panoplie d’oignementier professionnel pour raccorder son sourire las aux idées qui lui venaient. Et c’était beau – c’était du moins assez crédible. Mais ce n'était au fond rien qu’une fuite en demi-teinte, de celles qu’on ne s’offre plus.

Dans le chaos bien orchestré de sa vie, les poussières s’étaient amoncelées, semées d’indécence, et c’était bien beau à vivre, tant qu’on savait jouer les funambules … Mimer de trop grands gestes de trop belles joies, et trembler d’un enthousiasme maladif pour ce qui ne le demandait pas : c’était là l’agréable et fatiguant rôle des histrions et des fous ! Mais ... Il était parfois pesant, de jouer le bouffon des insensés … Ces derniers jours, la chenille avait comme engourdi ses lourds anneaux de rhétorique et de non-sens – quelque rouage qui s’est brisé, et le rire qui ne vient qu’étranglé. Le mime devenu manchot – le contretemps arrivé en avance … Et pourtant, n’était-il pas le voleur de rythme, le voleur de temps !

Alors il avait décrété qu’il était l’heure de réajuster ses rouages et de huiler l’apparat de ses folies – c’était après tout son métier. Il avait, dans un bruissement d’ailes qui se froissent, fui dans la clarté violette des crépuscules, piétinant quelques idoles brisées. Il avait couru, de par les champs filipendules, et à la clarté de la lune, avait effeuillé, méthodiquement, ses mélancolies déplacées, comme on arrache des mauvaises herbes à l’orée du printemps. Un jour, il passa un jour entier à battre le pavé, titubant de ses dernières fumisteries – et crachant l’amour-folie de ses nuits interpoles. Et ainsi, le temps d’un soupir, Fréneuse pouvait-il croire, peut-être, qu’il pouvait encore échapper à ses chimères, bouleverser l’ombre honnie de ses fantômes ... Il y a deux jours – ou serait-ce trois ? - un sourire dans la rue lui avait soufflé des réponses dommageables aux dernières interrogations mystigorieuses. Fréneuse avait récolté, dans un regard, de ses souvenirs, de ces déceptions teintées de raison – violet gros-deuil des logarithmes et autres nécessités dispendieuses, effloraison douteuse de graines depuis longtemps arrachées. En un mot, Séquelles … Autour de lui, de pauvres éclats sans couleur de chrysalide rongée, et le limon boueux de rêves qui s’effilochent : c’était là la triste chanson du pantin brisé, de l’acteur sans voix, du poète sans muse – le genre de vice à étouffer dans l’œuf, quitte à léser les tentations bienheureuses de l’esprit volatile. Fréneuse se perdit donc, volontairement, avec méthode – choisissant les non-chemins, les destinations contraires. Il s’abattit, bête et fier, dans un champ bordé de coquelicots fragiles et muets – leur susurra un amour de lambeaux et de contingences. S’endormit peut-être, sous la rosée du soir et ses polyèdres charmants. - Ô, nuits sous-marines, pourpres forêts, que ne vivrais-je sous vos hospices ! La nuit tomba. Et puis une lueur, où consumer ses espoirs – et jeter ses derniers deniers.

Ce fut un Fréneuse rendu muet par le froid de mars qui poussa la porte de l’auberge grise – de ce gris triste des carapaces mal formées. Il s’avança et dans la cohue triste des joies étalées, il chercha le silence – pour mieux s’écouter penser. Éclat bleu – mitemoue balbutiante, il voulut se tapir dans l’ombre et le rien – néantiser d’expérience, mais le hasard voulait que … - le hasard avait de ces étranges caprices. Devant lui était une femme, qui devait être belle ... Autour d’elle, des frissons de verre brisé – autres rouages qu’on endort, dans l’ambre douteuse des vapeurs d’alcool. Il posa, sans un mot – la mécanique s’était tue – un bouquet de soucis sur la table. Entre leurs silences, la pluie d’or des pétales qui se fanent. Et saisissant le verre qu’elle lui tendait, il déroula lentement ses rubans infirmes et ses anneaux brisés.


- J’ai dû vous chercher sous la pluie.

La voix un peu rauque, le geste un peu tremblant. Tandis qu’il buvait, une de ses mains demeurait inerte, striée de honte et d’oubli, baguée de toc – ongles assez longs pour les frénétiques éraflures de l’infini ! Il l’observa, du coin de l’œil, cette femme couleur Jacinthe – Paranymphe ou Voluptante ? Ses yeux fuirent pourtant, glissant sur les lueurs lagonissantes, courant du plafond maculé de labyrinthe au mobilier triste. Peut-être y avait-il aussi chez elle de ces complaintes sans rythme - romances sans paroles et sans joie ... ? Et les yeux se baissèrent, s'éteignirent en silence. Chose étrange, peut-être : il n'avait pas offert à sa coryphée son sourire de Satrape, ne l'enlaçait pas de désirs fumeux : il eût fallu pour cela que ses yeux se posent, un instant au moins, sur elle ... Mais Fréneuse ne savait pas regarder les gens : il avait trop peur alors de les voir. Il remarqua tout de même, comme en passant, brossée à grands traits, déformée par les coups de fortune, une mélancolie bleuâtre, de celles qu'on endolorit d'alcool, alors que ... Désignant les pauvres fleurs qui se mouraient dans les vapeurs et les effluves, il jeta :

- En d’autres temps, j'aurais pu vous offrir des pensées bien-rêvantes, mais ces soucis-là ne donnent que des mauvaises nébuleuses …

Et plongeant la main dans une de ses poches, il en sortit des miettes de fleurs - violettes ramassées sur le talus, coquelicots froissés. Sourire - Séquelles. A l'intérieur, comme un ressort qui claque ... Quelques sursauts de mécanique bien apprise, le temps de se récrier - mais enfin, n'était-il pas le voleur de rythme, le voleur de temps ... ? Oh, pour l'heure il demeurait, pourtant, muré dans son âme en délabrement - ruinant ses intimes convictions pour la beauté du geste et remontant ses rouages, tournant les clés. Dans l'espoir ...

Sur la table maculée, les fleurs de soucis qui se meurent semblent sonner le glas des choses.

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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Ven 9 Avr - 23:47

Plus elle le regardait, plus Blue doutait de la réalité de sa vision. Il y avait quelque chose d'éthéré et d'irréel dans le fantôme brinquebalant qui lui faisait face. Les grands yeux graves s'égarèrent un instant sur les fleurs d'or agonisantes. Soucis: fragments solaires d'incertitudes, déplacés entre ces murs gris. Trop vifs. Les doigts léger de la jeune femme frôlèrent les corolles satinées, par réflexe. Comme pour s'assurer de leur réalité. Le spectre délicat laissa filer des mots sibyllins avant de s'assoir et de boire. La fée inclina la tête en silence, s'excusant presque. Des mots inconnus, issus peut-être de ses lectures poétiques, ou peut-être pas, juste un vieux réflexe, un signe de reconnaissance entre deux âmes cassés.

- Buvons donc le sang de nos visions perdues…

Le murmure n'avait fait que frôler sa propre conscience, issu d'elle ne savait trop d'où, et elle ignora s'il l'avait entendue.
Il tremblait en buvant.
Les yeux mi-clos, félin paresseux, Blue l'observait entre ses cils, tout en faisant tournoyer l'ambre liquide de son propre extrait de fausse ivresse. Il y avait longtemps que l'alcool ne l'arrachait plus aux brumes déchiquetées de sa propre conscience: il assourdissait un peu les hurlements, tout au plus. Tais-toi donc, résidu d'enfance piétinée qui en moi palpite encore. Tais-toi donc, pour une nuit, une heure, un instant. Non, je ne te renie pas, mon humanité déchirante, mais parfois je ne suis plus assez forte… plus assez forte pour te soutenir, pour t'assumer. Une nouvelle gorgée d'alcool brulant, un regret de plus.

Le silence entre eux s'étirait doucement, empirique et doux tout à la fois. Non, il n'était pas gênant, pas vraiment. Deux consciences perdues qui s'accrochent dans les fumerolles lourdes des illusions perdues n'ont pas besoin de mots pour se reconnaitre. Les paroles étaient l'arôme de l'âme et s'ils étaient ici c'était, d'une certaine façon, pour ne surtout pas se respirer le cœur. Il y avait un sourd réconfort à leur présence commune, maladroite et muette, et une sourde douleur aussi. Une compassion aigre-douce pour celui qui partage, un instant, les vapeurs paresseuses de notre souffrance.

Quelques mots hasardés - à regret peut-être. Comme les ultimes sursauts d'une conscience toute professionnelle. L'ovale délicat de son visage reposant dans le linceul de ses mains pâles, Lust l'écouta en silence, presque religieusement. Etrange mélodie inconnue et désordonnée. Un sourire étrange fleurit sur ses lèvres coralines. Artiste olfactif peut-être? C'était un vice dans lequel elle ne s'était pas encore plongée. On n'endors pas son monstre de vapeurs: et puis il y avait quelque chose de criminel à s'évader si noblement quand on n'était que ce débris de féérie, cette pureté tordue et pècheresse. Non, quand on était ce qu'elle était, on n'avait pas le droit de s'oublier, d'oublier la vérité -sacro-sainte vérité!- et détourner les yeux de soi-même: il fait le se regarder en face, supporter ce mépris violent face à soi et ce dégout: "petite putain, fille de putain". Non, elle n'aurait pas cette lâcheté: elle ne se détournerait pas d'elle-même, elle ne tournerait pas les yeux vers quelque chose de plus grand, plus beau, plus nébuleux. Non. Une Lust garde les yeux baissés vers sa propre vicissitude et se noie dans des évasions de bas étage. De telle façon que même les feux nobles de l'amour en sont dénaturés et aliénés. Tout ce qu'elle touche se flétrit… c'est pour cela que la fée ne touchait jamais ce qu'elle aimait.

Mais toi, étrange chenille, ô fleur fanée de Calliope, peut-être que tu es déjà comme moi. Tu es déjà maudit, et mon effleurement de pécheresse ne te ternira point, tu échapperas à ma souillure.
Ses yeux brillaient entre ses cils, doucement, comme lassés et espérant encore malgré tout. Elle laissa à son tour échapper une fumerolle palabrée, un lambeau de rêve. Et murmura:

- Peut-être… qu'il est d'autres vices, d'autres feux où brûler nos vieux songes. D'autres tentations. Peut-être pouvons-nous, pour un temps, nous réchauffer au même brasier?

Et brûler mes soieries, dans la nuit qui soupire. Le regard de lumière profanée revint se poser, léger, sur le visage marqué de son vis-à-vis. Douce et triste fleur de cendre. Es-tu être de chair, ô génie de fumées? Un doute étrange l'étreignit, tout à coup. Cet homme qui s'entourait d'illusions comme d'autant de pendeloques, était-il seulement réel, ou esprit issu des vapeurs étrange du lieu?
Une lueur d'incertitude voleta au travers des orbes brulantes de ses prunelles. Ses mains papillonnèrent un instant, avec cette grâce légère et hésitante, perçant les voiles d'incertitude dont l'inconnu familier s'était nimbé. Délicatesse lépidoptère, elle se posa sur la joue pâle et marquée, juste un éclat de seconde, frôla la ligne de la mâchoire, redescendit, traçant du bout des doigts une ligne brûlante sur la peau, s'évanouissant aussitôt. Trop vive pour être stoppée. Un léger effleurement d'une mèche d'argent. Et elle se retira, avec un sourire étrange. Rassérénée.

- Oh, finalement vous êtes tangible. C'est rassurant, vous n'êtes pas une vision éthérée… Un bref instant, j'ai douté.

Son visage délicat vint à nouveau reposer entre dans sa main, alors que de l'autre, elle portait l'éclat encrassé de son verre à ses lèvres. Une nouvelle gorgée, une nouvelle brulure, un nouveau stigmate.
Les doigts léger vinrent à nouveau effleurer les pétales de fleurs, comme pour vérifier, si léger que le velouté coloré ne frémissait même pas.
Était-ce l'alcool qui lui consumait ainsi le cœur? Ou bien la souffrance? J'ai besoin d'oubli. Noie-moi de rêves volés, homme énigmatique. Perds moi dans ton désir-fumerolle, pour oublier comment lui m'aimait. Non, le verbe aimer s'écorche à son souvenir.
Submerge-moi, envole-moi. Accrochons ensembles nos vies à la dérive pour une nuit, une éternité.
Laisse-moi me reposer, me brûler à ta corolle perlée, mes ailes sont lasses et j'ai par trop erré. Ne prendras-tu pas en pitié le papillon, étrange fleur courbée?
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Lun 12 Avr - 14:58


Sables de vieux os ! Il avait en face de lui une interlocutrice bien trop désireuse de comprendre. Lui s’était absorbé, tout entier à ses horlogeries – tirant ses ficelles de pantin parjure, écartant les voiles de ses mensonges-artistes - Combien faut-il de fois secouer mes grelots … ? Et depuis qu’il s’était assis là, fleur sans sourire et tristesses corollaires, il se sentait fatigué, Fréneuse. Parce qu’il se demandait, un peu … Q’est-ce que c’était, au fond, Fréneuse ? – Une volée de bois vert, un habit de bois blanc, serait-on tenté … Fréneuse, derrière les syllabes mortes – pétales froissés sur la tige arrachée de la particule - c’était une histoire banale garnie de putrescences bavardes, c’était aussi, et surtout, une transhumance parmi d’autres qui n’avait pas si bien réussi. C’était … Murmure lointain de la dame-Jacinthe. Bien sûr, c’était avant tout un recueil vivant de visions perdues. Silence : jaspes sanguines des imaginations retournées ne se partagent pas impunément. Alors il hocha la tête, premier refus impourpensé, premier recul loin des devants de scène … Il chercha une lucarne où défenestrer ses espoirs.

- Peut-être… qu'il est d'autres vices, d'autres feux où brûler nos vieux songes.

A ces mots, ses yeux se posèrent. Sur elle, tombant de leurs vertiges exaltés, et autres fuites spirituelles. Deux yeux gris-noir, qui s’aperçurent, vides, vides, désespérément vides sans leurs reflets de costume, et roulèrent plus loin comme billes brisées. Il chercha …

- D'autres tentations. Peut-être pouvons-nous, pour un temps, nous réchauffer au même brasier ?

Il chercha une lucarne où apercevoir, peut-être sa beauté - étrange paresse des hommes en morceaux qui n'osent effleurer des harmonies lointaines ... Il avança, sans répondre, une main d'aveugle, et saisit une fleur ou deux. Est-ce un murmure, alors, qui s’égare sur ses lèvres ? Il en arrache, soudainement les pétales … Avec les dents. Mâchonne tranquillement les têtes d’or décapitées … Ça vous a un goût sucré-amer : le miel virulent des amertumes.

- Tout un écosystème ! Il n’y a point ici de ces flammes-là, comment alors écouter les suggestions des muses … ? Et de l’idéal songeur, point d’accoutumances … Oh, vous en voulez peut-être ? - cela se déguste, j’y ai veillé.

Avait-il vraiment mal compris ? Il était plus flatteur sans nul doute de prêter aux galantes muses toute proposition d’évasion. Le reste … N’était pas en odeur d’existence, c’était par trop étranger - d’autres eussent dit par trop nauséabond. C’était surtout que cela ne seyait pas au personnage, celui qui flottait, fantôme en immodesté parmi les fumeroles et qui offrait ses pauvres rêves rapiécés à ceux qui daignaient les entendre … Oh, il était resté là, Fréneuse, à nourrir sa chrysalide d’emprunt, costume de ladre et d’histrion, dans l’espoir qu’un jour, cela ferait moins carton-pâte … Cela faisait maintenant des années. Mais pour épanouir ces identités de faussaire, il fallait de la distance et les bons jeux de lumière. Dans l’ombre des tavernes, entre les colonnes de fumée de la Muse, n’était-il pas cocasse, notre monsieur de Fréneuse, avec son nom mal ramassé et ses espiègleries mystifiantes ? Sous d'autres lueurs ... Oh, pour l'amour d'un masque, avait-il couru après les mensonges … ! Les roses ont pourtant séché.

- Oh, finalement vous êtes tangible. C'est rassurant, vous n'êtes pas une vision éthérée… Un bref instant, j'ai douté.

Des roses d’anémie …

- Bien entendu, frangible, comme tout le monde. Prenez garde cependant aux blanchinaces blessances.

Peut-être les avait-il crachés un peu, ces mots … De cette rage avec laquelle on déchire un paquet de vieilles lettres mangées par le souvenir. Sur sa joue, c’est un peu comme une brûlure – morsure du soleil sur des ailes arrachées. Peut-être était-ce, au fond, une forme d’avertissement – une supplication en muçaille … L’habitude voulait qu’il se complût dans les mêmes labyrinthes, sans chercher à en sortir. Que dire alors des eaux stagnantes des enfers habituels ? Impunément, le temps s'était figé - lac d'inconstance, étang d'immobile. Et dans les reflets du regard d'eau morte, sans doute les avait-il vues, ses propositions d'aigue-triste ... Et après ? Il étouffa un rire, saisit un verre vide, le portant machinalement à ses lèvres, pour faire passer l’aigre-douceur de ses soucis.

- Savez-vous-même à qui vous parlez ?

L'immensité de ses spectaculaires blessures, de ses muettes blessances se noyèrent un instant, dans l'indiscrète saveur des reflets voie lactée. Bien sûr qu’elle l’ignorait. Il n’y a qu’un instant, il l’ignorait aussi … Pourtant, devant cette main tendue, derrière le sens que les mots recélaient, quelque chose s’était comme éveillé. Quelque chose d’un peu froid et d’un peu cassé. Que pouvait-il faire alors, sinon mal comprendre … ?

- Mais, hélas ! – Les vents ironiques emportent notre aile en lambeaux …[/i]

J'ai deviné qui était cet homme, dirait-elle alors … J’ai vu les creux et les vides, derrière le masque ! Et secouer la tête, arracher les couleurs de ses dernières muances n'aurait mené à rien - tout se serait effrité, et les sages tableaux de son entendement malade auraient pâli sous la flamme … D'un éclat d'or pur ! Savez-vous, madame, que forcer le sourire, qu'effleurer le fantôme, c'était réveiller un mort, pour un instant peut-être ? Afin de pouvoir s'endormir encore, combien de fois devrait-il piétiner ses fleurs de conscience, et tuer les herbacées du rêve ... ? C'est forcer à un meurtre que d'éveiller ceux qui ...

- Vous qui m’aviez proposé un verre, gracieusement … - Il faisait la diérèse. - Je pourrais vous servir l’habituel spectacle, le cinéma populaire du « adressez-vous à la maison de … », avec les violonneries et autres tours de passe-passe ... Vous imaginez le genre. Un nom, rien qu’un nom, même pas même factice, et qui vaut paiement ! Me permettriez-vous d’y renoncer, pour un soir ... ? Je n’ai pas d’argent. Ou si peu, et c'est plutôt gênant quand on voudrait se forboire – quoique les xérès de ce genre de bouge n’égalent en rien les spiritueuses concupiscences des grandes maisons. Je ne puis … Vous offrir que des fleurs. Réduites en fumée.

Sur la table, les longues mains d'araignée - ongles blancs tout en hébétude. Pauvre espoir des immensités - un couchant des cosmogonies ! Et sans la bruine tendre du rêve, un soupir : que la vie est donc quotidienne ...
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Mer 14 Avr - 13:50

Et les fleurs assassinées gisaient sur le bois sale.
Ca avait quelque chose de blasphématoire, de dévorer ainsi le symbole : mais las ! Que faire des symboles, sinon les absorber ? D’une façon ou d’une autre… La fée arracha tant bien que mal ses yeux des corolles déchirée, cherchant un endroit où les accrocher puisqu’il ne lui offrait pas le soutien des sien. Elle devait donc le soulever, son regard et son cœur lourd, toute seule… Elle réussit, tant bien que mal, à l’appuyer sur les lèvres assassines de son vis-à-vis, qui délivraient, l’air de ne pas y toucher, leur tirade cinglante. Lust, surprise, ne put retenir un bref éclat de rire : cristal cassé, le maigre fantôme de sa joie de façade habituelle mais soit ; c’était tout de même un rire. Car il s’agissait sans doute là de la plus esthétique veste qu’elle n’aie jamais prise. Elle eu un geste nonchalant de la main pour s’expliquer, faisant frissonner l’éclat bleu de ses ongles sous la lumière hésitante.

- Comme ils sont joliment dit, ces mots de rejet. Pour cela, je vous tirerais sans doute mon chapeau, si j’en avais un…

Car c’était sans doute aucun la plus intéressante formulation de « dégage » qu’elle n’eut jamais rencontré, sous couvert d’incompréhension peut-être. Il serait sans doute moins blessant d’accepter l’excuse, mais il y avait bien longtemps qu’elle avait appris à faire fi de son orgueil, et même si elle conservait soigneusement ses brisures de dignités, l’inconnu au regard fuyant n’avait frappé que le vide. Vide, oui : la fée se sentait vide, il y avait un néant dévorant sous son masque de succube. Elle savait qu’elle ne valait pas grand chose, au fond, et il devait l’avoir sentit. Qu’était-elle, sinon une belle de nuit de bas étage ? Sans doute ne souffrait-il pas sa noirceur. Ici le jour m’éclaire de trop, on voit mes vices à fleur de peau…
Machinalement, la fée s’empara d’un pétale déchu, pour le plaisir de le déchirer entre ses doigts. Etrange reflet d’elle-même que ce bris de velours coloré. Les voiles se déchirent : que reste-t-il ? Rien. Sinon la douleur…
Lui aussi semblait blessé par ses frôlements. Etait-il parchemin si fragile ? Frangible. Evidemment. Lust cilla, sourit en guise d’excuse. Un sourire ! Elle n’en avait que le nom, cette triste déchirure.

- Je ne voulais pas vous effriter.

Les paroles du génie des fumées... Ca sonnait comme un attaque. Ca sonnait comme une supplique. La fée, cette parodie de fée, frissonna au souvenir des billes noires et si tristes. En matière de pardon, elle bloqua délicatement le verre vide auquel il se raccrochait désespérément, et le remplit de relents d’oubli ambrés. Elle semblait s’être animé, la grise chenille. Un sursaut dur, un peu cruel, qui tranchait sous les voilages-fumerolles vaporeux. Savait-elle seulement à qui elle parlait ? Bien sûr que non, elle n’aurait pas cette prétention. Blue ne le connaissait pas et ne le connaîtrait sans doute jamais : qui ici-bas pouvait avoir l’outrecuidance de prétendre tout connaître de l’autre ? Alors non, elle ne savait pas. Mais savoir avait-il une quelconque importance ?

Mais il continuait, le fourbe. Pour finir par frapper, habile, là où le bas blessait. Le petit papillon cilla, recula comme s’il l’avait giflé. Avait-il volontairement laisser suinter le mépris dans ses paroles ? Ô tranchante diérèse. Sa main tremblante lâcha son verre. Un bruit sourd sur la table, et la lenteur poisseuse de l’alcool qui s’écoule.

- Co… Comment ?

Comment osait-il ? Sa voix se lézardait sous la nuit moqueuse, et la lueur d’une blessure mal refermée dansait dans son regard clair.

- Vous m’insultez. Ai-je à ce point l’air de… ?

Elle savait qu’elle n’était pas une Dame, blanche fleur d’hôpital aux allures délicates et manières parfaites… fade. Non : il fallait l’admettre, elle était ombre de la rue, débris miteux des faubourgs. Je suis fruit de plèbe, je n’ai rien de littéraire, je ne suis pas morceau choisi. Mais je les conserve, mes cassures d’orgueil ! Soigneusement. Je n’ai ai plus beaucoup, je les défends farouchement. Alors pourquoi cette dissonance ? Avait-elle l’air de ces rapaces, si prompts à bondir sur le malheur de l’autre pour leur arracher du bout des ongles des lambeaux de fortune ? Etait-elle si méprisable, si vile ?

- Je ne suis pas à ce point dépourvue de manière, je ne vous réclame rien. C’était simplement offert, je… Je me moque du nom et du paiement, de la maison et de la noblesse. Je ne suis pas une… Je… Non, je ne veux pas d’argent.

Juste un peu de soutien, de chaleur humaine, même fausse. Avait-elle jamais connu vraie chaleur ? Non. Seulement la brûlure.

Mais pourquoi se formalisait-elle autant de l’insulte ? Ce n’était pas la première qu’on lui faisait, certainement pas la dernière. Allons Lust, assume-toi ! Lust. Luxure. Fille de rien.
La fée cassée, boite à musique dissonante, réfugia l’éclat de ses prunelle dans le frisson de sa main. Etait-ce un sanglot qui agitait son échine ? Non ! Ramasse ton amour-propre.
Un nouveau rire, amer à sans joie. Trop, trop à la fois sans doute. Le mépris affecté n’était rien ! Rien de plus que le quotidien, mais il y avait l’enfant, ses yeux, sa souffrance, et l’autre enfant, celle qui au fond d’elle-même hurlait encore dans son cauchemar. Enfermée dans l’horreur. Il y avait ces fragments de ténèbres sirupeuses qui menaçaient de l’engloutir, aujourd’hui encore. C’était ridicule. Lève-toi et marche, bon sang ! Mais ça exige de la force, d’avancer. Ce soir, elle n’en avait plus. Etait-ce d’avoir trop simulé que la voix ce soir se fendillait, brisures d’un masque trop porté, trop facilement, trop douloureusement ? Peut-être. Si mes mots volent en éclats ce soir, ce n’est pas ma faute.

- Je ne sais pas à qui je parle. Je n’aurais pas cette prétention. Mais vous, savez-vous seulement qui vous frappez ? Vous n’êtes pas le seul à être frangible, ici… Vous allez tuer l’enfant. Et ses yeux tristes. Connaissez-vous l’enfant ? Non, non, personne ne la connaît. Elle ne mérite plus ce nom. Dans vos errance, avez-vous déjà croisé ces lambeaux d’humanité ? Avez-vous, comme tout le monde, détourné les yeux ? Je suis l’enfant, ce soir. Moi aussi, je ne suis personne. Et alors ?

La fée, ou bien l’enfant, mordit sa lèvre tremblante. Etait-ce l’alcool qui la poussait à dévoiler ainsi des pans intimes, honteux, de son âme tordue ? Le frisson de sa douleur sourde réveilla la honteuse traîne de reine déchue, dans son dos. Ailes traîtresses, révélatrices de ses émotions, velouté délicat de la déchéance. Tu vois la chenille, je ne suis qu’un rebut. Pourquoi m’avoir arraché mes soiries ? T’avais-je à ce point blessé ?
Elle lança à son interlocuteur si proche et si lointain un regard un peu cassé, un peu farouche, le défiant de rire de l’incohérence floue de ses confessions. De ses souffrances. De ses ailes. De sa nature de bâtarde. Et bien, quoi ? Oui, elle n’était rien. Et n’avait plus la force de se maintenir seule. Je me délite, la chenille. Alors je m’accroche, où je peux, désespérément, je me casse les ongles sur le rejet. Je t’ai griffé peut-être ? Moi aussi j’ai mal, tu sais. J’ai mal.
Rattrape ton assurance! Cours après ton rôle, la fée. Blue se reprit tant bien que mal, dans des mots qui sonnaient un peu faux, bibelots d'inanité sonore. Retrouve ton humour suggestif, ton sourire en coin ironique. Ou bien leur fantôme, puisque tu ne peux faire mieux, ce soir, que d'invoquer des spectres.

- Mais si vous exigez paiement, j’ai deux requêtes. La première, un nom, pour répondre au mien. Pas forcément véridique, ni même celui d’une quelconque maison, mais suffisamment pour que je puisse, à l’avenir, attacher ses lettres à l’ombre de votre souvenir. Mais il est incorrect de demander un nom sans en offrir un. Soit ! Je m’appelle Lust, toute ironie mise à part.

Mais quels parents pourraient oser appeler leur enfant ainsi ! Lust. C’était lui attacher un destin de force, c’était l’enchaîner à la fange. Pour cela, il n’y aurait pas de pardon. Là encore, elle semblait le défier de rire, de se moquer d’elle et de sa souillure qu’elle portait tant bien que mal. Alors quoi, éclat de noblesse déchue ? Ne connais-tu pas la fange ?
Quand à la seconde… était-ce cruel ? Peut-être. Il était tangible, frangible, mais de toute évidence la douceur de son toucher l’avait brûlé. Avait-il oublié l’homme, sous les vapeurs poétiques du rôle ? Mais c’était là son exigence : Blue voulait sentir la chair, sous la fumée. C’était l’homme, qui l’intéressait. Il y avait là, peut-être, un éclat de vengeance. Mais d’abord, un nom. Une pancarte où accrocher sa raison. Un éclat de pitié pour le papillon aux ailes brûlées.
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Mar 20 Avr - 23:48


Ici reviendra la fleurette blême – celle que l’on compte aux visages aimés, aux idéaux déçus. Fréneuse dressait en frénésie plusieurs excuses, cornées d’hypothèses, marquées du sceau des affaires à suivre – à perte de vue. Il avait volé, de ses maladresses, d’idées en idoines, de symboles en cymbales … Et tout cela n’était au fond que le rêve passé, repassé – la male-fleur, la fleur de bohème. Le bouquet soucieux disparaissait, déchiqueté par les déceptions futures, les blessures passées - pansées, repensées … Une gorgée, peut-être, et le flot mouvant de ses idées moires reprit son cours gelé. Je ne voulais pas vous effriter … ? Poussières d’absurde sur le bout des doigts, fragments d’ailes séchées, poignardées pour le principe … Qui des deux, au fond, avait commencé à arracher le masque, grattant les croûtes successives que le temps avait posées là … ? Sous la vaste levée des apparences, hideuse tristesse d’idolâtre … Elle esquissa un geste timide, qui se consumait déjà de ses bleutées ignescences – couleur des froids renoncements. Et peut-être l’aperçut-il, à travers ses brumes, Fréneuse … Parce que c’était, dans le sanglot réitéré, dans les mots que l’on s’arrache, un peu de vie qui s’extirpe …

- Vous m’insultez. Ai-je à ce point l’air de… ?

Il laissa tourner le vent, laissa venir l’orage. Jeté vers le ciel, son pauvre œil vitreux – fenêtre opaque, miroir teinté. Gouttelettes importunes vinrent pleurer dans son verre, et il buvait doucement – seuil de savantes déliquescences. Dehors … La pluie commençait à chanter.

- Je ne suis pas à ce point dépourvue de manière, je ne vous réclame rien.

Goutelettes importunes viendraient abreuver le limon noir, trop noir des bas-fonds, qui porterait ses fleurs d’indécence jusqu’aux pâles floraisons de lune … Elles mourraient plus vite, engluées d’astres – cercueils de poètes … Ici reviendra … Fréneuse dodelina de la tête, coin de sourire mort ou prêt à tomber. Lentement, tandis qu’elle parlait, il leva une main, et déposa l’instrument d’illusoire. Coup de chapeau aux blessures du hasard - galanterie tardive. Sans le plus infini des accessoires, point de personnage – dernier des effritements, et ça ne donnait plus d’excuse ... Et dans cette opération, triste métamorphose, son visage avait perdu son expression première ; dans le chaos mal ordonné de sa vie, dans le néant sans fond de ses poches - miettes, pétales et ruines … Il ne retrouva pas les autres. Il n’avait pas réellement … compris cette envolée soudaine. Et d’un murmure, sincère, dépouillé …

- Mais … Qui aujourd’hui prend au sérieux les chenilles … ? Ce n’est pas comme si leurs mots comptaient ! On les entend, on n’cherche pas à comprendre – c’est du nébuleux, c’est du pas-grand-chose ! Ce qu’elles peuvent bien dire … Cela ne compte pas !

Rien de vrai dans les soliloques du pauvre. Ce n’étaient rien que morgues dissonantes, cadavres exquis, qu’on laissait tomber comme pluies souffrantes, et qui pourrissaient d’indifférence. Qui se souciait encore des folies de monsieur de Fréneuse, des lubies du pauvre Jean, des raisons de la Chenille … ? Était-ce bien sensé, que de vouloir entendre un fou notoire – et célèbre, assez du moins pour qu’on ne l’interroge plus ? Les mots … Mais on les jetait à présent, par-dessus bord, donnés en pâture aux profondeurs et aux riens … Et la fragile barque, voguant vers les phosphores chanteurs … Ce n’était même pas triste. On prêtait l’oreille, et quand cela devenait trop étrange, quand les phrases trébuchaient et titubaient à leur tour, on haussait les épaules. Rien qui ne passât … L’on n’écoutait plus. Alors Fréneuse substituait des interlocuteurs fantoches – porte-manteau compréhensif ou tasse ébréchée, pourvu qu’ils portassent cet air un peu étranger, un peu fade des exilés contumaces.

- Tenez, celui-là …

Désigner du doigt les nébuleuses honnies – c’était un morceau appris par cœur.

- Il vous le dira, à sa manière …

A sa manière, le sinistre histrion haussa les épaules, yeux aux ciels. Voyez, je n’suis qu’un personnage, qu’une métaphore … Le triste sire en habit blanc, le traditionnel enfariné des arrières-mondes – nuance de mélancolie, fleur à la boutonnière, chapeau froissé. Deux mains se lèvent – l’une d’elle a embrassé la chevalière d’or blanc ! – et tracent lentement leur dessein d’impuissance, dans le néant gris des atmosphères. Peut-être se retourna-t-elle, la belle Jacinthe … ? Personne pour en répondre, les voiles tirés, regards qui se posent sur … Néant moins, couleur d’absence. Point ici d’avocat de vaticine, de laissez-passer d’extravague … Le triste sire en habit blanc est mort, d’avoir trop aimé ses mystères. Et Fréneuse, baissant les yeux, voulut rapiécer les derniers lambeaux du costume … Tira sur un fil de ses longs doigts nus …

- Vous allez tuer l’enfant. Et ses yeux tristes. Connaissez-vous l’enfant ?

Et son geste se figea – fil blanc des folles conjectures, fil rouge des regrets à vide. Il releva la tête, ivre de ses litanies. Ici reviendra la fleurette blême, dont les renouveaux sont toujours passés ... Une ombre passa sur son regard, qui se figea. L’œil cerclé de noir, qui de tous temps s’infusait d’astres … s’était éveillé. Ça vous avait la saveur triste d’une déchéance – chute attendue des somnambules qui dansaient sur les toits, dès lors qu’on criait leur nom. Fragments humains sous les amandiers, dans les cœurs ouverts, sur les os tassés … ? Il remarqua les pétales ainsi déployés, dans un froufrou-murmure … Que dire, ma fleur, sinon que vous avez gagné … ?

- Fren …

Frénésie du souvenir : il était une brume, qu’on n’avait point cherché à dissiper. Pendeloques pernicieuses : à chaque prénom, s’était accroché le ris d’un fantôme …

- Oh, peut-être reste-t-il un nom, parmi les défroques … Permettez que je cherche, les chenilles n’ont pas de nom – cela est réservé à ceux qui s'élèvent, à ceux qui restent debout, au détriment de ceux qui se tapissent, et qui rampent … Couleur d’authentique souvenir, couleur passée du … Appelez-moi Jean. Et excusez son infinie maladresse, à celui-là, dites-vous ... Cela fait des années, vous savez …

Et le regard s’envole, tristement. Lumière oblique d'un autre sourire. Les doigts se nouèrent, doucement, à l’endroit où autrefois, une bague venait à parler pour lui et exister à sa place. Ici, juste ici … Fréneuse dodelina de la tête – le personnage était ancien, piqueté de rouille et de hontes. Il avait beau tirer les fils, le costume craquelait un peu, et lui oppressait le cœur ... N'était-ce pas pourtant l'ombre de départ, celle à qui l'on avait volé les couleurs, tour à tour, pour en revêtir un fantoche ? Alors pour donner le change, il creusait les abîmes de son manteau, creusait les fossés de ses cicatrices … Parlait de lui, de son triste sire ... Comme d’étrangers.

- Alors celui-là … Il faut lui pardonner, il a pas beaucoup servi.

Les doigts se nouèrent, rameaux blancs couleur des cendres ... Point de fantaisies recherchées, trève de textes appris. La voix s'était radoucie, peu à peu, et peu à peu les phrases nébuleuses s'étaient effeuillées - comme des arbres d'automne, perdant leurs couleurs, perdant leurs scories. Cependant, entre leurs racines mortes dormait encore, lancinante et obscure, la triste et douce chanson d'une fleur de pluie ...
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Sam 1 Mai - 16:36

C'est dans le frémissement feutré d'une déchirure que disparurent les illusions. Tous deux ôtèrent leur masque, pas tout à fait consciemment, devant un inconnu. Car c'est devant l'inconnu qu'on se dévoile: il est par trop dangereux de se montrer à quelqu'un qui fait partie de notre monde. Par trop risqué: qui sait ce qui éclatera alors, si la vérité venait à se savoir? Savez-vous qu'à tenter le diable…
Mais ici, devant l'autre, nulle crainte: ils resteraient tangibles et vivaces comme un secret que l'on partage, mais évanescents et trop distants pour devenir une balafre de plus. Ils s'étaient observés, l'œil mort qui s'éveille dans une lueur triste, et l'œil par trop lumineux qui laisse entrevoir ses brumes douloureuses. Quelque chose s'alluma, quelque chose s'éteignit, quand la nuit éventrée pleurait son ironie pathétique.
Et la fée-fleur fanée se tenait raidie, frémissement d'orgueil blessé. Menton levé et regard farouche, crissement fragile. Mais…

La colère et l'amour propre se turent, braises incandescentes noyée par un unique regard. Il semblait si surpris, l'étranger vaporeux. Si étonné qu'on l'entende… qu'on l'écoute. Était-il seul à ce point, pour avoir appris à oublier l'interlocuteur et ainsi déverser son âme au hasard, arrachant les pétales et les confiant à un vent fourbe… qui ne menait nulle part? Il en oubliait les volutes de ses errances verbales. Comment lui tenir rigueur d'un mot, d'une pointe, de quoi que ce soit?
Il posa son chapeau, lentement, précautionneusement, alors qu'elle vomissait sa souffrance, et cet éclat de galanterie si rare la surprit. Allons, on ne se décoiffait pas devant une fille de joie. Le regard azuré s'égara un instant sur la coiffe, vieille et triste chose. Mais pourtant, pourtant! Porteuse encor de quelque assurance, de quelque dignité. Lust se rassit, doucement. Attentive: ce que disaient les chenilles comptaient.

Balbutiement de nom, retour en arrière hésitant. La fée attendit en silence: il n'était pas de son droit de l'interrompre. Il cherchait après tout, dans les vapeurs d'alcool et de mélancolie, la saveur aigre-douce de sa propre identité.
On peut porter son nom comme une croix, et le soi devient un ennemi.

- Couleur d’authentique souvenir, couleur passée du … Appelez-moi Jean. Et excusez son infinie maladresse, à celui-là, dites-vous ... Cela fait des années, vous savez …

Blue hocha la tête, avec une étrange douceur. Il lui offrait une brisure du passé, et elle la reçu avec la dignité et la retenue nécessaire. Elle prit le nom avec délicatesse, le caressa du bout des lèvres. Et parce qu'un nom ne prend son sens que dans la voix de l'autre, elle le murmura doucement, en guise d'hommage.

- Jean.

Une fleur de sourire déploya doucement ces pétales sur la douloureuse perfection de son visage: Jean. Le mot est doux, et le nom noble. Elle esquissa un salut tardif d'un signe de tête. Jean. Etrange cette façon qu'il avait de tenir à distance l'homme, au profit du personnage. Ne parlait-il pas, au fond de lui-même, d'un inconnu? Et il contemplait d'un air désabusé cet étranger dans la glace. Il glissa ses doigts, les noua sur sa main.

- Alors celui-là … Il faut lui pardonner, il a pas beaucoup servi.

La fée ferma les yeux, une ombre de sourire sur le visage. Pardonner les maladresses d'une identité chancelante, un passé douloureux qui titubait… Bien sûr, elle ne le comprenait que trop. S'écorcher sur son passé et casser ses ongles en tentant de se trainer derrière soi. Et le battement de cœur qu'il me prend sans savoir, mon pauvre cœur qui n'en peut plus de ne plus pouvoir…
Non, il n'y avait rien à dire. Blue sirotait doucement sa liqueur de silence, et tous deux étaient plongés dans une cotonneuse tranquillité, un bien être un peu flou dans leur muette complicité. Ils tenaient précautionneusement le monde à l'écart, car qui sait? Il aurait pu les rattraper, ce fourbe. Ce qu'il fit d'ailleurs, jaloux sans doute de leur semblant de paix. Il déchira les voiles qui embrumaient l'extérieur autour d'eux.
La fée réagit par réflexe, dans un de ces gestes d'une vivacité pas tout à fait humaine, si éloignée de sa beauté habituelle. Un promptitude d'insecte: elle s'empara du Chapeau, le retira de sur la table en se levant d'un bond. Juste à temps: un inconnu ivre s'effondra sur leur table, leurs confessions et leur silence, sans respect aucun. La table se renversa avec une lenteur dramatique, dans un grincement ridicule, vieux bateau qui tangue sur les roulis de l'ivresse. Et l'extérieur reprit ses droits. Le monde recommença à hurler, à geindre, à rire. Mais qu'il se taise, enfin!

Lust resta un instant droite, raidie, surprise, brisée, Chapeau entre ses mains tremblantes alors que l'ivrogne devant elle tentait en vain de se relever dans les brisures de bouteilles. Ses ailes frémirent: non! Alors que tout s'était tût. C'était jour de fête, et l'univers ricanant ne tolérait pas son malheur sclérosé et paisible. Pourtant, c'était si agréable. Elle avait presque réussit à oublier, submergée par les fumerolles de son compagnon d'un soir. Seigneur, que le monde s'accordait mal à la dignité triste du noble déchu! La Vox Populi se fait trop pressante, j'ai besoin d'encore un peu de rêve. Ce n'est pas dans cette agitation grossière qu'un personnage tel que lui peut se dresser, non… il ne s'accorde qu'aux vapeurs plus délicates de la nuit du poète.

Un éclat d'irritation passa brièvement dans ses yeux graves. La saveur douce-amère de cette nuit ne serait pas bafouée par la joie vulgaire et affectée exsudant des faubourgs et de leurs rires gras. La fée-fleur s'empara d'autorité du poignet de la Chenille -ou plutôt de Jean, car ce soir la Chenille n'était plus- et l'entraina à sa suite, esquivant tant bien que mal les obstacles de bonheur torve et d'absinthe mal distillée. Elle guidait doucement sa démarche hasardeuse, puis pressée contre lui dans les ris de la foule, elle lui ouvrit un chemin. Vers le calme. Blue tenait toujours contre elle le Chapeau du personnage.
Ils réussirent enfin à atteindre l'escalier, se hisser tant bien que mal au premier, fermèrent la porte d'une chambre obscure derrière eux. Le monde hurlait toujours, mais de façon plus assourdie, un relent d'un ailleurs trop lointain qui s'oubliait dans l'écho de leurs pas. Ils étaient seuls. Lust lâcha à regret la main pâle.

La fée posa la coiffe sur une table de bois sombre, presque religieusement. Elle l'épousseta un peu, le redressa; car enfin on n'échappe pas sans heurts à une guerre contre le Monde. Mais ils avaient vaincu. Laissé l'Univers à la porte. Ses griffes d'onyx se briseraient contre le bois de leur refus: ce soir, ils ne lui appartenaient pas. Dans un froufrou de soieries lépidoptères, Blue se retourna, sourit.

- Je suis désolée, je ne vous ai pas demandé votre avis. Mais en bas, ce n'était plus… Enfin…

Elle se tut. Même sa voix résonnait mal à présent. Comme une étrangère. Il n'y avait rien à dire, n'est-ce pas?
Une lueur étrange dans ses grands yeux graves, elle leva l'ovale délicat de son visage vers lui. Qu'il était Grand! Et bizarrement fier… Il fallait se dresser de toute ses forces pour espérer atteindre celui qui prétendait ramper. Blue se dressa donc. A bas les masques, pas d'yeux langoureusement mi-clos, pas de sourires enjôleurs. Juste un triste sérieux. Elle frôla -si peu!- de ses lèvres coralines le pli surpris de sa bouche. C'était un baiser-papillon, un baiser-excuse, une façon de s'exprimer sans solliciter une voix cassée et des mots par trop hasardeux. Nulle réelle incitation, nulle demande: quel espoir d'atteindre celui qui rampait si loin au-dessus d'elle, dans ses illusions poètes? Elle touchait seulement la chair au cœur. Mais Jean était homme, à défaut de Chenille.
La fée recula, sourit. Un sourire qui, ayant perdu ses lumineux éclats de mensonges, ne revêtait plus qu'une amertume veloutée. J'ai bu, de l'Infortune, l'Amer jusqu'à la Lie…
Non, Blue ne réclamait plus rien, elle se contenta de s'assoir sur la table grisée par les ans, à côté du vieil ami de feutrine, qui même loin de son propriétaire semblait chanceler comme lui. Ironique tableau, quand devant le génie des fumées se dressait tout à la fois le Personnage et la Chair, frappée au cœur.

Et la Lune par la fenêtre se moquait de ses enfants.
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Jeu 6 Mai - 21:45

A l'ombre de ces crépuscules pourrissaient de vieilles idoles, statuaires floraisons blêmes, que l’on avait endormies sous les vapeurs … des odes sacrificielles – ô tendre Orgueil … ! Mutisme de discrétion : seul leur parvenait le souffle de vent qui s'engouffre dans les fissures de porte, souffle de vent annonciateur de tempête. Et mal engoncés dans leurs principes, litanies disharmoniques, souffles rauques des peines de cœur que l'on arrose d'ambre … Ils s’en étaient fait un manteau, de ce brouhaha maculé de vie, graisseux méandre des fardeaux ordinaires. Est-ce idiot, la vie … Présidant aux Métamorphoses, le Chapeau était posé là, entre eux – mordant les aigreurs du souvenir, en gage de simple bonne volonté. Et ils ne disaient – et ils ne diraient – rien …

Aveugle. Fréneuse se sentait aveugle. On lui avait arraché ses dernières prérogatives, ses derniers numéros. Sœur âme, ma sœur âme ne vois-tu rien … ? Point de ces facéties-là, quand vous songiez aux marques qu’avaient laissées sur vous le temps, dont vous ignoriez les chants depuis … De guerre lasse, peut-être, guerre sans espoir contre les sphinges aux lèvres dentées, contre les furies de paroxytèle – douleurs aux paroxysmes. Et devant les fanfaronnades, métaphores et métamorphoses, il se contenta, ce soir, de fermer les yeux – sens figuré. C’était bien simple, au fond, le silence : démons et gorgones demeuraient cois, derrière les feutrines de ses larges débordements, de ces relents vagues … A l’âme. Sœur Âme, cher sœur-âme, ne voyez-vous …

Il ne vit rien venir. Un geste – éclat d’or feutré, fumées d’alcool et de pourriture mouvante ... La table vola en éclats, et il se leva, trop lentement, vieille mécanique mal apprise, fantôme sans pérégrins. Des sourires en échardes accrochés à sa traîne, il chercha des yeux les idoles piétinées – poupées de bois, pantins d’absurde, ayant pour nom Amour, Argent, Respectabilité – liste non-exhaustive. Et demeurait, immuable, comme un vieux tuteur sans arbre – marteau sans maître. Fréneuse … On lui saisit le poignet, sans un mot. Fréneuse eût salué, coup de chapeau dans l’ombre, et gouaillé de son inaptitude aux … immédiates in-conséquences. Fréneuse eût haussé les épaules devant bassesses, gageüres et molles déchéances – et répugnant les lucidités acquises, il s’en fût fait le chef-d’orchestre. Fréneuse eût parlé plus fort que les beuglements rassis des ramassis des campagnes, pour meubler sa joie factice des germes – des gemmes – de ses images rêvées. Mais … Froissement d’ailes – il suivit son inconnue, se faufilant plus difficilement qu’elle, vacillant sous les remous des phosphores chanteurs. Une angoisse de sentiment au creux du ventre – où était la Métaphore, où était le Masque – qu’était-il advenu de l’aimé Chapeau ? Et puis, d’un geste … Il l’aperçoit, entre ces mains étrangères, et la suit, plus diligemment peut-être - est-ce idiot, les sentimentalités vives – vides, vides … ?

Une porte claque, au loin. Un couloir aux murs graves, yeux morts des fenêtres comblées … Un couple, dans une ombre, semble s’offrir un peu d’amertume en partage. Une porte claque. Silence. Plus que le souffle des univers interlopes, et des milieux rancis, à travers les fissures du bois – et comme une histoire qui voudrait se recommencer ... Délicat froufrou des atmosphères – et la femme aux clochettes tristes, de ces ombelles qui ploient le long des chemins :

- Je suis désolée, je ne vous ai pas demandé votre avis. Mais en bas, ce n'était plus… Enfin…

Les ombelles ne font pas d'ombre, mais de l'ombe : c'est plus doux.

- Ce n’était plus. Disharmonies revolvérines, matérialités en chevalet – et bancal, qui plus est !

Dans le calme de la pièce, sa voix, sans son voile de joie monstrueuse, semblait prendre quelque chose d’un peu plus rauque. Chaque mot semblait s’échapper à contrecœur, doucement fêlé, tendrement grinçant. Et l’or montant des ombellifères … Il chassa d’un geste les pensées de forêt vierge. Puisque tout ceci n’avait pas de sens …

- En somme, vous avez bien fait.

Et la lune … – c’est mon pays, la lune … ! – laissait tomber des histoires à dormir debout - dardant on ne sait où leurs globes ténébreux. Fréneuse eût recueilli ces impressions fugitives, battant des ailes, battant d’ennui, Fréneuse eût dissimulé les craquelures du masque derrière un soupir-modèle, Fréneuse eût … Jean la laissa approcher, la femme-fleur – dans sa triste et veule impuissance d’Arlequin sans costume, de Pierrot sans farine. Et il sentit ... très oiseau-perdu … Sans mot dire, il la regarda lisser, épousseter lentement l’ombre qui lui tenait lieu de chapeau. Et en guise de ressouvenances, morsure des sentiments tordus – fils de fer métaphoriques …

Mets euphoriques d’un sourire sans idéal, d’une ombre dans le regard – et le geste, le même geste ! Doigts blancs qui jonglent avec l’apparat du costume … Y t’vient d’où, ton gadin ? Et l’œil se lève, grand astre mal éclairé. D’un haussement d’épaules, peut-être … - De loin. Très loin. Elle le tourne, le retourne, le pauvre lampion … T’as peur d’oublier ton nom, qu’y a une étiquette d'dans ? Secoue la tête, air amusé. - Non, tu n’y es pas : dans les salons, il était de bon ton – il était chic ! – de poser son chapeau sur le sol, une fois arrivé. Seulement voilà … Dans les champs de chapeau, n’est pas reconnu qui veut, alors … Elle rit doucement – chuchotis du satin, tristesse des dentelles sur sa gorge ... - et il continue, d’une voix qui s’égare. Puis je l’ai laissée, cette étiquette … Un jour, peut-être – qui peut dire qu’il se souviendra toujours … ? Elle semble l'écouter à peine, énumère les noms comme on égrène des rangs de perle, mais, soudain, elle le pose, délicatement, chasse d'une pichenette les grains de poussière, les froissures de vie ... – comme si elle avait senti, soudain, combien cela comptait, au fond. Ensuite, à chaque fois ... Et cela lui échappa :

- Elle ... Elle avait ce même geste.

D’un geste nerveux – fragment d’ailes, il dévoile ses mains perdues dans les manches trop grandes, et va jusqu’à la table. Saisit le chapeau, et contemple l’infime trace … Et il laisse choir son vieux vertige, ses illusions d’habitude, ses soties en frisson mineur … Son regard se posa sur elle, brûlant de vieilles déférences mal éteintes. Dans les scories du manteau, les jabots froissés des souvenirs, sous les lettres passées … Il s’était retrouvé. Et la douleur de celui qui ne s’était plus jamais contemplé, de peur de se voir … Il s’empressa, triste sire – ptérodactyle en déclin

- Oh, n’ayez crainte, cependant, je n’irais point songer aux fantômes ... ! Mais il était … Ah voyez, il était un nom à l’intérieur … A l’époque où … Il n’avait pas disparu. L’éphémère singulier des aide-mémoires !

Et d’un soupir, il s’approche, emberlificoté dans ses propres toiles, tissus de mensonges, textes d’inhabitudes … Il lève une main, la porte à son visage – comme on cueille une fleur … Beautés cornalines des jacinthes en effloraison …

Les yeux des fées sont couleur bleu d’infini.
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Dim 30 Mai - 20:52

Per Amica Silentia Lunae…

Et sous les yeux sélénites, bien des choses se déroulent. Le monde ôte son masque: celui qui paraissait intègre tue, l'honnête vole, le froid aime, l'aimante pleure. La lumière crue du jour ne s'accorde pas aux tremblantes métamorphoses, aux mises à nu de l'âme. Le soleil est trop dur, il éclaire jusqu'au fond de nos plaies. C'est la nuit seulement qu'on peut ôter ses soieries poussiéreuses, spectres d'un rôle si souvent porté qu'il en devient le soi… et on découvre alors, un peu surpris, un peu perdu, qu'il n'en est rien. Egaré, on s'endosse soi-même comme un manteau mal ajusté, avec la maladresse erratique des temps passés, qui reviennent étirer leur langueur douce-amère sur un monde ne leur appartenant plus. Ils se frôlèrent du bout des mots… timidement. Parce qu'elle le sentait très… oiseau perdu, sans doute.

L'ombre -ombe?- étirait doucement ses lambeau feutrés dans la chambre couleur usure. Les murmures de ceux qui étaient passé là avant eux et de ceux qui viendraient à leur tour se turent, comme le monde en bas, comme l'espace dehors. La fenêtre était fermé et seule dansait la mélodie de leurs souffles.

Lust sentit son regard s'accrocher à son geste, alors que ses doigts doucement époussetaient le Chapeau, frôlant le feutre avec une douceur triste. Quelque chose se brisa: leurs dernières réticences, peut-être, le voile entre eux. Chuintement feutré et voix rocailleuse: il résonnait étrangement dans le silence sépia vieilli. Il invoque un fantôme d'une voix cassée, elle hoche la tête. C'est un mouvement erratique qui le rapproche, et ses doigts couronnés d'onyx vain s'emparent du couvre-chef… presque fébriles. Avant de le laisser choir, amèrement. Avant de la regarder, ombre de vieux velours, brûlant. La fée ne bougea pas. L'instant était fragile, elle connaissait ces yeux. Ce frémissement. Ces vieilles habitudes qui s'effritent, quand on se voit le soir, au détour du miroir d'un autre. La souffrance si particulière de ceux qui essaient désespérément de s'oublier.
Quelque mots lancés, qui tentent vaillamment de préserver, encore un peu, le ballet absurde des usages. Sans y parvenir, sans faire davantage que les diluer un peu plus.

- Oh, n’ayez crainte, cependant, je n’irais point songer aux fantômes ... ! Mais il était … Ah voyez, il était un nom à l’intérieur … A l’époque où … Il n’avait pas disparu. L’éphémère singulier des aide-mémoires !

Sourire doux, spectre d'amusement aigre.

- Un nom? Peur de le perdre… de vous perdre?

Car il s'était perdu. Embrouillé de songes et de lambeaux de rêves, égaré digne des univers errants.
Mais il approche encore, avec une douceur hésitante, lui frôle la joue de la main… Lust cilla, surprise. Puis sourit. La fée entremêla ses doigts à ceux de la Chenille alors qu'elle capturait pleinement son regard pour la première fois. Corolle d'azur embuée: le jour est plus poignant qui point entre les pleurs, l'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé…
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire.
Et quand elle avait renoncé à voir se mourir la flamme vacillante de son Regret, il… Mais soit. C'est à l'heure où naissent les songes que se perdent les âmes.

A son tour, elle effleura son visage, sentant les déchirures du temps, suivant en silence les ruisselets de souffrances qui parcouraient sa peau, la striant cruellement de… ciel, qu'avait-il donc subit? Les iris féériques se voilèrent brièvement quand son cœur se serrait, mais le verre n'est-il jamais si bleu qu'à sa brisure? Jean frémit, elle le sentit s'éloigner, juste un instant, chercher par réflexe peut-être ses lambeaux de costumes… elle le rattrapa du bout des yeux. Le Chapeau n'avait-il pas chu, tout à l'heure?

Leurs doigts désaccordés s'unirent, un instant. La fée sentait, confusément, que ce soir n'était pas semblable à ces milliers d'autres qu'elle avait trop connu. Il y avait un enjeu différent, plus profond, dans la souffrance voilée de l'homme cassé qui lui faisait face. Ses mains se nouèrent sur la nuque pâle, elle nicha son visage dans le creux d'une épaule déconcertée. Il sentait la poussière, le bois et les fleurs séchés, il sentait l'errance et le rêve, il sentait…
Elle recula, s'empara à nouveau de ses iris noirs chagrin et de la main marquée, l'attirant doucement vers elle. C'était une question silencieuse, un murmure non-sens que seuls comprennent ce qui le partagent: Jean le comprit.

La poitrine de Blue brûlait d'une flamme familière, comme adoucie cependant. Ses cheveux qui coulaient sur son épaule, puis sur le tissu usé des draps, semblaient porter jusque dans l'ombre des reflets de lune, chargés de poussière d'astres et de volutes bleus-lépidoptères. Elle se perdit entre les bras trop maigres, contre la peau trop striée, dans les lambeaux de rêverie du grand manteau, dont les pans égarés s'ouvraient sur le lit comme une fleur étrange. Ils se frôlèrent maladroitement, d'une main hésitante, leurs yeux soleils-crachés se croisaient parfois pour mieux se perdre dans les méandres de l'autre. Et de la rue montaient les accords hasardeux d'un accordéon rance, qui noyait sous sa voix chevrotante la rapsodie déréglée de leurs souffles erratiques, le murmure déchiré des soucis et des tissus qui se froissent.

C'était les interrogations du bout des doigts, les hésitations et les soupirs. C'était une fée marqué par le vice qui entrainait à elle un Pierrot fatigué, tous deux lassés du costume, mais craintifs à l'idée de le perdre. C'était une flamme douce, plus pâle et terne, plus douce aussi, que le brasier impérieux et vulgaire dont Lust était familière. Elle s'était égaré, un instant, sur les vieilles douleurs qui zébraient le corps usé, laissé courir sa main sur une omoplate ravagée, embrassé une clavicule détruite. Une compassion amère l'avait étreinte, et elle s'était coulée contre lui avec une triste délicatesse, alors que lui-même effleurait ses marques honteuses. Elle l'avait guidé, doucement, sur les chemins de pluie où elle se perdait souvent, avec infiniment de brumes à venir, et des rochers de mélancolie noire qui écorchent le ciel.

Et quand l'accordéon dans un râle expira, et quand il se retrouvèrent seuls dans leur assourdissant silence, Lust frôla son cœur des lèvres et ses lèvres du cœur, glissa ses mains dans les mèches éparses et grisée de souffles-rêves murmurés, restaurant le temps d'un soupir ses élytres brisées, lui offrant à nouveau, pour un instant, son passé coloré et fardé de gloire passagère, le temps d'une nuit illusoire. La Fée Bleue lui rendit doucement, dans le creux de son corps, ses rêves anciens et le nom retrouvé, effaça la chenille, effaça le mime triste, exhalant l'exultation des rutilances retrouvées. N'était-ce pas là son rôle? Après tout, elle était féérie de plèbe, rêve de faubourgs misérables, souhait miséreux. C'est dans le stupre que j'offre ma bénédiction. Je te rends ton passé et ta beauté d'autrefois, pour ce morceau de nuit éclaté dans mes bras, cette brisure de temps dans mes mains. J'efface d'un geste les marques, je te rends ton intégrité, dans un mirage moiré, soierie azur et regard de mer profonde. Le faste de tes regrets se dessine au creux de mes lèvres.

Le temps d'un soupir, la chenille se fera à nouveau papillon, par la grâce d'une fée déchue.

L'homme crie où son fer le ronge,
Et sa plaie engendre un soleil
Plus beau que les anciens mensonges…
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Mer 9 Juin - 19:52

    Perdu ? Un jour, peut-être – qui peut dire qu’il se souviendra toujours … ?

Et c’est la triste tendresse des voluptés vives … Le Pierrot, les mains resserrées sur son bouquet de daturas, le front crispé - ô funambules … - d’opprobre attentive, se tenait là, mandiargue et pauvre – bras ballants de n’être point enlacés. Son manteau, tendu d’absurde et de poudre aux yeux, ruisselait d’idées vagues et de protocoles salutaires ; ses mains, ses pauvres mains de mime affamé réclamaient leur idylle, là où elles n’étreignaient que du vide ; et son visage s’effaçait sous les meurtrissures du blanc-carême … – désherité, je marche, sans idées, le long d’un paysage immobileFlibustier d’idéal, il tenta, par des signes choisis, par des mines pathétiques, de crocheter le bonheur, le pauvre petit bonheur passager, sans éternité ni majuscule, qu’on s’offrait sans savoir, aux jours de lune : Fréneuse était de ceux qui, d’habitude, prenaient le bonheur en embuscade … Et puis dans les brumes d’une inconscience savante et veule, il s’estompa – oh, qu’il s’estompe ! - le vilain visage, empourpré de son factice, étranglé dans son silence … Les fleurs tombantes … Elles moururent, les fleurs, dispersées sur le sol, en une mare honteuse … Et c’est la … Sursaut et battement d’ailes – pouvait-on en conscience … ? Les pétales des fleurs tombées s’endeuillèrent, prenant couleur de rien, et parfum de poussière.

    C’est la triste tendresse des voluptés vives.

Puis c’est un silence, lourd de confusions qui s’éveillent et de murmures assoupis, c’est le silence abâtardi des lendemains d’espoir où l’on tente, parfois, de petites constructions fragiles, comme en consolation, et où l’on rabiboche les lueurs de son regard à la flamme vacillante d’une lanterne qui brûle … C’est l’heure des fausses métaphores, où l’on voudrait échapper aux histoires qu’on s’est inventées, un instant plus tôt, pour faire taire les larmes de l’impuissance d’aimer, ou pour éloigner la figure trop pleine encore de la beauté dont on l’a parée, par rêve, par réflexe ... Le monde, si chatoyant pour Fréneuse, avait maintenant revêtu ses oripeaux de noctambule fatigué. Celui qui ne voyait rien venir s’était éteint, entre les miroitements d’ailes et les enlacements bleus – sans absurde ni plaisanterie. Et Jean … L’embrassement lourd des tubéreuses … ? Embaumé d’amour meurtri, Jean parcourait des yeux les tentures qui s’arrachent, les illusions qui s’effritent – un tapis par terre, détissé de ses majeures histoires – et la porte aux caricatures mal griffées, la fenêtre qui donnait aux rayons de lune un reflet sale et morose … Ce n’était pas là le monde des envolées gracieuses et des éclats-sourires.

    C’est ... Le silence, lourd des essoufflements passagers – couture des âmes en peine, des membres perclus et des pensées trop vides …

Et pourtant … Il est un petit bonheur qui survit, dans l’amertume des existences en rade. C’était pourtant, autrefois, l’entre-deux des enthousiasmes, et des costumes que l’on endosse, tout aussitôt - les pans de mon large manteau cachent mes fêlures … Il esquissa un mouvement, comme s’il avait à fuir quelque chose – reflet de ses minces blessures … Un mince écho - pouvait-on en conscience … ? Et son œil semblait dire, sous les sourcils en décadence : Comment ... Je ne vous répugnais donc pas … ? Mais en ces heures étranges, le silence conservait encore ses droits, et il ne dit rien. Ses yeux se détournèrent, se posèrent un instant sur elle, doucement – Femme-hirondelle, fleur du soir - très doucement, de peur qu’elle ne s’effeuille … Souvenirs des petites demoiselles que l’on égarait, autrefois, de jolis mots, de flatteries vagues et sincères mensonges – miroirs aux alouettes. Et puis les mêmes souvenirs s’estompent parce qu’il sent, tout aussitôt, que ce n’est pas la même chose. Alors il tend une main, - la pauvre main du mime - à la peau blanche auréolée de triste, et il l’avance, avec lenteur … Et plus encore que dans les vains mots qui viennent en ces occasions, plus encore que la comédie des apparences, cet effleurement, c’est comme un peu de tendresse qui trébuche ...

    Et son œil semblait dire, sous les sourcils en décadence : Oh, finalement vous êtes tangible … Un bref instant, j'ai douté ...

- J’ai eu l’impression que … Vous aussi, vous abandonniez quelque chose, quelque masque, ou trompe-l’œil …

Triste sire, t’es-tu assez abreuvé d’illusions ? Le jeune homme, de sa verdeur passée, de son assurance propensieuse – et la somme de ses amours déçues – se niche au creux d’une affection de théâtre. Et dans les boucles brunes, l’espoir un peu mufle, l’orgueil un peu rosse : C’était pas complètement joué, n’est-ce pas … ? Tressaillement – secrète danse des blessures qui se referment, des liens que l’on repose … Silence … Elle baisse les yeux, les fixe sur un objet de rien, une épingle grise, une agrafe arrachée, un vestige des apparences … C’est mon métier, de faire croire ça aux hommes qui viennent me voir … Et ça ne peut pas être des sanglots qui dorment, dans sa voix, puisque … Puisqu’elle était bonne actrice, lui mauvais comédien, puisqu’elle refusait de laisser tomber les hardes et haridelles de son beau rôle et qu’il ne les délaissait qu’avec elle, puisque … Fréneuse eût su raconter cette histoire. Les mots de Jean s’effaçaient juste, un peu, comme honteux d’être dits :

- J’aimerais, du moins le croire. Alors ne vous sentez point d’obligation envers la grande Vérité, si elle vous souffle …

Et c’était idiot. A souffrir du mensonge, et le réclamer comme une aumône … Un mince sourire lui grignota le visage, comme aux temps absurdes où les rires ne sonnaient point déchirure. Soupirs et spores en étreinte – et la fleur des pois, la fleur poisseuse de son égotisme manqué … Avait-il roulé – lumières avides, violons tziganes, rendez-vous manqués - de rituels en sacerdoces, dans l’ironie du costume … Mais là … Ce n’était pas, n'est-ce pas ...

- C’est absurde, et d’un absurde sans charme. Mais il semblerait que pour un temps, Jean de Fréneuse ait épuisé les relents de son sourire.

... La même chose ?

    Comme aux temps absurdes où les rires ne sonnaient point déchirure.

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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Lun 5 Juil - 21:28

Et c'est ainsi, oui, exactement ainsi, qu'on étrangle ses espoirs. Dans les frissons de l'après, quand on se surprend de s'être ainsi dévoilé, les yeux dans les yeux, quand on poursuit désespérément les lambeaux du costume. La fée avait, dans ses yeux baissés, une lueur morne qui agonisait doucement. Un vide au creux des reins, un vide au creux du cœur. Il fallait partir maintenant, assumer son rôle, se lever tranquillement, s'habiller, se détourner sans un regard, et disparaître gaiement sur les chemins de l'oubli. Comme d'habitude, comme d'habitude.. Partir avant d'être chassée. Et Lust maudissait doucement sa lâcheté, et son corps immobile, abandonné là comme une fleur gisante, réfugié dans les replis noirs du manteau d'un autre. Et elle ne bougeait pas. Parce qu'elle sentait, confusément, que ça n'avait pas été… que ce n'était pas la même chose..
Allons, n'était-ce pas absurde! C'est laid, n'est-ce pas? Ces sursauts d'espoirs, ces sentiments vides, cette longue agonie… Laid, dans une si belle coquille. Joli écrin vide.

Lust sentait sur elle son regard, elle n'osait pas lever les yeux. Ses cheveux s'étiraient en volutes poussiéreux, lovant leur azur dans les creux jaunis, coulant en silence jusqu'aux froissements sales et usés. Accrochant ses iris à de vagues détails, elle hésitait.
L'air refroidissait, la pluie au dehors vomissait ses cataractes glacées, et de longs suintements humides venaient parfois couler d'entre la chambre tremblante. La nuit s'ébrouait, étirant fièrement ses heures les plus longues, niant jusqu'à l'existence du soleil. Ces heures, la fée les connaissait bien: c'était ses heures. L'heure du noctambule: celle où on erre dans un monde distordu, où les ombres abandonnent toute humanité pour revêtir le masque ricanant de notre propre solitude. Courir, sans s'arrêter, comme dans ces cauchemars où on reste engluée… Courir. Et la peur de l'ombre, qui éclaire parfois mieux que le jour… Courir. Tenir droite, malgré les relents d'angoisse douloureux, malgré la boule dans son ventre, malgré le vide dans son cœur. Et la lune -c'est son pays, la Lune…- continue à rire.

Une caresse. Un frisson. Il avait levé sa main, striée de tristesse, et avait frôlé la peau pâle, doucement. Tendresse hésitante. Très surprise, la fée accrocha le regard sombre, un soupçon de stupeur dansant dans l'iris opalescent. Silence lourd. Elle lit, dans les orbites noires nimbées de brume, un reflet déformé de ses propres doutes. Comment… il ne la méprisait donc pas? Ravaler ses incertitudes, et faire l'offrande d'un sourire… mais c'était si difficile, ce soir. Et quand il s'assurait ainsi, d'un geste, qu'elle était encore là… triste remous des sentimentalités mortes.
Sans réfléchir, elle lui prit la main, entrelaçant leurs doigts, délicatement, un peu maladroite. Douceur d'une fée, d'une femme, affection incertaine qui depuis longtemps s'est oubliée. Car enfin, elle n'avait jamais appris la tendresse…

- J’ai eu l’impression que … Vous aussi, vous abandonniez quelque chose, quelque masque, ou trompe-l’œil …
- Je…


Elle tressaille. Orgueil qui s'effiloche, vanité de croire qu'on arrivera toujours à donner le change. Ses grand yeux graves s'égarent à nouveau, alors qu'elle se crispe un peu. La fée repousse encore un peu son cauchemar, ferme les paupières. Petite putain, fille de putain… Oui. Assurément elle était belle de nuit, et des plus piètres si son masque se brisait avec une telle facilité, devant les pupilles tristes d'un Pierrot dégingandé et sa gentillesse malhabile si touchante... Elle abritait encore son égarement sous l'ombre recourbée de ses cils trop longs, quand sa demande -sa supplique!- acheva de lui arracher ses haillons de mal-pensante si bien imitée, quand elle se claquemurait dans un silence douloureux.

- Oh ciel, non… Non, vous n'y êtes pas. Je…

Comment le dire? Comment dire qu'elle ne pouvait pas, qu'elle ne savait pas… Comment dire que sans la façade, elle n'était rien qu'une enfant égarée, qu'un papillon trop fragile, qu'une jolie poupée qu'un simple mot peut faire voler en éclat?
Comment dire qu'elle avait peur?

- Ce n'était pas… comme d'habitude. Vous...

Vous devinez trop bien.
Retrouver ses troubles d'enfant mal éduquée, qui peine dans son inculture à trouver les mots qui… Elle s'emmêlait dans ses mensonges et ses troubles d'indécences. Elle s'oubliait pour ne pas trop souffrir. Parler par le silence, de crainte de libérer par inadvertance…
Lust n'avait pas lâché sa main.

- C’est absurde, et d’un absurde sans charme. Mais il semblerait que pour un temps, Jean de Fréneuse ait épuisé les relents de son sourire.

De Fréneuse?
Elle se raidit, un bref éclair de défiance traversa l'eau claire de son regard. Vieil instinct mal maîtrisé des petites gens face à ceux qui ne sont pas du même monde. Crainte d'une fée qui sais que le prince n'est jamais pour elle…
Jean de Fréneuse.
Jean.
Trop de malheur dans ses yeux noirs pour qu'elle puisse seulement songer à l'amalgamer à sa caste. Une déchéance trop lourde qui courbait ses épaules… Elle tendit une main hésitante vers son visage qui ne souriait pas, la baissa sans le frôler. Sans oser…
Etrange incertitude qui la prenait tout à coup, elle qui sans pudeur s'offrait à quiconque. Une petite fleur cueillie par tous, jetée après avoir constaté qu'elle n'avait pas de parfum… qu'elle était vide. Lust ne s'était pas enfuie, et ne savait comment s'exprimer. Elle n'était pas partie, et à dire vrai… elle ne savait tout simplement pas quoi faire pour dissiper les relents douloureux qui embrumaient les yeux et la voix du triste mime qui lui faisait face.
Impulsivement, elle se coula contre lui, nichant son visage au creux de son épaule. Comment lui dire, comment lui faire comprendre qu'elle était désolée? Désolée pour lui, désolée de ne pas savoir dire… désolée de ne pas savoir.
Elle était glacée, dedans, et dehors aussi. Cette chambre miséreuse, sale d'usure et froide, c'était un peu sa vie. Lui qui s'était égaré ici, n'avait-il pas de dégout?
La fée frissonna, recula un peu, devant son immobilité raide, cherchant par réflexe son regard. Quelle ironie, cette hésitation, cette maladresse à enlacer quelqu'un, elle qui…
Mais c'était différent. Et Jean ne bougeait pas. Ne la repoussait pas.
La jeune femme ouvrit la bouche, la referma, cherchant à expliquer ce qu'elle-même ne comprenait pas…

- Pardon. Je n'ai jamais fait ça, je… Je ne suis pas…

Je ne suis pas, je ne suis que. Je n'ai pas l'habitude de la douceur…
Et elle s'excusait, de maladresse en balbutiement, de demander davantage… de prendre plus qu'une brûlure vide, que le silence et que l'étreinte.
Un tremblement, et le chagrin dans l'azur… On jurerait que l'averse ouvre des fleurs sauvages. Les corolles embués se fichèrent dans les yeux de l'enfant de la lune… Il pleut trop à présent, l'astre s'est évanouit sous les brumes.
Murmure d'incertitude, et puis elle vacille, cède. Quitte à être repoussée, quitte à ne pas connaître le goût presque amer de la tendresse qu'on s'offre, entre deux âmes cassées…

Comme deux étoiles au fond d'un trou…
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Mar 6 Juil - 23:27


      Madame, ririez-vous si je vous disais que j’ai embaumé ma vie … ? C’était il y a fort longtemps, et cela vous avait une saveur d’inachevé creux – comme ces hommes-prétextes, fauchés à la va-vite. Je l’ai soigneusement déposée, comme on enterre une défunte, dans les recoins fangeux de mon souvenir et dans les gueuseries de mes vieilles pensées? Je l’ai huilée de bonnes intentions, et elle est demeurée là, paralysée par la honte … Ririez-vous, Madame, si je vous disais que je la croyais morte … ?


    Était-il venu, le temps des haussements d’épaule, des fuites attendues – prélude en déchirure mineure … Jean ramassait, lui aussi, les miettes-désillusions, et les mythes qui lui trouaient le revêtement. Dans ses intérieurs mal rongés, c’était l’emphatique soliloque des carapaces écrasées. Et ses yeux qui s’arrêtaient sur ses mains, sur les pauvres fragments de corps qui se devinaient, entre les débandades … Ces yeux trop jeunes lui apposaient brûlure. Il ramassa, avide, les ruines – tendres fantômes, cadavres exquis – de son rôle de composition. Il chercha, de l’œil – pouvait-il s’empêcher de chercher – une promesse d’envol pour chenilles piétinées, une ivresse subsidiaire pour prendre le relai, rien qu’un temps, des valeurs opiacées. Et comme la pensée qui s’arrache, en lambeaux, et dévoile ses charpentes, nues – absurdement nues, tristement nues …

      Et puis, Madame, je l’ai vue ce soir, peut-être en vos yeux. Elle a le visage d’une femme qui se décompose. Depuis, elle était restée là, sèche et craquelée, comme une relique que l’on adore sans trop la voir, et que l’on oublie, abêti des vapeurs de myrrhe et d’encens. Le temps aidant … J’aimerais vous dire, Madame, en mes contradictions, combien elle est belle, cette vie qui trébuche, dans ses bandeaux et ses fers, mais ce serait vous mentir … Ce ne sont que sursauts vifs sous les écorces brûlées, et tendres écorchures de passé …Que diriez-vous, d’un récit tout de circonstance – confidences pour inconnue de hasard … ?


    Comme une tristesse qui lui écorche le visage, un instant. Bien entendu, je, vous, nous n’en ferons rien … Et dehors, les nues crevaient déjà de leurs infamies nouvelles – submergée, la lune, blanchâtre et bouffie comme un Pierrot noyé. Le criaillement des pluies froides sur les vitrages, aux heures noires comme encre … Et puis – obstacle aux derniers envols, ou aux chutes irrémédiables … Elle lui prit la main. Et leurs souffles abâtardis moururent … De concert. Il l’écouta, balbutiante à son tour – exposant les pantomimes fatidiques de ses douleurs à elle. Ne songea pas à l’arrêter – elle papillonnait – trop vite, et c’étaient autant de morceaux de verres, autant d’éclats vitreux à retirer de son entendement meurtri. Il perçut, cependant, cette méfiance soudaine, qui suivait l’énoncé flagrant de son œuvre anthume … Et ce fut à ce moment-là seulement qu’il s’entendit le dire. Jean. de. Fréneuse. Parois et cloisons … S’effritèrent. Comme sous un séisme éhonté.

      Il était temps, vous dis-je, que le pantin joue la noce, tandis que s’effiloche l’ombre … Qui ne préfère un sourire à un fantôme … ?


    Le Pierrot amorçait-il un pas ? Ruisselant de pluie – cataractes en prescience ! - il se tenait là, pendu aux barreaux des fenêtres, suspendu au lustre d’antan – sans lumière. Avec son manteau-serpillère et ses sourcils en circonflexe, à guetter les gouttes d’eau sale qui coulaient, à leur tour, le long de ses joues. Et en effet, Fréneuse eût sauté sur l’occasion et teinté d’absurdes renoncules ses ineffables renoncements. Mais c’est un souffle, un murmure – atterré, qui n’oserait, s’il …

      Connaissiez-vous, Madame, un nom que j’ai moi-même voulu ignorer ? Savez-vous ce qu’il charrie encore, dans sa longue traine de préciosités déçues, et de pourritures symptomatiques … ? Il eût mieux fallu sans doute, vous préserver des belles ordures d’un nom qui nous écrase … Entre deux eaux, j’oscille pourtant, cherchant dans la saumure poisseuse un reste, un vestige. J’ai compris plus tard - trop tard … J’ai tenté, pourtant, d’enterrer ce visage, avec les miroirs trop clairs et les choses de ma vie … Ririez-vous, Madame, si je vous disais ... Que cette triste ruine, ce vestige entre tous, cet indéchirable … C’est moi ?


    Leurs regards se croisèrent – stagnation poignante. Elle ne riait pas – point encore, et se nicha un instant contre ses vieux os d’échassier en déclin. Il resta immobile, arlequin vide, sans esprit ni costume – un rêve qui s’étrangle dans la boîte à Carnaval … Et puis, pauvre fleur d’automne …

    - Pardon. Je n'ai jamais fait ça, je… Je ne suis pas…

    - Soyez ce que vous voulez …

    Et il la laissa venir, le noir de ses yeux prêt à se noyer, dérivant doucement comme un bateau ivre. Lui rendit son étreinte comme le pouvait un pauvre hère – et ses ailes engluées : sans force et sans emphase, avec la lassitude des nuits avortées, mais avec sincérité. Et tandis qu’elle s’abîmait, parfumée d’extase et d’eau claire, dans la mélancolie des jours de pluie noire, il continua, regard planté dans le vague :

    - Vous connaissiez ce nom, peut-être … J’aimerais que vous pensiez que celui qui le porte est mort. Point n’est besoin d’oraison funèbre, il s’en charge – son fantôme est bavard, et connaît – mal, mais connaît – la poésie. Moins encore de déplorations, juste une disparition qui fait tapisserie. Dites-moi si je me trompe … Mais si vous le connaissiez, sachez qu’il serait regrettable que l’on déterre, à présent, ce qui s'est - délibérément - enfui.

      C’est, Madame, de ces tristes histoires qu’on prend peu de plaisir à conter – et qui susurre aux perdus dans notre genre les vanités de leurs larcins stupides. Volez au temps, si vous le désirez, volez au vrai – cela n’a plus d’importance … Je ne vous connais pas, Madame, vous pourriez être n’importe qui, et c’est bien cela que je cherche ... Le transparent miroir des regards de mes pairs – ceux qui ont roulé, comme moi, bandeau sur les yeux, comme voleurs de leur propre vie. Alors permettez, Madame, que je vous raconte, en silence … La transparence des vols qui n’ont pas fui.


      Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
      Magnifique mais qui sans espoir se délivre

    Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
    Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.


    Et c’est un sourire qui se dessine quand il s’arrache, un court instant, pour chercher son regard. Comme l’air des plaisanteries vagues que l’on donne, en consolation, aux amants éconduits.

    - Madame, ririez-vous si je vous disais que j’ai embaumé ma vie … ?
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Lun 12 Juil - 1:21

Il advint qu'un beau soir… l'univers se brisa.

Il avait refermé ses bras sur elle, sans force d'espérance, juste une fragrance de chagrin partagé. La fée avait fermé les yeux, retenu les flots de sombre amertume. Retenu l'inavouable, pour mieux se recroqueviller dans le confort de la souffrance commune. Et ils recollaient tant bien que mal du soleil -noir!- sur leurs ailes d'albatros. Ça avait la senteur douloureuse des années mortes, cette étreinte sans couleurs… Et Lust ne savait pas trop… pourquoi.

Pourquoi elle crispait ses mains sur les épaules brisées, pourquoi sa silhouette tremblante trop fine était venue se blottir contre les vieux os de l'oiseau égaré en face d'elle. Pourquoi c'était lui qui libérait le flot silencieux et cristallisé de ses peines, alors que jamais, jamais! Elle n'avait osé embuer ses grand yeux graves devant qui que ce soit. Ni pourquoi cet homme, aussi écorché qu'elle, si patient dans ses égarements, semblait se moquer de ses mots erratiques. Morts, ses mots, morts depuis longtemps, transformés en vérité aliénée et frissons de mensonges rieurs. N'en déplaise au miroir, qui n'avait jamais vu que son reflet…

Bleu des campanules tristes, clochettes silencieuses… La fée ouvre les yeux alors qu'il parle à nouveau.

- Vous connaissiez ce nom, peut-être … J’aimerais que vous pensiez que celui qui le porte est mort.

Non, elle ne connaissait pas Jean de Fréneuse. Ni ses échos rutilants. De Fréneuse! N'était-ce pas beau? Et les échos de rêves d'enfants qui s'éveillent, songes de bals et de beaux princes, inepties qui agonisent trop vite pour ne devenir que des balafres de plus. Morsure de l'espoir, ce sale espoir… De Fréneuse. Combien sa déchéance avait du être dure… Avait-il rêvé, lui aussi? De liberté et de fleurs sauvages, ou de dentelles et de joyaux? Qu'importe la nature des vieux fantômes, seul reste cet arrière goût de rance.
Et pourtant, seul l'effroi de la particule, du fossé qui se creuse, avait causé cette réaction instinctive, ce recul effarouché. Elle ne dit rien. Immobile. Elle l'écoutait narrer sa fuite à demi-mot, sa lutte contre un nom trop lourd. Comme elle connaissait le poids d'un nom!

- Moins encore de déplorations, juste une disparition qui fait tapisserie. Dites-moi si je me trompe … Mais si vous le connaissiez, sachez qu’il serait regrettable que l’on déterre, à présent, ce qui s'est - délibérément - enfui.

Mort… Inertie des temps passé trop vides. Mort sans épitaphe: n'était-ce pas triste? N'avait-il pas droit, lui aussi, à son petit hommage… à son petit enterrement? Et son pauvre spectre que personne n'écoutait.

Et la fée ne bougeait pas, ne parlait pas… n'osait pas. Que dire, quand les mots se dérobent… Courir après son éloquence en fuite… Comme elle aurait aimé être de ceux qui trouvent, d'instinct, comment rassurer et consoler… comme elle aurait aimé lui dire qu'elle comprenait, qu'elle avait de la peine pour lui, qu'elle… Tout ce que l'on pense, que l'on ne dit jamais. Parce que c'est ridicule. Parce que ça fait rire… de ces rires verre qui crisse, ces éclats qui se fichent en plein cœur. Rire vase brisé! C'est si pitoyable…
Allons, n'était-ils pas vains, à s'enlacer ainsi, dans leurs malheurs dissemblables, à s'offrir un soupçon de chaleur humaine, qui demain serait oubliée… Oubliée. Comme Lust.
Confidences silencieuses des battements de cœurs et des souffles creusés.

Il s'arracha à elle, cherchant ses yeux. Elle soutint le regard triste, et dans le céleste embrumé passaient tous les sentiments qu'elle ne savait exprimer.

- Madame, ririez-vous si je vous disais que j’ai embaumé ma vie … ?


La fée ouvrit la bouche… Monsieur, savez-vous que j'ai étranglé la mienne? Elle voulu parler, lui affirmer que non, dire qu'elle ne saurait rire, que vraiment, qu'elle n'était pas ainsi, qu'elle avait de la peine pour lui et qu'elle comprenait, du moins un peu, ce sentiment… Elle voulu lui dire mille choses, des mots d'espoir ou bien de douceur, du baume à l'âme et au cœur, elle voulu ouvrir grand la porte à ses propres errances et les laisser s'envoler… Elle voulu lui conter sa vie, sa triste vie de belle de nuit sans dignité. Elle voulu…

Elle ne dit rien.

Un éclat de désespoir devant sa propre impuissance traversa ses prunelles claires, alors qu'elle se contentait, pauvrement, de dire non d'un signe de tête et d'un murmure inaudible. A enfermer trop longtemps les mots, à les plier à des tâches ingrates, ils finissent par se dérober… à jamais. C'est qu'ils sont si puissants, les mots! Ils font et défont les empires, ils forgent les mythes et les grandes amours, ils modèlent le monde et enchainent les gens. Alors pourquoi se plierait-il aux désirs-stigmates d'une fée souillée?

- Je…

… voudrait tellement savoir dompter comme vous les phrases rebelles. La fée bleue ferme un instant les yeux, les ouvre à nouveau. Happe le regard noir. Entièrement.

- Tout à l'heure, pardonnez ma réaction… Quand vous m'avez donné votre nom. Je… Je n'ai pas pour habitude de côtoyer des nobles, et je… Disons que j'ai eu peur, un peu. Je ne voulais pas vous…

… effriter à nouveau, vous qui êtes si frangible. Hésitation noire, devant ces pupilles dont le malheur…

- Mais non, je ne connais pas votre ancien vous. Pour moi, vous restez Jean.

Parce que je ne m'accorde pas à un de Fréneuse… Parce que vous ne vous accordez pas à un de Fréneuse.
Parce que vous semblez si terrifié, à l'idée d'être reconnu. Retrouvé. Ou peut-être perdu…

La fée frissonna, dégel des sensations et touchantes incertitudes. Arpentant le chemin ardu de sa réflexion, le papillon brisé ne savait trop quoi dire… Dire. C'est les mots qui pansent les plaies… Comment, sans mots, le réconforter un peu? Iris plein de questions, elle leva une main hésitante, imitant inconsciemment le geste qu'il avait eu plus tôt. Frémissement sur une joue striée de vieux soliloques adamantins, tranchants. Dehors, la fête importune hurle ses mauvais accords, dans le silence de la ville… Et ça frappe, gicle, rit et tonne. Et ça parle, chante, tue et pleure… Dehors. Infiniment proche, et pourtant si loin de leur bulle de silence. Lust n'ose briser le fil ténu de leurs regard, de crainte de le sentir trébucher à nouveau…

Vous regarder m'arrache l'âme, ô pierre tendre tôt usée, et vos apparences brisées… Tout se perd et rien ne vous touche, ni mes paroles ni mes mains. Votre enfer est pourtant le mien… Elle s'arque, frôle de ses lèvres le front plissé de surprise. Petit rire d'auto-dérision, triste chant de mésange désespérée.

- Peut-être vous moquerez-vous, mais sans vous connaître… je crois que je comprends un peu, au moins, votre désir de laisser Jean de Fréneuse et votre passé fracturé -embaumé!- derrière vous.

N'était-ce pas pitoyable, de se fendre de compréhension, sans connaissance? Égarement, excuses prononcées du bout des yeux mais… Les mots sont les ennemis des fées.

Je suis la croix où tu t'endors
Le chemin creux qui pluie implore
Je suis ton ombre lapidée…


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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Ven 16 Juil - 14:41


La dame n’osa point rire et sans doute eût-elle dû. Les détresses que l’on se livrait, par bribes, en floraisons sentinelles, ne méritaient que la douceur morbide des sarcasmes en puissance – de ceux que l’on daignait, souvent, s’adresser à soi-même. Jean l’avait eu, son petit enterrement, sans fleurs ni violons – et il avait pris soin d’allumer lui-même son petit rayon de soleil, pour que tout le monde soit bien content. Lui-même, en bon maître de cérémonie, avait banni les larmes des aveuglements et des inconvenances, barbouillant d’hypocrisie joyeuse les tristes … Hypocrisies, toujours ! Alors … Au fond, c’était pareil – un sourire pour une cicatrice, et le compte y était.

Cependant, il la laissait aller, sans un mot, contre lui, pour y étancher ses pleurs … Ses mains, ses longues mains-araignées blanches se posèrent à peine sur les épaules nues, l’œil glissa dans le creux des reins – le long des pauvres diagonales du vide. Ce n’est drôle de souffler dans un instrument creux que lorsqu’on est un pauvre Paillasse comme moi, Madame – frappez donc sur les vieilles cordes fossiles si vous le désirez tant : vous n’arracherez qu’un cri … Mais elle pleura. Elle pleura et il sourit – c’était au fond la même chose. Peut-être fallait-il se méfier des rires en cascades – crissement candides des floraisons blêmes. Avec le haussement d’épaule des idéalismes brisés : si je ne riais pas, Madame, qui donc le ferait à ma place … ? Puis une des mains s’envola, hésitante, s’empêtra dans les fils doux de la chevelure – les reflets trompeurs des bleus cétoines éblouissent les amoureux rampants … Trébucha dans sa chimère, et puis …

- Des nobles …

Son regard se suspendit, un instant, sans comprendre … Et puis retomba, roula un peu plus loin, dans les poussières. Bien sûr, des nobles. Était-il besoin de préciser les moulinets idiots, les faussetés bienheureuses d’une déchéance de mise en scène, les rodomontades en étalage de l’acteur sans fortune … ? Fréneuse eût sorti de son vieux chapeau les fausses blessures avec leur petit air de vrai, les épées en carton et les bagues ternies par la rouille. Pour toute parole les textes d’un autre, centaine de mots mal raccordés dans l’odeur rance des pourritures de cimetière … Et la triste mascarade du nom en particules, du nom en morceaux lui sembla soudain un spectacle bien grotesque, de cette inquiétante étrangeté qui erre dans le regard des souverains fous et des clowns alcooliques … Alors Jean regarda ses doigts nus à la lumière du dehors – petite lueur des ruelles du lointain passé : pour tout ornement, des brulures subsidiaires, et pour chaton de bague, un Cérambyx - d’ambivalence - endormie. A sa boutonnière ferait bien …

- Le pissenlit des terrains vagues … C’est là tout l’ornement …

D’un nom trop chamarré. C’est là tout ce qui pousse encore sur les digues boueuses de mon passé mal frémi, n’en déplaise aux vers à nuisances – vers luisant tranquilles, dans les tombes royales de l’ancien temps, qui vous aimeraient bouffer sans rémissions possibles, dans la grandeur et le panache des choses … Mortes. Singulière noblesse en vérité que celle qui se fait orgueil de son quotidien rance et de son fœtal agencement – sous désaccord de violoncelle embryonnaire. Et puis elle parla – sa voix prit le droit de fustiger la douce ombre du silence, et le vacarme perclus du dehors … Elle parla et il sourit – c’était au fond … Ainsi vous comprenez, douce fleur, la craquelure des pétales sous le givre et la stérilité morne des longs hivers … ? Une fois n'est pas coutume, il laissa les mots couler, les simples mots de tous les jours, les laissa ruisseler, doucement, comme les pluies trop fortes qui suivent les sècheresses. Il y baigna ses derniers rêves, tout en craquelures, ses momies bienheureuses, comme surprises de se sentir vivantes encore … Dernier sursaut des rouages … Elle avait parlé, il n’avait point ri – et sans doute eût-il dû. Il s’apprêta à répondre, lui aussi, succombant, après les tentations de la chair, aux banalités que vous rêvez toujours de dire, sans jamais le faire – comme des vanités qui vous écorchent les mains quand vous voudriez enfin les cueillir. Silence.

Et soudain, il se sentit bête et veule, comme un animal que l’on est prêt à abattre. Las, au souffle rauque et aux membres lourds. Et il songea pour la première fois peut-être aux heures que tous deux dérobaient au sommeil. Toutes lueurs éteintes, les membres perclus, ils eussent dû chercher leur anéantissement , après les soupirs et les étreintes … Vous sombriez, vide, éprouvé – souffle court - les yeux qui se ferment et un instant, la promesse, l’espoir idiot … De n’être rien, plus grand-chose … Et au réveil … Jean cueillit le fin visage entre ses serres recroquevillées, sembla y chercher l’intarissable reflet des nuits en morceaux …

- Où sont donc les stigmates d’un sommeil qui se dérobe … ? Petite pâleur d’une fleur couleur de lune, dans le creux des yeux, lentes marques d’un abandon en distinction … Et après … ? C’est à celui, peut-être, que la nuit rattrapera en premier … L’autre aurait alors le loisir des armes.

La laissant, il avait ramené, lentement, la drap gris sur son corps, et la marée morne avait recouvert, sans y croire, les crevasses et rigoles de son océan d’amertume. Et puis il reprit, de cette même voix atone, sans douleur, sans méchanceté - à vous offrir, tranquillement, un bouquet de nerfs, comme ramassé là, et pourtant arraché, avec un soin …

- Croyez-bien que je ne vous chasse pas – si lui sait admirablement bien le faire, je n’ai pas … L’énergie de mes opinions, la force de ma lâcheté, ou tout ce que vous voulez. Vous pourriez l’oublier, Jean – c’est ce que vous ferez sans doute – et vous feriez bien. Seulement, il ne sait pas vous le dire, il est trop à sa surprise que quelqu’un puisse même … Se souvenir de lui, si vous voulez.

D'orfèvre ? Fréneuse se leva d’un bond, animé de la vivacité lasse des gens qui sont leur propre spectacle. Le voilà, votre petit enterrement, roulé dans l’azur, sans étoiles ni soleil. Jean chercha, sur le sol, ses vestiges nimbés de bruine – sans oser de ses tristes griffes d’oiseau de nuit effleurer ses effets, à elle … Revêtit, lentement, les lambeaux du costume. C’était d’un ridicule d’habitude, comme ces comptines où les grands méchants loups s’habillent pour sortir le soir croquer les fillettes innocentes – parce qu’il faut un personnage pour tout.

- Mais les oripeaux vous aident, ils masquent les faiblesses, s’en créent de nouvelles – plus séduisantes, plus flatteuses … Les meurtrissures du tissu – là, voyez – miment les meurtrissures du mime, les bijoux sans valeur – point aujourd’hui, le jeu est minimaliste – viennent indiquer l’aisance hypocrite, et la superficialité heureuse – ... peut-être ; après tout, chacun s’interprète son petit morceau de vie. Les jabots vieillis, les vieilles dentelles vous donnent l’histrion, l’homme carton-pâte, le fantoche, en un mot – je suis nébuleux de profession. On cueille, comme des rapiècements, de mots venus de n'importe où, de n'importe qui ... Et puis …

Il se retourne, et son geste se fane. La regarde, sans plus un mot. Le Pierrot ne sait mimer la vie que quand la sienne n’entre pas en scène, vous comprenez … S’assied, sans un mot, sur le rebord du lit, lentement, trop lentement …

- Mais vous demeurez là, sur les derniers ajustements du costume … Et soudain, comme l’envie de faire spectacle qui se délite, se meurt ... Le clown blanc se terre, sous les poudres de riz, parce qu’il a honte, peut-être, ou qu’il sent qu’on devine son visage, malgré son rictus. Ceux qui le regardent n’ont pas ri, mais ils sont dans le noir … Comment savoir alors ... ?

Il se leva alors, cueillit le chapeau sur la table, l’épousseta machinalement, sans presque le voir.

- … Vous demeurez là, sur les derniers ajustements du costume. Et Jean de Fréneuse – c’est son drame, son petit drame à lui … Jean de Fréneuse ne ressent point tant l’envie de vous les réclamer.

Et les tristes pans de manteaux emporteraient, comme un singulier rêve, le doux parfum d'une femme dans leur sillage aveugle.
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Sam 31 Juil - 11:25

Quand il lui prit le visage, corolle trop nacrée, comme on cueille son doute, elle comprit qu’elle l’avait perdu. Il est des visages qui ont cette beauté de porcelaine, affichent dans leurs courbes le sublime d’un tableau et puis qui révèlent… à regret… qu’ils en ont également l’artificialité. Le regard que la veille ou l’alcool ne ternissaient pas, la peau que la nuit refusait d’effleurer de sa fatigue… les lèvres qui ne pâlissent point. Les fées sont semblables au portrait d’elles-même: les défauts que l’on gomme, avec complaisance, les angles adoucis et les excès polis… les amours d’un artiste, que révèlent les lèvres-coquillages, et puis… Et puis la fantaisie de l’Art, qui se permet des yeux immenses d’un bleu par trop irréel, et des cheveux d’azur toujours trop dociles…
Et son regard à lui que sa flamme avait éveillé disséquait amèrement les caprices du peintre. Pour la première fois, ce fut le tour de la fée de détourner le sien et de fuir, un instant, le noir d’inquisiteur.

Et alors qu’il la lâchait, alors qu’il se taisait, elle tendit la main… vainement. Sans trop savoir pourquoi… Lust étrangla sa dernière illusion alors que Jean s’exprimait à nouveau. Et dans les mots qui coulaient sans saveur, ni douceur ni violence, la fée ne reconnu rien -ou si peu!- de l’homme qu’elle avait frôlé du doigt, des lèvres et du cœur. Tandis qu’il se couvrait, elle ferma les yeux, rassemblant avec une aisance d’habituée son rôle de composition, sa riante froideur et le vide de son regard. Garde à ses pupilles, qui trop souvent dévoilent ce qui ne saurait être lu… Et quand il évoque la fadeur de l’oubli, la fée a retrouvé ses lapis opaques et indéchiffrables.

- Je n’oublie jamais ce qui est important.

Et lui? Puisqu’elle sent, elle sait qu’il a disparu, Jean. Il est parti, s’est éparpillé… volontairement. Et l’homme maigre qui s’est relevé d’un bond, qui explique d’un air presque docte ce qu’il convient de faire pour se masquer à soi et aux autres, ce n’est pas Jean. Ce n’est pas lui, ce héron brinqueballant et trop agité, qui enfile son costume consciencieusement. La fée s’assoit, ramène le manteau qui ne lui appartient pas sur ses épaules. Et suit, avec la gravité de circonstance la superbe mise en scène de l’écartèlement calculé, désiré, de la déchéance librement consentie… mange-vie du rôle! Si ce n’était pas ridicule?

Ririez-vous, monsieur, si je vous disais avoir rêvé la mienne? Il agitait ses fards ternis, autopsiait son mime d’amertume: la danse grotesque du désavoué trop digne, farandole sinistre des effets abîmés… Et pièce par pièce, il s’assassinait consciencieusement, au point qu’un autre parle pour lui, au point que…
Frisson. La fée conservait l’immobilité de rigueur, à moitié dévorée par l’ombre tranchante, visage rongé et puis… Point de final. Geste qui s’effiloche, et un bref instant, le Pierrot qui recule. C’est presque Jean qui vient s’asseoir, le temps d’un souffle, à côté de sa frêle silhouette blottie dans un vieux manteau trop grand, qui glisse sur ses pâles clavicules, creuset d‘hypnotiseuse patentée… ténèbres émiettées, sur un corps de naïade d‘occasion.

- Mais vous demeurez là, sur les derniers ajustements du costume … Et soudain, comme l’envie de faire spectacle qui se délite, se meurt ... Le clown blanc se terre, sous les poudres de riz, parce qu’il a honte, peut-être, ou qu’il sent qu’on devine son visage, malgré son rictus. Ceux qui le regardent n’ont pas ri, mais ils sont dans le noir … Comment savoir alors ... ?

Silence. Souhaitait-il réellement son rire? A nouveau, il s’éloigne, méandres d’incertitudes, et… se saisit du Chapeau sans considération, presque sans y songer. Souffle à nouveau une vapeur mélancolique…

- … Vous demeurez là, sur les derniers ajustements du costume. Et Jean de Fréneuse – c’est son drame, son petit drame à lui … Jean de Fréneuse ne ressent point tant l’envie de vous les réclamer.

Murmure-papillon, qu’elle recueille doucement. Elle ferme les yeux, se lève… sans se départir du manteau de vieil épouvantail. Elle n’est point assez grande, et ses larges incohérences balayent les traces qu’impriment ses pieds nus dans les squames gris du temps. Les fées sont ainsi, elle tout du moins: rêveries des langueurs endiamantés d’éclat de tendresse… et puis s’effacent sous l’écume des heures mortes. Prend patience, ami du soir, demain je ne serais que l’arôme oublié d’un songe… Patiemment, elle ramasse ses restes d’habitudes, enfile les froufrous de l’accoutumance, époussette ses espoirs d’un geste dégagé. A travers la chambre s’éparpille la vie narquoise, et la fée aux soieries qui s’effritent s’incline devant elle pour mieux gratter, du bout des ongles saphir, sa propre indignité. Il la suit des yeux quand Lust reproduit, sans un mot, ainsi qu’un ballet sans musique, le rituel qu’il a exécuté sous ses yeux, avec un flamboiement d’artifices aussi triste que le silence-meurtrissure dans lequel elle se claquemure… avec résignation. On lace enfin autour d’une cheville délicate le lacet étrangleur du supplice de solitude, talons-poignards qui tintent, demi-tour en arabesque. Un instant, on reste de dos, le regard égaré au creux des toits dormants, et puis un souffle, si bas qu’il semble illusion.

- Peut-être avez-vous souhaité que je vous demande de rester, sans doute ai-je voulu vous entendre requérir ma présence. Mais je -et nous- n’en ferons rien, n’est-ce pas?

Nous ne laisserons pas au pitoyable cette ultime victoire, tout oiseaux perdus que nous soyons, tous les deux.
Les manches trop longues qu’elle n’a pas enfilées virevoltent alors qu’elle se coule jusqu’à lui, devant lui. La fée accroche les yeux de l’acteur -mage-vie du rôle!- et lui offre la corolle d’un sourire ourlé d’amertume. La fuite qu’il n’osait trop prendre… Lust allait l’amorcer pour lui. Elle ôte le manteau de sa silhouette trop fragile, se hisse sur la pointe des pieds et le dépose sur le dos voûté sous le poids de son personnage, doucement, avec une drôle de tendresse hésitante. D’un revers de main, caresse tremblotante, la jeune femme époussette l’épaule, ajuste le col, gomme le pli fatigué et gris d‘usure -sans résultat.

- Je n’oublierai pas Jean de Fréneuse, et je le remercie. D’avoir, un instant, enlevé le costume… et de m’avoir permis d’oublier le mien.

Caresse des cils sur une joue, et puis… la main qui retombe. Parce qu’il n’y avait plus rien à dire… Rire délicat, un peu désabusé.

- J’allais vous dire que je réglais la chambre… c’est absurde, ça semble si loin de vous, tout ça…

Tout ça. Petit geste de la main comme pour signifier que ça n’a pas d’importance… Je semble si loin de vous, à présent.
N’était-ce pas stupide? C’était la première fois qu’elle faisait ses adieux à quelqu’un et elle ne savait pas comment s’y prendre…
Sans trop savoir pourquoi, elle lui prit la main, sa pauvre main marquée de songeries sombres, contact infime chargé de muette reconnaissance, et puis… la laissa retomber. Doucement…

- J’allais dire « au revoir… » mais c’est tout aussi dénué de sens… Je vous épargnerai donc la cérémonie des banalités faciles… Adieu. Et merci…

Inutile de lui dire de prendre soin de lui, dans un élan d’affection aussi sincère qu’il semblerait mimé: elle pressentait qu’il n’en ferait rien. Elle semblait irréelle ainsi, dans le chuintement moiré des eaux dormantes que les voiles de l’ombre mangeaient à demi. Et lui, grand et vague, aux contours incertains et dont la hauteur brinquebalante éventrait au plafond, d’un coup de chapeau mal ajusté, les toiles de misères que tissaient en chuchotant les araignées blêmes… des regrets. Ogre de nuit illogique et las… C’était deux songes désagrégés qui avaient entremêlé leurs vies, un instant… mais qui ne pouvait pas, ne devaient pas croiser plus longtemps leurs écheveaux ternis. Ca vous aurait l’inconvenance irrévérencieuse des évidences romanesques, sans charmes et sans prestiges… et puis, ça dérogerait tellement à leur habitudes, à tous les deux. Ils étaient de ces gens qui passent sans s’accrocher ni aux cœurs ni aux mémoires, qui ne font que frôler le corps, l’esprit… et l’imaginaire, un peu.
Le sourire s’effilocha, un instant, alors que la fée reculait. Le charme des illusions en demi-teintes s’estompa… ne laissant qu’une jeune femme trop peu vêtue dans la nuit froide, frisson sur peau de nacre, et… le grincement d’une porte mal huilée qui vous brise les émaux fragiles d’un rêve sans logique, mais qui conservait encor quelques attraits. La réalité frappe, et le monde s’ébroue, éparpillant comme éclats de verre les restes de… quoi? Noctuelle! Qui courbe le dos. Ré-enfiler ses Mensonges masqués par la coutume des jours, et tout simplement ne pas effacer de sa mémoire le visages des égarés croisés dans leur errances, effleurés du bout des doigts, caressés du bout des yeux. Et enfuis, enfin, enfuis, comme l’exige l’histoire…

Romance grimée sans début, et sans fin. Fragment égaré de deux contes avilis qui aurait pu -auraient dû!- être beau. Qui n’auraient jamais du se croiser. La fée ne rencontre jamais le prince, ou seulement pour lui indiquer, en quelques paroles de sphinx, la retraite de sa belle… Le prince était mort et la fée cassée. Alors oui, ils avaient tous deux tordu les lois inébranlables de la féerie pour quelques instants volés à la nuit amie, mais qui saurait les en blâmer?
Et alors qu’elle s’éloigne, à petits pas pressés dans des flaques de lunes, du théâtre de ce mirage singulier, la ville avale sa silhouette fragile.

Et comme une louve
Aux enfants frileux
La nuit nous recouvre
De son manteau bleu…



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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar] Sam 7 Aoû - 1:09

- Je n’oublie jamais ce qui est important.

Tremblotement maigre de ses mains trop heureuses – et sur les lèvres l’aigre saveur d’un bouton de rose … Les fins d’histoire sont toujours un peu les mêmes – pourquoi s’attarder alors ... ! Elle se lèverait – voilà qu’elle se redresse déjà, en ses émois pâles ! – et elle … partirait, sans rire ni pleurer, pour fuir la pitié dangereuse qu’il risquait de lui inspirer alors. Lui terminerait de revêtir, en résonance, ce masque éternel et poisseux – transparences glauques – qui était le sien, et que tous substituaient à son vrai visage – tout le monde oublie au fond que derrière les masques vivent des hommes, et qu’il n’y a pas jusqu’à la plus secrète armure qui ne renferme ses failles ... Il vit, Fréneuse, que son jeu avait marché, comme toujours – ou comme souvent. Alors il ne dit rien. N’en rajouta pas – de grâce, la coupe était déjà bien pleine ! Immobile, il la regarda cueillir ses effets épars – comme par la force des choses, avec sur ses épaules frêles sa propre traîne se coulant dans la poussière et la crasse. Il la regarda faire, muet, comme on regarde une femme se dévêtir. Leur échange … Répondait à une esthétique de l’absurde – entre frôlements et meurtrissures, toute d’oscillements et de contradictions.

- Peut-être avez-vous souhaité que je vous demande de rester, sans doute ai-je voulu vous entendre requérir ma présence. Mais je -et nous- n’en ferons rien, n’est-ce pas?

Il ne répondit pas, Fréneuse, ses mains ramenées doucement dans l’ombre du manteau – absent ! – qu’elle lui offrirait bientôt. Et revêtir la toge-prétexte de ses habitudes en verbigérations. Oh non, il ne dit rien, ne sut rien dire – mais ses yeux brillaient cependant d’un éclat ravivé – brûlant dans leur ombre de quelque douleur passagère … C’était là sans doute l’ultime sursaut de l’homme derrière les pitreries saltimbanques, la dernière et chaste réponse qui s’hurle dans un regard … Que vous ne voyez déjà plus, sans doute, n’est-ce pas … ? Elle se hissa bientôt sur la pointe des pied – que ne s’élevait-elle en frissonnements d’ailes jusqu’à ses idéaux perclus … ! – et déposa les dernières miettes, bribes et lambeaux sur ses épaules. Les fins d’histoire sont toujours un peu les mêmes, et gestes tendres, tendres attentions n’y … Changeaient rien, n’est-ce pas ? Alors, raide comme une statue de sel, figure de ses propres délitements, Jean de Fréneuse … Oh, il eût aimé, peut-être, étaler ses propres litotes, émaillées de leurs prétéritions – elle avait le pouvoir de dire tout en ne disant rien, elle, alors pourquoi … ! Mais entre les écailles du songe, les parois du masque, son élan se brisa. Il y eut un frisson, derrière l’impassible, un dernier éclat de bête vive entre les barreaux de cage avant de …

… Il hocha la tête, lentement, simple pantin sans voix, réduit à la servilité de l’écho ou à la cruauté de la parodie. Alors … Il garda le silence, Fréneuse, endimanché dans son dernier orgueil – le fier manteau épousseté d’une main de femme … Peut-être esquissa-t-il un geste, sans penser la retenir – comment pouvait-il même … ? – et il fit ce que seuls les gens qui aiment savent faire, dans les beaux livres : il la laissa partir. Courut un instant après le fantôme d’un dernier frôlement, le souvenir d’un dernier baiser et … Renonça, comme il devait le faire. Et elle partit - ricanement du loquet et froufrou dansant de ses frivolités poignantes ! Elle partit, et il resta un moment, comme si elle eût été encore là, comme si les ombres recélaient encore en leur mystère quelques bribes et qu’il ne devait point briser l’étouffement de ses figures imposées.

Elle disparut – sans doute chercha-t-il d’un regard égaré la trace de ses pas dans la fange que la rosée venait d’embrasser, à la lucarne … Elle disparut et le masque resta. Le souvenir de ses mots le hantant, dans ses hésitations et ses silences – touchants parce que … parce qu’ils n’avaient pas su justement trouver leur place. Il fit un pas puis deux, pour s’ébranler la grande machine romanesque. S’assit sur le lit, yeux roulant sur le sol, indifférent aux pressentiments des draps en grand désordre qui laissaient vaguer leur triste odeur – de tubéreuse, toujours. Dénué de sens… Vraiment ?

J’allais vous dire que je réglais la chambre… c’est absurde, ça semble si loin de vous, tout ça…


Alors, il leva la tête, Fréneuse. Il leva la tête et, si quelqu’un avait été là, il eût vu peut-être cette lueur brillant au fond de ses yeux noirs – feu sacré des renoncements futurs et des éternels sacrifices. Il eût vu que derrière les ouvertures du masque, que diable … ! Jean de Fréneuse n’eut qu’un soupir.

- Si vous saviez …

Et il se leva, soudain monté sur ressorts, parti aussitôt offrir à l’aube ses derniers désappointements. D’un geste, il déposa le chapeau sur ses yeux, s’ombra le regard de ses larges bords … Et les prunelles reprirent leur danse extatique – et nécessaire. C’était là son dernier spectacle, à Fréneuse – ultime pirouette de l’Arlequin aveugle, cachant ses vices sous le loup noir et les grises bravades …
    Sous les ombres chinoises et les éclats soyeux.

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mr. tout-le-monde... ou pas !
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CITATION : Une dissonance placée où il faut donne du relief à l'harmonie. [Leibniz]

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FICHE : Rien de si plat qu'une suite d'accords parfaits.
NOTEBOOK : Va te coucher, mon cœur, et ne bats plus de l'aile.
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MessageSujet: Re: Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar]

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Ombres chinoises et éclats soyeux [PV Caterpillar]

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