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Mots et mets [PV]

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MessageSujet: Mots et mets [PV] Ven 2 Avr - 13:27


Il n’y a pas que les princesses qui chantent d’une voix douce quand elles préparent des gâteaux … Pearl avait là-dessus un point de vue très arrêté. Cela faisait bien des années que, secrètement, elle chantonnait comptines et madrigaux dans sa solitude sucrée, d’une voix fluette, d’une voix d’enfant. Par jeu, elle substituait aux paroles attendues proportions et recettes apprises – et c’était doux, comme du miel et du sirop de fleurs ! Il y avait dans cet attachement à ce ridicule bien des fondements. Tout d’abord, c’était un excellent moyen mnémotechnique - et tout le monde sait qu’il n’est rien de plus important au monde que de connaître par cœur les mantras de la cuisine traditionnelle. Ensuite, il semblait tout à fait avéré que les sorcières chantaient bien mieux que les princesses – et encore mieux que les clochardes, mais c’était une autre histoire. Le fait que la rôtisseuse ait autrefois appartenu à la chorale de son école de jeunes filles, derrière le pont Arc-en-ciel, n’entrait évidemment pour rien dans ce dogme moral un peu secondaire – de ceux qui sont à ranger dans les marottes plutôt sympathiques. Et puis … C’était au fond une forme de revanche, en même temps qu’un retour au passé. Un pied de nez aux chansons sirupeuses de la clocharde nocturne, celle qui avait « perdu son violoneux », en même temps qu’une protestation d’innocence. Et lorsqu’elle chantait, la rôtisseuse, couvrant le piaillement monotone des oiseaux de printemps, elle emplissait la maison d’une joie pas trop factice – du moins, pas aujourd’hui.

Alors, ce matin-là, Pearl chantait, en préparant ses gourmandises. Elle s’était levée à l’aube, cernes sombres sous son regard naïf, ombre d’épuisement dans son sourire. Les nuits blanches avaient apposé leurs stigmates sur son joli visage, assez enfin pour qu’elle s’exclame, croisant son reflet harassé et vieilli, qu’elle ne pouvait absolument pas sortir comme ça. Parce que figurez-vous que ce jour –là n’était pas un jour comme les autres. Cet après-midi, quand le soleil aurait roulé de son zénith, à l’heure des politesses et des mondanités, la rôtisseuse allait s’offrir le luxe d’une réception privée. Évènement d’importance, et préparé de longue date : obtention de l’autorisation lupine, achats nécessaires et, bien entendu, gâteaux de circonstance ! Et tout en enfournant un élégant savarin, Pearl songeait avec un enthousiasme d’adolescente à la fête qui se préparait ... Il y avait une personne qu’elle souhaitait rencontrer, depuis un temps : sous un faux nom et par des artifices postaux qui avaient bien fait ricaner ses supérieurs, elle s’était trouvé une correspondante ! Ce n’était rien au départ : une annonce dans la brochure d’un magazine, afin de « rendre plus tangibles les liens entre membres de l’association » mais autant avait-elle été déçue, quand Irfane avait parlé de renforcer les relations entre Epouvanteurs, autant, dans un magazine d’une telle qualité, l’idée lui semblait belle. Et elle y avait cru, éperdument - assez pour rêver de participer à cette grande rencontre dans une clairière du bois Griotte – Et j’amènerai des tartes ! Dans les faits, elle avait préparé de quoi nourrir une garnison de traqueurs pour deux sièges – et assez de thé pour rendre jaloux le célèbre tenancier du salon de thé de Wonderland.

Elle se prépara toute la journée, la rôtisseuse. Chercha ses voiles les plus élégants et, pour l’occasion, sortit son vieux chapeau de sorcière, qu’elle orna d’un foulard fleuri : il importait de bien présenter, c’était important. Elle garnit deux pleins paniers d’osier de gâteaux, tartes et savarins, de petits pots de confiture maison et de thé à la bergamote. Se figea un instant : le thé ! N’avait-elle pas promis, parmi d’autres choses, de fournir quelque vaisselle ? Elle ouvrit ses placards et en sortit une théière bleue un peu pansue, chargée d’un fantôme un peu trop pensif. Quelques tasses dont sa Mademoiselle, qui sautillait d’impatience presque plus que sa maîtresse. Et puis l’heure arriva : il lui fallut partir. Elle avisa alors le petit gâteau qui reposait encore sur le buffet : à jour pas comme les autres, gourmandises pas comme les autres. Elle saisit le Morphis, timidement – jeta un coup d’œil à sa montre. Les histoires sont toujours un peu les mêmes : à minuit les carrosses redevenaient citrouille, à la fin de l’heure du thé, les belles inconnues redevenaient sorcières … Elle se façonna, méthodiquement, un visage d’emprunt – pas tout à fait le même, pas tout à fait un autre – et dans sa robe couleur de lune, elle partit, au gré des sentiers du bois Griotte. Grignotant, chemin faisant, ses métamorphoses.

Elle arriva enfin à la clairière mentionnée – buissons des framboisiers, sentiers des feuillantines, tourner à droite jusqu’au levant, passer par le chemin des nougatines en fleurs, et tourner directement à gauche. Quelques âmes achevaient de dresser les tables du buffet, d’autres guettaient d’un œil expert les invités. On lui demanda son nom, elle présenta avec fierté son invitation où un nom d’emprunt figurait, en lettres d’or. Et elle s’avança, dans la clairière, avec ses paniers de douceurs. Elle salua les rares visages qui étaient arrivés avant elle, disposa sur le buffet les jolis sucres qu’elle avait préparés, le matin-même. Posa son turbulent service à thé sur la table, le laissant en repos. Puis, dans le silence d'une fête qui n'ose encore commencer, elle sortit de sa poche un petit miroir, faisant mine de se repoudrer le nez. C’était bien là Almanzine, cette jeune femme qui n’existait pas, et qui devait la remplacer aujourd’hui : cheveux noirs un peu plus longs, frisés au fer, petite bouche framboise – un grain de beauté qu’elle n’avait pas, là au dessus des lèvres. Une jeune femme, un peu plus grande, un peu plus élancée. Et ce chapeau noué d’un foulard, qui serait leur signe de reconnaissance … Elle rangea son reflet fautif, remercia d’un sourire un premier compliment sur ses pâtisseries. Et se retournant, miettes de Morphis au fond des poches, Pearl guetta l’arrivée de sa correspondante ...

Pour une heure, deux peut-être, elle serait Almanzine - la douce Almanzine aux tartes-maison et aux gelées de fruit.


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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Sam 3 Avr - 23:32

Avec l'aisance que seule confère une longue habitude, un coup d'orteil négligemment balancé fit mourir dans un râle les mauvais accords crachotés par la vieille radio. Pas ce matin, il y avait plus important à faire que d'écouter les inepties d'une chanteuse aux amours désabusés. Devant son miroir tavelée par l'usure, la fée se mirait d'un œil critique, ses lèvres délicieuses plissée en une moue mécontente. Non, ça n'allait pas. Quelque chose dans le délié des épaules, dans la ligne de ses hanches… mais non! Inacceptable! Aujourd'hui, elle ne devait surtout pas laisser exsuder ces relents de luxure, de sensualité débridée et de lascive indécence. Aujourd'hui, elle devait simplement… avoir l'air normale. Tâche difficile.

Blue rassembla la masse coulante de sa chevelure azurée en une queue de cheval sévère, raide, qui retombait dans le creux de son bassin. Pas de coiffure complexe: juste une froide austérité. Cela lui conférait une certaine dignité, une allure un peu sportive qui soulignait l'élégance féline de son visage, ses pommettes un peu saillantes et la ligne pleine de ses lèvres purpurines. Malheureusement, ses yeux mi-clos, que la lumière ce jour là éclaboussait d'or, gardaient cet éclat de péché dans leur amande délicate. Soit, on ne faisait pas de miracles: effacer une vie de débauche en quelques minutes devait relever de l'utopie. La fée ôta son haut noir (trop moulant) pour quelque chose de plus flou, de plus terne, qui brouillait quelque peu les lignes de son buste sculptural. Rien à faire pour son dos: il devait être nu pour qu'elle puisse voler. Un ultime regard vers son reflet, un ultime soupir: il restait quelque chose de sa douloureuse perfection et de sa langueur suintante, mais Lust ne pouvait faire mieux.

Pourtant aujourd'hui, aujourd'hui! Elle aurait bien voulu pouvoir bien présenter. C'était important, un premier regard. Aujourd'hui, la fée aurait bien voulu pouvoir n'être que Luce Loveless, celle qui habitait un immeuble miteux et jouait aux dominos avec son logeur. Celle qui entretenait une correspondance régulière et assidue avec Almanzine, inconnue avec qui elle avait tissé peu à peu une complicité de papier et d'encre. Il y avait si longtemps qu'elle voulait la rencontrer… L'angoisse, cette vieille compagne, ce Minuit, vint faire crisser ses ongles noirs dans les entrailles de la jeune femme. Que dirait-elle, la douce sorcière, en posant les yeux sur une fée batarde? Mais l'heure n'était plus aux questions. Luce -puisqu'il en était ainsi, le temps d'une illusion-, piqua dans ses cheveux de ciel un lys de métal brillant, petit bijou qui permettrait comme convenu aux deux demoiselles de se reconnaître… Douceur d'un foulard de soie contre tranchant adamantin des pétales ourlées.

Blue empoigna la poche qui trônait sur la petite table bancale de sa cuisine grisâtre; douceurs soigneusement sélectionnées chez le pâtissier le plus proche. Sa cuisine était trop mauvaise pour qu'elle se risque à la proposer au comité se rassemblant cette après midi. La fenêtre du troisième étage gémit, et dans un râle grinçant céda le passage à sa propriétaire. La fée se hissa le plus tranquillement du monde sur le petit espace au dessus du vide, se leva… et fit un pas en avant. Tomba. Ou presque. Dans un bruit tout à fait incongru de soie froissée, les voiles veloutées de ses ailes se déployèrent, frissonnèrent. Lust s'éleva de quelques mètres, capta un courant d'air chaud, et perça la couverture nuageuse. Un frémissement la débarrassa de l'humidité, alors qu'elle parvenait enfin à se saisir d'une alizée fugace et rebelle. Une ondulation, deux, et elle trouvait enfin sa position dans le courant froid: ne lui restait plus qu'à se laisser porter.

On croit souvent, à tort, que les papillons ont besoin de battre des ailes sans arrêts. En réalité, leurs ailes rigides et légères captent bien plus facilement les souffles, même les plus faibles, que les plumes trop souples des oiseaux. L'envergure confortable de porte-queues de la petite fée lui permettait, une fois qu'elle avait trouvé un vent suffisamment complaisant, de ne devoir concéder un battement qu'une fois par heure, environ. Le sport n'était toutefois pas de tout repos. Il fallait constamment adapter la position des ailes postérieures, plus maniables, aux changements subtils et aux appels d'airs, rester bien droite surtout, et s'incliner, ployer dans le vent pour ne pas casser, frôler les cieux avec une précision de chirurgien et le doigté d'un artiste. Muscles raides et douloureux, peau glacée et irritée. Et la vitesse qui aveugle parfois, et la pression changeante qui déchire les tympans. Mais Seigneur! Quelle ivresse! On avait l'impression, alors, de réellement respirer. De réellement vivre, seul dans le ciel infini.

Malheureusement, le sol recouvre toujours ses droits, quand bien même on chercherait désespérément à lui échapper. La douleur dans son dos, la brulure sur ses omoplates obligea Lust à se rendre enfin, incurver la courbe pure de sa trajectoire, se poser en douceur et masquer au soleil les mille reflets d'azur de ses soieries exotiques. Et alors que les voiles brunis et ocellés lui faisaient une étrange traine, elle présenta au comité d'accueil son carton blanc balafré d'or, attestant qu'elle était bel et bien Luce, abonnée de "Vol au dessus de Malkins". Et presque aussitôt, alors que ses ailes disparaissait dans un ultime chatoiement nacré, la fée chercha des yeux la sorcière au foulard -sa sorcière au foulard. Les prunelles d'or liquide se posèrent enfin sur une soie fleurie, nouée à un chapeau près d'un buffet. Quelques sourires et mondanités polies plus loin, Blue avait enfin fendu la foule jusque sa correspondante. Sourire réjouit. La fée posa distraitement ses sucreries sur le buffet.

- Almanzine?

Acquiescement. Proprement ravie, enthousiaste comme une enfant, la jeune femme eut un rire argentin et lui prit spontanément les mains, dans un élan d'affection pas vraiment contrôlé.

- Je suis Luce. Oh, je suis tellement contente de te voir enfin! Tu es si jolie.

Et les yeux pas tout à fait humain happèrent avidement chaque traits du visage délicat, chaque détails, chaque couleurs. Posant enfin une image sur cette personnalité douce qui s'était déployée de feuillets en feuillets, ruisselant en courbes élégantes et timides demi-teintes. Était-il nécessaire de le dire? Blue n'avait jamais eu d'amies, à part au travail, mais les liens du feu sont différents. Ces lettres quotidiennes avaient peu à peu prisent une importance capitale dans une vie trop morne. Complice, elle fit un clin d'œil à cette figure inconnue mais si familière.

- Et puis il y a longtemps que je rêve de goûter ta cuisine.

Blue lui avait parlé souvent de son incroyable maladresse aux fourneaux, récoltant par retour de courrier des conseils judicieux qui lui avaient permit -presque- de cuisiner quelque chose de comestible. Qui tout du moins ne ressemblait pas à du charbon et qui même parfois avaient vaguement l'aspect de nourriture. Par contre, les appétissantes tartelettes qui paradaient sur le buffet ne relevaient pas de la cuisine, mais de l'art. C'est presque religieusement que la fée s'empara d'un petit gâteau à la framboise.
Oh seigneur, Almanzine, tu es une artiste. Une musicienne des saveurs.

Habile depuis si longtemps à conserver un masque sans fissure, la nervosité de la jeune femme n'était pas, elle l'espérait, apparente. Mais pourtant, elle avait un désir intense de ne pas avoir déçu sa correspondante. Tout son corps le clamait, elle n'était pas oie blanche… Papillon de péché. Luce pour Lust.
Sorcière, douce sorcière, sais-tu, sens-tu que la lumière n'est rien d'autre que le reflet aliéné de la luxure?
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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Dim 4 Avr - 21:14

« Qui je suis ? Le dernier visage que tu auras la chance de contempler ! »


Et c'est d'une voix teintée d'un enthousiasme démesuré que la douce Alice arrachait quelques cris à la sorcière, derniers soupirs bruyants de la malheureuse qui gisait au sol. Cette question l'amusait toujours autant, la trouvant affreusement ridicule et inutile. Elle allait mourir, n'est-ce pas ? Connaître le nom de son assassin n'y changerait rien. Dans un dernier élan désespéré, la femme s'agrippa à ses dentelles, implorant sa pitié, ce qui agaça profondément la fillette. Posant simplement son petit pied sur le bras déjà bleu de coups, elle se pencha vers la gorge livide de sa victime avant d'y passer lentement sa lame, veillant scrupuleusement à n'atteindre que les cordes vocales, et déchiquetant ces dernières sans vergogne. Puis elle bascula tout son poids plume sur le bras de l'innocente, qui ne pouvait même plus trouver un quelconque réconfort dans les braillements insupportables de ceux qui agonisent. Un craquement sourd, puis deux. Des os brisés et la chair transpercée par les talons vertigineux de ses jolies escarpins vernis. Dans un ultime haussement d'épaules, Alice mis fin à la souffrance de sa victime, lui assénant le coup fatal à la tête, dont le visage n'avait plus rien d'humain après son passage. Le tout, évidemment, en évitant de tâcher ses précieux vêtements.

Irfane l'avait sommée d'éviter les meurtres inutiles, mais une fois encore, elle lui avait désobéit. Tout était de la faute à cette sorcière ! Il lui aurait pourtant suffit de lui donner l'invitation lorsqu'elle le lui avait demandé – alors aurait-elle pu garder une once d'espoir d'échapper à la mort ... du moins pour l'instant. Elle se pencha de nouveau vers le corps inerte pour mieux en fouiller les poches, désinvolte, et attrapa enfin l'objet convoité. Un simple bout de papier immaculé, scandé ci et là de quelques lettres dorées. La poupée aux cheveux d'or n'allait pas s'abaisser à faire les poches d'un vulgaire cadavre sans raison valable, cela va de soit. Non, la raison était hautement plus sérieuse …
Lorsque Pearl leur avait parlé de sa correspondance rigoureuse avec une autre abonnée du fameux magazine « Vol au-dessus de Malkins », le Grand Méchant Loup et sa petite protégée avait bien ri, trouvant cela affreusement niais. Pourtant, voilà qu'aujourd'hui la sorcière rôtisseuse s'en était allée rencontrer cette même correspondante, ainsi que d'autres membres de l'association, ayant, au préalable, demandé l'accord de Big Bad Wolf. Aussi ce dernier avait-il confié à la douce Alice la tâche de surveiller de près la mangeuse d'enfants. Tout ceci l'avait conduit ici, dans le Bois Griotte, face à ce corps meurtrit que la vie venait tout juste de quitter sous les doigts experts de la fillette. Cette dernière déposa un sac tâché de pourpre sur le sol, aux côtés du cadavre, et en sortit une perruque ainsi qu'une petite boîte blanche et plate. Alice n'appréciait guère d'avoir à remodeler les traits de son visage, aussi privilégiait-elle les artifices matériels aux morphis.

Boucles parfaites et charbonneuses, chatouillant un cou à la courbe délicate, plus courts que d'accoutumé. De grands yeux teintés de malice, d'un gris légèrement brunâtre, semblant fouiller jusque dans les entrailles de ses interlocuteurs. Une robe blanche aux bords rehaussés de dentelles, à la coupe aussi délicieuse que celle qui la portait. Et c'est d'un pas assuré que s'avançait le bras droit du Chef des Epouvanteurs, se frayant sans mal un chemin dans la nature polychrome et composite du Bois Griotte. Un cadre idyllique qui ravissait bien des coeurs et savait attendrir ses visiteurs, s'y abandonnant lorsque l'occasion de présentait. Mais la charmante enfant n'avait le temps de se laisser aller à la contemplation de tant de niaiseries, elle se devait de rejoindre au plus vite la réception qui devait déjà avoir commencée. Cependant, par précaution, elle s'arrêta une dernière fois sur le chemin et sortit un petit miroir de poche. C'est fou ce qu'une paire de lentilles et une perruque pouvait changer un visage, le tout agrémenté d'un maquillage sombre mais léger. Certes, cela ne valait pas l'un de ces gâteaux aux propriétés transformantes, mais ce n'était pas le genre de réceptions où l'on osait poser des questions, cherchant trop à cacher sa propre réalité pour s'occuper de celle des autres.

Puis, elle rejoignit enfin la petite clairière, un endroit charmant, lieu du rendez-vous. On lui demanda son nom – nom d'emprunt qu'elle découvrit en même temps que le comité d'accueil lorsqu'elle leur tendit son coupon d'invitation. Ludiwine Balsey. Un joli prénom, ceci dit en passant. Il serait parfait pour les quelques heures qu'elle passerait en la compagnie de ces sorcières insouciantes. Et de sa démarche aérienne, Alice s'approcha du buffet, louchant sur ces innombrables pâtisseries qui semblaient lui faire de l'oeil. Daignant enfin poser les siens sur les invitées, son regard tomba sur la personne qu'elle recherchait. Sous le masque d'une innocente inconnue qu'elle avait revêtu pour l'occasion, Alice reconnut immédiatement les traits si doux de la sorcière cannibale. Elle remarqua à ses côtés une étrange jeune femme, dont les cheveux bleus feraient pâlir bien des océans. De là où elle était, elle ne pouvait entendre que quelques bribes de phrases, quelques mots flottant dans l'air, telle une mélodie portée par le vent. Suffisamment pour en déduire que l'inconnue à la chevelure lagune n'était autre que la fameuse correspondante que Roast Witch devait rencontrer.

Alice leur décrocha son plus joli sourire, qui en disait long sur ses intentions au lieutenant des Epouvanteurs, et qui apparaissait comme une simple marque de politesse aux yeux de la nouvelle amie de la sorcière.


« Frou-Frou, ils volent les papillons pourpres ...
Pourquoi sont-ils si rouges ?
A cause des lèvres de Lady Ann ?
A cause des fraises qu'elle aime tant ?
Frou-Frou, ils volent ...
Pourquoi sont-ils si rouges ?
Suivons les papillons pourpres ...
Lady Ann les a suivi
Et a été dévorée par les louves. »


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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Sam 10 Avr - 21:44


Almanzine ? L’intéressée s’avança, d’un sourire, vers la fée toute nimbée de perles – quelques gouttes de rosée fraîche encore accrochées à ses cheveux, un bijou d’argent, fleur blanche posée pour reconnaissance. Almanzine ? Bien sûr, et Pearl hochait la tête, doucement - mais qui était Almanzine ? C’était un rêve, bien élégant, qu’on posait sur le papier, et à qui on avait donné vie, par le simple mystère de la magie … C’était un mensonge un peu honteux, un déguisement, un masque – parce qu’après tout, on était bien obligé … C’était une chimère, vêtue d’angoisses un peu autres, un peu personnelles, une statue toute parée de beautés accessoires … Almanzine ? Une femme telle qu’elle aurait voulu être, et non telle qu’elle était ... Et, brodé de scrupules, le sourire répondit tout d’abord pour elle … Quand Luce au lys blanc, car c’était bien elle, lui saisit les mains, spontanément, Pearl eut un léger sursaut et retint un mouvement de recul – stigmate des années d’enfermement. Puis ses épaules retombèrent, son sourire qui s’était figé un instant se décrispa. C’était bien là l’étreinte de l’amitié, et non les entraves subies, n’est-ce pas … ? Et serrant à son tour les fines mains, tangibles, de cette amie par trop virtuelle, elle s’écria d’un ton maternel de bon aloi :

- Oh tu as les mains désespérément froides ! Ne craignais-tu pas trop les courants et les vents, là-haut ?

Et à son tour, elle détailla le visage qui s’était présenté à elle … C’était donc cela, une amie … ? C’était ce regard, qui observait doucement, polissant les angles et qui semblait chercher à vous connaître, c’était ce sourire, cette curiosité douce, c’était cette joie nerveuse qui transperçait les mots, tout simples … ? Parce qu’après tout, qu’échangeraient-elles, dans ces premiers instants, que des banalités ? Et pourtant, Pearl se prenait à penser que ce n’était pas grave, parce qu’il y avait quelque chose de plus … Elle reprit, d’une voix un peu plus grave, un peu plus posée – beau rôle des douces et des innocentes :

- Je suis très heureuse de te voir également, penses-tu ! Le voyage, donc, ne t’a pas paru trop éreintant … ? – Ce que ça doit être beau, d’ailleurs, de te voir évoluer dans les airs …

Et tandis que sa correspondante avançait, doucement, vers le buffet où reposaient son ouvrage du matin, Pearl se faisait bavarde … Pouvait-elle se permettre le silence ? Tu es si jolie, lui avait dit Luce, en toute franchise, en toute sincérité … Et un instant, ce compliment lui avait fait chaud au cœur, simplement. Elle avait songé à son petit reflet fatigué, à ce joli chapeau des occasions qu’elle avait sorti tout exprès, aux voilages brodés … Et puis, elle s’était souvenue, que celle qui était jolie, ce n’était pas Pearl : c’était Almanzine. Ce n’était rien, cela faisait partie de ces petites désillusions quotidiennes – allers-retours convenus des ascenseurs émotionnels - mais un instant, la rôtisseuse maudit le personnage, le masque, qui récoltait les louanges à sa place. Alors elle parlait, meublant le vide un peu las de son esprit, et les douleurs un peu vaines de son orgueil. C’était convoquer, par les mots, cette complicité qui les reliait : Luce n’était pourtant pas une inconnue, n’est-ce pas … ?

- Pour ma part, je n’ai malheureusement pas pris cette voie-là, je t’aurais sinon bien présenté mon capricieux balai, mais … Trop de choses à transporter, j’ai préféré le garder à la maison. Le comble, pour une réunion comme celle-ci !

Bavarde, la rôtisseuse … De quoi noyer de mots une angoisse nouvelle qui se faisait au jour …

- Et puis il y a longtemps que je rêve de goûter ta cuisine.

- Oh ! Eh bien …

Ce ne fut qu’une exclamation, joyeuse, surprise ou flattée – elle ne sut que dire. Non, Luce n’était pas une inconnue. Elles avaient échangé bien des lettres et des confidences … Pearl s’était laissée aller au jeu de la confession, et puis elle avait partagé, enfin, son amour de la cuisine – et du vol, mais cela, c’était évident. Et cette personne, qui l’avait écoutée, qui lui avait fait confiance, avait même suivi ses conseils ! Cette personne … Saisissait une fine tartelette à la framboise, la portait à ses lèvres … Un instant, la rôtisseuse n’eut plus d’yeux que pour ce petit gâteau – recette si simple – que Luce avait saisi avec autant … De respect. C’était donc cela, une amie … ? Joues rouges et cuisantes, Pearl balbutia quelques remerciements.

- Oh tu … Merci beaucoup, tu … Tu te doutes bien, je suis très heureuse qu’elles te plaisent … Tu sais combien je tiens aux recettes bien faites !

Combien elle tenait à ce que l’on reconnaisse son talent, surtout … C’était déjà une joie douce et sucrée qui l’envahissait – forme d’ivresse de ceux dont les espoirs ont été entendus : Luce semblait être celle qui pourrait la comprendre, ainsi que dans ses lettres – souvenir ému des premières confidences. Et pourtant … Cette jeune femme, si elle la connaissait si bien … Ne serait-elle pas à même de déceler les failles et les mensonges du costume trop bien ajusté d’Almanzine ? Malgré le pseudonyme, c’était une certaine Pearl qui avait parlé, à cette fée venue de loin, et qui à présent, se rapprochait d’elle, avec un sourire heureux, un reste de tartelette à la main. Luce, qui semblait toute de vérité … Verrait-elle le fossé qui s’était creusé, entre l’Almanzine de papier, douce et peu sûre d’elle, et cette femme au regard trop beau, trop étranger … ? Elle se surprit ainsi, à songer tout haut …

- C’est drôle, de se retrouver face à face, comme cela, après s’être tant écrit, non … ?

Se tut, aussitôt, de peur d’entraîner son interlocutrice sur de dangereuses pistes. Pearl détourna les yeux, un instant, couva du regard les pâtisseries endormies, le service à thé silencieux encore … Puis elle désigna la clairière, qui s’était peuplée d’invités divers, réunis en petits groupes :

- Eux aussi doivent avoir cette impression. J’ose espérer …

Que je ne t’apparais pas trop différente de ce que tu t’imaginais ? Cependant, elle n’eut pas le temps de trahir cette angoisse des rencontres différées. Son regard s’était posé sur un air amusé, petit nez mutin sous des boucles brunes, qui lui semblaient étrangement familières. Cette jeune fille, là, au loin ... - Luce avait-elle remarqué quelque chose, dans la lueur un peu trop brillante des yeux gris de la jeune fille, dans l'inquiétude soudaine de sa correspondante ... ? - Pearl ouvrit la bouche, s'apprêta à dévoiler un pan de ses identités-à-dissimuler - se rattrapa de justesse, s'exclamant d'un enthousiasme par trop feint :

- Et ne serait-il pas temps de servir un peu de thé ?

L'invitée à l'étrange ressemblance s'approcha du buffet, et Almanzine la suivit du regard, subitement méfiante, soudainement effrayée. Et son visage-masque se décomposa quand elle reconnut, s’avançant vers elles, la jeune Alice, portant robe blanche et troubles pensées.




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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Mar 13 Avr - 16:21

C'était amusant, cette nervosité joyeuse, ce charme tremblant d'une rencontre... qui n'en était pas vraiment une. Le cœur qui battait un peu trop vite, un peu trop fort, pour un rendez-vous longtemps attendu -longtemps craint, et le cadre et les gâteaux, et les banalités, tout cela était vraiment parfait, un peu trop peut-être. Mais c'était ridicule : elle n'était pas Luce, voyons. La fée repoussa d'une chiquenaude mentale le soubresaut de conscience qui s'était éveillé, l'endormit, l'apaisa avec quelques pensées creuses. Allons, elle était Luce depuis tellement d'années, que c'était devenu une seconde peau ou presque. Seulement voilà, Luce ne devait pas avoir la Fée Bleue pour corps. Il y avait quelque chose d'illogique et de tordu.
Blue s'était angoissée, un bref instant, quand Almanzine s'était raidie sous son étreinte… avait-elle reconnu le vice sous le nom de plume ? Etait-elle dégoûtée par cette fleur du mal qu’elle avait cru humaine ?

Mais presque aussitôt, la crispation s'était envolée. Soulagée, la fée offrit un sourire piteux à son amie de papier qui prenait corps peu à peu, s’excusant de l’étreinte glacée. Elle n'avait pas tout à fait prévu la température proprement réfrigérante de ses mains... mais c'était cela aussi, l'ivresse du vol ! Elle savait que la sorcière connaissait aussi cette sensation : elles en avaient souvent parlé. Aussi prévenante et douce que ses mots le laissaient deviner, Almanzine s'inquiéta des conditions de son vol. Tout sourire, Luce -puisqu’il en était ainsi- balaya les inquiétudes d'un revers négligeant avant de rougir, balbutiante, sous le compliment inattendu.

- Oh… oh, tu sais, pas tellement… comme je te l’ai dit, j’ai appris à voler tardivement et…

Oui, bon. Blue était flattée, ce qui ne lui arrivait pas souvent. La fée eut un petit rire, un peu embarrassé, mais sincère. Almanzine était la seule à qui elle parlait sans complexe de ses ailes. Avec elle, la honte, l’opprobre n’avait plus lieu d’être : les excroissances-lépidoptères ne devenaient, finalement, qu’un outil de vol. Comme le Solexine de Roast, au caractère bien trempé. Toutes deux avaient parlé de leurs difficultés respectives, comme le fait de ne pas pouvoir voler en temps de pluie pour Blue et les crises de mauvais caractères du petit balai, et les vents trop violents, et les meilleurs itinéraires… Voler. Un art.
Alors oui, Blue n’avait pu s’entraîner et quitter le sol qu’une fois débarrassée de Janis Lovelace, et que quand elle était sûre d’être loin de vue de tous. Un vieux terrain vague lui avait servi de piste. Forcément, elle était moins habile que la fée-papillon qu’elle aurait du être, et les manœuvres complexes qui deviennent, avec le temps, un réflexe acquis, lui nécessitait une concentration et un effort encore intense. Le piqué, par exemple. C’est naturel avec un balai, enivrant. Pour Blue, c’était une acrobatie particulièrement risquée : ses ailes peu souples se prêtaient mal à ce genre de facéties.
La fée pivota à nouveau vers la sorcière –chère amie d’encre et de papier, prenant doucement corps.


- Oui, je comprends. Moi je n’ai pas pris grand chose, avec le trajet… Mais on pourra… enfin, si tu veux… Aller voler ensemble, une autre fois ?

C’était glissé. Almanzine pouvait facilement hocher la tête et répondre sans y penser, une promesse dans le vent par politesse, ou bien simplement l’ignorer, continuant sur autre chose. Mais c’était dit : si elle le désirait, Blue lui laissait cette option, espérant en silence. L’air de rien, donner à l’autre les atouts, et puis attendre.
La fée sourit, sincèrement heureuse d’avoir fait plaisir à sa correspondante. Elle avait bien sentit, au fil des lignes, dans la douceur délicate, l’attachement que son amie apportait à son talent culinaire, sa fierté. Elle était si attendrissante, sa petite sorcière au voile fleuri.
Le regard clair s’égara, embrumé de songe.

- C’est drôle, de se retrouver face à face, comme cela, après s’être tant écrit, non … ? Eux aussi doivent avoir cette impression. J’ose espérer …

Lust cilla, une fois, un peu désarçonnée. Oui, bien sûr, c’était un peu étrange, mais… Mais finalement, il n’y avait pas si grand fossé entre les mots et les chairs. La fée se demandait si ses lettres aussi –pattes de mouches, tirades embrasées, et les fautes de l’autodidacte qui parfois s’oublie- était un si bon miroir de sa personne.

- Oh… moi je suis très heureuse, tu es vraiment comme je l’imaginais.

Boucles brunes, visage en forme de cœur, délicate porcelaine timide et si douce. La fée azur avança un sourire hésitant : peut-être s’était-elle trop portée au jeu des confidences mais c’était si facile de poser son âme et ses peines sur papier ! On assumait mieux sa solitude ainsi. Alors…

- Vraiment, je suis contente de te rencontrer. Comme tu le sais, je n’ai jamais…

… jamais eu beaucoup d’amies. Mais las de ces angoisses et mélancolies : elles n’avaient pas leur place ici. Papillonnante -comme de juste- la fée engloutit les restes de la merveille gustative à la framboise, noyant son trouble et ne remarquant pas celui de sa sorcière. C’est les assonances de son enthousiasme à boire du thé qui auraient du lui mettre la puce à l’oreille. Mais là où Lust était habile à démêler les mots et où les lignes à présent lui démontraient habilement les états d’âme d’Almanzine, elle ne savait pas encore disséquer les intonations d’une personnalité si inconnue et si familière, et le ballet des expressions restait encore indéchiffrable. Alors Blue se contenta d’acquiescer joyeusement et d’entr’apercevoir, du coin de l’œil, une silhouette enfantine et hésitante.

Avec du recul, et toutes les clefs en main, elle se serait frappée. Mais voilà, on n’oblitère pas si facilement personnalité si altruiste : pour son malheur, la traqueuse était profondément gentille. Voir la jeune fille comme figée dans les petits groupes qui s’étaient formés, leur souriant poliment et ne connaissant visiblement personne, elle avait agit par réflexe. La fée savait –ô combien !- qu’il n’était pas simple de s’adapter et de se fondre dans un groupe, et qu’il était douloureux, gênant, de ne savoir avec qui aller et de se sentir exclue. Voilà qui expliquait peut-être le signe joyeux qu’elle avait adressé à l’enfant, et la tasse qu’elle lui avait proposé, lui recommandant même, enthousiaste, les tartelettes à la framboise. Ou bien le destin, tout simplement railleur, s’amusait avec elle : plus on monte et plus dure sera la chute. Combien elle serait cruelle, la désillusion future !

Car les masques finissent toujours par tomber.
Mais pas aujourd’hui, pas aujourd’hui.

Cet après-midi était un parenthèse étrange dans la guerre, une absurdité qui n’avait pas lieu d’être mais qu’importe ! Le jeu était beau, les acteurs crédules. Seule Alice, peut-être, détenait quelques clef supplémentaires… mais pas assez pour reconstituer tout le puzzle. « Le monde est un grand bal où chacun est masqué… » Soit ! Portez dignement votre masques, enfants de l’absurde que rien ici-bas ne devrait réunir.
Because it’s the Golden Afternoon… wanna play ?
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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Dim 18 Avr - 10:41

« Au moindre revers funeste, le masque tombe. L'homme reste; et le héros s'évanouit. »

Est-ce ainsi que cela se finirait ? Un joyeux bain de sang, où l'héroïne – si tel est le mot qui convenait … - aux cheveux d'ébène redeviendrait ce monstre de cruauté aux boucles rondes ? Non, bien sûr. Mais aux yeux de la fillette, pareille fin ne pouvait paraître que satisfaisante, et à cette simple pensée, un sourire carnassier étira ses lèvres, dévoilant une dentition parfaite. Mais elle se devrait d'être sage, cette fois-ci, et obéissante. D'autant plus que la rôtisseuse était une personne absolument charmante dont la cuisine lui plaisait grandement, à elle comme au reste des Epouvanteurs. Froisser la sorcière n'étant pas dans ses intentions, Alice resterait l'héroïne aux yeux couleur orage durant ces quelques heures, et c'est sains et saufs que les invités rentreraient chez eux.

Détaillant les deux jeunes femmes de ces mêmes yeux, Alice remarqua bien vite la mine déconfite de la douce Pearl - sans doute la réaction escomptée au vue du nouvel éclat qui brillait au fond de ses prunelles. Lorsqu'elle vit la rôtisseuse sur le point de s'adresser à sa nouvelle compagne, le sourire faussement amène de l'enfant eu bien vite fait de l'avertir qu'au moindre faux pas elle serait là, lui intimant d'un regard appuyé de faire preuve d'une discrétion sans pareil. L'amusement laissa cependant place à la surprise lorsqu'elle aperçut la femme aux cheveux lagune lui adresser un signe chaleureux l'invitant à les rejoindre, accompagné d'un sourire d'une sincérité déconcertante. Mais alors qu'elle s'apprêtait à détourner le regard, peu enclin à engager une quelconque conversation, cette même jeune femme lui proposa une tasse de thé, ainsi que quelques tartelettes garnies de framboises entières et délicieuses. La fillette avait beau être exigeante, jamais elle ne dirait non à ce genre de douceurs. D'une certaine manière, voilà qui lui facilitait la tâche, et lui permettrait de surveiller de plus près la rôtisseuse, en s'insinuant au coeur même du problème. Et c'est animée de cette attitude enfantine qui la caractérisait tant - quoique avec un peu plus de retenue qu'à l'accoutumé - que l'adolescente s'approcha des deux autres femmes, la mine affable.

« Merci beaucoup, vous êtes absolument exquises ! Je me permets alors de me joindre à vous. C'est si gentiment proposé ! »

Car cela l'était. La gentillesse faisait partie de ces chose qu'Alice n'arrivait, ou ne voulait comprendre et qui avait généralement tendance à l'agacer plus qu'autre chose. Etrangement, la fée paraissait tellement sincère qu'elle ne put le le lui reprocher. Mais elle ne se fit pas prier, et s'empara promptement de l'une de ces tartelettes colorées, et tandis qu'elle portait cette dernière à ses lèvres gourmandes, fixait la sorcière, de nouveau amusée.

« Nous ne nous serions pas déjà croisées ? Votre visage me dit vaguement quelque chose … »

Tester les limites de ses interlocuteurs, les repousser dans leurs retranchements faisaient partis des jeux favoris de la fillette. Sans doute était-ce un moyen pour elle de mieux les connaître, tout en s'amusant à leurs dépends. Ou bien trouvait-elle cela tout simplement divertissant ... ce qui était fort probable.
La douce enfant croqua dans la pâtisserie. Une bouchée. Puis deux. Accompagnées de battements cils réguliers qui animaient ses grands yeux clairs, feignant l'innocence - une technique testée et approuvée par la fillette à maintes reprises. La préparation sucrée avalée, Alice reprit de sa voix cristalline, un léger sourire en coin.

« Mais je me trompe certainement ... Elles sont absolument délicieuses ces tartelettes ! Tellement raffinées ! A qui dois-je adresser mes compliments ? Oh mais quelle impolie je fais … Je m'appelle Ludiwine Balsey. Enchantée ! »

Alice tapa dans ses mains, réellement enjouée, avant d'en entrelacer les doigts. Pourquoi ne pourrait-elle pas, elle aussi, profiter de ce bel après-midi ensoleillé, en compagnie de personnes aimables, dont l'une, au même titre que le reste des abonnées présentes, ignorait sa véritable identité ? Elle ne la reverrait probablement jamais – rencontre ô combien éphémère - et Pearl connaissait suffisamment sa supérieure pour constater que cela n'était qu'un jeu, sans plus. Mais alors qu'elle s'apprêtait à continuer sur sa lancée, un jeune homme s'immisça sans scrupules dans leur petit groupe, tout en rejetant l'une de ses mèches blondes qui tombaient sur un front excessivement bronzé.

« Pardonnez-moi, mes jolies-belettes-des-prairies-vertes-et-fleuries-au-soleil-couchant, mais je n'ai pu m'empêcher de voleter jusqu'à vous, attiré par la lumière de vos yeux si grands, si beaux ... »

Ces quelques paroles répandirent le silence. Alice releva lentement la tête, sans rien cacher du mépris grandissant au fond de ses prunelles.
Il n'était pas laid, loin de là. Trop grand, peut-être ? Mais qui ne l'était pas, aux côtés de la petite poupée aux yeux d'argent. Les siens, d'un vert chatoyant, semblaient déshabiller d'un regard dénué de la moindre gêne les trois femmes, détaillant leurs visages, puis le reste de leur corps. Mains dans les poches, cheveux désordonnés, ce pseudo-dragueur se voulait désinvolte, mais un tel regard trahissait le caractère intéressé et calculateur du jeune homme. Car jeune, il l'était - peut-être vingt-trois, ou vingt-quatre ans, tout au plus. En somme, une cervelle de moineau dans un corps de taureau.

L'enfant charmante qu'elle était l'aurait bien envoyé paître. Au lieu de ça, Alice se contenta de hausser les épaules, ne souhaitant pas lui laisser croire qu'une quelconque discussion était possible, pensant qu'il partirait de lui-même. Mais l'exaspération fut à son comble lorsqu'elle le vit se saisir de la dernière tartelette aux fraises. Pour qui se prenait-il ? En voilà un qui manquait cruellement de savoir-vivre ... Une moue contrariée assombrit le doux visage de la fillette, qui aurait bien arraché un à un les doigts de ce rustre qui avait osé s'en prendre à la précieuse pâtisserie. Quelle chance il avait ! En d'autres circonstances, elle l'aurait tué sur-le-champ. Mais tout vient à point qui sait attendre, n'est-ce pas ?
La gâteau engloutit, l'impoli posa ses deux émeraudes sur la très jolie Lust, un sourire niais aux lèvres. Passant une main dans sa précieuse tignasse, se voulant charmeur, il se pencha vers elle afin de mieux l'examiner. Il plissa les yeux.

« Hey, mais ... »


« Frou-Frou, ils volent les papillons pourpres ...
Pourquoi sont-ils si rouges ?
A cause des lèvres de Lady Ann ?
A cause des fraises qu'elle aime tant ?
Frou-Frou, ils volent ...
Pourquoi sont-ils si rouges ?
Suivons les papillons pourpres ...
Lady Ann les a suivi
Et a été dévorée par les louves. »


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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Jeu 29 Avr - 23:19


Il est de ces situations où l’on se fait l’effet d’une pauvre marionnette, ficelée par des forces étrangères et manipules – pantins de pantomime à crier sans ordre le texte flou de leur rôle. Tout autour de nous, les vies se jouent – sur un coup de dé ! – et les phrases circulent, comme un dialogue bien appris … Mais, trop à ses angoisses, trop à ses propres circonvolutions, on n’entend pas … Ou c’est comme un murmure extérieur, que l’on ne comprend qu’après coup … Pearl se trouvait alors dans ce genre de situation. Les paroles fusaient, tout autour d’elle, et elle ne pouvait qu’hocher la tête, gravement, lentement, mains nouées – menottées de silence. Quand la fée nimbée d’aurore proposa une virée ensemble au-delà des nuages, un vol au-dessus de Malkins rien qu’à elles, Pearl la regarda bouche bée. Les mots se bousculèrent sur ses lèvres, elle bredouilla, et tout s’effondra, lamentablement. Un signe de tête, une ombre de sourire – elle ne sut alors rien donner de plus, et se maudit pour cela. C’est que ses regards demeuraient tout attachés à une préoccupation nouvelle – inexplicable, rivés à la silhouette souriante de la jeune Alice. Quelle ne fut pas sa déconvenue quand elle vit Luce l’inviter à les rejoindre, avec douceur et sollicitude – et Pearl soupira, se demandant quel était donc ce monde où les arts culinaires vous menaient en prison et où la gentillesse naturelle vous desservait … Son regard croisa celui de la nouvelle arrivante – grands yeux glacés d’effroi, n’osant se résigner à la supplique face à l’air mutin et enjôleur.

    - Nous ne nous serions pas déjà croisées ? Votre visage me dit vaguement quelque chose …


Cela portait au cœur, et il ne fallait rien laisser voir. En souvenir, tout le chaos des idées noires, impressions confuses et douloureux aveux. Tu es exactement comme je l’imaginais … Comme c’était simple au fond, et comme cela faisait mal … Une fois encore, elle n’avait su répondre. Pas … Pas tout de suite, pas devant ce public nouveau qui l’observait, goguenard ! Pearl était de ceux qui pour bien jouer un rôle avaient besoin d’y croire – contempler le sourire d’une initiée, qui avait vu et verrait tous les rouages de la supercherie … Était-ce encore possible de faire semblant, après ça ? Alice se saisit d’une tartelette …

    - Mais je me trompe certainement ...


Pearl – à moins que ce fût Almanzine … - eut un sourire amer.

    - Bien sûr, vous devez vous méprendre. J’ai un visage assez commun, on me confond souvent avec quelqu’un d’autre ...


Sursaut nerveux de la pauvre marionnette. Elle lança à Alice un regard de défi : peut-être qu’elle aussi, elle pouvait jouer de ces jeux-là ... Cependant, voir sa supérieure déguster ses pâtisseries, au nez de tant d’abonnés innocents, sous les yeux de son amie de papier, imaginer ne serait-ce qu’un instant les conséquences désastreuses d’un lunatisme de la jeune fille … Cela lui avait fait trop mal – et sa sollicitude, sa douceur naturelle s’étaient, sous la rudesse du coup porté, comme éteintes un instant. Peut-être était-ce là, dans ce regard qui étincelait, dans ces angoisses de bête de traquée, dans la froideur pâle de la voix qu’il fallait la chercher, celle que l’on appelait la rôtisseuse … Elle regarda, comme somnambule, comme endormie, Alice croquer dans une de ses tartelettes – gouttes de confiture rougeâtres éclaboussant son sourire.

    - Elles sont absolument délicieuses ces tartelettes ! Tellement raffinées ! A qui dois-je adresser mes compliments ? Oh mais quelle impolie je fais … Je m'appelle Ludiwine Balsey. Enchantée !


Et ce fut comme un réveil. – eh bien, marionnette, était-ce là ton rôle ? Pearl battit des cils, murmura son nom d’emprunt, vague de politesses … Remercia, empruntée. Et au creux de la gorge, sa rancœur vint mourir contre son orgueil - mauvaise, tu les dévores déjà au quartier général, ne pouvais-tu pas les laisser à d’autres … ? Et Pearl se souvenait, avec quelques dépit des piquetés fraise et macules framboise qui venaient souvent orner les volants d’Alice – jolis sucres couleur de sang. Elle se tourna vers Luce, lui fit un sourire d’excuse :

    - Oh et ... Bien ... Bien sûr, ce serait avec grand plaisir ! Et puis … Toi aussi, tu es comme je me l’imaginais. Pardonne-moi cette absence, si tu le veux bien … Heureusement que mes tartelettes plaisent, j’ai au moins la chance de me dire que je ne me suis pas levée à l’aube pour rien …


Léger sourire, et la lueur tendre du regard d’Almanzine qui s’éveille.

    - L’on peut manquer de sommeil quand c’est pour de bonnes causes, n’est-ce pas ?


Elle allait se féliciter de cet équilibre retrouvé quand on s’approcha de nouveau. Pearl jaugea l’inconnu – de la tête aux pieds, des pieds à la tête -, leva les yeux aux ciels : il avait l’air d’un parfait importun. Puis il parla, et ce fut le drame ... Lui-même, sans parler de son langage des plus déplacés … La jeune femme fronça les sourcils, eut un geste d’agacement – morsure de la pudeur blessée. Se permettait-il, le vulgaire, de les déshabiller du regard !

    - Laissez-moi deviner, Monsieur … Vous voyagez en Witch Board, je suppose ?


Dans sa voix devenue cassante, se bousculaient le mépris et la condescendance. C’était là de ces insultes culturelles, et autres petits clivages chers aux puristes. Pour Pearl, qui se voulait héritière des meilleures et des plus pures traditions, le Witch Board était une hérésie. Au même titre que le sucre dans le thé, les couverts mal alignés, et les plats mal cuits.

    - Ce n’est pas parce que vous n’avez pas trouvé votre ami(e) que cela vous donne le droit de nous importuner de la sorte … Est-ce comme cela qu'on traite des dames ! ... Pourriez-vous nous laisser, je vous prie ? Qui vous dit que notre conversation n’était pas d’ordre privé ... ?


L’écoutait-il ? Ce n’était sans doute pas elle, au fond, qu’il dévorait des yeux ... Elle songea alors qu'elle n’avait jamais vraiment parlé de ces choses-là avec Luce. Elle avait appris, au détour des confidences, qu’elle aussi, elle aimait, sans bonheur, lointainement, un inaccessible … Rien de plus, cela suffisait. La douceur amicale des lettres reçues, l’air modeste et timide de l’arrivante, la similitude de leurs déconvenues et de leurs espoirs … Tout poussait Pearl à croire que son amie … Lui ressemblait, sur ce point comme sur d'autres. Et c'est en toute franchise, en toute naïveté qu'elle jeta un regard inquiet vers Luce, lui murmurant, d’un air désolé :

    - J’espère qu’il ne vous a pas offensée ...


Mais fallait-il que le mal fût fait ? Il se pencha vers Luce, l’examina, s'apprêtait à dire quelque chose ... Et dans son ignorance, Almanzine, la pauvre Almanzine, craignait que les assiduités de ce vulgaire ne compromettent à leur tour la douce après-midi d'insouciance qu'elle aurait aimé s'offrir.


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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Dim 16 Mai - 14:34

Quelque part, au loin, le bruit d'une porte que l'on referme. Maintenant que les protagonistes sont tous là, que le ressort et bandé, que la fuite n'est plus possible, ça n'a plus qu'à se dérouler tout seul. C'est ça qui est commode, dans la tragédie. Reposant, en quelque sorte: tout n'est qu'une question de distribution des rôle. Qui a tué, qui va mourir, ce ne sont que les railleries du destin. Au fond, il n'y a plus qu'a réciter son rôle, sans espérer, sans quoi que ce soit d'utilitaire: puisque de toute façon, on ne s'en sortira pas.

Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, ce n'est que le premier acte, ces tâtonnements absurdes des acteurs involontaires, qui ne sentent pas, ne veulent pas sentir qu'ils sont déjà pris. Aujourd'hui, tout commence tout simplement, sans qu'ils sachent que le pas vers le gouffre a déjà été fait il y a fort longtemps, dans les premières lignes échangés. Car quoi? Finalement, il aurait suffit que Pearl ne s'abonne pas. Ou qu'elle ne lise pas la petite annonce. Qu'elle ne décide pas d'y répondre. Mais maintenant, c'était trop tard, pour l'une comme pour l'autre, trop tard, et même pour la petite Alice qui observe tout cela avec détachement.

Blue perçu donc, avec une certaine surprise, l'égarement bref et soucieux de sa correspondante. Mais comme le voulait son rôle, elle ne l'associa pas à la présence de l'enfant -Ludiwine. La fée se contenta de couler un regard soucieux vers Almanzine, sans comprendre. Comment l'aurait-elle pu, d'ailleurs? Comprendre exige de savoir… Ou bien une intuition qu'elle n'avait pas. De fait, elle se présenta joyeusement à la demoiselle, virevolta, servit un thé à sa correspondante avant de se servir elle-même, tout simplement… heureuse? Oui, heureuse. Tout simplement; stupidement joyeuse. Elle était si charmante, sa sorcière au foulard. Si douce. C'était donc cela, une amie? Oui. Oui, c'était sans doute cela.

Mais…

- Pardonnez-moi, mes jolies-belettes-des-prairies-vertes-et-fleuries-au-soleil-couchant, mais je n'ai pu m'empêcher de voleter jusqu'à vous, attiré par la lumière de vos yeux si grands, si beaux ...

Blue s'estimait accoutumée aux techniques de drague les plus douteuses. Elle avait tout vu et tout subi. C'est cette longue expérience qui lui permit de ne pas éclater de rire le plus impoliment du monde quand l'inconnu aux allures de surfeur peroxydé sortit sa tirade en roulant des mécaniques. Belettes des prairies. Vertes et fleuries, qui plus est. Admirez la rime… La fée retint de son mieux le rictus qui insistait pour se dérouler sur ses lèvres coralines, et presque par réflexe, croisa lentement les jambes, ses yeux reprenant leur lueur pécheresse coutumière.

D'aucuns ont pour réflexe de saluer, de dire bonjour poliment, de fuir… Blue a pour réflexe de se montrer tendancieuse. C'est ainsi, séquelle sans doute d'un passé douteux, ou instinct de survie dans les faubourgs crasseux. Qui sait, après tout, ce qui peut tordre une fée?
Mais un sursaut soudain - Laissez-moi deviner, Monsieur… vous voyagez en Witch Board, je suppose?- et elle se souvint de son rôle. De ce qu'elle ne devait surtout pas être. Lust redevint Luce dans une lueur affolée au fond de ses prunelles azur.
Le plus amusant sans doute était que cette brusque rougeur, pétales de honte purpurins, qui s'était déployée sur son visage pouvait aisément passer pour de la pudeur exagéré. Ce qui avait quelque chose de terriblement ironique.

Et alors qu'Almanzine rabrouait sèchement le dragueur importun, Luce rassemblait fébrilement les morceaux de son masque et de son innocence perdue depuis fort longtemps. Si ce n'était pas ridicule! Si ce n'était pas hideux, tous ces sursauts pour ne pas perdre la -si précieuse!- considération de la sorcière! Et puis il y avait Ludiwine. Les prunelles inquiètes de Blue papillonnèrent un instant vers l'enfant, qui avait l'air agacée plus que gênée. Un bref sourire, puis retour à des préoccupations plus immédiates.

- J’espère qu’il ne vous a pas offensée ...

Blue ouvrit la bouche, la referma. Allons, Almanzine. Almanzine, voyons. On n'offense pas la Fée Bleue. On n'offense pas une Belle de Nuit.
C'était bien la première fois depuis… une éternité sans doute que quelqu'un se préoccupait de savoir si elle était gênée de quelque assiduité déplacée. Et même si cette délicatesse ne s'attribuait -sans doute?- qu'aux mérites d'une ignorance ô combien désirée, elle ne put s'empêcher d'être touchée, la fée.
Et puis elle avait appris, dans le creux des lignes mélancoliques d'une plume alourdie par un espoir mort-né, que toutes deux se ressemblaient, en cela qu'elles aimaient également, sans retour. Une douleur qui rapproche, comme une blessure qu'on partage à deux… Mais la jolie sorcière avait donc toutes les raisons de s'imaginer que Luce… n'était tout simplement pas Lust. Elle cilla, quelque peu déroutée, mais:

- Non… non. Merci.

Fleur de sourire reconnaissant. Ainsi, Almanzine se posait en défenseur: c'était bien. C'était doux, si agréable…
Mais l'inconnu déjà se penchait vers Luce et sa beauté insolente, surpris. Leurs regards se croisèrent: l'inconnu finalement ne l'était pas tant que ça.

- Hey, mais…

nous ne nous connaissons pas?
Si. Plutôt… intimement, même.

A la décharge de la demoiselle, rappelons que ses aventures nocturnes sont si nombreuses qu'elle ne peut, à vrai dire, se souvenir de tous les visages. Les masques se succèdent, car finalement, le partenaire importait peu: seul comptait l'oubli, l'expiation brûlante. Qui plus est, le surfeur dont le nom se perdait dans les abysses de sa mémoire ne représentait pas grand-chose de plus qu'une erreur de jeunesse de plus, ces temps où l'on croit que le corps… Mais qu'importait? Sitôt croisé, sitôt effacé, comme toujours. Blue ne pensait pas avoir un jour à se retrouver devant un ex (pouvait-on vraiment parler d'ex quand ils n'avaient pas échangé un mot?) d'aussi peu d'importance.
Mais là n'était pas la question: il fallait réagir, et vite. Elle lui coupa la parole.

- Je… Je n'apprécie pas d'être ainsi abordée par quelqu'un que je n'ai jamais vu!

La phrase, en elle-même, ne revêtait aucune espèce d'importance. Sa maladresse passerait sans doute pour de la gêne d'être ainsi dévêtue du regard, d'aussi près -car de là où il était, l'homme avait très franchement les yeux rivés sur son buste. Et même une partie très précise dudit buste, que son haut gris pourtant soigneusement choisit dans ce but ne parvenait pas à voiler complètement. Mais ça ne comptait pas: ce qui comptait, c'était que la notion de "on ne s'est jamais rencontrés" soit prononcée. Son don ferait le reste.
Pernicieux, mais imparable.
L'imbécile cilla, un instant dérouté, mais se reprit vite (comme tous les esprits simples, ils étaient plus rapides à reprendre le fil de leurs pensées et à restaurer leur session cérébrale. Sans doute parce qu'il n'y avait pas grand-chose dedans…).
Il se redressa, s'empara sans réelle délicatesse de la main fine de la fée, dans l'intention sans doute de faire un baisemain élégant. Lust retira sa main de justesse, une fraction de seconde avant que les lèvres pleines ne s'écrasent dessus.

Pas désarçonné pour deux sous, le dragueur maladroit se redressa, si sûr de lui que son assurance exsudait désagréablement par tous ses pores.

- Vraiment, mes délicates belettes, mes jolies martres? Mais je me dois de réparer cette erreur, d'aussi jolies filles qui ne me connaissent pas… Brandon Steurf, bel homme à votre entier service!

Pour nous desservir, oui.
Sitôt qu'elle avait compris que cet homme avait déjà croisé le chemin de son lit, et maintenant qu'elle était sûre que Luce ne s'effriterait plus, la fée s'était royalement désintéressée de son interlocuteur pour goûter son thé à la canelle et à l'orange.
Ce qui expliquait peut-être que la fin de la phrase du Brandon se soit noyée dans un "Oh, mais ce thé est délicieux!" plutôt enthousiaste mais pas résolument poli.
Cependant, il commençait à lui courir sur le système. Un échange de regard, par-dessus la tasse, avec la jeune Ludiwine. Un clin d'œil. Et si on s'en débarrassait?

Blue pivota sur sa chaise, son regard retrouvant sa lueur coutumière. Volontairement, cette fois-ci, et pour le seul regard bovin du demi lobotomisé. Elle laissa, une seconde, le charme agir, avant de minauder d'une voix melliflue:

- Oh, vraiment? Et bien il se trouve que mes amies et moi-même avions justement besoin d'un homme fort…

Et si on le faisait promener, un peu? Actrice talentueuse, Lust laissa son charmant visage arborer les plis délicats d'un souci affecté.

- Nous avons, Ludiwine et moi-même, précédemment égaré quelque chose dans ces bois, en venant ici… les bruits étaient inquiétant, et nous n'avons pas osé… on dit qu'il y a des nains cannibales par ici… Mais cette perte… nous fend le cœur. Un si beau collier que nous voulions offrir à Almanzine!

Allez viens, chevalier sans cervelle, viens au secours des faibles femmes que nous sommes. La fée était à peu près sûre qu'il ne résisterait pas à la tentation de rouler des mécaniques. Une lueur héroïque traversa les prunelles vertes (bien que quelque peu obscurcie par la mention des tribus anthropophages locales).
Lust retint un sourire de triomphe, se permit juste un regard de connivence avec ses compagnes.
Puis se retira élégamment de la scène, trop affectée/terrorisée/peinée pour continuer de raconter (rayer la mention inutile). A vrai dire, c'était surtout qu'elle ne voulait pas monopoliser le jeu: Ludiwine aussi avait le droit de jouer avec l'homme aux belettes. C'était bien connu: les imbéciles faisaient de parfaits commis. On pouvait toujours l'envoyer chercher collier inexistant et fleurs qui ne poussaient pas ici: outre le plaisir du jeu, c'était avant tout un excellent moyen de se débarrasser de lui poliment.
Almanzine semblait en effet redouter qu'il s'attarde.

Il était pourtant évident qu'il n'avait aucune chance.


Cruelles trois! Dans une telle heure,
Et par un temps aussi rêveur…
Mais que peut au juste une voix
Contre trois langues ensembles?
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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Jeu 8 Juil - 0:41

Alice aurait bien donné mille de ses rubans colorés – pour en racheter deux mille autres aux frais du Jabberwock évidemment – pour qu'on la laisse ôter son masque et redevenir le terrible bras droit du Grand Méchant Loup, cette poupée cruelle mais terriblement attachante. Elle s'imaginait déjà martelant les membres de ce pseudo-dragueur de ses talons noirs, ses lèvres étirées en un sourire innocent comme elle seule savait en faire dans pareilles situations. Elle aurait trouvé bien amusant de lui arracher un à un les fils d'or qui composaient sa précieuse tignasse ou de lui crever les deux billes vertes qui roulaient impunément sur le corps de la fée bleue. Non pas qu'Alice se souciait du bien-être de ses compagnes du jour ou d'un jour, non, mais l'impudent venait d'engloutir sous ses jolies prunelles la dernière des plus délicieuses tartelettes qu'elle avait pu goûter et se permettait à présent de lui faire subir sa présence. Mais la fillette eut bien vite fait de l'oublier, écoutant d'une oreille distraite la sorcière qui déblatérait, cherchant du regard quelques douceurs appétissantes.

« Oh, je suis seul et tout à vous, ne vous en faites pas. Sans doute votre beauté m'aura t-elle attiré en ces lieux champêtres, ma jolie gazelle, tel un papillon de nuit attiré par la lumière de vos yeux. Mais comme vous êtes intelligente, quelle clairvoyance ! Vous aviez deviné que je voyageais en Witch Board ? Le destin nous lie, j'en suis certain ! »

La fillette éclata de rire. Elle le trouvait pitoyable, et plaignait sincèrement la pauvre sorcière. Il semblait capable de trouver une invitation à poursuivre cette conversation dans la moindre de leurs phrases – situation ô combien risible, n'est-ce pas ?
Alice se servit une nouvelle tasse de thé, en proposa vaguement à ses deux compagnes, ignorant avec application l'indésirable - un jeu auquel la jolie poupée s'amusait souvent et qu'elle gagnait haut la main. Cette dernière n'accordait son attention qu'à ceux qu'elle estimait digne de la recevoir, ils n'étaient donc pas bien nombreux. Puis elle vit l'inconnu se baisser, charmeur, vers la fée lagune, émettant l'hypothèse d'une rencontre passée. Elle eut comme l'impression, l'espèce d'un instant, que la fée mentait. Que tant d'hésitation, que tant de maladresse trahissaient la jeune femme. Que cet air dérouté du pseudo-dragueur n'était pas naturel. Mais elle haussa bien vite les épaules, pour la énième fois: après tout, elle s'en fichait bien. La candide s'intéressait rarement au passé des gens qu'elle pouvait rencontrer, y compris ses camarades épouvanteurs – seuls comptait leurs casiers judiciaires. Les rencontres défilaient sans grande importance, et les visages se succédaient sans réellement marquer la douce enfant La vie de ses propres collègues l'importait peu, alors cette inconnue lagune …

L'importun se présenta tandis qu'Alice restait incroyablement calme, et surtout silencieuse. Plus rien ne semblait pouvoir l'atteindre, elle avait déjà oublié la présence de ce pseudo-dragueur. Tout comme Lust, qui semblait accorder grande importance à sa tasse de thé.

« Oh, mais ce thé est délicieux !
- N'est-ce pas ? Il est raffiné, et délicat ! »

Alice eut un léger rire. Etait-ce l'une de ces moqueries enfantines qu'elle se permettait en toute impunité ? Ou bien n'était-ce que l'un de ces éclats de joie que la jeune fille ne se donnait jamais la peine de dissimuler ?
L'enfant échangea un regard puis un sourire avec la fée bleue.

« Oh, vraiment? Et bien il se trouve que mes amies et moi-même avions justement besoin d'un homme fort… Nous avons, Ludiwine et moi-même, précédemment égaré quelque chose dans ces bois, en venant ici… les bruits étaient inquiétant, et nous n'avons pas osé… on dit qu'il y a des nains cannibales par ici… Mais cette perte… nous fend le cœur. Un si beau collier que nous voulions offrir à Almanzine! »

Ainsi donc la fée souhaitait jouer ? Soit. Alice dit Ludiwine, avait toujours été une excellente comédienne et avait pu se perfectionner au sein des Epouvanteurs. Le jeu promettait de se révéler très amusant, voire intéressant. C'est alors qu'elle reconsidéra l'inconnue. Peut-être méritait-elle son attention, tout compte fait ?
La petite poupée glissa un doigt sur sa joue avec une moue boudeuse, feignant l'innocence, faisant croire sans peine à son chagrin.

« Il est dommage d'avoir perdu un si beau bijou, en effet. Oh ! Mais vous nous le ramènerez, n'est-ce pas ? Vous feriez ça pour nous ? Je vous en prie ... »

La fillette ne lui laissa pas le temps de répondre, considérant la chose comme accomplie. Elle posa sa tasse sur la table.
Il ne pouvait refuser.

« Bien sûr que vous irez. Merciii ! Vous êtes absolument charmant ! Nous vous en serons infiniment reconnaissantes ! »

Alice se balançait de droite à gauche, mains croisées dans son dos, tandis que Brandon, le torse bombé, vantait mille et une de ses inexistantes qualités. S'emparant de la première tasse qu'il trouva sur le buffet et ponctuant chacune de ses phrases de gorgées impolies, il ne remarqua pas ce regard meurtrier que lui lançait le bras droit du pire criminel de tout Malkins. N'était-ce pas son thé, là, qu'il buvait ? Alice se mordit la lèvre inférieure, contrariée. Elle réussit néanmoins à garder un semblant de sourire, puis attrapa furieusement la main du surfeur peroxydé, le forçant à lâcher l'objet du crime.

« Et si je vous accompagnais, juste un instant ? Laissez-moi vous guider jusqu'à l'endroit où nous l'avons égaré ! »

Elle se tourna vers ses compagnes. Le jeune homme affichait un air d'imbécile heureux.

« Je reviens vite, promis ! »

Alice s'éloigna à ses côtés.
Pauvre homme.

« Nous sommes presque arrivés. »

Voilà bien dix minutes que la poupée grandeur nature lui répétait cela. Mais arrivés où ? Il n'y avait rien à chercher, rien à trouver. Le fameux collier n'existait pas, pas plus que la gentillesse inopinée d'Alice. Qu'avait-elle en tête ? Ces petits cris aigus qui venaient leur déchirer les tympans en disaient long …
Brandon sursauta et poussa à son tour un hurlement, plus désagréable que tous les précédents réunis. Alice lâcha un soupir puis retrouva presque instantanément le sourire à la vue des nains cannibales qui sautillaient joyeusement à leur rencontre. La fillette recula d'un pas. L'âme du pseudo-dragueur sembla voleter un instant au-dessus de son corps. Il eut si peur qu'après sa bruyante intervention, il tenta vainement de sauter dans les bras d'Alice. Mais il devait bien faire le double de son poids et l'enfant retira ses bras à temps. Le malheureux embrassa le sol, à la merci des nains cannibales qui se jetèrent sur lui sans plus attendre et lui déchiquetèrent les membres.

Alice partit en courant, riant aux éclats.

Si elle avait fait plus attention, elle aurait remarqué cette tâche du sang de l'importun sur ses volants sans couleur.
Plus elle approchait du petit comité, plus son masque d'innocence se fissurait. Mais le sourire d'Alice Caroll, ce si joli sourire, ne viendrait-il pas en colmater les brèches ? Ne lui avait-on pas donné ce doux visage, cette adorable moue dans l'unique but qu'elle assume son rôle ? Ou pas.


« Frou-Frou, ils volent les papillons pourpres ...
Pourquoi sont-ils si rouges ?
A cause des lèvres de Lady Ann ?
A cause des fraises qu'elle aime tant ?
Frou-Frou, ils volent ...
Pourquoi sont-ils si rouges ?
Suivons les papillons pourpres ...
Lady Ann les a suivi
Et a été dévorée par les louves. »


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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Ven 9 Juil - 0:22


Les sorcières n’ont pas le don qu’ont les fées et les petites filles pour charmer les hommes. Elles les égarent, à grands renforts de filtres et de colombes au fond du chapeau – les habituels artifices de la magie, et c’est bien assez. Elles les charment, les ensorcèlent, quand elles ont de la chance, ou qu’elles sont un peu jolies, mais après … Alors pendant un temps, Pearl, dans sa naïveté de femme rangée regarda, bouche bée, sa douce Luce, minaudant avec ferveur … Avec moins d'étonnement, elle vit Alice renchérir, sourire naturel et inspiration joyeuse – après tout, les tromperies enfantines de la demoiselle lui étaient plus familières … Mais Luce … ! Était-ce donc si facile, pour une femme, de mentir ? Un instant, Pearl se demanda avec inquiétude si sa correspondante, qui soudainement jouait si bien l’ingénue éplorée, qui improvisait si naturellement l’histoire la plus savante pour se débarrasser d’un homme … Si cette femme pouvait feindre, tout autant, les apparences de l’amitié. C’est bien simple quand on y pense : deux sourires, les yeux qui brillent – pourquoi alors … De convoitise, d’envie ? – les mains qui s’étreignent. Mais au fond … Elle se demandait aussi, souterrainement, si c'était cela qui plaisait aux hommes. L'imbécile croulant sous l'aftershave et la fatuité semblait mordre, plus ou moins. Et notant chaque battements de cils, chaque petit mouvement de cou, Pearl se surprit à se demander si ce n'était pas cela, au fond, qui lui manquait à elle, avec ses désirs contrariés et ses traditions strictes. Ce qui faisait qu'elle restait la mademoiselle de transparence, la femme que l'on trompe et que l'on éconduit - pour des fées et des princesses.

Battements de cils, protestations d’innocences et … L’Importun fut pris au piège, grossièrement. Pearl, dans un pincement de cœur, se dit tout aussitôt qu'elle n’eût peut-être pas été loin d’y croire, à son tour, si ce n’était pas un spectacle trop familier qui se déroulait devant ses yeux … Habituellement, sans doute, y participait-elle, avec ses propres minauderies et ses suggestions bienvenues. C’était là la place que l'on avait, semble-t-il, assigné à Pearl Mallown, criminelle recherchée pour avoir joué trop bien les mamans de fortune et les prédateurs fortunés. Mais Almanzine … Elle rattrapa le balai en vol, et lança, perles de fausset dans les yeux et sublimes alarmés :

- A tout de suite, bien sûr, Ludiwine, mais ... Revenez vite, et soyez prudents, je vous en conjure !

Elle eût agité un mouchoir, l’air éploré d’une femme de marin, que la scène eût été complète. Il y avait quelque chose de rassurant à s’agripper encore à la douce Almanzine … Pauvre et naïve cuisinière, à la faiblesse doucereuse de mère de famille … Sans enfants. Mais l’ironie du sort semblait vouloir présider à une telle rencontre. Aussi était-ce la rôtisseuse, infâme sorcière cannibale, qui en venait à craindre la première l’intervention des Nains Cannibales dans son improbable goûter d'après-midi. Aussi était-ce la criminelle primée qui répugnait à envoyer l’étranger hors des sentiers balisés … Aussi était-ce Pearl Mallown, sous le doux masque d’Almanzine, qui s’inquiétait de voir Luce participer à de tels complots – et sans mesurer sans doute jusqu’à quel point elle était consciente de ce que ses minauderies impliquaient. Mais après tout … Le mal … Était fait ou à faire ... Sans doute Alice reviendrait-elle, ravissante et plus ravie encore, rendant possible l’étrange comédie qui se jouait encore. L’avantage des Nains Cannibales était qu’on ne retrouverait sans doute pas le corps … Et, l’œil fixé sur les deux silhouettes qui s’éloignaient, elle reprit la conversation, d’une voix neutre :

- Je vous avais dit, n’est-ce pas, que j’habitais aux abords du bois Griotte … Vous avez entendu ces sinistres histoires de nains cannibales ? Figurez-vous qu’ils mangent des enfants, c’est tout à fait scandaleux

Et pour cause, ils empiétaient sur son territoire.

- Je suis ravie au demeurant que vous appréciez ce thé. Oh d'ailleurs, je vois qu'il ne vous en reste presque plus, permettez que je vous resserve avant que la théière ne soit tout à fait vide …

Elle s’empara de la tasse, nerveusement – Alice reviendrait-elle, quand, comment ? Saisit la théière bleu-faïence, mains tremblantes, fixant le bec encore muet. Et puis ... Ce n'étaient pas des cris là, au loin ? Tout de même, la prudence ... Mais il lui semblait déjà voir Luce dresser l’oreille à son tour … Quelques invités voisins – les rires et conversations qui baissent d’un ton, la conversation qui s'enlise en un malaise ... A l'écoute. Et là Pearl vit tout, comme dans un mauvais film en accéléré. Une Alice revenant gaiement, trainant un vestige de compagnon derrière elle, et ne sachant mimer si bien l’air désolée – la moue boudeuse d’un enfant qui a cassé son jouet, tout au plus. La perruque de travers, peut-être ... ?! Et les questions, les soupçons, bien sûr … ! La Police des contes qui par une extraordinaire facilité de scénario, arrive à temps, pour une fois, les interrogatoires, la dissipation des effets du Morphis, les chaînes … Et tous les instruments du drame réunis en un seul et même lieu. Pearl vacilla, chercha du regard une solution, un expédient : il fallait à tout prix empêcher cela. Vite. Et son regard se posa de nouveau sur la théière … Vite ! Elle vit, distinctement, ses mains frotter doucement puis de plus en plus fort le corps de faïence – et les beuglements d’une voix intérieure qui aurait voulu lui faire comprendre que tout, tout aurait pu arranger la situation … A part ce réflexe-là.

Suite aux frottement, un petit spectre rondelet s’extirpa – difficilement – du bec de la Théière. Elle versait déjà l’élégant breuvage, l'audace de tenter un air impassible tandis qu'il se taisait encore - les fourberies du petit espiègle étaient-elle si imprévisibles ... ? Courait l’apporter, tournant le dos au mauvais esprit et mauvais plaisant. Mais ... Elle étouffa une grimace - plissement des yeux quand gronde le tonnerre. Dans son dos, goguenard ... Il chantait déjà, de son horrible voix criarde … Couvrant l’essence du problème par une étincelle nouvelle.

- Sorcièèèère, sorcièèèère, ‘conte-moi la dernière
Combien d’gamins t’as croqué hier
Pouce pouce, tas d’vieilles grands-mères
S’tu réponds pas, prends garde à ton …

Pearl s'éclaircit la gorge avec insistance, tendit la tasse à Luce avec tant de nervosité qu’elle en renversa la moitié sur le sol. Et enchaîna, d’un soupir, l'air navré :

- Oh quel grossier personnage, vous ne trouvez pas ? Cela me contrarie qu'il ... J’ai tout fait pour éviter qu’il ne sorte de sa thé …

-Sorcièèèèèère, sorcièèèère, ‘conte moi la dernière
Vlà j’suis pas d’humeur rancunièèèère
Combien d’nains t’as fris la semaine dernièèère ?
S’tu réponds pas, prend garde à ton …

Haussement d’épaules, grande inspiration. C’était là, maintenant que Pearl se devait de jouer son rôle. Et d’un pauvre air désolé, battant des cils :

- Vous comprenez, les théières d’invocation … Je me suis disputée avec ce fantôme – il avait dit des mots orduriers, en présence de mes invités ! Des invités de marque ! – et depuis dès que je le sors … Car je suis faible, j'ai pitié de ses petits enfermements ... Depuis, Il n’a de cesse de m’attirer des ennuis. Vous voyez, il profite d’une soit-disant ressemblance et d’un jeu de mots déplacé pour me mettre en fâcheuse posture …

Regard inquiet alentours, coup d'œil suppliant vers la théière, puis vers l'horizon, entre les cotillons de la fête improvisée. Apercevrait-elle, au loin... ? Et de glisser à l’oreille de Luce, sur le ton de la confidence – froufrous gracieux du pouvoir des suggestions :

- Je ne vous l’ai pas dit, mais j’ai été … Photographe familiale. Et dessinatrice à mes heures perdues. Alors oui, j’en croque, des enfants, tout le temps ! C’est le … plus aisé … A dessiner, voyez. Ça … Ça prend moins de place dans … Sur la feuille.

Elle se retourna, fusilla du regard le petit spectre qui se gondolait de rire – au sens propre. Au moins, on n’entendait plus ce qu'il se passait - s'était passé ? - tout autour. Mais chaque seconde, les fils se resserraient doucement – et elle était là, vulnérable, à se demander : A quand le nœud du drame ?! Quand Alice réapparut comme une fleur, Pearl remarqua tout de suite la tâche couleur confiture sur le bas de sa robe, n'osa la signaler, ayant épuisé son quota d'excuses idiotes et d'explications alambiquées.

Et dans l'ironie sucrée du Bois Griotte, elle se demanda, la rôtisseuse, inquiète, toujours plus inquiète, si la catastrophe, l'élément déclencheur, viendrait d'une simple et minuscule tache de sang ...
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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Lun 9 Aoû - 22:14

Il est, en ce monde, d'extraordinaires facilités de scénario que seules permettent les fées naïves et les rencontres improbables. Ainsi, la riante Blue adressa un signe de la main à l'enfant sanglante et au bellâtre stupide, en toute innocence, sans se douter… comment aurait-elle pu seulement imaginer que le Brandon allait finir en pique-nique improvisé pour nains de sortie? Non vraiment, Ludiwine allait juste… l'égarer un peu, ma foi, peut-être éventuellement l'abandonner dans une quelconque clairière… Le fatiguer, le lasser, puis revenir… sans cet importun qui aurait bien fini par comprendre qu'il gênait. Aussi ne se rendit-elle pas compte de la gêne d'Almanzine, de sa panique, trop occupée à déplorer d'avoir fini sa tasse.

- Je t'ai dit, n’est-ce pas, que j’habitais aux abords du bois Griotte … Tu as entendu ces sinistres histoires de nains cannibales ? Figure-toi qu’ils mangent des enfants, c’est tout à fait scandaleux …

Regard bleu surpris. Oh… oh vraiment?

- Il y en a encore? Je pensais qu'ils restaient davantage… loin des sentiers et des zones couramment parcourues… Tu penses qu'il y a réellement un risque, s'ils restent dans les environs?

Et une inquiétude nouvelle étreignit Luce, une petite réticence empoussiérée d'irresponsabilité, alors que son regard d'azur étoilé tentait de percer l'ombre ocrée des frondaisons… puis renonça. Quand on est une fée bleue, rester inquiète bien longtemps… Et puis, tout ne pouvait que bien se passer. C'était le conte qui le voulait, c'était le rêve… Et au pire, quoi? On se pince, on s'ébroue, et tout se termine… Luce est un songe de Lust, après tout. Rien ne saurait lui arriver de trop fâcheux… Et son attention papillonna, s'éloigna du souci en quelques battements d'ailes trop légers. C'était pour Lust, les angoisses et les tourments, pour Lust, le malheur et le cœur froissé, pour Lust enfin les troubles moraux et les demi-honnêtetés…

Aussi, ne fit-elle pas réellement attention au malaise attentif qui s'emparait de la clairière, doucereusement, tout au plus, par réflexe, fit-elle mine s'écouter… Mais la fée, le plus souvent, faisait preuve d'une joyeuse inconscience qui consolidait tout aussi bien son masque qu'elle se montrait parfois dangereuse. La nonchalance extrême, surtout dans son travail… n'était pas recommandée. A sa décharge, peut-être, une distanciation lente des choses de ce monde, un sens des réalités quelque peu altéré, une frivolité si bien affectée qu'elle en devenait, la plupart du temps, naturelle. La fée perçut toutefois, enfin, la nervosité craintive de sa correspondante, leva les yeux vers elle alors qu'aimablement, Almanzine lui resservait à boire…

Pour sursauter de surprise en surprenant une silhouette aux courbes pleines s'extirper du bec de la théière, s'étirer, un éclat de malice de mauvaise augure dans ses yeux d'ectoplasme… Imagine t'on, d'une théière!
Elle s'y attendait à peu près autant que de voir BBW débarquer en goguette et danser le french-cancan. Chose qui aurait pu au demeurant être intéressante si elle avait eu un caméscope. Tout à son hébétude, elle ne put que bafouiller un avertissement inepte que déjà, le fantôme lâchait ses accords grinçants.

- Oh quel grossier personnage, tu ne trouves pas ? Cela me contrarie qu'il ... J’ai tout fait pour éviter qu’il ne sorte de sa thé …

Grossier… oui. Luce ne parvenait pas à lâcher du regard le petit spectre chanteur -tant bien que mal- et ses circonvolutions brumeuses. Elle hocha la tête aux explications précipités… Une soi-disant ressemblance? Peut-être. Mais si peu! Si peu, ironiquement, douloureusement, si peu. La fée bleue, en bonne aveugle et naïve de spectacle, ne se doutait pas… Mais ici, ici, son Almanzine de papier était plus masquée encor que ne le permettaient, dans leurs conversation coutumières, les lignes douces et les échanges trop naturels. Elle jouait les Elvire, Blue, sans même s'en apercevoir… Les yeux bandés, au bord du vide. Aussi, comment aurait-elle pu songer…?

-Je ne te l’ai pas dit, mais j’ai été … Photographe familiale. Et dessinatrice à mes heures perdues. Alors oui, j’en croque, des enfants, tout le temps ! C’est le … plus aisé … A dessiner, vois-tu. Ça … Ça prend moins de place dans … Sur la feuille.

Ca prend moins de place dans… sur la feuille. Lust aurait relevé les ouvertures béantes, les incohérences-meurtrissures du discours. La traqueuse aurait eu oh, peu de choses… Une intuition, un prétexte, une petite méfiance… Une petite alerte, dans la lueur joyeuse de son regard… Luce eut simplement…

- Ah vraiment? C'est formidable, il faut absolument que tu me montres! Moi je n'ai aucun talent artistique. Enfin si, je sais danser, mais… Oh, peu importe, il faudra que je vois ça. Je suis sûre que c'est très beau.

… simplement un enthousiasme démesuré, ignorant avec superbe les ricanements du fantôme, et le reste de l'assemblée qui s'était éloignée, visages réprobateurs et froufrous-murmures outrés. Comment! Si on osait… Vraiment c'est honteux! Et ce spectre moqueur? Quelle infamie! Mais de qui se moquait-on? A vrai dire, Blue ne s'en aperçut même pas, rompue qu'elle était aux mépris et aux petites craintes… de voir sa moralité dérangée, sa vie un peu bousculée, peut-être? C'est de l'incongru, mais de celui qui dérange. On pardonne les excentricités colorés et distrayantes, mais… La fée bleue s'ébroua mentalement, petit coup de brosse à son squelette d'idées mal-pensantes et de cynisme sans grandeur. Ce petit bouillon en soi, à mi-chemin entre conformisme et révolte, cette toute petite flamme… voilà longtemps que la fée n'y faisait plus attention. Longtemps qu'elle l'avait étouffée…

Et ce cercle qui résumait sa vie -et un peu, sans qu'elle le sache, celle de sa chère Almanzine- ce trou de lumière fut percé par Ludiwine. Revenant seule, joyeuse, souriante et sautillante… les mains pleines de sang incrusté, du sang jusque dans le creux de ses yeux rieurs. Meurtrière innocence! Petit monstre au visage d'ange, poupée tordue. Mais la fée-fleur était aveugle, aujourd'hui.

Aussi, oubliant ses engluements tristes, ce fut un sourire -et un signe de main!- qui saluèrent l'assassin retour, un clin d'œil complice, admiratif même… et puis la tache, l'unique note rouge fissurant le concerto, ne put que lui sauter aux yeux. Blue sembla se décomposer, la compréhension, lentement, affleurant dans son esprit… elle fronça les sourcils, le regard indéchiffrable, empoigna son sac à main et…

- Oh Ludiwine! Tu t'es salie… Tu t'es fait mal ou c'est la confiture? Je dois avoir des pansements, ou de quoi nettoyer, viens là.

Et de la main de la justice les preuves allaient disparaitre… Dans un sursaut de bienveillance si sincère qu'elle en aurait presque pitié d'elle, plus tard… plus tard. Quand elle réaliserait… Mais pas tout de suite. C'est l'heure des frivolités et de l'irresponsabilité. C'était l'heure…

D'être traversée et coupée dans son élan par la sensation particulièrement réfrigérante d'avoir un fantôme à travers soi. Et puis c'est la stupeur horrifié: c'est que le monstre se saisit des tartelettes -les Tartelettes!- et les lance sur les convives! Sans cesser de chanter ses couplets insultants et sombrant, peu à peu, dans une grossièreté de mauvais aloi. Les tasses, les tasses! Et les éclats de porcelaines!
Par un réflexe fulgurant, la fée attrape au vol la soucoupe qui fondait vers le visage d'Almanzine. L'esprit de la théière éclate d'un rire strident et tout particulièrement désagréable, ondule, frissonne dans les airs, tourbillonne…
Sans grand espoir, Lust s'arme d'un grand chapeau abandonné (certainement dans une fuite précipitée!): car il faut faire quelque chose!

- Mesdemoiselles, désolée, mais je crains fort… Que nous nous devions de récupérer ce… cette chose avant que ça n'empire. A moins, Almanzine, que tu ne sache comment l'apaiser?

Elle se demanda, brièvement, quelle serait l'utilité de son chapeau - l'utiliser peut-être en guise de filet à papillon de fortune? Un bouclier, peut-être? Ou tout cela à la fois?
Le petit être chantant et grimaçant lui tira une langue vaguement laiteuse et translucide…
Sorcière, sorcière… Prend garde à ton…

- Grenouille à cheveux, jura Lust, sans conviction.

Dans un chuintement feutré, frissonnement soyeux des floraisons de chitine, les voiles d'azur se déployèrent dans son dos…

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MessageSujet: Re: Mots et mets [PV] Lun 6 Sep - 17:23

Dans les songes innocents d'enfants trop aimables, cette tâche pourpre n'aurait pu être que le rouge d'une confiture à la fraise qui aurait eu le malheur de se glisser jusqu'aux tissus blancs le matin même, ou bien devait-elle cette discordance dans sa panoplie de Petite Fille Modèle aux tartelettes du banquet que son manque d'adresse avait pu conduire à échapper. Ce n'était qu'un détail quotidien insignifiant, une maladresse de tous les jours, comme lorsqu'une assiette nous glissait des mains pour mieux embrasser le sol. Mais cette tâche là, lourde de sens, n'avait rien d'anodin, et semblait à l'image même de la petite poupée. Car tout comme cette goutte de sang venue souiller l'immaculé de ses vêtements, Alice avait -inconsciemment pour tous et consciemment pour les deux épouvantrices- brisé l'harmonie qui aurait dû régner dans la clairière du Bois Griotte, lors de cette réception. Elle était cette « tâche » sanglante, cet élément perturbateur que sous-entendait le scénario de par ce masque d'innocence que l'actrice avec su revêtir et saurait garder. Il lui suffisait de quelques mots, d'un ordre pour que tout cela prenne fin, et que les épouvantrices retrouvent leur identité. Alors, oui, les masques de mensonge tomberaient, il ne resterait qu'elles, deux tueuses, deux criminelles, et les héroïnes qu'elles avaient pu être s'évanouiraient tandis que les pics argentés de la fillette fouilleraient allègrement la chair des convives.
Mais Alice n'était pas une comédienne assidue: elle se fichait éperdument du regards de ces derniers, de ce qu'ils pourraient conclure en la voyant revenir seule et tâchée d'un rouge douteux. Avaient-ils simplement remarqué son arrivée, son entrée en scène ? Tous semblaient bien occupés à bavarder, de tout et rien, comme s'ils se connaissaient depuis toujours.

La fillette s'était empressée de rejoindre ses deux compagnes, qu'elle n'avait pas tardé à apercevoir sitôt qu'elle fut arrivée à l'entrée de la clairière. Il lui semblait d'ailleurs que certains abonnés s'étaient volontairement éloignés d'elles, et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle remarqua le petit fantôme et sa théière ! Elle ne put s'empêcher de sourire: elle ne serait visiblement pas le seul élément perturbateur, et les coins de sa bouche se soulevèrent un peu plus dès qu'elle fut assez proche pour comprendre les paroles de la chanson. Alice ne put qu'apprécier cette audace, ces vilaines et vicieuses taquineries. Il ferait un bon compagnon dans le tourment d'autrui, et l'après-midi devenait de plus en plus intéressant.
Alice ne redoutait en aucun cas la réaction qu'auraient les deux femmes. Quelle importance ? Cette réception n'était qu'une comédie antique. Une fêlure de plus ou de moins, parmi celles de d'une fée tendancieuse et d'une rôtisseuse trahie, n'y changerait rien...

« - Oh Ludiwine! Tu t'es salie… Tu t'es fait mal ou c'est la confiture? Je dois avoir des pansements, ou de quoi nettoyer, viens là. »

...mais elle pensait cette Luce un peu moins naïve et bien plus réfléchie. Durant les secondes qui suivirent sa question, Alice resta silencieuse, réprimant un sourire moqueur. Elle ne pouvait lui en vouloir -si l'on considère que la fillette était capable d'éprouver un quelconque sentiment de rancune- sa panoplie d'innocence frôlait une perfection illusoire.

« Me blesser ? Voyons, comment aurais-je pu … ? »

Un battement de cils. Puis deux. On colmate les brèches par des sourires, on feint avec application la crédulité. Ah, je me suis tâchée ? Zut alors. On prend l'air faussement affligé en constatant les dégâts.

« Je n'ai rien fait qui m'aurait amenée à me blesser ! Cela ne doit être qu'un peu de confiture. Oh ! Et il y avait ces fraises sauvages … J'aurai dû faire plus attention ! Elles étaient délicieuses, et leur couleur … »

La fillette ne put s'empêcher de tourner la tête vers la sorcière, et de lui soumettre un large sourire dont elle n'aurait aucun mal à deviner le sens. Et ce petit pic lancé à tout hasard, cette provocation camouflée par ces amabilités, n'avaient pour but que de lui rappeler qui elle était vraiment: une sorcière cannibale, de ceux qu'on abhorrait au point de les traquer, pour avoir causé le malheur d'une mère ou d'un père et non de ceux qu'on pouvait apprécier voire admirer en tout simplicité, des gens tout ce qu'il y avait de plus sympathiques comme Almanzine. Mais aussi qu'à tout instant, Alice pouvait reprendre le dessus sur Ludiwine, et redevenir cette poupée cruelle. Ah, quelle était terrible, la jolie poupée de chair et de sang.

« D'un rouge tout à fait charmant ! On aurait presque dit qu'elles étaient recouvertes de sang... J'aime cette couleur. Elles ont tout de suite attiré mon regard ! Puis elles avaient l'air tellement appétissantes ... »

Alice posa un doigt sur le coin de ses lèvres, comme pour appuyer sa dernière phrase.
Mais alors que la fée s'approchait d'elle pour l'aider à se débarrasser de la fameuse tâche, elle fut comme traversée par un courant d'air qui n'était autre que le petit fantôme farceur. La fillette sourcilla à peine: il lui semblait que la théière appartenait à la sorcière, elle n'avait donc pas à se sentir concernée par la fuite de l'esprit. Mais lorsque ce dernier s'empara des tartelettes pour les lancer sur les convives, la réaction d'Alice ne se fit pas attendre, et fit écho à celle de la fée bleue.
Les mains sur les hanches, une moue au bout des lèvres et les sourcils froncés, la jeune épouvantrice parut consternée.

« Les tartelettes !! Je n'avais pas encore eu le temps de goûter celles au citron ! C'est ignoble ! Affreux ! »

Le fantôme de la théière se tourna vers elle, les objets du crime en main. Il brandit l'un d'eux, s'apprêtant à barbouiller son doux visage de ce rouge qu'elle aimait tant, lorsqu'elle fit discrètement glisser une autre convive devant elle. Cette dernière reçut au visage toutes les pâtisseries tandis qu'Alice n'eut que sa robe d'atteinte et la tâche de sang se perdit dans le rouge des tartelettes sur les bords du jupon. En somme la fillette s'en tirait bien, en toute discrétion. Elle épousseta les pans encore immaculés de son vêtement puis se permit un regard vers la malheureuse qui venait de lui servir -malgré elle- de remparts contre les munitions sucrées. Celle-ci ne semblait pas s'en être rendue compte et affichait un air perplexe.
Alice se mit sur la pointe des pieds, sortit un mouchoir en tissu d'une poche perdue dans le blanc de sa robe et tamponna délicatement le visage de son bouclier de fortune.

« Faites attention. »

Puis elle s'assit sur l'une des petites chaises en osier blanc ...

« Almanzine, c'est votre fantôme, n'est-ce pas ?! Pourquoi diable l'avez-vous amené ici ? »

En toute simplicité.
Du moins, cela aurait dû. La seconde rafale de tartelettes ne manqua pas: la robe d'Alice était bel et bien fichue. Si les pans étaient faciles à rattraper, la dentelle, plus délicate, semblait fichue. Mais sa robe était blanche. Pas rouge. Elle l'avait achetée blanche et la voulait blanche. Le bras droit de Big Bad Wolf se leva d'un bond, furieuse.

« Ma robe ! Elle était neuve ! »

Alice écrasa de ses talons vernis un morceau de porcelaine brisé qui se trouvait à ses pieds.

« Effectivement, ce...cette chose doit retourner dans sa prison de porcelaine ! Et vite ! »


« Frou-Frou, ils volent les papillons pourpres ...
Pourquoi sont-ils si rouges ?
A cause des lèvres de Lady Ann ?
A cause des fraises qu'elle aime tant ?
Frou-Frou, ils volent ...
Pourquoi sont-ils si rouges ?
Suivons les papillons pourpres ...
Lady Ann les a suivi
Et a été dévorée par les louves. »


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Alice Caroll
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