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Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé]

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MessageSujet: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Jeu 17 Déc - 13:36

Nowel était toujours une plaie pour les Traqueurs. Les enlèvements se multipliaient, les appels à l'aide jaillissaient de partout et les lutins courraient dans tous les coins. Bref, la fatigue guettait et le surmenage pointait le bout de son nez à chaque pas.

Non que Lucian ne s'en plaigne, bien sûr. Il avait choisi son travail lui-même, après tout. Simplement, parfois, il se sentait peut-être parfois un peu fatigué. A la réflexion, c'était probablement lié à la nuit d'une heure qu'il venait de passer – il s'était porté volontaire pour faire partie des premières patrouille et sa voisine avait eu besoin d'aide pour maîtriser son sapin, devenu fou furieux vers onze heures du soir.

Se frottant les yeux d'un geste un peu lourd, il se permit de respirer un peu avant qu'un cri n'attire à nouveau son attention. Une voix d'enfant hurlait de toute la force de ses poumons à quelques rues de son poste. Il se mit à courir, Vérité à la main. Lucian était patient, mais il y avait des limites et il n'était pas sûr que tirer sur un lutin de Nowel compte vraiment comme un assassinat – ceux-ci lui semblaient tous clonés sur le même modèle, et trop ricanant pour mériter le titre d'être pensants.

Il sentit une pointe de plaisir à l'idée d'en voir couler du sang verdâtre, la jugula avec la même méticulosité implacable qu'un chirurgien ampute une tumeur et tourna plutôt ses pensées sur sa tâche actuelle. L'enfant était toujours sur place quand il arriva dans la ruelle : le gosse se défendait avec une férocité et une verdeur de langage assez effrayante avec son âge, même si les lutins étaient en train d'achever de le maîtriser - manœuvre complexe et dangereuse étant donné que le spécimen ne cessait de se dégager et d'esquiver les coups pour mordre sauvagement ses attaquants. Le Traqueur hésita. Impossible de tirer, il pouvait toucher l'enfant. Il fondit donc dans la masse verte qui s'affairait – tout à fait platoniquement – sur la féroce miniature et lutta pour en extraire quelque chose qui ne soit ni vert ni coiffé de rouge.

Ce qui s'ensuivit fut imputable, il devait l'avouer, à sa propre stupidité. Occupé depuis minuit à protéger la veuve et l'orphelin tout en tâchant de neutraliser l'engeance verdâtre, tout homme normal aurait sans doute cédé à la même imprudence. Bref, quoiqu'il en soit, il ne fit absolument pas attention à ses arrières, trop affairé à jeter des lutins au loin pour récupérer son objectif. Il sentit quelque chose atterrir sur ses épaules, leva le bras pour l'attraper et se prit le coup fameux dit du « coup sec derrière la nuque ».

La main crispée sur le bras de l'enfant, il perdit connaissance sur-le-champs.


Dernière édition par Lucian Hauer le Sam 28 Aoû - 10:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Lun 21 Déc - 20:14

Le soir de Nowel était synonyme d'effroi pour beaucoup d'enfants, et pour Søren par la même occasion, le pauvre ramoneur étant ce que l'état apelle " sans domicile fixe ou itinérant ", n'étant armé d'aucune carriole, d'aucun taudis, sinon de la modeste casquette qui surplombait ses cheveux emmêlés. Autant dire que face à la rage lutine, il n'avait pas grand chose de défensif à proposer. N'ayant jamais été enfant ni très social, le ramoneur n'avait jamais entendu parler de quelconques traditions joviales. Nowel était en tout et pour tout une menace pour son être. C'est pourquoi il s'était longtemps tenu à l'écart des villes et des routes trop fréquentés ces soirs là, veillant à ne pas se faire repérer par les choses qui hantaient les nuits. Mais après avoir entendu à de nombreuses reprises des parents se plaindre de la disparition d'enfants le soir de Nowel, le coeur justicier du petit ramoneur n'eut pas le temps de battre une seule fois avant qu'il ne se dise qu'il devait voler au secours de ces innocents. Le poing serré de détermination et l'arme à la main, le ramoneur s'en alla au devant de son destin ce soir là, osant entrer dans la ville menaçante.

Les lutins étaient fort tapageurs, et n'avaient pas peur de ce qu'on pourrait bien leur faire. Et visiblement, personne n'oserait jamais leur faire. Les portes étaient toutes verouillées, les volets clos, et les habitants souvent bien à l'intérieur. Le ramoneur se tassa dans les ombres, usant de sa discrétion naturelle et de la couleur sombre de son être pour ne pas être repéré par les ligues farouches des lutins verts, si petits qu'on oublierait presque leur présence, si ils n'étaient pas aussi bruyants. Il ne croisa personne en difficulté les premiers temps, si bien qu'il se demanda si les rumeurs étaient vraies, ou si ce n'était pas plutôt les gamins qui fuguaient et mettaient tout sur le compte de ces pauvres être, uniquement parce que leur tête ne revenaient pas aux humains. Sa poussée de pitié cessa au moment même ou une nuée de lutins s'en prirent à un gamin imprudent ayant voulu profiter de la paranoïa ambiante le soire de Nowel pour effectuer de menus larcins. Le consultant, très convaincu par ce qu'il faisait, vola au secours du gamin et assoma d'un coup de balai la créature qui lui mordait le bras, se mettant à la place au coeur du chaos. Une fois l'ancienne victime dégagée des lutins, il éleva la voix

    « Cours, vite ... »

L'enfant ne se le fit pas dire deux fois et prit les jambes à son cou. Pendant ce temps, le ramoneur se fit une joie de repousser ceux qui voudraient le poursuivre. Une fois l'enfant hors de vue des infâmes créatures, il sourit, avant de faire quelques pas en arrière. Une bonne chose de faite, maintenant, il fallait voir dans les autre quartiers si... Ah ! Mais on le tirait ? Quelque chose tirait sur son écharpe. Un lutin ! Mais, ne s'en prenaient-ils pas qu'aux enfants, d'habitude? Enfin, c'est ce qui lui avait semblé comprendre en écoutant les discussions des dames l'autre jour ! Il aurait du rester sur son opinion de départ...

    « Mais, mais, arrêtez !... S'il vous plait. »

Ne pas oublier la politesse. Søren se débattit, tira sur son echarpe pour se dégager, ne pensant pas une seconde à s'en débarasser. Après tout, il l'avait payée près de 20 yubas, et elle n'avait que sept ans ! De plus, le fait qu'ils bloquent l'arrivée d'air à son corps ne le dérangeait pas plus que ça, l'air étant un confort plus qu'une nécessité pour lui. Il s'obstina à les raisonner, les repoussant à coups de balai, étant peu à peu enseveli sous le nombre, malgré les coups de pieds et ses protestations ô combien véhémentes et autoritaires.

    « C'est gênant, messieurs, veuillez cesser, et par la même occasion... v-vous ne devriez pas vous en prendre à d-des enfants sans déf... »

Un violent coup se fit ressentir sur son crâne. Le ramoneur étouffa une exclamation. Il tituba, sentit sa vision se voiler, essaya de donner un dernier coup de son balai, avant de s'affaler, sans connaissance.


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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Mer 30 Déc - 1:20

    De l’inconvénient de venir en aide à la veuve et à l’orphelin. Faisant fi des tentatives infructueuses pour les neutraliser et des extrêmes politesses qu’on voulait leur adresser, les lutins trépignent, et s’empressent de ligoter leurs proies dûment assommées. Et ça ricane, ça ricane, ça saute dans tous les sens, ça chante d’immondes chants de Nowel ! Il y a bien lieu de se réjouir, après tout : à la place d’un seul enfant, certes coriace, voilà qu’ils vont ramener deux hommes, oui, deux hommes, bien plus grands, et plus robustes : de quoi faire exploser les rentabilités ! Imaginez : un homme, ça fabrique bien plus de jouets, ça en porte plus, et des plus lourds … Et ça, même un verdâtre lutin de Nowel peut le comprendre – le père Nowel n’a pas institué de longues et coûteuses formations pour rien, après tout. C’est de là d'ailleurs que vient l’efficace « coup sec derrière la nuque » : pas moins de deux ans de pratique sur travailleurs récalcitrants et accidentés de la motivation, au bas mot, pour arriver à ce résultat ... L’enfant, lui, il est déjà bien loin, à ouvrir ses cadeaux, à en réclamer d’autres, à raconter son héroïque combat contre des lutins armés jusqu’aux dents – ou reprenant ses méfaits un peu loin, ce qui serait plus rageant.

    Les lutins, quant à eux, ne perdent pas leur temps : finies, les réjouissances futiles, ils chargent dans un traîneau leur capture, et la recouvrent d’une couverture de laine un peu miteuse – autre bienfait de la formation : évitons que la cargaison ne gèle en route. Et plongés dans un doux sommeil sans rêves, Lucian et Soren volent à leur tour vers les profondeurs glacées de Malkins, terres inexplorées.

    A peine arrivés au pays des Banquises, les lutins déversent sans vergogne leur chargement, et s’envolent tout aussitôt, pour en ramener d’autres. Que les effets de l’efficace « coup sec derrière la nuque » ne durent pas aussi longtemps chez des adultes robustes et rentables que sur de frêles et jeunes enfants ne leur vient pas à l’esprit. C’est donc sur une banquise désolée que se réveillent nos deux acolytes, liés par le sort.

    Au loin, là-bas, quelques sapins qui se dandinent, orée de la forêt des Chats Peints. Un peu plus vers la droite, la silhouette diffuse d’un village endormi. Et devant eux, un ciel coloré à l’aurore boréale, un banc de pingouins chanteurs, et la perspective de mourir de froid, s’ils ne se décident pas bien vite à faire quelques pas. Mais gare, la banquise trop blanche recèle bien des cachettes renfermant les objets les plus incongrus, les armes les plus bizarres, et les jouets les plus douteux ...
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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Jeu 31 Déc - 15:34

Lucian se réveilla avec un mal de tête qui se dissipa rapidement. Il avait froid, ce qui était normal. Le sol était blanc et lisse sous ses doigts, ce qui était moins normal. Il redressa la tête, jeta un coup d'oeil autours de lui. Il était dans un lieu plat et blanc. Une forêt se laissait deviner à l'horizon, des maisons un peu plus loin - un village, peut-être.

Lucian n'était pas bête. Il avait entendu parler de Bankhize Land, de sa forêt étrange, du village des travailleurs. Il n'avait pas entendu parler, par contre, de l'homme inconscient à ses côtés - un type à l'air un peu miteux, avec une brosse crispée dans la main, un ramoneur de cheminée peut-être. Il recula un peu, au cas où il se serait agi d'un psychopathe ou de quelque chose du même genre, et l'examina en espérant pouvoir prendre une décision à force d'observation. Si l'inconnu avait lui aussi été assommé, il prendrait de toute façon plus longtemps que Lucian à se réveiller. Tout le monde n'avait pas son don de récupération.

L'homme n'avait pas l'air d'un criminel, décida-t-il. L'ennui, c'est que beaucoup de gens n'avaient pas l'air de criminels, ce qui ne les empêchait pas de trucider parfois leur prochain - il en avait fait la trop amère expérience par le passé, après tout. Il s'approcha donc pour palper ses jambes, ses mains et son torse sans y trouver de machette parlante. Au vu de sa récente expérience, la chose le rassura quand même un peu.

Il réfléchit. Le ramoneur ne s'était toujours pas réveillé. Hésitation. Il lui tapota l'épaule à titre d'expérience. Toujours pas de réaction.

Espérant que l'inconnu lui pardonnerait lorsqu'il se réveillerait, il se résigna donc à user de la méthode dite des "gifles rapides et pas trop fortes en attendant le réveil du patient" et, le poussant délicatement sur le dos, s'agenouilla à côté de lui pour mettre son remède à exécution Celui-ci fonctionna à merveille. Il croisa le regard de son nouveau compagnon et, impassible, le salua.

- Bonjour. Mal à la tête ?

D'abord, vérifier l'état des troupes. Ensuite, chercher un abri loin du froid. Il pouvait faire repousser ses doigts et ses orteils s'ils tombaient mais il n'était pas sûr que ce soit le cas de l'inconnu.

Et bien sûr, après, il faudrait qu'ils songent à chercher comment sortir de l'île. Ca risquait d'être plus compliqué.

Il haussa mentalement les épaules. Ils y réfléchiraient... plus tard.
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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Mer 6 Jan - 20:02

Alors, il était attaqué par des lutins verts, et ces lutins s'en prenaient à un enfant sans défense. Après, il ne se souvenait pas vraiment. C'était bien ennuyeux. Comment pourrait-il le sauver, si tout s'arrêtait ici ? Une image s'était figée dans le noir. Comme une peinture. Son inconscience se fit angoissée. Se figerait-il lui-même ? Mais voilà que ces lutins se remettaient à l'attaquer. Les images pouvaient peut-être se remettre à défiler, et sa vie continuerait en oubliant ce petit interlude. Les tapes régulières qu'il recevait sur ses joues finirent de le ramener à la réalité, et ses yeux gris papilllonèrent avant de pouvoir focaliser une image dans son champ de vision. Alors qu'il allait se mettre à s'agiter, pensant avoir affaire à une bande de lutins, il aperçut un homme qui, de tous points de vue, avait l'air humain. Il se tut simplement, en se redressant prestement, évitant le regard de celui qui l'avait réveiller

    « Mh ? Euh. Non. Pardon. »

Il n'était peut-être pas évident de le saisir, mais il s'excusait pour le dérangement qu'il avait dû provoquer, et la perte de temps forcément liée. Søren voulut se lever, un instant.
Le ramoneur porta une main à sa tête, se rendant compte avec tragédie que son chapeau n'y était pas campé. Mais en jetant un petit regard à la neige, il retrouva bien vite la casquette qu'il vissa sur sa tête, masquant à moitié l'anormale peau grisâtre de la peinture. Attendez. Il y avait quelque chose de peu normal. Søren leva un peu le regard du tas de neige. Encore de la neige. Et plus loin, toujours plus de neige. Et après, il y avait le ciel. Aucun bâtiment ressemblant à la ville où il se battait n'était en vue. Et en fait, ce paysage ne lui disait absolument rien. Pourtant, il avait voyagé plus de dix années consécutives sur les routes de Malkins, il pouvait en reconnaître presque les plus petits sentiers, et une étendue plane aussi grande... Jamais entendu parler ! Il cligna une fois, deux fois des yeux, avant de regarder celui qui l'avait reveillé, craignant un instant que lui aussi ne s'était évanoui dans la neige.. Mais non, ses cheveux blancs ne s'étaient pas encore mués en flocons. Un petit soulagement eclaircit le sombre tableau de la situation.

L'homme ne semblait pas menaçant... Mais il était la seule âme vivante ici, il devait bien avoir une explication plausible à ce qu'il se passait ! Le petit homme de peinture regarda une seconde l'inconnu. Celui-ci semblait attendre quelque chose aussi. Quelque chose de lui ? L'escogriffe hésita, regardant tour à tour la neige et l'anonyme, un peu pataud, un peu penaud. Allez, il ne risquait rien.

    « Excusez-moi, monsieur, s-s-sauriez vous... où nous nous t-trouvons ? »

Il faisait froid, en tous cas, bien plus que dans la ville ou dans la campagne. Peut-être y avait-il un plateau sur une montagne éloignée qu'il n'avait pas visité ? Disons que le froid ne faisait pas vraiment de bien à ses pigments, et on le retrouvait souvent près des bouches d'aération des boulangeries à se réchauffer comme il pouvait à la fumée parfumée qui s'en échappait. Pauvre gueux qu'il était, platane aux allures de clochard. Il avait beau avoir un certain succès en tant que chasseur de primes, et la rumeur d'un ramoneur justicier masqué désespérement anonyme ayant beau faire son chemin, il était condamné à être un manant. Donner l'essentiel de son salaire au premier mendiant venu n'était peut-être pas le meilleur moyen de se réchauffer. Mais de toutes manières, tout l'argent du monde n'aurait rien valu, ici... Il trembla, et de sa petite voix grave, ajouta

    « La bas, c'est un.. abri ? »

Sa main suivit ses paroles, désignant une forme floue au loin. Priant silencieusement, d'un petit regard éploré, qu'il accepte de ne pas le laisser aller vérifier par lui même.


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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Dim 31 Jan - 20:07

L'inconnu s'éveilla, un peu agité. Il se calma en voyant Lucian et se redressa, les yeux baissés. Timide.

« Mh ? Euh. Non. Pardon. »

Parlant, lui aussi, le langage du Minimum-de-Mots-dans-une-Phrase, Lucian comprit, ou à peu près, le message qu'on cherchait à lui transmettre.

- Pas de problème.

Un geste inquiet à sa tête. L'homme cherchait manifestement un couvre-chef, qu'il découvrit non loin. Il laissa son compagnon s'accoutumer aux lieux. Il lui parlerait bien s'il y avait un problème. Lucian ne voulait pas l'effaroucher. Il avait l'air assez paniqué comme ça et Lucian n'était pas bon pour rassurer les gens.

« Excusez-moi, monsieur, s-s-sauriez vous... où nous nous t-trouvons ? »

- Bank'Ize Land, répondit franchement Lucian.

Il hésita. Peut-être qu'il n'aurait pas dû dire les choses si abruptement. La nouvelle n'était pas bonne. Personne n'avait jamais réussi à s'échapper de Bank'Ize Land, après tout. Et ses collègues Traqueurs avaient tendance à déguiser un peu la réalité lorsqu'ils annonçaient une mauvaise nouvelle, pour réconforter les gens. "Il est mort sans souffrir, madame, il n'a même pas comprit ce qui lui arrivait". Ou "Je vous jure que je ne comprends pas, Capitaine, la réserve de beignet était pourtant intacte à mon départ".

Le temps qu'il résolve cet épineux problème moral en décidant que, de toute façon, son manque d'imagination n'aurait pu suffire à présenter la situation de manière réjouissante, l'inconnu avait déjà repris la parole. Il tremblait. Peut-être avait-il froid. Devait-il lui donner sa veste ? Prévoyant, le Traqueur avait embarqué un blouson épais fourni par l'Etat à ses courageux agents. En dessous, il avait un pull bien chaud qui lui suffisait, sa température corporelle étant naturellement un peu plus haute que la moyenne. Cependant, il n'était pas sûr de pouvoir braver le froid sans manteau.

« La bas, c'est un.. abri ? »

Là-bas désignait une sorte de butte proéminente. Lucian hocha gravement la tête.

- On peut toujours aller voir.

Sur ces mots altiers, il ôta son manteau et le posa sans un mot sur les épaules du jeune homme. Le devoir d'un Traqueur était de protéger les citoyens et, kidnappé ou non, Lucian était toujours en service. Fouillant son sac, il y trouva l'écharpe qu'il avait destinée à Goldilock et, formulant une excuse mentale envers l'intéressée, la noua d'autorité autours du cou de son compagnon. Enfin, il lui tendit les gants qu'aurait dû avoir la jeune femme. Ce n'était pas avec ses habits pelés que le vagabond survivrait.

Sur quoi, s'instituant chef de groupe, il ouvrit la marche. Mieux valait un immortel pour explorer une terre inconnue.

Ce qui était tout aussi bien puisque, dès qu'il parvint à hauteur du monticule, une petit soldat de plomb jaillit du sol - ou plutôt de la cache creusée à même le sol au pied de l'édifice - pour lui tirer une balle dans la tête. Elle était trop petite pour qu'il ressente un réel dommage, traversant son bonnet bleu presque sans laisser de marque, mais eut le temps de détruire quelques zones du cerveau. Il ne réfléchit même pas et s'avança d'un pas vif vers la figurine, ignorant les quelques balles que tira encore celle-ci dans l'oeil, la gorge et le crâne avant de s'écrouler finalement sur elle, mort.

Même avec le cerveau intact, la stratégie lui avait semblée plus simple qu'une heure passée à guetter une erreur d'attention du redoutable jouet ; là, écrasé, le petit soldat ne pouvait plus bouger. Il n'avait cependant pas compté sur le nounours rapiécé qui rampa à la surface pour tenter de sauver son camarade tombé au champs d'honneur.
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Lucian Hauer
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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Mer 28 Avr - 18:57

La situation n'était pas des meilleures, dirions nous. Surtout que… Si il avait bien entendu, ils étaient au pire endroit où ils auraient pu atterrir. Bank'Ize land. Il n'avait percuté qu'un peu plus tard la gravité de leur position. Cet endroit était réputé pour être loin de tout, et surtout, réputé pour n'avoir jamais laissé un de ses prisonniers s'échapper. En d'autres termes, on ne sortait pas de Bank'Ize land. En d'autres termes, ils ne pourraient probablement jamais rentrer. Søren étant naïf comme un chaton qui vient d'ouvrir les yeux, il ne pensa pas une seule seconde que ce garçon pouvait très bien être son ravisseur, ou l'un des survivants de Bank'Ize land qui n'attendraient qu'une seule chose : le dépouiller pour survivre. Il ne pensa pas non plus une seule seconde qu'il mentait. Heureusement pour lui, Lucian n'était pas doué de mauvaises intentions. La peinture n'aurait pas fait long feu, surtout dans un environnement aussi hostile.

Malgré le peu de paroles que prononçait le monsieur, celui-ci semblait coopérer. Sans un mot, il lui imposa d'ailleurs des accessoires élégants, qui n'étaient sans doute pas destinés à se faire porter par le petit ramoneur, à la base. Cela protégeait un peu, mais il ignorait si cela durerait longtemps. Un peu engourdi, il oublia même de refuser l'aide de l'humain, et fit un petit signe timide de la tête afin de le remercier silencieusement, doublé d'un petit regard reconnaissant.

La suite ne se passa pas exactement comme elle aurait dû, étant donné qu'à peine arrivés au monticule couvert de neige, il fallut faire face à un problème d'ordre plus important que le froid, à court terme. Le petit soldat mena une guerre visiblement assez efficace, son compagnon s'effondrant bientôt sur l'être minuscule, l'empêchant de faire quoi que ce soit. Et… On dirait qu'il était mort, à présent. Le ramoneur resta coi une seconde, avant d'appeler son sauveur, le secouant d'une main faisant attention à ne pas libérer le petit jouet du poids du cadavre. Il n'avait pas pu le protéger… Søren s'agenouilla près de lui, et avisa la blessure qu'il avait en pleine tête, et qui ne faisaient pas douter de sa mort. Enfin, en y repensant… L'inconnu avait mené une résistance assez étrange pour un humain. Si ses yeux ne l'avaient pas trahi, la première blessure lui avait été infligée à la tête, et il avait pourtant continué à bouger un moment. Enfin, cela n'avait pas d'importance primordiale, maintenant que son seul compagnon était mort.

Le ramoneur resta silencieux, prenant son chapeau d'une main pour porter un petit hommage à cet illustre inconnu, lorsque quelque chose s'empara de l'écharpe qu'on lui avait offerte si gracieusement, et qu'il commença à l'étrangler. Søren se retourna, ne prenant pas compte de ce manque d'air dont il se fichait entièrement, et tendit une main vers le nounours qui tenait le vêtement, dans le but de l'attraper. Celui-ci regarda un instant les doigts gantés s'approcher, avant de lui bondir dessus. Søren fut bien étonné par la force de la petite chose qui s'accrocha à son visage, essayant de découper son visage à l'aide de griffes qui ne semblaient pas très naturelles pour un ours de peluche normal. Mais après lui avoir infligé une longue estafilade, plus impressionnante que profonde, sur la joue, Søren parvint à trouver une prise sur l'ours, et réussit à l'envoyer voler. Le garçon s'approcha de l'ours, et lui sépara la tête du corps d'un coup sec… Avant de se rendre compte qu'il valait tout simplement mieux le réduire en miettes, ce qu'il fit. Il ne fallait pas que d'autres personnes subissent le coup de ces créatures… Si il y avait d'autres personnes. Søren se sentit très seul, d'un coup, et surtout très désespéré. Qui d'autre que Lucian semblait être doué de raison, ici… ? Il dégagea le soldat de plomb du cadavre de son ancien compagnon, le tenant fermement d'une main, et fronça les sourcils d'un air sévère, tentant de le dissuader de faire quoi que ce soit.
    « Monsieur, peut-être que nous pouvons… »

Ce qui ne marcha évidemment pas, il est bien brave, mais les jouets ne semblaient pas dotés d'un grand sens de la conversation. Le soldat eut tôt fait de récupérer son arme et tira droit dans la gorge du ramoneur. Un ruisseau de peinture perla de sa blessure, et Søren lâcha le soldat, qui voulut tirer de nouveau, avant de se rendre compte que son chargeur semblait vide. Ce qui laissa le temps à Søren de le disloquer de quelques coups de pieds. Mais ce n'état pas fini, visiblement, vu le grand fracas qui s'ensuivit. Søren se retourna, mais se prit les pieds dans le cadavre du grand homme qui l'avait accueilli, et tomba pitoyablement dans un tas de neige, achevant de tremper ses habits. Mais était-ce un mouvement qu'il avait ressentit en trébuchant dans celui qui était censé être mort ?


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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Mer 16 Juin - 18:48

Revenir de la mort avait une ressemblance trompeuse avec le réveil ordinaire, à condition d'imaginer une nuit mouvementée d'où vous émergez avec quelques blessures encore ouvertes et les muscles encore un peu roidis par la raideur cadavérique.

Bref, ce n'était pas vraiment la même chose. Sauf pour l'aspect de réveil gradué, peut-être : à chaque fois, Lucian passait de la mort à l'inconscience jusqu'au réveil en quelques battements de paupières, et il lui fallait encore quelques instants pour quitter cette torpeur un peu hébétée de l'homme qui s'éveille.

Cette fois-ci, cependant, il n'eut pas droit à ces quelques instants de paix ; les pieds qui trébuchèrent sur son cadavre le ramenèrent directement à la réalité. Ne prenant pas la peine de réfléchir, il se redressa vivement pour plaquer l'inconnu au sol - le plaquer encore plus, du moins, Søren ayant déjà rejoint le sol enneigé. Ce fut en apercevant le chapeau élimé, les gants et l'écharpe de Goldilock que la mémoire lui revint.

- Pardon, s'excusa-t-il, confus.

Il se redressa souplement, proposant à son compagnon de l'imiter d'une main tendue et repentante. Il avait encore un peu mal à la tête et son oeil blessé n'était pas encore totalement fonctionnel, les tissus luttant pour chasser la balle qui l'avait pénétré, mais ça s'arrangerait. Soucieux de ne pas perturber davantage son compagnon, cependant, il garda la paupière close. La plupart des gens étaient déjà suffisamment perturbés de le voir revivre.

... La plupart des gens. Il avait oublié d'expliquer à l'inconnu sa non-appartenance à la catégorie mort-vivants.

- Je ne peux pas mourir. C'est mon pouvoir.

Si le ramoneur répondit quelque chose, sa réplique fut noyée par le vacarme qui s'ensuivit. Quelque chose s'approchait d'eux depuis la mer, et rapidement de surcroît. Lucian chercha immédiatement son pistolet, fronçant imperceptiblement les sourcils lorsqu'il échoua à le trouver. Bien évidement, ils l'avaient désarmé...

Quelques instants plus tard apparaissaient deux ou trois lutins armés de gourdins et juchés sur un traîneau argenté qui semblait flotter à la surface de l'eau. Ils laissèrent échapper des cris perçants à la vue des deux hommes et dirigèrent l'engin dans leur direction.

- Tu te débrouille en combat ? demanda-t-il à son compagnon.

La question lui aurait normalement semblé indiscrète, mais le contexte lui semblait justifier ce type d'interrogatoire.


Dernière édition par Lucian Hauer le Mer 25 Aoû - 9:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Lun 23 Aoû - 10:56

S’il y avait une chose qu’il avait apprise au cours des années, c’était qu’une fois une balle fichée dans le front d’un humain, ces êtres fragiles ne bougeaient plus. Ou plus généralement, que les hommes fauchés par la mort ne revenaient pas. C’était probablement ce qui avait amené le plus de fascination morbide dans l’esprit de la peinture vis-à-vis des créatures qu’il s’était juré de servir. Leur fragilité ajoutait à leur noblesse la peur de mourir et une volonté de vivre qu’il perdait parfois de vue. Tout cela pour exprimer l’ahurissement qui le saisit à la gorge – à moins que ce ne soit sa blessure qui lui fasse cet effet – lorsqu’il vit le cadavre s’animer. Il ne vit d’ailleurs plus grand-chose jusqu'à ce qu’il comprenne que le défunt venait de le plaquer au sol. La méprise fut de courte durée étant donné qu’il s’excusa en lâchant prise, et par reflexe, le ramoneur bredouilla en retour une apologie déconcertée. Il accepta même la main tendue du trépassé, sans se demander si cela pourrait le damner, contrairement à la réaction que pourraient avoir beaucoup d’autres habitants de Malkins par rapport à un macchabée amovible.

Mais comme à Malkins, il y avait une explication derrière tout ce qui se passait, si farfelue soit-elle – c’était en tous cas le point de vue de Søren -, le mort lui indiqua, de la voie morne de la demoiselle de la sécurité présentant des consignes des plus prosaïques, qu’il ne pouvait pas mourir. Et tel le gentil pigeon qui remerciait la demoiselle de la sécurité, il répondit par un timide hochement de tête et un « Ah. » des plus loquaces. C’était un pouvoir utile, dans ces circonstances. Le petit ramoneur se sentit un peu plus proche de l’inconnu, peut-être liés par le carcan de la vie qui s’attachait à leur corps avec un peu trop insistance. Et puis, il lui était reconnaissant de ne pas être mort. Une plume s’ôta de la montagne de plomb de ses remords.

La syllabe qui s’était arrachée de ses lèvres avaient à peine pu se libérer du joug de son oppresseur qu’elle fut avalée de nouveau par un bourdonnement plus imposant, produit par des lutins qui ne semblaient pas avares de piaillements. Søren tourna la tête comme si on venait de l’interpeller. Il porta la main à son cou, d’où gouttait toujours la peinture, et allait se prononcer sur la situation de manière très intéressante lorsque l’éternel vivant lui posa une question un peu plus digne d’attention. Le ramoneur buta un instant, la réponse lui paraissant plus ou moins évidente, étant donné qu’il se sentait investi de la mission de le protéger, si ce n’est de la mort, de la douleur, mais finit par répondre, saisissant enfin qu’il n’avait donné aucun indice sur le métier que ne trahissait pas ses habits de clochard.
    « Je suis chasseur de primes. »

Cette affirmation répondait probablement à la question, même si il n’y avait que des chances infimes pour qu’il connaisse le pauvre ramoneur dont on oubliait le nom dans les méandres des registres humains, où il n’avait guère sa place. Il n’avait pourtant que cet argument pour sa défense, son arme étant il ne savait où, probablement mise aux ordures lorsque le lendemain de cette sinistre nuit de Nowel, on retrouva un sac à dos élimé contenant des choses sans importance et un bâton sale. Cela lui coûterait tant de devoir racheter son matériel, tant d’argent qu’il ne pourrait pas donner à d’autres que ces artisans qu’il avait déjà payé auparavant, tant d’argent qu’il n’aura probablement jamais s’il ne remettait pas les pieds sur le continent. Et puis un peu de sentimentalisme s’était installé entre lui et ses vieux outils aussi grinçants et pitoyables que lui, pauvres ruines que personne d’autres que lui ne voudrait.

Le traîneau fut bientôt à leur portée. Les gourdins étaient plus à craindre que toutes ces balles ou ces épées qui ne soutiraient qu’un peu plus de peinture à son corps. C’est par habitude qu’il en esquiva un difficilement, perdant son chapeau au passage. Le traineau les dépassa, mécontent d’avoir raté leur premier assaut, et se remit à charger. Cette fois, il évita sans mal le coup que voulut lui asséner l’un des lutins, et se saisit aussi bien de son arme que de la rambarde de la grande luge. D’un mouvement, il tira son adversaire hors de son véhicule tandis qu’il pivotait pour prendre sa place sans mal. De son côté, son compagnon d’infortune sembla avoir maîtrisé sans trop de mal le reste des lutins, qui lui avaient bondi dessus comme s’ils savaient par instinct qu’il serait le plus dur à abattre. Il se pencha pour récupérer son chapeau et s’accouda à ce qui ressemblait au volant de ce drôle d’attelage avec un mince sourire.
    « Ce sera probablement plus facile avec ça. »


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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Sam 28 Aoû - 15:37

« Je suis chasseur de primes. »

La nouvelle était plutôt réjouissante : Lucian aurait eu du mal à se battre seul pour deux contre une dizaine de lutins. Il hocha la tête et posa une nouvelle fois la main sur sa ceinture, le geste machinal sitôt réprimé.

Des gourdins… Il fallait s’y attendre – les lutins préféraient leur proie vivante. Tant mieux pour les humains ordinaires, tant pis pour Lucian ; il se débrouillait mieux avec le ventre transpercé qu’inconscient au sol. Comme doués de télépathie, les lutins le choisirent d’ailleurs manifestement comme cible principale, cinq ou six silhouettes verdâtres se jetant sur lui.

Lucian hésita imperceptiblement. Il n’aimait pas, ne voulait pas se battre à la main. Une arme - une barrière entre lui et sa p- son opposant.

Lucian serra les poings, pour les refermer aussitôt sur une brochette de lutin qu’il envoya voler dans les eaux froides. Un lutin s’accrocha à sa cheville et il leva vivement le pied, l’abattant au sol pour briser les côtes du parasite tout en attrapant deux de ses congénères dont il entrechoqua les crânes l’un contre l’autre.

Fini.

La pensée de son compagnon l’arracha à ses pensées. Il releva brusquement la tête, ressentit une vague de soulagement à le voir intact. Manifestement, il avait eu raison de faire confiance aux capacités de l’inconnu. Quelque part, le quasi-mutisme de celui-ci, similaire au sien, lui inspirait une certaine impression de fiabilité : comme si le fait de partager le même langage signifiait, quelque part, une certaine communauté d’esprit. Le chasseur de prime lui adressa un sourire, installé sur la luge des mers.

« Ce sera probablement plus facile avec ça. »

Et, sous de cette harmonie peut-être, ou de la satisfaction que même un être aussi fermement contrôlé que Lucian ne pouvait que ressentir devant une victoire aussi totale et la certitude de pouvoir rentrer chez lui, les coins de sa bouche se relevèrent presque imperceptiblement en un simili-sourire qui répondait à celui de l’inconnu.

- Bravo.

Soit, en langage Lucian : « Tu es un homme compétent et je te félicite pour ton excellent travail ». Il rejoignit son compagnon sur la luge, s’installant d’office à la place de passager : en temps que premier à avoir maîtrisé le véhicule, celui-ci lui appartenait légitimement.

- Malkins est par ici…

Le fait que son vis-à-vis ne sût probablement pas conduire ne l’inquiétait pas plus que ça. Si un lutin savait manipuler ce genre d’engins, la maîtrise en serait probablement aisée.

Au pire, il pourrait protéger le chasseur de primes de son corps lorsqu’ils percuteraient les côtes.
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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Jeu 2 Sep - 7:57

Le petit ramoneur n’était probablement pas assez subtil pour entrapercevoir la ride qui ne s’était pas esquissée à la commissure des lèvres de l’immortel. Mais le mot d’applaudissement qui suivit, le seul qu’il prononça, valait tous les vivats d’une foule en délire. Peut-être parce qu’il était assez avare de mots pour comprendre que son comparse ne dépensait pas non plus des sons à assembler pour rien. Achevant de se mettre dans tous ses états, le chasseur de primes fourra compulsivement son nez dans la longue écharpe qu’on lui avait prêté pour dissimuler sa gêne. Il aurait presque pu murmurer qu’il ne le méritait pas, mais son compagnon avait déjà enchaîné sur la direction de Malkins, et embrayer de nouveau sur la valeur de ses actes serait probablement interprété comme un honteux narcissisme, alors il se contenta de le penser très fort en écoutant les instructions de son adjoint.

Après avoir estimé la direction que lui proposait l’homme aux cheveux de neige, il jeta un œil à la machinerie qui semblait s’agiter dans le traîneau, émettant un ronronnement mécanique. Il y avait deux ou trois boutons, dont un qui clignotait, un manche entre les deux sièges avant, et deux pédales taquinant ses pieds mal chaussés. Il appuya prudemment l’un de ses bottes trouées sur l’un des leviers, qui n’eut absolument aucun effet. Bon, eh bien, cela devait être l’autre. Le clochard, qui ne savait des voitures que ce qu’il avait vu lorsqu’il cavalait sur les trottoirs, ne savait pas s’y prendre, et cela se voyait. Il n’avait jamais pris l’initiative de monter dans ce genre d’engins, pas même un taxi. Premièrement parce qu’on n’aurait pas voulu de lui, mais aussi parce qu’il ne s’en jugeait pas digne. Devant le fait accompli, il ne savait donc pas mettre en branle cette machine infernale.

Pourtant, en appuyant doucement sur l’autre pédalier, il mit lentement en marche le vaisseau sur la banquise glissante. Le ramoneur s’empara de ce qui semblait indiquer la direction et laissa filer le traineau sur quelques mètres avant de braquer violemment le volant dans le but de faire demi-tour, ne connaissant absolument pas la mesure à mettre dans ses gestes. Le virage fit dangereusement tanguer le véhicule, qui manqua de se retrouver sur le flanc, mais il se remit brutalement sur le ventre et, appâté par le coup d’accélérateur que lui mit involontairement le chasseur de primes lorsque leur sort était encore incertain, bondit en avant, jusqu’à se retrouver à plonger du haut d’une butte dans l’eau glacée de Bank’Ize Land. La chute ne dura pas plus de quelques dixièmes de seconde, le monticule ne se propulsant qu’à un ou deux mètres au dessus de la mer. Le véhicule percuta l’eau, rebondit, ricocha, secouant dans son embardée infernale les pauvres hères cramponnés à la rambarde. Le véhicule finit par se stabiliser, après quelques cahots, à quelques centimètres de la pellicule aqueuse qui semblait vouloir les engloutir, et vrombit de moins en moins violemment, assurant une vitesse de croisière à leur véhicule malmené.

Les mains crispées sur le volant, n’ayant pas particulièrement tout saisi de ce qu’il venait de se passer, le chasseur de primes avait oublié de respirer. Tant mieux, il n’en avait pas besoin. La rive s’éloignait peu à peu de leur embarcation. Le ramoneur bredouilla une excuse envers son passager qui avait été secoué à en vomir son déjeuner, si seulement il y en avait eu un. Leur vitesse de croisière assurée, il garda le cap, jetant régulièrement des regards au jeune homme auprès de lui afin de s’assurer de sa destination et de rectifier son trajet en fonction de ce qu’il lui indiquait. Le trajet dura un moment. Un long moment. Des heures à écouter le bourdonnement paisible de la machine qui les conduisait à bon port, à défaut de parler. La nuit était tombée depuis longtemps lorsqu’ils surprirent les premières lueurs de la côte. Visiblement, une ville se profilait à l’horizon, et un phare reflétait sa lumière sur les vagues qu’ils chevauchaient vaillamment. Mais un bruit suspect les avertit tous les deux autant. Ils avaient passé un assez long moment sur la mer pour reconnaître le bruit de leur moteur. Il venait de se doubler, et commençait à se trouver un triplé. Le ramoneur tourna la tête. Oups. Deux autres traineaux se dessinaient à leur suite et ne tarderaient pas à être sur eux. La triste peinture tourna la tête vers son compagnon de galère, lui intimant qu’il allait devoir agir, tandis qu’il essaierait de les semer. C’est fou, tout ce qu’on pouvait se dire d’un regard, entre deux adeptes de la secte du Mutisme qui punissait chaque parole de mille coups de fouets mentaux.

Le chasseur appuya significativement sur la pédale d’accélération, sans brusquerie, cette fois. Mais combien de temps, avant qu’ils ne soient obligés de percuter les falaises qui s’esquissaient, ou de se retrouver face à leurs opposants ?





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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Dim 10 Oct - 21:31

Le monde…

Le monde bougeait beaucoup trop vite.

Lucian se rendit compte qu’il avait arrêté de respirer lorsque ses genoux heurtèrent le sol de l’engin, son corps descendant en même temps que son estomac remontait. Il compta mentalement jusqu’à quarante-trois en se concentrant fermement sur la manière dont son sandwich de minuit allait juste… rester en place, sa main libre – l’autre demeurant crispée sur un gourdin arraché à l’étreinte de l’un des lutins qu’ils avaient terrassés – soudée à la rambarde de l’engin. Après quelques instants de concentration, il parvint à s’assurer de sa capacité à prononcer des syllabes cohérentes et se redressa lentement.

- Pas de problème. Ca va ?

Ca ne pouvait pas aller, pas après un tel bouleversement gravitationnel. Cependant, son compagnon tint bon, augmentant encore le respect que Lucian sentait naître à son égard. Il aurait dû avoir honte de ressentir une telle émotion quand un civil non entraîné pouvait rester impassible...

Le reste du trajet se passa dans un silence paisible. Il se sentait un peu coupable, maintenant qu’il avait le temps de réfléchir, d’avoir ainsi porté faux bond à ses camarades : s’il avait été attentif, il ne se serait pas fait assommer et n’aurait pas eu à perdre la moitié de Nowel à rentrer à bon port… Au moins était-il parvenu à éliminer quelques lutins ; c’était toujours ça de gagné. Un peu apaisé, il savoura un peu mieux le silence qui régnait entre lui et son compagnon, à peine interrompu par les murmures entremêlés des vagues et du moteur.

Il fut arraché à sa rêverie par le doublement soudain du vrombissement de la luge. Sa première réaction, née de la vulnérabilité où il s’était insensiblement laissé glisser, trompé par le calme ambiant, fut un mouvement d’humeur. Il se ressaisit et releva la tête pour croiser le regard de son compagnon, y lisant les instructions qu’il aurait lui-même donné en la circonstance.

Le chasseur de prime était un homme bien.

Il resserra sa prise sur l’épée, cherchant à distinguer l’éclat métallique d’une arme à feu ou d’un taser. Les lutins savaient-ils seulement viser ?

- Essaie de longer les côtes pour trouver une plage, suggéra-t-il à son compagnon. Pas rapidement – c’est mieux s’ils nous rattrapent, je m’en débarrasserai plus vite.

Il devait bien y en avoir une quelque part, non ? En espérant qu’il ne s’agisse pas des plages Neverlandiennes. Celles-ci étaient un peu trop animées au goût de Lucian… Encore que, au vu des mœurs de l’endroit, enfants perdus et pirates devaient se tenir soigneusement cachés. Peut-être Peter Pan… Mais le garçon était impulsif, et si Lucian le retenait, dans le pire des cas, il le laisserait sans doute pour mort. Tant que son cadavre n’était pas jeté aux chiens, ou lancé à la mer…

Le sifflement d’une balle à une cinquantaine de centimètres de sa tempe l’arracha à ses rêveries. Effectivement, l’un des lutins au moins s’était muni d’une arme… Et, manifestement, il ne savait pas tirer. Lucian attendit patiemment qu’ils parviennent à sa hauteur, se souciant à peine d’esquiver les quelques balles qu’on lui adressait – lesquelles rataient amplement leur cible bien souvent. Il n’avait pas demandé son compagnon de prendre garde à l’intégrité de sa personne, sachant, avec cette certitude particulière à un ami du silence communiquant avec un camarade, que celui-ci aurait su interpréter les bruits étranges qui sifflaient à leurs oreilles depuis quelques temps.

Enfin, la première luge se trouva à leur hauteur, chargé d’un nombre de lutins quelque peu excessif – l’une des raisons pour laquelle le tireur se débrouillait si mal tenait apparemment au fait qu’il était à moitié écrasé contre la rambarde du véhicule.

Lucian retint une ombre de sourire, sentit une réjouissance profonde et discrète envahir son cœur et, d’un large mouvement à bout de bras, un peu appuyé contre la barrière gauche de l’engin pour plus d’ampleur, balaya la masse grouillante d’un coup de gourdin.

Il eut beau réprimer instantanément ce mouvement d'émotion inquiétant, son bien-être augmenta quand même de quelques crans involontaire.

Il ne restait plus qu’une luge, celle qui n'avait pas de tireurs à son bord. Se tournant brièvement vers le chasseur de primes, Lucian crut apercevoir la silhouette de plus en plus proche d’une plage…

Parfait : le sable amortirait l’impact .
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MessageSujet: Re: Deux armoires à glace au pays des neiges... [Terminé] Lun 26 Sep - 23:46

Chim inclina doucement le volant alors que les premières balles sifflaient à leurs oreilles. Il courba également sa triste personne afin de ne pas déconcentrer son comparse de sa tâche par une blessure inutile. Il n'avait également pas vraiment de pots de peinture à disposition, ainsi il serait dommage de perdre de l'énergie aussi stupidement. Heureusement pour lui, leur véhicule disposait de parois assez épaisses, et relativement hautes sur l'arrière, ce qui mettait le conducteur relativement à l'abri tant qu'ils gardaient la tête de la poursuite. Ce qui ne fut plus le cas longtemps, et en jetant un bref coup d'œil sur l'arrière, il se prit à craindre la suite, mais décida arbitrairement de faire confiance au jeune homme aux cheveux de neige qui paraissait si assuré, et survivait aux balles dans la tête. Il comprit au tangage assez brusque de la luge que l'immortel s'occupait avec une subtilité déconcertante de la livraison de lutins belliqueux. Il en restait une, un peu plus loin, qui ne tarderaient pas à les rattraper.

Le ramoneur considéra rapidement toutes les issues à sa portée, et opta pour la plus pratique : se battre à terre. Ce fut donc en accélérant inconsciemment encore un peu qu'il se dirigea vers le sable doré de la plage qu'il venait d'apercevoir derrière des rochers. Il allait prévenir Lucian, lorsque celui-ci se retourna, considérant leur destination. Il avait compris. Il serait Prêt. Il n'en attendait pas moins de quelqu'un avec l'air aussi expérimenté... Il sourit, fier d'avoir un compagnon d'infortune aussi noble, et se prépara à l'impact.

Il ne comprit pas trop ce qui s'était passé, mais la luge avait du faire un magnifique arc de cercle en pilant net sur le sable, et après avoir fugacement volé, nos deux héros retrouvèrent le concept de la gravité en même temps qu'ils s'affalèrent dans le sable... En tous cas ce fut le cas pour le ramoneur, qui cracha du sable en se relevant. Ce n'était pas bon pour ses pigments. Il chercha les ennemis des yeux, et il remarqua que leur luge leur avait réservé le même sort. Sauf qu'elle s'était renversé sur eux, en prime. Il ne remarqua qu'un lutin qui s'en était sorti, et il le piétina proprement. Les autres gisaient misérablement en dessous de leur traîneau. Le ramoneur récupéra une nouvelle fois sa casquette, et remarqua qu'elle arborait un trou, elle avait sans doute été abîmée lors de la course poursuite... Il passa un doigt par l'ouverture ainsi fait, l'air soudain terriblement triste. Son chapeau... Il était abimé, certes, mais avec un trou en plus... Mais en regardant ses doigts, il se rappela d'autre chose, et retira les gants, ainsi que l'écharpe, qu'il portait pour les porter à l'inconnu. Il les lui tendit avec une courbette polie. Puis une seconde chose lui vint à l'esprit. Puis une troisième. Donc il profita de son temps alloué de paroles pour tout dire à la fois.

« Voilà, où, et qui...? », ajouta-t-il presque timidement, en regardant à peine son interlocuteur. Mais connaître son identité serait un tel... un tel honneur... Il n'osait même pas y penser. quant à savoir le lieu où ils se trouvaient... Ce serait juste pratique.


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